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Full text of "Courrier de Vaugelas; journal ... consacré à la propagation universelle de la langue française"

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Digitized  by  the  Internet  Archive 

in  2010  with  funding  from 

University  of  Ottawa 


http://www.archive.org/details/courrierdevaugel05pari 


6<>  Année. 


N°   1. 


1«'  Avril  1894. 


QUESTIONS 
GRAMMATICALES 


LE 


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DE 


QUESTIONS 
PHILOLOGIQUES 


Journal  Semi-Mensuel 


V 


CONSACRÉ    A    LA    PROPAGATION     UNIVERSELLE     DE    LA   LANGUE     FRANÇAISE 
Paraissant    la    1"  at    le    IS    de   ehaana  mola 


PRIX  : 

Abonnement  pour  la  France.    6  f. 

Idem        pour  l'Élranger   10  f. 

Annonces,  la  ligne  .    .    .    .  50  c. 


Rédacteur:  Eman  MARTIN 

ANCIEN  PROFESSEUR   SPÉCIAL   POUR   LES   ÉTRANGERS 

Officier  d'Académie 
36,  boulevard  des  Italiens,  Paris 


ON  S'ABONNE 
En  envoyant  un  mandat  sur  la  poste 
soit  au  Rédacteur,  soit  à  i'Adm' 
M.  FiscHBACHER,  33,  rue  de  Seine. 


DEUXIEME    EDITION. 


SOMMAIRE. 

Communication  relative  à  deux  erreurs  ;  —  S'il  est  vrai  que  Je 
vous  demande  excuse  soit  une  mauvaise  expression  ;  — Ce  que 
signifie  exactement  Metlre  au  rancart  ;  —  Si  Septennat  est  un 
néologisme  à  accueillir;  —  Comment  Humeur  a  |iu  passer  au 
sens  de  disposition  d'esprit,  caprice;  ||  Origine  de  l'expression 
Faire  fiasco  ;  —  D'où  vient  Laver  qui  se  trouve  dans  Lover 
un  livre:  —  Explication  de  l'expression  proverbiale  En  avoir 
dans  l'aile  :  \\  Passe-temps  grammatical.  ||  Biographie  (\' Antoine 
Oudin.  Il  Ouvrages  de  grammaire  et  de  littérature,  jj  Renseigne- 
ments pour  les  professeurs  français  qui  désirent  trouver  des 
places  à  l'étranger,   jj  Concours  littéraires. 


FRANCE 


COMMUNICATION. 

Le  16  janvier  dernier,  j'ai  reru  la  lettre  suivante, 
relative  à  deux  erreurs  que  j'avais  commises  : 
Monsieur, 

Dans  le  numéro  du  15  novembre  1S73  du  Courrier  de 
Vaugelas,  où  vous  répondez  à  un  étranger  sur  cette  expres- 
sion :  Pardon  de  la  liberté  grande,  vous  dites  :  »  Cette 
locution  contenant  une  espèce  de  proverbe  depuis  1830, 
époque  où  les  Mémoires  de  Grammonl  furent  publiés  pour 
la  première  fois...  » 

Je  ne  doute  pas  que  ce  ne  soit  une  faute  d'impression. 
Brunet  cite  1°  une  édition  de  1763,  2°  une  autre  édition, 
augmentée  de  notes  et  d'éclaircissements  par  Horace 
Walpole,  de  177i.  Je  ne  parlerai  pas  des  nombreuses  éditions 
qui  lui  ont  succédé. 

Je  crois  utile  que  cette  faute  d'impression  soit  rectifiée. 

Permettez-moi,  Monsieur,  une  autre  observation.  En 
citant  le  dictionnaire  de  Furetiére,  vous  lui  donnez  la  date 
de  1727  en  ajoutant  (je  cite  de  mémoire)  :  cette  acception 
existait  en  1727,  car,  etc.  Il  semblerait  en  résulter,  pour 
vos  lecteurs,  que  le  dictionnaire  n'a  été  publié  qu'en  1727, 
ce  qui  les  induirait  en  erreur. 

La  confiance  si  bien  justifiée  que  vos  correspondants 
mettent  dans  les  renseignements  qu'ils  trouvent  chez  vous 
exige  de  votre  part  des  eflforls  continuels  pour  qu'ils 
n'aient  pas  à  craindre  de  se  tromper  en  s'appuyant  sur 
votre  autorité  ;  et  je  ne  doute  pas  de  votre  empressement 
à  recevoir  volontiers  les  notes  qui  vous  sont  adressées. 
C'est  ce  qui  m'a  engagé  une  fois  déjà,  Monsieur,  à  vous 


écrire,  car  je  crois  ne  pas  vous  être  désagréable  en  conti- 
nuant. 

Agréez,  Monsieur,  l'assurance  de  ma  considération  dis- 
tinguée. 

[Un  paraphe.) 

Première  observation.  —  Parfaitement  juste.  Les 
Mémoires  de  Grammont  ont  été  publiés,  je  crois,  pour 
la  première  fois,  à  La  Haje,  en  1731  ;  d'où  il  résulte 
que  l'expression  Pardon  de  la  liberté  grande  a  aujour- 
d'hui quelque  chose  comme  MO  ans,  tandis  que  je  ne 
lui  en  avais  guère  accordé  d'abord  que  quarante. 

Seconde  observation.  —  Non  moins  juste  ;  car  j'ai  dit 
p.  161,  col.  2  :  «dans  le  dictionnaire  de  Furetiére, 
publié  en  1727  »  et  tout  le  monde  sait  que  cet  ouvrage, 
qui  a  valu  à  Furetiére  d'être  expulsé  de  l'Académie,  a 
paru  pour  la  première  fois  à  Rotterdam,  en  1690,  c'est- 
à-dire  deux  ans  après  la  mort  de  l'auteur. 

Je  comprends  trop  bien  la  nécessité  de  l'exactitude 
dans  les  faits  qu'allègue  une  publication  comme  la 
mienne  pour  ne  pas  me  montrer  reconnaissant  envers 
les  personnes  qui,  d'une  plume  amie,  viennent  me 
signaler  les  endiwits  où  je  puis  m'êlre  trompé. 

Aussi,  avec  l'invitation  de  continuer  à  m'adresser 
ses  utiles  et  judicieuses  remarques,  mes  bien  sincères 
remerciements  au  bienveillant  auteur  de  la  lettre  qu'on 
vient  de  lire. 

X 
Première  Question. 

Je  lis  dans  un  dictionnaire  que  fan  ne  peut  pas  dire 
à  quelqu'un  que  l'on  a  offensé  :  je  vous  demande  exccse, 
parce  que  cela  signifie  :  j'exige  de  vous  des  excuses. 
Cependant  U  n'est  pas  rare  d'entendre  cette  expression. 
Est-elle  réellement  mauvaise,  ou  est-elle  bonne?  Je 
lirais  avec  bien  du  plaisir  votre  avis  à  ce  sujet  dans  un 
de  vos  prochains  numéros. 

Au  xvii'siècle,  comme  nous  l'apprend  Ménage (Oi'wto. 

II,  p.  .390),  celte  expression  était  «   universellement 

établie  par  tout  le  royaume  »,  et  j'en  ai  trouvé  les  deux 

exemples  suivants,  qui  sont  de  cette  époque  : 

Ma  chère  enfant,  je  vous  demande  excuse  à  la  mode  du 
pays, 

(Sévlgné,  Us  Rockers.) 


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LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


Je  vous  detnande  excuse,  a-t-il  dit,  et  j'ai  tort. 

(La  Fontaine,  Ragotîn,  II,   1 1.) 

Mais  Antoine  de  Gourtin  ayant  critiqué  un  peu  sévè- 
rement, dans  son  Traité  de  Porrsse,  les  ouvrages  et  le 
style  du  P.  Bouhours,  celui-ci  critiqua  à  son  tour  la 
Ciiilité  que  Gourtin  venait  de  faire  paraître,  et  se 
déchaîna  avec  une  fureur  dont  je  vous  laisse  juge 
contre  l'expression  demander  excuse,  qui  se  trouve  duns 
ce  livre  : 

C'est  grand'pitié  que  cette  sotte  phrase  ait  tant  de  cours 
dans  le  petit  peuple,  et  qu'elle  se  soit  commuDiquée  par  la 
contagion  à  quelques  femmes  du  monde,  qui  d'ailleurs  ont 
de  la  politesse  et  du  sens.  Les  tionnètes  gens  de  la  Cour  et 
toutes  les  personnes  sçavantes  en  la  Langue  ne  la  peuvent 
du  tout  souffrir. 

Car  enfin,  il  n'y  a  que  les  bourgeois  et  la  populace  qui 
disent  je  vous  demande  excuse;  et  celuy  qui  s'est  meslé  de 
donner  des  règles  de  la  Civilité  comme  elle  se  pratique  en 
France  parmi  les  honnêtes  gens,  ne  sçait  pas  trop  ce  qu'il 
dit  dans  le  chapitre  de  l'Audience  d'un  Grand,  en  disant 
que  si  la  nécessité  nous  obligeait  de  le  contredire,  il  ne  le  faut 
faire  qu'après  luy  en  avoir  demandé  excuse...  C'est  parmi  les 
honnêtes  gens  de  la  rue  Saint-Denys  que  cette  civilité  se 
pratique  ;  et  c'est  là  sans  doute  que  ce  maistre  des  hien- 
séances  a  appris  un  si  beau  précepte,  etc. 

Le  P.  Bouhours,  qui,  au  dire  de  Ménage,  «  s'étoit 
érigé  en  précieux  en  lisant  Voiture  et  Sarrazin,  Molière 
et  Despréaux,  et  en  visitant  les  dames  et  les  cavaliers,  » 
le  P.  Bouhours,  qui  avait  récemment  publié  trois  ouvrages 
sur  la  langue  française,  était  alors  une  autorité  dans  les 
questions  grammaticales;  l'édit  de  proscription  qu'il 
lança  contre  demander  excuse  eut  son  eflét,  car  plus 
d'un  a  partagé  son  avis  :  pour  Ménage  [Observ.  1,  p.  1 2) 
cette  expression  «  ne  vaut  rien  du  tout  »  ;  dans  Richelet, 
elle  est  condamnée  par  les  gens  qui  parlent  bien; 
Trévoux  en  fait  absolument  le  même  cas;  Landais 
l'appelle  «  un  vrai  galimatias,  qui  choque  également 
l'oreille  et  la  raison  »  ;  Bescherelle  la  signale  aussi 
comme  mauvaise,  et  M.  Littré  la  qualifie  de  «  locution 
à  rejeter  n. 

Est-il  donc  vrai  que  demander  excuse  soit  réellement 
une  expression  qu'on  ne  peut  accueillir?  Je  ne  le  crois 
pas,  et  cela,  pour  plusieurs  raisons  que  je  vais  vous 
exposer. 

)"  Depuis  l'interdit  que  le  P.  Bouhours  a  voulu  jeter 
sur  elle,  celle  expression  n'a  pas  cessé,  non-seulement 
de  se  dire,  mais  encore  de  s'écrire,  ce  que  démontrent 
ces  exemples  : 

(xviii'  siècle.) 

Je  suis  confuse 
De  ce  que  vous  pensez  ;  je  vnus  demande  creuse. 

(Diifreiny,  la  Caijuclte  de  village.  I,  8.) 

Cadet  Ciron,  sain  et  sauf  arrivé, 

Demande  excuse  au  bœuf  qu'il  croit  avoir  sauvé. 

|I.amotte,  le  Bmif  el  le  Ciron.) 

Je  VOUS  demande  excuse.  Je  suis  votre  très-humble  et  très- 
obëissanl  serviteur. 

...     ,  (Bruéjs,  dans  Poitevin.) 

(xix*  siccle.) 

J'ai  tous  les  torts,  et  vous  demande  excuse  : 

La  réputation  suffit. 

(Emile  Augier,  mfmo  aoiirce. | 

2"  Dans  sa  première  édition  (IG94),  l'Académie  ne 
mentionne  pas  demander  excuse. 


Dans  celles  de  1718  et  de  n40,  elle  dit  : 

On  ne  laisse  pas  pourtant  quelquefois  de  dire  dans  le  style 
familier,  Je  vous  demande  excuse,  soit  pour  prier  quel- 
qu'un d'avoir  un  peu  d'indulgence  pour  quelque  chose, 
soit  pour  marquer  civilement  qu'on  ne  convient  pas  de  ce 
qu'il  dit. 

Dans  celle  de  1798,  on  lit  au  mot  excuse  : 
N'est  guère  d  usage  qu'avec  les  verbes  Faire  ou  Demander, 
comme  :  Faire  des  excuses  à  quelqu'un.  Je  vous  fais  mille 
excuses.  Je  vous  en  fais  excuse  pour  lui.  Je  vous  en  demande 
excuse. 

Enfin,  dans  celle  de  ^83^,  nouveau  silence  sur  celle 
expression,  ce  qui,  après  tout  ce  qu'on  a  dit  pour  la 
proscrire,  me  semble  dénoter  une  assez  bonne  dispo- 
sition en  sa  faveur. 

3"  Le  P.  Bouhours  admet  qu'il  y  a  des  cas  où  cette 
expression  est  indispensable,  celle  des  «  accomode- 
mens  »,  oii  il  faut  le  plus  souvent  trouver  des  termes 
«  foibles  »  pour  sauver  un  peu  l'honneur  de  celui  qui 
fait  satisfaction,  comme  cela  venait  d'arriver  : 

Il  y  a  trois  ou  quatre  ans  que  le  Prince  Lokowis  eut  à 
Vienne  avec  M.  le  chevalier  de  Grémonville  un  démêlé  qui 
éclata  fort  :  on  travailla  à  leur  accommodement  ;  et  comme 
le  Prince  avoit  tort,  il  fut  condamné  à  faire  satisfaction  au 
Chevalier.  Il  y  consentit,  mais  il  ne  put  se  résoudre  à  luy 
demander  pardon.  Le  tempérament  que  l'on  trouva,  fut 
qu'il  lui  demanderait  excuse;  et  en  effet  il  luy  demanda 
excuse. 

Qui  donc  pourrait  songer  à  repousser  demander 
excuse  quand  cette  expression  n'a  pas  cessé  d'être  en 
usage  depuis  près  de  trois  siècles  ;  quand  l'Académie 
l'enregistre  sans  la  moindre  allusion  à  son  impropriété 
prétendue,  et  enfin  quand  celui-là  même  qui,  après 
avoir  mis  tant  d'acharnement  à  la  poursuivre,  vient 
prouver,  par  une  anecdote,  que  si  c^te  expression 
n'existait  pas,  il  faudrait  l'inventer'? 

Je  ne  reproduirai  pas  ici,  pour  les  combattre,  les 
arguments  du  P.  Bouhours  contre  demander  excuse., 
qu'il  pardonne  cependant  aux  Allemands  et  à  tous  les 
étrangers,  mais  qu'il  ne  peut  passer  aux  Français  el 
surtout  aux  Parisiens,  qui  devraient  mieux  parler  que 
les  autres;  je  me  contenterai  de  faire  voir,  en  termi- 
nant, que  cette  expression,  loin  d'être  «  un  vrai  galima- 
tias», comme  dit  Landais,  esl  au  contraire  parfaitement 
conforme  au  génie  de  notre  langue. 

En  effet,  tout  le  monde  considère  comme  bien  fran- 
çaises les  phrases  suivantes  : 

Je  vous  demande  conseil. 


Je  vous  demande  pardon. 
Je  vous  demande  réponse. 
Je  vous  demande  respect. 
Je  vous  demande  audience. 


Je  vous  demande  protection. 
Je  vous  demande  obéissance. 
Je  vous  demande  secours. 

phrases  évidemment  mises  pour  :  Je  demande  que 
vous  me  pardoimiez,  que  vous  me  répondiez,  que 
vous  me  respectiez,  que  vous  m'écoutiez,  que  vous  me 
conseilliez,  que  vous  me  protégiez,  que  vous  m'obéis- 
siez,  que  vous  me  secouriez. 

Or,  si  ces  phrases,  où  un  substantif  tient  lieu  d'un 
verbe  à  un  mode  personnel,  sont  irré|irocliables,  pour- 
quoi je  vous  demande  rxriise,  qui  offre  avec  elles  la 
plus  complète  analogie  de  construction,  ne  le  serait- 
elle  pas  non  plus? 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


Du  reste,  panlnnnrr  et  excuser  n'étant  pas  syno- 
nymes, rien  de  plus  naturel  que,  si  nous  avons  le  moyen, 
par  un  substantif  tiré  du  verbe  pardonner,  d'exprimer 
plus  brièvement  ;>  i-ous  (lematidfi  que  rous  mr  pardon- 
niez-, nous  a\ons  également,  par  un  substantif  tiré  de 
excuser,  celui  d'exprimer  d'une  manière  plus  rapide 
je  demande  que  vous  m'excusiez. 

Ainsi,  à  mon  avis,  le  dictionnaire  qui  vous  a  ren- 
seigné sur  la  phrase  en  question  vous  a  évidemment 
Induit  dans  une  double  erreur  ;  l'une,  que  je  vous 
demande  excuse  signifie  j'exige  de  vous  des  excuses,  et 
l'autre,  que  ladite  phrase  constitue  une  expression  dont 
on  ne  peut  pas  se  servir. 

X 
Seconde   Question. 

Que  signifie  donc  au  juste  le  mot  bascari,  cl  est-il 
vrai,  comme  le  dit  le  dictionnaire  de  Noël  et  Ckapsal, 
que  METTEE  AD  EANCART  ne  soit  pas  français  ? 

Après  avoir  consulté  en  vain  tout  ce  que  je  con- 
naissais d'ouvrages  sur  l'étymologie,  j'allais  vous 
répondre  que  l'origine  de  rancart  était  inconnue.  Mais 
il  en  coûte  de  s'avouer  impuissant;  j'ai  fait  de  nouvelles 
recherches,  et  je  suis  enfin  arrivé  à  un  résultat  qui  m'a 
fait  d'autant  plus  de  plaisir  que  j'avais  moins  lieu  de 
l'espérer. 
Rancart  se  compose  de  deux  parties,  savoir  : 
i°  Ranc,  qui  n'est  autre  chose  que  noire  adjectif 
rance,  lequel,  comme  il  Test  encore  en  espagnol  sous 
la  forme  rancio,  et  en  italien  sous  celle  de  rancido,  a 
été  employé  dans  notre  langue  du  xvi'  siècle  avec  le 
sens  de  vieux,  preuve  ces  exemples  : 

La  louange  de  sobriété  et  de  tempérance  qu'il  vouloit 
ramener  en  usage,  estoit  desjà  cliose  si  rance,  par  manière 
de  dire,  et  si  desaccoustumée,  qu'il  n'en  estoit  plus  de 
nouvelle. 

(Amyol,  Galba,  III.) 

Le  bled  le  plus  récent  est  le  plus  fertile  ;  et  au  contrairei 
le  rance  est  impropre  à  fructifier. 

(OUv.  de  Serres,  loi.J 

Se  laboura  de  rides  tout  le  front, 
Marche  au  baston  comme  les  vieillards  font, 
Et  d'une  voix  toute  caduque  et  rance 
Francus  aborde,  et  en  ce  poinct  le  tance. 

(Ronsard,  la  Franciade,  liv.  I.) 

2°  Art,  qui  peut  venir,  comme  aire  et  ier,  de  la  finale 
ariujn,  laquelle,  dans  une  foule  de  mots  tels  que  les 
suivants,  désigne  les  divers  endroits  de  l'habitation  où 
se  mettaient  chez  les  Romains  les  choses  dont  le  nom 
précède  cette  finale  : 

Carnarium  (otSce  pour  les  viandes). 

Apicarium  (endroit  pour  les  abeilles). 

Lararium  (lieu  destiné  aux  Lares). 

Ossuarium  (coffre  aux  ossements). 

Or,  quand  je  considère  •1°  que  les  choses  qui  sont 
mises  au  rancart  sont  ainsi  rejelées  parce  qu'elles  sont 
usées,  démodées,  vieilles,  et  2°  que  mettre  au  rancart, 
par  sa  signification  de  mettre  de  côté,  au  rebut,  dans 
un  coin,  implique  nécessairement  l'idée  de  lieu; 

Je  me  crois  parfaitement  en  droit  d'en  conclure  que 
rancart  a  été  formé  de  rancus,  lalin  de  rance,  et  de  la 
finale  arium,  transformée  à  notre  usage  en  art,  ce  qui 


donne  pour  signification  littérale  du  terme  à  expliquer  : 
lieu  ai'  l'on  inet  les  vieil  les  choses. 

.Maintenant  vous  désirez  savoir  si  mettre  au  rancart 
est  français. 

A  la  vérité,  cette  expression  ne  se  trouve  pas  dans  le 
dictionnaire  de  r.\cadémie,  mais  elle  est  dans  celui  de 
Liltré,  dans  celui  de  Bescherelle,  et  il  n'est  pas  rare, 
soit  de  l'entendre  dans  la  conversation,  soit  de  la  ren- 
contrer dans  les  journaux  : 

Une  autre  statue  à  mettre  au  rancart. 

{La  France  nouveUi  du  25  février  187a.) 

D'un  autre  côté,  si,  comme  je  le  crois,  nous  n'avons 
pas  d'expression  désignant  l'endroit  où  se  mettent  les 
choses  hors  de  service,  celle-ci  nous  est  nécessaire,  et 
comme  telle  assurée  d'être  officiellement  reconnue. 

Quand  une  expression  en  est  là,  on  peut,  selon  moi, 
dire  qu'elle  est  française. 

Avant  de  finir,  une  réfiexion  sur  l'orthographe  de 
rancart.  Si  l'étymologie  que  je  propose  est  la  vraie, 
comme  j'en  ai  la  presque  certitude,  il  est  évident  que 
ce  mot  a  été  mal  écrit  jusqu'ici  :  il  n'y  faut  pas  de  t 
final,  puisque  arium  ne  contient  pas  cette  consonne,  el 
il  n'y  faut  pas  non  plus  d'e  après  Vr  (c'est  ainsi  qu'il 
se  trouve  écrit  dans  \e  Dictionnaire  de  la  langue  verte), 
attendu  que  rancus  a  un  a,  et  non  un  e,  après  celte 
lettre. 

X 
Troisième  Question. 

Le  mot  SEPTE>"SAT  ne  se  trouvant  pas  dans  Littré, 
j'en  conclus  que  c'est  un  néologisme.  Mais  pensez-vous 
que  ce  néologisme  soit  admissible  dans  le  vocabulaire 
français?  Il  me  semble  que  la  finale  at,  daiis  notre 
langue,  ne  se  donne  qu'à  des  mots  dont  la  première 
partie  désigne  une  personne  (pontificat,  ge'.néralat,  etc.). 

Oui,  la  finale  at,  du  latin  atus,  s'ajoute  généralement 

à  des  noms  de  personnes  pour  désigner  soit  la  dignité, 

la  charge,  le  grade  qu'elles  peuvent  avoir,  soit  le  corps 

qu'elles  forment,  soit  enfin  le  temps  pendant   lequel 

elles  exercent  leurs  charges,  leurs  emplois,  comme  le 

montrent  ces  exemples  : 

Califat,  consulat,  décemvirat,  cardinalat,  consulat,  épis- 
copat,  etc. 

-Mais  tous  ces  vocables  faisant  la  plupart  allusion  à 
l'autorité,  à  la  puissance,  on  a  naturellement  attaché 
cette  idée  à  la  finale  at  ;  et,  quand  il  s'est  agi  de  dési- 
gner le  temps  que  devait  durer  l'exercice  d'un  pouvoir, 
on  a  joint  volontiers  la  finale  en  question  au  nombre 
d'années  qui  en  exprimait  la  durée.  C'est  ainsi  que  l'on 
a  fait  d'abord  triennat,  que  je  trouve,  depuis  Trévoux 
(n7l),  dans  tous  les  dictionnaires. 

Or,  quand  ce  premier  a  été  adopté,  il  me  semble 
logique  d'admettre  aussi  .■septennat,  mot  nouveau  pour 
désigner  une  forme  de  gouvernement  toute  nouvelle,  et 
présentant  d'ailleurs  les  conditions  requises  pour  faire 
un  mot  français. 

A  l'occasion,  on  pourrait,  à  mon  avis,  créer  de 
ipême  biennal,  quadriennal,  quinquennat ,  sexennat, 
octennal,  novennat,  décennaf,  etc.,  mots  qui  seraient 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


autant  d'excellents  néologismes,  et  comme  répondant  à 
un  besoin  (qui,  je  l'espère  bien,  ne  se  fera  pas  de  sitôt 
sentir),  et  comme  traduisant  parfaitement  les  noms 
latins  suivants  :  biennimn,  quadrietinmm,  quinq^tcn- 
nium,  sexenniiim,  etc.,  composés  de  la  finale  («m,  de 
annus,  et  d'un  nom  de  nombre. 
X 
Quatrièitie  Question. 

Comment  expliquez -vous  que  le  mot  humecr,  qui 
signifie  au  propre  un  liquide  (hdmori,  a/7  pu  passer  de 
ce  sens  à  celui  de  disposition  d'esprit,  fantaisie,  caprice  ? 

Le  mot  humeur  a  d'abord  eu  en  français  la  même 
signification  qu'en  latin,  comme  le  prouvent  ces  deux 
exemples  du  xiii"  siècle  : 

Li  fust  [les  arbres]  del  ctiamp  seront  saoulé  d'humor, 

(Psautier,  fol.  IJ4.) 

Quant  sa  racliine  dut  conquerre, 
Si  lor  failli  humeurs  et  terre. 

{Gui  de  Cambrai,  Barl.  et  Jos.,  p.  3i.) 

Mais,  au  commencement  du  xv^  siècle,  ce  mol  avait 
déjà  pris  l'acception  de  caractère,  disposition  morale, 
car  on  trouve  dans  Olivier  Basselin  (xxii)  : 

Cbantre  de  table  et  buveur, 
M'est  injure  ordinaire; 
Mais  ctiascun  a  son  humeur  : 
Je  n'y  sçauroy  que  faire. 

Comment  humeur  a-t-il  pu  passer  ainsi  du  sens 
primitif  à  ce  sens  figuré'? 

C'est  grâce  à  la  propagation  de  la  science  médicale 
des  Grecs,  comme  je  vais  vous  l'expliquer. 

En  effet,  dans  le  traité  de  la  Nature  de  l'homme,  par 
Hippocrale,  se  trouve  une  théorie  célèbre  connue  sous 
le  nom  de  «  théorie  des  quatre  humeurs  »,  laquelle 
attribue  la  santé  du  corps  au  juste  équilibre  du  sang, 
du  flegme,  de  la  bile  et  de  l'alrabile,  et  "les  diverses 
dispositions  de  l'esprit  ou  du  tempérament  à  la  pré- 
pondérance de  telle  ou  telle  de  ces  humeurs  fondamen- 
tales. 

Quand  les  oeuvres  d'Hippocrate  se  répandirent  en 
Occident,  la  théorie  en  question,  cela  va  sans  dire,  fut 
adoptée  par  les  médecins,  fait  démontré,  du  reste,  par 
la  citation  suivante  empruntée  à  Brunetli  Latini  {li 
Livres  dou  Trésor,  p.  106,  éd.  Chabaille)  : 

L'une  nature  est  de  romplexion  sanguine,  l'autre  de  mé- 
lancolie ou  de  Homme  ou  de  colère,  selonc  ce  que  les 
humor$  habundent  plus. 

Or,  en  vertu  de  la  métonymie,  figure  qui  permet  de 
prendre  le  nom  de  lu  cause  pour  designer  l'effet  que 
cette  cause  produit,  humeur,  après  avoir  signifié  à 
l'origine  une  idée  de  liquide,  en  est  venu,  pour  ainsi 
dire  naturellement,  à  désigner  l'état  de  l'esprit,  une 
bouderie,  un  caprice,  etc. 


ETRANGER 


Première  Qiie.slion. 
On  entend  presque  tous  les  jours  l'expressiiin  faire 
riisco,  dont  je  comprends  parfaitemint  la  signification. 


Mais  qu'est-ce   que  le  mot  fiasco  lui-même,  et  d'oi< 
vient  l'expression  qu'il  forme  étant  joint   au    verbe 

FAIRE  '? 

Le  mot  fiasco,  dont  le  radical  est  le  même  que  celui 
de  l'allemand  flasch,  de  l'espagnol  fiasco,  du  portugais 
frasco  et  du  français  flacon,  est  un  terme  de  la  langue 
italienne  qui  signifie  bouteille  (dans  cette  langue,  la 
consonne  /  se  change  souvent  en  i,  exemple  :  piii, 
plus  ;  piantar,  planter). 

Quant  à  l'origine  de  la  locution,  que  M.  Liltré  déclare 
inconnue,  j'ai  eu  la  bonne  fortune  de  la  trouver  dans 
le  Voleur  du  l'octobre  <S73,  qui  dit  l'avoir  cueillie 
dans  le  Figaro,  et  cela,  selon  toute  probabilité,  quelques 
jours  auparavant.  La  voici  intégralement  reproduite  : 

C'était  à  Florence.  Un  arlequin  célèbre,  Biancolelli,  faisait 
sa  sortie  dans  une  pièce  en  vogue  par  un  désopilant  mono- 
logue qui  roulait  sur  un  objet  quelconque  que  l'auteur 
tenait  à  la  main  et  qu'il  était  censé  avoir  trouvé. 

Chaque  soir,  l'arlequin  se  présentait  avec  un  nouvel  objet 
à  la  main,  et  les  lazzis  qu'il  improvisait  là-dessus  consti- 
tuaient le  mérite  du  boufllon  et  faisaient  son  succès. 

Un  soir,  Biancolelli  arriva  tenant  une  bouteille  garnie  de 
paille.  Or,  à  Bergame,  lieu  de  naissance  de  l'arlequin,  cela 
se  nomme  un  fiasco.  Biancolelli,  malgré  tous  ses  efforts,  ne 
parvint  pas  celte  fois  à  faire  rire  le  public.  Il  lutta  de  son 
mieux  pendant  quelques  instants  contre  la  froideur  de  son 
auditoire  ;  mais,  voyant  enfin  qu'on  lui  tenait  rigueur,  il 
apostropha  vivement  son  fiasco  : 

—  C'est  toi,  s'écria-t-il,  qui  es  cause  que  je  suis  si  bête 
aujourd'hui;  tiens,  va-t'en  I.  Et  il  jeta  sa  bouteille  par- 
dessus son  épaule. 

On  se  mit  â  rire,  mais  l'arlequin  n'en  avait  pas  moins 
échoué. 

Depuis,  quand  un  artiste  avait  un  sort  analogue,  on 
disait  :  C'est  comme  le  fiasco  de  Biancolelli  ;  puis  on  dit 
tout  simplement  :  C'est  un  fiasco.  Aujourd'hui,  ce  mot  est 
passé  dans  notre  langue. 

X 

Seconde  Question. 

Quelle  est,  s'il  vous  plaît ,  la  signification  et  l'élymo- 
logie  du  verbe  laver  dans  la  phrase  suivante  :  «  Le 
garnement  prit  un  gros  volume  daJis  la  bibliothèque  de 
son  père  et  alla  vite  le  laver  ? 

Appliqué  à  une  somme  d'argent,  lavsr  signifie  la 

dépenser  : 

11  me  donna  encore  un  gros  écu,  et  vingt-quatre  sous 

pour  le  rogomme,  que  nous  lavons  chez  M.  de  Capelin. 

(CtedeCaylus.  Œuvr.  bad.,  l.  X,  p.  J3.,'' 

Ayant  pour  régime  un  nom  d'objet  mobilier,  comme 
montre,  livre,  bijoux,  etc.,  il  signifie  vendre  à  perle 
pour  se  faire  de  l'argent  : 

Vous  avez  pour  quarante  francs  de  loges  et  de  billets  à 
vendre,  et  pour  soixante  francs  de  livres  à  lacer  au  jour- 
nal. 

(Balzac,  Gt.  hom   de  prov.  h  Paris,  t.  II.  p.  47.) 

C'est  avec  ce  dernier  sens  qu'est  employé  le  verbe 
laver  dans  la  phrase  que  vous  m'avez  adressée. 

Quant  à  ce  verbe  lui-même,  il  faut  qu'il  ne  soit  autre 
que  lurer  au  sens  de  purifier  avec  un  liquide  qui  est 
généralement  de  l'eau,  car  j'apprends  par  les  Excen- 
tricilcs  du  tangage  que  lessiver  s'em|iloie  absolument 
dans  la  mému  si^'uilicatiuii. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


Mais  comment  laver  a-t-il  pu  passer  au  sens  éloigné 
qu'une  sorte  d'argot  lui  a  donné  dans  des  phrases  ana- 
logues à  celles  que  je  viens  de  citer  plus  haut? 

C'est  probablement  grâce  à  l'idée  ironique  d'une 
lessive  sans  savon  où  l'on  envoie  des  objets  qui  ne 
reviennent  jamais. 

X 
Troisième  Question. 

J'ai  remarqué  celte  phrase  daj)s  notre  numéro  21, 
page  ^62,  de  la  quatrième  année  :  «  qcoiqce  j'en  .\ie 
DANS  l'aile,  comme  dit  un  ancien  proverbe  ».  Je  com- 
prends vaguement  que  cette  expression  signifie  un  espace 
de  temps;  mais  quel  en  est  le  sens  exact  >  Je  ne  rois  pas 
du  tout  comment  le  sens  propre  ou  le  sens  figuré  de 
iiLE  a  pu  prendre  une  telle  signification. 

L'expression  proverbiale  En  avoir  dans  l'aile,  qui 
est  du  style  familier,  a  deux  significations  distinctes  : 

r  C'est  une  allusion  à  l'état  d'un  oiseau  blessé  à 
l'aile  [en  représente  ici  plomb,  flèche,  etc.)  et  qui,  pour 
cette  raison,  est  incapable  de  voler.  Elle  s'emploie  dans 
ce  cas,  en  parlant,  soit  d'une  personne  amoureuse  que 
la  passion  retient  auprès  de  l'objet  aimé,  soit  encore 
de  quelqu'un  qui  a  éprouvé  une  disgrâce. 

2°  Elle  se  dit  aussi  pour  signifier  Être  dans  la  cin- 
quantaine. En  ce  sens,  c'est  un  calembour  fondé  sur 
rhomophonie  de  aile,  membre  d'un  oiseau,  et  de  /. 
(majuscule),  qui,  employée  comme  chiffre,  signifie 
cinquante. 

C'est  dans  cette  dernière  acception  que  j'ai  fait  usage 
de  l'expression  dont  vous  désiriez  connaître  le  sens 
exact. 

PASSE-TEMPS  GRAMMATICAL 


Phrases  à,  corriger 

trouvées  pour  la  plupart  dans  la  presse  périodique. 

1*  On  voit  que  la  situation  faite  au  commerce  en  Europe 
n'est  pas  des  plus  favorables  à  son  développement,  et  c'est 
à  craindre  qu'on  ne  soit  pas  au  bout. 

2*  Ces  poésies,  qu'on  louerait  davantage  si  l'auteur  ne 
les  avait  fait  oublier  depuis,  annonçaient  un  talent  hors  de 
ligne. 

3'  Sa  haute  et  noble  stature,  sa  démarche,  son  port,  son 
front  superbe,  son  nez  aquilin,  sa  chevelure  d'ébène,  son 
grand  œil  italien  qui  flamboie,  impose  à  qui  l'approchent 
admiration  et  respect. 

4°  11  me  suffira,  pour  réhabiliter  ma  patrie,  de  prendre 
à  témoins  tous  ceux  qui  ont  visité  des  villes  les  moins  en 
renom  chez  les  artistes. 

5"  Ceux-ci  étaient  moins  élégants  et  moins  bien  montés 
que  les  prpmiers.  Cétait  sans  doute  les  laquais  des  trois 
gentilhommes. 

6*  Et  nous  ferons  notre  coulpe  d'avoir  considéré  à  tort 
que  la  République  est  ce  qui  présente  le  plus  de  chance  à 
l'Espagne. 

7°  Et  bonjour  Schaunard,  Marcel,  Mimi,  Rodolphe,  nips 
vieux  amis  de  Pari.<!  C'était  le  bon  temps  alors,  \l  vous 
souvient.  Je  vous  ai  tous  connu.=,  aimés. 

8"  Je  vais  plus  loin...  J'oftre  de  parier  qu'un  simple 
révérend  père  de  la  Compagnie  do  Jésus  lui  fasse  baisser 
pavillon. 

9*  Tous  ceux  qui  garderont  copie  de  cette  lettre  dans 


leurs  maisons,  jamais  les  malins  esprits,  feu,  foudre,  fièvre, 
tonnerre  ni  autres,  ne  pourront  nuire. 

10'  Un  supplément  publié  par  VAkbar  du  5  septembre,  à 
propos  dps  événements  qui  se  sont  passés  à  Alger  le  4,  est 
poursuivi  sous  l'inculpation  d'excitation  à  la  haine  des 
citoyens  les  uns  contre  les  autres. 

Il"  N'a-t-il  pas  été  constaté  par  toutes  les  facultés  médi- 
cales que  la  plupart  des  gastralgies  ou  affections  stomac- 
cales  quelconques  proviennent  presque  toujours  par  suit© 
d'une  mauvaise  trituration  des  aliments? 

12°  On  eût  dit  la  maison  d'un  mourant  envahie  par  les 
héritiers  qui  se  distribuent  déjà  les  dépouilles  et  se  vêtissent 
de  ses  défroques. 

[Les  corrections  à  quinzaine.) 

FEUILLETON. 


BIOGRAPHIE   DES  GRAMMAIRIENS 

l'RE.MIÈRE   MOITIÉ   DU   XVll'  SIÈCLE. 

Antoine  OUDIN. 

Fils  aine  de  César  Oudin,  il  remplaça  son  père  à  la 
cour  de  Henri  IV  dans  les  fonctions  d'interprète  pour 
les  langues  étrangères. 

Louis  XIU  l'ayant  envoyé  en  Italie,  il  séjourna  suc- 
cessivement à  la  cour  de  Savoie  et  à  celle  de  Rome,  où 
le  pape  Urbain  YIII  le  prit  en  amitié. 

En  1651,  Louis  XIV,  surmontant  son  dégoût  pour 
l'élude,  voulut  apprendre  l'italien,  parce  que  c'était  la 
langue  maternelle  des  trois  nièces  de  Mazarin,  qu'il 
aima  tour  à  tour  :  Antoine  Oudin  eut  l'honneur  de  lui 
donner  des  leçons. 

11  mourut  le  1 1  février  1653. 

On  a  d'Antoine  Oudin  :  \°Curiositez  françaises  pour 
servir  de  supplément  aux  Dictionnaires  ;  i"  Gram- 
maire française  rapportée  au  langage  du  temps,  qui 
reçut  les  éloges  de  plusieurs  membres  de  l'Académie 
française,  récemment  fondée;  3°  Recherches  italiennes 
et  franeoises  ;  4°  Trésor  des  deux  langues  espagnole  et 
française;  5"  Histoire  des  guerres  de  Flandres,  traduite 
de  l'italien.  - 

Voyons  ce  qu'il  y  a  d'intéressant  dans  la  grammaire, 
publiée  à  Paris  en  i('.33,  le  seul  des  ouvrages  d'Oudin 
qui  puisse  nous  occuper  ici. 

rnONONClATION    DES  VOYELLES. 

A  —  Il  se  prononce  ordinairement  e  dans  arres, 
catharre,  charette  et  fantnsie,  qui  sonnent  :  erres, 
catherre,  chaireite,  fantaisie. 

11  ne  se  prononce  pas  dans  aoust,  .moul,  faon,  taon. 

Uiiand  un  temps  de  verbe  termine  par  a  est  suivi  de 
il,  elle  ou  on,  il  faut  ajouter  un  t  :  que  dira-il,  que 
dira-elle  se  prononcent  que  dira-t-il,  que  dira-t-elle. 
Les  modernes  écrivent  ce  /  euphonique. 

Si  l'impératif  m  est  suivi  de  en  ou  de  y,  on  y  ajoute 
une  ■<  ,•  on  dit  :  vas  y,  ras  en  quérir. 

Un  double  a,  comme  dans  aage,  sonne  comme  a 
simple  et  allongé. 

E  —  Il  y  en  a  quatre  sortes  dans  noire  langue, 
quoique  les  grammairiens  n'en  aduictlent  que  trois  : 
le  masculin,  qui  se  marque  toujours  par  un  accent 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


aigu  à  la  fln  des  mois:  le  féminin,  qui  se  prononce  à 
demi,  et  qui  se  rencontrée  la  fiu  des  syllabes  ;  l'ouvert, 
qui  se  prononce  comme  la  diphlbongue  ai;  enfin  le 
quatrième,  qui  tire  sur  notre  diphthongue  eu,  et  qui  se 
trouve  dans  de,  ne,  me,  te,  le,  que. 

Devant  f,  la  voyelle  e  se  prononce  ouverte,  excepté 
dans  clef,  où  T/'  ne  sonne  pas. 

Suivi  d'un  g,  il  est  ouvert,  manège,  inolege,  excepté 
dans  les  trois  suivants  :  piège,  liège,  siège. 

Au  milieu  des  mots,  avant  r,  il  est  ordinairement 
ouvert,  diffère,  espère;  exception  pour  les  suivants  : 
père,  mère,  frère  et  leurs  composés. 

Il  se  prononce  fermé  dans  les  verbes  en  er  :  aimer, 
aller  ;  mais  il  est  ouvert  à  la  fin  de  ces  mots  :  amer, 
cher,  enfer,  fer,  fier,  mer,  entier,  allier. 

Au  pluriel  du  futur,  il  se  prononce  ouvert  :  cog- 
noistres,  ferez,  irez. 

Dans  re  signifiant  un  redoublement,  ïe  se  prononce 
bref  ou  a  le  son  féminin  :  redire,  refaire  se  disent  rdire, 
r  faire. 

Quand  il  y  a  deux  e  à  la  fin  d'un  mot,  le  premier  se 
prononce  toujours  fermé  :  armée,  contrée. 

Ces  phrases  :  Il  n'y  a  que  trois,  jmur  se  contenter, 
en  ce  point  se  prononcent  :  il  n'y  ar  trois,  pour  scon- 
tenter,  enspoint. 

Au  milieu  des  mots,  e  féminin  «  se  mange  »  tout-à- 
fait  :  demander,  leçon,  devant,  achepter  se  lisent  : 
dmander,  Içon,  dvant,  achter. 

Lorsqu'un  verbe  est  terminé  par  c  et  qu'on  met  après 
lui  //,  elle  ou  on,  il  faut  ajouter  un  t  entre  les  deux  : 
pense-il,  aime-elle,  se  prononcent  pense-t-il,  aime-t- 
elle. 

Quand  le  pronom  je  vient  après  un  e  muet,  celui-ci 
se  change  en  e  fermé  long  :  aimé-je,  contesté-je  ? 

La  copulative  et  se  prononce  toujours  è  fermé. 

I  —  Voyelle  et  mis  devant  /  ou  //  après  les  diph- 
Ihongues  ie,  eu  et  au,  il  ne  se  prononce  point;  mais  il 
donne  un  son  liquide  auxdites  lettres,  comme  dans 
vieillir,  mouiller,  deuil. 

Pouil  et  genouil  se  prononcent  poi/  et  genou. 

Pour  le  séparer  de  l'a,  on  marque  1';  par  deux  points  : 
naif,  ha'ir. 

Nous  n'écrivons  plus  estrangier,  davgier,  mais  bien 
estranger,  danger  (1633). 

Cette  voyelle  a  le  son  de  e  dans  crucifix,  qui  sonne 
critcefix. 

0  —  Dans  notre  langue,  o  se  prononce  toujours  fort 
ouvert,  contre  rn]iinion  «  impertinente  »  de  ceux  qui 
le  veulent  faire  sonner  ou  quand  il  est  devant  m  ou  n, 
car  ceux  qui  parlent  bien  ne  disent  jamais  houme, 
coumr,  buune;  el,  bien  que  plusieurs  disent  cliouse  pour 
chose,  il  ne  faut  pas  les  imiter. 

Quand  om  el  on  sont  suivis  d'une  consonne  autre 
que  m  et  n,  on  les  prononce  comme  Vum  latin  :  ombre, 
sombre,  conte,  lisez  comme  s'il  y  avait  lunbrc,  sumbre, 
cunte. 

Penlecoste  se  prononce  aussi  pentecnute. 

On  ne  prononce  point  Vo  (lans;;r/oH,  Laon,  faon. 

U  —  Après  le  g,  il  ne  se  prononce  point,  excepté 


dans  arguer,  aiguiser,  aiguë,  ciguë  et  dans  Guise,  nom 
propre. 

Marquée  par  deux  points,  cette  lettre  est  voyelle  : 
loiier,  jouer.  Quelques-uns  mettent  les  points  sur  Ve 
qui  suit,  mais  Oudin  ne  trouve  pas  cela  à  propos, 
attendu  que  les  points  ne  concernent  pas  ledit  e. 

L'accent  circonflexe  se  met  sur  1'?/  lorsqu'on  sup- 
prime ï'e  qui  le  suit  :  esperdûment  pour  esperduement. 

Um  et  un  se  prononcent  quelquefois  comme  om  et 
on,  et  principalement  lorsque  ces  syllabes  sont  tirées 
du  latin  :  unze  se  prononce  et  s'écrit  onze. 

Y  —  Placé  entre  deux  voyelles,  il  se  redouble  en 
prononçant  ;  croyable,  effroyable  se  prononcent  croy- 
yuble,  ejfroyyable. 

Il  a  meilleure  grâce  à  la  fin  des  mots  que  i  simple, 
comme  dans  foy,  loy,  roy,  moisy,  saisy,  excepté  dans 
quelques  particules  qui  viennent  du  latin  :  si,  qui,  etc. 

raOïNONCUTION   DES   COXSONNES. 

B  —  Se  prononce  dans  obmettre. 

Il  prend  ie  son  de  p  dans  les  mots  subtiliser,  subtil, 
subtilité. 

C  —  Il  se  prononce  comme  g  dans  Claude,  second  et 
secret  (1633). 

Il  ne  sonne  pas  dans  blanc,  bec-jaune,  clerc  et  espic, 
et  il  se  prononce  indifféremment  dans  avec. 

Il  ne  se  fait  pas  entendre  dans  sanctifier,  sanctis- 
sirnr. 

Dans  les  pluriels,  on  rejette  le  t  final;  par  exemple, 
corrects  se  lit  correcs. 

On  ne  prononce  qu'un  c  dans  succer. 

D.  —  A  la  fin  des  mois  el  devant  une  consonne,  il  ne 
se  prononce  point  ;  mais  devant  une  voyelle,  il  sonne 
comme  un  t  :  quand  on  entend  tin  son.  lisez  .•  quant 
on  entent  un  son. 

Il  se  prononce  au  milieu  des  mots  devant  une  »«, 
excepté  dans  admonester  et  ses  «  descendans.  » 

Quoique  d  ne  sonne  pas  dans  pied,  on  prononce 
pied  à  terre,  pied  à  boule,  de  pied  en  cap  comme  s'il  y 
avait /lie/  à  terre,  piet  à  boule,  de  piet  en  cap. 

F  —  Devant  une  voyelle,  elle  s'adoucit  en  v  :  les 
expressions  tieuf  heures,  Jieuf  ou  dix  se  prononcent 
neuv  heures,  ncuv  ou  dix. 

Celle  consonne  ne  se  prononce  pas  dans  les  «  plu- 
riers  >>  des  noms  terminés  par  euf:  ainsi  bœufs,  œufs, 
csteufs,  neufs,  sonnent  beux,  eux,  etc. 

Dans  les  noms  composés,  elle  ne  sonne  point  non 
plus  ;  chef  d'œuvre  el  covvre-chrf,  se  lisent  :  chédeuvrc, 
couvreché. 

G  —  Ne  se  prononce  point  dans  regnard  ni  dans 
signe. 

Quand  il  y  a  deux  g.  il  faut  les  prononcer  séparé- 
ment :  suggérer,  sug-gèrer. 

A  la  fin  des  «  dictions  «  devant  une  voyelle,  g  se 
prononce  r  :  bourg,  sang,  prononcez  bourc,  sanc. 

Il  ne  se  prononce  point  dans  fauxbourg,  quoique  ce 
soit  un  compose  de  bourg. 

[La  suite  au  prochain  numéro.) 
Lk  Rédacteor-Giîuant  :  Ema«  MARTIN. 


LE   COURRIER   DE   VAUGELAS. 


BIBLIOGRAPHIE 


OUVRAGES     DE     GRAMMAIRE     ET     DE     LITTÉRATURE 


Publications  de  la  quinzaine  : 


Lettres  inédites  de  Jean-Louis  Guez  de  Balzac, 
publiées  par  M.  Philippe  Tamizey  de  Larroque.  In-Zi", 
Û62  p.  Paris,  imp.  nationale. 

Grammaire  de  la  langue  française  ;  par  le  P.  Henri 
Delavenne,  de  la  compai-'oie  de  Jésus.  Grammaire  élémen- 
taire. 5*  édition,  ln-12.  vi-lU  p.  Paris,  lib.  Albanel. 

Civilisation  et  mœurs  du  règne  d'Auguste  à  la  fin 
des  Antonins  ;  par  L.  Friedlœnder,,  professeur  à  l'Uni- 
versité de  Kœnigsberg.  Traduction  libre  par  Ch.  Vogel. 
T.  3=,  comprenant  le  luxe  et  les  beaux-arts,  avec  un  sup- 
plémentaut.  I".  In-8»,xii-553p.Paris,  lib.  Reimvald  et  Cie. 

La  Dynastie  des  Fouchard  ;  par  Marin  de  Li  vonnière. 
Nouvelle  édition,  ln-18  jésus,  252  p.  Paris,  lib.  Blériot. 

L'Armurier  de  Milan  ;  par  Ponson  du  Terrail.  Edition 
ornée  de  bois  gravés  par  Delaville,  sur  les  dessins  de  J.-A. 
Beaucé.  In-4°  à  2  col.  72  p.  Paris,  lib.  Benoist  et  Cie. 
\  fr.  10. 

Lettres  parisiennes.  La  politique  en  1873  ;  par 
Léon  Richer.  In-18  jésus.  iit-267  p.  Paris,  lib.  de  la  Société 
des  gens  de  lettres.  3  fr. 

Notes  sur  l'Angleterre  ;  par  H.  Taine.  k'  édition, 
revueetcorrigée.Iu-18 jésus,  vin-397p.Paris,  lib.  Hachette 
et  Cie,  3  fr.  50. 

Œuvres  morales  de  Vauvenargues,  In-32,  lxxxvih 
1268  p.  Paris,  lib.  Plou.  12  fr. 

Les  Mémoires  secrets  de  la  marquise  de  Pompa- 
dour  ;  recueillis  et  mis  en  ordre  par  Jules  Beaujoint. 
Edition  illustrée.  Livraisons  1  à  13.  In-i"  lOi  p.  Paris, 
librairie  Fayard.  La  livraison  10  cent. 

Contes  d'une  vieille  fille  à.  ses  neveux  ;  par  Mme 
Emile  de  Girardia.  Nouvelle  édition,  In-18  jésus,  281  p. 


Paris,  lib.  Michel  Lévy  frères,  librairie  Nouvelle.  ^  fr.  25. 

Sermons  choisis  de  Bossuet.  Nouvelle  édition,  soi- 
gneusement revue  d'après  les  meilleurs  textes  et  précédée 
d'une  préface  par  l'abbé  Maury,  In-t8  jésus,  540  p.  Paris, 
lib.  Garnier  frères.  3  fr. 

Ce  que  peut  une  femme  ;  par  Césarie  Farrenc.  In-18 
jésus.  319  p.  Paris,  lib.  de  la  Société  des  gens  de  lettres. 
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Les  Hommes  de  l'exil  ;  par  Charles  Hugo.  In-18  jésus, 
355  p.  Paris,  lib.  Lemerre.  3  fr.  50. 

Exercices  d'orthographe  et  de  syntaxe  appliqués, 
numéros  par  numéros,  à  la  iTrammaire  complète  et  à  la 
Grammaire  supérieure,  et  de  manière  à  s'adapter  à  tout 
autre  cours  de  langue  française;  par  P.  Larousse,  Livre  de 
l'élève.  W  édition.  In-12.  312  p.  Paris,  lib.  A.  Boyer  et  Cie. 
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Les  Œuvres  de  J.  Racine.  Texte  original  avec 
variantes;  notice  par  Anatole  France.  T.  L  In-lC,  Lx-28i  p, 
et  port.  Paris,  lib.  Lemerre,  5  fr. 

Leçons  et  exercices  gradués  de  littérature  ;  par 
M.  Charles  Roblot,  chef  d'institution.  In-12,  vii-196  p. 
Paris,  lib.  Pélagaud  fils  et  Roblot. 

Le  lendemain  de  l'Empire  ;  par  Auguste  Vitu,  ln-18 
jésus,  vni-306  p.  Paris,  lib.  Lachaud  et  Burdin. 

Rolande,  étude  parisienne  ;  par  Fervaques  et  Bachau- 
mont,  3«  édition.  ln-18  jésus,  362  p,  Paris,  lib,  Dentu,  3  fr. 

Cours  de  littérature,  rhétorique,  poétique,  his- 
toire littéraire  ;  par  E.  Gi^ruzez,  ancien  professeur  hono- 
raire de  la  faculté  des  lettres  de  Paris.  Première  partie. 
Littérature,  Poétique,  Rhétorique.  In-12,  vin-200  p.  Paris, 
lib.  Jules  Delalainet  fils.  1  fr.  75. 


Publications  antérieures 


ENTRETIENS  SUR  LA  LANGUE  FRANÇAISE.  - 
1.  Origine  et  formation  de  la  langue  française.  —  Par 
HippOLYTE  CocffERis,  couservateur  à  la  Bibliothèque  Maza- 
rine.  —  In-16,  272  p,  —  Paris,  librairie  de  VEcho  de  la 
Sorbonne,  7,  rue  Guénégaud.  —  2  fr.  50. 


ŒU^SRES  COMPLETES  DE  PIERRE  DE  BOUR- 
DEILLE,  SEIGNEUR  DE  BRANTOME  ;  publiées  d'après 
les  manuscrits,  avec  variantes  et  fragments  inédits,  pour  la 
Société  de  l'histoire  de  France,  par  Ludovic  L.vlaxne,  — 
T.  VII.  Rodomontades  espaignolles.  Sermens  espaignols. 
M,  de  la  Noue.  Retraictes  de  guerre.  Des  dames.  lo-S», 
i68  p.  —  Paris,  librairie  \'«  Renouard.  —  9  fr. 


troisième  et  quatrième  années).  —  En  vente  au  bureau  du 
Courrier  de  Vaiigelas,  26,  boulevard  des  Italiens.  —  Prix 
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France,  l'Algérie  et  l'Alsace-Lorraine. 


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ÇAISE depuis  son  origine  jusqu'à  nos  jours.  —  Par 
A.  Pëlissier,  professeur  de  l'Université.  —  2=  édition, 
revue  et  augmentée  de  textes  anciens,  avec  introduction 
et  commentaires. — In-12,  348  p.  — Paris,  librairie  Didier 
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ŒUVRES  DE  RABELAIS.  —  Edition  conforme  aux 
derniers  textes  revus  par  l'auteur,  avec  les  variantes  de 
toutes  études  originales,  une  notice,  des  notes  et  un  glos- 
saire. —  Par  Pierre  Jannet.  —  T.  VL  In-16.  250  p,  — 
Paris,  \ibniT\e  Alphonse  Lemerre,  27-29,  passage  Choiseul. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS  (première,  seconde, 


DE  LA  FORMATION  DES  NOMS  DE  LIEU,  traité 
pratique  suivi  de  remarques  sur  les  noms  de  lieu  fournis 
par  divers  documents.  —  Par  J.  Qlicherat.  Petit  in-8'. 
—  Paris,  librairie  A  Franck,  67,  rue  Richelieu. 


PROPOS  RUSTIQUES,  BALR'ERNES,  CONTES  ET 
DISCOURS  D'EUTRAPEL.  —  Par  Noël  du  Fail,  seigneur 


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de  la  Hérissaye,  gentilhomme  breton.  —  Edition  annotée, 
précédée  d'un  essai  sur  Noël  du  Fail  et  ses  écrits.  —  Par 
Marie  Guica.iRD.  —  Paris,  librairie  Charpentier,  19,  rue  de 
Lille.  

ŒUVRES  COMPLÈTES  DE  FRANÇOIS  VILLON, 
suivies  d'un  choix  de  poésies  de  ses  disciples.  —  Edition 
préparée  par  La  Moanoye,  mise  au  jour,  avec  notes  et 
glossaire,  par  Pierre  Jannet.  —  3^'  édition.  In-16,  xvi- 


271  p.  —  Paris,  librairie  Alphonse  Lemerre.  —  Prix  :  2  fr. 


ÉTUDE  SUR  LE  LANGAGE  POPULAIRE  OU 
PATOIS  DE  PARIS  ET  DE  SA  BANLIEUE,  précédée 
d'un  coup  d'oeil  sur  le  commerce  de  la  France  au  moyen- 
âge,  les  chemins  qu'il  suivait  et  l'influence  qu'il  a  dû  avoir 
sur  le  langage.  —  Par  Charles  Nisard.  —  In-8',  ^60  pages. 
—  Paris,  lib.  Franck,  67,  rue  Richelieu. 


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LITTÉRATURE     FRANÇAISE 

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DÉSIRÉ  NISARD,  Membre  de  l'Académie  française. 

Quatre  volumes  in- 18  Jésus  de  plus  de  400  pages  chacun 

l"  vol.  :  Des  origines  jusqu'au  xvii=  siècle  ;  —  2°  vol.  :  Première  moitié  du  xvii'  siècle  ;   —  3»  vol.  :  Seconde 
moitié  du  xyh*  siècle  ;  —  k'  vol.  :  Le  xvin»  siècle  avec  un  dernier  chapitre  sur  le  xix". 

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A  la  librairie  de  Firmin  Didol  frères,  fils  et  Cie,  56,  rue  Jacob. 

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qui  habitent  la  France  ;  —  le  Wekker,  connu  par  toute  la  Hollande  ;  —  le  Journal  de  St-Pétersbourg,  très-répandu 
en  Russie  ;  —  le  Times,  lu  dans  le  monde  entier. 

(M.  Hartvvick,  390,  rue  Saint-Honoré,  à  Paris,  se  charge  des  insertions.) 

CONCOURS     LITTÉRAIRES. 


Appel  attx  prosateurs. 


L'Académie  française  décernera  pour  la  première  fois,  en  1875,  le  prix  Jouy,  de  la  valeur  de  quinze  cetits  francs, 
prix  qui,  aux  termes  du  testament  de  la  fondatrice,  doit  être  attribué,  tous  les  deux  ans,  à  un  ouvrage,  soit  d'obser- 
vation, soit  d'imagination,  soU  de  critique,  et  ayant  pour  objet  l'étude  des  mœurs  actuelles.  —  Les  ouvrages  adressés 
pour  ce  concours  devront  être  envoyés  au  nombre  de  trois  exemplaires  avant  le  l"  janvier  1875. 


Appel  aux  poètes. 


Le  prix  de  600  fr.  fondé  par  M.  le  docteur  Andreveton,  de  la  Roche,  avec  le  concours  de  la  ville  d'Annecy,  sera 
décerné  par  la  Société  Fi.orimontane  en  juillet  1 874.  —  Le  choix  des  objets  à  traiter  est  laissé  aux  concurrents.  —  Les 
pièces  de  poésie  doivent  être  inédites  et  écrites  en  langue  française.  —  Les  envois  porteront  une  épigraphe  qui  sera 
répétée  h  l'extérieur  d'un  billet  cacheté,  indiquant  le  nom  et  le  domicile  de  l'auteur. —Sont  seuls  admis  à  concourir  : 
1°  les  nationaux,  excepté  les  membres  effectifs  de  la  Société  Fi.orimontane,  et  2°  les  étrangers,  membres  effectifs  ou 
correspondants  «le  celte  Société.  —  Les  manuscrits  devront  être  adressés  au  Secrétaire  de  la  Société  Florimontane 
avant  le  l»'- juillet  I87ii. 

Le  douzième  Concours  poétique  ouvert  à  Bordeaux  le  15  février  sera  clos  le  1"  juin  1874.  —  Six  médailles  seront 
décernées.  —  Demander  le  programme,  qui  est  adressé  franco,  il  M.  Evariste  Carrance,  président  du  Comité,  92,  route 
d'KspaETiiP,  à  nr.rdnaiix  ^Girond").  --  .■\ffrnnrliir. 

Le  roil.-iclciir  du  t'.ni/rrirr  ilc  ]'inii/rf(is  est  visible  ;i  son  bureau  de  midi  à  uni'  lirurr  rt  demie. 


Imprimerie  Gouverneur,  G.  Daupelev  ù  Nogent-le-llotrou. 


5"  Année. 


N°   2. 


15  Avril  1874. 


QUESTIONS 
GRAMMATICALES 


LE 


QUESTIONS 
PHILOLOGIQUES 


Paraissant    le    1"  et   le   15    de   ehaane  moi* 


PRIX  : 

Abonnement  TOur  la  France.    6  f. 

Idem        pour  l'Étranger   10  f. 

Annonces,  la  ligne  .     .    .    .  50  c 

Rédacteur:  Eman  MARTIN 

ANCIEN     PROFESSEUR      SPÉC1.\L      POUR     LES      ÉTR.\NGERS 

Officier  d'Académie 
26,  boulevard  des  Italiens,  Paris 

ON  S'ABONNE 
En  envoyant  un  mandat  sur  la  poste 
soit  au  Rédaeleur,  soit  à  l'Adm' 
M.  FiscnsACHER,  33,  rue  de  Seine. 

SOMMAIRE. 

Communication  relative  à  Larmes  de  crocodile;  —  Comment 
Paseolus,  haricot,  en  latin,  a  pu  donner  Flageolet  en  français;  — 
Pourquoi  Qui  venant  après  un  verbe  précédé  de  Que  constitue 
une  mauvaise  phrase  ;  —  La  meilleure  manière  de  prononcer 
les  LL  mouillées  ;  —  Orthographe  d'un  participe  ayant  pour 
régime  un  Que  dont  la  relation  est  douteuse.  ||  Pourquoi  dans 
les  ventes,  le  comniissaire-priseur  emploie  Marchand  pour 
Acheteur;  —  S'il  faut  écrire  variable  un  participe  passé 
précédé  de  En  et  d'un  adverbe  de  quantité.  ||  Passe-temps 
grammatical.  ||  Suite  de  la  biographie  d'Antoine  Oudin.  \\ 
Ouvrages  de  grammaire  et  de  littérature.  ||  Renseignements 
aus  jirofesseurs  français.  ||  Concours  littéraires. 


FRANCE 


COMMUMCATION. 

Dans  sa  quatrième  année,  le  Courrier  de  Vaugelas 
s'est  occupé  de  l'origine  de  l'expression  larmes  de  cro- 
codile. Or,  celte  question,  qui  n'avait  pu  être  complète- 
ment élucidée,  a  tenté  M.  Georges  Garnier,  et  le  savant 
philologue  de  Bayeux  a  bien  voulu  m'adresser  le  résul- 
tat des  recherches  auxquelles  il  s'est  livré  à  ce  sujet. 

Je  m'empresse  de  remercier  M.  Georges  Garnier,  et  de 
lui  faire  les  emprunts  qu'on  va  lire. 

Où  et  quand  a  pris  naissance  la  fable  d'après  laquelle 
le  crocodile,  caché  au  milieu  des  roseaux,  pleure  et 
gémit  pour  attirer  la  proie  qu'il  convoite?  Voilà  ce 
qu'il  fallait  découvrir. 

Le  Courrier  de  Vaugelas  avait  déjà  fait  voir  qu'il 
était  très-probable  que  les  Anciens  n'étaient  pas  les 
inventeurs  de  cette  fable;  M.  Georges  Garnier  achève 
la  démonstration  de  ce  fait  en  ces  termes  : 

J'ai  relu  Hérodote,  qui  donne  une  longue  description  du 
crocodile,  copiée  par  Aristote  et  presque  littéralement 
traduite  par  Pline  et  par  /Elien  ;  aucun  de  ces  pères  de 
l'histoire  naturelle  ne  reproduit  la  fable  qui  a  donné  lieu 
au  proverbe.  Je  ne  trouve  rien  non  plus  dans  les  poètes 
grecs  ou  latins  des  grands  siècles. 

J'ai  compulsé  les  meilleurs  lexicographes,  et  notam- 
ment le  Thésaurus  lingux  latinx  de  Henri    Etienne,   ce 


répertoire  si  complet  de  toutes  les  expressions  usitées  par 
les  auteurs  classiques,  et  les  larmes  de  crocodile  n'y  sont 
pas. 

Répondant  à  une  communication  qui  attribuait 
l'origine  de  larmes  de  crocodile  à  la  relation  d'un 
voyage  fait  en  Orient  par  l'anglais  Mandeville,  relation 
publiée  à  Londres  en  1725,  j'avais  prouvé,  par  une 
citation  prise  dans  Rotrou,  que  le  proverbe  remontait 
au  moins  au  xvie  siècle;  M.  Georges  Garnier,  dans  les 
lignes  suivantes,  établit  qu'il  est  d'une  époque  bien 
antérieure  : 

■V'oici  jusqu'à  plus  ample  informé  le  plus  ancien  monu- 
ment où  je  le  trouve  inscrit  dans  une  langue  d'origine 
aryenne  : 

Parât  improbus  ore  cruento 
Perdere  te,  lacrymas  dum  crocodilus  agit. 

Ce  passage  est  tiré  d'un  poème  du  moyen  âge  intitulé 
Pamphyli  liber,  de  amore  inler  Pamphylum  et  Galateam, 
attribué  à  Pamphyle  Maurélien,  qui  mourut  vers  1300, 
l'année  même  de  la  naissance  du  voyageur  Mandeville,  et 
qui  fut  imprimé  en  1499,  c'est-à-dire  près  de  trois  siècles 
avant  l'impression  du  voyage  du  noble  chevalier  breton. 

Maurélien  était  contemporain  des  deux  dernières  croi- 
sades; n'est-ce  pas  dans  les  récits  des  vaillants  pèlerins, 
compagnons  de  captivité  de  leur  saint  Roi  sur  la  terre 
d'Egypte,  qu'il  aura  recueilli  cette  fable? 

Ainsi,  grâce  à  .M.  Georges  Garnier,  la  question  déjà 
trois  fois  débattue  dans  ce  journal  a  fait  un  pas  de 
plus  vers  sa  solution;  car,  d'un  cùtè,  nous  savons  posi- 
tivement que  l'expression  larmes  de  crocodile  ne  vient 
ni  des  Grecs  ni  des  Romains,  et  de  l'autre,  nous  sommes 
presque  certains  qu'elle  existait  dès  le  xiif'  siècle. 

Encore  quelques  recherches,  qu'on  ferait  probable- 
ment avec  succès  dans  les  historiens  orientaux  et  sur- 
tout dans  la  DescripUon  topographique  et  historique  de 
l'Egypjie  qu'a  laissée  le  célèbre  .Makrisi,  et  nous  possé- 
derons enfin  la  véritable  origine  de  larmes  de  crocodile. 

X 

Première  Question, 

Un  haricot  s' appelant  faseolus  en  latin,  comment  se 

fait-il  que  l'on  ait  flageolet,  en  français, pour  designer 

le  même  légume  quand  il  est  encore  vert  ?  J'ai  beau 

relire  De  Chevallet  et  Brochet,  je  n'y  trouve  nulle  part 


40 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


que  la  lettre  L  se  soif  Jamais  ajoutée  après  mie  F.  Je 
vous  serais  trcs-oblit/é  de  me  donner  cette  explication. 

En  vieux  français,  Je  mot  faseolus  avait  donné  pour 
dérivé  faseol,  comme  le  montrent  œs  exemples,  qui 
sont  du  xvi'=  siècle  : 

Si  tu  veux  manger  des  poids  et  faseols,  va  à  Crémone. 

(Merlin  Coccaie,  Jli$l.  I,  p.  36.) 

L'exemple  y  est  manifeste  en  pois,  febves,  fazeolz,  noix, 
alberges,  cotton,  colocynthes,  bled,  pavot,  etc. 

(Rabelais,  Pantag.,  III,  ch.  8.) 

Mais,  dans  les  patois,  le  même  terme  latin  avait 
donné  des  dérivés  où  Vs  était  changée  en  j  ou  en  ge  ; 
ainsi  ce  mot  se  dit  en  genevois  fajole,  fajule;  à  Lyon, 
flageole;  à  Cambrai,  fagcole;  en  Faucigny  fajoulc, 
fajole. 

Il  est  probable  que  le  français,  quand  il  a  voulu  faire 
un  diminutif  correspondant  à  faseolus,  a  formé,  sous 
l'influence  des  dérivés  patois,  le  mot  fageolet  au  lieu  de 
faseolet. 

Maintenant  pourquoi  plus  tard  a-t-il  introduit  une  / 
après  ïf? 

Je  crois  pouvoir  vous  l'expliquer. 

Depuis  le  xv"  siècle  au  moins,  nous  avions  dans 
notre  langue  le  mot  flageolet  pour  désigner  un  instru- 
ment de  musique,  ce  qui  ressort  de  ces  citations  : 

C'est  un  navire  sans  pompe, 
Cest  un  berger  sans  flageolet. 

(Oliv.  Baseelin,  XII.) 

Cependant  on  voit  le  gaillard  Derthe  approcher  de  sa 
maison  guidant  ses  chèvres  et  son  trouppeau  avec  un 
flageolet. 

(Merlin  Coccaie,  Nist.,  vol.  ],  p.  54. J 

Faisoit  sonner  chalumeaux,  cornemuses 
Et  flageolets,  pour  esveiller  les  muses. 

(Marot,  I,  p.  166.1 

Grâce  aux  propriétés  semi-musicales  du  faseolus, 
vous  savez  que  le  peuple  de  France  appelle,  par  manière 
de  plaisanterie,  les  légumes  en  question  du  terme  argo- 
tique de  inusicicns.  Or,  lorsque  fageolet  évoque  une 
telle  idée,  comment  pouvoir  prononcer  ce  mot  sans 
songer  au  flageolet?  On  y  a  songé,  en  effet,  et  si  bien 
que,  l'ignorance  aidant,  on  a  substitué  flageolet  à 
fagrolet,  ce  qui  a  l'apparence  de  l'addition  d'une  /  dans 
le  dérivé  de  faseolus,  mais  qui,  en  réalité,  est  le  rem- 
placement d'un  mot  par  un  autre. 

Dans  son  dictionnaire,  M.  Litlré  fait  celte  remarque 
au  sujet  de  flageolet  désignant  un  haricot  : 

11  serait  raisonnable  d'abandonner  ce  barbarisme  et  de 
dire  fageolet.  Aucun  des  patois  n'a  cette  l  barbare. 

Barbarisme  et  /  barbare,  oui,  s'il  était  vrai  que 
fageolet  fût  une  corruption  de /'w/wfc^;  mais,  quand  il 
cl  démontré,  du  moins  à  ce  que  je  crois,  qu'il  s'agit 
bien  ici  de  cet  instrument  de  musique  qui,  selon 
Hasselin,  est  imlispcnsable  à  un  berger,  le  reproche 
adressé  à  fUujrolei  comme  désignant  un  légume  tombe 
nécessairement  de  lui-même. 

X 

Seconde  Qiicslioii. 
Dans  le  premier  volume  de,  la  Giumiuiiie  des  cbam- 


juiBES,  on  trouve,  p.  A.',2,  la  phrase  suivante  donnée 
comme  étant  de  l'Académie  :  «  Ne  fais  à  autrui  que  ce 
QUE  fu  voudrais  qui  te  fût  fait  à  toi-même  ».  Est-ce  que 
c'est  réellement  là  une  bonne  construction  ?  Ce  qui  après 
un  QBE  me  semble  avoir  quelque  chose  de  choquant 
pour  l'oreille.  Qti'en  pensez-vous  ? 

Cette  construction,  qui  consiste  à  rattacher,  au 
moyen  de  qui,  le  membre  de  phrase  précédé  de  que  au 
membre  de  phrase  qui  lui  sert  de  régime  direct,  a  été 
fort  en  usage  au  xvii"  et  au  xvui°  siècle,  comme  le 
montrent  ces  exemples  : 

Cette  madame  de  Quintin,  que  nous  disions  gui  vous 
ressemblait,  est  comme  paralysée. 

(Mme  de  Sévigné,  8g.) 

Peut-être  a-t-il  démêlé  dans  votre  vie  quelque  intrigue 
que  vous  espériez  qui  ne  serait  pas  connue. 

(Fontenelle,  Diaîog.) 

Et  que  pourra  faire  un  époux 
Que  vous  voulez  qui  soit  jour  et  nuit  avec  vous? 

(La  Fontaine,  liv.  VII,  fable  a.) 

Mais,  pour  guérir  du  mal  qu'il  dit  qui  le  possède, 
N'a-t-il  point  exigé  de  vous  l'autre  remède? 

(Molière,  Ec.  des /em.,  II,  6.) 

Si  nous  attendons,  nous  attendons  ce  que  Jésus-Christ  a 
prédit  qui  n'arriverait  jamais. 

(Massillon,  Confcr.  Zt'k  contre  le  scand.) 

Voici  cette  épitre  qu'on  prétend  g«i  lui  attira  tant 
d'ennemis. 

(Voltaire,  Com.  sur  l'ép.  à  Ariste.) 

Aujourd'hui,  elle  est  passée  à  l'état  d'archaïsme  ; 
mais  le  dictionnaire  de  Littré,  qui  la  trouve  «  vive  et 
très-commode,  »  exprime  le  vœu  qu'elle  revienne  en 
honneur.  Serai-je  du  même  avis? 

Non,  et  cela,  parce  qu'elle  fait  de  cjui  un  emploi 
tout-à-fait  insolite,  ainsi  que  je  vais  vous  le  démontrer. 

En  effet,  analysons  l'une  des  phrases  précédentes,  ce 
qui  sera  suffisant,  puisque  toutes  emploient  qui  de 
la  même  façon,  par  exemple,  la  première  : 

Cette  madame  de  Quintin,  que  nous  disions  qui  vous  res- 
semblait, est  comme  paralysée. 

Pi'oposition  principale  :  Cette  madame  de  Quintin  est 
comme  paralysée  ;  proposition  incidente  :  que  nous 
disions  qui  vous  ressemblait.  Le  mot  qui  se  trouve 
dans  celte  dernière;  c'est  à  elle  qu'il  faut  demander  le 
rôle  qu'il  joue. 

L'incidente  en  question  équivaut  à  n'en  pas  douter 
à  ceci,  qui  n'est  autre  chose  que  sa  transformation  : 

Nous  disions  que  laquelle  vous  ressemblait; 

Or,  comme  nous,  disions,  vous  et  ressemblait  sont 
communs  à  l'incidente  primitive  et  à  lincidcnte  trans- 
formée, et  que  le  que  de  la  première  est  représenté  par 
laquelle  dans  la  seconde,  il  s'ensuit  nécessairement 
que  le  que  de  celle-ci  correspond  à  qui  dans  la  première, 
ou,  en  d'autres  termes,  que  le  gui  de  l'incidente  primi- 
tive est  une  conjonction,  iniisquc,  dans  l'incidenlc 
transformée,  que  est  un  mol  de  cette  nature. 

Mais  qiti  ne  peut  jamais  être  que  pronom  relatif  en 
français;  d'où  je  conclus  que  la  construction  dont  il 
s'agit  doit  être  rcjetéo  à  titre  de  barbarisme. 


LE  COURRIER  DE  VALGELAS 


U 


Le  seul  moyen  de  donner  aux  phrases  qui  précèdent 
une  tournure  vraiment  irréprochable,  c'est  d'observer 
la  règle  suivante  : 

Retrancher  qui,  mettre  à  rinfinitif,  et  accompagné 
d'un  pronom  régime  s'il  y  en  a  un,  le  verbe  actif  ou 
passif  qui  peut  suivre  ;  et,  dans  le  cas  où  ce  verbe  est 
au  futur  ou  au  conditionnel,  mettre  devoir  devant 
l'infinitif;  on  a  ainsi  : 

Ne  fais  à  autrui  que  ce  que  tu  voudrais  t'êlre  fait  à  toi- 
même. 

Cette  madame  de  Quintin,  que  nous  disions  vous  ressem- 
bler, est  comme  paralysée. 

Peut-Otre  a-t-il  démêlé  dans  votre  vie  quelque  intrigue 
que  vous  espériez  ne  devoir  pas  che  connue. 

Et  que  pourra  faire  un  époux  que  vous  voulez  e'tre  jour 
et  nuit  avec  vous? 

Si  nous  attendons,  nous  attendons  ce  que  Jésus-Christ  a 
prédit  ne  devoir  jamais  arriver. 

Mais  pour  guérir  du  mal  qu'il  dit  le  posséder... 

Voici  cette  épitre  qu'on  prétend  lui  avoir  attiré  tant 
d'ennemis. 

X 
Troisième  Question. 

Auriez-vous  la  bonté  de  me  donner  votre  avis  concer- 
nant la  prononciation  correcte  et  élégante  des  ll 
mouillées?  Par  exemple,  est-il  à  présent  permis  de 
dire  comme  M.  Bescherelle  l'indique,  bi-iet,  bi-urd,  ou 
bien  doit-on  prononcer  ces  mots  comme  M.  Littré  le 
dit  dans  son  dictionnaire,  bi-lliet,  bi-luhd? 

Depuis  que  notre  langue  a  des  grammairiens,  c'est- 
à-dire  depuis  le  xvi'=  siècle,  il  a  été  généralement  en- 
seigné que  les  ll  mouillées  devaient  se  prononcer  comme 
le  gti  d'au-delà  des  monts,  et  c'est  cette  prononciation 
que  M.  Littré  a  cru  devoir  adopter  dans  son  diction- 
naire. 

Mais,  à  côté  de  cette  manière  de  mouiller  les  ll,  il  s'en 
est  établi  une  autre,  qui  remplace  ces  consonnes  par 
un  /  aspiré,  ce  qui  fait  prononcer,  par  exemple,  billet, 
billard  comme  s'ils  étaient  écrits  bi-yet,  bi-ijard.  C'est 
celle  que  M.  Bescherelle  croit  la  meilleure. 

Or,  en  présence  d'un  tel  dissentiment,  vous  venez 
me  demander  mon  avis? 

Je  vais  vous  le  donner  ainsi  que  les  raisons  sur 
lesquelles  je  le  fonde. 

La  prononciation  que  recommande  .M.  Littré  est  d'un 
âge  fort  respectable,  car  elle  date  au  moins  de  trois 
siècles;  mais  elle  est  très-difficile  à  saisir  pour  une 
oreille  française,  elle  a  tout  l'air  d'une  trace  de  l'inva- 
sion que  l'italien  a  faite  chez  nous,  et  il  s'en  faut  de 
beaucoup  qu'elle  soit  la  plus  usitée. 

Celle  que  préfère  .M.  Bescherelle,  au  contraire,  peut 
être  moins  ancienne;  mais  elle  est  la  plus  facile  de 
l'aveu  même  de  ceux  qui  la  repoussent,  elle  est  toute 
française,  et  c'est  elle  qui  est  la  plus  répandue  :  dans 
la  capitale,  on  en  fait  généralement  usage  au  théâtre, 
au  palais,  dans  la  chaire,  etc.,  et,  sauf  peut-être  dans 
quelques  pays  avoisinant  rilalie  et  l'Espagne  (les  // 
en  espagnol  se  prononcent  comme  gli  en  italien),  je 
crois  qu'il  en  est  de  même  en  province. 


C'est  cette  dernière  que  je  conseille  à  mon  tour; 
car,  si  ancienne  que  soit  l'autre,  si  autorisés  que  soient 
les  patrons  qu'elle  rencontre,  attendu  qu'un  peuple, 
toujours  maître  de  son  idiome,  a  l'incontestable  droit 
d'y  apporter  quand  il  lui  ])lait  telles  modifications  qu'il 
juge  à  propos,  cette  autre,  qui  n'est  agréée  ni  de  la 
France  ni  surtout  de  Paris,  ne  peut,  à  mon  sens,  être 
tenue  a  correcte  et  élégante  ». 

Pour  combattre  la  prononciation  de  M.  Bescherelle, 
le  savant  .M.  Bernard  Jullien  dit,  dans  son  Cours  supé~ 
rieur  de  langue  française,  que  les  Parisiens  ont  tort  de 
prononcer  Versa-ije,  grenou-ge,  au  lieu  de  Versailles, 
grenouille,  et  qu'il  est  «  à  peine  »  concevable  que  celte 
prononciation  «  grêle  et  désagréable  »  puisse  se  pro- 
duire <i  constamment  »  au  Théâtre-Français  sans  être 
l'objet  de  la  moindre  remarque  du  public  ni  des  jour- 
nalistes. 

Quelle  que  soit  la  qualité  du  son  que  cette  pronon- 
ciation fait  entendre,  quelle  que  soit  sa  fréquence, 
quelque  difficulté  qu'on  éprouve  à  comprendre  l'accueil 
qui  lui  est  fait,  l'argument  qui  lui  est  opposé  ici  ne 
peut  pas  être  sérieux  ;  car,  d'un  consentement  unanime, 
quoique  tacite,  Paris  étant  devenu  chez  nous,  grâce 
à  son  titre  de  capitale  et  au  chitfre  de  sa  population, 
l'arbitre  du  langage  aussi  bien  que  celui  de  la  mode 
et  du  goût,  comment  admettre  que  la  prononciation  des 
Parisiens  soit  entachée  de  vice  ? 

X 

Quatrième  Qaeslioo. 

Comment  écrire  le  participe  BEMARQrÉ  dans  ce  début 
de  phrase  :  «  Toutes  les  sortes  d'ennuis  que  les  mora- 
listes ont  bemabqce' »  Solution  vivement  attendue 

car  la   question  vient  d'être  posée  par  la  Ville  aux 
candidats  pour  les  emplois  dans  son  administration. 

Quoique  votre  citation  soit  incomplète,  et  qu'elle 
présente  par  conséquent  comme  une  difficuté  gramma- 
ticale doublée  d'une  énigme,  je  vais,  puisque  la  chose 
est  si  pressante,  vous  dire  immédiatement  ce  que  je 
pense  du  participe  qui  la  termine. 

Les  moralistes,  dont  l'élude  a  pour  objet  spécial  le 
cœur  humain,  c'est-à-dire  l'ensemble  de  nos  facultés 
affectives  et  de  nos  sentiments  moraux,  ont  établi  une 
classification  des  passions  ;  et,  dans  l'ennui,  l'une 
d'elles,  ils  ont  naturellement  distingué  autant  de  sortes 
qu'ils  ont  trouvé  de  causes  pouvant  le  produire. 

Or,  le  fragment  de  phrase  que  vous  m'adressez  me 
semblant  faire  allusion  aux  difi'érents  cantons  que  les 
explorations  du  cœur  ont  fait  découvrir  dans  la  région 
de  la  tristesse  [l'une  des  trois  passions  primitives  aux- 
quelles -Malebranche  rapporte  toutes  les  autres),  j'en 
conclus  que  le  relatif  f/v(  ne  s'y  applique  point  au  mot 
individuel  rnnuis,  mais  bien  au  collectif  sorte,  ou,  en 
d'autres  termes,  que  le  participe  remarqué  doit  être 
mis  au  féminin  pluriel. 


i2 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


ÉTRANGER 

Première  question. 
Pourquoi,  en  France,  dans  les  rentes,  le  coinmissaire- 
priseur  emploie-t-il  cette  formule  :  «  ï  a-t-il  îiARcnAjiD  » 
jmur  demander  s'il  y  a  des  acheteurs  pour  l'objet  qu'il 
met  en  vente  ? 

Chose  facile  à  vous  expliquer. 

En  effet,  indépendamment  du  sens  de  :  qui  fait 
profession  d'acheter  et  de  vendre,  le  mot  marchand, 
ancienne  forme  manheant  (du  has-lalin  mercatare, 
faire  le  commerce)  a,  depuis  les  commencements  de 
notre  langue,  la  signification  de  :  qui  achète  accidentel- 
lement : 

Ung  marchant  ne  vaut  riens  sans  monnoye. 

iPerccforest,  t.  III,  fol.  114.) 

Dit  ce  coquin  dans  sa  boutique, 
Vestu  d'un  liabit  à  l'antique, 
Qui  peste  contre  les  passans 
De  ce  qu'il  n'a  point  de  marchans. 

(Berthod,  Ville  de  Paris  en  vers  turl.,  p.  5.) 

Si  jamais  cette  part  tombait  dans  le  commerce. 
Et  qu'il  vous  vînt  marchand  pour  ce  trésor  cacbé. 

(Corneille,  le  Menteur,  III,  6.) 

On  n'achète  pas  le  rang-,  une  reine  qui  serait  laide  ne 
trouverait  pas  marchand. 

(Voltaire,  Zaïre,  10.) 

Or,  c'est  dans  cette  même  acception  que  nos  commis- 
saires-priseurs  emploient  ce  terme  quand  ils  prononcent 
la  formule  :  l' a-f-il  marchand  ?  pour  demander  si,  au 
prix  qu'ils  proposent,  l'objet  qu'ils  mettent  en  vente 
trouve  des  acquéreurs. 

X 
Seconde  Question. 

Puisque  vous  voulez  bien  donner  des  solufiojis  sur  la 
grammaire  française  aux  personnes  qui  vous  en  de- 
mandent, je  viens  vous  inier  de  me  dire  ce  que  vous 
pensez  de  l'accord  du  participe  passé  précédé  de  ex  et 
d'un  adverbe  de  quantité;  dans  cette  phrase,  par 
exemple  :  «  Autant  de  batailles  il  a  livrées,  avtant  il 

E^'  A  CAG>"É  B,  faut-il  GAG>É  OU  GAGSÉES? 

Au  siècle  dernier,  on  écrivait  généralement  invariable 
le  participe  passé  précédé  de  en  et  d'un  adverbe  de 
quantité,  et  cette  orlhoi-'raplie  est  suivie  encore  aujour- 
d'hui par  un  grand  nombre  de  grammairiens  et  par 
l'Académie  elle-même  ;  ainsi  j'ai  trouvé  : 

Par  son  analyse,  il  a  fait  faire  plus  de  prngrcs  à  la  géomé- 
trie qu'elle  n'en  avait /ai7  depuis  la  création  du  monde. 

(Thomas,  dans  la  Cram.  nat.  p.  703.) 

Les  Russes  ont  fait  en  quatre-vingts  ans,  que  les  vues 
de  Pierre-le-Crand  ont  été  suivies,  plus  de  progrès  que 
nous  D'eu  avons  fait  en  quatre  siècles. 

(Voltairt,  idem.) 

Mais,  comme  certains  auteurs  offrent  aussi  des 
exemples  où  le  participe  est  variable  avec  un  cortège 
analogue,  des  grammairiens  de  notre  temps,  entre 
autres  .M.   Beschcrelle  et  .M.    Poitevin,   ont   proposé 


d'adopter  le  principe  de  la  variabilité  en  s'appuyant  sur 
ces  phrases  : 

Ces  terribles  agonies  effraient  plus  les  spectateurs 
qu'elles  ne  tourmentent  le  malade  ;  car  combien  n'en  a-t-on 
pas  rus  qui,  après  avoir  été  à  la  dernière  extrémité, 
n'avaient  aucun  souvenir  de  tout  ce  qui  s'était  passé,  non 
plus  que  de  ce  qu'ils  avaient  senti? 

(BulTon.) 

Les  sénateurs  accumulèrent  sur  sa  tête  plus  d'honneurs 
qu'aucun  mortel  n'en  avait  encore  reçus. 

(De  S^gur.) 

Combien  en  a-t-on  vus,  je  dis  des  plus  huppés, 

A  souffler  dans  leurs  doigts  dans  ma  cour  occupés  ! 

(Racine.) 

Que  les  grandes  puissances  de  l'Europe  apprennent  qu'il 
leur  faudrait  beauconps  moins  d'efforts  pour  cette  riche  con- 
quête qu'elles  n'en  ont  faits  depuis  vingt  ans  pour  détruire, 
en  dernier  résultat,  l'indépendance  de  quelques  petits  états- 

(Jullien.) 

Or,  cette  nouvelle  règle  doit-elle  être  accueillie  ou 
vaut-il  mieux  la  rejeter? 

Selon  moi,  elle  doit  être  rejelée,  et  voici  les  raisons  "   ' 
sur  lesquelles  je  me  fonde  pour  parler  de  la  sorte  : 

i"  La  Grammaire  nationale  admet  comme  tout  le 
monde  l'invariabilité  du   participe  précédé  de  en  et 
suivi  d'un  adverbe  de  quantité,  et  voici  les  exemples       1 
qu'elle  cite  : 

Le  glaive  a  tué  bien  des  hommes, 
La  langue  en  a  tué  bien  plus. 

(François  de  Neufchâteau.  i 

J'en  ai  connu  beaucoup  qui,  polissant  leurs  mœurs, 
Des  beaux-arts  avec  fruit  ont  fait  un  noble  usage. 

(Voltaire.) 

Le  Télémaque  a  fait  quelques  imitateurs,  les  Caiactcres 
de  La  Bruyère  en  onl  produit  davantage. 

(Idem.) 

Cela  étant,  comment  expliquer  que  l'adverbe  de  quan- 
tité, qui  n'a  ni  genre  ni  nombre,  puisse,  quand  il  est 
placé  à  gauche  du  participe,  avoir  sur  ce  dernier  une 
influence  qu'il  n'a  pas  étant  placé  à  droite  ?  Pour  mo- 
difier une  règle,  il  faut  avoir,  il  me  semble,  de  plus 
solides  raisons  que  celles  qui  se  tirent  de  cette  syntaxe 
aussi  subtile  que  neuve. 

2»  Ne  pas  écrire  le  participe  variable  dans  ce  cas, 
dit  M.  Poitevin,  ce  serait  s'exposer  souvent  à  «  mettre 
l'expression  en  contradiction  avec  la  pensée.  »  Mais, 
dans  noire  langue,  ofi  l'on  écrit  toujours  invariable  le 
participe  [ail  devant  un  infinitif;  où  l'adjectif  feu  se 
met  invariable  avant  l'article  ;  où  le  participe  été  parait 
toujours  sous  la  même  forme;  où  il  est,  ainsi  que  tout 
autre  verbe  impersonnel,  peut  être  suivi  d'un  nom 
pluriel  qui  en  est  le  véritable  sujet,  la  contradiction  entre 
l'expression  et  la  pensée  ne  constitue  point  une  infraction 
à  un  principe  d'orthographe.  Pourquoi  donc  alors  venir 
l'invoquer,  comme  argument,  dans  la  question  qui  nous 
occupe  ? 

Le  participe  n'ayant  pas  d'autre  régime  que  !e  mot 
en  peut  se  trouver  dans  trois  circonstances  dill'ércnles  : 
avec  en  seulement,  avec  en  suivi  d'un  adverbe  de 
quantité,  ou  avec  en  précédé  do  la  même  espèce 
d'adverbe.  Or,  lorsque,  du  consentement  de  tous,  on 


LE  COURRIER  DE  VADGELAS 


<3 


laisse  le  participe  invariable  dans  les  deux  premiers 
cas,  n'esl-il  pas  plus  sage  de  le  soumellre  à  la  môme 
règle  dans  le  troisième  que  de  compliquer  encore  la 
théorie  du  participe  déjà  si  embarrassante  parfois'' 
X 
Troisième  Question. 
Je  ne  trouve  l'exjiression  pbendre  sans  veut  dcms 
aucun  des  (rois  dictionnaires  français  que  fui  en  ma 
possession.  Voudrie:-rous  bien  m'en  dire  la  signification, 
et,  s'il  est  possible,  l'oriyinc  ? 

Prendre  fjudqu'im  sans  vert,  c'est  le  prendre  au 
dépourvu,  comme  le  montrent  ces  exemples  ; 

C'est  ce  qui  fait  toujours  que  je  suis  pris  sans  vert. 

{Molière,  VElouTdi,  III,  S  ) 

Je  confesse  à  ce  coup  que  je  suis  pris  sans  vert. 

(Th.  Corneille,  Am.  à  la  mode.  II,  3.) 

Quant  à  l'origine  de  cette  expression,  elle  remonte 
à  un  jeu  de  société  très-ancien,  dont  la  principale 
règle  voulait  qu'on  portât  sur  soi  une  petite  branche 
de  verdure  pendant  les  premiers  jours  du  mois 
de  mai.  Ce  jeu,  auquel  les  deux  sexes  étaient  également 
admis,  donnait  à  chaque  joueur  le  droit  d'en  visiter 
un  autre  à  toute  heure  de  la  journée,  aussi  bien  en 
négligé  qu'en  toilette,  afin  de  s'assurer  s'il  était  muni 
de  l'espèce  de  verdure  désignée  par  la  société  dont  il 
faisait  partie.  Quand  on  se  laissait  prendre  sans  branche 
verte,  ou  avec  une  branche  déjà  fanée,  on  recevait  un 
seau  d'eau  sur  la  tête,  et  l'on  était  obligé  de  donner  un 
gage  représentant  le  prix  d'une  amende,  dont  le  produit 
s'appliquait  à  des  plaisirs  variés. 

Selon  Quilard,  le  jeu  en  question  était  connu  dès  le 
xiii'  siècle  ;  mais  attendu  qu'il  n'en  fait  la  preuve  par 
aucun  texte,  et  que  c'est  seulement  dans  Rabelais 
(liv.  1"',  ch.  22)  que  je  trouve  ce  jeu  mentionné  pour  la 
première  fois,  j'en  conclus  que,  jusqu'à  plus  ample 
information, prendre  iaM«  t^er/ doit  être  considéré  comme 
ne  datant  guère  que  de  François  1". 


PASSE-TEMPS  GRAMMATICAL. 


Corrections  du  numéro  précédent. 

!•  ...  et  il  est  à  craindre  que; —  1-  ...  un  tilleul  hors  ligne  (dans 
cette  expression,  on  supprime  l'article)  ;  —  3"  ...  qui  flamboie, 
imposent  à  qui  Vnppioche;  —  4"  ...  de  prendre  à  témoin  tous 
ceux;  —  5"  ...  c'étaient  sans  doute  les  liquais;  —  6°  ...  et  nous 
ferons  notre  mea  cidpa  (on  dit  battre  sa  coutpe);  — 7"" ...  le  bon 
temps  alors,  il  vous  en  souvient;  —  S"  ...  lui  ferait  baisser 
pavillon  ;  —  0°  Tous  ceux  (|ui  garderont  copie  de  celle  lettre 
dans  leurs  maisons  seront  préservés  des  malins  esprlls,  etc.  ;  ou 
encore  :  .Famais  les  malins  esprits,  etc.,  no  pourront  nuire  n  ceu.v 
qui  ijardeiont,  etc.;  —  10°  ...  est  poursuivi  sous  l'inculpation 
d'excitation  des  citoyens  A  .se  lialr  les  uns  les  antres;  —  U'  ... 
proviennent  i)resquc  toujours  rf'une  mauvaise  trituration,  ou 
encore  :  sont  presque  toujours  la  suite  rf'une  mauvaise  tritura- 
tion ;  —  12°  ...  et  se  vêtent  de  ses  défroques. 


Phrases  à  corriger 

trouvées  pour  la  plupart  dans  la  presse  périodique. 

!•  M.  Kaoul  Duval  pense  qu'au  point  de  vue  conservateur, 
il  est  indispensable  qu'on  ne  voie  pas  à  la  tète  du  gouver- 
nement les  hommes  qui  se  sont  disputés  le  pouvoir  à 
la  tète  des  partis  politiques. 

2°  Cette  décision  sera  accueillie  avec  une  satisfaction 
unanime,  et  le  mérite  en  sera  attribué  au  moins  en  partie 
sur  le  nouvel  ambassadeur  français,  M.  de  Chaudordy. 

3-  Il  paraît  que  l'intrigue  monarchique  que  nous  dénon- 
cions hier  n'est  pas  la  seule  dont  nous  soyions  menacés. 

■1'  C'est  un  excellent  exemple  que  donne  là  le  vaillant 
maréchal;  il  serait  fort  à  désirer  que  pas  un  de  nos  géné- 
raux pensât  autrement. 

5°  Il  est  peu  d'animal  qui  varie  autant  dans  son  pelage-, 
dans  le  Nord,  on  en  trouve  de  roux  piquetés  de  gris, 
de  gris  cendré,  de  gris  ardoisé  foncé,  de  gris  blanc,  d'en- 
tièrement blancs  et  noirs. 

6°  Cela  ne  laisse  pas  que  d'être  un  présage,  utile  à 
méditer,  de  ce  que  réserveraient  les  patrons  de  ces  feuilles 
le  jour  où  ils  seraient  de  nouveau  les  maîtres  de  la  France. 

7°  L'Anglais  ne  saurait  être  susceptible  de  sentimenta- 
lisme, voire  môme  d'humanité,  pour  les  souffrances  d'une 
race  qu'il  a  constamment  traitée  avec  la  plus  grande  bar- 
barie. Pour  lui,  l'Inde  est  une  poule  aux  œufs  d'or. 

8-  Je  ne  puis  donc  admettre,  vous  le  voyez,  qu'on  donne 
le  nom  d'orléaniste  à  d'autres  qu'à  ceux  qui  sont  partisans 
du  comte  de  Paris,  comme  je  viens  d'avoir  l'honneur  de 
vous  le  dire. 

y  Les  écluses  bonapartistes  sont  lâchées,  et  des  paroles, 
quelques  fermes  et  bien  tournées  qu'elles  soient,  ne 
changeront  pas  l'opinion  publique,  qui  est  convaincue  du 
retour  inévitable  et  prochain  de  l'Empire. 

10°  Si  elle  n'exprime  pas  franchement  son  mépris,  c'est 
dans  la  crainte  de  nous  blesser  par  des  railleries  qui 
risqueraient  d'atteindre  le  pays  tout  entier,  quoiqu'elles 
ne  viseraient  en  réalité  que  le  parti  bonapartiste. 

11°  On  avait  craint  que  les  partisans  de  la  Commune 
vinssent  provoquer  des  désordres,  mais  rien  de  semblable 

n'a  eu  lieu. 

(Les  corrections  à  quinz-aine.) 

FEUILLETON  ■ 


BIOGRAPHIE  DES  GRAMMAIRIENS 

PaE.\llÈRE  MOITIÉ  DU  XVIII"  SIÈCLE. 

Antoine  OUDIN. 

(Suite.J 

H  —  L'aspiration  de  l'/t  sert  à  éviter  quantité  d'équi- 
voques, car  il  y  a  bien  de  la  dillërcnce  entre  hante  et 
ente,  hault  et  osf ,  hautte  et  /loste,  hcstrc  et  estre, 
hache  et  aehe. 

On  n'aspire  point  l'A  dans  un  mot  (pii  dérive  du 
latin,  comme  homme,  honneur,  etc. 

Cette  consonne  s'aspire  au  commencement  des  mots 
qui  ne  sont  point  d'origine  grecque  ou  latine. 

Parmi  les  mots  français  qui  ne  dérivent  point  du 
latin,  il  n'y  a  que  huile,  huict  et  huistre  où  l'on  met  l'/t 
pour  faire  prononcer  Vu  initial  qui,  sans  cela,  sonnerait 
comme  v. 

L  —  Au  milieu  des  mots  et  devant  une  autre  con- 
sonne, ainsi  qu'après  les  diphthongucs,  elle  ne  se 
prononce  point,  excepté  dans  coulpe  et  poulpe. 


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LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


Dans  le  pronom  il,  \'l  ne  doit  jamais  se  prononcer 
devant  une  consonne  ;  son  pluriel  reprend  ladite  l  devant 
les  mots  commençant  par  une  voyelle,  et  «  taist  »  son  s 
finale  :  ils  ont,  lisez  il  ont.  Toutefois  on  peut  dire 
aussi  :  is  ont. 

Les  mots  col,  licol,  mol,  fol,  sol  se  prononcent  par 
ou  :  cou,  licou,  mou,  etc.  ;  mais  fol,  suivi  d'une  voyelle, 
se  prononce  comme  il  est  écrit  :  fol  outré. 

Dans  les  finales  des  mots  suivants,  l  ne  sonne  point  : 
fusil,  gentil,  sourcil,  nombril,  apvril,  chevreul,  pouil, 
(jenouil,  verrouil  (1633). 

Oudin  trouve  «  fort  à  propos  »  de  ne  la  point  pro- 
noncer dans  ces  autres  :  quelque,  quelqu'un,  ciuelconque. 

Elle  n'a  point  le  son  mouillé  (celui  qui  a  de  l'affinité 
avec  le  gl  italien  et  le  H  espagnol)  dans  apostille, 
camomille,  pupille,  torpille. 

Le  m.ot  composé  gentilhomme  a  le  son  liquide  de  / 
au  singulier,  contre  la  règle  de  gentil  ;  il  rejette  l  au 
pluriel  et  zt\>vononc& gentishommes.  he.{èm\mn gentille 
ne  suit  pas  la  prononciation  de  son  masculin. 

M  —  Elle  se  change  en  n  devant  une  autre  n  : 
damné,  solemnel  se  prononcent  danné,  solennel. 

N —  A  la  fin  des  noms  propres  et  des  substantifs 
suivis  d'une  voyelle,  elle  ne  se  lie  pas;  on  ne  prononce 
pas  ces  mots  ;  Ciceron  ou  Demost/iene  en  liant  Vti  avec 
Yo  comme  font  les  Normands,  qui  disent  Ciceronnou 
Demostliene. 

Avec  le  substantif  ^«,  il  ne  faut  pas  non  plus  lier  \'n  : 
la  fin  en  sera  mauvaise;  mais  avec  le  même  mot  pris 
comme  adjectif,  il  le  faut  :  Vous  estes  un  finnhomme. 

On  la  lie  avec  les  possessifs  mon,  ton,  son;  avec 
bon,  un,  en,  bien,  non,  rien,  et  aussi  avec  les  adjectifs 
certain,  ancien,  malin. 

Convent  et  monstier  se  prononcent  ordinairement 
couvent  et  moustier. 

P  —  Quoiqu'on  ne  le  prononce  pas  dans  exempter, 
on  le  prononce  dans  exemption. 

Q  —  Ne  se  prononce  point  dans  le  pluriel  cocqs,  et 
encore  moins  dans  cocq  d' Inde,  qui  se  lit  co  d'Inde. 

R  —  Dans  les  verbes  en  ir  et  en  er,  celte  lettre  ne  se 
prononce  point  quand  elle  est  suivie  d'un  mot  com- 
mençant par  une  consonne. 

On  ne  la  prononce  point  non  plus  dans  mouchoir, 
miroir,  porteur,  covppeur,  faiseur;  on  dit  :  mouchoi 
de  col,  un  miroi  de  Venise,  porteu  d'eau,  etc. 

Dans  les  substantifs  en  ir  comme  plaisir,  désir, 
souvenir  sa  prononciation  est  indifférente. 

Celte  prononciation  est  facullalive  également  dans 
monsieur  et  )nessieurs;  mais  il  est  plus  dou.x  de  ne  pas 
la  prononcer  devant  une  consonne. 

Les  ('  pronoms  »  nosire  et  rostre,  mis  devant  un 
substaiilif,  se  prononcent  par  corruption  note  et  vote. 

Chaire  se  prononce  généralement  chaise,  et  ce  der- 
nier est  plus  «  reccu  »  parmi  les  Courtisans. 

Ordinairement  on  prononce  mécredij  pour  mercredi/, 
abre  pour  arijre,  mabre  pour  marbre. 

S—  Pour  faire  la  liaison,  on  la  prononce  comme 
un  z  :  toutes  à  la  fois,  lisez  toutez  à  la  fois. 

Se  prononce  dans  Christ  quand  il  n'est  point  précédé 


de  Jésus,  car  alors  on  prononce  Jésus-Chrit. 

La  plupart  prononcent  Vs  dans  Maistre  de  camp,  et 
c'est  en  effet  sa  vraie  prononciation. 

Elle  se  prononce  toujours  à  la  fin  du  mot  ains. 

T  —  Dans  les  noms  de  nombre  compris  entre  20  et 
30,  on  prononce  le  <  à  la  fin  du  vingt,  bien  qu'une 
consonne  vienne  après. 

Il  ne  se  prononce  pas  AdLÏi?,  postposer. 

X  —  Dans  Xainte  et  Xaintonge,  il  se  prononce 
comme  «  /  Sainte,  Saintonge. 

Devant  c,  au,  o,  il  a  le  son  doux  (gs)  :  exception, 
exaucer,  lisez  egseption,  egsaucer  ;  devant  les  autres 
voyelles,  et  devant  les  consonnes^  il  a  le  son  dur  (es)  : 
Alexayidre,  extravagant,  se  prononcent  Alecsandre, 
ecstraragant. 

Il  se  prononce  comme  s  simple  dans  ces  mots  :  ex- 
cuser, expliquer,  excommunier,  exquis. 

Dans  plusieurs  noms  propres,  il  sonne  comme  deux 
s /ainsi  St-Maixant,  Auxerre,  Auxerrois,  Bruxelles  et 
Luxembourg  se  prononcent  St-Maissant,  Ausserre,  Aus- 
serrois,  Brusselles,  Lussembourg . 

Il  a  le  son  de  s  dans  dixsept,  dixhuit,  dixneuf. 

Z  —  On  le  met  au  pluriel  des  noms  qui  ont  un  é 
final  accentué  au  singulier,  et  non  pas  une  s  simple. 

Pour  une  raison  analogue,  il  termine  la  seconde 
personne  «  pluriere  »  de  tous  les  temps  des  verbes. 

DES    DirninONGUES. 

AI  ou  AY  —  Il  a  généralement  le  son  de  l'e  ouvert  ; 
mais  il  a  celui  de  é  masculin  dans  aisné,  aisnesse,  aisé, 
ainsi  que  dans  bréviaire,  grammaire  el  paire  (1633). 

Il  se  prononce  encore  comme  e  masculin  à  la  pre- 
mière personne  du  passé  défini  et  du  futur  :  aimay, 
aiineray,  et  dans  les  deux  présents  :  j'ay,  je  sçay. 

A  la  première  personne  plurielle  de  l'indicatif  du 
verbe  faire,  ainsi  que  dans  tout  l'imparfait,  ai  se  pro- 
nonce comme  e  féminin  (muet)  :  faisons,  dites  fesons 
ou  fsons  ;  faisais,  faisoit,  etc.,  fesois  fesoit.  Les  dérivés 
faisant,  faiseur,  faiseuse  suivent  la  même  règle. 

Dans  quelques  «  dictions  «  aij  se  prononce  en  deux 
syllabes  :  ayant,  ayeul,  bisayeul,  abbaye  se  disent 
a-yant,  a-yeul,  bisa-yeul,  abba-ye. 

Les  mots  Espaigne,  campaigne  et  guigner  se  pro- 
noncent Espagne,  campagne,  gagner. 

Pais&lpaisant  se  prononcent pai-is,pai-isant  comme 
si  Vi  se  redoublait. 

El  —  Il  a  le  même  son  que  e  ouvert  :  peine,  pronon- 
cez paine. 

11  se  prononce  comme  e  masculin  dans  vieil,  vieille, 
treize,  qui  sonnent  viél,  vieille,  tréze. 

EU  —  Il  se  prononce  comme  un  u  simple  au  com- 
mencement de  heureux. 

lE  —  A  la  fin  des  mots,  avec  e  féminin,  il  se  pro- 
nonce séparément  :  partie,  amie,  lisQZ  parli-e,  ami-e. 

10  —  Dans  le  pluriel  des  verbes,  cette  diphthongue 
ne  fait  qu'un  son  :  aimions,  entendions  ;  mais,  partout 
ailleurs,  elle  se  prononce  en  deux  syllabes  :  opinion, 
violence,  dites  opini-on,  vi-olence. 

{La  suite  au  prochain  numéro.) 

Le  Rkuactecu-Géuaîit  :  Eman  .MARTIN. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS. 


^5 


BIBLIOGRAPHIE 


OUVRAGES     DE     GRAMMAIRE     ET     DE     LITTÉRATURE 


Publications  de  la  quinzaine  : 


L'Ange  du  Logis  ;  par  Mme  la  comtesse  de  Bassanville, 
élève  de  Mme  Campan.  In-S",  V2ô  p.  Paris,  lib.  Rigaud. 

La  France  héroïque  ;  vies  et  récits  dramatiques  d'après 
les  chroniques  et  les  documents  originaux;  par  M.  Bathild 
Bouniol.  /(<=  édition,  revue  et  augmentée.  T.  Il  et  IV.  In-12, 
744  p.  Paris,  lib.  Bray  et  Retaux. 

Œuvres  sociales  de  Channing.  Traduction  française 
précédée  d'un  essai  sur  sa  vie  et  sa  doctrine,  d'une  intro- 
duction et  de  notices  par  M.  Edouard  Laboulaye,  de  l'Ins- 
titut. De  l'éducation  personnelle.  De  l'élévation  des  classes 
ouvrières.  De  la  tempérance.  Des  droits  et  des  devoirs  des 
pauvres.  In-18  jésus,  xliv-372  p.  Paris,  lib.  Charpentier. 
3  fr.  50. 

Œuvres  complètes  d'Emile  Deschamps.  T.  V  et  VI. 
Théâtre.  2  vol.  in-18  jésus,  7U  p.  Paris,  lib.  Lemerre.  6  fr. 

Hermann  et  Dorothée,  poème  ;  par  Goethe.  Edition 
classique,  précédée  d'une  notice  littéraire  par  H.  Grimm. 
In-18,  xx-ll/i  p.  Paris,  lib.  Jules  Delalain  et  fils.  90  cent. 

Madame  de  Villerxel.  La  Recherche  de  l'inconnue; 
par  Amédée  Acjjard.  In-18  jésus,  295  p.  Paris,  lib.  Michel 
Lévy  frères;  lib.  .Nouvelle.  3  fr.  50. 

Mémoires  secrets  du  XIX'^  siècle,  par  le  vicomte 
Beaumont-Vassy.  3'  édition.  In-18  jésus,  vii-378.  p.  Paris, 
lib.  Sartorius.  3  fr.  50. 

Esquisse  d'un  maître.  Souvenirs  d'enfance  et  de 
jeunesse  de  Chateaubriand.  Manuscrit  de  1826  suivi  de 
lettres  inédites  et  d'une  étude  par  Ch.  Lenormant.  In-18 
jésus,  xix-357  p.  Lib.  Nouvelle.  3  fr.  50. 

L'argent  des  autres;  par  Emile  Gaboriau.  II.  La 
Pêche  en  eau  trouble.  In-18  jésus,  345  p.  Paris,  lib. 
Dentu.  3  fr.  50. 


Gerfaut;  par  Charles  de  Bernard.  Nouvelle  édition.  In-lS 
jésus,  414  p   Paris,  lib.  Michel  Lévy  frères;  1  fr.  25. 

Le  Triomphe  d'Éléanor  ;  par  Miss  M.  E.  Braddon. 
Traduit  de  l'anglais  par  Charles  Bernard-Derosne.  Nouvelle 
édition,  revue  et  corrigée.  2  vol.  in-18  jésus,  350  p.  Paris, 
lib.  Hachette  et  Cie.  2  fr.  50. 

Les  Pionniers,  ou  les  sources  de  la  Susquehanna  ; 
par  Fenimore  Cooper.  Traduction  nouvelle.  Edition  revue 
et  corrigée.  In-18  jésus,  372  p.  Paris,  lib.  X.  Rigaud.  2  fr. 

Cours  pratique  de  compositions  épistolaires  ;  par 
Victor  Doublet,  professeur  de  belles-lettres.  3°  édition. 
Exercices  et  développements.  In-18,  viii-120  p.  Paris,  lib. 
Jules  Delalain  et  fils.  1  fr.  50. 

Les  Prévalonnais,  scènes  de  province;  par  MlleZé- 
naïde  Fleuriot.  3«  édition,  revue  et  corrigée.  2  vol.  in-18, 
513  p.  Paris,  lib.  Bray  et  Retaux.  4  fr. 

Histoire  de  France,  des  origines  jusqu'aux  traités 
de  1815  ;  par  MM.  Hubault,  professeur  d'histoire  au  lycée 
Louis-le-Grand,  et  Marguerin,  ancien  professeur  d'histoire 
au  lycée  Condorcet.  5»  édition.  In-12,  vii-542p.  Paris,  lib. 
Delagrave.  3  fr.  50. 

Histoire  de  la  Révolution  française  (1789-1799); 
par  Théod.  H.  Barrau.  5'  édition.  In-18  jésus,  540  p.  Paris, 
lib.  Hachette  et  Cie.  3  fr.  50. 

Barnabe  Rudge;  par  Ch.  Dickens.  Roman  anglais 
traduit  sous  la  direction  de  P.  Lorain,  par  M.  Bonnomet. 
2  V.  in-18  jésus,  yiii-795  p.  Paris,  lib.  Hachette  et  Cie. 
2  fr.  50. 

La  Cité  antique,  étude  sur  le  culte,  le  droit,  les  insti- 
tutions de  la  Grèce  et  de  Rome;  parFustel  de  Coulanges, 
maître  de  conférences  à  l'Ecole  normale  supérieure.  5°  éd. 
In-18  jésus,  500  p.  Paris,  lib.  Hachette  et  Cie.  3  fr.  50. 


Publications  antérieures 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS  (première,  seconde, 
troisième  et  quatrième  année).  —  En  vente  au  bureau  du 
Courrier  de  Vaugelas,  26,  boulevard  des  Italiens.  —  Prix 
de  chaque  année,  broché,  6  fr.  —  Envoi  franco  pour  la 
France,  l'Algérie  et  l'Alsace-Lorraine. 


DICTÎOXNAIRE  ÉTYMOLOGIQUE  DES  MOTS  DE 
LA  LANGUE  FRANÇAISE  dérivés  de  l'arabe,  du  persan 
ou  du  turc,  avec  leurs  analogues  grecs,  latins,  espagnols, 
portugais  et  italiens.  —  Par  A. -P.  Pihax,  ancien  prote  de 
la  typographie  orientale  a.  l'Imprimerie  impériale,  che- 
valier de  la  Légion  d'honneur.  —Paris,  librairie  de  CAa^ 
lamel  aine,  30,  rue  des  Boulangers. 


^  BEAmL^.RCEAIS  ET  SON  TEMPS.  Etude  sur  la 
Société  en  France  au  xviii'  siècle.  —  Par  L.  de  Lomènie  (de 
l'Académie  française).  —  3"  édition.  —  2  beaux  volumes 
gr.  in-18.  —Prix  :  7  fr.  —Paris,  librairie  Michel  Lévy,  8, 
rue  Auber,  place  de  l'Opéra. 


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1.  Origine  et  formation  de  la  langue  française.  —  Par 
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rine.  —  In-16,  272  p.  —  Paris,  librairie  de  XEcho  de  la 
Sorbmne,  7,  rue  Guénégaud.  —  2  fr.  50. 


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DEILLE,  SEIGNEUR  DE  BRANTOME  ;  publiées  d'après 
les  manuscrits,  avec  variantes  et  fragments  inédits,  pour  la 
Société  de  l'histoire  de  France,  par  Lcdovic  L.vlanxe.  — 
T.  VII.  Rodomontades  espaignolles.  Sermons  espaignols. 
M.  de  la  Noue.  Retraictes  de  guerre.  Des  dames.  —  Ia-8'', 
468  p.  —  Paris,  librairie  V"^  Renouard.  —  9  fr. 


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derniers  textes  revus  par  l'auteur,  avec  les  variantes  de 
toutes  études  originales,  une  notice,  des  notes  et  un  glos- 
sair.e  par  Pierre  Jannet.  —  T.  VI.  In-16.  250  p.  — 
Paris,  librairie  ^//j/ionse  Lemerre,  27-29,  passage  Choiscul. 


46 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS. 


PRÉCIS  DE  L'HISTOIRE  DE  LA  LANGUE  FRAN- 
ÇAISE depuis  son  origine  jusqu'à  nos  jours.  —  Par 
A.  Pélissier,  professeur  de  l'Université.  —  1'  édition, 
revue  et  augmentée  de  textes  anciens,  avec  introduction 
et  commentaires.— In-12,  3Zi8  p.  —Paris,  librairie  Didier 
et  Cie,  38,  quai  des  Augustins. 


DE  LA  FORMATION  DES  NOMS  DE  LIEU,  traité 
pratique  suivi  de  remarques  sur  les  noms  de  lieu  fournis 


par  divers  documents.  —  Par  J.  Quicherat.  Petit  in-8*'. 
—  Paris,  librairie  A.  Franck,  67,  rue  Richelieu. 


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DISCOURS  D'EUTRAPEL.  —  Par  Noël  du  Fa-l,  seigneur 
de  la  Hérissaye,  gentilhomme  breton.  —  Edition  annotée, 
précédée  d'un  essai  sur  Noël  du  Fail  et  ses  écrits.  —  Par 
Marie  Guichard.  —  Paris,  librairie  Charpentier,  19,  rue  de 
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qui  habitent  la  France  ;  —  le  yVekker,  connu  par  toute  la  Hollande  ;  —  le  Journal  de  St-Pétersbourg,  très-répandu 
en  Russie  ;  —  le  Times,  lu  dans  le  monde  entier. 

(M.  Hartwick,  390,  rue  Saint-Honoré,  à  Paris,  se  charge  des  insertions.) 


CONCOURS    LITTÉRAIRES. 


Appel  avx  prosalcum. 


L'AcAnÊsriE  FiiANÇAisE  décemera  pour  la  première  fois,  en  1875,  le  prix  Jouy,  de  la  valeur  de  quiiize  cents  francs, 
prix  qui,  aux  termes  du  testament  de  la  fondatrice,  doit  être  attribué,  tous  les  deux  ans,  à  un  ouvrage,  soit  d'obser- 
vation, soit  d'imagination,  soit  de  critique,  et  ayant  pour  objet  Vétude  des  mceurs  actuelles.  —  Les  ouvrages  adressés 
pour  ce  concours  devront  être  envoyés  au  nombre  de  trois  exemplaires  avant  le  1"  janvier  1875. 


Appel  aux  poètes. 


Le  prix  de  600  fr.  fondé  par  M.  le  docteur  Andrevetan,  de  la  Roche,  avec  le  concours  de  la  ville  d'Annecy,  sera 
décerné  par  la  Société  Flori.montane  en  juillet  187i.  —  Le  choix  des  objets  A  traiter  est  laissé  aux  concurrents.  —  Les 
pièces  de  poésie  doivent  être  inédites  et  écrites  en  langue  française.  —  Les  envois  porteront  une  épigraphe  qui  sera 
répétée  à  l'extérieur  d'un  billet  cacheté,  indiquant  le  nom  et  le  domicile  de  l'auteur.  —  Sont  seuls  admis  à  concourir  : 
1"  les  nationaux,  excepté  les  membres  elVectifs  de  la  Société  Fi.orimontane,  et  2»  les  étrangers,  membres  efl'ectifs  ou 
correspondants  de  cette  Société.  —  Les  manuscrits  devront  être  adressés  au  Secrétaire  de  la  Société  Florimontane 
avant  le  1"  juillet  1874. 

Le  douzième  Concours  poétique  ouvert  à  Bordeaux  le  15  février  sera  clos  le  1"  juin  187/i.  —  Six  médailles  seront 
décernées.  —  Demander  le  programme,  qui  est  adressé  franco,  ii  M.  Ewristk  Carr  oce,  président  du  Comité,  92,  route 
d'Ivspagne,  à  lionleaux  fCironde).  —  Affrawlnr. 

Le  redacleiir  du  Courrier  de  Viiu;/f/iis  est  visible  à  son  bureau  de  miili  à  une  Iwurr  ri  demie. 
Imprimerie  Gouverneur,  G.  Daupeley  u  Nogent-le-Rotrou. 


5'  Année. 


N"   3. 


l"gMai  1874. 


QUESTIONS 
GRAMMATICALES 


LE 


QUESTIONS 
PHILOLOGIQUES 


^^^ 


v\\\>-*'  Journal  Semi-Mensuel  <JJ  i       À 

S^     CONSACRÉ    A    LA    PROPAGATION     UNIVERSELLE     DE    LA  LANGUE    FRANÇAISE      "^-4    1 


Paraisiant    la    !•'  et   le   15    de   eba«ae  mêla 


PRIX  : 

Abonnement  pour  la  France.    6  f. 

Idera       pour  l'Étranger  10  f. 

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Rédacteur:  Eman  MARTIN 

ANXIEN     rnOFESSEUR      SPÉCIAL      POUR      LES      ÉTRANGERS 

Oflicier  d'Académie 
26,  boulevard  des  Italiens,  Paris 


ON  S'ABONNE 

En  envoyant  un  mandat  sur  la  poste 
soit  au  Rédacteur,  soit  à  l'Adra' 
M.  FiscHBACHER,  33,  rue  de  Seine. 


SOMMAIRE. 
Communication  relative  à  Laver;  —  Origine  de  Tirer  une 
carotte: —  Comment  Eau  a  été  formé  du  latin  Aqua; —  Si 
Vaucluse  peut  être  construit  avec  les  articles  Le  ou  La  ;  — 
Quelle  heure  est  désignée  par  VAube  des  mouches-,  —  Signifi- 
cation et  origine  de  Payer  en  monnaie  de  singe.  ||  Ce  que  veut 
dire  II  n'est  métier  :  —  S'il  est  indifVérent  de  dire  Bosseler  tine 
cafetièreou Bossuerune cafetière.  ||  Passe-temps  grammatical.  || 
Suite  de  la  biographie  d'Antoine  Otidin.  ||  Ouvrages  de  gram- 
maire et  de  littérature.  ||  Renseignements  à  l'usage  des  profes- 
seurs français.   ||   Concours  littéraires. 


FRANCE 


COMMUNIC.\TION. 

On  m'adresse  la  note  suivante  à  propos  de  l'origine 
du  verbe  laver,  employé  dans  le  sens  de  vendre  : 

Voici  l'anecdote  qui  a  donné  lieu,  je  crois,  au  sens 
singulier  qu'a  pris  dans  ces  derniers  temps  le  verbe  laver, 
dont  vous  parlez  dans  le  1"  numéro  de  votre  cinquième 
année  : 

L'auteur  Théaulon  avait,  paraît-il,  l'habitude  de  remettre 
à  son  blanchisseur,  afin  qu'il  battît  monnaie  avec,  les 
nombreux  billets  auxquels  il  avait  droit  chaque  jour.  Or, 
une  fois,  le  vaudevilliste  avait  à  sa  table  quelques  amis, 
parmi  lesquels  Charles  Nodier  et  quelques  notabilités 
politiques,  quand  le  blanchisseur  entra  pour  prendre  les 
billets.  C'est  mon  blanchisseur,  messieurs,  dit-il.  «  Bernier, 
»  ajouta-t-il  en  se  tournant  vers  lui,  vous  trouverez  mon 
»  linge  dans  ma  chambre  à  coucher  ;  sur  la  cheminée,  il  y 
j  a  un  petit  paquet  que  vous  laverez  aussi.  »  Le  petit  paquet 
que  Bernier  trouva  sur  la  cheminée  contenait  les  billets 
de  spectacle,  et  Bernier  fut  obligé  de  comprendre  que 
laver  voulait  dire  vendre.  Depuis  ce  jour,  il  ne  manquait 
jamais  de  dire  en  entrant  chez  Théaulon  :  «  C'est  le  blan- 
chisseur de  Monsieur  ;  Monsieur,  y  a-t-il  quelque  chose  à 
laver?  »  Grâce  à  cette  circonstance,  le  verbe  laver  au  sens 
de  vendre  fit  fortune  ;  et  il  a  continué  à  s'employer  depuis 
lors  dans  ce  sens. 

Je  remercie  la  personne  qui  a  bien  voulu  prendre  la 
peine  de  m'envoyer  celte  communication  ;  mais  impos- 
sible d'admettre  que  l'anecdote  qu'elle  y  relate  soit 
l'origine  de  l'emploi  de  laver  au  sens  de  vendre,  comme 
je  vais  le  démontrer  : 


En  effet,  Théaulon,  qui  «  ne  fut  pas  aussi  prompte- 
ment  accueilli  à  Paris  »  que  sa  position  l'exigeait,  dit  la 
Biographie  Michaud,  n'arriva  dans  la  capitale  que 
«  vers  la  fin  de  KS08  ».  Or,  1808,  c'est  justement  la 
date  de  la  publication  du  Dictionnaire  du  bas  langage., 
où  je  trouve  la  phrase  suivante  : 

Il  a  lavé  sa  montre,  ses  bijoux,  pour  dire  qu'i'l  les  a 
vendus. 

Laver  se  disait  donc  pour  vendre  avant  le  temps  où 
remonte  l'anecdote  alléguée. 

X 

Première  Question. 
Je  désirerais  savoir  d'oii  vient  Vcxpression  tireb  une 
CAKOTTE  A  QUELQU'UN.  Voudriez-vous  bien  me  l'apprendre 
par  la  voie  de  votre  journal  ? 

Comme  tirer  une  carotte  signifie  :  obtenir  quelque 
chose  par  adresse  ou  par  ruse  (Littré),  demander  de 
l'argent  sous  un  faux  prétexte  (Lorédan  Larchej), 
conter  une  histoire  mensongère  destinée  à  vous  atten- 
drir (Alfred  Delvau),  escroquer  au  moyen  d'une  histoire 
(Francisque  Michel),  et  que  tirer  une  dent  veut  dire  : 
escroquer  de  l'argent  à  quelqu'un  en  lui  contant  une 
histoire  (Alfred  Delvau)  ;  escroquer  (Lorédan  Larchey 
et  Littré),  je  crois  pouvoir  en  conclure  que  : 
Tirer  une  carotte  =  Tirer  une  dent. 
Carotte  =  Dent. 

-Mais  comment  carotte  a-t-il  pu  arriver  au  sens  qu'in- 
dique l'égalité  précédente,  ou,  en  d'autres  termes,  com- 
ment tirer  une  carotte  a-t-il  pu  se  substituer  à  tirer 
une  dent  ? 

C'est  ce  que  je  vais  essayer  de  vous  expliquer. 

On  lit  ce  qui  suit  dans  Génin  [Récréations,  l,  p.  319)  : 

Le  sixième  chant  du  Malmantile  est  célèbre  pour  une 
description  de  l'enfer  pleine  de  verve  bouftonne.  Parmi  les 
damnés  que  le  poète  passe  en  revue,  on  trouve  un  maqui- 
gnon (un  sensale)  auquel,  en  punition  de  ses  mensonges, 
on  a  arraché  la  langue  et  les  dents;  et,  attendu  que  la 
nature  a  horreur  du  vide,  on  les  a  remplacées  par  des 
carottes,  etc. 

Or,  le  poème  héro-comique  en  question  a  dû  être  lu 


48 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


et  relu,  car  l'auteur  Lorenzo  Lippi  était  aussi  bon  poète 
que  bon  peintre.  Après  le  divertissement  qu'il  trouvait 
dans  eetle  désopilante  lecture,  l'Italien  aura,  dans  le 
langage  très-familier,  adopté  le  mot  carotte  pour  signi- 
fier dent  ;  et  quand  nos  soldats  de  la  République  sont 
revenus  d'Italie,  où  carotte  au  sens  de  dent  pouvait  être 
populaire  depuis  plus  d'un  siècle  (Lippi  mourut  en 
1664,  et  la  campagne  d'Italie  commença  en  1796),  ils 
auront  apporté  ce  mot  dans  tirer  une  carotte,  qui 
n'était  autre  que  tirer  une  dent,  légèrement  modifié. 

A  l'époque  où  a  été  publié  le  Dictionnaire  du  bas 
langage  j1808j,  la  signification  de  tirer  une  carotte 
était  mal  connue,  car  D'hautel  la  définit  tirer  les  vers 
du  ne:.,  ce  qui  est  faui  ;  et,  de  plus,  cette  expression 
était  «  basse  et  tout  à  fait  populaire,  »  comme  J'ajoute 
le  même  auteur,  qualification  convenant  parfaitement  à 
une  locution  née  récemment  au  milieu  des  soldats. 
N'est-ce  pas  là  une  double  circonstance  qui  vient  plai- 
der en  faveur  de  l'origine  que  je  donne  ? 

Quelques-uns  ont  voulu  que  ce  proverbe  Tint  de 
piantar  carota  iplanter  carotte),  expression  dont  les 
Italiens  se  servent  au  moins  depuis  le  ivii'  siècle,  avec 
la  signification  de  :  en  faire  accroire,  en  donner  à  garder. 
Mais  l'existence  de  l'expression  piantar  carota  chez  nos 
voisins  ne  m'a  pas  semblé  suffisante  pour  expliquer  la 
nôtre;  car,  si  notre  expression  vient  de  la  leur,  pour- 
quoi, quand  ils  disent  planter,  disons-nous  tirer,  un 
vrrbe  exprimant  presque  un  sens  opposé'?  Je  n'ai  jamais 
vu  qu'on  eût  adopté  un  proverbe  étranger  en  y  chan- 
geant ainsi  le  verbe  tout  en  conservant  les  autres 
termes.  Il  faut  nécessairement  que  tirer  une  carotte 
viennç  d'ailleurs,  mesuis-je  dit,  et,  après  m'être  assuré 
que  cette  expression  n'avait  son  origine  ni  en  espagnol, 
ni  en  anglais,  ni  en  allemand,  je  lui  ai  trouvé  celle 
qu'on  vient  de  lire. 

X 
Seconde   Question. 

Ouvres  le  premier  dictionnaire  français  venu  indi- 
quant les  étymologies,  et  vous  y  trouverez  que  le  mot 
Eiu  vient  du  latin  Aqca.  Comment  expliquez-vous  une 
pareille  transformation  > 

Dans  les  autres  langues  modernes  formées  du  latin, 
le  mot  aqua  n'a  guère  éprouvé  que  le  changement  de 
qu  en  g  ;  ainsi  l'ilalim  ancien  disait  aigua,  le  catalan 
dit  aygua,  l'espagnol  et  le  portugais  agua. 

Mais  en  français,  où  qu,  c'est-à-dire  c,  pouvait  se  chan- 
ger en  g,  celui-ci  en  v  ou  en  tv,  et  où  toutes  ces  lettres 
pouvaient  disparaître,  aqua  a  dû  naturellement  avoir 
beaucoup  plus  de  dérivés  :  j'en  ai  compté  jusqu'à  sept, 
dont  voici  des  exemples,  rangés  en  autant  de  catégories 
que  la  consonne  lutine  a  subi  de  changements  : 

V  Qu  devenu  g,  comme  en  italien  et  en  espagnol  : 
L'algue  du  cuer  lui  est  es  els  rooniép. 

{Jionctvaux,  48.) 

A  la  cort  ont  l'auge  criée, 
Et  li  vallei  l'ont  apportée  : 
Quant  ont  lavé,  si  sont  asis. 

(i«  ttau  dutonnu dtni  Llttt».) 


Entre  deus  augues  moult  bruians, 
Sist  la  cités,  qui  moult  fu  grans. 

(Tdera.J 

S'aucuns  est  accuseis  qu'il  ait  aucuns  ocliis  et  on  ne  le 
poet  prover  par  tesmongnages  loiaus,  il  se  doitpurgier  del 
fait  par  le  jugement  del  aiguë  froide. 

(Taiiliar,  Becuàl,  p.  491.) 

En  cet  vasciel  l'areideclin 

Fist  Dieux  servir,  A'aige  fait  vin. 

(Phil.  Mouskes,  ms.  383,  dans  Lacurne.) 

2°  Qu  changé  en  v  ou  en  iv,  comme  dans  equa,  cavale, 
qui  se  trouve  sous  les  formes  ive,  iwe  : 
E  s'il  a  en  arere  larecin  amendé,  ait  à  Vewe. 

[Lois  de  Guillaume,  i7.| 

A  !  mult  par  est  la  vie  del  ctiaitif  liumme  grieve. 
Or  est  chalz,  or  est  freiz,  cume  celé  eve  tieve. 

{Th.  le  Martyr,  9Î.) 

Que  ïiave  seul  percer  la  pierre  bise. 

{Couci.  XI.) 

Se  hastoient  les  Anglois  de  passer  cette  Beauce  pour  le 
danger  des  yauves  dont  ils  estoient  à  grand  meschef  pour 
eux  et  pour  leurs  chevaux. 

(Froissart,  H,  69.) 

3°  Qu  disparu  sans  être  remplacé  par  aucune  autre 
consonne,  car  l'exemple  précédent  ainsi  que  le  second 
et  le  troisième  de  la  première  catégorie  montrent  que 
au  faisait  un  son  à  lui  seul  ; 

Et  l'autre  lui  retrempe  de  fresche  eaue  en  son  vin. 

(Berthe,  LV.) 

Si  entendit  bien  le  duc  que  c'estoit  ung  personnage 
forgié,  et  qu'on  venoit  quérir  eau«de  loing  puits. 

IChastellain,  Chron.  des  ducs  de  Bourgogne,  U,  ch.  56.) 

Or,  c'est  celte  transformation  de  aqua,  usitée  encore 
au  commencement  du  xvii'  siècle  (on  la  trouve  dans  le 
Thresor  de  Nicot,  -1606;,  qui  a  fini  par  prévaloir;  et, 
comme  le  picard,  où  se  trouvait  iau,  ieu,  a  eu  une 
grande  influence  sur  le  parler  de  l'Ile-de-France,  on 
retrancha  à  eaue,  mais  à  tort,  son  e,  représentant  légi- 
time de  la  finale  a  de  aqua,  ce  qui  donna  enfin  le  mot 
eau,  dont  la  forme  avait  semblé  pendant  des  siècles 
aussi  indéterminée,  pour  ainsi  dire,  que  celle  du  corps 
qu'il  sert  à  désigner. 

X 
Troisième  Question. 

Lors  de  l'élection  de  M.  Ledru-Rollin,  les  journaux 
ont  dit  :  «  le  déparlement  de  vaucluse,  le  département 

DE  LA  VACCLCSE  ;  LE  VACCLCSE.    »  Le  mot   VADCLDSE  doit-tl 

être  fait  du  genre  masculin  ou  féminin  ? 

En  vertu  du  décret  rendu  par  l'Assemblée  consti- 
tuante le  15  janvier  1790,  la  France  fut  divisée  en  un 
certain  nombre  de  départements,  désignés  par  les 
accidents  géographiques,  rivières,  montagnes,  etc.,  qui 
s'y  trouvaient. 

Mais,  pour  abréger  des  dénominations  qui  eussent 
été  trop  longues,  on  supprima  le  nom  de  l'accident  pour 
ne  conserver  que  le  mot  qui  servait  à  le  spécifier,  et  l'on 
a  dit  : 

Déparlement  de  la  Seine, 

Département  du  Doubs, 

Département  des  Pyrénées-Orientales, 

Département  de  la  Manche, 
désignations  dans  lesquelles  département  est  suivi  de 
la  préposition  de  et  de  l'article  attaché  au  déterminant 


LE  nOURRIER  DE  VAUGELAS 


i9 


de  Taccident,  Seine,  Douhs,  etc.,  comme  il  le  serait  si 
l'expression  otail  complète. 

Or,  quand  on  voulut  désigner  la  nouvelle  division 
dont  Avignon  allait  être  le  chef-lieu,  on  songea  à  la 
fontaine  de  Vaucluse,  célèbre  par  les  vers  de  Pétrarque, 
et  ainsi  nommée  à  cause  du  petit  village  de  Vaucluse 
qui  s'en  trouve  peu  éloigné  ;  puis,  appliquant  un  pro- 
cédé analogue  à  celui  qu'on  avait  suivi  dans  les  déno- 
minations précédentes,  on  a  dit  : 

Département  de  Vaucluse, 

en  n'employant  aucun  article,  puisque  si  le  mot  fon- 
taine entrait  dans  la  phrase,  il  n'en  existerait  pas  entre 
lui  et  Vaucluse. 

Maintenant,  il  arrive  très-souvent  que,  au  lieu  de 
dire  le  département  de,  on  supprime  ce  substantif  pour 
ne  conserver  que  le  mot  désignant  le  déparloment,  avec 
l'article  qui  l'accompagne  : 

Le  Loiret     pour  :  Le  département  du  Loiret. 
La  Seine  —     Le  département  de  la  Seine. 

Les  Landes      —      Le  département  des  Landes. 

Peut-on  dire  aussi  le  Vaucluse,  ou  la  Vaucluse? 

Je  dis  que  non;  et  je  vais  vous  en  donner  la  preuve. 

Pour  que  l'on  pût  dire  le  Vaucluse  ou  la  Vaucluse, 
il  faudrait  que  l'on  pût  dire  le  département  du  Vaucluse 
ou  de  la  Vaucluse,  puisque  l'article  qui  est  devant  le 
nom  d'un  département  vient  du  déterminatif  de  l'acci- 
dent qui  a  fait  dénommer  ce  département. 

Or,  comme  j'ai  établi  précédemment  qu'on  ne  peut 
pas  dire  autrement  que  le  département  de  Vaucluse, 
il  s'en  suit  qu'on  ne  peut  dire  ni  le  Vaucluse,  ni  la 
Vaucluse. 

Ainsi,  dans  quelque  phrase  que  se  trouve  placé  le 
mot  Vaucluse,  pour  designer  un  département,  il  ne  doit 
pas,  quoique  réellement  du  féminin  (car  il  vient  de 
Vallis  clausa,  vallée  close),  il  ne  doit  pas,  dis-je,  se 
trouver  accompagné  de  l'article,  et  les  journaux  où 
vous  avez  recueilli,  à  l'occasion  d'une  élection  récente, 
«  le  Vaucluse,  le  déparlement  du  Vaucluse,  de  la  Vau- 
cluse »  ont  commis  une  grosse  faute  :  ceux-là  seuls  se 
sont  exprimés  correctement  qui  ont  dit  :  «  le  départe- 
ment de  Vaucluse.  » 

X 
Quatrième  Question. 

Au  livre  /T',  c/i.  9  de  pai^tagroel,  Rabelais  a  dit  : 
a  Au  tiers  jours,  à  I'âvlbe  des  mocsches,  nous  apparut 
une  isle  tria mjul aire.  »  Quelle  heure  de  la  journée 
indique  donc  cette  expression-là  ? 

Dans  son  Dictionnaire  de  la  langue  itcdienne.  César 
Oudin  expliquant  Alba  dei  tafani  (l'aube  des  mouches 
au-delà  des  .\lpesl  par  «  le  temps  où  les  mouches 
commencent  à  se  faire  senlir  n,  Le  Duchat  en  a  conclu 
que  cela  signifiait  «  sur  le  soir  »,  et  tous  les  commen- 
tateurs qin  l'ont  suivi  ont  adopté  la  même  explication  : 
on  lit  dans  De  r.Vulnaje  :  Aid)e  des  Mouches,  «  le  soir  » 
et  dans  Paul  Lacroix,  «  sur  le  soir.  » 

Mais  d'a])rès  Génin,  ces  commcnlaleursscsonl  trom- 
pés, et  l\iube  des  mouc/ics  ne  peut  signifier  autre  chose 
que  midi  : 

C'est  quand  la  chaleur  est  le  plus  intense  que  les  mou- 


clies  sont  le  plus  nombreuses  et  le  plus  importunes.  Com- 
ment Le  Ducht  ou  César  Oudin,  son  guide,  outils  pu  dire 
que  les  mouches  se  moni.raient  et  piquaient  surtout  au 
crépuscule  du  soir?  Au  reste,  comme  il  est  bon  en  pareil 
cas  d'avoir  pour  soi,  outre  le  sens  commun  de  l'expérience, 
une  autorité  écrite,  voici  la  mienne.  C'est  Minucci, 
dans  ses  notes  surle  Malmanlile.  Lippi,  dans  la  8'  slance  du 
.V  chant,  s'étant  servi  de  cette  expression  Valba  dei 
tafani,  Minucci  l'explique  i  l'heure  où  le  soleil  est  dans 
toute  sa  force,  et  où  les  taons  piquent  avec  le  plus 
d'âpreté...  Ainsi,  se  lever  à  l'aube  des  taons,  c'est-à-dire  se 
lever  à  midi. 

Quand  Genin  dit  que  Vaube  des  mouches  ne  signifie 
pas  le  soir,  il  a  raison  ;  mais  quand  il  prétend  que 
cette  expression  veut  dire  l'heure  de  midi,  il  a  tort  à 
son  tour,  ce  dont  je  crois  pouvoir  fournir  une  triple 
preuve  : 

i"  L'aube  des  mouches,  c'est  évidemment  le  moment 
où  elles  commencent  à  se  faire  sentir,  parce  que  ces 
insectes,  qui  vivent  de  sang,  doivent  se  mettre  à  piquer 
aussitôt  qu'ils  se  lèvent.  Or,  demandez  à  ceux  qui 
travaillent  aux  champs  ou  qui  gardent  les  troupeaux 
dans  les  pâturages  si  les  taons  attendent  midi  pour 
persécuter  leurs  botes? 

2°  Au  mot  TAFANO,  on  trouve,  au  dire  de  Génin,  ce 
qui  suit  dans  le  dictionnaire  d'.\ntonini  : 

Levarsi  ali  alba  dei  tafani,  che  è  levarsi  tardi,  perciocchè 
queir  animaletto  non  ronza  se  non  è  alto  il  sole. 

(Se  lever  à  l'aube  des  taons,  se  lever  tard,  parce  que 
ce  petit  animal  ne  bourdonne  que  lorsque  le  soleil  est 
haut). 

Or,  comme  il  me  semble  que  ces  mots  «  le  soleil  est 
haut  ))  signifient  tout  simplement  à  une  certaine  hau- 
teur, mais  non  à  la  plus  grande,  j'en  conclus  que 
prétendre  que  Vaube  des  mouches  veut  dire  l'heure  de 
midi,  est  une  grave  erreur. 

3"  Dans  le  dictionnaire  français-anglais  de  Cotgrave 
(1660),  on  trouve  au  mot  mocche  : 

L'aube  des  mouches,  some  two  or  three  hours  after 
sunrise,  or  when  the  sun  begins  to  be  hot. 

(Environ  deux  ou  trois  heures  après  le  lever  du 
soleil,  ou  lorsque  le  soleil  commence  à  être  chaud). 

Or,  comme  au  temps  des  mouches,  il  est  bien  loin 
d'élre  midi  quand  le  soleil  n'est  que  depuis  deux  ou 
trois  heures  sur  l'horizon,  il  est  évident  que  Vaube  des 
mouches  n'est  point  le  milieu  du  jour,  mais  bien  une 
certaine  heure  de  la  matinée. 

Maintenant,  quelle  est  au  juste  cette  heure? 

Rien  de  plus  facile  à  trouver,  après  ce  que  je  viens 
de  dire  : 

Les  mouches  armées  de  suçoirs  qui  piquent  les  gros 
animaux,  les  taons,  pour  les  appeler  par  leur  nom, 
n'apparaissent  qu'au  temps  chaud.  Or,  comme  d'une 
part,  il  n'y  a  guère  de  temps  chaud  que  lorsque  le 
soleil  se  lève  entre  4  et  'i  heures,  et  que,  de  l'autre, 
Cotgrave  nous  dit  que  Vaube  des  mouches  peul  avoir 
lieu  «  trois  heures  »  après  le  lever  du  soleil,  il  en 
résulte  que  le  temps  désigné  par  celte  ex|)rcssion  doit 
être  compris  entre  4  plus  3  heures  et ."»  plus  3  heures, 
c'esl-à-dire  entre  7  et  8. 


20 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


X 

Cinquième  Question. 

Que  veut  dire  l'expression  pater  en  monnaie  de  singe, 
et  d'où,  vient-elle  ? 

Cette  expression  signifie  se  moquer  de  celui  à  qui 
l'on  doit,  au  lieu  de  le  satisfaire,  le  leurrer  de  belles 
paroles  et  de  fausses  promesses.  Elle  vient  de  ce  que 
les  montreurs  de  singes  pouvaient  s'exempter  du  péage 
sur  le  Petit-Pont  de  Paris  en  faisant  jouer  et  danser 
leurs  singes  devant  le  péager. 

Cette  question  a  déjà  élé  traitée  p.  146,  dans  la 
T  année  du  Courrier  de  Vaiujelas. 


ÉTRANGER 


Première  Question. 
J'ai  trouvé  cette  phrase  dans  un  journal  français  : 
«  Vans  George  Dandin  les  sentiments  ne  sont  point  en 
jeu;  IL  n'est  métier  d'aller  chercher  midi  à  quatorze 
heures.  »  Quelle  est  la  signification  de  il  n'est  me'tier? 
Je  ne  trouve  point  cela  expliqué  dans  mon  diction- 
naire. 

Le  mot  métier  vient  du  latin  ministerium,  lequel  a 
donné  en  espagnol  et  en  portugais  mester,  en  italien 
mestiere,  et  en  provençal  mestrier,  mester,  meisteir. 

Quant  à  il  est  métier  lui-même,  il  signifie  il  est 
besoin,  comme  le  prouvent,  et  le  langage  des  habitants 
de  certaines  provinces,  notamment  celui  des  Normands, 
et  les  citations  suivantes,  empruntées  à  noire  vieille 
langue  : 

Bien  li  fu,  meslier  que  il  eust  en  sa  joenesce  laide  de 
Dieu. 

[Joinville,  20:.) 

Dame,  si  vraiement  com  j'en  ai  grant  meslier. 

IBerle,  XXXI.X.) 

Et  si  elle  les  testa  et  gracia  grandement,  ce  n'est  pas  de 
merveilles,  car  elle  avait  bien  meslier  de  leur  venue. 

(Froissart.  1,  I,  177. J 

Hz  entendoient  très  bien  comment  il  falloit  conduire 
telles  brigues,  et  par  importunitè  de  crieries  et  de  voyede 
faict,  si  meslier  cstoil,  obtenir  ce  qu'ilz  vouloient. 

(Amyot,  Pnul  EmiU^  60.) 

Après  cela,  il  est  à  peine  nécessaire  de  vous  dire  que 
)■/  n'est  métier  signifie  :  il  n'est  pas  besoin  ;  mais  il  l'est 
essentiellement  de  vous  faire  remarquer  que  c'est  une 
expression  liors  d'usage  depuis  le  xvr'  siècle,  et  que, 
par  conséquent,  vous  devez  vous  abstenir  de  l'em- 
ployer. 

X 
Seconde  Question. 

Je  lis  ceci  dans  le  dictionnaire  dr  Boisir  :  «  bossuer, 
faire  des  busses  à  la  vaisselle  »,  et  plus  haut  :  «.  bosse- 
ler, travailler  en  bosse;  bossiieh  la  vaisselle.  »  Est-il 
donc  indifférent  de  dire,  par  exemple,  bosseler  i:ne 

CAFKTIKBK  OU  BOSSUER  UNE  CAFETIÈRE? 

Règle  générale,  tous  les  substantifs  de  notre  langue 
en  osse  ont  fait  leur  verbe  en  ajoutant  une  r  : 


Brosse  adonné  Brosser, 
Rosse  —  Rosser, 
Crosse       —      Crôsser. 

Mais  bosse  a  élé  lobjet  d'une  sorte  d'exception,  car 
non-seulement  il  a  eu  pour  verbe  bosser,  mais  encore 
bosseler  (d'abord  sous  la  forme  boverer),  comme  le 
prouvent  ces  citations  prises  dans  nos  anciens  au- 
teurs : 

(Bosser) 
Tableaux,  tapisseries  eslevées  et  bosse'es  d'or  et  d'argent. 

(Ronsard,  585.) 

La  nape  grande  et  large  est  couverte  de  plas 

Entaillez  en  burin,  où  s'enlevoient  bossdes 
Des  Dieux  et  des  Titans  les  victoires  passées. 

(Idem,  9oa.) 

iBosseler) 

Tous  plains  de  nouz  et  bocére's 
Fu  li  ars  dessous  et  dessore. 

(ia  Hose,  916.J 

Aucunes  fois  aussi  les  os  se  cavent  et  bossellenl,  comme 
l'on  voit  aux  pots  d'estain  et  de  cuivre. 

(Paré,  XIII,  I.) 

Tels  meubles  sont  jettes  sur  le  pavé  indiscrètement,  où 
ils  se  bosselent  et  percent. 

Vers  la  fin  du  xvr  siècle,  ainsi  du  moins  que  je  le 
présume,  bosser  tomba  en  désuétude;  et,  comme  s'il 
eût  élé  dans  la  destinée  de  bosse  d'avoir  toujours  à  la 
fois  deux  verbes  pour  dérivés,  on  lui  en  créa  un  troi- 
sième, bossuer,  que  je  trouve  pour  la  première  fois  dans 
Cotgrave  (I6G0),  et  qui  a  figuré  depuis  dans  la  plupart 
des  dictionnaires  avec  le  sens  restreint  de  faire  des 
bosses  à  des  vases  de  métal. 

.Mais  bosseler  n'a  pas  cessé  pour  cela  de  s'employer, 
car  r.\cadémie,  gardienne  de  l'usage,  admet  encore 
bosseler  dans  le  sens  de  bossuer,  et  surtout  avec  le 
pronom  personnel.  D'où  je  conclus  que,  sans  risquer 
de  commettre  une  faute,  on  peut,  sous  l'égide  de  cette 
grande  autorité,  dire  aussi  bien  bosseler  une  cafetière 
que  bossuer  une  cafetière. 

Cependant,  je  ne  crois  pas  que  ces  deux  expressions 
se  vaillent  ;  à  mon  avis,  bosseler  l'emporte  de  beaucoup 
sur  bossuer,  pour  les  raisons  que  voici  : 

1°  Tous  les  verbes  qui  appartiennent  aux  substantifs 
en  os.fe  ayant  été  formés  directement  de  ces  substantifs, 
le  verbe  bossuer,  formé  de  l'adjectif  bossu,  contre  l'ana- 
logie, ne  peut  être  considéré  comme  une  bonne  expres- 
sion. 

2"  Bosse  ayant  aussi  le  sens  de  enfonçure,  bosseler 
signifie  naturellement  faire  des  enfoncements;  mais 
bossuer,  formé  de  bossu,  qui  implique  seulement  l'idée 
de  proéminence,  ne  signifie  que  par  convention  faire 
des  bosses  en  creux:  sa  véritable  signification,  c'est 
faire  des  bosses  en  relief, 

30  Bosseler  a  fourni  tous  les  dérivés  que  peut  avoir 
un  verbe;  bossuer,  lui,  n'a  pu  en  donner  aucun,  de 
sorte  qu'après  avoir  dit,  par  exemple  :  je  viens  de 
bo.'^suer  celle  timbale,  on  est  oblige  de  dire  :  labosselure 
n'est  pas  grave,  anomalie  ([ui  n'existe  point  avec 
bosseler. 

11  y  a  des  lexicographes  qui  veulent  que,  dans  le  cas 
actuel,  on  dise  bossuer  et  non  bosseler,  qu  ils  regardent 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


21 


comme  une  faule  ;  mais  j'estime  que  s'ils  eussent 
examiné  de  plus  près  chacun  de  ces  deux  verbes,  ils 
auraient  émis  une  tout  autre  opinion  sur  leur  emploi. 


PASSE-TEMPS  GRAMMATICAL 


Corrections  du  numéro  précédent. 

r  ...  qui  se  sont  disputé  le.  pouvoir;  —  2°  ...  au  moins  en 
parlie  au,  nouvel  anibassadenr;  —  3'  ...  dont  nous  soyons  me- 
nacés ;  —  4"  ...  que  pas  un  Je  nos  généraux  ne  pcnsAl  ;  —  5'  11 
est  peu  d'animaux  qui  varient  autant  dans  leur  pelage;  — 6"... 
cela  ne  laisse  pas  d'être  (le  Courrier  de  Vaugelns,  4"  année, 
p.  155,  a  démontré  qu'il  ne  faut  y—  di™  'Ve  pas  laisser  que  de)  : 
—  7°  ...  de  sentimentalisme,  voire  d'humanité  (pas  de  même)  ;  — 
8°  ...  à  d'autres  que  ceux  (sans  à,  comme  l'a  fait  voir  le  Cour- 
rier de  Vaugelas,  3«  année,  p.  74)  ;  —  9°  ...  et  des  paroles 
quelque  fermes  et  bien  tournées  qu'elles  soient  ;  —  10°  ...  quoi- 
qu'elles ne  visassent  en  réalité;  —  11°  ...  de  la  Commune  ne 
vinssent. 

Phrases  à  corriger 
trouvées  pour  la  plupart  dans  la  presse  périodique. 

!•  Ceux-là  polissent  leurs  armes,  plus  loin  le  soldat- 
cuisinier  veillant  avec  sollicitude  à  la  marmite,  et  la  faisant 
bouillir,  grâces,  selon  son  expression,  au  soufflet  du  bon 
Dieu. 

2°  Il  n'y  a  pas  jusqu'à  la  géographie  européenne  que 
notre  auteur  ne  travestit  à  son  gré.  11  invente  des  altesses, 
crée  des  marquisats,  plante  des  rois  à  la  Rabelais  sur  des 
trônes  fictifs. 

3°  Le  cidre  doux  en  bouteille  poussait  sa  mousse  épaisse 
alentour  des  bouchons,  et  tous  les  verres,  d'avance,  avaient 
été  remplis  de  vin  jusqu'au  bord. 

4°  Au  moment  ou  nous  terminons  les  quelques  mots  ci- 
dessus,  quelques  habitants  de  la  rue  Neuve-Coquenard 
viennent  se  plaindre  à  nous  de  ce  que  depuis  six  heures 
du  matin  des  marchands  des  quatre  saisons  fassent  reten- 
tir les  échos  de  cette  rue  paisible. 

5°  Et  effectivement,  le  sorbier,  comme  l'amandier,  le 
pêcher,  etc.  est  un  des  premiers  arbres  qui  montre  ses 
fleurs  au  printemps. 

6*  Je  cite  mon  auteur  d'abord,  parce  qu'ainsi  le  veut  la 
délicatesse,  et  aussi  parce  qu'il  pourrait  se  faire  que  le 
mot  tasse  monter  à  l'échafaud  celui  qui  l'a  créé  et  mis  au 
monde. 

7°  L'élève  Durand  apparaît.  11  a  douze  ans,  ;est  fort  mal 
peigné,  porte  une  veste  et  un  pantaloa  trop  courts,  des 
bottines  hérissées  d'élastiques  rompues  ;  ses  poches  sont 
gonflées  de  balles,  mouchoirs,  toupies,  etc. 

8°  Il  vient  de  paraître,  aux  bureaux  du  Journal  de 
l'arrondissement  de  Montmédij,  les  deux  premières  livraisons 
d'un  ouvrage  appelé  à  un  grand  succès. 

9*  Pour  arriver  jusqu'au  trône,  il  avait  foulé  sous  ses 
pieds  des  cadavres  français  étendus  par  cent  mille,  depuis 
les  plaines  de  Leipzig  jusqu'à  celles  de  Montereau. 

10°  Voilà  à  quels  expédients  il  faut  avoir  recours  pour 
accomplir,  malgré  le  pays  et  sa  volonté  bien  expresse,  une 
restauration  plus  difhcile  encore  de  faire  durer  qu'à  décié- 
ter  et  à  établir. 

11"  11  faut  avoir  vécu  de  la  vie  militaire  pour  savoir 
combien  le  tabac  est  indispensable  aux  soldats;  la  plupart 
d'entre  eux  préféreraient  se  passer  de  manger  que  de 
fumer. 

\ï°  .Nous  avons  examiné  ces  chiflVes  avec  la  plus  grande 
attention.  De  ces  examens,  il  est  ressorti  clairement  que 


le  citoyen  Lefebvre  était  en  parfaite  harmonie  avec  la 
situation  de  notre  trésorier. 

13°  Une  lettre  du  ministre  de  la  marine,  arrivée  au  Havre, 
a  ordonné  qu'une  enquête  soit  ouverte  au  bureau  de  la 
marine  pour  entendre  les  officiers  et  l'équipage  de  l'Amé- 
rique. 

14°  Nul  n'ignore  que,  depuis  longues  années,  le  rêve  de 
M.  de  Bismarck  était  de  soustraire  absolument  les  mouve- 
ments des  fonds  de  guerre  au  contrôle  gênant  des  repré- 
sentants de  la  nation. 

[Les  corrections  à  quinzaine.) 


FEUILLETON 


BIOGRAPHIE  DES  GRAMMAIRIENS 

PREMIÈRE  MOITIÉ  DU  XVllI'  SIÈCLE. 

Antoine  OUDIN. 

(Suite.) 

01,  OY  —  Cette  diphthongue  se  prononce  comme  œ 
ouvert,  ou  bien  comme  oai,  dans  les  infinitifs  en  oir  : 
concevoir,  concerner  ;  appercevoir,  appercevoer. 

De  même  au  milieu  et  à  la  fin  des  mots,  et  princi- 
palement dans  les  monosyllabes  comme  trois,  noix, 
Jloy,  foij,  loy,  boire,  poire,  qui  sonnent  Iroes,  noes, 
Roe,  foe,  loe,  boere,  pocre. 

Dans  les  imparfaits,  il  faut  la  prononcer  comme  ai 
ou  comme  e  fort  ouvert  :  i'aimois,  je  voulois,  je  ferais, 
lisez  :  y  aimais,  je  voulais,  je  ferais;  et  il  en  est  de 
même  dans  le  subjonctif  soi/,  et  dans  l'indicatif  croit. 

«  Davantage  »  dans  ces  mots  :  adroit,  droit,  froid, 
estroit,  courtois,  François,  courtoisie,  car  il  est  plus 
doux  et  plus  «  mignard  »  de  les  prononcer  adrait, 
droit,  esirait,  courtais.  Français,  courtoisie.  Cependant 
droit  se  prononce  droet  quand  il  est  substantif. 

Devant  </«.  on  prononce  oi  comme  o  simple  :  soigner, 
soigneux,  dites  sogner,  sogneiix. 

Nettoyer  se  prononce  ordinairement  nettoyer. 

EAU  —  Celte  diphthongue,  précédée  d'un  t,  doit  faire 
entendre  un  peu  de  Ve,  mais  «  délicatement  »  :  batleau, 
coutteau. 

Elle  se  sépare  dans  heaume,  qui  sonne  he-aume. 

lEU  —  Se  sépare  en  deux  dans  les  adjectifs  terminés 
par  ieux  :  dévot ieux,  audacieux,  ainsi  que  dans  les 
mots  qui  dérivent  des  verbes  en  ier,  comme  scieur, 
crieur,  prieur.  Sieur  suit  la  même  règle,  mais  non 
monaicur. 

OUA  —  se  prononce  en  une  seule  sjllabe  :  poiiacre. 

DE    L'iCCENT   ET    DE    LA    QUANTITÉ. 

Les  grammairiens  français  ont  cru  qu'il  était  difficile 
de  former  des  règles  pour  l'accent,  et  cependant  Antoine 
Oudin  en  trouve  beaucoup  qui  sont  générales.  Il  les 
expose  ;  elles  ne  difièrent  presque  pas  de  celles  que  nous 
avons  aujourd'hui. 

DE    L'APOSTKOrHE. 

L'apostrophe  se  met  au  lieu  de  Ve  féminin  à  la  fin  de 
tous  les  monosyllabes  quand  suit  un  mot  commençant 
par  une  voyelle  ;  l'un,  d'autre,  c'est,  qu'entre,  m'en- 


22 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


tendez-vous,  n  aimez-vous  pas,  etc.  H  faut  ajouter  ici 
prend' homme  et  prend' hommie. 

Il  }■  a  exception  pour  ce  mis  pour  cela  ;  on  dil  consi- 
dérez ce  en  quoy  il  vous  contredit. 

Quand  le  mot  terminé  par  e  féminin  est  de  plus 
d'une  sjllabe,  on  fait  l'élision  de  cet  e  sans  marquer 
l'apostrophe,  excepté  dans  quelque,  chaque,  dans  ceux 
qui  sont  composés  de  la  conjonction  que,  et  dans  les 
prépositions  entre  et  contre  mises  en  composition  : 
quelqu'un,  chaqu'un,  jusqu'au  temps,  entr'ouvrir, 
contr' opposer. 

On  la  met  après  \'i  de  la  conjonction  si  quand  ceile- 
ciest  suivie  de  il  :  s'il  s'ils,  et  quelquefois,  en  poésie, 
devant  elle,  on  :  on  écrit  i'e/fe,  s'on. 

Il  y  a  encore  quelques  mots  qui  s'apostrophent  : 
grand'  pour  grande,  pri'  ^onr  prie,  gard'  pour  garde, 
suppli'  pour  supplie,  souci'  pour  soucie. 
DE  l'article. 

On  distingue  les  articles  en  défmis  et  en  indéflnis. 
Antoine  Oudin,  après  en  avoir  donné  la  déclinaison,  et 
nous  avoirinformé  que  les  auteurs  modernes  bannissent 
entièrement  es,  tant  eu  parlant  qu'en  écrivant,  passe  à 
l'application  générale  des  articles. 

Les  inflnitifs  subslanlifiés  reçoivent  l'article  défini  : 
le  boire,  le  manger,  le  dormir. 

En  parlant  des  parties  du  corps,  on  emploie  l'article 
défini  au  lieu  de  l'adjectif  possessif  :  le  cœur  me  fait 
mal,  elle  s'e.^t  blessée  à  la  jambe,  et  non  mon  cceur  me 
fait  mal,  elle  s'est  blessée  à  sa  jambe.  On  dit  toutefois 
il  porte  sur  le  front  ou  sur  son  front. 

Quand  le  nom  sainct  se  rencontre  avec  les  noms  rue, 
bourg,  (aux/wurg,  on  n'y  met  point  d'article  :  la  rue 
Sainct  Anthoine,  le  fauxbourg  Sainct  Germain. 

Avec  les  adjectifs  employés  «  absolument  »,  après  la 
particule  en,  on  ne  met  pas  d'article  défini  :  //  y  en  a 
d'autres  et  non  des  autres. 

L'adverbe  bien  employé  pour  beaucoup  prend  l'article 
défini  :  bien  du  pouvoir  ;  et  il  en  est  de  même  de  son 
composé  très-bien. 

Il  faut  se  garder  d'user  de  phrases  comme  celles-ci  : 
le  logis  à  Jacques,  le  laquais  à  Monsieur,  pour  le  logis 
de  Jacques,  le  laquais  de  Monsieur  (1033'. 

Il  ne  faut  pas  dire  non  plus  :  je  vous  feray  tancer  à 
Madame,  mais  bien  par  Madame. 

Nous  ajoutons  par  bonne  grâce  un  article  (la  prépo- 
sition de)  à  l'infinitif  :  de  dire  que  cela  soit  arrivé  de  la 
sorte  ;  de  voir  qu'il  est  comme  je  dis. 

Avec  les  noms  des  saisons  ou  temps  de  l'année,  on 
sous-enlend  très-bien  pendant  ;  on  dit  :  on  ne  mange 
point  de  chair  k  carnne  ;  on  ne  marie  point  l' Ad  vent. 

Le  et  la  se  mettent  quelquefois  pour  un,  une,  comme 
dans  :  //  n'a  pas  le  sol,  il  n'a  pas  la  maille. 

Il  faut  noter  ces  phrases  :  trente  dr  payez,  vingt  de 
chassez,  pour  qui  ont  esté  payez,  etc. 

Antoine  Oudin  signale  ici  des  substantifs  qui  s'em- 
ploient sans  article  après  le  verbe  dont  ils  sont  les 
compléments;  en  voici  quelques-uns  qui  n'existent  plus 
dans  la  langue  actuelle  :  Avancer  puis,  avoir  opinion, 
boire  chojune,   courir   danger,   donner  charge,  faire 


butin,  faire  conscience,  faire  conte,  faire  force,  joiier 
partie,  ouir  messe,  rendre  combat,  retenir  place. 

DC   GEHEE   DES    NOMS. 

Antoine  Oudin  donne  des  règles  basées  sur  la  signi- 
fication et  d'autres  basées  sur  les  terminaisons.  Dans 
ces  dernières,  il  signale  duché  et  comté  comme  se  pre- 
nant mieux  au  féminin,  ei archevesché  e\, evesché coram^ 
plutôt  du  masculin  (1633). 

Vient  une  liste  de  substantifs  en  e  muet  dont  le  genre 
n'est  pas  encore  bien  fixé,  liste  où  sont  indiqués  les 
substantifs  d'un  genre  douteux,  ceux  qui  vont  mieux  au 
masculin  ou  au  féminin.  J'y  trouve,  par  exemple,  que  : 

Foudre  est  de  genre  indifférent. 

Horloge  est  plus  à  propos  du  masculin. 

&uide  sonne  mieux  au  féminin. 

Beste  est  féminin  dans  l'expression  à  toute  reste. 

Unisson  est  toujours  du  féminin. 

Flandres  s'écrit  avec  une  .s  à  la  fin,  mais  jamais  ainsi 
quand  il  est  écrit  avec  l'article  la. 

Minuict,  sans  article,  passe  aussi  pour  masculin, 
mais  autrement  on  dit  la  minuict. 

QUELQUES   FE'MININS   TIRÉS   DES   MASCULIMS. 

Menteur  fait  menteuse  et  non  menteresse. 

Procureur  (a'd procureuse  et  non  procuratrice. 

Lévrier  fait  levrette. 

Nourrisson  ne  se  prend  jamais  activement  pour  celui 
qui  nourrit,  mais  passivement  pour  un  enfant  en 
nourrice  ;  et  nourrissonne  ne  se  dit  point. 

Parmi  les  féminins  des  noms  propres,  je  remarque 
Claudine  qui  vient  de  Claude  ;  Jacqueline,  de  Jacques; 
Tiennette,  de  Estienne  ;  Thomasse,  de  Thomas. 

DC    FÉMIMX   DES   ADJECTIFS. 

Dans  cet  endroit,  je  trouve  ce  qui  suit  : 

Crud  et  nud  font  par  exception  crUe  et  nue,  et  verd 
a  pour  féminin  verte  et  non  verde. 

Chresfien  îai'û  chrestienne  ;  mais  les  autres  terminés 
en  n  ne  reçoivent  qu'un  e  :  certain,  certaine. 

Bénin,  chagrin  et  malin  ont  pour  féminin  bénigne, 
chagrigne  et  maligne. 

L'adjectif  coulis  a  pour  féminin  coulisse. 

Ceux  qui  sont  terminés  en  t  doublent  cette  consonne 
avant  Ve  muet  :  net,  nette;  plat,  plaite  ;  sot,  sotte; 
mais  ceux  qui  le  sont  en  ani  ou  en  ent  ne  prennent 
qu'un  e  :  prudent,  prudente. 

Les  suivants  courtaul,  lourdaut,  noiraut,  ruslaut  et 
sourdaut  font  au  féminin  :  courtaude,  noiraude,  etc. 

Confez  a  pour-féminin  confesse. 

DE    LA   FORMAIIO.^    DC   PLURIEL. 

Tous  les  noms  terminés  au  singulier  par  un  e  fémi- 
nin (muet)  prennent  une  s  au  pluriel  :  chambre, 
chambres  ;  mais  ceux  qui  se  terminent  par  un  e  mas- 
culin prennent  un  ;  :  botté,  h'illcz;  beauté,  beautez. 

Les  noms  en  al  et  en  ail  font  ordinairement  leur 
pluriel  en  aux  ou  aulx;  excepte  les  suivants  :  bocal, 
bticdls  ;  attirail,  attirails  ;  mail,  mails  ;  bal,  bals  ;  mais 
le  pluriel  de  ce  dernier  n'est  guère  en  usage. 

(La  suite  au  prochain  numéro.) 


Le  RÉDACiEUE-GÉiuiiT  :  Ejun  ALYRTIN. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS. 


23 


BIBLIOGRAPHIE 


OUVRAGES     DE     GRAMMAIRE     ET     DE     LITTÉRATURE 


Publications  de  la  quinzaine 


Les    Coups   d'épée    de    M.    de    La   Guerche  ;  par 

Amédée  Achard.  Nouvelle  édition.  In-18  jésus,  ^22  p. 
Paris,  iib.  Michel  Lévy  frères.  3  fr.  50. 

L'Homme  des  bois;  par  Elie  Bertliet.  Edition  illustrée 
de  15  gravures.  In-18,  3i8  p.  Paris,  Iib.  Degorce-Cadot. 
2  fr. 

Le  Tambour  de  la  32°  demi-brigade;  par  Ernest 
Capendu.  Edition  illustrée  de  nombreuses  vignettes  sur 
bois.  In-i"  à  2  col.,  224  p.  Paris,  Iib.  Benoist  et  Cie.  3  fr. 

Les   rues    et    les  cris  de  Paris  au  XIII"  siècle, 

pièces  historiques  publiées  d'après  les  manuscrits  de  la 
Bibliothèque  nationale,  et  précédées  d'une  étude  sur  les 
rues  de  Paris  au  xiii"  siècle;  par  Alfred  Franklin,  de  la 
bibliothèque  Mazarine.  Petit  ln-8°,  209  p.  Paris,  Iib.  Willem 
Daffis.  5  fr. 

Les  Marges  du  Code.  La  Belle  Olympe;  par  Charles 
Monselet.  2«  édition.  In-18  jésus,  340  p.  Paris,  Iib.  Dentu. 
3fr. 

Par-dessus  la  haie  ;  par  Mme  de  Stolz.  Ouvrage 
illustré  de  56  gr.  par  A.  Marie.  2°  édition.  In-18  jésus, 
313  p.  Paris,  Iib.  Hachette  et  Cie.  2  fr.  25. 

La  vie  manquée  ;  par  Th.  Bentzon.  Gr.  in-18,  351  p. 
Paris,  Iib.  Nouvelle.  3  fr.  50. 

Les  Musiciens  célèbres  depuis  le  xvr  siècle  jusqu'à 
nos  jours;  par  Félix  Clément.  Ouvrage  illustré  de  àti  por- 
traits gravés  à  l'eau-forte  par  Masson,  Deblois  et  Massard, 
et  de  trois  reproductions  héliographiques  d'anciennes  gra- 
vures par  A.  Durand.  2"  édition,  revue  et  augmentée.  Gr. 
ln-8»,  xi-664  p.  Paris,  Iib.  Hachette  et  Cie.  12  fr. 

Récits  de  la  vieille  France.  François  Buchamor  ; 


par  Alfred  Assolant.  In- 12,  438  p.  Paris,  Iib.  Delagrave. 
2  fr. 

Discours  sur  l'histoire  universelle;  par  Bossuet. 
Edition  classique,  accompagnée  de  notes  et  de  remarques 
grammaticales,  historiques  et  littéraires,  par  E.  Lefranc, 
ancien  professeur  au  collège  Roilin.  Paris,  Iib.  Jules  Dela- 
lain  et  tils.  In-12,  xn-Zi88  p.  2  fr.  50. 

Œuvres  complètes  de  P.  Corneille.  Œuvres  choisies 
de  Thomas  Corneille.  T.  3.  In-18  jésus,  407  p.  Paris,  llb. 
Hachette  et  Cie.  1  fr.  25. 

Contes  contadins.  Les  Fonds  perdus.  Germain 
Barbe-Bleue.  Jean  des  Baumes;  |iar  Henry  de  la 
Madeleine.  In-18  jésus,  yi-301  p.  Paris,  llb.  Charpentier  et 
Cie.  3  fr.  50. 

Le  Diable  boiteux;  par  Le  Sage.  Nouvelle  édition, 
complète,  précédée  d'une  notice  sur  Le  Sage  par  Sainte- 
Beuve.  In-18  jésus,  xxxvui-396  p.  Paris,  Iib.  Garnier 
frères. 

Jean    qui    grogne    et   Jean    qui    rit;  par  Mme  la 

comtesse  de  Ségur,  née  Rostopchine.  Ouvrage  illustré  de 
70  vignettes  par  H.  Castelli.  5»  édition,  ln-18  jésus,  414  p. 
Paris,  iib.  Hachette  et  Cie.  2  fr.  25. 

Essais  de  critique  et  d'histoire;  par  H.  Taine, 
3'  édition.  Iu-18  jésus,  xxxii-460  p.  Paris,  Iib.  Hachette  et 
Cie.  3  fr.  59. 

Couronne  poétique  de  la  Lorraine.  Recueil  des 
morceaux  écrits  en  vers  sur  des  sujets  lorrains;  par 
P.  G.  de  Dumast,  l'un  des  trente-six  de  l'Académie  de  Sta- 
nislas.  Gr.  in-8°,  x-356  p.  Paris,  Iib.  Berger-Leviault. 


Publications  antérieures  : 


LES  ÉCRIVAINS  MODERNES  DE  LA  FRANCE,  ou 
Biographie  des  principaux  écrivains  français  depuis  le  pre- 
mier Empire  jusqu'à  nos  jours.  —  A  l'usage  des  écoles  et 
des  maisons  d'éducation.  —  Par  D.  Roxnefon.  —  Paris, 
librairie  Sandoz  et  Fischbacher,  33,  rue  de  .Seine. 


MANUEL  D'HISTOIRE  DE  LA  LITTÉR.\TURE 
FR.A.NÇA1SE,  depuis  son  origine  jusqu'à  nos  jours,  à 
l'usage  des  collèges  et  des  établissements  d'éducation.  — 
Par  F.  M.\RciLL.\c,  maître  de  littérature  à  l'École  supé- 
rieure des  jeunes  filles  à  Genève.  —  Seconde  édition,  re- 
vue et  corrigée.—  Genève,  chez  H.  Georg,  libraire-éditeur. 


sur  bois  de  l'édition  originale.  —  N"  X'VI  du  Cabinet  du 
BrBLiopHiLE. — 4  vol.  in-16,  format  deVlIeplamëron,  tirés 
à  400  exemplaires  sur  papier  de  Hollande.  —  Prix  :  10  fr. 
le  volume.  —  Paris,  librairie  des  Bibliophiles,  338,  rue 
Saint-Honoré. 


LES  ÉCRIVAINS  CÉLÈBRES  DE  LA  FRANGE,  de- 
puis les  origines  de  la  langue  jusqu'au  xix*  siècle.  —  Par 
D.  BoNNEFo.N.  —  Paris,  librairie  Sandoz  et  Fischbacher, 
33,  rue  de  Seine. 


LES  MARGUERITES  DE  LA  MARGUERITE;  poé- 
sies de  la  reine  de  Navarre,  réimprimées  avec  les  gravures 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS  (première,  seconde, 
troisième  et  quatrième  année).  —  En  vente  au  bureau  du 
Courrier  de  Vaugelas,  26,  boulevard  des  Italiens.  —  Prix 
de  chaque  année,  broché,  6  fr.  —  Envoi  franco  pour  la 
France,  l'Algérie  et  l'Alsace-Lorraine. 


DICTIONNAIRE  ÉTYMOLOGIQUE  DES  MOTS  DE 
LA  LANGUE  FRANÇAISE  dérivés  de  l'arabe,  du  persan 
ou  du  turc,  avec  leurs  analogues  grecs,  latins,  espagnols, 
portugais  et  italiens.  —  Par  A. -P.  Pih\n,  ancien  prote  de 
la  typographie  orientale  h  l'Imprimerie  impériale,  che- 
valier de  la  Légion  d'honneur.  —  Paris,  librairie  de  Chal- 
lamel  aillé,  30,  rue  des  Boulangers. 


24 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS. 


PRÉCIS  DE  L'HISTOIRE  DE  LA  LANGUE  FRAN- 
ÇAJSE  depuis  son  origine  jusqu'à  nos  jours.  —  Par 
A.  Pélissier,  professeur  de  l'Université.  —  2=  édition, 
revue  et  augmentée  de  textes  anciens,  avec  introduction 
et  commentaires.— In-12,  3ii8  p.  —Paris,  librairie  Didier 
et  Cie,  38,  quai  des  Augustins. 


DE  LA  FORMATION  DES  NOMS  DE  LIEU,  traité 
pratique  suivi  de  remarques  sur  les  noms  de  lieu  fournis 


par  divers  documents.   —  Par  J.  Quicherat.  Petit  in-8° 
—  Paris,  librairie  A.  Franck,  67,  rue  Bichelieu. 


PROPOS  RUSTIQUES,  BALIVERNES,  CONTES  ET 
DISCOURS  D'EUTRAPEL.  —  Par  Noël  du  Fail,  seigneur 
de  la  Hérissaye,  gentilhomme  breton.  —  Edition  annotée, 
précédée  d'un  essai  sur  Noël  du  Fail  et  ses  écrits.  —  Par 
Marie  Guichabd.  —  Paris,  librairie  Charpentier,  19,  rue  de 
Lille. 


9B3 

DE    LA 

LITTÉRATURE     FRANÇAISE 

PAR 

DÉsmÉ  NISARD,  Membre  de  l'Académie  française. 

Quatre  volumes  in-18  jésus  de  plus  de  400  pages  chacun. 

1er  1,0/   ;  Dgs  orlglnes  jusqu'au  xvii«  siècle  ;  —  1"  vol.  :  Première  moitié  du  xvii'  siècle  ;   —  3'=  vol.  :    Seconde 
moitié  du  xyii"  siècle  ;  —  W  vol.  :  Le  xviii^  siècle  avec  un  dernier  cliapitre  sur  le  xix". 

Cinquième  Edition. 

Prix  de  l'ouvrage   :   16  francs. 

SE  TROUVE  A   PARIS 
A  la  librairie  de  Firmin  Didot  frères,  fils  et  Cie,  56,  rue  Jacob. 

RENSEIGNEMENTS 
Pour  les  Professeurs  français  qui  désirent  trouver  des  places  à  l'étranger. 


AGENCES   AUXQUELLES    ON   PEUT   S  ADRESSER    : 

A  PAJÎIS  :  M.  Pelletier,  116,  rue  de  Rivoli;  —  Mme  veuve  Simonnot,  33,  rue  de  la  Chaussée-d'Antin.  —A  LONDRES: 
Miss  Gray,  35,  Baker  Street,  Portman  Square  ;  —  A  NEW-YORK  :  M.  Schermerhorn,  Zi30,  Broom  .Street. 

JOURNAUX  POUR  DES  ANNONCES  : 

VAmericmi  Regisler,  destiné  aux  Américains  qui  sont  en  Europe  ;  —  le  Galignani's  Messenger,  reçu  par  nombre  d'Anglais 
qui  habitent  la  France  ;  —  le  Wekker,  connu  par  toute  la  Hollande;  —  le  Journal  de  St-Pétersbourg,  très-répandu 
en  Russie  ;  —  le  Times,  lu  dans  le  monde  entier. 

(M.  Hartvvick,  390,  rue  Saint-Honoré,  à  Paris,  se  charge  des  insertions.) 


CONCOURS    LITTÉRAIRES. 

Appel  aux  j)rosaleurs. 

L'Académie  française  décernera  pour  la  première  fois,  en  1875,  le  prix  Jouy,  de  la  valeur  de  quinze  cents  francs, 
prix  qui,  aux  termes  du  testament  de  la  fondatrice,  doit  être  attribué,  tous  les  deux  ans,  à  un  ouvrage,  soit  d'obser- 
vation, soit  d'imagination,  soit  de  critique,  et  ayant  pour  objet  l'étude  des  mœurs  acluelles.  —  Les  ouvrages  adressés 
pour  ce  concours  devront  être  envoyés  au  nombre  de  trois  exemplaires  avant  le  1"  janvier  1875. 


Appel  aux  poètes. 

Le  prix  de  600  fr.  fondé  par  M.  le  docteur  Andrevetan  de  la  Roche,  avec  le  concours  de  la  ville  d'Annecy,  sera 
décerné  par  la  Sor.iiiTÉ  Florimontane  en  juillet  187Z(.  —  Le  choix  des  objets  à  traiter  est  laissé  aux  concurrents.  —  Les 
pièces  de  poésie  doivent  être  inédites  et  écrites  en  langue  française.  —  Les  envois  porteront  une  épigraphe  qui  sera 
répétée  il  l'extérieur  d'un  billet  cacheté,  indiquant  le  nom  et  le  domicile  de  l'auteur.  —  Sont  seuls  admis  à  concourir  : 
1°  les  nationaux,  excepté  les  membres  effectifs  de  la  Société  Florimontane,  et  2»  les  étrangers,  membres  effectifs  ou 
correspondants  de  cette  Société.  —  Les  manuscrits  devront  être  adressés  au  Secrétaire  de  la  Société  Florimontane 
avant  le  1°'' juillet  1874. 

Le  douzième  Concours  poétique  ouvert  à  Bordeaux  le  15  février  sera  clos  le  l"' juin  187/i.  —  Six  médailles  seront 
décernées.  —  Demander  le  programme,  qui  est  adressé  franco,  ■^  M.  Evariste  Carrance,  président  du  Comité,  92,  route 
d'Espagne,  ;"i  Itordinnix  (Girond.-).  —  Affranchir. 


Le  réilacleiir  du  Courrier  dr  l'ouf/das  est  visible  à  suii  bureau  de  widi  à  une  heure  rt  dii/iir. 
Imprimerie  GuuvER^Ecn,  G.  Daupei.ev  à  Nogent-le-Rolrou. 


5>  Année. 


N°   4. 


15  Mai  1874. 


QUESTIONS 
GRAMMATICALES 


L  E 


^« 


^^^^ 


^"^ 


DE 


QUESTIONS 
PHILOLOGIQUES 


Journal  Serni-Metisuel 


CONSACRÉ    A    LA    PROPAGATION     UNIVERSELLE     DE    LA   LANGUE     FRANÇAISE 
Paraiaiant    1«    1"  ot   la    IS    de   eba«a«  moia 


PRIX  : 

Abonnement  pour  la  France.    6  f. 

Idem        pour  l'Étranger   10  f. 

Annonces,  la  ligne  .     .     .    .  50  c. 


Rédacteur:  Eman  MARTIN 

ANCIEN     PROFESSEUR      SPÉCIAL      POUR      LES      ÉTRANGERS 

Oflicier  d'.Xcadémie 
36,  boulevard  des  Italiens,  Paris 


ON  S'ABONNE 

En  envoyant  un  mandat  sar  la  poste 
soit  au  Rédacteur,  soit  à  l'Adm' 
M.  FiscHBACHER,  33,  rue  de  Seine. 


SOM.MAIRE. 
Communication  sur  Sortir  d'un  emploi  le  bdton  blanc  à  la  main; 
—  Origine  et  explication  du  proverbe  Chercher  midi  à  qua- 
torze heures;—  Élymologie  du  mot  Bistouri;—  La  meilleure 
orthographe  de  Fier-à-bras  ;  —  Pourquoi  on  aspire  10  dans 
Onze  et  Onzième;  —  D'où  vient  Saperlipopette  ;  —  Pourquoi 
Casser  sa  pipe  veut  dire  mourir.  ||  Si  une  femme  peut  être 
qualifiée  de  Biche  émissaire;  —  Origine  de  Battre  la  cam- 
pagne ;  —  D'où  vient  le  Calino  des  journaux  parisiens.  || 
Passe-temps  grammatical.  ||  Suite  de  la  biographie  i' Antoine 
Oudin.  Il  Ouvrages  de  grammaire  et  de  littérature.  ||  Ren- 
seignements aui  professeurs  français  qui  désirent  se  placer  en 
Angleterre.  Il  Concours  littéraires. 


FRANCE 

COMMUMGATION. 

Dans  le  mois  d'interruption  qui  a  précédé  la  publi- 
cation de  la  5°  année  de  ce  journal,  j'ai  reçu  la  lettre 
suivante,  dont  je  remercie  sincèrement  l'auteur  : 

Monsieur, 

J'ai  lu  avec  le  plus  grand  plaisir  l'explication  que  vous 
donnez,  dans  votre  numéro  du  21,  relativement  à  l'origine 
toute  militaire  de  l'expression  Sortir  d'un  emploi  avec  le 
bâton  blanc;  mais  il  me  reste  encore,  au  sujet  de  celte 
expression,  une  chose  à  vous  demander.  Croyez-vous  que 
l'on  en  ait  bien  réellement  donné  le  sens  dans  les  diction- 
naires? J'en  doute;  car  je  lis  ce  qui  suit  dans  le  Diction- 
naire des  armées  de  terre  et  de  mer.  que  vous  citez  vous- 
même  dans  votre  article  : 

t  En  général,  dans  le  xvir  siècle,  on  ne  regardait  comme 
honorables  que  les  Capitulations  obtenues  par  les  garnisons 
à  qui  il  était  accordé  de  rejoindre  avec  armes  et  bagages, 
mèches  allumées,  balle  en  bouche,  leur  armée,  et  non 
avec  le  bâton  blanc  à  la  )Hai/î, c'est-à-dire  la  pique  sans  fer, 
comme  on  disait  et  comme  on  faisait  au  xv  siècle,  i 

On  devrait,  il  me  semble,  attacher  une  idée  de  déshon- 
neur à  l'expression  figurée  dont  il  s'agit,  et,  en  consé- 
quence, ne  l'employer  qu'en  mauvaise  part. 

Qu'en  penspz-vous? 

■Veuillez  agréer.  Monsieur,  avec  mes  témoignages  de 
sympathie  pour  votre  excellente  publication,  l'expression 
de  ma  considération  distinguée. 

In  de  vos  abonnés. 
Je  suis  entièrement  de  l'avis  de  la  personne  qui  m'a 


adressé  la  lettre  précédente  ;  mais  la  véritable  origine 
de  Sortir  d'un  emploi  le  bùlon  blanc  à  la  main  n'ayant 
été  donnée  que  fort  tard  (elle  n'est  pas  dans  La  Mésan- 
gère,  4823),  et  cette  expression  ne  s'étant  employée  pen- 
dant plusieurs  siècles  qu'avec  la  signification  de  quitter 
un  emploi  dans  un  complet  dénuement,  je  crois  qu'il 
serait  vainement  tenté  aujourd'hui  d'en  restaurer  le 
sens  figuré  conformément  à  celui  qu'elle  eut  dans  le 
principe. 

X 
Première  Question. 

Aiiriez-vous  la  complaisance  de  me  donner  l'origine 
de  l'expression  de  chercher  midi  a  quatorze  hecbes,  qui 
se  trouve  employée  si  souvent  dans  le  langage  familier? 

Autrefois,  on  mesurait  le  temps  en  France  comme 
aujourd'hui  en  Italie,  nous  dit  Quitard. 

Or,  comment  fait-on  dans  ce  dernier  pays  ? 

On  commence  le  jour  une  demi-heure  après  le  cou- 
cher du  soleil,  on  compte  les  heures  jusqu'à  24,  quoi- 
que le  cadran  ne  soit  divisé  qu'en  douze  parties,  et  l'on 
appelle  une  heure  ce  que  nous  appelons  sept,  comme 
l'implique  la  citation  suivante  que  j'ai  recueillie  dans 
l'Opinion  nationale  du  4  avril  1862  : 

C'est  ce  prédicateur  dont  l'éloquence  obtint  le  plus  de 
succès;  les  autres  sermons  furent  délaissés  à  tel  point 
que  le  cardinal- vicaire,  pour  forcer  les  Romains  d'aller  les 
entendre,  vient  de  rendre  un  édit  ordonnant  aux  cafe- 
tiers, etc.,  de  tenir  leurs  magasins  fermés  pendant  la 
durée  des  sermons,  de  ringt-et-une  heures  (trois  heures)  à 
vingt-quatre  heures  (six  heures  du  soir). 

De  là  résulte  cette  correspondance  entre  rappelialion 
ancienne  des  heures  et  les  notations  actuelles  de  notre 
cadran,  correspondance  que  je  figure,  pour  plus  de 
clarté,  par  des  chiffres  arabes  et  des  chiffres  romains  : 


t  (Vil) 

7(1) 

13  (VII) 

19(1) 

2  (VIII) 

8  (II) 

li  (VIII) 

20  (II) 

3  (I.\) 

9(111) 

15  (IX) 

21  (III) 

4  (X) 

10  (IV) 

16  (X) 

22  (IV) 

5  (.\I) 

U(V) 

17  (.\I) 

23  (V) 

6  (XII) 

12  (VI) 

18  (XII) 

24  (VI) 

Ce  tableau  dressé,  voyons  à  quelles  heures  pouvait 


26 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


arriver  midi,  cet  instant  nécessairement  variable  comme 
dépendant  du  commencement  du  jour,  lequel  était 
variable  lui-même. 

Il  est  évident  que  l'heure  de  midi  se  trouvait  en 
ajoutant  (2  heures,  moitié  du  jour,  à  l'heure  où  celui-ci 
commençait.  Or,  quand  le  jour  commençait  a  IV  heures 
et  demie  du  soir  ilO  heures  et  demie,  ancien  système), 
on  avait  midi  à  22  heures  et  demie  (même  système)  ; 
et  quand  il  commençait  à  VIII  heures  et  demie  du  soir 
f2  heures  et  demie,  ancien  système),  on  avait  midi  a 
U  heures  et  demie  (même  système),  ce  qui  signifie,  en 
d'autres  termes,  que  midi,  avec  l'ancienne  méthode  de 
compter  les  heures  et  de  commencer  le  jour,  était  rigou- 
reusement compris  entre  ces  limites  : 

14  iieures  et  demie  et  22  heures  et  demie. 

Mais  il  ne  pouvait  jamais  se  trouver  à  14  heures; 
d'où  l'expression  Chercher  midi  à  quatorze  heures  pour 
signifier  chercher  une  chose,  au  physique  ou  au  moral, 
là  où  elle  ne  peut  pas  être,  puis,  par  extension,  cher- 
cher des  difficultés  où  il  n'y  en  a  pas. 
X 
Seconde  Question. 

Est -il  vrai,  comme  je  le  trouve  dans  le  dictionnaire 
ÉTYMOLOGIQUE  de  Bruchet,  que  l'origine  de  bistodki  soit 
inconnue  ? 

Ce  mot  n'a  pas  toujours  été  masculin,  ni  toujours  été 
écrit  par  la  finale  i  :  au  xvi'=  et  même  au  xv»  siècle,  il 
se  terminait  par  ie,  et  avait  le  genre  féminin  : 

(xvi°) 

On  fera  l'incision  transversalement  avec  une  lancette 
courbée  appelée  bistorie. 

(Amb.  Paré,  VI,  6.) 

Il  faut  accroistre  la  playe  avec  une  bistorie  ayant  un  bou- 
ton au  bout,  et  qu'elle  ne  tranche  que  d'un  costé. 

(Idem,  VIII,  35.) 

(xve) 

Guillaume  Ression  garni  d'un  voulge  de  guerre  et  dune 
historié  ou  panart... 

iDu  Cange.) 

Une  bistorie  ou  grand  cousteau... 

(Idem.) 

.Maintenant  d'où  vient  bistorie  ? 

Les  uns  croient  que  c'est  de  Pisloria,  ancien  nom  de 
la  ville  itahenne  de  Pisloie,  célèbre  jadis  par  ses  ou- 
vrages en  fer;  d'après  M.  Littré,  c'est  de  bastoria, 
sorte  d'arme,  bâton,  massue,  du  même  radical  que 
bdlon,  qui,  du  sens  de  arme,  grand  couteau,  en  serait 
venu,  sous  la  forme  bistoria,  à  signifier  l'instrument  de 
chirurgie  en  question. 

Voyons  de  quel  côté  semble  être  la  vérité. 

Pisioria.  —  Cette  ville  a  certainement  été  renommée 
pour  ses  ouvrages  en  fer,  car  on  trouve  dans  Henry 
Estienne  [Trait/}  dn  la  Conformité  du  franc,  avec  le  grecj 
qu'elle  «  souloit  faire  de  petits  poignards  »  ;  mais  le 
même  auteur  nous  apprend  (jue  ces  petits  poignards, 
nouvellement  apportés  en  France,  furent  appelés  jns- 
toyers,  pistoliers  et  pistoh,  du  nom  moderne  de  la 
ville  de  Pistoie,  et  non  de  son  nom  ancien.  D'un  autre 
côté,  quand  on  remarque  que  tous  les  noms  de  villes 


d'Italie  commençant  par  un  p  sont  passés  dans  notre 
langue  avec  cette  même  consonne,  et  non  avec  un  6, 
on  ne  s'explique  guère  que  de  la  coutellerie  de  Pistoria 
ait  jamais  pu  être  appelée  bistorie,  quelque  ressem- 
blance qu'il  y  ait  entre  ces  deux  mots. 

Bastoria.—  S'il  n'est  pas  très-fréquent  de  voir  l'a 
changé  en  (,  ce  n'est  pas  non  plus  cependant  une  per- 
mutation sans  exemple,  car  avellana,  cerasum.  eijacens 
ont  fait  aveline,  cerise  et  gisant  ;  Vo  changé  en  ou  est 
chose  fort  ordinaire  (on  a  dit  chouse  pour  chose,  etc.), 
et  le  masculin  remplaçant  le  féminin  n'a  rien  d'insolite 
à  une  époque  où  les  genres  étaient  si  loin  encore  d'être 
fixés. 

Il  y  a  lieu  de  croire  que  bastoria  est  bien  réellement 
l'étymologie  de  bistouri. 

X 
Troisième  Question. 

M.  Littré  dit  que  fier-a-bras  s'écrit  au  pluriel  sans  % 
à  FIER  :  des  fier-a-bras  ;  mais  il  ajoute  qu'on  ne  peut 
condamner  des  fiers-a-bras,  attendu  que  l'étymologie 
est  incertaine.  Voudries-vous  me  donner  votre  opinion 
sur  l'orthographe  de  cette  expression  ?  Je  vous  en  serais 
très-obligé. 

M.  Littré  a  parfaitement  raison  ;  si  Torigine  de  Fier- 
à-bras  est  mal  connue,  on  ne  peut  donner  avec  certi- 
tude la  manière  d'en  écrire  le  pluriel. 

Mais  il  y  aurait,  à  mon  avis,  un  excellent  moyen  de 
faire  disparaître  cette  difficulté  ;  ce  serait  tout  simple- 
ment de  restituer  à  ce  terme  sa  forme  primitive,  qui 
était  Fiérabras,  en  un  seul  mot,  comme  le  montrent 

ces  exemples  : 

Fiérabras 

C'est  anemis  fie  diable]  qui  maint  mal  brace. 

(Du  Cange,  Ferrebrachia.) 

Garin,  dist  Fiérabras,  lai  moi  à  toi  parler. 

[FiérabraSt  p.  l5.J 

Trop  sunt  ambeduï  soi  tenant  bras  et  bras  ; 
Plus  fort  ne  fu,  de  voir,  de  ces  deux  Fiérabras. 

(Girard  de  Hoss.,  vers  4649-) 

Cette  forme,  qui  a  été  usitéejusqu'au  commencement 
du  xviii''  siècle  (je  vois  pour  la  première  fois  l'expres- 
sion en  trois  mots  dans  l'Académie  de  ni 8),  permet- 
trait de  traiter  le  vocable  en  question  comme  matamore, 
rodomont,  etc.,  et  la  langue  gagnerait  à  cela  de  compter 
un  embarras  de  moins. 

X 
Quatrième  Question. 

Pourquoi  écrit-on  le  o.nze,  le  onzième,  et  non  pas 
l'onze,  l'onzième  ? 

Comme  il  est  évident  qu'ici  l'écriture  dépend  entière- 
ment de  la  prononciation,  je  vais  ramener  votre  ques- 
tion à  cette  autre  :  Pourquoi  prononce-t-on  le  onze,  le 
onzième,  et  non  pas  Votizc,  l'onzième.' 

Dans  son  dictionnaire,  M.  Littré  explique  ce  fait  par 
une  tendance  qui  aurait  existé  dans  notre  vieille  langue 
à  aspirer  certains  mots  : 

La  prononciation  de  onze,  comme  s'il  était  précédé  d'une 
aspiration,  vient  de  la  tendance  du  vieux  français  â  faire 
précéder  d'une  h  les  mots  monosyllabiques  ou  du  moins 
les  mots  à  une  syllabe  sonore,  commençant  par  une  voyelle  : 
haut,  huit,  huile,  etc. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


27 


Mais  comme,  après  avoir  compté  dans  le  Glossaire  de 
Barbazan  les  monosyllabes  et  les  mois  de  deux  syllabes 
dont  la  dernière  est  muette,  je  n'en  ai  trouvé  que  viii^'t 
d'écrits  avec  une  A,  tandis  que  j'en  ai  compté  trente 
qui  l'étaient  sans  cette  consonne,  j'ai  cru  devoir  ne  pas 
m'en  tenir  à  l'explication  précédente,  et  en  chercher  une 
qui  eût  au  moins  l'avantage  de  n'être  pas  en  contradic- 
tion avec  les  faits. 

Or,  pour  une  que  je  cherchais,  en  voici  deux  que  j'ai 
rencontrées  : 

^o  Attendu  que  du  latin  c/ecet/i  nous  avons  fait  un 
mot  prononcé  dice,  il  est  très-probable  que  le  mot 
formé  de  undecim  a  d'abord  été  prononcé  once.  Mais, 
dès  les  premiers  temps  de  la  langue,  nous  avions  déjà 
deux  autres  mots  prononcés  de  la  même  manière,  l'un, 
désignant  un  poids,  et  l'autre  un  animal,  ce  que  prou- 
vent les  citations  suivantes,  toutes  deux  du  xiii''  siècle  : 

Nus  du  mestier  devant  dit  ne  puet  ne  ne  doit  batre  ne 
faire  batre  argent  que  en  chascune  bâteure  de  xsv  onces 
d'argent  n'ait  x  estellins  dor  au  mains. 

{Livre  des  Métiers,  p.  75.) 

La  chose  gist  sor  tel  endroit, 
Que  chascune  beste  voudroit 
Que  venist  l'once. 

'Rutebeuf,  203.] 

Trois  mots  ayant  la  même  prononciation,  c'était 
trop  ;  on  différencia  des  deux  autres  celui  qui  n'était  pas 
substantif,  d'abord  en  l'écrivant  par  un  :  (qui  a 
aussi  passé  dans  les  autres  adjectifs  numéraux,  dou- 
zième, treizième,  etc.),  et  plus  tard  en  aspirant  l'o,  ce 
qui  eut  pour  effet  dempécher  devant  onze  et  l'élision 
et  la  liaison. 

2o  Vaugelas,  dans  sa  remarque  sur  le  onzième  (vol. 
I,  p.  252),  a  donné  d'autres  raisons  que  les  précé- 
dentes du  fait  de  l'aspiration  dans  le  mot  onze;  je 
copie  : 

Voici  une  conjecture  fort  vrai-semblable  de  ce  qui  a 
donné  lieu  à  cette  erreur,  et  je  crois  que  tout  le  monde 
en  demeurera  d'accord.  C'est  que  l'on  a  accoutumé  de  dire 
en  comptant,  le  premier,  le  second,  le  troisième,  et  ainsi 
généralement  de  tous  les  autres,  jusques  à  dire,  le  centième, 
le  millième,  tous  les  nombres  commençant  par  une  consone, 
qui  fait  que  l'on  dit  le,  devant,  n'y  ayant  pas  lieu  de  faire 
l'élision  de  la  voyelle  e.  Et  comme  il  n'y  a  qu'un  seul 
nombre  en  tout,  qui  commence  par  une  voyelle,  qui  est 
onze,  onzième,  on  a  pris  une  telle  habitude  de  dire  le,  et 
devant  et  après  le  nombre,  que  quand  ce  vient  à  onzième, 
on  le  traite  comme  les  autres,  sans  songer  qu'il  commence 
par  une  voyelle,  et  que  l'e  de  l'article  le  se  mangp... 

Quelle  que  soit  la  cause  de  l'aspiration  de  l'o  dans 
onze,  il  s'en  faut  bien  que  celte  aspiration  ail  été  rigou- 
reusement observée  au  xvi'^  siècle  ;  car  si  l'on  trouve 
onze  sans  élision  dans  quelques  phrases,  on  le  trouve 
aussi  avec  élision  dans  beaucoup  d'autres  : 

Ce  mesme  jour,  mourut  Henry  de  Rohan,  prince  de  Léon 
en  Bretagne,  en  sa  maison  de  Belin,  sa  fille  âgée  èL'onze  à 
douze  ans  mourut  tost  après. 

[Journal  de  l'Estoiie,  p.  99.) 

Quant  à  onzième  (est-ce  parce  qu'il  ne  pouvait 
offrir  d'équivoque'?!,  l'o  continua  à  n'y  être  pas  aspiré, 
ce  que  montrent  ces  exemples,  empruntés  à  des  écrivains 
du  même  temps  : 

Elle  le  porta  jusqu'à  lunziesme  mois. 

(Rabelais,  Gari/.,  I,  3.) 


Le'mois  de  janvier  sous  Romulus  étoit  Vunziesme. 

fAmyot,   Numa,   31.) 

En  l'unziesme  se  voyoit  au  plus  près  la  piteuse  contenance 
du  pauvre  président  Brisson. 

{Satyre  Ménippèe,  p.  32,  éd.  Charp.) 

Pendant  le  xvii^  siècle,  on  fut  loin  de  se  trouver 
d'accord  sur  la  prononciation  de  onze  et  de  onzième. 

Vaugelas  se  déclara  pour  l'onzième  ;  selon  lui,  c'était 
«  très-mal  «  s'exprimer  que  de  dire  le  onzième  ;  car 
comment  justifier,  dit-il,  que  la  première  de  deux 
voyelles  dans  cette  situation  ne  s'élide  pas  comme  cela 
se  fait  toujours? 

Thomas  Corneille  était  au  contraire  pour  l'aspiration 
dans  ces  mots,  ce  qui  ressort  nettement  de  cet  extrait 
de  la  note  qui  accompagne  la  remarque  de  Vaugelas  : 

On  dit  :  c'est  aujourd'hui  le  onze  ou  le  onzième  du  mois,  et 
non  pas  l'onze  ou  l'onzième.  Ce  qui  est  général  quand  on 
compte  heures,  jours,  mois  ou  années. 

Boileau  était  du  même  avis  ;  car,  dans  l'édition  de  ses 
œuvres  qu'a  donnée  Brosselle,  le  fondateur  de  l'acadé- 
mie de  Lyon,  on  apprend  par  une  note  (tome  I,  p.  163) 
que  ce  poète  ne  liait  jamais  r.s  de  ses  en  prononçant  les 
vers  suivants  de  la  xn=  satire  : 

Un  démon  qui  m'inspire 

Veut  qu'encore  une  utile  et  dernière  satire 

Se  vienne,  en  nombre  pair,  joindre  à  ses  onze  sœurs. 

Tout  en  approuvant  l'opinion  de  Vaugelas,  le  P.  Bou- 
hours  ajoutait  que,  depuis  ses  Remarques,  plusieurs 
disaient  le  onzième,  et  qu'il  ne  voudrait  pas  les  con- 
damner ;  aussi  cédait-il  à  la  force  de  l'usage  et  tolérait- 
il  l'aspiration. 

Le  xvin*  siècle  ne  vit  pas  non  plus  l'unanimité  se 
faire  sur  la  question  qui  nous  occupe. 

Suivant  la  doctrine  de  Vaugelas,  qui,  comme  on  sait, 

n'approuve  que  l'onze,  l'abbé  Dangeau  écrit  dans  ses 

Essais  de  grammaire  [I,  p.  3'i|  : 

J  on  ai  trouvé  vingt-six  dans  Cinna,  et  je  n'en  ai  trouvé 
qu'onze  dans  itithridate. 

Dans  les  Principes  de  la  langue  française  par  De 

^^^1illy,  on   nt  ce  qui  suit  à  la  page  426,  preuve  que 

l'auleur  considérait  les  deux   prononciations  comme 

également  bonnes  : 

On  dit  et  l'on  écrit  le  onze,  le  onzième  ou  l'onze,  l'on- 
zième. 

Enfin,  à  peu  près  vers  le  milieu  du  ïix°  siècle,  l'usage 
conlinuant  à  se  montrer  favorable  à  l'aspiration  dans 
onze  el  dans  onzième,  la  plupart  des  grammairiens  ont 
fini  par  en  conclure  qu'ils  devaient  accueillir  défini- 
tivement cette  exception,  malgré  l'indécision  de  l'Aca- 
mie,  et  voilà  pourquoi  nous  disons  et  nous  écrivons 
aujourd'hui  le  onze,  le  onzième,  et  non  pas  l'onze, 
l'onzième. 

X 
Cinquième  Question. 

M.  Edmond  About,  dans  un  feuilleton  r/ui  a  paru 
dans  te  xix'  siècle  le  2'i  aoûf  H  873,  a  employé  cette 
expression  saperlipopette.  Je  voudrais  bien  en  savoir  le 
sens  et  l'origine. 

Cette  expression  a  été  formée,  il  me  semble,  ainsi 
que  je  vais  vous  l'expliquer. 


28 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


Pour  concilier  autant  que  possible  le  respect  du 
deuxième  commandement  avec  le  besoin  qu'on  éprouve 
parfois  de  jeter  dans  son  discours  quelque  terme  éner- 
gique, on  a  fait  d'abord  sacristi,  que  je  soupçonne 
fortement  d'être  pour  sacré  Christ  ce  que  sacrebleu  est 
pour  sacré  Dieu,  je  veux  dire  un  euphémisme. 

Mais  sacrisii  ne  dissimulait  pas  assez  son  origine;  on 
y  changea  le  c  en  p,  ce  qui  donna  sapristi,  un  mot 
pouvant  être  prononcé  par  toutes  les  bouches  : 

Donc,  plus  de  nouvelles  de  la  fusion!...  Où  en  est  h 
fusion?  Voyons,  sapristi,  ne  nous  tenez  pas  le  bec  dans 
l'eau  comme  ça... 

(L'Avenir  national  du  l"  sept.  1873.) 

Un  scrupule  plus  grand  encore  nous  valut  saprelotte 
ou  superlotte,  espèce  de  diminutif  de  sapristi  : 

Vous  ici,  mais  sapertolte,  Glier  ami,  que  venez-vous  donc 
faire  dans  ce  quartier  ? 

\L'Evénement  du  l5  sept.   iS'jB,) 

Enfin  saperlotte  a  été  transformé  en  saperlipopette, 
que  je  considère  en  quelque  sorte  comme  la  dernière 
dilution  du  juron  sacristi. 

X 
Sixième  Question. 
Comment  expliquez-vous  que  l'expression  populaire 
CASSEE  SA  eiPE puisse  signifier  nomis.'! 

On  peut  croire  que  cette  expression  a  pris  naissance 
au  théâtre,  car  voici  en  quels  termes  il  en  est  parlé  dans 
les  Coulisses  de  Joachim  Duflot  (p.  54)  : 

L'acteur  Mercier,  fort  estimé  des  titis  du  boulevard  du 
Temple,  jouait  le  rôle  de  Jean  Bart  avec  un  entrain  et  une 
rudesse  qui  ètaief.t  fort  appréciés  du  public  de  la  Gaité. 
Jean  Bart,  comme  on  le  sait,  fumait  la  pipe,  et,  pour  être 
fidèle  à  la  vérité  bislorique,  Mercier  fumait  la  pipe  en 
jouant  le  rôle. 

La  pièce  eut  une  longue  suite  de  représentations,  ce 
qui  permit  à  Mercier  de  culotter  une  magnifique  pipe  qui 
était  devenue  une  curiosité.  Aussi  tous  les  titis  étaient-ils 
en  admiration  devant  la  pipe  de  Jean  Bart-Mercier.  De  son 
côté,  l'acteur,  orgueilleux  de  son  ouvrage,  ne  s'en  séparait 
jamais,  même  en  dormant,  si  l'on  en  croit  les  on-dif. 

Mais,  voilà  qu'un  jour  la  pipe  tomba  des  lèvres  de  Mer- 
cier. «  Quel  dommage!  »  s'écria-t-on,  et  on  courut  vers 
lui.  L'acteur  venait  de  s'affaisser  sur  lui-même,  il  était 
mort.  Le  lendemain,  en  s'abordant,  les  titis  se  disaient 
tristement  :  t  Tu  sais  bien.  Mercier...  Eb  bien?...  Il  a  cassé 
hier  sa  pipe  pour  de  bon.  » 

Cependant,  ce  n'est  peut-être  que  «  sous  toutes 
réserves  »  comme  disent  les  journaux  politiques,  qu'il 
convient  d'accepter  la  susdite  origine. 


ÉTRANGER 


Première  question. 
J'ai  trouvé  cette  phrase  dans  un  jourtial  français  : 
«  La  belle-mère  est  presque  toujours  la  biche  émiss.uhe 
de  ces  rancunes.  »  Ne  vaudrait-il  pas  mieux  dire  ici 
LE  Bocc  ÉMISSAIRE?  .le  VOUS  .lerais  très-oldigé  de  muloir 
répondre  le  plus  tôt  possible  à  cette  question. 

C'est  une  erreur  de  croire  que  l'attribut  doive  néces- 
sairement être  du  même  genre  que  son  antécédent  ;  une 
foule  d  exemples  prouvent  (pi'un  mot  masculin  et  un 
mot  féminin  peuvent  parfaitement  se  construire,  l'un 


avant  le  verbe  être  et  l'autre  après  ;  en  voici  quelques- 
uns  empruntés  à  la  Grammaire  nationale  (p.  94)  : 
La  mèie  est  le  premier  instituteur  de  son  enfant. 

(Bernardin  de  Saint-Pierre.) 

Un  fanatisme  aimable  à  leur  âme  enivrée 

Disait  :  la  femme  est  Dieu,  puisqu'elle  est  adorée. 

(Legouvé.J 

La  colère  est  à  la  fois  le  plus  aveugle,  le  plus  violent  et 
le  plus  vil  des  conseillers. 

(De  SégUT) 

Les  lois  sont  les  souverains  des  souverains. 

(Louis  XIV. I 

Je  crois  donc  que  l'auteur  de  la  phrase  en  question 
aurait  dû  dire  le  bouc  émissaire,  opinion  confirmée 
du  reste  par  la  citation  suivante,  que  je  rencontre  dans 
le  dictionnaire  de  Litlré  : 

Vous  sentez  que  je  veux  faire  de  Mme  d'Argenton  le  bouc 
émissaire  de  l'ancienne  loi  [la  charger  de  tous  les  faits 
reprochés  au  duc  d'Orléans!. 

(Saint-Simon,  a52,  laS.) 

X 

Seconde  Question. 
Quelle  est,  s'il  vous  plaît,  l'origine  de  l'expression 
battre  la  campagne  ? 

Au  propre,  le  verbe  battre,  construit  avec  un  nom 
d'espace  pour  régime,  a  le  sens  de  parcourir  en  cher- 
chant quelque  chose  ;  ainsi  on  dit  : 

Les  cavaliers  battent  la  plaine  ;  —  nous  avons  battu  tout 
le  pays,  —  ils  battront  toute  la  ville,  etc. 

Joint  au  mot  campagne,  ce  verbe  se  dit,  en  langage 
militaire,  des  soldats  qui  poussent  des  découvertes  vers 
Tennemi  afin  de  reconnaître  ses  positions. 

Or,  comme  pour  faire  ces  reconnaissances,  il  faut 
errer  plus  ou  moins,  on  a  naturellement  pris  cette 
expression,  au  figuré,  pour  parler  de  quelqu'un  dont 
l'esprit  divague  dans  le  délire  de  la  fièvre,  qui  s'écarte 
de 'son  sujet  dans  une  discussion,  ou  qui  s'amuse  à  de 
vaines  rêveries,  à  des  imaginations  n'ayant  rien  de 
réel,  de  possible. 

X 
Troisième  Question. 

D'oii  vient  donc  le  nom  de  calino,  que  les  journaux 
parisie7is  emploient  si  souvent  depuis  quelques  années 
pour  désigner  quelqu'un  qui  dit  sérieusement  des 
7iiaiseries  ? 

Ce  mot  a  pour  origine  une  charge  d'atelier  par  Théo- 
dore Barrière  et  Antoine  Fauchery,  laquelle  fut  repré- 
sentée pour  la  première  fois  à  Paris  sur  la  scène  du 
Vaudeville,  le  12  mars  1856. 

Le  principal  personnage  de  cette  pièce  est  un  certain 
Calino,  peintre  en  herbe,  arrivé  à  Paris  depuis  quelques 
mois  avec  sa  femme,  qui  est  jolie,  et  une  sœur  char- 
mante. Celte  <i  bête  trouvée  sous  le  quatorzième  degré 
de  latitude  nord  du  quai  aux  Fleurs  >>  abandonne  son 
hôtel  à  des  rapins  à  condition  qu'ils  lui  donneront 
des  conseils  ;  mais,  comme  il  n'a  aucune  disposition 
pour  la  |)cinlurc,  les  rapins  se  moquent  de  lui  et  lui 
montent  une  scie... 

Cependant  Calino  peint  toujours,  et  de  préférence  la 


LE  COURRIER   DE   VAUGELAS. 


w 


29 


nuit,  pour  ne  pas  être  découragé  par  la  vue  de  ce  qu'il 
fait  ;  on  vient  à  parler  d'une  crue  des  eaux,  et  il  vous 
prouve  en  ces  termes  comme  quoi  celles  de  la  Seine 
sont  au  même  degré  de  l'étiage  : 

La  Seiue  n'est  pas  plus  haute  qu'à  l'ordinaire...  j'en  suis 
bien  sûr  moi;  j'ai  fait  une  marque  â  un  bateau,  et  depuis 
huit  jours,  leau  n'a  pas  dépassé  la  marque. 

Dès  la  première  représentation,  probablement,  nos 
journalistes  se  sont  emparés  de  Calino  pour  lui  faire 
signifier  ce  type  de  Jocrisse  auquel  ils  attribuent  les 
plus  grosses  niaiseries  venant  à  leur  connaissance. 

PASSE-TEMPS  CiRAMMATlCAL. 

Corrections  dn  numéro  précédent. 

l* ...  grâce,  selon  son  expression  (^race signifiant  par  lemoyen 
de  se  met  généralement  au  singulier);  —  2°  ...  que  noire  auteur 
ne  travestisse  (après  it  n'y  a  pas  jusqu'à,  on  met  le  verbe  au 
subjonctif  et  accompagné  de  ne);  —  3°  ...  autour  des  bou- 
chons [alentour  ne  veut  pas  de  régime);  —  4°  ...  des  quatre 
saisons  font  retentir  (après  de  ce  que  on  met  l'indicatif);  — 
5°  ...  un  des  premiers  arbres  qui  montrent  leurs  lleurs  ;  —  6"  ... 
que  le  mot  /it  monter;  —  7°  ...  délasliques  rompus  (on  dit  un 
élastique)  ;  —  8°  Les  deux  premières  liTraisons  d'un  ouvrage 
appelé  à  un  grand  succès  viennent  de  paraître  au  bureau,  etc. 
(on  ne  peut  meltre  en  lêle  de  la  phrase,  à  1  impersonnel,  un  verbe 
neutre  qui  a  pour  sujet  un  nom  précédé  de  l'article  le,  la  ou  les)  ; 

—  9"  ...  étendus  par  centaines  de  mille;  —  10°  ...  qu'il  est 
plus  difficile  encore  de  faire  durer  que  de  décréter  et  d'établir  ; 

—  11°  ...  préféraient  se  passer  de  manger  plutôt  que  de  fumer 
(Voir  Courrier  de  Vaugelas,  i'  année,  p.  153);  —  12°  ...  de  cet 
examen  (c'est  ici  l'action  d'examiner)  ;  —  13°  ...  qu'une  enquête 
fût  ouverte;  —  14° ...  que  depuis  de  longues  années... 

Phrases  à  corriger 
trouvées  pour  la  plupart  dans  la  presse  périodique. 

1*  Si  le  caprice  le  prend  de  modeler  en  biscuit  ou  en 
porcelaine  de  Saxe  un  berger  ou  une  bergère  rococo  en- 
guirlandés de  fleurs,  certes,  il  ne  se  gène  pas. 

2*  Puis  une  obscurité  subite  sous  les  douces  lueurs  du 
crépuscule  et,  dans  les  nuits  parfois  lucides,  des  étoiles 
qui  ressemblent  à  de  froides  pointes  d'acier  clouées  au 
firmament. 

3»  Comme  la  religion,  elle  [la  musique]  est  mystérieuse, 
voilée,  disons  même  occulte;  ses  secrets  et  ses  principes 
ne  sont  penétrables  à  d'autres  yeux  qu'à  ceux  des  initiés. 

4°  Ce  qu'il  faudrait,  c'est  qu'au  sein  de  la  commission  on 
manifestât  d'une  manière  irrévocable  les  tendances  qu'on 
s'est  plu  à  signaler,  avant  qu'elles  n'aient  été  exprimées. 

5*  Ayant  déféré  à  son  désir,  il  vint  à  nous  et  nous  fit 
quelques  passes  sur  les  jambes;  instantanément  nous 
n'eûmes  plus  l'usage  de  ces  membres. 

6°  Je  profitai  de  cet  instant  d'enthousiasme  pour  gagner 
la  rue  Saint-Denis,  où  je  rencontrai  près  celle  Greneta  les 
gendarmes  du  poste  de  la  Halle,  qui  avaient  été  désarmés. 

7°  Il  se  hâte  de  repartir  pour  Salon  avant  la  mort  de 
Henri  11,  qu'on  dit  qu'il  avait  prédite  aussi  bien  que  les 
troubles  qui  la  suivirent. 

8*  Ils  ajoutent  qu'aujourd'hui  il  est  préférable  de  courir 
les  chances  de  la  maladie  que  d'infuser  des  matières  mor- 
bides dans  des  veines  pures  et  saines. 

9*  Emportée  par  la  grandeur  de  la  situation,  Mlle  Patry 
s'est  laissé  aller  à  son  propre  élan  et  à  ses  propres  larmes. 

lÛ"  Mais  le  public  lettré  qui  suit  assidûment  ces  paci- 
fiques tournois  oratoires  s'attend  à  autre  chose  qu'à  de 
consciencieux  éloges  biographiques. 


11°  Il  est  seulement  triste  de  voir  dans  quel  état  ils  ont 
mis  le  chemin  de  fer  que  nous  côtoyons  ;  pas  une  station, 
pas  un  pont  n'a  été  respecté,  les  fils  du  télégraphe  sont 
coupés  entre  chaque  poteau. 

12°  Après,  il  lui  faudra  de  toute  nécessité  déterrer  un 
chef-d'œuvre  —  un  drame  à  tout  casser  —  ou  une  comédie 
qui  fasse  couler  des  larmes  à  un  trimestre  de  spectateurs, 

{Les  corrections  à  quinzaine.) 


FEUILLETON 


BIOGRAPHIE  DES  GRAMMAIRIENS 

PREMIÈRE  MOITIÉ  DU  XVlf  SIÈCLE. 

Antoine  OUDIN. 

(Suite.  J 

Genouil  fait  genoux  et  yenoûils;  verroiiil  fait  ver- 
roiii/s  et  verroux. 

Quand  universel  est  substantif,  il  fait  universaux  ; 
mais  adjectif,  il  fait  universels. 

Les  pluriels  des  composés  prennent  une  .«  à  la  fin, 
trenc/ie-plume,  tre/whe-plumes,  et  cependant  on  l'ajoute 
au  milieu  dans  coqs  d'Inde,  gentilshommes,  ponts- 
(evis  ;  de  plus,  elle  se  met  au  milieu  et  à  la  fin  de  quarts 
d'escus,  bien  qu'avec  raison  le  mot  escu  n'y  soit  point 
au  pluriel. 

Il  y  a  beaucoup  de  noms  qui  se  mettent  toujours  au 
pluriel,  tels  sont  :  besoicjnes  pour  bardes  ;  grâces  pour 
actions  de  grâces  ;  chausses  ;  lettres  pour  patentes  ; 
papiers  pour  écritures;  fonts  où  l'on  baptise;  vacances 
et  vacations  pour  désigner  le  temps  pendant  lequel  on 
ne  fait  point  d'affaires. 

Gens  ne  se  construit  point  avec  les  noms  de  nombre, 
mais  avec  les  adverbes  beaucoup,  bien;  par  exemple, 
on  ne  dit  pas  trois  ou  quatre  gens,  mais  bien  trois  ou 
quatre  personnes. 

Lunettes  que  l'on  met  sur  son  nez  est  pluriel  ;  mais 
lunette  «  de  Hollande  »  est  singulier. 

Une  paire  d'armes  ne  signifie  qu'une  armure  ;  une 
paire  de  ciseaux,  des  ciseaux  non  divisés. 

Les  noms  de  nations  s'emploient  au  singulier  pour 
signifier  le  pluriel  ;  on  dit  le  Turc  a  bien  de  la  peine, 
le  François  dit,  pour  les  Turcs  ont  bien  de  la  peine,  etc. 

DES    COMPABATIFS    ET    IlES    SUFEKLATIFS. 

Moindre  et  plus  petit  diffèrent  en  ce  que  le  premier 
se  rapporte  plus  proprement  à  la  condition  et  à  la  qua- 
lité, et  le  dernier  à  la  quantité  ou  dimension,  comme 
longueur,  largeur,  etc.  ;  par  exemple,  si  l'on  dit  c'est 
le  moindre  homme  de  lu  ville,  cela  s'entend  de  la  qua- 
lité, et  le  plus  petit  homme  de  la  ville,  le  plus  bas 
«  louchant  «  la  grandeur  du  corps. 

Les  étrangers  mettent  souvent  grand  pour  gros,  et 
c'est  une  très-grave  erreur,  parce  que  le  mot  grand 
s'entend  proprement  des  choses  qui  ont  de  la  grandeur 
ou  de  la  longueur  de  corps,  tandis  que  gros  s'applique 
il  celles  qui  sont  ou  rondes  ou  épaisses.  On  dit  cepen- 
dant, 7««e  grosse  heure  d'horloge  if633). 

Les  expressions  homme  de  bien,  femme  de  bien. 


30 


LE   COURRIER  DE   VAUGELAS. 


fille  de  bien,  gens  de  bien  se  comportent  comme  les 
qualificatifs  -.plus  homme  de  bien ,  très  homme  de  bien,  etc. 

Au  superlatif,  on  peut  aussi  ajouter  le  mol  fort  au 
lieu  de  très  :  fort  bon,  fort  mauvais. 

Nous  avons  emprunté  à  l'italien  doctissime,  excellen- 
(issime,  ignorantissime,  etc. 

DES    DIJIINCTIFS. 

Les  terminaisons  ordinaires  des  diminutifs  sont  et, 
elet,  ette  et  elette  ;  mais  il  y  a  des  diminutifs  formés 
irrégulièrement,  et  Antoine  Oudin  en  donne  une  curieuse 
liste  que  je  vais  reproduire  en  partie  : 

Advocat  :  advocaceau,  advocacereau  ;  amour  :  amou- 
reau  ;  archer  :  areherot  ;  bergère  :  bergeronnette,  ber- 
gerotte  ;  fol  :  follet,  follion,  follichon  ;  bœuf  :  bou- 
villon  ;  barbeau  :  barbillon  ;  couleuvre  :  couleureau  ; 
vipère  :  vipereau;  lévrier  :  levron ;  porc  :  pourceau, 
porcelet  ;  cochon  :  cochonnet  ;  pied  :  peton  ;  cham- 
brière :  chambrillon  ;  pré  :  preau  ;  pendard  :  pendar- 
deau  ;  cheval  :  cavalot  ;  clerc  :  clergeon. 

Les  suivants,  qui  n'ont  rien  de  semblable  à  leur 
substantif,  et  qui  ne  sont  pas  des  diminutifs  réels,  sont 
aussi  «  fort  plaisans  »  :  bidelot,  diminutif  de  bidet, 
petit  cheval  ;  laideron,  qui  signifie  plutôt  une  grosse 
laide  qu'une  petite  ;  hutaudeau,  gros  pouliet,  qui  se  dit 
ordinairement  hesfoudeau. 

Parmi  les  diminutifs  des  noms  propres  on  remarque  : 
Henriot,  de  Henri;  Denisot,de  Denis;  Marionel  Ma- 
riette, de  Marie  ;  Annon,  A nnichon,  de  Anne;  Janne- 
ton,  de  Jeanne  ;  Margot  et  Margoton,  de  Marguerite  ; 
Catin  et  Catavt,  de  Catherine. 

DES   NOMS    NUMÉRAUX. 

On  dit  ordinairement  soixante  et  dix,  soixante  et 
imze,  soixante  et  douze,  jusqu'à  quatre-vingts  ;  mais 
en  langage  d'arithmétique,  on  dit  septante,  septante  et 
un,  etc.,  au  lieu  de  huictante  on  d\i  quatre  vingts,  et  au 
lieu  de  nonante,  quatre  vingts  dix. 

On  dit  six  vingts  plutôt  que  cent  vingt  (1633). 

En  parlant  des  années,  mille  «  se  retrenche  »  et  l'on 
écrit  mil  quatre  cens,  mil  cinq  cens. 

La  conjonction  et  ne  se  met  dans  les  noms  de  nombre 
qu'avec  le  nom  de  l'unité,  vingt  et  un,  trente  et  un,  etc., 
mais  on  dit  vingt  deux,  trente  deux,  etc. 

Il  est  indifférent  de  dire  page  trente-cinq  ou  trente- 
cinquiesme,  feuillet  dixhuirt  ou  dixhuictiesme. 

On  dit  Chartes  neuf  [>o\iT  Charles  neufviesme  (1633J- 

Parmi  les  collectifs  en  aine,  il   n'y  a  d'usités  que 
six  aine ,   huivlaine ,   neufvaine,    dixaine,    douzaine 
quinzaine,  vingtaine,  trentaine,  quarantaine,  etc.,  jus- 
qu'à centaine. 

Huiclaiw  se  prend  aussi  pour  l'espace  de  huit  jours, 
et  neufvaine  pour  une  sorte  de  dévotion  qui  dure  neuf 
jours. 

Vingt  en  composition  prend  une  .<  de  plus,  comme 
quatre  vingts,  six  vingts,  etc. 

Il  faut  remarquer  cet  emploi  quant  aux  adjectifs  do 
nombre  ordinaux  ;  il  est  parly  luy  sixiesmc,  il  est  venu 
tuy  troisiesme,  etc. 

Les  Hauts  Allemands  disent  quatorze  joxirs  \)0\xx  Ae\x\ 
semaines  ;  chez  nous  on  dit  quinze  jours. 


OBSEllVATIONS   SUa   QUELQUES   QUALIFICATIFS. 

Nous  disons,  contrairement  à  la  règle  générale  qui 
fait  accorder  l'adjectif  avec  le  substantif,  lettres  Royaux, 
ordonnances  Royaux. 

On  dit  le  feu  Royeifeu  monpere ;  grand })ere  elpere 
grand  ;  grand'  mère  et  mère  grand  ;  mais  grand  père 
et  grand'  mère  sont  mieux  dits. 

Meschant  se  rapporte  aux  personnes,  mauvais  aux 
choses  que  l'on  mange  ou  boit. 

DES  TITRES. 

Sire  est  une  qualité  qui  se  donne  au  roi  et  aux  simples 
paysans,  mais  fort  peu  aux  marchands  ;  pour  qualifier 
ces  derniers,  dans  l'Ile  de  France,  on  se  sert  plutôt  du 
mot  sieur. 

Monseigneur  se  dit  aux  princes  et  aux  grands  prélats. 

Monsieur,  à  Monsieur  frère  du  roi,  et  à  toutes  sortes 
«  d'honnestes  »  personnes  indifféremment. 

Ce  dernier,  construit  avec  un  article  défini,  accom- 
pagné du  nom  de  qualité  ou  propre  de  maison  «  se 
retrenche  »  à  moitié  ;  on  dit  :  Mons  de  la  Rivière,  Mons 
de  la  Coudraye.  Quelquefois  il  se  sépare  par  l'entremise 
d'une  autre  particule,  Mondit  sieur. 

Messire  se  dit  aux  prêtres  de  village. 

Maistre  s'applique  aux  artisans,  comme  lorsqu'on  dit 
Maistre  Pierre  le  cordonnier,  etc. 

Madame  se  dit  à  la  reine,  aux  filles  de  France,  aux 
princesses  mariées  et  à  toutes  autres  grandes  dames  que 
l'on  appelle  «  dames  damées  »,  aux  religieuses,  etc., 
à  toutes  les  femmes  au-dessous  de  la  noblesse  et  aussi 
à  leurs  familles. 

Dame  se  dit  à  une  simple  femme  d'artisan  ou  de 
paysan  :  Dame  Perrette,  Dame  Guillemette  ;  mais  s'il 
y  a  un  complément  à  Madame,  on  dit  encore  dame  : 
la  dame  du  chasteau,  en  parlant  d'une  femme  de  con- 
dition. 

A  la  Cour,  on  nomme  Demoiselles  toutes  les  femmes 
qui  en  portent  l'habit,  nobles  ou  non,  et  les  «  chape- 
ronnettes  »  s'appellent  Madame. 

Sieur  se  met  avec  un  nom  propre,  le  sieur  Pierre,  et 
Seigneur  se  met  absolument  :  le  sieur  Jean  seigneur 
d'un  tel  lieu. 

DES    PRONOMS    PERSONNELS. 

On  ne  peut  plus  omettre  les  pronoms  personnels 
comme  on  le  faisait  autrefois;  ainsi  on  disait  :  J'ay 
reçeu  les  lettres  que  m'avez  envoyées,  et  nous  disons  : 
que  vous  m'avez  envoyées  (1633). 

Au  lieu  d'employer  le,  la,  les  avec  les  pronoms 
personnels  luy  et  leur,  il  est  bien  mieux  de  n'employer 
que  les  datifs  et  de  dire  :  je  luy  donneray,  je  leur 
envoyé,  plutôt  que  je  les  luy  donneray,  je  les  leur 
envoyé.  Cependant  les  deux  peuvent  se  dire. 

Que  l'on  se  garde  de  mettre  les  pronoms  personnels 
après  les  «  relatifs  «  /'',  la,  les,  et  de  dire  :  les  me 
donnera.  In  te  payera  ;  il  faut  dire  :  me  les  donnera,  etc. 

[La  suite  au  prochain  numéro.) 


Le  Re'dacteur-Uéaamt  :  Euan  MâRTLN  . 


LE  COURRIER  DE  VALlGELAS 


34 


BIBLIOGRAPHIE 


OUVRAGES     DE     GRAMMAIRE     ET     DE     LITTÉRATURE 


Publications  de  la  quinzaine  : 


Poésies, 
ques  ;    par 


Premières  poésies;   poésies  philosophi- 

L.  Ackermann.  Ia-18  jésus,  158  p.  Paris, 
lib.  Lemerre.  3  fr. 

Grammaire  de  la  langue  française;  par  le  P.  Henri 
Delavenne,  de  la  compagnie  de  Jésus.  Exercices  élémen- 
taires. Partie  du  maître  et  partie  de  l'élève.  2  vol.  in-12, 
600  p.  Paris,  lib.  Abanel. 

Romans  et  contes  ;  par  Théophile  Gautier.  In-18 
Jésus,  /|63  p.  Paris,  lib.  Charpentier  et  Cie.  3  fr.  50. 

Exercices  d'orthographe  et  de  syntaxe,  appliqués, 
numéros  par  numéros,  à  la  grammaire  complète  et  à  la 
grammaire  supérieure,  et  de  nature  à  s'adapter  à  tout 
autre  cours  de  langue  française;  par  P.  Larousse.  Livre  de 
l'élève,  à'  édition,  ln-12,  312  p.  Paris,  lib.  Aug.  Boyer  et 
Cie.  1  fr.  60. 

Scènes  du  temps  passé  ;  par  .Mlle  Julla  Michel.  In-12, 
llii  p.  et  grav.  Paris,  lib.  F. -F.  Ardant. 

Les  Prussiens  devant  Paris,  d'après  des  documents 
allemands  ;  par  Edmond  iNeukomm.  In-18  jésus,  vin-296  p. 
Paris,  lib.  de  la  Société  des  gens  de  lettres.  3  fr. 

Le  Génie  du  christianisme  ;  par  Chateaubriand. 
Edition  abrégée  et  revue,  à  l'usage  spécial  de  la  jeunesse, 
par  un  directeur  de  bibliothèque  chrétienne.  In-8°,  192  p. 
Paris,  lib.  F. -F.  Ardant. 

Les  Amours  de  petite  ville.  Chardonnette  ;  par 
Charles  Deulin.  3'  édition.  In-18  jésus,  337  p.  Paris,  lib. 
Dentu.  3  fr. 

La  Morale  ;  par  Paul  Jannet,  membre  de  l'Institut, 


professeur  à  la  faculté  des  lettres  de  Paris.  In-8%  xni-616  p. 
Paris,  lib.  Delagrave.  7  fr. 

Mémoires  secrets  de  Bachaumont,  revus  et  publiés 
avec  des  notes  et  une  préface  par  P.-L.  Jacob,  bibliophile. 
In-18  jésus,  x.Kin-Zi78  p.  Paris,  lib.  Garnier  frères.  3  fr. 

Le  Capitaine  Fracasse  ;  par  Théophile  Gautier.  Illus- 
trations par  Gustave  Doré.  In-Zi%  iOO  p.  Paris,  lib.  Polo. 

Histoire  d'Alcibiadë  et  de  la  République  athé- 
nienne, depuis  la  mort  de  Périclès  jusqu'à  l'avènement  des 
Trente  tyrans;  par  Henry  Houssaye.  3'  édition.  2  vol.  in-12, 
xx-855  p.  Paris,  lib.  Didier  et  Cie.  7  fr. 

Colomba,  suivi  de  ;  La  Mosaïque  et  autres  contes  et 
nouvelles;  par  Prosper  Mérimée,  de  l'Académie  française. 
In-18  jésus,  Zi55  p.  Paris,  lib.  Charpentier.  3  fr.  50. 

Croyances  et  traditions  populaires,  recueillies  dans 
la  Franche-Comté,  le  Lyonnais,  la  Bresse  et  le  Bugey  ;  par 
Désiré  Mounier  et  Vingtrinier.  2=  édition.  In-S",  818  p. 
Lyon,  lib.  Georg. 

Histoire  de  la  littérature  contemporaine  en  Italie 
sous  le  régime  unitaire,  1859-187Zi;  par  Amédée  Roux. 
In-18  Jésus,  i32  p.  Paris,  lib.  Charpentier  et  Cie.  3  fr.  50. 

Le  Rémouleur,  épisode  du  temps  de  la  Terreur  et  du 
Directoire;  par  Eugène  Chavette.  I.  La  Maison  Surent. 
II.  Le  Trésor  de  la  Dubarry.  2"  édition.  Si  vol.  Gr.  in-18, 
681  p.  Paris,  lib.  Dentu.  6  fr. 

Le  chevalier  Casse-Cou.  Le  Camélia  Rouge  ;  par 
Fortuné  Du  Boisgobey.  2'  édition.  In-18  jésus,  395  p.  Paris, 
lib.  Dentu.  3  fr. 


Publications  antérieures 


HISTOIRE  MACC.\RONI0UE  DE  MERLIN  COC- 
CAIE,  prototype  de  Rabelais,  ou  est  traicté  les  ruses  de 
Cingar,  les  tours  de  Boccal,  les  adventures  de  Léonard, 
les  forces  de  Fracasse,  les  enchantemens  de  Gelfore  et 
Pandrague,  et  les  rencontres  heureuses  de  Balde.  Avec 
des  notes  et  une  notice,  par  G.  Bru.net,  de  Bordeaux.  — 
Nouvelle  édition,  revue  et  corrigée  sur  l'édition  de  1606. 
—  Par  P.-L.  Jacob,  bibliophile.  —  Paris,  Adolphe  Dela- 
hays,  éditeur,  /i-6,  rue  Voltaire. 


LES  ÉCRIVAINS  MODERNES  DE  LA  FRANCE,  ou 
Biographie  des  principaux  écrivains  français  depuis  le  pre- 
mier Empire  jusqu'à  nos  jours.  —  A  l'usage  des  écoles  et 
des  maisons  d'éducation.  —  Par  D.  Box.nefon.  —  Paris, 
librairie  Snndoz  et  Fischbacher,  33,  rue  de  Seine. 


MANUEL  D'HISTOIRE  DE  LA  LITTÉRATURE 
FR.ANGAISE,  depuis  son  origine  jusqu'à  nos  jours,  à 
l'usage  des  collèges  et  des  établissements  d'éducation.  — 
Par  F.  Marcillac,  maître  de  littérature  à  l'École  supé- 
rieure des  jeunes  filles  à  Genève.  —  Seconde  édition,  re- 
vue et  corrigée.—  Genève,  chez  H.  Georg,  libraire-éditeur. 


LES  ÉCRIVAINS  CÉLÈBRES  DE  LA  FRANCE,  de- 


puis les  origines  de  la  langue  jusqu'au  xis'  siècle.  —  Par 
D.  BoNNEFON.  —  Paris,  librairie  Sandoz  et  Fischbacher, 
33,  rue  de  Seine. 


LES  MARGUERITES  DE  LA  MARGUERITE;  poé- 
sies de  la  reine  de  Navarre,  réimprimées  avec  les  gravures 
sur  bois  de  l'édition  originale.  —  N»  XVI  du  Cabinet  du 
Bibliophile. — /i  vol.  in-16,  format  deVHeptaméro7i,  tirés 
à  /|00  exemplaires  sur  papier  de  Hollande.  —  Prix  :  10  fr. 
le  volume.  —  Paris,  librairie  des  Bibliophiles.  338,  rue 
Saint-Honoré. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS  (première,  seconde, 
troisième  et  quatrième  année).  —  En  vente  au  bureau  du 
Courrier  de  Vatigelas,  26,  boulevard  des  Italiens.  —  Prix 
de  chaque  année,  broché,  6  fr.  —  Envoi  franco  pour  la 
France,  l'Algérie  et  l'Alsace-Lorraine. 


DICTIONNAIRE  ÉTYMOLOGIQUE  DES  MOTS  DE 
L.V  LANGUE  FRANÇAISE  dérivés  de  l'arabe,  du  persan 
ou  du  turc,  avec  leurs  analogues  grecs,  latins,  espagnols, 
portugais  et  italiens.  —  Par  A. -P.  Pihan,  ancien  prote  de 
la  typographie  orientale  à  l'Imprimerie  impériale,  che- 
valier,de  la  Légion  d'honneur.  —  Paris,  librairie  de  Chal- 
lamel  aine,  30,  rue  des  Boulangers. 


32  LE  COITRRIER  DE  VAPCELAS 


LITTÉRATURE     FRANÇAISE 

.DÉSIRÉ  NISARD,  Membre  de  l'Académie  française. 

Quatre  volumes  in- 18  jésus  de  plus  de  400  pages  chacun. 

\"  vol.  :  Des  origines  jusqu'au  xvii''  siècle  ;  —  i'  vol.  :  Première  moitié  du  xvii'  siècle  ;   —  3'  î'o/.  :    Seconde 
moitié  du  xvii'^  siècle  ;  —  i"  vol.  :  Le  x\in'  siècle  avec  un  dernier  chapitre  sur  le  xii'. 


CAuquirmc  Édition. 
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A  la  librairie  de  Firmin  Didol  frères,  (Us  et  Cie.  56,  rue  Jacob. 


RENSEIGNEMENTS 
Pour  les  Français  qui  désirent  aller  professer  leur  langue  en  Angleterre. 


Dans  l'annuaire  commercial  et  iNDusiniEL  de  .V.  .^//r^-rf  Hamonet.  ouvrage  approuvé  par  les  Autorités  consulaires  de 
France,  on  trouve  la  liste  suivante  des  agents  de  Londres  par  l'intermédiaire  desquels  les  Professeurs  français  des  deux 
sexes  peuvent  parvenir  à  se  procurer  des  places  : 


M.  Bisson,  70,  Berners  Street,  W. 

M.  Biver  et  Cie,  46,  Régent  Circus,  W. 

M.  Clavequin,  125,  Régent  Street,  W. 

M.  Griffittis,  22,  Henrietta  Street,  Covent  garden.W.  C. 


M.  Verstraete.  25.  Golden  Square,  W. 
Mme  Hopkins,  9,  New  Bond  Street,  W. 
Mme  Waghorn,  3i,  Soho  Square. 
Mme  AVilson,  42,  Berners  Street,  "W. 


Nota.  — Les  majuscules  qui  figurent  i  la  fin  de  ces  adresses  servent  à  marquer  les  «  districts  n  pour  le  service  des 
Postes  ;  dans  la  suscription  des  lettres ,  on  les  met  après  le  mot  Londres ,  exemple  :  Londres  W,  Londres  W.  C. 


Le  volume  de  M.  .Alfred  Hamonet,  qui  coûte  1  fr.  25,  se  trouve  à  la  librairie  Hachette,  â  Paris. 


CONCOURS    LITTERAIRES. 


Appel  aux  prosateurs. 


L'Académie  française  décernera  pour  la  première  fois,  en  1875,  le  prix  .louy,  de  la  valeur  de  quinze  cenlf  francs, 
prix  qui,  aux  termes  du  testament  de  la  foodatrice,  doit  être  attribué,  tous  les  deux  ans,  à  un  ouvrage,  soit  d'obser- 
valion,  soit  d'imaginalion,  soil  de  critique,  et  ayant  pour  objet  Vélude  des  mœurs  actuelles.  —  Les  ouvrages  adressé? 
pour  ce  concours  devront  être  envoyés  au  nombre  de  trois  exemplaires  avant  le  1"  janvier  1875. 


Appel  aux  poètes. 


Académie  de  Savoie.  —  Concoms-de  poésie  pour  Tannée  1874.  —  1"  Le  prix  de  poésie  de  la  fondation  Guy  pour 
l'année  1874  sera  de  400  francs.  —  2"  Les  poèmes  envoyés  au  concours  auront  au  moins  100  vers,  sur  un  seul  sujet 
laissé  au  choix  des  concurrents.  —  3"  Les  poèmes  seront  adressés  au  Secrétaire  perpétuel  de  l'Académie  avant  le 
!"■  juillet  1874,  et  seront  accompagnés  d'un  billet  cacheté  attaché  au  manuscrit  et  contenant  et  le  nom  et  la  demeure  de 
l'autour.  Le  billet  portera,  à  l'intérieur,  une  épigraphe  écrite  aussi  en  tète  du  manuscrit.  —  4"  D'après  le  vœu  du 
fondateur,  nul  n'est  admis  à  concourir  s'il  n'est  né  ou  domicilié  dans  l'un  des  deux  départements  de  la  Savoie. 

Le  douzième  Concours  poétique  ouvert  à  Bordeaux  le  15  février  sera  clos  le  1"  jui"l874.  —  Six  médailles  seront 
décornées.  —  Demander  le  programme,  qui  est  adressé  franco,  îi  M.  Evariste  Cirrance.  président  du  Comité,  92,  route 
d'Espaene,  .i  Honlo.iux  (Gironde).  —  .Affranchir 

Le  rédacteur  du  Courrier  de  Vaugelas  est  visible  à  son  bureau  de  midi  à  une  heure  et  demie. 


Imprimerie  GuL■vER^KL•R,  G.  Daupelev  à  Nogent-le-Rotrou. 


6°  Année. 


H'   5. 


1  ■■■  Juin  1874. 


QUESTIONS 
GRAMMATICALES 


LE 


^« 


^\?^ 


.X^U  DE 

»  1 -^^  f/\.tÊfinni       V^'TW'l— 


QUESTIONS 

PHILOLOGIQUES 


Journal  Semi-Mens 


CONSACRÉ    A    L»     PROPAGATION      UNIVERSELLE     OE     LA    LANGUE     FRANÇAISE 
Pmrmlaaant    1«     1«   a(    la    IS    «l«    ehaaii«   moto 


PRI.K   : 

AbonnPtncnl  [loiir  U  Frinrc.    0  f. 

Idem        pour  l'Étranger   10  f. 

Annonces,  la  ligne  .    .     .    .  -îO  e. 

Rédacteur:  Eman  MARTIN 

A.NCIES     PROFESSEUR      SPKi;iAL      POL'B      LES      ÉTBAÎiaBaS 

OfCn-ier  d'Académie 
26,  boulevard  des  Italiens,  Paris 

ON  S'ABONNE 
En  envoyant  nn  mandat  sur  la  poste 
soit  au  Rwlactear,  "ioit  4  lAdm' 
M.  FiacHBACHiai,  .3.3,  rue  de  Seine. 

SOMMAIRE. 

De  la  signification  du  mot  Charnier; —  Etymologie  de  Ttnia- 
marre:  —  ijrigine  ilu  proverbe  S'en  mntjuer  comme  de  l'an 
quarante  ;  —  Si  Ion  peut  dire  Vivre  une  crue  et  Naître  un 
sujet;  —  Si  le  verbe  AjfryiMler  est  français.  ||  S'il  faut  écrire 
iMisser-paaer  on  Lamez-passer  ;  —  Du  verbe  Interroger 
construit  dans  une  phrase  interjetée  ;  —  Quaml  Autrui  ne  peut 
»e  roellre  pour  Autre.  ||  l'asse-ternps  grammatical.  1|  Suite  de  la 
biographie  (VAntolnf.  Oudiii.  \\  Ouvrages  «le  grammaire  et  de 
littérature.  ||  nenseignement»  pour  les  Français  qui  désirent 
se  placer  comme  professeurs  en  Angleterre.  ||  Concours  litté- 
raires. 


FRANCE 


Première  Question. 

Ac  mol  ciiARMtER  s'esf-il  employé  nufrefoii  pour 
désigner  un  cimeliére,  on  n'n.-t-il  rléxigné  que  les 
endroits  couverts  oii  l'on  pinçait  les  ossements  des 
morts  ? 

Le  19  avril  (Jernier,  le  A/M'  .Sîèc/c  publiait  un  article 
intitulé  <(  la  forme  »  où  se  trouvaient  les  deux  phrases 
suivantes  : 

Lorsqu'il  fut  rpconnu  que  le  rimptifire  des  Innocents, 
qui  s'appelait  dans  la  lani^ue  «'■nergique  du  peuple  lo  char- 
nier des  Innocenta,  était  un  foyer  d'infection  pour  la 
ville,  etc. 

L'arcUevôque,  après  avoir  lutt»'^  fort  longtemps,  se  rendit 
à  l'évidence  de  la  m'jcessité.  Il  autorisa  la  suppression  du 
charnier. 

Le  lendemain,  un  lecteur  de  cette  feuille  adressait  à 
M.  Francisque  Sarcey,  l'auteur  de  l'article,  la  lettre  que 
je  transcris  : 

Monsieur, 

Permettez-moi  une  légère  rectification  au  sujet  de  votre 
article  d'hier,  si  remarquable  k  tous  égards. 

Vous  semblez  croire  que  le  mot  charnier  est  synonyme 
ou  plutôt  est  la  traduction  populaire  du  mot  cimetière  , 
c'est  une  erreur.  Charnier  et  cimetière  sont  deux  mot» 
dont  la  signification  ost  différente  et  les  deux  ctioses  qu'ils 
expriment  «ont  distinctes. 

Le  cimetière  est  l'ondroit  où  l'on  inhume  les  corps;  le 
charnier  est  ou,  pour  mieux  dire,  était,  car  les  cbarniers 


ont  depuis  longtpmps  disparu,  un  lieu  couvert,  une  galerie 
si  vous  voulez,  où  l'on  pla<;ait  les  ossements  des  morts 
que  le  temps  avait  complètement  dépouillés  des  chairs  et 
desséchés. 

Chaque  cimetière  avait  son  charnier;  il  y  avait  le  char- 
nier du  cimetière  des  Innocents,  le  charnier  du  cimetière 
Saint-Paul,  etc. 

Recevez,  Monsieur,  l'assurance  de  mes  sentiments  bien 
distingués. 

C  C. 

Pour  sa  défen.se,  .VI.  Sarcey  a  naturellement  eu  re- 
cours au  dictionnaire  de  Littré.  Mais,  s'il  a  trouvé,  dans 
cet  ouvrage,  un  sens  de  charnier  en  sa  faveur,  et  avec 
un  exemple,  il  y  en  a  trouvé  deux  qui  étaient  contre 
lui,  mais  .sans  exemples,  ce  qui  lui  permettait  encore 
de  croire  que  l'allégation  de  son  adversaire  était  fausse, 
comme  étant  dépourvue  de  preuves  dans  le  dictionnaire 
le  plus  complet  que  nous  ayons. 

Là-fJessus,  estimant  que  le  Courrier  de  Vaugelas 
pourrait  peut-être  élucider  cette  question,  plus  particu- 
lièrement de  sa  compétence,  .VI.  Francisque  Sarcey,  qui 
tenait  ;i  savoir  au  juste  ce  qu'il  en  était,  m'a  proposé 
dans  son  journal  de  la  traiter  dans  le  mien. 

J'ai  accepté,  et  voici  ma  réponse  : 

Le  mot  charnier  (de  caro,  carni.i,  allongé  de  arium 
transformé  en  ier]  a  eu  plusieurs  significations  dans 
notre  langue  ;  mais  je  ne  parlerai  ici  que  de  celles  qui 
se  rapportent  aux  lieux  de  sépulture,  la  question  dont 
il  s'agit  ne  m'obligeant  point  à  signaler  les  autres. 

I»  Jusqu'au  xvi'  siècle,  charnier  a  désigné  l'endroit 
où  l'on  enterrait  les  morts  à  la  suite  d'une  bataille,  en- 
droit que  nous  appelons  aujourd'hui  tranchée  : 

A  pieux  agUB  font  les  charnier*  ouvrir. 

{RoncevauXf  p.  i56.) 

Et  no  franc  crestien  (que  Jhesus  puist  sauver) 
Ont  fait  tous  Antiocbe  des  mors  Turs  délivrer; 
Ens  ''8  carniers  defors  les  alerent  jeter. 

(Ctuinton  i'Antinche,  VI,  10*5. J 

Loys  de  Luxembourg  fist  faire  en  la  place  où  la  bataille 
avoit  été,  plusieurs)  camlers,  et  puis  fist  assembler  tous  les 
morts. 

rFénin,  lilS.) 

Et:  non  gueres  loing  de  li  est  le  charnier,  auquel  furent 


34 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


enterrez  les  corps  des  Macédoniens  qui  moururent  en  la 
bataille. 

(Amyot,  Alex.,  i30 

2°  Comme  la  signification  précédente  le  fait  pressen- 
tir, charnier  a  été  employé  aussi  pour  désigner  un 
cimetière,  ce  dont  voici  d'irrécusables  preuves,  trou- 
vées dans  Du  Gange  : 

Et  quoniam  sepeliri  singulatim  ob  multitudinem  non 
quibant,  constructa  in  quibusdam  locis,  a  Deum  timen- 
tibus,  quEe  vulgo  dicuntur  Carnaria,  in  quibus  quingenta 
et  eo  amplius...  projecta  sunt  defunctorum  corpora. 

Celebraia  est  magna  Missa  corporum  valde  solemniter 
per  Episcopum  Abnncensem.et  postea  arcae  positîe  fuerunt 
in  requie  in  Carnario  dicta?  Ecclesiœ. 

3"  Grâce  à  des  constructions  faites  au  cimetière  des 
Innocents,  le  mot  charnier  prit,  relativement  à  ce  lieu, 
le  sens  pluriel  de  galeries  couvertes,  preuve  ces  lignes 
que  je  trouve  dans  Y  Histoire  de  Paris  par  A.-J.  Meindre 
(vol.  I,  p.  463)  : 

Dans  rcriglne,  il  [le  cimetière  des  Saints-Innocents] 
demeurait  ouvert  de  toutes  parts,  à  cause  de  son  voisi- 
nage des  halles;  aussi  était-il  incessamment  souillé  et 
profané  par  les  passants.  Pour  faire  cesser  ce  déplorable 
état  de  choses,  Philippe-Auguste  lentoura  de  murs  en 
U8S;  deux  siècles  plus  tard,  ces  murs  furent  garnis  de 
galeries  couvertes,  appelées  charniers,  sous  lesquelles  on 
plaça  des  sépultures.  Elles  formaient  une  espèce  de  cloître 
carré  composé  de  quatre-vingts  arcades... 

Au  xiv  siècle,  la  mode  s'établit  de  venir  au  cimetière 
des  Saints- Innocents.  Les  oisifs  s'y  promenèrent,  des 
marchands  s'y  établirent,  et  le  séjour  de  la  mort  fut  un 
lieu  de  rendez-vous,  de  plaisir  et  de  luxe.  Cette  mode 
dura  plusieurs  siècles.  A  la  fin  du  xvni"  siècle,  les  char- 
niers étaient  encore  remplis  de  boutiques  d'écrivains  et  de 
modistes... 

Enfin,  une  ordonnance  royale  de  1785  ordonna  sa  des- 
truction. Ce  lut  alors  que  l'on  démolit  l'église  et  les  char- 
niers, en  même  temps  que  les  chapelles  et  les  autres  mo- 
numents du  cimetière. 

4'  Au  même  cimetière,  où,  d'après  l'auteur  que  je 
viens  de  citer,  on  venait  déposer  les  morts  de  «  vingt 
paroisses  »  les  corps  ne  restaient  pas  longtemps  en 
terre  ;  aussitôt  qu'ils  étaient  dépouillésde  leurs  chairs, 
on  en  e.xhumait  les  ossements  que  l'on  rangeait  sous 
les  charniers  ;  de  là  le  sens  d'ossuaire  qu'a  pris  le 
mot  charnier,  sens  attesté  par  ces  citations,  que  me 
fournit  encore  Du  Cange  : 

Camarium.  Locus,  ubi  ossa  mortuorum  ponuntur.  Sedes 
ossuum. 

In  que  (Cœmeterio)  prœdictus  Manso  intuitu  pietatis, 
Camarium  ad  ossa  mortuorum  reponenda  de  propria 
pecunia  construxit. 

[Charte  de  1161.I 

5°  Enfin,  en  vertu  de  la  figure  qui  permet  d'employer, 
pour  désigner  le  contenu,  le  mot  qui  désigne  le  con- 
tenant, on  a  étendu  le  sens  de  charnier  à  un  mon- 
ceau, à  un  tas  d'ossements,  ce  que  prouve  cet  exemple, 
trouvé  dans  le  Grand  Dictionnaire  de  Pierre  Larousse: 
Les  charniers  des  catacombes  de  Paris. 

Or,  après  toutes  les  citations  qui  précèdent,  il  est 
facile  de  décider  la  ijart  de  raison  ou  de  tort  que  peut 
avoir  }i\.  Francisque  Sarccy  dans  le  débat  dont  il  a  bien 
voulu  me  faire  juge. 


A  mon  avis,  l'éminent  rédacteur  du  .YAV""  Siècle  a.v3.\l 
parfaitement  le  droit  de  dire  du  cimetière  des  Inno- 
cents qu'il  s'appelait  un  charnier  k  dans  la  langue  éner- 
gique du  peuple  »,  puisque  ce  mot  s'est  employé  jadis 
dans  le  sens  de  cimetière;  mais,  quand  il  hésite  à  croire, 
malgré  l'assertion  de  .M.  Liltré,  que  le  même  terme  ait 
signifié  «  dépôt  des  os  exhumés  des  charniers  ou  cime- 
tières »  et  aussi  «  la  pile  même  des  ossements  »,  il  est 
certain  qu'il  glisse  dans  l'erreur. 

X 

Seconde   Question. 

Dans  son  DicTio^>AmE  étymologique,  M.  Brochet  dit 
que  l'origine  de  tintamabre  est  inconnue.  Est-il  vrai 
qu'on  ne  sache  réellement  rien  sur  cette  origine  ? 

Voici  ce  que  j'ai  trouvé  dans  Pasquier  (Recherches  de 
la  France,  p.  737)  relativement  à  l'élymologie  du  mot 
en  question  : 

Un  jour  qu'il  allait  à  la  chasse  (c'est  une  anecdote 
relatée  dans  les  vieilles  chartes  du  Berry,  selon  notre 
auteur  du  xvi'^  sièclel,  le  duc  Jean,  fondateur  de  la 
Sainte-Chapelle  de  Bourges,  rencontra  non  loin  de  cette 
ville  des  vignerons  qui  étaient  à  leur  travail. 

A'oyant  la  peine  qu'ils  se  donnaient,  il  demanda  à  l'un 
d'eux  ce  qu'ils  pouvaient  gagner  par  jour,  combien 
d'heures  ils  étaient  obligés  de  travailler  et  autres  parti- 
cularités concernant  leur  condition. 

Il  lui  fut  répondu  que,  dans  les  grands  jours  de  l'été, 
ils  étaient  tenus  d'être  à  leur  besogne  depuis  4  heures 
du  matin  jusqu'il  8  ou  9  heures  du  soir,  et  pendant 
l'hiver,  depuis  6  heures  du  matin  jusqu'à  sept  ou 
huit  heures  du  soir. 

Le  duc  eut  compassion  de  ces  pauvres  gens  ;  et,  pen- 
sant que  la  rigueur  des  maîtres  à  leur  égard  allait  jus- 
qu'à la  tyrannie,  il  voulut  abolir  cette  coutume.  11 
ordonna,  à  cet  effet,  que,  dorénavant,  les  vignerons  ne 
seraient  obligés  d'aller  à  leur  ouvrage  qu'à  6  heures  du 
matin,  en  toute  saison,  et  qu'en  été  leur  travail  cesse- 
rait à  six  heures  du  soir,  et,  en  hiver,  à  3  heures. 

Pour  empêcher  que  celle  mesure  ne  ftil  rendue  illu- 
soire, le  duc  prescrivit  que  ceux  qui  étaient  les  plus 
rapprochés  de  la  ville,  et  qui,  conséquemment,  devaient 
entendre  plus  facilement  que  les  autres  le  son  de  la 
cloche,  en  avertiraient  par  leurs  cris  ceux  qui  étaient 
près  d'eux,  que  ces  derniers  feraient  de  même,  et  ainsi 
«  de  mairi  en  main  ». 

Depuis  lors,  cette  pratique  fut  très-strictement  obser- 
vée dans  tout  le  Berry  ;  et,  ainsi  que  Pasquier  l'a  en- 
tendu dire,  elle  le  fut  également  aux  environs  de  Blois, 
dans  un  grand  »  coustcau  »  de  vignoble  situé  dans  le 
voisinage  :  dans  celte  localité,  quand  l'heure  de  la 
retraite  se  faisait  entendre,  les  vignerons  criaient  : 
Dieu  pardoint  au  comte  Thibault,  croyant  que  c'était  à 
lui  qu'ils  étaient  redevables  de  l'établissement  de  ladite 
coutume. 

Or,  les  bonnes  gens  du  pays  disaient  qu'ils  avaient 
«  oui  »  qu'autrefois  le  premier  vigneron  qui  donnait  le 
signal  aux  autres  avait  l'habilude  de  «  tinter  dessusses 
warres  avec  une  pierre  »  avant  de  crier  l'heure  à  ses 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


35 


compagnons;  et,  comme  le  son  du  «  tint  r>  sur  la 
marre  (instrument  pour  cultiver  la  vigne  dont  il  est 
déjà  question  dans  la  Maison  rustique  de  Columelle) 
excitait  une  grande  «  huée  »  parmi  les  vignerons,  on 
est  naturellement  autorisé  à  croire  que  le  mot  tinta- 
marre a  été  fait  pour  désigner,  par  analogie,  tout  grand 
bruit,  tout  grand  tumulte. 

X 

Troisième  Question. 

Quelle  est,  s'il  vous  plaît,  l'oricjine  du  proverbe  :  je 
m'en  moque  comme  de  l'a?i  quarante? 

Le  parémiographe  Quitard  explique  celle  expression 
en  ces  termes  : 

On  croyait  beaucoup  à  la  fin  du  monde,  dans  le  com- 
mencement du  onzième  siècle.  C'était  une  opinion  alors  uni- 
versellement répandue  que  les  mille  ans  et  plus  qu'on  pré- 
tendait assignés  par  Jésus-Christ  lui-même  comme  terme  à 
son  église  et  à  la  société  entière,  devaient  expirer  en  l'an 
quarante  de  ce  siècle.  La  peur  avait  gagné  tous  les  esprits. 
Les  pécheurs  se  convertissaient  en  foule,  et  chacun  parlait 
de  se  faire  ermite.  Mais  lorsque  celte  époque  si  reiloutable 
fut  passée,  on  changea  de  langage,  et  l'on  dit  Je  m'en  moque 
comme  de  l'an  quarante,  expression  qui  est  encore  usitée 
en  pariant  d'une  chose  qui  ne  doit  inspirer  aucune  crainte. 

Mais  les  deux  objections  qui  suivent  sont  tellement 
sérieuses  qu'elles  ne  permettent  pas  d'adopter  l'expli- 
cation du  savant  belge  : 

i"  Ce  n'est  point  à  la  40"  année  du  xi"  siècle  que  la 
croyance  dont  il  vient  d'être  parlé  assignait  la  fui  du 
monde;  c'était  au  commencement  de  l'an  mille,  comme 
le  prouvent  ces  lignes  empruntées  à  A. -J.  .Meindre  (Hist. 
de  Paris,  vol.  I,  p.  260)  : 

Un  fait  t)ien  e.xtraordinaire  et  unique  dans  toute  l'his- 
toire avait  rempli  de  terreur  et  de  consternation  les  der- 
nières années  du  x*  siècle.  On  avait  répandu,  en  France  et 
en  Allemagne,  la  croyance  que  le  monde  finirait  raille  ans 
après  Jésus-Christ,  et  qu'il  serait  détruit  au  commencement 
de  l'an  1000...  Pès  lors  toutes  choses  se  trouvèrent  para- 
lysées; soins  temporels,  affaires  et  intérêts  matériels,  tout, 
jusqu'aux  travaux  de  la  campagne,  languissait,  abandonné, 
dans  la  dernière  année  du  X'  siècle. 

Le  jour  si  redouté  arriva,  et  l'an  1000  comtnença  aussi 
heureusement  que  les  années  précédentes... 

2"  Le  proverbe  s'en  moquer  comme  de  l'an  quarante 
ne  se  trouve  ni  dans  l'Académie  de  4  835,  ni  dans  aucun 
des  dictionnaires  parus  antérieurement  à  cette  éjioque, 
sans  en  excepter  celui  de  Leroux  ;  je  ne  l'ai  rencontré 
dans  aucun  auleur  ancien,  et  je  le  vois  paraître  pour 
la  première  fois  dans  le  \ouret  Alberti  (186")).  Or,  si  ce 
proverbe  avait  pris  naissance  à  la  suite  des  terreurs 
de  l'an  <000,  est-il  présumable  qu'il  eût  mis  près  de 
huit  cents  ans  pour  passer  de  la  langue  parlée  dans 
la  langue  écrile? 

Il  faut  donc  que  cette  expression  soit  toute  moderne. 
Aussi  M.  Liltré  ne  la  fait-il  remonter  qu'à  la  fin  du 
XVIII"  siècle.  D'après  l'illustre  académicien,  en  effet, 
s'en  moqurr  comme  de  l'an  quarante,  est  un  dicton 
employé  par  les  royalistes  (on  disait  alors  l'an  i",  l'an  it, 
l'an  III,  en  sous-entendant  «  de  la  république  »)  pour 
exprimer  qu'on  ne  verrait  pas  la  quarantième  année  de 
ce  nouveau  gouvernement. 


A  cette  explication,  que  je  crois  la  vraie,  il  manque 
cependant  quelque  chose,  un  bon  texte  justificatif  que 
.M.  Liltré  a  oublié  de  nous  donner,  et  que  je  n'ai  pas 
encore  pu  trouver  malgré  de  longues  recherches.  Si 
quelque  ami  du  Courrier  de  Vamjelas  a  jamais  la  bonne 
fortune  d'en  rencontrer  un  dans  ses  lectures,  je  le 
prie  instamment  de  vouloir  bien  me  le  communiquer. 
X 
Quatrième  Question. 

Je  trouve  dans  la  Revue  des  Deux-Mondes  du  i"  no- 
vembre 4  873  les  deux  phrases  suivantes  :  (page  19) 
«  La  (jénération  qui  raisonnait  ainsi  n'avait  point 
VÉCU  LA  TERRIBLE  GBiSE  ni  subi  le  contre-coup  immédiat  ;  » 
(page  25)  «  De  là  sa  tyrannie;  l'homme  de  yénic  kait 
so.N  suiET  et  n'a  qu'à  se  soumettre  sans  le  discuter  à  sa 
morale,  à  ses  principes.  »  Veuille:^  me  dire  dans  votre 
intéressant  journal  si  l'emploi  des  verbes  vivre  et  .naître 
dans  ces  deux  phrases  est  correct. 

Il  était  élégant  en  latin  de  donner  pour  régime  à  un 
verbe  neutre  le  subslantif  qui  avait  formé  ce  verbe; 
ainsi,  ouvrez  le  premier  lexique  venu,  et  vous  y  trou- 
verez : 

ooraniare  somnium  (Dormir  un  sommeil). 
Vivere  vitam  (Vivre  la  vie). 

Cette  construction  a  été  employée  par  quelques-uns 
de  nos  auteurs;  j'en  ai  recueilli  ces  preuves  : 

iNous  savons  qu'elle  [la  reine  régente]  a  toujours  imité 
Dieu,  dont  elle  porte  sur  le  front  le  caractère;  elle  a  tou- 
jours pense  des  pensées  de  paix. 

(Bossuet,  !«■  Serm.  Démons.  3.} 

'Voilà  ce  qui  fait  honte  ou  ce  qui  fait  frémir; 
Gémissement  que  Job  oublia  de  gémir. 

(Lamartine,  Jiép.  aux  ad.  de  'Walter  Scan.) 

Au  xiu*  Siècle,  le  trouvère  Walter  Vogelweidp,  laissant 
tomber  sa  tête  dans  sa  main,  s'écriait  :  «  Cette  vie,  \'ai-jc 

vécue,  l'ai-je  rêvée?  » 

[Le  Pays  du  i3  février  i8'j4,) 

Le  suicide,  il  faut  le  pardonner  à  celui  qui,  après  avoir 
vaillamment  combattu  le  combat  de  la  vie,  voit,  au  dédia 
de  ?es  jours,  la  misère  honteuse  s'asseoir  à  son  foyer  sans 
travail  et  sans  pain. 

(A.  de  Bragelonne,  le  Voleur  du  i"  mai  1874.) 

.Mais,  de  l'aveu  de  tous,  je  crois,  la  susdite  construc- 
tion ne  peut  guère  convenir  qu'en  poésie  et  dans  le  haut 
style. 

Or,  si  déj.i  les  phrases  en  question  et  leurs  analogues 
onl  un  usage  aussi  restreint,  à  plus  forte  raison,  ne 
doit-on  pas  employer  activement  un  des  verbes  neutres 
qu'elles  contiennent,  avec  un  régime  direct  qui  n'est 
puiiit  de  la  famille  de  ce  verbe. 

Je  ne  puis  regarder  vivre  une  terrible  crise  comme 
une  phrase  de  bon  français. 

Quant  au  verbe  naître,  il  me  semble  qu'il  n'y  a  aucun 
auteur  classique  qui  en  ait  fait  usage  comme  verbe  aclif, 
cl  je  n'en  avais  jamais  rencontré  un  seul  exemple  avant 
celi^i  que  vous  me  citez. 

Ce  doit  être  une  coquille! 


36 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS. 


X 

Cinquième  Question. 

On  lit  ce  qui  suit,  à  la  page  2,  col.  \,de  la  Revue 
SAVOisiENNE  du  25  mars  1874  :  «  Mais  la  violence  du 
torrent  avait  iFFOUiLLÉ  son  lit,  etc.  »  J'ai  cherché,  dans 
Littré,  ce  mot  que  je  vois  pour  la  première  fois,  et  je 
n'y  ai  trouvé  que  affouillememt.  Est-ce  que,  par  ha- 
sard, AFFOUILLEK  ne  Serait  pas  français? 

Dans  le  Dictionnaire  des  dictionnaires  de  Darbois 
(1830),  j'ai  compté  114  mois  en  ement  signifiant  une 
action,  et  correspondant  chacun  à  un  verbe  : 
Abrègement         à        Abréger, 
Broiement  —         Broyer, 

Engagement       —         Engager, 
Recueillement    —         Recueillir, 
Abattement        —        Abattre. 
Or,  pour  la  même  raison,  ajfouillement  devant  cor- 
respondre au  verbe  a/fouiller,  i'en  conclus  que  ce  verbe 
est  parfaitement  employé  dans  la  phrase  que  vous  me 
signalez,  et  que  ce  ne  peut  être  que  par  oubli  qu'il  ne 
figure  pas  dans  le  dictionnaire  de  Littré. 

ÉTRANGER 


Première  Question. 

Quelle  est  la  meilleure  manière  d'écrire  le  substantif 
composé  LiissEii-PASSER?  car  on  le  voit  tantôt  écrit  avec 
vn  i  au  premier  verbe,  et  tantôt  avec  une  k.  Ce  mot  ne 
se  trouvant  pas  dans  mon  dictionnaire,  je  vous  serais 
bien  obligé  de  répondre  le  plus  tôt  possible  à  cette  ques- 
tion. 

Presque  tous  nos  journaux  écrivent  laisser-pa-fser, 
ainsi  qu'on  a  pu  facilement  le  remarquer  pendant  la 
guerre,  époque  où  ce  mot  revenait  plus  fréquemment 
sous  la  plume  des  journalistes  : 

Je  ne  crois  pas  après  tout,  dit-il,  quand  nous  eûmes  fini, 
qu'il  soit  nécessaire  de  vous  retenir  :  on  vous  donnera  tout 
à  l'heure  un  laisser-passer  à  mon  état-major. 

{Revtte  des  Deux-Mondes  du  !••■  février  1871.) 

C'est,  nous  dit-on,  dans  l'intérêt  de  l'ordre  qu'on  demande 
les  taiiser-passer. 

(La  CInrhe  du  la  février  1871.) 

Relativement  aux  laisser-passer,  un  nouveau  modèle  vient 
d'être  arrêté. 

(in  Pairie  du  16  février  i87i.l 

Mais  celle  orthographe  est  mauvaise,  car  un  laissez- 
passer,  qui  est  une  anlorisalion  écrite  pour  la  libre  cir- 
culation des  personnes  ou  des  voilures,  doit,  par  cela 
même,  commencer  par  un  impératif;  c'est  ainsi  du  reste 
que  le  général  Bardin  [Dictionnaire  de  l'unnén  de  terre) 
écrit  ce  mot,  et  qu'on  le  trouve  dans  les  ouvrages  trai- 
tant de  l'Administration  : 

Les  tabacs  de  toute  espèce,  soit  en  feuilles,  soit  fidiriqués, 
ne  peuvent  circuler  sans  acquit-à-caut'on.  11  suflit  toute- 
foisqu'ils  soient  accompagnés  d'un  laissez- passer  ûe  la  régie 
lor8(|U'ils  sont  enlevés  de  clipz  le  cultivuleur  pour  étrn  ver- 
sés dans  les  magasins  du  l'Elat. 

(Bloch,  Dicl.  de  CAdmiti.,  p.  i5o4,  col.  j.) 


Art.  8  :  11  sera  délivré  à  chaque  entrepreneur  de  voitures 
publiques,  par  le  préposé  de  la  régie  des  droits  réunis, 
autant  de  laissez- passer  conformes  à  sa  déclaration,  qu'il 
aura  de  voitures  en  circulation. 

{Décret  impérial  du  ll^  fructidor,  an  Xîl.) 

Aux  Additions  et  Corrections  placées  à  la  fin  du  4"  vo- 
lume de  son  dictionnaire,  M.  Littré,  qui  avait  oublié  le 
mol  en  question  à  la  lettre  L,  l'écrit  également  avec  un 
s  à  la  première  partie. 

X 
Seconde  Question. 

Le  verbe  interroger  est-il  bien  employé  dans  les 
phrases  suivantes,  que  j'ai  trouvées  dans  des  journaux 
français  :  «  Save:--vous  quelque  chose  du  message, 
i.XTERROGE  Un  député?  Qu'est-ce  que  Costange,  inter- 
roge le  docteur  ?  Dis,  papa,  interroge  Bébé?  »  Sans  que 
je  sache  précisément  pourquoi,  il  me  semble  que  ces 
phrases  choquent  l'oreille  ?  Est-ce  aussi  votre  avis? 

Toute  phrase  qui  commence  par  les  paroles  que  pro- 
nonce la  personne  désignée  par  le  sujet  du  verbe  est 
une  tournure;  ainsi  les  suivantes  : 

Les  hommes,  disait  M.  Koyer-Collard,  ne  sont  ni  aussi 
bons,  ni  aussi  mauvais  que  leurs  principes. 

{Victor  Cousin.) 

Mais  si  cette  toile  est  véritablement  si  précieuse,  aè-je 
répondu,  elle  doit  avoir  un  haut  prix. 

(Em.  Souvestre,  un  Philos.,  p.  32.) 

Mais,  ajouta-i-il  très-bas  et  en  soupirant,  vous  m'avez 
compris. 

(Mérimée,  Ckron.,  p.  j56.) 

ne  sont  autre  chose  qu'une  transformation  de  celles-ci, 
qui  sont  d'une  construction  plus  naturelle,  ou,  si  vous 
voulez,  moins  savante  : 

M.  Royer-Collard  disait  :  Les  hommes  ne  sont  ni  aussi 
bons,  etc. 

J'ai  répondu  :  Mais  si  cette  toile  est  véritablement  si  pré- 
cieuse, etc. 

Il  ajouta  très-bas  et  en  soupirant  :  Mais  vous  m'avez  com- 
pris. 

Or,  en  vertu  de  ce  principe,  les  phrases  interjetées 
que  vous  me  proposez  sont  équivalentes  à  ces  autres, 
où  «i^erroypr  est  mal  construit  puisqu'il  n'a  pas,  comme 
il  le  requiert,  un  nom  de  personne  pour  régime  direct  : 

Un  député  interroge  :  Savez-vous  quelque  chose  du  mes- 
sage? 
Le  docteur  interroge  :  Qu'est-ce  que  Costange? 
Bébé  interroge  :  Dis  papa? 

D'où  je  conclus  que  le  verbe  interroger  figure  à  torl 
dans  les  phrases  qui  font  l'objet  de  votre  question. 
C'est  demander  qu'il  fallait  y  mettre. 

Ce  n'est  ]ias  seulement  avec  interroger  qu'une  phrase 
interjetée  peut  être  mal  construite  ;  elle  peut  l'être  aussi 
avec  plusieurs  autres  verbes  tels  que  ceux  qui  se  trou- 
vent dans  ces  exemples  : 

A  propos,  questionna  Harmodius,  qui  s'était  installé  sur 
l'une  des  banquettes,  je  ne  vois  personne. 

[Paris-Juunial  du  13  juillet  lB7i.) 

Sedan!  exclama  l'oiitalne,  alil  ne  prononcez  pas  ce  nom 
devant  moi;  car  il  met  mon  patriotisme  û  une  trop  rude 
épreuve. 

[Im  Liberté  du  18  mars  1871. J 


LE  COURRIER   DE   VAUGELAS. 


37 


Demandez  la  clef  à  l'inspecteur  qui  est  au  second,  im- 
plora i'uH  d'eiijr. 

(Z.«  Pttit  Journal  du  l8  juillet  1873  ) 

Napoléon, a  raisonné  le  cabinet  de  .Sai/it-Jamp-'i,  avait  beau- 
coup de  sympathies  en  Angleterre. 

[Le  Figaro  du  18  janvier  1873.) 

X 

Troisième  Question. 
Voudriez-vous  bien  me  dire  dans  quels  cas  il  n'est 
pas  permis  d'employer  actkci  à  la  place  de  cis  autre, 

LES  AUTRES? 

Ces  deux  expressions  sont  synonymes;  mais  aulrui 
est  loin  de  pouvoir  s'employer  toules  les  fois  qu'on 
peut  faire  usage  de  autre;  voici  les  principales  restric- 
tions auxquelles  il  est  soumis  : 

\°  Forme  régime,  autrui  ne  peut  remplacer  autre 
quand  celui-ci  est  sujet  ;  ainsi  il  n'y  a  pas  possibilité  de 
le  mettre  dans  la  phrase  suivante  : 

Vous  comprenez  qu'il  est  père,  et  par  conséquent  faible 
comme  un  autre. 

i"  Aulrui  ne  peut  être  le  concomitant  de  Vun  ou  de 

les  uns;  il  faut  nécessairement  dire  : 

Il  ne  faut  pas  ravir  le  bien  des  uns  pour  le  donner  aux 
autres. 

3°  Quand  autre  est  suivi  d'un  que,  comme  dans  la 
phrase  suivante,  il  ne  peut  jamais  être  remplacé  par 
autrui  : 

Ne  parlez  pas  de  cela  à  d'autres  que  nos  amis. 

(Littré,  Dict.) 

PASSE-TEMPS  GRA.MMATIGAL 


Corrections  du  numéro  précédent. 

r  Si  le  caprice  lui  prend  de  modeler;  —  2°...  dans  les  nuits 
parfois  claires  ;  —  3°...  à  d'autres  yeux  que  ceux  des  initiés  ;  — 
4°...  avant  qu'elles  n'eussent  été  exprimées;  — 5°  Quand  nous 
eûmes  déféré  a  son  désir,  il  vint;  ou  :  ayant  déféré  à  son  désir 
nows  le  vîmes  venir  à  nous;  —  6°...  où  je  rencontrai  prés  celle 
de  Greneta;  —  7\..  qu'on  le  dit  avoir  prédite  aussi  liien  :  —  8°... 
il  est  préférable  de  courir  les  chances  de  la  maladie  plutôt  que 
d'infuser;  — 9'...  Mlle  Palry  s'est  laissée  aller  à  son  propre 
élan  ;  —  10*...  s'attend  à  autre  chose  que  de  consciencieux 
éloges;—  11°...  les  (ils  du  télégraphe  sont  coupés  entre  tous 
les  poteaux  :  —  12'...  qui  fasse,  pendant  trois  mois,  couler  des 
larmes  aux  spectateurs. 

Phrases  à  corriger 

trouvées  pour  la  plupart  dans  la  presse  périodique. 

1"  Mérimée  fit  paraître  ensuite  la  Guzla,  choix  de  poésies 
illyriques  recueillies  dans  la  Dalmatie. 

2*  Couronné  aux  jeux  floraux,  on  lui  donna,  au  lieu  de 
la  modeste  églantino,  une  Minerve  d'argent  massif. 

3*  Ce  n'est  que  plus  tard  et  par  réflexion  qu'on  recon- 
naît dans  ces  orbites  enfoncées  l'alanguissement  des  voluptés 
mfinies  et  la  lassitude  du  désir  inassouvi. 

4*  On  ne  peut  disconvenir  que  le  héros  du  livre  ne  montre 
souvent  de  l'esprit.  Par  exemple  (et  c'est  la  seule  chose 
malgré  que  j  en  aie  dit  plus  haut,  dont  la  reproduction  soii 
possible),  on  y  raconte  la  manière  dont  ii  se  moqua  un 
jour  de  l'archevêque  de  Lyon. 


5°  Un  jour,  il  y  a  déjà  longtemps  de  cela,  conduit  par  un 
petit-fils  de  Beaumarchais,  vous  franchissiez  le  seuil  d'une 
maison  de  la  rue  du  Pas-de-la-Mule,  vous  montiez  à  une 
mansarde  où  personne  n'était  entré  depuis  longues  années. 

6°  Malgré  toutes  les  recommandations  d'observer  une 
stricte  discipline  et  de  laisser  la  parole  aux  chefs,  on  pa- 
raissait craindre  que  quelque  incident  fit  dévier  la  discus- 
sion et  compromit  ainsi  le  plan  tracé  d'avance  de  mainte- 
nir le  débat  dans  les  limites  fixées. 

7°  D'après  les  organes  radicaux,  il  semblerait  qu'il  soit 
défendu  de  parler  du  suffrage  universel  sans  M.  Ledru- 
Bollin. 

8°  Les  préparatifs  que  font  plusieurs  nations  de  l'Europe, 
inquiétées  par  les  prétentions  germaniques,  ne  laissent 
pas  que  de  préoccuper  l'empereur  d'Allemagne  et  ses  mi- 
nistres. 

9°  Il  est  venu  en  habit  couvert  de  broderies  comme  on 
en  a  jamais  vu,  même  sous  l'Empire  ;  il  en  avait  dans  le 
dos  autant  que  sur  la  poitrine. 

10"  Je  ne  comprends  pas,  maître  Carie,  dit-il,  que,  dans 
l'horrible  situation  que  vous  définissez  si  clairement,  vous 
ayiez  songé  à  vous  faire  dévorer,  dans  une  nuit  de  carna- 
val, vos  derniers  écus. 

11°  Le  fils  du  compagnon  d'armes  et  de  captivité  de 
Napoléon  1"  maintient  au  contraire  avec  une  grande  éner- 
gie sa  candidature  plébiscitaire;  c'est  du  moins  ce  qu'il 
résulte  d'une  lettre  publiée  par  le  Journal  de  Bordeaux. 

(Les  corrections  à  quinzaine.) 


FEUILLETON. 


BIOGRAPHIE    DES  GRAMMAIRIENS 

PREMIÈRE   MOITIE   DU   XVll'  SIÈCLE. 

Antoine  OUDIN. 

(Suite.y 

Parlons-nous  aux  personnes  «  de  respect  »,  nous 
nous  servons  du  pluriel,  et  parlons-nous  aux  familiers 
ou  aux  gens  de  basse  extraction,  nous  nous  servons  du 
singulier. 

En  s'adressant  à  quelqu'un  qui  est  présent,  on 
n'emploie  jamais  la  3"  personne  comme  les  Flamands, 
qui  disent  :  Monsieur  veut-il  ?  Madame  veut-elle^ 

DES    PfiOKOMS  DÉMONSTRATIFS. 

On  peut  mettre  iai  pour  cij,  mais  il  n'est  guère  élé- 
gant de  le  faire. 

Quant  à  là,  on  peut  aussi  bien  s'en  servir  pour  signi- 
fier une  chose  proche  qu'une  chose  éloignée,  ear  on  dit 
de  ce  qu'on  tient  à  la  main  ce  papier  là  que  je  tiens,  et 
d'un  homme  près  de  nous  cet  homme  là. 

On  ne  dit  pas  ces  madames  là,  mais  bien  ces  dames 
là,  ou  mesilumes  que  voilà. 

Ces  jours-ctj,  signifie  ces  jours  derniers;  un  de  ces 
jours,  un  des  jours  prochains  à  venir;  un  de  ces  matins, 
un  des  malins  prochains. 

On  dit  c'est  nous  et  non  pas  ce  sommes  nous. 

Ce  est  quelquefois  employé  pour  ta  rai.son  pourquoi/, 
comme  dans  ce  que  je  viens  icy  n'est  que  pour  vous 
dire  .. 

Ce,  el  non  cela,  se  met  devant  les  participes  termines 
en  ant  :  ce  faisant  vous  m'obligerez  ;  el  il  en  est  de 
même  dans  la  conslruclion  des  parenthcses  devant 
quefque  verbe,  comme  [rc  disoit-il)^  [ce  disoy-jc). 


38 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


Sur  quelques  frontières,  on  dit  quelle  heure  est-ce? 
pour  quelle  heure  est-il?  C'est  une  grosse  faute. 

Hors  de  l'interrogation,  ce  ne  se  rencontre  point  à  la 
fin  des  phrases;  on  le  remplace  par  ceci,  cela;  on  ne 
dit  pas  Je  suis  assuré  de  ce. 

Celuij  et  celle  signifient  quelquefois  nul  ou  personne, 
comme  dans  :  il  n'y  a  celuy  qui  naye  envie,  il  n'y  a 
celle  qui  ne  pense. 

DES    PHOXOMS   POSSESSIFS. 

On  dit  ce  clieval  est  tien,  sien,  nostre,  rostre;  quant 
à  leur,  il  ne  s'emploie  jamais  de  celte  manière. 

Il  est  encore  permis  de  dire  un  mien  amy,  un  tien 
parent;  un  sien  frère;  mais  on  ne  fait  plus  usage  des 
autres  possessifs  7iostre  et  vostre,  etc. 

Quand  on  doit  répondre  à  celte  question  ou  à  une 
semblable  :  à  qui  est  ce  livre?  il  faut  bien  se  garder  de 
répondre  seulement  mien,  tien, sien;  il  faut  dire  :  il  est 
à  moy,  il  est  mien,  ou  (7  est  à  toy,  ou  il  est  tien. 

«  Beuvant  »  à  plusieurs  personnes,  il  est  indifférent 
de  dire  Messieurs  à  votre  santé  ou  à  vos  santés  Mes- 
sieurs; le  premier  toutefois  est  bien  meilleur. 

Dans  quelques  façons  de  parler,  les  pronoms  posses- 
sifs changent  complètement  le  sens  :  se7ifir  l'homme, 
avoir  l'odeur  d'un  homme;  sentir  son  homme,  avoir  la 
qualité  d'un  brave  homme. 

DES   PKOPiOMS   BELiTIFS. 

Personne  ne  se  sert  plus  d'iceux  ni  d'icelles;  cepen- 
dant on  les  emploie  encore  en  matière  de  justice  :  sera 
iceluy  tenu  de  faire,  sera  icelle  reveiie  et  rapportée. 

Dans  plusieurs  phrases,  qui  s'emploie  pour  ce  qui, 
comme  dans  je  sçay  bien  qui  vous  meine  pour  ce  qui 
vous  meine;  arrive  qui  pourra  pour  ce  qui  pourra. 

Que  s'emploie  quelquefois  dans  un  sens  négatif  .'Je 
n'ay  que  faire  de  vous,  il  n'y  a  que  faire,  je  n'ai  pas 
affaire  de  vous,  il  n'y  a  rien  à  faire. 

Que  est  superflu  dans  ces  phrases  :  qu'est-ce  que  d'un 
homme;  quelle  beste  est-ce  que  d'un  loup  cervier^ 

Esquels  et  esquel/es  ne  sont  plus  en  usage  (1633). 

Dont  ne  doit  pas  se  confondre  avec  d'oi(,  bien  que 
le  vulgaire  dise  quelquefois  f/on<  venez-nous?  pourrf'o/V 
venez-vous? 

Au  singulier,  rt«cM«  est  toujours  né^a.WÎ  :  d'aucun 
amy,  d'aucune  parente,  c'est-à-dire  de  nul  amy,  de 
nulle  parente;  au  pluriel,  il  e.sl  affirmatif  :  aucuns 
disent,  aucuns  croyent.  Antoine  Oudin  aimerait  mieux 
qu'on  se  servit  de  quelques-uns. 

Chaque  a  un  pluriel,  chaques;  on  dit  choques  choses. 

Un  cliarun  comprmd  seul  toutes  sortes  de  i)ersonnes. 

Quiconque  vaut  mieux  que  quiconques. 

.Vu  lieu  de  personne  qui  vive,  on  dit  quelquefois 
homme  du  monde,  homme  qui  vive,  ume  qui  vive. 

Tel  quel  signifie  médiocre  :  j'ay  un  serviteur  tel  quel. 

nu    VEIIIIE. 

Après  avoir  exposé  la  conjugaison  de  être  cVAt  avoir, 
Oudin  donne  des  règles  pour  la  formation  des  temps 
dans  les  quatre  conjugaisons,  qu  il  distingue  par  les 
finales  er,  ir,  oir,  re;  puis,  comme  certains  verbes  ne 
suivent  pas  les  règles  qu'il  indique,  il  signale  les  irré- 
gularités (|ue  présente  cliaciuf  conjugaison. 


DE    L  0SAGE   DES   TEMPS. 

Présent.  —  Nous  avons  une  façon  de  parler  où  nous 
mettons  le  présent  pour  le  futur  :  il  est  demain  fête, 
quel  jour  est-il  demain? 

Imparfait.  —  On  ne  doit  jamais  s'en  servir  que 
pour  rapporter  la  chose  «  en  sa  durée  »  :  je  disais 
hier,  je  courais  hier;  une  continuation  :  lorsque  j'estais 
demeurant  à  Lion,  je  beuvois  de  bon  vi7i;  ou  bien  une 
habitude  :  César  avait  accaustumé,  Alexandre  disait 
ordinairement  ;  mais  si  c'est  une  action  brève,  ou  «  pas- 
sante »,  il  faut  dire  allant  de  Paris  en  Italie,  comme 
nous  étions  à  Lion,  nous  beusmes,  etc. 

Cependant  l'imparfait  se  met  quelquefois  pour  un 
temps  sans  durée,  après  le  plus-que-parfait  du  subjonc- 
tif :  s'il  eust  tourné  cœur,  je  gagnois. 

Passé  défini,  passé  indéfini.  —  Le  passé  déûni  in- 
dique une  action  tout-à-fait  passée  et  dont  il  ne  reste' 
rien  à  «  parachever  »  ;  l'indéflni  a  quelque  chose  de 
plus  récent  et  quelque  reste  qui  doit  suivre,  comme 
dans  on  a  ordonné  depuis  peu  de  temps. 

Quand  on  ne  définit  point  le  temps,  et  qu'on  dit  sim- 
plement que  quelque  chose  est  arrivé,  il  faut  employer 
le  passé  indéfini  :  il  y.  a  eu  du  bruit  ;  mais  si,  au  con- 
traire, on  définit  quelque  sorte  de  temps,  on  doit  se  ser- 
vir du  passé  défini  :  il  y  eut  alors  du  bruit. 

En  parlant  d'aujourd'hui,  il  faut  employer  le  passé 
indéfini  et  jamais  le  défini  ■■  j'ay  fait  aujourd'hui,  j'ay 
veu  oujourd'hvy  ;  en  parlant  d'hier,  «  d'aulant  hier  » 
ou  de  l'autre  jour,  on  se  sert  du  passé  défini  comme 
dans  'hier,  je  vis  monsieur,  j'entray  l'autre  jour,  etc. 
.Mais  si  l'on  vient  à  mettre  un  pronom  démonstratif 
avant  le  temps,  on  pratique  le  passé  indéfini  :  j'ay  ga- 
gné cette  sepmaine. 

Avec  les  noms  des  divisions  du  temps,  siècle,  an, 
mois,  sepmaine,  jour,  on  se  serl  du  passé  défini  :  le 
siècle  passé  il  y  eut  de  doctes  personnes  qui  escrivirent  ; 
mais  si  la  partie  du  temps  dont  on  parle  n'est  pas  encore 
écoulée,  il  faut  employer  le  passé  indéfini  :  re  siècle  a 
founiy  de  grands  hommes. 

En  l'absence  des  «  formules  »  qui  divisent  le  temps, 
on  emploie  indifféremment  le  passé  défini  ou  le  passé 
indéfini. 

DE    l'emploi    des   MODES. 

Il  y  a  trois  sortes  de  verbes  :  1°  ceux  qui  expriment  ^ 
la  chose  avec  cerlilude,  ou  qui  montrent  la  chose  actuel- 
lement existante,  comme  affirmer,  appercevoir,  asseurer, 
connaislre,  etc.  ;  2°  ceux  qui  ont  un  sens  entre  la  certi- 
tude et  l'incertitude,  comme  avoir  opinion,  croire,  dou- 
ter, estimer  pour  penser,  s' esmerveil  1er,  se  resjouir,  etc.; 
3°  ceux  qui  posent  la  chose  avec  incertitude,  et  qui 
montrent  une  condition  requise  pour  la  distinguer 
comme  appréhender,  craindre ,  etc. 

Ces  trois  natures  de  verbes  étant  bien  retenues, 
Antoine  Oudin  va  dire  de  quelle  manière  les  temps  en 
«  attirent  »  d'autres  après  que  et  les  relatifs  qui,  que, 
lequel,  dont . 

[La  suite  au  prochain  numéro.) 


Le  Rbdacteok-Géiiant  :  Eman  MARTIN. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


39 


BIBLIOGRAPHIE 


OUVRAGES     DE     GRAMMAIRE     ET     DE     LITTÉRATURE 

Publications  de  la  quinzaine  : 


Le  Drame  de  la  Sauvagère;  par  Philippe  Audebrand. 
In-18  josus,  399  p.  Paris,  lib.  Dentu.  3  fr. 

L'Héritage  d'un  pique-assiette  ;  par  Eugène  Cha- 
vette.  I.  Le  Premier  mari.  IL  Deux  histoires  du  passé. 
2  voL  In-18  Jésus,  863  p.  Paris,  lib.  Dentu.  6  fr. 

Recueil  nouveau  de  morceaux  choisis  extraits 
des  classiques  français,  à  l'usage  des  classes  de  gram- 
maire, avec  des  notes  grammaticales,  etc.  Prosateurs;  par 
M.  Etienne,  professeur  suppléant  de  littérature  française. 
In-12,  viii-373  p.  Paris,  lib.  Delagrave.  2  fr. 

Œuvres  poétiques  de  Malherbe,  précédées  de  la  vie 
de  Malherbe  par  Racan  et  suivies  de  lettres  choisies.  Nou- 
velle édition,  avec  une  préface  par  M.  Louis  Moland.  In-18 
Jésus.  VI1I-Û58  p.  Paris,  lib.  Garnier  frères.  3  fr. 

A  fond  de  cale,  voyage  d'un  jeune  marin  à  travers 
les  ténèbres;  par  le  capitaine  Mayne  Reid.  Traduit  de 
l'anglais  par  Mme  Henriette  Loreau  et  illustréde  12  grandes 
vignettes.  Nouvelle  édition.  In-18  Jésus,  371  p.  Paris,  lib. 
Hachette  et  Gie.  2  fr.  25. 

Le  Puy  de  Montchal  ;  par  Alfred  Assolant.  ln-8°  à 
2  col.,  110  p.  Paris,  bureaux  de  l'Opinion  nationale. 

Chefs-d'œuvre  des  conteurs  français  contempo- 
rains de  la  Fontaine,  XVII«  siècle  ;  avec  une  intro- 
duction, des  notes  historiques  et  littéraires  et  un  index 
par  Charles  Louandre.  In-18  jésus,  xsviii-/i37  p.  Paris,  lib. 
Charpentier  et  Gie.  3  fr.  50. 

La  Tentation  de  saint  Antoine  ;  par  GustaveFlaùbert. 
2'  édition.  In-8%  300  p.  Paris,  lib.  Charpentier  et  Cie. 
7  fr.  50. 

La  Cour  et  la  ville  de  Madrid  vers  la  fin  du  XVII« 
siècle,   relation  du  voyage  d'Espagne  par  la  comtesse 


d'Aulnoy.  Edition  nouvelle,  revue  et  annotée  par  Mme  B. 
Carey.  ln-8*,  iv-572  p.  et  port.  Paris,  lib.  Pion  et  Cie. 
8  fr. 

Cours  raisonné  de  langue  française.  Leçons  élé- 
mentaires et  pratiques  sur  les  étymologies  et  les 
synonymes;  par  .\1.  Delacroix,  professeur  à  1  école  natio- 
nale d'arts  et  métiers  de  Chàlons-sur-.Marne.  ln-16,  viii- 
20Zi  p.  Paris,  lib.  Fouraut  et  fils. 

Œuvres  de  La  Rochefoucauld.  Nouvelle  édition, 
revue  surlesplusanciennesimpressions  et  les  autographes, 
et  augmentée  de  morceaux  inédits,  de  variantes,  de  notices, 
de  notes,  de  taljles  particulières  pour  les  maximes  et  pour 
les  mémoires,  d'un  lexique  des  mots  et  locutions  remar- 
quables, etc.;  par  MM.  Gilbert  et  Gourdault.  T.  2,  par 
M.  Gourdault.  ln-8°,  lv-588  p.  Paris,  lib.  Hachette  et  Cie. 
7  fr.  50. 

Histoire  de  la  littérature  anglaise  ;  par  H.  Taine. 
3=  édition,  revue  et  augmentée.  T.  5<'  et  complémentaire. 
Les  Contemporains.  In-i8  jésus,  lu-àSti  p.  Paris,  lib. 
Hachette  et  Cie.  3  fr.  50. 

Défunt  Brichet  ;  par  Eugène  Chavette.  L  Le  Drame  du 
carrefour.  H.  L'idée  de  M.  de  Vivonne.  2=  édition.  2  vol. 
in-18  jésus.  Paris,  lib.  Dentu.  6  fr. 

Paris,  ses  organes,  ses  fonctions  et  sa  vie  dans  la 
seconde  moitié  du  XIX=  siècle  ;  par  Maxime  Du  Camp. 
3=  édition.  T.  3.  In-8°,  5/ii  p.  Paris,  lib.  Hachette  et  Cie 
7  fr.  50. 

Des  caractères  des  Français  au  XIX«  siècle  ;  par 
M.  de  Plasman,  ancien  vice-président  du  tribunal  de  pre- 
mière instance  d'Orléans.  2' partie.  In-18  jésus,  191-316  p. 
Paris,  lib.  Douniol  et  Cie. 


Publications  antérieures  : 


NOTIONS  ÉLÉMENTAIRES  DE  GRAMMAIRE  COM- 
PARÉE, pour  servir  à  l'étude  des  trois  langues  classiques. 
—  Par  E.  Egoer,  membre  de  l'Institut,  professeur  à  la 
Faculté  des  lettres,  maître  de  conférences  honoraire  à 
l'Ecole  normale  supérieure.  —  Sixième  édition,  revue  et 
augmentée  de  quelques  notes.  —  Paris,  librairie  Durand 
et  Pedone-Lauriel,  9,  rue  Cujas. 


DICTIONNAIRE  ÉTYMOLOGIQUE  DES  NOMS  PRO- 
PRES D'HOMMES,  contenant  la  qualité,  l'origine  et  la 
signification  des  noms  propres  se  rattachant  à  l'histoire, 
à  la  mythologie,  des  noms  de  baptême,  etc.  —  Par  Paul 
Hecocet-Boucra.nd.  —  Paris,  VictorSarlU,  libraire-éditeur, 
19,  rue  de  Tournon. 


THIRD  FREXCH  COURSE,  intended  as  a  sequel  to 
Arnold's,  Hall's,  Ann's,  Hamel's,  Levizac's,  De  Fivas'  and 
other  bimilar  educational  French  works.  By  A.  Cogery, 
B.A.,L.L.,  French  Masteratthe  Birkbeck  Schools,  Peckham; 
etc.  —  Nouvelle  édition  revue  et  augmentée.  —  London  : 
Relfe  brothers,  Charterhouse  buildings  —  Two  shillings  — 
Corrigé  du  Third  French  course  :  Two  shillings. 


HISTOIRE  MACGARONIQUE  DE  MERLIN  COC- 
GAIE,  prototype  de  Rabelais,  ou  est  traicté  les  ruses  de 
Cingar,  les  tours  de  Boccal,  les  adventures  de  Léonard, 
les  forces  de  Fracasse,  les  enchantemens  de  Gelfore  et 
Pandrague,  et  les  rencontres  heureuses  de  Balde.  Avec 
des  notes  et  une  notice,  par  G.  Bruxet,  de  Bordeaux.  — 
Nouvelle  édition,  revue  et  corrigée  sur  l'édition  de  1606. 
—  Par  P.-L.  Jacob,  bibliophile.  —  Paris,  Adolphe  Dela- 
hays,  éditeur,  /i-6,  rue  Voltaire. 


LES  ÉCRIVAINS  MODERNES  DE  LA  FRANCE,  ou 
Biographie  des  principaux  écrivains  français  depuis  le  pre- 
mier Empire  jusqu'à  nos  jours.  —  A  l'usage  des  écoles  et 
des  maisons  d'éducation.  —  Par  D.  Duxxefon.  —  Paris, 
librairie  Sandoz  et  Fischbacher,  33,  rue  de  Seine. 


MANUEL  D'HISTOIRE  DE  LA  LITTÉRATURE 
FR.\NÇAISE,  depuis  son  origine  jusqu'à  nos  jours,  à 
l'usage  des  collèges  et  des  établissements  d'éducation.  — 
Par  F.  Mabcillac,  maître  de  littérature  à  l'École  supé- 
rieure des  jeunes  filles  à  Genève.  —  Seconde  édition,  re- 
vue et  corrigée.—  Genève,  chez  //.  Georg,  libraire-éditeur. 


40 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


LES  ÉCRIVAINS  (:;ÉLÈBRES  DE  LA  FRANCE,  de- 
puis les  origines  de  la  langue  jusqu'au  xix'  siècle.  —  Par 
D.  BoNNEFON.  —  Paris,  librairie  Sandoz  et  Fischbacher, 
33,  rue  de  Seine.  

LES  >LARGL"ERITES  DE  LA  MARGUERITE;  poé- 
sies de  la  reine  de  Navarre,  réimprimées  avec  les  gravures 
sur  bois  de  l'édition  originale.  —  N"  XVI  du  Cabinet  du 
Bibliophile.  — 4  vol.  in-16.  format  deVHepla>néro7i,  tirés 
à  iOO  exemplaires  sur  papier  de  Hollande.  —  Prix  :  10  fr. 
le  volume.  —  Paris,  librairie  des  Bibliophiles,  338,  rue 
Saint-Honoré.  

LE  COURRIER  DE  VAUGELAS  (première,  seconde. 


troisième  et  quatrième  année).  —  En  vente  au  bureau  du 
Courrier  de  Vaugelas.  26,  boulevard  des  Italiens.  —  Prix 
de  chaque  année,  broché,  6  fr.  —  Envoi  franco  pour  la 
France,  l'Algérie  et  l'Alsace-Lorraine. 


DICTIONNAIRE  ÉTYMOLOGIQUE  DES  MOTS  DE 
LA  LANGUE  FRANÇAISE  dérivés  de  l'arabe,  du  persan 
ou  du  turc,  avec  leurs  analogues  grecs,  latiûs,  espagnols, 
portugais  et  italiens.  —  Par  A.-P.  Pihax,  ancien  prote  de 
la  typographie  orientale  à  l'Imprimerie  impériale,  che- 
valier de  la  Légion  d'honneur.  —  Paris,  librairie  de  Chal- 
lamel  aîné,  30,  rue  des  Boulangers. 


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1"  vol.  :  Des  origines  jusqu'au  xvii«  siècle  ;  —  2=  vol.  :  Première  moitié  du  xvii'  siècle  ;   —  3"  vol. 
moitié  du  xvii«  siècle  ;  —  h"  vol.  :  Le  xvi;i=  siècle  avec  un  dernier  chapitre  sur  le  xtx<'. 


Seconde 


Cinquième  Édition. 
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SE  TROUVE  A  PARIS 
A  la  librairie  de  Firmin  Didol  frères,  fils  et  Cie,  56,  rue  Jacob. 


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Dans  l'axnuaire  commerclvi,  et  industriel  de  M.  Alfred  H.amonet,  ouvrage  approuvé  par  les  Autorités  consulaires  de 
France,  on  trouve  la  liste  suivante  des  agents  de  Londres  par  l'intermédiaire  desquels  les  Professeurs  français  des  deux 
sexes  peuvent  parvenir  à  se  procurer  des  places  : 


M.  Bisson,  70,  Berners  Street,  W. 

M.  Biver  et  Cie,  i6,  Régent  Circus,  W. 

M.  Clavequin,  125,  Régent  Street,  W. 

M.  Griffiths,  22,  Henrietta  Street,  Covent  garden,W.  C. 


M.  Verstraete,  25,  Golden  Square,  W. 
Mme  Hopkins,  9,  New  Bond  Street,  W. 
Mme  Waghorn,  Si,  Soho  Square. 
Mme  Wilson,  !i%  Berners  Street,  'W. 


NoT.\.  —  Les  majuscules  qui  figurent  à  la  fin  de  ces  adresses  servent  à  marquer  les  ><  districts  »  pour  le  service  des 
Postes;  dans  la  suscription  des  lettres,  on  les  met  après  le  mot  Londres:  exemple  :  Londres  W,  Londres  W.  C. 


Le  volume  de  M.  Alfred  H.isiONET,  qui  coûte  1  fr.  25,  se  trouve  à  la  librairie  Hachette,  à  Paris. 


CONGO  LRS    LITTÉRAIRES. 


Appel  avx  prosateurs. 


L'Académie  française  décernera  pour  la  première  fois,  en  1875,  le  prix  Jouy,  de  la  valeur  de  quinze  cents  francs, 
prix  qui,  aux  termes  du  testament  de  la  fondatrice,  doit  être  attribué,  tous  les  deux  ans,  à  un  ouvrage,  soit  d'obser- 
vation, soil  d'imagination,  soit  de  critique,  et  ayant  pour  objet  l'étude  des  mœurs  actuelles.  —  Les  ouvrages  adressés 
pour  ce  concours  devront  être  envoyés  au  nombre  de  trois  exemplaires  avant  le  1"  janvier  1875. 


Le  rédacleur  du  Courrier  de  Vaugelas  est  visible  à  son  bureau  de  midi  à  une  heure  et  demie. 


Imprimerie  Gouverneuh,  G.  Daupeley  à  Nogent-le-Rotrou. 


G»  Année. 


N"   6. 


15  Juin  1874. 


QUESTIONS 
GRAMMATICALES 


LE 


QUESTIONS 

PHILOLOGIQUES 


^^' 


A  \  yV  Journal  Semi-Mermiel  ^-w/      A 

^     CONSACRÉ    A    LA    PROPAGATION     UNIVERSELLE     DE    LA   LANGUE     FRANÇAISE       "^>(   1 


Paralaiant    1«    1"   et    le    IS    de    ehaane   mola 


PRIX   ; 

Abonnement  pour  la  France.    6  f. 

Idem       pour  l'Étranger  10  f. 

Annonces,  la  ligne  .     .     .    .  50  c. 

Rédacteur:  Eman  MARTIN 

ANXIEN     PROFESSEUR      SPÉCUL      POUR      LES      ÉTRANGERS 

Oflicier  d'Académie 
26,  boulevard  des  Italiens,  Paris 

ON  S'ABONNE 
En  envoyant  un  mandat  sur  la  poste 
soit  au  Rédacteur,  soit  à  l'Adm'' 
M.  FiscHBACHER,  33,  rue  de  Seine. 

SOMMAIRE. 
Communications  relatives  à  Faire  fiasco  et  à  Flageolet,  légume  ; 
—  Etymologie  de  Huguenot  :  —  Comment   on  doit  prononcer 
Y  entre  deux   voyelles   dont  la  première   est  un  0  :  —  Si  f  « 
petit  peu  est  français;  —  Pourquoi  Finisteire  esl  du  masculin. 
Il    Etymologie  de  Titi  ; — Formes  impéralives   du  verbe  Vou- 
loir:—  Signification  et   origine  de  Tenir  la  corde;  —  Ortho- 
graphe de  l'expression  Seul  à  seul:  —  Nom   d'un   tapis  étroit 
mis  sur  un  autre  pour  le  garantir.  ||  Passe-temps  grammatical. 
Il    Suite  de  la   biographie  d'Antoine  Oudin.    ||   Ouvrages  de 
grammaire  et  de   littérature.  ||   Renseignements  pour  les  Fran- 
çais qui  désirent  se  placer  comme  professeurs  en  Angleterre.  || 
Concours  littéraires. 

FRANCE 

GOMMUXIC.\TIONS. 

Répondant  à  mon  désir  de  voir  critiquer  sans  indul- 
gence les  solutions  que  je  donne  dans  ce  journal,  trois 
abonnés  ont  bien  voulu  m'adresser  les  observations 
suivantes  sur  l'expression  proverbiale  faire  fiasco  et  sur 
l'élymologie  de  flageolet,  signifiant  légume  : 

I. 

J'ai  dans  mes  notes  une  autre  origine, et  plus  satisfaisante 
encore  que  celle  que  vous  tirez  du  Voleur  ou  du  Figaro,  la 
.  voici  : 

Un  Allemand  qui  visitait  une  verrerie  italienne,  crut  que 
c'était  la  chose  la  plus  simple  du  monde  de  former  une 
bouteille,  et  qu'il  n'y  avait  qu'à  souffler.  Il  demande  à  es- 
sayer, ce  qui  lui  fut  bien  vite  accordé.  Mais  c'est  en  vain; 
il  sort  de  son  chalumeau  des  bulles  de  verre  (fiasco)  qui 
crèvent  à  l'instant.  D'où  le  mot  faire  fiasco  (échouer). 

Le  D'  VARRY. 
II. 

Il  n'est  guère  probable  que  flageolet  vienne  de  phaseole 
par  corruption  (en  latin  phaseolus  et  non  faseolus).  En  effet, 
dans  aucun  temps,  flageolet  n'a  été  le  terme  générique  de 
haricot  vert,  et  jamais  entre  autres  le  soissons  n'a  été 
appelé  flageolet.  Ce  mot  n'est  employé  que  pour  des  variétés 
ou  sous-variétés  A  grains  plats  et  allongés,  les  uns  blancs, 
les  autres  de  couleur  qui  sont  généralement  cultivés  en 
vert.  Les  flageolets  blancs  sont  excellents  en  vert,  écossés 
et  secs,  tandis  que  les  flageolets  de  couleur,  très-bons  en 
vert,  sont  peu  estimés  comme  écossés  ou  secs.  Parmi  les 
variétés  de  flageolets,  quelques-unes  sont  marbrées  de 
diverses  nuances ,  et  autrefois  on  les  nommait  haricots 
flagellés  :  de  là  sans  doute  vient  le  nom  flageolet.  Quant  à 


l'intervention  de  la  musique,  c'est  une  mauvaise  plaisan- 
terie :  les  variétés  dites  flageolets  sont  moins  musicales  que 
les  grosses  espèces,  et  si  on  eût  voulu  faire  un  rapproche- 
ment, on  aurait  choisi  un  instrument  moins  criard  que  le 
flageolet,  qui  n'a  rien  de  barytonant. 

{Pas  de  signature.) 
III. 

L'étymologie  du  mot  flageolet,  dans  ses  deux  sens,  n'est 
autre  que  le  latiu  flagellum.  En  principe,  on  ne  voit  pas  de 
consonnes  telles  que  le  g  et  l'I  s'introduire  dans  l'intérieur 
de  deu.x  syllabes  qui  se  suivent,  sans  qu'elles  aient  de  rai- 
son d'être  sérieuse  et  dérivant  d'une  langue  antérieure- 
ment parlée. 

Flagellum,  dans  le  principe,  signifiait  scion  d'arbre,  hous- 
sine,  petite  branche;  et  c'est  primitivement  avec  des  bran- 
chés flexibles  qu'ont  été  faits  les  fouets;  c'est  aussi  avec  de 
petites  branches  en  sève  que  les  bergers  et  autres  gar- 
deurs  de  troupeaux  ont  fabriqué  les  premiers  flageolets 
dont,  en  plus,  le  son  aigu  se  rapproche  de  celui  de  la  hous- 
sine  et  du  fouet,  quand  on  les  agite  vivement  dans  l'air 
ambiant. 

Quant  au  second  sens,  celui  de  légume,  remarquez  que 
sa  signification  véritable,  celle  qui  est  encore  la  plus  fré- 
quente, c'est  que  les  flageolets  sont  des  fèves  encore  vertes, 
non  arrivées  à  maturité,  cueillies  sur  la  branche  toute 
verte,  sur  le  flagellum  de  la  tige.  Aussi  le  midi  de  la  France 
a  fait  flageole  de  flagellum,  de  même  que  les  Italiens  font 
flamme  de  flammas,  fiori  de  flores,  etc. 

Faseol.  chez  Rabelais  et  ses  prédécesseurs,  n'est  autre 
que  le  latin  faseolus,  et  n'a  avec  flageolet  d'autre  rapport 
qu'un  simple  rapprochement  de  sens.  Flageolet  français 
n'est  jamais  dérivé  de  faseolus  latin. 

Toutefois,  j'accepte  que  le  langage  usuel  ait  pu  confondre 
le  latin  faseolus,  le  genevois  fazole,  le  lyonnais  fiazole  avec 
flagellum  et  flageolet.  Je  veux  bien  y  voir  même  une  cer- 
taine malice,  —  le  Français  né  malin,  —  contre  ces  pauvres 
produits  de  nos  jardins  que  nous  avons  toujours  connus 
sous  le  nom  de  musiciens,  et  que  nous  appelons  mieux  au- 
jourd'hui des  farceurs. 

Dans  deux  siècles,  on  se  demandera  la  corrélation  entre 
les  mots  haricot  et  farceur,  et  pour  peu  que  le  mot  farce 
soit  pris  pour  le  mets  ainsi  nommé,  à  quelle  torture  d'es- 
prit ne  se  livrera-t-on  pas? 

COUDRAY, 
Chef  d'institution  à  Janville  (Eure-et-Loir). 

Aujourd'hui,  je  ne  puis  qu'insérer  ces  communica- 
tions et  en  remercier  les  auteurs;  mais,  dans  un  pro- 
chain numéro,  je  répondrai  ix  chacune  d'elles. 

X 


42 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


Première  Question. 
En  lisant  la  lettre  d'un  de  ros  abonnés,  qui  sr  qua- 
lifie de  «  bon  et  vieux  hcgcewt  »,  l'idée  me  vient  de 
vous  demander  l'étymologie  de  ce  terme.  Voudriez- 
vous  bien  vous  en  occuper  un  jour  ?  J'espère  que  vous 
en  direz  quelque  chose  quoique  M.  Brachet  la  déclare 
«  inconnue  ■». 

L'opinion  la  plus  généralement  et  la  plus  récemment 
adoptée  relaliTement  à  l'étymologie  de  ce  mot  (à  laquelle 
Ménage  n'a  pas  consacré  moins  de  cinq  colonnesi ,  c'est 
qu'il  vient  de  eidgenoss,  eidge7iossen,  confédéré,  terme 
usité  dans  la  Suisse  ailem.ande;  on  lit,  en  effet. 

Dans  le  journal  [Intermédiaire  [A'  année,  col.  392)  : 

Il  vaut  mieux  se  ranger  à  lopiniou  de  M.  Edouard  Four- 

nier,  qui  préfère  la  version   donnant  les  mots  allemands 

Eid  geiiossen  pour  racine,  et  qui  signifient  membres  d'une 

alliance  jurée,  «  association  par  serment  ». 

Dans  la  lievue  savoisienne  du  30  avril  1874  (p.  27, 
col.  i)  : 

Les  citoyens  ne  tardèrent  donc  pas  à  se  partager,  suivant 
leur  opinion,  en  deux  partis  politiques;  dun  cûté  les  Eid- 
ge)wss  [avec  cette  note  :  d'où  l'on  a  fait  plus  tard  Hugue- 
nots] ou  indépendants,  et  de  l'autre,  les  Mamclus  (mame- 
luks) ou  conservateurs. 

Mais  cette  étymologie,  toute  vraisemblable  qu'elle 
parait,  n'est  point  la  vraie,  ce  que  je  vais  prouver  en 
m'appuyant  sur  la  prononciation  du  mol  Huguenot,  sur 
sa  signification,  et  sur  l'époque  de  sa  naissance. 

PronoiTciation.  —  Le  terme  eidgcnossen ,  qu'i ,  ainsi 
que  nous  l'apprend  M.  Lillré,  se  trouve  sous  la  forme 
aignos  dans  les  Mémoires  de  Conde,  n'a  pas  sa  voyelle 
initiale  aspirée;  et,  comme  il  n'en  est  pas  de  même 
pour  huguenot,  on  ne  peut  guère  admettre  que  ce  der- 
nie   ait  eidgenoss  pour  origine. 

Signification.  —  Le  sens  n'est  pas  favorable  à  eid- 
genoss, !e  mot  confédéré  s'appliquant  mal  à  une  secte 
religieuse;  ce  terme  ne  constituerait  pas  une  sorte  d'in- 
jure comme  les  Calvinistes  l'envisageaient  eux-mêmes, 
et  il  ne  pourrait  s'appliquer  qu'aux  seuls  protestants, 
qui  pourtant  n'ont  jamais  porté  ce  nom  :  Eidgenossen 
est  le  titre  que  se  donnent  les  citoyens  de  la  Suisse,  tant 
protestants  que  catholiques. 

Naissance.  —  C'est  seulement  en  1560  que  le  mot 
huguenot  apparaît  jjour  la  première  fois  dans  notre 
langue  pour  désigner  les  protestants,  ce  dont  voici  deux 
témoignages  irrécusables  : 

En  Krance,  on  avoit  jusques  ici  appelle  Luthériens  ceux 
qui  professoient  la  nouvelle  religion,  quoiqu'en  plusieurs 
points  ils  ne  suivissent  pas  les  dogmes  de  Luther...  Cette 
année,  on  leur  appliqua  le  nom  de  Huguenots,  qui  leur  est 
resté. 

(Mezeray,  Vit  de  François  JI,  nnn,  i.';6o.  dans  Ménage  ) 
Il  marque  dans  sa  lettre,  qu'on  a  avis  des  Cevennes  qu'd 
n'y  a  plus  de  ces  séditieux  Huguenaulx  rassemblés.  On  voit 
ici  pour  la  première  fois  le  nom  à'Hugucnols  employé  dans 
les  monuments  de  la  province,  pour  designrr  les  Calvi- 
nistes, et  il  est  certain  que  ce  terme  ne  commença  à  estre 
en  usage  que  cette  année. 

{H'sl.  du  Lnnçiud'jc,  vol.  V,p.  19?, lettre  du  11  no».  i56o) 

Or,  comme  d'après  Audin  [Uist.  de  Calvin],  c'est  de 


1610  à  1635  que  Genève  se  trouva  partagée  en  Eidgnots 
et  en  «  Mamelus  »,  comment  eidgenoss  aurait-il  pu,  au 
moment  où  le  parti  qu'il  désignait  n'existait  plus  depuis 
25  ans,  être  adopté  en  France  comme  sobriquet  des  sec- 
tateurs de  la  religion  nouvelle? 

Maintenant,  si  huguenot  n'est  pas  venu  d'un  mot 
allemand  usité  en  Suisse,  qui  nous  l'a  donné'' 

Je  dis  que  c'est  la  Toui'aine  qui  l'a  vu  naître,  et  la 
conjuration  d'Amboise  qui  a  fait  son  succès. 

Pour  justiûer  la  première  partie  de  cette  assertion, 
je  pourrais  invoquer  le  témoignage  de  Pasquier  [Rech. 
de  la  France,  p.  738),  celui  de  d'Aubigné  (HisL,  t.  I, 
p.  1801,  celui  d'.\ndré  Du  Chesne  [Antiquité  de  la  ville 
de  Tours,  p.  512);  mais  le  suivant,  que  j'emprunte  à 
Théodore  de  Bèze  [Hist.  ecclés.  des  Eglises  réformées, 
t.  I,  p.  2691,  me  semble  préférable  comme  contenant  de 
plus  curieux  renseignements  que  les  autres  : 

La  superstition  de  nos  devanciers,  jusques  à  vingt  ou 
trente  ans  en  ça,  estoit  telle,  que  presque  par  toutes  les 
bonnes  villes  du  royaume,  ils  avoient  opinion  que  certains 
e.'prits  faieoient  leur  purgatoire  en  ce  monde  après  leur 
mort  :  qu'ils  alloientde  nuict  par  la  ville,  battans  et  outra- 
geans  beaucoup  de  personnes,  lés  trouvans  dans  les  rues. 
Mais  la  lumière  de  l'Evangile  les  a  fait  esvanouir;  et  nous  a 
appris  que  c'estoieut  coureurs  de  pavé  et  ruflens.  A  Paris, 
ils  avoient  le  Moine  bourre;  à  Orléans,  le  Mulet  Odet;  à  Blois, 
le  Lou  garou;  à  Tours,  le  Roy  Buguet,  et  ainsi  des  autres 
villes.  Or  il  est  ainsi  que  ceux  qu'on  appelloit  Luthériens 
estoieni  en  ce  temps  là  regardez  de  jour  de  si  près,  qu'il 
leurfalloit  nécessairement  attendre  la  nuit  pour  s'assembler 
pour  prier  Dieu,  prescher  et  communiquer  aux  saincts  Sa- 
crcmens  :  tellement  qu'encores  qu'ils  ne  feissent  peur  ne 
tort  à  personne,  si  est-ce  que  les  prestres  par  dérision  les 
feirent  succéder  à  ces  esprits  qui  rodoyent  la  nuict.  De  là 
avint  nom  estant  tout  comun  en  la  bouche  du  menu  peuple 
d'appeller  ceux  de  la  Religion  Huguenots  au  pays  de  Tou- 
raine;  et  promieremetit  à  Tours  que  ceux  de  la  Religion 
s'assemblans  de  nuict  furent  surnommes  Huguenots  comme 
s'il  eussent  esté  la  troupe  de  leur  Roy  Hugtiet. 

Quant  au  second  point  de  ce  que  j'ai  avancé,  il  me 
suffira,  pour  le  mettre  en  évidence,  de  continuer  à  citer 
le  même  auteur  : 

Et  pource  que  la  première  descouverte  de  l'entreprise 
d'.^mboise  se  feit  à  Tours,  qui  en  baillèrent  le  premier 
advertissement,  sous  ce  nom  de  Huguenots,  ce  sobriquet 
leur  en  est  demeuré. 

Quoi  de  plus  naturel?  A  Tours,  les  Luthériens,  qui 
ne  peuvent  exercer  leur  culte  pendant  le  jour,  sont 
assimilés  à  certain  revenant  que  l'imagination  populaire 
fait  errer  la  nuit  à  travers  les  rues,  et  ils  prennent  son 
nom  icar  huguenot  est,  comme  huguet,  un  diminutif 
de  hugon  ;  dans  la  même  ville,  on  découvre,  contre  le 
roi,  qui  était  alors  à  Amboise,  une  conspiration  de 
Lulhériens,  qualifiés  de  huguenots  dans  le  pays,  et 
ce  terme,  jusqu'alors  spécial  à  la  ville  de  Tours  et  à  la 
Touraine,  se  répand  par  toute  la  France  avec  la  nou- 
velle de  la  cunspiratioM  avortée  à  laquelle  il  est  intime- 
ment lie.  Chercher  ailleurs  rctymologic  de  huguenot, 
ne  serait-ce  pas,  pour  employer  un  proverbe  expliqué 
dans  un  numéro  précédent,  aller  chercher  midi  à  qua- 
torze heures? 


LE  (^.OURRIER  DE  VAUGELÂS 


i3 


X 

Seconde  Question. 
Dons  tous  1rs  mots  oh  \  se  trouve  entre  deux  voyelles 
(ciTOVKN,  iioïu.,  e/c),  le  dieliaiinaire  de  Bescherelle  dit 
qu  il  faut  prononcer  comme  s'il  y  avait  deux  i  (citoi-ie.n), 
hoi-ial),  tandis  que  celui  de  Littré  veut  qu'on  fasse  en- 
tendre la  voyelle  qui  précède  y,  et  que  ce  dernier  sonne 
comme  un  \  simple  (cito-ie\,  ro-ul).  Que  pensez-voxis 
de  ces  deux  opinions  si  différentes  ? 

Après  avoir  dit,  au  sujet  de  y,  qu'il  se  prononce  pour 
deux  /  entre  deux  voyelles  dont  la  première  est  autre 
que  0,  M.  Liltré  ajoute  ceci  : 

Quand  il  est  précédé  de  o,  la  prononciation  n'est  pas  fixée  : 
les  uns,  et  l'Académie  est  de  ce  nomt)re,  donnent  à  cet  o 
le  son  de  oi,  et  à  y  le  son  de  Vi  :  si-toiin,  roi-ial,  em- 
ploi-ié,  etc.;  les  autres  laissent  à  l'o  le  son  qui  lui  est  propre  : 
si-to-iin,  ro-ial,  emplo-ie;  c'est  la  prononciation  ancienne, 
ce  le  que  l'Académie  elle-même  recommandait  en  1694,  celle 
qui  doit  être  préférée. 

Ainsi  l'illustre  lexicographe  adopte  sito-irn ,  ro-ial, 
etc.,  exception  à  la  règle  générale  qui  fait  sonner  comme 
deux  i  la  lettre  y  entre  deux  voyelles,  et  cela,  pour  ce 
seul  motif  que  c'est  la  «  prononciation  ancienne  »,  celle 
que  reconnaissait  l'Académie  dans  la  première  édition 
de  son  diclionnaii'e. 

Or,  est-ce  là  une  base  assez  solide  pour  soutenir  une 
telle  exception? 

Je  pense  que  non,  et  pour  des  raisons  que  je  vais 
vous  faire  connaître  : 

1°  L'Académie  (et  c'est  elle  qui  l'a  voulu)  ne  peut 
guère  être  prise  pour  juge  dans  une  question  de  pro- 
nonciation, puisque,  dans  toutes  ses  éditions,  elle  a 
déclaré  ne  point  considérer  comme  de  sa  tâche  de  s'oc- 
cuper de  celte  partie  de  la  langue;  mais  le  pût-elle,  que 
l'avis  de  1694  [V  édition)  ne  pourrait  nullement  infir- 
mer celui  de  1835  (5°  édition),  pour  la  raison  bien 
simple  que  les  décisions  d'un  tel  corps  sont  d'autant 
plus  autorisées  dans  le  temps  présent  qu'elles  s'en  rap- 
prochent davantage  par  leur  date. 

2°  Si,  dans  le  cas  dont  il  s'agit,  la  prononciation  la 
plus  ancienne  doit  l'emporter,  ce  ne  peut  être  celle  que 
recommande  M.  Littré,  attendu  que  l'autre,  comme  le 
montrent  les  citations  suivantes.  Ta  précédée  de  plus 
d'un  siècle  : 

(1569)  V  se  prononce  comme  i...  Les  anciens  s'en  sont 
aidé  pareillement  quand  au  milieu  du  mot  il  y  avoit  un  i 
entre  des  voyelles,  comme  envoyer,  je  voyoyc,  A  fin  qu'on 
n'assembtast  l't  de  la  syllabe  précédente  avec  la  syllabe 
subséquente,  et  qu'on  ne  dist,  eiivo-ier,  je  vo-io-ie. 

(Robert  Estieiine,  dans  le  Courrier  de  Vnuyelas,  3"^  année,  p.  53.) 

(1584)  C'est  quenosancôtresayantàécrirpi  deux  n,  lorsque 
les  diphthongues  ai  ou  oi  élaif  nt  suivips  d'une  syllabe  cora- 
mençinl  par  un  i,  les  marquaient  par  Ij  :  ainsi  plaije,  loijal, 
roijal,  n'étaient  autre  chote  que  plai-ie,  loi-ial,  roi-ial...  et 
l'on  doit  dire  en  conservant  les  doux  diphthongues, /j/rti-ie, 
Ini-ial.  C'est  ainsi  que  nos  ancêtres  prononçaient  ai-moi-ie, 
première  personne  du  singulipr  de  limparfail  de  l'indica- 
tif, et  nimeroî-ic,  première  personne  du  singulier  de  l'ira- 
liarfâit  optatif. 

;Tli.  de  bèje,  d»n»  le  Courritr  de  Vavgelnt.  i'  année,  p.  54.) 


En  présence  d'une  exception  qui  n'est  pas  suffisam- 
ment justifiée  et  de  textes  montrant  que,  par  institution 
primitive,  //  entre  deux  voyelles,  quelles  qu'elles  soient, 
est  équivalent  à  deux  «,  je  ne  puis,  moi,  qui  professe 
le  principe  que  quand  deux  manières  de  dir-e,  d'écrire, 
de  construire,  etc.,  sont  encore  permises  par  l'usage,  il 
vaut  mieux  adopter  celle  qui  rentre  dans  l'analogie,  je 
ne  puis,  dis-je,  ne  pas  me  déclarer  ici  pour  la  pronon- 
ciation qu'indique  M.  Bescherelle. 

X 

Troisième  Question. 

Pertnet lez-moi  de  vous  adresser  une  question  pour 
vous  payer  ma  bienvenue.  Peut-on  se  servir  de  l'expres- 
sion si  usitée  un  petit  pe(J,  que  condamnent  quelques 
grammairiens? 

Pour  moi,  cette  expression  est  très-française,  et  je 
l'ai  démontré  dans  un  article  du  Courrier  de  Vawjelas 
(page  51,  r«  année,  2°  édition),  dont  je  reproduis 
seulement  la  conclusion,  ne  pouvant,  dans  une  publica- 
tion comme  la  mienne,  répéter  intégralement  les  solu- 
tions déjà  données  : 

A  l'IiPure  présente, nous  avons  donc  encore  deux  formes 
diminutives  de  un  peu,  dans  notre  langue  :  %in  petit  peu,  le 
grand  coupable,  le  bouc  émissaire  des  grammairiens,  et  un 
tantinet,  qui  non-seulement  a  été  assez  heureux  pour  échap- 
per à  leur  ostracisme,  mais  encore  est  l'objet  de  leur 
prédilection. 

Or.  quelle  raison  ont-ils  d'agir  ainsi? 

Trouvent-ils  un  petit  peu  trop  vieux?  Mais  il  l'est  moins 
que  un  tantinet,  qu'ils  lui  préfèrent,  puisque  celui-ci  est  de 
la  première  formation  et  que  un  petit  peu  ne  peut  être  que 
de  la  seconde.  Ils  le  disent  vicieux?  Mais  pourquoi  les  croi- 
rions-nous s'ils  ne  nous  disent  point  en  quoi  il  pèche?  Ils 
prétendent  qu'ils  n'est  pas  français?  Eh  quoi!  il  a  eu  cours 
dans  notre  langue  dès  les  premiers  temps  sous  la  forma 
un  petitet,\l  s'y  est  employé  pendant  tout  le  moyen  âge,  il 
est  aujourd'hui  dans  toutes  les  bouches,  il  s'écrit,  se  dit  et 
se  dira  probablement  chez  nos  arriére-neveux,  et  une  telle 
expression  n'est  pas  française!  Mais  quel  mot  le  sera  donc 
si  un  petit  peu  ne  l'est  pas? 

X 
Quatrième  Question. 
Puisque  vous  résolvez  aussi  des  questions  de  géogra- 
phie, voudriez-vous  bien  m'expliquer  pourquoi  n7i  dit  : 
«  Le  département  du  Finisterre  «  '  Il  me  semble  que  ce 
mol .  composé  de  teeke,  devrait  être  du  féminin. 

Finisterre  a  été  formé  de  finis  et  de  terre. 

Or,  finis,  qui  appartient  à  la  langue  latine,  est  mas- 
culin dans  le  sens  de  confins,  limites,  et  c'est,  je  crois, 
pour  cette  raison  que  Finisterre  est  du  même  genre. 

ÉTRANGER 

Première  Question. 
Le  Courrier  de  ViCCEUAs  pourrait-il  me  dire  quelle 
est  l'étymologie  du  mol  titi,  qui  se  trouve  dans  l'expli- 
cation qu'il  donne,  dans  son  numéro  4,  de  l'expression, 

CASSER  SA  rlPE? 


44 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


L'origine  du  terme  titi  n'est  donnée  ni  par  le  Diction- 
naire de  la  langue  verte,  ni  par  les  Excentricités  du 
langage,  ni  même  par  M.  Littré.  Le  seul  ouvrage  à  ma 
connaissance  qui  parle  de  cette  origine  est  le  Diction- 
naire d'argot  de  M.  Francisque  Michel,  où  je  trouve  ce 
qui  suit  : 
TiTi.  Espèce  de  personnage  de  mascarade. 
Nous  avions  autrefois  mirni  : 

Les  mimis  ont  failli  se  brouiller  avec  les  masques,  etc. 
[Les  Jeux  de  il, (.connu,  1645,  p.  165.) 

Mais,  comme  il  n'est  pas  pbilologiquemenl  possible 
que  mirni  forme  titi,  j'ai  cherché  à  expliquer  ce  dernier 
d'une  autre  manière,  et  j'ai  été  assez  heureux  pour  y 
parvenir. 

En  picard,  comme  on  peut  le  voir  dans  le  Glossaire 
de  l'abbé  Gorblet,  on  appelle  didi  (du  verbe  dire,  à  n'en 
pas  douter),  un  bavard,  un  grondeur.  Or,  ne  pourrait- 
il  pas  se  faire  que  titi  fut  un  terme  de  Picardie  trans- 
porté à  Paris,  et  adopté  après  avoir  subi  la  mutation  de 
la  consonne  d  en  f,  mutation  qui  s'explique  entre  deux 
consonnes  de  même  ordre,  deux  dentales? 

Telle  est  mon  étymologie.  Est-elle  vraie?  J'aurai  le 
droit  de  la  croire  telle  jusqu'à  ce  que  le  contraire  me 
soit  démontré. 

X 
Seconde  Question. 
Je  trouve  celte  phrase  dans  le  Joce^ial  de  Bccarest 
du  30  avril  ■1874  :  «  Je  vous  ai  raconté  plus  d'une  fois 
que  j'avais  passé  une  partie  de  mon  enfance  en  Italie. 
Ne  M'en  veuillez  pas,  si  j'y  reviens  encore.  »  J'entends 
beaucoup  de  personnes  qui  disent,  dans  un  pareil  cas  : 
«  Ne  m'en  voilez  pas.  »  Pourrais-je  savoir  quelle  est 
celle  des  deux  formes  qui  vous  semble  préférable  à  l'autre? 

Au  xvi"  siècle,  la  forme  de  l'impératif  du  verbe 
vouloir  était  la  suivante,  que  je  trouve  dans  Palsgrave, 
à  la  page  i  05  : 

VeulJ-,  vueille,  voulons,  voulez,  vueillent. 

Cent  ans  plus  tard  (1632),  Charles  Maupas  s'expri- 
mait ainsi  au  sujet  de  l'impératif  du  même  verbe  : 

L'impératif  peut  rarement  venir  en  usage;  il  le  faudroit 
former  ainsi,  impèrat.  Veu.r,  qu'il  veule  ou  vueille,  l'ou^on^, 
voulez,  qu'ils  veulent  ou  vueillent. 

Quand  il  a  donné  les  principales  formes  temporelles 
de  vouloir.  De  Wailly  il786;  ajoute  ces  mots  . 

Le  reste  comme  mouvoir. 

Or,  attendu  que  ce  dernier  fait  à  l'impératif  :  meus, 
mouvons,  mouvez,  c'est  dire  que  vouloir  fait  au  même 
mode  :  veux,  voulons,  muiez. 

Le  Dictionnaire  des  difficultés  de  Laveaux  (18-571 
donne  absolument  les  mêmes  formes  impératives  pour 
le  verbe  en  question. 

Mais,  d'un  autre  coté,  il  est  incontestable  que  roulnir 
fait  depuis  longtemps  veuille,  veuillez  à  l'impératif 
quand  on  prie  quelqu'un  de  faire  quelque  chose,  et  les 
exemples  suivants  le  prouvent  : 

Veuillez  vous  souvenir 

Que  les  événements  régleront  l'avenir. 

(Corneille,  Pompcf,  II,  ic.  4,) 


Je  vais  faire  venir 
Quelqu'un  pour  l'emporter;  veuillei  la  soutenir. 

^Molière,  SgariareUe,  8c.  3.J 

Veuillez  du  moins  nous  dire  qui  nous  devons  suivre. 

fVolney,  dans  Laveaux.  1 

Veuillez,  Monsieur,  rendre  hommage  au  mérite. 

{Voltaire,  idem.) 

D'où  cette  conclusion  que  l'impératif  du  verbe  vou- 
loir est  veux,  voulons,  voulez,  excepté  dans  le  cas  où 
l'on  emploie  ce  verbe  pour  je  te  prie  de  ou  je  vous  prie 
de;  conclusion  qui  signifie  que,  dans  la  phrase  au  sujet 
de  laquelle  vous  me  consultez,  il  faut  mettre  «  ne  m'en 
voulez  pas...  » 

X 
Troisième  Question. 

J'ai  trouvé  cette  phrase  dans  un  de  vos  journaux  : 
•i  Au  Théâtre-Français,  la  location  avait  atteint  son 
maximum  dans  la  journée.  Décidément  Molièbe  tient 
L.v  CORDE.»  Veuillez  me  dire  ce  que  signifie  cette  expres- 
sion, s'il  vous  plaîl. 

Elle  signifie  avoir  un  avantage  sur  quelqu'un,  ainsi 
que  je  vais  vous  l'expliquer. 

En  effet,  dans  les  courses  de  chevaux,  on  dit  qu'un 
écuyer  tient  la  corde  quand  il  est  près  de  celle  qui 
limite  Tespace  autour  duquel  courent  les  chevaux,  ce 
qui  est  un  avantage,  puisqu'étant  plus  rapproché  du 
centre,  il  a  naturellement  une  moins  grande  circonfé- 
rence à  parcourir. 

Or,  l'usage  des  courses  est  devenu  si  général  depuis 
quelques  années,  que  tenir  la  corde  a  fini  par  sortir  des 
hippodromes  et  s'employer,  au  figuré,  dans  le  sens  que 
je  viens  de  vous  indiquer. 

X 
Quatrième  Question. 

Auriez-vous  l'obligeance  de  répondre  à  la  question 
suivante,  qui  n'est  pas  sans  intérêt  au  point  de  vue  de 
l'orthographe  :  Quand  un  verbe  au  sujet  pluriel  est 
suivi  de  l'expression  seul  a  seul,  \°  peut-on  mettre  quel- 
qttefois  la  marc/ue  du  pluriel  à  stcL,  et  2"  si  le  sujet 
désigne  un  homme  et  une  femme,  faut-il  mettre  l'un  des 
SEUL  au  masculin  et  l'autre  au  féminin? 

Quand  le  sujet  ne  désigne  que  deux  personnes,  on  ne 
met  jamais  la  marque  du  pluriel  à  .sew^  dans  l'expres- 
sion seul  à  seul  ;  mais  on  peut  y  mettre  celle  du  genre. 
Voici  la  règle  à  cet  égard  : 

lu  S'il  s'agit  de  deux  hommes,  on  laisse  seul  à  seul 
invariable  : 

Eh  bien!  nous  nous  verrons  seul  à  seul  chez  Barbin. 

(Molière,  Femm.  sav.,  III,  5..' 

2"  S'il  s'agit  d'un  homme  et  d'une  femme, on  laisse 
également  les  deux  parties  de  l'expression  invariables  : 

Et  sans  doute  il  m'est  doux, 

Madame,  de  me  voir  seul  à  seul  avec  vous. 

(Molière,  Tari.,  III,  3.) 

3"  Si  le  sujet  ne  désigne  que  des  femmes,  on  met 
.'<eule  au  féminin;  on  dit  : 
Je  les  ai  trouvées  causant  seule  n  seule. 


LE  COURRIER   DE   VAUGELAS 


43 


4»  Lorsfjue  le  sujet  désignait  plusieurs  personnes 
formant  pour  ainsi  dire  deux  camps  en  nombre  égal  et 
combattant  une  à  une,  l'ancienne  langue  mettait  le 
pluriel  : 

...  Et  à  arranger  lesdits  dix  Cbevaliers  tenans  le  Pas  à  l'un 
des  bouts  pour  venir  combatre,  et  là  coururent  lesdits  Clie- 
valiers  ieuls  à  seuls. 

(La  Colombière.  Le  Vray  théâtre  de  Chev.,  I,  p.  i68  ) 

Et  ont  combatu  lesdits  Ctievaliers  tenans  le  Pas  seuls  à 
seuls  contre  tous  ceux  qui  y  sont  venus  du  dehors. 

(Idem,  p.  169.) 

Je  crois  que  la  langue  moderne,  en  tenant  compte 
des  règles  du  genre  indiquées  plus  haut,  doit  également 
employer  le  pluriel  dans  ce  cas. 
X 
Cinquième  Question. 

On  a  en  Allemagne  une  dénomination  particulière 
pour  les  tapis  étroits  dont  on  couvre  les  escaliers,  et 
qui,  traversant  une  chambre  d'un  bout  à  l'autre,  servent 
à  ménager  le  parquet  ou  la  peluche  élégante  qui  le 
couvre.  A-t-on  en  France  des  tapis  semblables,  et  par 
quel  nom  les  désigne-t-on? 

Certainement,  nous  avons  de  tels  tapis,  et,  quant  à 
leur  appellation,  je  tiens  du  caissier  de  l'un  des  plus 
anciens  et  des  plus  renommés  tapissiers  de  Paris,  qu'on 
les  nomme  des  passages. 

PASSE-TEMPS  GRAMMATICAL. 


Corrections  da  numéro  précédent. 

1°. ..  poésies  illyriennes;  —  1'  Couronné  aux  jeui  floraux,  il 
reçut,  au  lieu;  —  3°...  ces  orbites  enfoncées  [orbite  est  du  fémi- 
nin); —  4°...  et  c'est  la  seule  cliose,  1^1*0/  que  j'en  aie  dit  ;  — 
5"...  entré  depuis  de  longues  années;  —6"...  que  quelque  incident 
ne  fit  dévier;  —  7...  il  semblerait  qu'il  fût  défendu;  —  8'...  ne 
laissent  pas  de  préoccuper  (Voir  Courrier  de  Vaugelas,  4'  année, 
p.  155);  —  9'...  comme  on  n'en  a  jamais  vu;  —  10^...  vous  ayez 
songé  (il  n'y  a  que  les  verbes  en  yer  à  l'infinitif  qui  prennent  un 
i  après  \'y  au  subjonctif; —  11\..  du  moins  ce  qui  résulte  d'une 
lettre. 

Phrases  à  corriger 
trouvées  pour  la  plupart  dans  la  presse  périodique. 

!•  Comme  il  y  a  quelques  siècles,  on  eût  bel  et  bien  brûlé, 
en  qualité  de  sorcier,  les  savants  qui  se  seraient  amusés  à 
prédire  une  éclipse! 

2'  Tant  qu'il  y  aura  des  cœurs  brisés,  pour  espérer  dans 
un  monde  meilleur,  il  y  aura  toujours  de  la  poésie  ici- 
bas. 

3*  Il  est  étrange  à  dire,  mais  cela  n'en  e?t  pas  moins 
vrai,  qu'avec  beaucoup  de  foi  et  peu  de  lumière,  il  ne  se- 
rait pas  impossible  qu'on  fût  d'autant  moins  honnête  qu'on 
serait  plus  dévot. 

4*  Parmi  les  divers  moyens  mis  en  usage  jusqu'à  ce  jour 
pour  nettoyer  et  blanchir  les  dents,  il  en  est  bien  peu  qui 
n'aient  pas  des  inconvénients  plus  ou  moins  grands.  Les 
uns,  composés  d'albâtre,  de  corail  ou  autres  corps  durs  pul- 
vérisés agissent  à  la  manière  de  la  lime  et  usent  lentement 
l'émail. 

5'  L'estime  et  la  confiance  dont  la  population  de  Versailles 
vous  a  constamment  entouré  étaient  des  titres  d'exclusion 


trop  éclatants  pour  que  vous  puissiez  échapper  à  la  pros- 
cription administrative  qui  vient  de  vous  atteindre. 

G"  Ils  marchaient  sur  une  seule  ligne,  mais  sans  se  voir, 
lorsque  l'un  d'eux,  le  gendarme  Doumcns,  que  l'on  guettait, 
dit-on,  a  été  assailli  par  cinq  ou  six  individus,  qui,  après 
l'avoir  assommé  de  coups  et  foulé  un  bras,  lui  ont  enlevé 
le  fusil  et  sa  casquette,  et  ont  disparu  sans  que  les  cama- 
rades aient  pu  retrouver  leurs  traces. 

?•  M.  Bœss  n'a  derrière  lui  ni  son  clergé,  ni  ses  fidèles, 
et  moi  qui  fait  partie  de  ce  clergé,  je  ne  crains  pas  de  dire 
qu'un  cri  d'indignation  s'élèvera  d'un  bout  de  l'Alsace  à 
l'autre,  contre  la  conduite  du  député  de  Scbélestadt. 

8'  Une  copie  de  ce  document  a  circulé  avant-hier  à  l'As- 
semblée nationale,  et,  comme  on  le  pense  bien,  l'esprit  qui 
a  présidé  à  sa  rédaction  n'a  pas  laissé  que  de  produire 
parmi  les  députés  une  profonde  émotion, 

9"  Mais  elle  n'avait  sa  raison  d'être  que  jusqu'à  ce  que  le 
pays  ait  montré  ses  préférences,  jusqu'à  ce  qu'il  ait  exprimé 
ses  vœux  d'une  façon  formelle. 

10°  Je  me  donne  la  mort  moi-même  ;  je  me  trouvais  sans 
ouvrage,  sans  logis,  sans  moyens  d'existence,  sans  parents, 
je  préfère  mourir  que  de  me  rendre  voleur. 
[Les  corrections  à  quinzaine.] 


FEUILLETON 


BIOGRAPHIE  DES  GRAMMAIRIENS 

PREMIÈRE  MOITIÉ  DU  XVIf  SIÈCLE. 

Antoine  OUDIN. 

Suite. , 

Les  verbes  de  la  première  classe  veulent  après  eux 
le  mode  indicatif;  ceux  de  la  seconde  classe  requièrent 
presque  indifféremment  l'indicatif  ou  le  subjonctif; 
quant  à  ceux  de  la  troisième  classe,  ils  veulent  toujours 
après  eus  l'optatif  isubjonctif). 

Notez  que  dans  une  phrase  négative,  conditionnelle, 
interrogative  ou  a  partitive», on  met  toujours  le  second 
verbe  au  subjonctif. 

Après  avoir  donné  aussi  l'emploi  des  temps  relatifs 
à  ces  deux  modes,  Ûudin  nous  signale  une  faute  du 
vulgaire  qui  consiste  a  employer  le  subjonctif  imparfait 
quand  il  devrait  employer  le  conditionnel;  par  exemple. 
Monsieur  N.  n'est  pas  partij?  Non,  mais  il  y  a  long 
temps  qu'il  le  fust,  .fi  je  ne  l'eusse  retenu. 

DE    L'OltDBE   DES   PAEIIES  DU   DISCOUES. 

Quand  «  le  »  période  commence  par  un  adverbe,  il  est 
indiffèrent  de  mettre  le  nominatif  avant  ou  après  le 
verbe  :  ainsi  parla  .Monsieur  le  Président  aux  assi.'i- 
lans,  ou  ainsi  Monsieur  te  Président  parla,  etc.;  mais 
Oudin  aime  beaucoup  mieux  la  première  construction. 

Qu'on  se  garde  de  mettre,  comme  le  font  quelques-uns, 
en  avant  y;  il  faut  dire  :  il  y  en  a,  et  non  :  il  en  y  a. 

Particularité  bien  remarquable!  Apprenez  encore, 
dit  Oudin,  que  le  vulgaire  et  beaucoup  de  personnes 
d'esprit  forment  inconsidérément  des  pluriels  au  lieu 
de  singuliers,  aux  verbes  terminés  par  une  consonne  à 
la  première  personne  du  présent  de  l'indicatif,  et  le  font 
à  cause  de  la  commodité  de  la  liaison  du  pronom 
personnel;  ainsi  ils  disent  :  perdez-je  pour  pers-jr; 
ollindez-je  pour   attens-je;  dormez-j'-  pour   dors-jr; 


46 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


allez-jc  pour  vay-je.  Et  cette  erreur  est  si  «  avant  » 
dans  l'usage  qu'elle  échappe  à  quantité  de  bons  «  dis- 
coureurs )>. 

La  seule  exception  que  trouve  notre  grammairien 
touchant  la  séparalion  du  pronom  d'avec  son  verbe, 
c'est  cette  manière  d'écrire  :je  wubmjné  confesse,  etc. 
qui  se  met  au  commencement  des  «  cedules  ». 

DE    l'emploi    de    certains    VERBES. 

Apprendre —  Nos  Français  se  servent  improprement 
de  ce  verbe  pour  signifier  enseigner. 

Bouger  —  Il  est  mieux  de  ne  l'employer  qu'avec  la 
négation. 

Demeurer  —  Quand  il  signifie  habiter,  on  dit  :  j'atj 
demeuré;  mais  pour  s'arrêter,  on  dit  :  je  suis  demeuré. 

Despendre  —  C'est  une  grande  impropriété  que  de 
l'employer  pour  despenser  (1633). 

Devoir  —  C'est  le  seul  de  nos  verbes  qui  puisse,  sous 
la  forme  subjonctive,  s'employer  au  commencement 
d'une  phrase,  car  on  dit  ordinairement  :  vous  deussiez 
dcsjà  avoir  fait  pour  vous  devriez,  etc. 

Penser  —  Construit  immédiatement  avant  un  infinitif, 
il  a  une  «  force  »  particulière  :  il  a  pensé  mourir,  W  est 
presque  mort;  mais  si  l'on  y  met  une  préposition,  il 
change  de  sens  :  il  a  pensé  de  faire,  etc. 

Sortir  —  Prenez  garde  d'employer  ce  verbe  dans  le 
sens  de  tirer  dehors  ou  d'aveindre,  comme  on  fait  dans 
quelques  provinces,  où  Ant.  Oudin  a  entendu  dire  : 
sortez  mon  cheval  de  l'escurie. 

Porter  —  Les  Gascons  emploient  improprement  ce 
verbe  dans  le  sens  d'amener,  ils  disent  :  porte  moij  mon 
cheval. 

Serrer  —  Quelques-uns  l'emploient  pour  fermer,  et 
disent  improprement  serrez  la  porte,  ne  considérant  pas 
qu'en  français  le  vrai  sens  de  serrer  est  estmindre. 

Tomber  —  Il  y  a  des  endroits  où  l'on  dit  tomber  de 
l'eau,  pour  uriner;  mais  il  est  rejeté  dans  ce  sens  par 
ceux  qui  parlent  bien. 

Vouloir  —  Avec  ce  verbe  et  la  «  diction  »  bien,  on 
fait  un  passif  qui  se  met  ordinairement  au  prétérit  :  il 
est  bien  voulu  de  tous. 

VERBES   RÉCIPROQUES    EN    APPARENCE. 

Quelques  verbes,  comme  devoir,  falloir,  pouvoir, 
sravoir,  vouloir,  etc.,  semblent  des  verbes  réciproques 
à  cause  de  la  «  particule  »  qu'ils  reçoivent  devant  eux; 
mais  ils  n'en  sont  pas  réellement  :  se  devoir  contenter 
est  pour  devoir  se  contenter  ;  je  ne  i/ie  puis  appuiser, 
pour  je  ne  puis  m'appai.'irr, e[c.,&l  c'est  le  dernier  verbe 
qui  est  réellement  conjugué  réciproquement.  • 

Se  disputer  —  On  dit  improprement  :  ils  sr  sont  dis- 
putez pour  ils  se  sont  querellez. 

Se  penser  —   Oudin   le  trouve  impropre  quoiqu'il 
entende  dire  souvent  :  il  se  pense  d'avoir,  il  se  pense  d/f 
faire. 

La  phrase  :  il  luy  a  pris  un  mal  de  leste,  il  m'a  pris 
un  mal  de  cœur  pour  un  mal  de  leste,  de  cœur,  m'a 
pris,  est  mauvaise. 

.Se  presxuner  —  L'usage  fait  passer  ce  verbe  réci- 
proque pour  (/  prcsuiiie  :  on  dit  :  (7  se  présume  d'estre. 

.Se  respandre  —  On  dit  vulgairement  ou  en  «  gaus- 


sant :  «  il  s'est  laissé  respandre,  pour  il  s'est  laissé 
mourir. 

Dïï  RÉGIME   DES   VERBES. 

On  dit  avoir  accoustumé  une  maison,  une  personne, 
et  aussi  eslre  accoutumé  à  une  maison,  à  une  personne. 

Coudre  et  travailler  reçoivent  la  préposition  en  avec 
le  substantif  de  la  matière.:  coudre  en  linge,  travailler 
en  tapisserie. 

On  dit  courir  les  rites  ou  par  les  viles. 

Quelques-uns  se  servent  improprement  de  mander 
pour  envoyer;  il  signifie  plutôt  avertir  par  lettre,  et 
appeler  par  la  même  voie. 

Il  faut  distinguer  entre  parler  et  dire;  le  premier 
veut  être  suivi  d'un  nom  de  langue,  et  le  second  prend 
tous  les  autres  compléments  :  dire  un  mot,  une  parole. 

Ressembler  est  mieux  construit  avec  un  datif  (subs- 
tantif avec  la  préposition  «i  qu'avec  un  accusatif  (subs- 
tantif sans  préposition). 

Revenir  se  dit  pour  plaire,  comme  dans  :  cette  per- 
sonne là  ne  me  revient  pas. 

A  quoy  serf  cela?  et  de  quoy  sert  cela?  semblent 
également  bons. 

Il  faut  dire  toucher  au  but,  et  non  toucher  le  but. 

Il  y  a  un  certain  nombre  de  verbes  qui  veulent  de 
après  eux  quand  ils  sont  suivis  d'un  infinitif, et  «quand 
ce  qui  suit  est  un  substantif;  tels  sont  :  A 

Conclure  —  On  d'dj'ay  conclu  de  dire,  elj'ay  conclu       « 
à  cela. 

Convier  —  Je  vous  convie  de  venir,  elje  vous  convie 
à  mon  festin. 

Se  délibérer,  exhorter,  forcer,  obliger,  s'opiniastrer  et 
se  résoudre  ont  une  construction  identique  pour  leur 
régime. 

La  plupart  de  ces  verbes  reçoivent  indifleremment  les 
prépositions  à  et  de  devant  l'infinitif;  par  exemple  :je 
suis  obligé  à,  de  faire;  je  suis  prest  de,  à  vous  accorder; 
mais  .\nt.  Oudin  estime  que  la  préposition  de  vaut 
mieux,  et  qu'elle  est  plus  ordinaire.  ; 

Quelques  façons  de  parler  ont  un  sens  double,  qui 
oblige  à  changer  de  préposition;  on  dit  :  il  est  aisé  à 
faire,  ce  qui  dénote  la  facilité  de  l'action,  et  il  est  aisé  J 
de  faire,  ce  qui  démontre  la  facilité  de  la  nature  de  la 
chose. 

Venir  se  fait  suivre  de  «  pour  signifier  quelque  chose 
de  futur  :  cela  vient  à  signifier;  il  prend  de  pour  indi- 
quer une  action  passée  :  je  viens  de  dire. 

DU   RÉGIME    DES    IMPERSONNELS. 

Beaucoup  de  verbes  actifs  ayant  pour  sujet  on  peuvent 
se  tourner  par  la  forme  pronominale  impersonnelle; 
ainsi  on  dit  :  //  s'invente  beaucoup  de  choses  pour  on 
invente  beaucoup  de  choses;  il  se  dit  bien  des  choses 
pour  on  dit  bien  des  choses. 

On  dit  :  //  est  malin,  il  est  jour,  il  est  nuict ,  il  est 
bonne  heure,  il  est  tard;  maison  ne  dit  pas:  il  est  soir. 

On  supprime  de  dans  il  fait  vent;  exemple  :  il  fait 
trop  vent  pour  aller  en  campagne. 

{La  suite  au  prochain  numéro.) 


Le  Rkuacteur-Gérant  :  Eman  .MARTIN. 


LE  COURRIER  DE  VAL'GELAS 


47 


BIBLIOGRAPHIE 


OUVRAGES     DE     GRAMMAIRE     ET     DE     LITTERATURE 


Publications  de  la  quinzaine  : 


Le  Secret  de  Silvio,  épisode  des  Dragonnades;  par 
Mme  Abric-Encontre.  Gr.  in-l8, 259  p.  Paris,  lib.  Bonhoure. 

Etudes  dramatiques;  par  Auguste  Barbier, auteur  des 
ïambes.  Nouvelle  édition,  revue,  corrigée  et  ornée  de  deux 
gravures.  Jules  César.  Benvenuto  Cellini.  In-18  Jésus,  336  p. 
Paris,  lib.  Dentu. 

Principes  de  lecture  publique  et  de  déclamation, 
avec  des  ligures  et  de  nombreux  exercices  annotés,  princi- 
palement à  l'usage  des  maisons  d'éducation;  par  le  R.  P. 
Champeau,  supérieur  du  collège  Sainte-Croix,  à  Neuilly. 
3«  édition.  In-12,  xii-/il8  p.  Paris,  lib.  Lecoffre  fils  et  Cie. 

Science  des  religions.  L'Islamisme  d'après  le  Coran, 
l'enseignement  doctrinal  et  la  pratique;  par  Garcin  de 
Tassy,  professeur  à  l'Ecole  spéciale  des  langues  orientales 
vivantes.  3°  édition.  In-8%  /il2  p.  Paris,  lib.  Maisonneuve 
et  Cie. 

Petit  d.ictionnaire  de  la  langue  française,  suivant 
l'orthographe  de  l'Académie,  etc.  ;  par  Hocquart. 
37"  édition,  revue  et  augmentée  d'un  grand  nombre  de 
mots,  par  A.  René.  In-32,  xii-500  p.  Paris,  lib.  Lefèvre. 

Pensées  de  B.  Pascal  (édition  de  1G70).  Précédées 
d'un  avant-propos  et  suivies  de  notes  et  de  variantes. 
Portr.  gravé  à  l'eau-forte  par  Gaucherel.  In-8°,  lxiii-309  p. 
Paris,  lib.  des  Bibliophiles.  12  fr.  50  cent 

Lettres  sur  l'histoire  de  Rodez  ;  par  H.  Affre,  archi- 
viste de  l'Aveyron.  In-B",  vni-576.  Rodez,  imp.  de  Broca. 

Œuvres  facétieuses  de  Noël  Dufail,  seigneur  de  la 
Hérissaye,  gentilhomme  breton,  revues  sur  les  éditions 
originales  et  accompagnées  d'une  introduction,  de  notes 
et  d'un  index  philologique,  historique  et  auecdotique,  par 


J.  Assézat.  T.  1.  Propos  rustiques  de  maître  Léon  Ladulfi, 
balivernes  ou  contes  nouveaux,  contes  et  discours  d'Eu- 
trapel  (chapitres  I  à  10).  In-16,  xxxvi-332  p.  Paris,  lib.  Daffis. 

Poésies  de  Théodore  de  Banville.  Le  Sang  de  la 
Coupe.  Trente-six  ballades  joyeuses.  Petit  in-12,  340  p. 
Paris,  lib.  Leraerre.  6  fr. 

Lazare  Hoche,  général  en  chef  des  armées  de  la 
Moselle,  d'Italie,  des  côtes  de  Cherbourg,  de  l^rest  et  de 
l'Océan,  de  Sambre-et-Meuse  et  du  Rhin,  sous  la  Conven- 
tion elle  Directoire,  1793-1797;  par  Emile  de  Bonnechose. 
6'  édition.  In-i8  Jésus,  iv-272  p.  Paris,  lib.  Hachette  et  Gie. 
1  fr.  25  cent. 

L'Héritage  d'un  pique-assiette  ;  par  Eugène  Chavette . 
m.  La  Fortune  des  Faustol.  In-18  Jésus,  372  p.  Paris,  lib. 
Dentu.  3  fr. 

Contes  du  roi  Cambrinus  ;  par  Charles  Deulin. 
t"  édition.  In-18  Jésus,  315  p.  Paris,  lib.  Dentu.  3  fr. 

Cours  de  littérature  dramatique,  ou  De  l'usage 
des  passions  dans  le  drame;  par  M.  Saint-Marc 
Girardin,  membre  de  l'Académie  française.  10"  édition, 
revue  et  corrigée,  T.  5.  In-18  Jésus,  520  p.  Paris,  lib.  Char- 
pentier et  Cie.  3  fr.  50  cent. 

Les  États-Unis  et  le  Canada;  par  M.  Xavier  Mar- 
mier,  de  l'Académie  française.  Gr.  in-8%  1kl  p.  et  2  gr. 
Tours,  lib.  de  Marne  et  fils. 

Deux  ans  au  lycée  ;  par  Mme  E.  de  Pressensé.  W  éd.  In- 
18  Jésus,  3/i5  p.  Paris,  lib.  Sandoz  et  Fischbacher.  2  fr.  50. 

Le  Dialecte  poitevin  au  XIII=  siècle;  par  A.  Bou- 
cherie, professeur  au  lycée  de  Montpellier.  In-8°  xxiv-392p. 

Paris,  lib.  Pedone-Lauriel. 


Publications  antérieures  : 


LES  GRAMMAIRIENS  FRANÇAIS  depuis  l'origine 
de  la  Grammaire  en  France  jusqu'aux  dernières  œuvres 
connues.  —  Par  J.  Tell.  —  Un  beau  volume  grand  in-18 
Jésus.  —  Prix  :  3  fr.  50.  —  Librairie  Firmin  Didol  frères, 
fils  et  Cie,  56,  rue  Jacob,  à  Paris. 


LE  ROMANCERO  FRANÇOIS,  histoire  de  quelques 
anciens  trouvères  et  choix  de  leurs  chansons,  le  tout  nou- 
vellement recueilli.  —  Par  PaïUiii  Paris.  —  Paris,  librairie 
Teckner,  52,  rue  de  l'Arbre-Sec.  Prix  :  8  fr. 


NOTIONS  ÉLÉMENTAIRES  DE  GRAMMAIRE  COM- 
PARÉE, pour  servir  à  l'étude  destrois  langues  classiques. 
—  Par  E.  Egoeh,  membre  de  l'Institut,  professeur  à  la 
Faculté  des  lettres,  maître  de  conférences  honoraire  à 
l'École  normale  supérieure.  —  Sixième  édition,  revue  et 
augmentée  de  quelques  notes.  —  Paris,  librairie  Durand 
et  Pedone-Lauriel,  9,  rue  Cujas. 


DICTIONNAIRE  ÉTYMOLOGKiUE  DES  NOMS  PRO- 
PRES D'HOMMES,  contenant  la  qualité,  l'origine  et  la 
signification  des  noms  propres  se  rattachant  à  l'histoire, 


à  la  mythologie,  des  noms  de  baptême,  etc.  —  Par  Paul 
Heoqlet-Boucr.axd.  — Paris,  ViclorSarlit,  libraire-éditeur, 
19,  rue  de  Tournon. 


HISTOIRE  MACCAROXIQUE  DE  MERLIN  COG- 
CAIE,  prototype  de  Rabelais,  ou  est  traicté  les  ruses  de 
Cingar,  les  tours  de  Boccal,  les  adventures  de  Léonard, 
les  forces  de  Fracasse,  les  enchantemens  de  Gelfore  et 
Pandrague,  et  les  rencontres  heureuses  de  Balde.  Avec 
des  notes  et  une  notice,  par  G.  Brunet,  de  Bordeaux.  — 
Nouvelle  édition,  revue  et  corrigée  sur  l'édition  de  1606. 
—  Par  P.-L.  Jacob,  bibliophile.  —  Paris,  Adolphe  Dcla- 
hays,  éditeur,  i-6,  rue  Voltaire. 


LES  ECRIVAINS  MODERNES  DE  LA  FRANCE,  ou 
Biographie  des  principaux  écrivains  français  depuis  le  pre- 
mier Empire  jusqu'à  nos  jours.  —  A  l'usage  des  écoles  et 
des  maisons  d'éducation.  —  Par  D.  Boxnefon.  —  Paris, 
librairie  Sandoz  et  Fischbacher,  33,  rue  de  Seine. 


MANUEL     DHISTUIRE    DE    LA    LITTÉRATURE 
FRANÇAISE,  depuis  son   origine  jusqu'à  nos  jours,  à 


48 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


l'usage  des  collèges  et  des  établissements  d'éducation.  — 
Par  F.  Marcillac,  maître  de  littérature  à  l'École  supé- 
rieure des  jeunes  filles  à  Genève.  —  Seconde  édition,  re- 
vue et  corrigée.—  Genève,  chez  H.  Georg.  libraire-éditeur. 


THIRD  FRENCH  COURSE,  Intended  as  a  sequel  to 
Arnold's,  Hall's,  Ann's,  Hamel's,  Levizac's,  De  Fivas'  and 
other  similar  educational  French'works.  By  A.  Cogery, 
B.A.,L.L.,FrenchMasterattheBirkbeckSchools,Peckham: 
etc.  —  Nouvelle  édition  revue  et  augmentée.  —  London  : 
Relfe  brothers,  Charterhouse  buildings  —  Two  shillings  — 
Corrigé  du  Third  French  course  :  Two  shillings. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS  (première,  seconde, 
troisième  et  quatrième  année).  — En  vente  au  bureau  du 
Courrier  de  Vaugelas.  26,  boulevard  des  Italiens.  —  Prix 
de  chaque  année,  broché,  6  fr.  —  Envoi  franco  pour  la 
France,  l'Algérie  et  l'Alsace-Lorraine. 


LES  MARGUERITES  DE  LA  MARGU"ERITE;  poé- 
sies de  la  reine  de  Navarre,  réimprimées  avec  les  gravures 
sur  bois  de  l'édition  originale.  —  ^'<'  XVI  du  Cabinet  du 
Bibliophile.  —  U  vol.  in-16,  format  deVHeptaméron,  tirés 
à  Z(00  exemplaires  sur  papier  de  Hollande.  — •  Prix  :  10  fr. 
le  volume.  —  Paris,  librairie  des  Bibliophiles,  338,  rue 
Saint-Honoré. 


ntr 


LITTÉRATURE     FRANÇAISE 

P.VR 

DÉsiHÉ  MSARD,  Membre  de  l'Académie  française. 


Quatre  volumes  in- 18  jésus  de  plus  de  400  pages  chacun. 

1«"-  vol.  :  Des  origines  jusqu'au  xvii^  siècle  ;  —  2«  vol.  :  Première  moitié  du  xvii»  siècle  ;   —  3^  vol. 
moitié  du  xvii'=  siècle  ;  —  W  vol.  :  Le  xvi;i=  siècle  avec  un  dernier  chapitre  sur  le  xix«. 

Cinquième  Edilion. 
Prix  de  l'ouvrage    :    16   francs. 


Seconde 


SE  TROUVE  A  PARIS 
A  la  librairie  de  Firmiti  Didol  frères,  fils  el  Cie,  56,  rue   Jacob. 


RENSEIGNEMENTS 
Pour  les  Français  qui  désirent  aller  professer  leur  langue  en  Angleterre. 


Dans  l'anïtoaire  commercial  et  industriel  de  .»/.  Alfred  Hamonet,  ouvrage  approuvé  par  les  Autorités  consulaires  de 
France,  on  trouve  la  liste  suivante  des  agents  de  Londres  par  l'intermédiaire  desquels  les  Professeurs  français  des  deux 
sexes  peuvent  parvenir  à  se  procurer  des  places  : 


M.  Bisson,  70,  Berners  Street,  W. 

M.  Biver  et  Cie,  i6,  Régent  Circus,  W. 

M.  Clavequin,  125,  Régent  Street,  W. 

M.  Griffiths,  22,  Henrietta  Street,  Covent  garden.W.  G. 


M.  Verstraete,  25,  Golden  Square,  W. 
Mme  Hopkins.  9,  New  Bond  Street,  W. 
Mme  Waghorn,  3i,  Soho  Square. 
Mme  Wilson,  i2,  Berners  Street,  W. 


Nota.  —  Les  majuscules  qui  figurent  à  la  fin  de  ces  adresses  servent  à  marquer  les  ■<  districts  »  pour  le  service  des 
Postes;  dans  la  suscription  des  lettres,  on  les  met  après  le  mot  Londres:  exemple  :  Londres  W,  Londres  W.  C. 


Le  volume  de  M.  Alfred  Hamonet,  qui  coûte  1  fr.  25,  se  trouve  à  la  librairie  Hachette,  à  Paris. 


CONCOURS     LITTÉRAIRES. 


.Appel  aux  prosateurs. 


L'Académie  française  décernera  pour  la  première  fois,  en  1875,  le  prix  Jouy,  de  la  valeur  de  quinze  cents  francs, 
prix  qui,  aux  termes  du  testament  de  la  fondatrice,  doit  être  attribué,  tous  les  deux  ans,  à  un  ouvrage,  soit  d'obser- 
vation, soit  d'imaginalion,  soil  de  critique,  et  ayant  pour  objet  Vëtude  des  mœurs  actuelles.  —  Les  ouvrages  adressés 
pour  ce  concours  devront  être  envoyés  au  nombre  de  trois  exemplaires  avant  le  1"  janvier  1875.       , 


Le  rédacteur  du  Courrier  de  Vaugelas  esl  visible  a  son  bureau  de  midi  à  une  heure  et  demie. 


Imprimerie  Gouverneur,  G.  Daupeley  à  Nogent-le-Rotrou. 


5"g  Année. 


N"   7. 


1'"^  Juillet  1874. 


QUESTIONS 
GRAMMATICALES 


LE 


QUESTIONS 
PHILOLOGIQUES 


^^' 


\<Wy^  Journal  Semi-Mensuel  ^J  J  A 

S^     CONSACRÉ    A    LA    PROPAGATION     UNIVERSELLE     DE    LA   LANGUE     FRANÇAISE       "^>(    1 


Paralsaant    la    f  et    1«    IS    de    ehaane   mola 


PRIX  : 

Abonnement  pour  la  France.    6  f. 

Idem        pour  l'Étranger   10  f. 

Annonces,  la  ligne  .     .     .     .  50  c 


Rédacteur:  Eman  MARTIN 

ANCIEN     PROFESSEUR     SPÉCIAL      POUR      LES      ÉTRANOEnS 

Oflicier  d'Académie 
26,  boulevard  des  Italiens,  Paris 


ON  S'ABONNE 

En  envoyant  un  mandat  sur  la  poste 
soit  au  Rédacteur,  soit  à  l'Adra' 
M.  FiscHBACHER,  33,  rue  de  Seine. 


SOMMAIRE. 
Communication  concernant  le  verbe  Ifailre;  —  Etymologie  du 
mot  Oinelelle;  —  Si,  dans  les  phrases  interjetées,  on  peut 
mettre  un  verbe  équivalent  à  Dire  suivi  d'un  participe  présent; 
—  Emonciion  n'est  pas  un  oubli  de  M.  Litlré.  ||  Explication  de 
l'eipressioD  Faire  four:  —  S'il  y  a  une  différence  dans  l'emploi 
de  Second  el  de  Deuxième.  ||  Passe-temps  grammalical.  ||  Suite 
de  la  biographie  A' Antoine  Oudin.  ||  Ouvrages  de  grammaire 
et  de  littérature.  ||  Renseignements  pour  les  Français  qui  désirent 
se  placer  comme  professeurs  eu  Angleterre.  ||  Concours  liltéraires. 


FRANCE 


COMMUNICATIOiN. 

Relativement  à  une  question  traitée  dans  mon  nu- 
méro 5,  j'ai  reçu  de  M.  le  Secrétaire  de  la  rédaction  du 
journal  la  France,  la  lettre  qu'on  va  lire  : 

Paris,  le  4  juin  1874. 
Cher  Monsieur, 
La  question   que  je  vous  retourne  ci-jointe,  marquée  à 
l'encre,  porte  sur  une  étrange  erreur  de  lecture,  que  vous 
avez  partagée  dans  votre  réponse,  faute  sans  doute  d'avoir 
sous  les  yeux  le  paragraplie   complet  d'où  la  phrase  est 
extraite. 
Le  texte  porte  : 

«  La  société,  comme  la  langue  que  nous  parlons  et  que 
nous  écrivons,  nous  est  commune  à  tous.  De  là  sa  tyran- 
nie. L'homme  naît  son  sujet...  » 

Rien  de  plus  simple  comme  vous  voyez  :  l'homme  naît 
le  sujet  de  la  société  et  n'a  qu'à  se  soumettre,  sans  les  dis- 
cuter, à  sa  morale,  à  ses  principes,  etc. 

Ne  voyez  dans  ceci.  Monsieur,  qu'une  preuve  de  l'intérêt 
avec  lequel  je  suis  votre  publication,  et  croyez  à  mes  sen- 
timents sympathiques. 

E.  Masseras. 
Mes  remerciements  au  bienveillant  auteur  de   ces 
lignes,  et,  à  la  personne  qui,  le  H  3  décembre  (873,  m'a 
adressé  de  Pans  la  phrase  dont  il  \  est  question,  prière 
de  vouloir  biéfa,  sans  toutefois  ralentir  son  zèle,  ne 
m'envoyer  dorénavant  que  des  phrases  complètes. 
X 
Première  Question. 
M.  Litlré  donne  comme,  origine  ^'omelette  l'éti/mo- 
logie  ALII.MELLE,  vieux  mot  venu  lui-même  de  lamella, 


petite  lame.  Ne  faudrait -il  pas  soupçonner  dans 
OMELETTE  Une  Origine  latine,  par  exemple  ovcm,  œuf,  et 
MiscEO,  je  mêle,  l'omelette  étant  un  mélange  d'œufs  ? 

Depuis  le  xiv'  siècle,  époque  oîi  omelette  commença 
à  être  connu  par  des  textes  (si  M.  Littré  en  a  bien 
recueilli  les  plus  anciens  exemples)  jusqu'au  xvi"  siècle, 
on  a  dit  une  omelette  d'œufs,  comme  le  prouvent  ces 
citations  : 

Et  illec  fut  fait  essay  de  certains  poysons  qui  furent  faiz 
manger  au  chien  de  Macé  Blanchet  en  une  fressure  de 
mouton  frite  et  en  une  amelete  d'œufs. 

[Bill,  des  Chants,  4«  série,  t.  I,  p.  i68.) 

En  pareille  alliance,  l'ung  appelloit  une  sienne  mon  ho- 
melaicte,  elle  le  nommoit  mon  œuf,  et  estoient  alliez 
comme  une  homelaicle  d'œufz. 

(Habelait,  Parti.  IV,  9.I 

Dans  les  dictionnaires  des  langues  étrangères  qui 
n'ont  pas  adopté  omelette,  on  trouve  ce  mot  expliqué 
comme  il  suit  :  en  espagnol,  tortilla  de  Iiuevos  (petite 
tourte  d'œufs)  ;  en  portugais,  fritada  d'ovos  (friture 
d'œufs)  ;  en  allemand,  eier-kuchen  (gâteau  d'œufs)  ;  en 
anglais,  kind  of  pancake  of  eggs  (une  sorte  de  crêpe 
faite  avec  des  œufs). 

D'où  il  résulte  que  omelette  d'œufs  =  petite  tourte 
d'œufs  =  friture  d'œufs  =  gâteau  d'œufs  =  crêpe 
d'œufs,  ou,  en  d'autres  termes,  et  plus  simples,  que  le 
sens  général  de  omelette  est  donné  pour  celte  for- 
mule : 

Omelette 

II 

Petite  tourte,  —  friture,  —  gâteau,  —  crêpe. 

Le  sens  du  mot  omelette  une  fois  connu,  on  peut 
s'en  servir  comme  de  pierre  de  touche  pour  apprécier 
la  valeur  des  étymologies  diverses  qui  ont  été  proposées 
jusqu'ici  pour  ce  mot. 

Quelles  sont  ces  étymologies? 

Lamolhe-Levayer,  Ch.  Nodier,  et  avant  eux  Trévoux 
et  Ménage  ont  indiqué  œufs  mêles;  d'autres  ont  cru 
que  omelette  venait  du  grec  aiJ-uXaTiv,  mis  pour  a.\).(x, 
ensemble,  et  Xusiv,  battre,  délayer,  dissoudre;  d'autres 
ont  vu  son  origine  dans  un  autre  mot  de  la  même 


50 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


langue,  oo|X£Xtva,  fait  de  oov,  œuf,  et  de  jxeXi,  miel;  et 
enfin,  pour  M.  Lillré,  alumelle  «  parait  «  être  l'élymo- 
logie  cherchée,  parce  qu'une  omelette  est  plate  comme 
une  alumelle,  nom  que  l'on  donnait  autrefois  à  la 
lame  d'un  couteau. 

Mais,  attendu  que  œufs  mêlés,  pas  plus  que  a|j.uXaTcv 
ni  ooiJLeXiva,  ni  même  alumelle,  ne  contiennent  l'idée 
fondamentale  renfermée  dans  le  mot  omelette  (tourte, 
gâteau,  friture,  crêpe),  cest-à-dire  l'idée  d'un  mets 
préparé  au  moyen  du  feu,  j'ai  cru  devoir  chercher 
satisfaction  ailleurs;  et,  non  sans  peine,  j'ai  trouve  a 
omelette  l'origine  suivante  que  je  m'empresse  de  vous 
adresser. 

Dans  le  premier  des  exemples  que  j'ai  cités  en  com- 
mençant, le  mot  en  question  est  sous  la  forme  amelettc, 
qui  se  trouve  encore  en  sous-titre  dans  le  dictionnaire 
français-hollandais  de  Marin,  publié  en  ^82,  et  qui 
exist'e  absolument  sous  la  même  forme  en  Picardie  et 
dans  le  Bas-Maine  :  il  faut  donc  chercher  l'origine 
à'amelette,  puisqu'il  est  plus  ancien  ^a'omeletie;  et, 
comme  d'un  autre  côté,  le  simple  aspect  A'amelctte 
montre  que  c'est  un  diminutif  (ce  qui  est  confirme  par 
l'espagnol  tortilla,  une  petite  tourte),  la  question  se 
réduit  à  trouver  doù  vient  le  primitif  amele. 

Après  avoir  cherché  vainement  ce  mot  dans  Roque- 
fort, dans  Du  Gange  et  dans  tous  les  glossaires  du  vieux 
français,  je  l'ai  cherché  en  latin  sans  plus  de  succès; 
mais',  et  heureusement,  il  me  semble,  j'ai  interrogé  le 
vocabulaire  grec,  et  voici  ce  que  j'ai  trouvé  dans 
Alexandre,  p.  71,  col.  3,  pour  second  sens  de  av-u'koc,  : 
3ubs.  An-j).o;,  m  (o,  7)),  sorte  de  pâtisserie. 

Or,  si  l'on  rapproche  le  sens  d'aij.uXoç  de  celui 
d'omelette  (tourte,  gâteau),  ne  vient-il  pas  immédiate- 
ment à  la  pensée  que  aiJ.uXîç  offre,  et  par  le  sens  et  par 
la  forme  (car  I'j  changé  en  y  pour  faire  amyle  a  par- 
faitement pu  devenir  un  e  dans  amelette\,  la  source  la 
plus  probable  d'où  l'on  ait  tiré  omelette,  corruption 
A'anielette? 

Voyons  du  reste  quelles  objections  on  pourrait  faire 
à  celte  étymologie. 

Première  objection.  —  Dans  la  partie  consacrée  à  la 
manière  d'accommoder  les  œufs,  le  Menagier  de-Paris, 
ouvrage  composé  en  1393,  appelle  une  omelette  une 
alumelle,  comme  le  prouve  cette  citation  prise  t.  II, 
p.  208  : 

Quant  l'en  cuideroit  frire  son  alumelle,  le  frommage  qui 
Beroit  dessoubs  se  tendroit  à  la  paelle;  et  ainsi  fait-il  d'une 
alvmelle  d'œufs,  qui  mesle  les  œufs  avec  le  frommage. 

Or,  si  11J.J/.0;  est  la  véritable  étymologie  de  omelette, 
comment  expliquer  qu'il  ait  fait  alumelle,  un  intermé- 
diaire authentique  entre  a'fi.uXsi;  et  omelette? 

Réponse.  —  Tant  que  le  dérivé  â'amele  a  été  terminé 
par  tte,  le  mol  n'olfrant  aucune  difficulté  quant  à  sa 
prononciation  et  n'ayant  aucun  homophone,  il  est  resté 
sous  la  forme  amelette,  forme  qui,  comme  je  l'ai  déjà 
dit,  existe  encore  en  Picardie  et  dans  le  Bas-Maine; 
mais  quand  il  iiril  la  finale  lie,  qui  était  préférée  aileurs 
(puisqu'au  lieu  de  alouette  on  rencontre  «/oue//e),  on 


trouva  plus  doux  de  faire  changer  de  place  à  Vm  et  à  1'/ 
[scintiller  et  étinceler  offrent  un  semblable  changement 
entre  c  et  t],  et  l'on  fit  alemelle,  mot  qui  désignait  déjà 
une  petite  lame  (de  alemella,  diminutif  de  lamina)  : 
L'espee  brise,  Valemele  chaït 

i^Rom.  de  Gar.  le  Lohrain,  t.  II,  p.  36  ) 

Coutel  nous  fet  sanz  alemele... 

(r,a  Bat.  des  Vil  ars  dans  Rutebellf,  t.  II.  p,  43l.) 

Pour  détruire  l'amphibologie,  on  dit  enfin  alumelle, 
qui  non-seulement  se  trouve  dans  le  Menagier,  mais 
encore  existe  dans  le  breton  sous  la  forme  alumen 
(n=:  1),  comme  on  le  voit  dans  Le  Godinec. 

Seconde  objection.  —  Le  mot  omelette  a  eu  aussi  la 
forme  aumelette,  car  on  trouve  dans  Olivier  de  Serres, 
939  : 

Une  aumelele  faite  de  cinq  ou  six  jaunes  d'œufs. 

Comment  amele  peut-il  expliquer  cette  forme-là? 

Réponse.  --  A  celle  époque,  les  patois  existaient 
depuis  des  siècles  ;  or,  j'ai  dit  précédemment  que  atne- 
lette  se  trouvait  dans  celui  de  Picardie  et  dans  celui  du 
Bas-Maine;  aumelette  provient  de  celte  forme  dont  Va 
a  été  changé  en  au,  fait  commun  en  anglais,  où  l'on 
écrit  aunt  (notre  ante),  tante,  et  dont  l'ancien  français 
n'est  pas  sans  exemple. 

Troisième  objection.  —  Puisque  le  breton  a  le  mot 
alumen  pour  désigner  une  omelette,  pourquoi  ne  pas 
considérer  ce  vocable  comme  Fétymologie  demandée, 
sans  aller  chercher  un  mot  grec  arrivé  en  France  on  ne 
sait  quand  ni  comment? 

Réponse.  —  Le  terme  alumen  n'appartient  pas  en 
propre  au  breton  (qui  dit  plus  communément  eur 
fritaden  viou,  une  friture  d'œufs),  car  il  ne  se  trouve 
pas  dans  le  Gaëlic  Dictionary  d'Armstrong,  et  il  se 
montre  dans  un  ouvrage  composé  par  un  bourgeois  de 
Paris  à  la  fin  du  xiV  siècle.  Or,  quand  on  songe  que 
pendant  que  les  Croisés  furent  maîtres  de  Constanli- 
nople  (1204  à  12611,  le  duc  de  Bretagne,  Pierre  Mauclerc 
se  croisa  deux  fois,  il  ne  répugne  nullement  de  croire 
que  a[iuXs<;,  désignant  chez  les  anciens  Grecs  un  produit 
culinaire  qui  pouvait  alors  n'être  pas  oublié  en  Orient, 
ait  été  rapporté  en  Bretagne  par  les  soldats  du  duc, 
comme  il  a  pu  l'être  chez  nous  par  ceux  du  roi. 

Le  vocable  a^j.jXcç  résiste  aux  objections  qu'on  peut 
lui  adresser  :  je  le  crois,  pour  celte  raison,  la  véritable 
étymologie  d'omelette,  forme  à  laquelle  il  serait  arrivé 
par  les  transformations  suivantes  : 

Ajj.uXoç,  amyle,  amele,  dont  il  ne  reste  pas  d'exemple; 
alumen  et  alumelle,  par  changement  de  place  entre  m 
et  /  (Bretagne  et  lle-de-Frauce)  ;  amrlelte,  dont  la  finale 
pouvait  être  jointe  au  primitif  amele  sans  intervertir 
l'ordre  de  m  et  de  l  (patois  picard,  celui  du  Bas-Maine, 
Dictionnaire  français-hollandais  de  Marin),  et  enfin 
omelette,  par  un  changement  de  a  initial  en  o,  change- 
ment qui  n'a  rien  que  de  très-ordinaire. 

X 

Seconde  Question. 

Dans  lu  Vie  de  Bohême,   par  Murger,   on  trouve, 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


91 


p.  131,  la  phrase  mimnte  :  «  Oui,  Monsieur,  continua 
Carlos,  la  haute  philosophie,  voilà  oit  j'aspire  r>,  et, 
dans  Rabelais,  p.  381,  éd.  Paul  Lacroix,  celte  autre  : 
«  Je  ne  voxildroy  (dist  Pantagruel  continuant)  n'avoir 
pali/  la  iounnenle  marim  laquelle  tant  nous  a  vexez  et 
travaillez.  »  La  comparaison  de  ces  deux  phrases  inter- 
jetées me  suggère  cette  question  générale  :  Est-il  permis 
aujourd'hui,  dans  une  phrase  de  celte  espèce,  d'em- 
ployer un  verhe  qui  tienne  lieu  de  son  participe  présent 
précédé  du  verbe  dire? 

La  presse  périodique  el  beaucoup  d'auteurs  contem- 
porains fourntiillenl  de  phrases  interjetées  construites 
avec  de  tels  verbes;  en  voici  un  certain  nombre  que 
j'ai  recueillies  dans  mes  lectures  : 

(Verbes  neutres  employés  comme  actifs) 
Anacliarsis,  minauda  Mademoiselle  Victoria,  tu  es  insup- 
portable avec  tes  interruptions. 

(Li  Figaro  du  a5  août  i8^i.) 

Ail,  ah,  ati!  ricane  l'Univers,  ali  !  le  bon  billet  qu'a 
M.  Thiersl 

(Le  Radical  du  35  octobre  1871.) 

Je  VOUS  répète  que  vous  déplacez  la  question,  gronda 
Brisembourg,  avec  une  sourde  colère. 

{Gabelle  de  Paris  dn  aS  mars  1871.) 

Cet  impôt  est  immoral,  injuste,  odieux,  tonnait  M.  Pouyer- 
Quertier. 

(La  Ripub.  franc,  du  18  mari  1874O 

Le  fait  est,  mon  cher,  intervint  un  de  ses  confrères,  qu'il 
n'est  pas  facile  de  vous  arriver  à  la  cheville. 

[.L'Evénemenl  du  3o  novembre  187J  ) 

Ajoutons,  insista  le  docteur,  qu'éveillé,  il  est  difficile  d'être 
surpris 

(Emile  Gaboriau  ) 
Parlez!  soupira  M.  Jules  Arthur  Dimanche. 

(Marc-Bayeux.) 

(Verbes  actifs  n'ayant  pas  le  régime  qui  leur  con- 
vient) 
C'est  bien,  c'est  bien,  interrompit  Jersey,  d'un  ton  bourru. 

[La  Patrie  du  a8  septembre  l87l.( 

Ce  n'est  pas  la  Commission  qui  a  dit  cela,  s'excuse  M.  de 
Sugny,  c'est  Nicolas. 

(L'État  d-a  9  avril  1873.) 

J'avoue,  inlerrompis-je,  que  cette  première  impression  est 
absolument  défavorable  à  l'accusé. 

(Le  Gauloit  du  i5  novembre  187 1.) 
Mais  c'est  énorme,  s'cidama  un  de  ses  amis;  comment 
vous  payez  1,500  fr.  un  valet  de  chambre? 

(Le  Figaro  du   ;"  avril  1S71.) 

Je  veux  d'abord,  a-t-il  commence,  donner  au  tribunal  cette 
assurance  que  tous  mes  efforts  tendront  à  éviter  de  pas- 
sionner les  débats. 

(Le  Petit  Journal  du  ii  août  1871 .) 

Mais,  à  mon  avis,  toutes  ces  phrases  sont  mauvaises, 
et  cela,  pour  les  raisons  suivantes  : 

<°  Parce  qu'étant  des  phrases  interjetées,  leur  verbe 
doit  avoir  pour  complément  direct  les  mots  prononcés 
par  la  personne  que  désigne  le  sujet,  ce  qui  n'a  lieu 
pour  aucune  d'elles  ; 

2"  Parce  que  ces  verbes,  tout  transposés  qu'ils  sont 
pour  former  des  phrases  interjetées,  ne  peuvent,  par  ce 
simple  changement  de  place,  acquérir  le  sens  de  dire, 


qu'ils  n'ont  pas  dans  la  construction  naturelle  de  leurs 
phrases  respectives  ; 

3°  Enfin,  parce  qu'on  ne  rencontre  dans  aucun  clas- 
sique de  phrases  interjetées  avec  un  verbe  prenant  ainsi 
à  la  fois  le  sens  de  deux  autres. 

Il  n'y  a  que  les  verbes  dire,  répondre,  demander, 
répliquer  et  peut-être  un  ou  deux  autres  qui  puissent 
figurer  dans  les  phrases  de  cette  nature;  quand  on  veut 
indiquer  comment  l'action  qu'ils  expriment  est  faite, 
on  met  après  eux  le  pronom  en  et  le  participe  présent 
d'un  verbe  propre  à  cet  effet  : 

Anacharsis,  dit  Mademoiselle  Victoria  en  minaudatit;  — 
Ah,  ah,  ah?  dit  l'Univers  en  ricanant,  ahl  le  bon  billet  qu'a 
M.  Thiersl — C'est  bien,  c'est  biCT\,  dit  Jersey  en  interrompant 
d'un  ton  bourru  ;  —  Je  veux  d'abord,  a-t-il  dit  en  commen- 
çant, donner  au  tribunal,  etc.,  etc. 

Si  l'usage  s'établissait  de  construire  autrement  ces 
dernières  phrases,  ce  serait  l'avènement  d'une  règle 
aussi  nouvelle  que  peu  nécessaire  dans  la  syntaxe  de 
nos  verbes. 

X 
Troisième  Question. 

Dans  le  dernier  numéro  de  la  i"  année  du  Gocrrier 
DE  Vaugelas,  vous  VOUS  êtes  servi  du  substantif  mo^c- 
TiON  pour  signifier  l'action  de  se  moucher.  Or,  ce  mot 
n'est  point  dans  le  dictionnaire  de  Littré,  qui  a  cepen- 
dant, pour  la  quantité  des  termes,  renchéri  sur  l'Aca- 
démie. Auriez-rous  la  bonté  de  me  dire  si  c'est  encore 
un  oubli  de  notre  célèbre  académicien .' 

Vous  venez  de  m'apprendre,  à  mon  grand  étonne- 
raent,  que,  de  même  que  M.  Jourdain  faisait  de  la  prose 
sans  le  savoir,  j'ai  fait,  moi,  un  néologisme  sans  m'en 
douter:  car,  en  effet,  émonction  ne  se  trouve  dans  au- 
cun des  dictionnaires  français  que  j'ai  consultés  à  la 
Bibliothèque. 

Mais  ce  n'est  pas  offenser  la  langue  que  d'y  intro- 
duire un  nouveau  terme,  et  même,  quelquefois,  c'est 
lui  rendre  un  service  quand  ce  terme  est  nécessaire  et 
qu'il  est  régulièrement  fait  :  voyons  donc,  avant  de 
m'avouer  coupable,  si  émonction  ne  remplirait  pas  les 
conditions  que  je  viens  de  dire. 

Ce  mot  est-il  nécessaire? 

Vous  êtes  pris  d'un  fort  rhume  de  cerreau,  accident 
qui  n'a  rien  de  rare;  vous  pouvez  à  peine  vous  mou- 
cher; on  vous  enseigne  un  remède  qui  facilitera  cette 
opération  ;  vous  vous  en  trouvez  bien  ;  vous  le  con- 
seillez à  voire  tour  en  disant  qu'il  rend (comment 

nommer  autrement  l'action  de  se  moucher?;  Vémonc- 
iion  plus  facile. 

Pour  ce  qui  me  concerne,  je  disais  [Courrier  de  Vau- 
gelas, A'  année,  p.  187)  en  parlant  de  la  mèche  d'une 
bougie  : 

Pendant  qu'elle  i^st  allumée,  il  est  souvent  nécessaire  de 
lui  pratiquer  une  opération  qui  s'appelle  moucher,  par  ana- 
logie probablement  avec  celle  de... 

Je  voulais  finir  ma  phrase  par  un  substantif,  et  je 
n'en  pouvais  employer  d'autre,  il  me  semble,  que 
émonction,  qui  correspond  naturellement  au  verbe 
latin  emungcre,  se  moucher. 


52 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


Ce  mot  est-il  régulièrement  fait? 
La  plupart  de  nos  substantifs  en  ion  sont  formés  du 
supin  du  verbe  latin  d'où  dérive  le  verbe  français  cor- 
respondant à  ce  substantif,  preuve  : 

Mixtion      de  mixtum  supin  de  miscere      (mêler) 
Ablution    —  ablutum        —       abluere      (laver) 
Vision         —  visum  —       videre        (voir) 

Scission      —  scissum         —       sciiidere    (scinder) 
Action        —  cictum  —       agere         (agir) 

Flexion      —  flexum  —       flectere      (fléchir) 

Par  analogie,  émnncfion  de  emunc/iim,  peut  parfaite- 
ment se  dire  pour  l'action  de  se  moucher  [emungere]. 

Emonction  est  nécessaire  ;  de  plus,  il  est  régulièrement 
fait;  je  ne  vois  pas  pour  quelle  raison  ce  mot  ne  serait 
pas  admis  dans  notre  vocabulaire,  où  j'en  pourrais 
compter  sans  peine  une  douzaine  d'autres  qui  sont  loin 
d'y  avoir  les  mêmes  droits. 

Une  dernière  raison  en  faveur  de  émoncfion  :  la 
famille  de  moucher  n'est  pas  complète  en  français;  car 
si  elle  a  un  verbe  (moucher),  un  nom  d'instrument 
pour  faire  l'action  (mouchoir,  mouchelles],  un  nom 
pour  désigner  celui  qui  fait  l'action  (moucheur),  un 
autre  pour  désigner  le  résultat  matériel  de  l'action 
[niouchuré],  elle  n'a  pas  de  nom  pour  désigner  l'action 
elle-même.  Or,  emonction  vient  à  propos  pour  combler 
cette  lacune. 


ÉTRANGER 


Première  Question. 
Une  autre  expression  composée  du  verbe  faire  que  je 
vous  prierais  de  vouloir  bien  encore  m' expliquer ,  c'est 
FAIRE  FODR,  qiii  sc  dit  si  fréquemment  aujourd'hui  pour 
exprimer  la  non-réussite,  l'insuccès. 

Dans  le  mois  de  décembre  1873,  Paris-Journal,  ainsi 
que  me  l'apprend  le  Voleur  du  2  janvier  1874,  donnait 
à  ses  lecteurs  l'origine  suivante  de  l'expression  dont  il 
s'agit  : 

Vers  1855,  il  y  avait  à  Paris,  rue  de  Bondy,  un  pâtissier 
du  nom  de  Jullien,  qui  s'était  mis  en  tête  de  faire  de  la 
littérature.  Il  composa  cinq  ou  six  drames  successifs  qu'il 
porta  à  VAmbiiju,  son  voisin. 

A  force  do  persévérance,  il  finit  par  en  faire  recevoir 
un,  la  Maison  maudite.  On  ne  put  en  jouer  que  deux 
actes. 

Le  pâtissier  Jullien  rentra  tristement  chez  lui,  prit  tous 
ses  manuscrits,  y  compris  celui  de  la  Maison  maudite,  et 
les  jeta  dans  son  four,  où  ils  se  calcinèrent  peu  à  peu.  Tous 
ses  gâteaux  eurent  ce  soir-là  un  goût  de  papier  brûlé  dont 
se  plaignirent  les  pratiiues. 

Le  désolé  Jullien  lit  des  aveux  qui  coururent  les  jour- 
naux. Inde  l'expression. 

Mais  cette  uiigine  n'est  pas  plus  vraie  que  toutes 
celles  qu'on  pourrait  établir  sur  un  l'ait  se  rapportant  à 
noire  siècle;  el  cela,  pour  la  bonne  raison  que  faire 
four  existait  au  commencement  du  siècle  précédent,  ce 
que  mettent  en  évidence  ces  lignes,  copiées  dans  le 
dictionnaire  de  Furetière  (1727)  : 

En  termes  de  comédien,  on  dit  Faire  un  four  pour  dire 
qu'il  est  venu  si  peu  de  ^ens  pour  voir  lu  représentation 


d'une  pièce,  qu'on  a  été  obligé  de  rendre  l'argent  et  de  les 
renvoyer  sans  la  jouer. 

Maintenant,  pourquoi  les  comédiens,  refusant  de 
jouer  et  renvoyant  leur  public,  appelaient-ils  cela  faire 
un  four  ? 

D'après  M.  Littré,  c'est  parce  qu'en  agissant  ainsi, 
ils  rendaient  la  salle  «  aussi  noire  qu'un  four;  »  mais, 
attendu  que  la  même  expression  ne  s'emploie  jamais 
en  parlant  d'un  autre  endroit  qu'on  prive  d'éclairage, 
quoiqu'il  y  ait  cependant  identité  d'état  avec  une  salle 
de  spectacle  dont  les  lumières  viennent  d'être  subite- 
ment éteintes,  il  m'a  semblé  que  ce  ne  pouvait  être  là 
le  «  sens  primitif  de  l'expression  »  ;  je  l'ai  en  consé- 
quence chercbé  ailleurs,  et  j'ai  trouvé  que,  selon  toute 
probabilité,  ce  four  vient  de  l'italien  fuori,  dehors, 
opinion  qui  s'appuie  sur  les  considérations  que  voici  : 

D'abord  cette  étymologie  est  une  de  celles  que  la 
prononciation  peut  avouer,  car  I'm  italien  étant  pro- 
noncé ou  et  l'accent  étant  mis  sur  la  syllabe  o,  Vi  final 
est  à  peine  sensible,  et  fuori  ne  fait  guère  entendre  que 
four  à  une  oreille  française. 

Ensuite,  elle  rend  bien  compte  du  sens  de  l'expres- 
sion faire  un  four;  car  des  gens  que  l'on  congédie  sont 
des  gens  que  l'on  met  dehors;  puis,  du  reste,  aujour- 
d'hui encore  en  Italie,  quand  le  public  veut  rappeler 
tout  le  monde-,  c'est-à-dire  faire  sortir  tous  les  acteurs 
des  coulisses,  ne  crie-t-il  pas  :  fuori!  fuori!  dehors  \ 
dehors  I 

Enfin,  elle  ne  contredit  en  rien  l'histoire,  car  c'est 
en  1577,  sous  Henri  ill,  que  Paris  commença  à  avoir 
des  acteurs  italiens,  et  c'est  en  1639  seulement,  comme 
le  prouve  la  citation  suivante,  que  four  nous  apparaît 
pour  la  première  fois  : 

Ce  Magnon  fit  beaucoup  d'ouvrages,  et  le  registre  de  La 
Grange  nous  apprend  que  quand  Molière  et  sa  troupe  furent 
installés  à  Paris,  ils  représentèrent  sans  doute  par  bon  sou- 
venir, le  12  décembre  1659,  une  zénobie  de  cet  auteur.  La 
pièce  n'eut  pas  grand  succès,  car  La  Grange,  après  avoir 
sorti  hors  ligne  la  somme  très-faible  que  produisit  chacune 
des  trois  premières  représentations,  met  comme  résultat 
de  la  quatrième  :  un  four... 

(Tasch«reau,  Nist.  de  Molière,  p.  aia,  3*  édit.) 

L'existence  d'un  théâtre  italien  à  Paris  explique  four 
comme  terme  de  coulisses;  ce  mol  s'employant  pour 
congédier  des  spectateurs,  il  a  pris  le  sens  de  renvoi; 
partant  de  cette  signification  de  four,  les  acteurs  fran- 
çais ont  créé  l'expression  faire  un  four  pour  dire  ren- 
voyer le  public;  puis,  comme  cela  était  la  conséquence 
du  peu  d'attraction  qu'avait  exercé  la  pièce  qu'on  s'était 
proposé  de  jouer,  on  a  appliqué  naturellement  faire  un 
four  à  la  pièce  qui  n'avait  pas  été  représentée,  ce  qui 
donna  pour  sens  de  l'expression  :  ne  pas  réussir. 

X 

Seconde  Question. 
A  la  pat/e  3  de  votre  numéro  du  I"  airil,je  lis  : 
«  SECo.'vnE  (iiESTiON  ».  N'cst-H  pas  admis  que  second 
suppose  l'absence  de  ■rnoisibiE'i' 

Deuxième,  non  précède  d'un  nombre  de  di/aincs,  ne 
commença  guère  à  s'employer  qu'au   xvn'  siècle;    il 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


33 


figure  à  la  vérité  dans  l'alsgrave,  mais  il  n'est  pas  dans 
Nicot  :  on  le  trouve  dans  Balzac,  dans  Descartes,  dans 
La  Fontaine  et  dans  Bossuet;  au  xtiii',  il  devint  plus 
général  encore  ;  et,  de  notre  temps,  il  est  souvent  con- 
fondu avec  second,  d'origine  beaucoup  plus  ancienne. 

Or,  faut-il  faire  une  distinction  dans  l'emploi  de  ces 
deux  termes? 

Des  grammairiens  l'ont  pensé,  et  Girault-Duvivicr  3, 
fait  de  leur  opinion  l'objet  de  la  note  suivante  [liem. 
détach.,  p.  90)  : 

On  dit  également  le  premier,  le  second,  le  troisième,  le 
quatrième,  etc.,  et  le  premier,  le  deuxième,  le  troisième  et 
le  quatrième,  etc. 

Mais  il  y  a  cette  différence  que  le  deuxième  lait  songer 
nécessairement  au  troisième,  qu'il  éveille  l'idée  d'une  série, 
et  que  le  second  éveille  l'idée  d'ordre  sans  celle  de  série. 
On  dira  donc  d'un  ouvrage  qui  n'a  que  deux  tomes  :  voici 
le  second  (orne,  et  non  pas  le  deuxième,  et  de  celui  qui  en  a 
plus  de  deux  :  voici  le  deuxième  tome,  ou  si  l'on  veut,  voici 
le  second  tome. 

Mais  quand  je  considère  : 

r  Que  du  temps  de  Vaugelas,  il  n'a  été  fait  aucune 
remarque  sur  l'emploi  de  ces  expressions; 

2°  Qu'au  siècle  suivant,  il  n'était  établi  non  plus 
aucune  différence  entre  ces  mots,  puisqu'on  trouve 
dans  le  dictionnaire  de  Furetière  (1727)  et  dans  celui 
de  Trévoux  (1771)  : 

César  aimoit  mieux  être  le  premier  en  un  village  que 
d'être  le  deuxième  à  Rome, 

3°  Que  l'Académie  de  1835  garde  le  silence  le  plus 
complet  sur  cette  prétendue  différence  ; 

4°  Que  M.  Littré  déclare  «  arbitraire  »  la  distinction 
proposée  entre  les  termes  en  question  ; 

5°  Que  l'Académie  des  Sciences,  à  qui  l'on  ne  peut 
refuser  une  certaine  compétence  en  fait  d  expressions 
numériques,  édite,  comme  vous  me  l'apprenez,  des 
comptes-rendus  qui  portent  en  tête  ces  mots  :  Deuxième 
semestre; 

J'en  conclus  qu'on  est  parfaitement  libre  d'employer, 
quand  bon  semble,  ou  deuxième  ou  second,  et  qu'il  y 
aurait  puérilité  à  observer  la  distinction  subtile  que 
Boniface  a  voulu  établir  [Manuel  des  Etrarujers,  2'  an- 
née, p.  8)  et  que  la  grammaire  de  Noël  et  Chapsal  a 
malheureusement  propagée  avec  trop  de  succès. 


PASSE-TE.MPS   GKA.MMATICAL 


Corrections  du  numéro  précédent. 

I°...  en  qualité  de  sorciers,  les  savants;  —  2'...  il  y  aura 
de  la  poésie  ici-bas  (pas  toujours,  qui  forme  pléonasme  après 
tant  que);  —  3°...  C'est  étrange  a  dire,  mais;  — -i'...  parmi  les 
divers  dentifrices  (on  ne  peut  pas  dire  ipiun  moyen  esl  composé 
d'albâtre,  etc.)  ;  —  ô°...  trop  éclalaiils  jiour  que  vous  pussiez 
échapper;  —  6'...  après  l'avoir  assommé  de  coups  et  lui  aroir 
foulé  un  bras,  lui  ont  enlevé  son  fusil  ;  —  7"...  et  moi  qui  fais 
partie;  — 8°...  à  sa  rédaction  n'a  |ias  laissé  de  (sans  que);  — 
9"...  que  JH.squ'à  ce  que  le  pays  eiil  monlré;  —  10°...  je  préfère 
mourir  plutûl  que  de  me  rendre  voleur  (Voir  Courrier  de  Vau- 
gelas, i'  année,  p.  153). 


Phrases  à,  corriger 

trouvées  pour  la  plupart  dans  la  presse  périodique. 

!•  Il  s'est  passé  à  Bade,  lors  du  passage  du  prince  Gorts- 
chakoff  dans  cette  ville,  un  fait  auquel  nous  ne  voudrions 
pas  donner  plus  d'importance  qu'il  n'en  a,  mais  qu'il  nous 
paraît  curieux  de  signaler. 

2°  Cette  charge  disparaîtrait  d'elle-même  si  le  gouverne- 
ment veillait  à  ce  que  le  raccordement  des  voies  ferrées 
roumaines  au  réseau  occidental  européen,  soit  aux  che- 
mins de  fer  hongrois,  eût  lieu  le  plus  tôt  possible. 

3'  Le  démon  sait  si  bien  accommoder  sa  figure  aux  cir- 
consfemces  et  se  faire  débonnaire  à  seule  fin  d'être  plus 
nuisible!  On  dit  bien  encore,  pour  ne  pas  perdre  une 
métaphore,  que  nous  grinçons;  mais  nous  ne  grinçons  pas 
du  tout. 

4"  Le  moment  est  opportun.  L'Espagne  croit  avoir  beau- 
coup à  se  plaindre  de  la  France,  à  l'occasion  des  secours 
de  toute  sorte  qu'elle  a  laissé  arriver  aux  Carlistes. 

S"  Vaine  concession  :  le  centre  droit  a  été  de  nouveau 
battu,  et  il  est  à  craindre  que  ce  nouvel  échec  augmente 
son  irritation  au  lieu  de  la  ramener  à  des  vues  plus 
sages. 

6°  Ici  sans  doute  quelque  logicien  sera  intervenu  et  aura 
dit  :  «  Mais,  messieurs,  nous  allons  nous  faire  moquer  de 
nous;  nous  décidons  que  le  principe  est  appliquable,  et 
nous  ne  l'appliquons  pas.  » 

7*  Cette  anecdote  court  depuis  longtemps  le  monde,  et 
nous  nous  souvenons  l'avoir  entendu  conter,  il  y  a  une 
trentaine  d'années,  par  une  bonne  grand'maman,  qui  riait 
beaucoup  à  ces  grivoiseries. 

8'  Le  maréchal  de  Mac-Mahon  a  été  bien  inspiré  en  fai- 
sant entendre  à  cet  orléaniste  que  les  prérogatives  du 
pouvoir  servaient  à  autre  chose  qu'aux  vengeances  person- 
nelles et  aux  persécutions  politiques. 

9°  Oui,  c'est  un  grand  malheur  pour  le  sensible  capitaine 
Bûcheron  du  7'  chasseur,  qui,  ayant  forcé  son  talent,  ne 
fait  plus  rien  avec  grâce. 

10»  Eugène  Pennazi,  négociant  à  Galatz,  a  l'honneur  de 
prévenir  sa  nombreuse  clientèle  qu'il  continue,  comme  par 
le  passé,  à  tenir  à  leur  disposition  des  vins  et  spiritueux 
des  premières  maisons  de  France,  Hongrie,  Allemagne, 
Italie. 

[Les  cortections  à  quinzaine.) 


FEUILLETON. 


BIOGRAPHIE    DES  GRAMMAIRIENS 

PREMIÈRE   MOITIE   DU   XVIl"  SIÈCLE. 

Antoine  OUDIN. 

(Suite./ 

Les  trois  impersonnels  fa/loir,  sembler  et  servir  peu- 
vent se  construire  sans  le  pronom  sujet  :  à  c/uoy  sert  ? 
de  quoij  sert  ^  faut  dire,  que  vous  en  semble? 

Une  «  fausseté  »  de  grammaire  qu'Oudin  a  rencontrée 
dans  son  auteur  (Ch.  Maupas  dont  j'ai  donné  la  bio- 
graphie dans  la  i'  année),  lequel  dit  que  il  tient  signifie 
envie  ou  volonté,  et  forme  ces  phrases  :  il  ne  me  tient 
pas  d'estre  marié  pour  je  n'ay  pas  envie,  ihie  leur  tien- 
dra pas  désormais  d'aller  à  la  guerre,  pour  ils  n'auront 
pus  la  volonté,  phrases  qui  n'ont  jamais  été  bonnes  en 
français. 

DES    IMrERSO.WKI.S    RÉCirBOQlES 

Là  plupart  des  impersonnels  reçoivent  les  «  parti- 


54 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


cules  réciproques  »,  comme  H  m'appartient,  il  m'ar- 
rive,  etc. 

Quelques  personnes  disent  indifféremment,  je  me 
desplais  et  il  me  desplaist  ;  je  m'ennuije  et  il  m'ennuye; 
je  me  fasche  ei  il  me  fasche;je  me  souviens  et  il  me 
sourient. 

Il  me  semble  veut  après  lui  l'indicatif  ou  le  subjonc- 
tif indifféremment  :  vous  semble-t-il  que  je  suis  ou  que 
je  sois.  Oudin  prétend  que  c'est  une  assez  mauvaise 
manière  de  parler  que  de  mettre  un  infinitif  après  sem- 
bler comme  dans  cet  exemple  :  vous  me  semblez  resver, 
et  il  ne  conseille  à  personne  de  s'en  servir. 

DES   PARTICIPES. 

On  «  faisoit  estât  »  autrefois  de  la  construction  du 
participe  en  anf  avec  le  verbe  aller,  comme  d'une 
chose  fort  élégante;  par  exemple, _;e  me  vnij  nourris- 
sant; maintenant,  il  y  a  beaucoup  de  personnes  qui  ne 
l'approuvent  pas.  Toutefois  Ant.  Oudin  le  met  à  la 
discrétion  de  qui  voudra  s'en  servir;  et  notez,  ajoute- 
l-il,  que  contre  l'opinion  de  mon  grammairien  (il  s'agit 
toujours  de  Charles  Maupas)  ledit  participe,  en  termes 
pluriels,  doit  toujours  rester  au  singulier  :  les  douleurs 
qui  me  vont  affligeant,  et  non  pas  affligeans  ou  affli- 
geantes. 

Quand  ce  participe  est  suivi  d'un  accusatif,  il  doit 
être  invariable  :  la  terre  produisant  des  fruits,  les 
Roy  s  asseurant  leurs  estais  ;  mais  s'il  est  en  fin  de 
phrase,  il  faut  qu'il  prenne  le  genre  et  le  nombre  de 
son  antécédent;  les  subjects  obeissans,  les  femmes  at- 
trayantes. 

Devant  les  participes,  on  ne  met  jamais  les  pronoms 
personnels  sujets,  mais  bien  leurs  formes  accusatives, 
moy,  toy,  luy,  elle,  eux,  comme  dans  tnoy  allant  à 
Rome,  luy  venant  de  la  Cour. 

Placés  après  les  substantifs,  les  participes  passifs 
s'accordent  toujours  :  les  Roys  méprisez  se  vengent,  les 
femmes  importunées  se  laissent  aller  bien  souvent. 

Mais  quand  ils  sont  joints  à  l'auxiliaire  avoir,  il  y  a 
trois  cas  à  considérer  :  1°  Si  on  les  met  après  le  sujet 
ou  antécédent  sur  lequel  ils  agissent,  il  faut  qu'ils  lui 
«  conviennent  »  en  genre  et  en  nombre;  par  exemple  : 
j'ay  veu  les  habits  que  vous  avez  achetez;  j'ay  receu 
les  lettres  que  vous  m'avez  envoyées;  2°  S\  on  les  met 
devant,  ils  ne  changent  aucunement  :  j'ay  acheté  une 
espée,  j'ay  entendu  de  beaux  diseurs;  3°  Lorsqu'un 
infinitif  suit  le  participe,  il  faut  le  laisser  au  singulier 
masculin  :  avez-vous  oûy  la  maistresse?  Oiiy,  je  l'ay 
oiiy  discourir,  et  non  pas  je  l'ay  oiiye. 

Maintenant  (IG331,  les  délicats  rejetient  quantité  de 
(ihrases  qui  passaient  autrefois  pour  fort  élégantes, 
comme  :  je  voy  mes  affaires  réiissies,  je  pense  mes  sou- 
hnifs  arrivez,  et  cela,  parce  que  le  participe  qui  appar- 
tient à  des  verbes  neutres,  n'aurait  pas  bonne  grâce  à 
la  fin. 

DES   ADVERBES. 

Voici  les  remarques  que  j'ai  faites  en  lisant  ce  cha- 
pitre : 

En  matière  interrogative,  ça  signifie  baillez,  comme 
dans  :  ;•«  de  l'argent. 


Céans  ne  se  dit  point  en  parlant  d'une  chambre;  leans 
est  antique  et  hors  d'usage. 

Ça  bas,  ça  haut,  sont  un  peu  vulgaires  ;  il  vaut  mieux 
dire  icy  bas,  icy  haut. 

Contre  se  met  pour  proche  :  tout  contre  chez  nous  ; 
mais  Oudin  le  trouve  un  peu  «  rude  ». 

Les  prépositions  dans,  hors,  sur,  sous,  s'emploient 
devant  les  noms  :  dans  le  logis,  hors  du  logis,  sur  la 
table  ;  mais  si  le  substantif  se  sous-entend,  on  met 
dedans,  dehors,  dessus,  dessous  à  la  place  :  est-il  dans 
le  logis?  Il  faut  répondre  :  oiiy,  il  est  dedans  ;  le  disiier 
est-il  sur  la  table?  Réponse  ;  oiiy,  il  est  dessus. 
(t633). 

C'est  parler  improprement  que  de  dire  :  dont  venez 
vous?  pour  d'oii  venez  vous? 

Jouxte  pour  vis-à-vis  ne  se  doit  plus  écrire,  ni  s'em- 
ployer pour  selon,  bien  que  quelques  auteurs  s'en  ser- 
vent encore. 

Oii  que  ce  soit  n'est  pas  une  phrase  bien  «  digérée  » 
il  faut  dire  :  en  quel  lieu  que  ce  soit. 

Parmi  diffère  de  entre;  il  signifie  mêlé  dans  une 
confusion  de  choses,  tandis  que  entre  spécifie  une  chose 
mise  au  milieu  des  autres  sans  confusion. 

Il  faut  prendre  garde  d'employer  y  sans  l'accompa- 
gnement du  verbe  substantif,  comme  «  d'aucuns  »  qui 
écrivent  :  les  tnatiéres  y  contenues  au  lieu  de  qui  y  sont 
contenues. 

Il  y  a  une  différence  entre  à  la  bonne  heure  et  de 
bonne  heure,  car  le  premier  veut  dire  «propos,  tandis 
que  de  bonne  heure  signifie  tost. 

Du  temps  des  hauts  bonnets  est  une  expression  des 
frontières,  parce  qu'on  ne  l'entend  point  à  la  Cour. 

Au  jour  à  la  journée  est  une  phrase  vulgaire. 

On  ne  dit  point  deuxiesmement ,  troisiesmement,  mais 
bien  secondement,  tiercement;  et,  après,  on  dit  :  en 
qualriesme  lieu,  en  cinquiesme  lieu,  car  on  ne  dit  point 
quartement  ni  quatriesmement ,  quintement  ni  cinquies- 
mement,  sixtement  ni  sixiesmement  (t633). 

D'abordade  est  un  peu  extravagant. 

A  la  par  fin  est  vulgaire;  ^«  /în  /?na/e  est  antique; 
finablement  est  antique  et  hors  d'usage. 

Chacun  à  sa  fois  pour  chacun  à  son  tour  n'est  point 
une  bonne  phrase. 

Sens  devant  derrière  et  sens  dessus  dessous  valent 
mieux  que  c'en  devant  derrière. 

Au  lieu  de  la  «  diction  »  fois,  on  se  sert  aussi  de  coup; 
on  dit  :  un  coup,  deux  coups,  etc. 

On  ne  dit  point  il  y  en  a  d'avantage  de  dix,  mais 
plus  de  dix. 

Excellentement  est  meilleur  que  excellemment,  mis 
avec  l'adjectif  bon;  on  dit  :  excellentement  bon. 

Nous  avons  des  personnes  qui  disent  furieusement 
bon,  ravissamment  bon;  estrnnijement  bon,  etc. 

Moult  est  trop  vieux  et  «  tire  du  latin  ». 

Prou  est  un  mot  vulgaire  dont  on  ne  devrait  jamais 
se  servir. 

[La  fin  au  prochain  numéro.) 

Le  Rédacteck-Gérant  :  Eman  MARTIN. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


55 


BIBLIOGRAPHIE 


OUVRAGES     DE     GRAMMAIRE     ET     DE     LITTÉRATURE 


Publications  de  la  quinzaine  : 


Histoire  d'un  mort;  par  EvarlsteCarrance.  2«  édition. 
In-8",  207  p.  Paris,  lib.  Lemerre.  y  fr.  50. 

Peintres  et  sculpteurs  contemporains;  par  Jules 
Claretie,  2'-  édition,  revue  et  augmentée  d'études  et  docu- 
ments nouveaux.  In-18  jrsus,  xxx-i2/i  p.  Paris,  lib.  Char- 
pentier et  Cie.  3  fr.  50. 

Histoire  du  merveilleux  dans  les  temps  modernes  ; 
par  Louis  Figuier.  3=  édition.  T.  2.  Les  Propliètes  protes- 
tants. La  Baguette  divinatoire.  In-18  Jésus,  456  p.  Paris, 
lib.  Hacliette  et  Cie.  3  fr.  50. 

Contes  et  nouvelles  en  vers;  par  M.  de  La  Fontaine. 
Nouvelle  édition,  publiée  par  N,  Sclieuring,  éditeur,  et 
Illustrée  de  nombreuses  gravures  à  l'eau-forte.  T.  I.  In-8% 
viii-230  p.  et  portr.  Lyon,  lib.  Sclieuring. 

Histoire  de  l'enseignement  secondaire  en  France 
au  X'VII=  siècle.  Thèse  pour  le  doctoral  ès-lettres;  par 
Henri  Lantoine,  agrégé  des  lettres.  In-S",  xi-295  p.  Paris, 
lib.  Thorin. 

Lettres  à  une  inconnue  ;  par  Prosper  Mérimée,  de 
l'Académie  française.  Précédées  d'une  étude  sur  .Mérimée 
par  H.  Taine.  6'=  édition,  entièrement  revue.  2  vol.  in-18 
Jésus,  xxxii-7i9  p.  Librairie  Nouvelle.  7  fr. 

Paris,  ses  organes,  ses  fonctions  et  sa  vie  dans  la 
seconde  moitié  du  XIX'  siècle  ;  par  Maxime  Du  Camp. 
3«  édition.  T.  IL  In-8',  477  p.  Paris,  lib.  Hachette  et  Cie. 
7  fr.  50. 

Œuvres  complètes.   Mélanges  politiques  et  polé- 


miques, par  F.  A.  de  Chateaubriand.  In -8°,  718  p.  Paris, 
lib.  Furne,  Jouvet  et  Cie. 

Œuvres  de  Camille  Desmoulins,  recueillies  et 
publiées  d'après  les  textes  originaux,  augmentées  de  frag- 
ments inédits,  de  notes  et  d'un  index,  et  précédées  d'une 
étude  biographique  et  littéraire,  par  Jules  Claretie.  2  vol. 
in-18  Jésus,  778  p.  Paris,  Charpentier  et  Cie.  7  fr. 

Madame  de  Choiseul  et  son  temps,  étude  sur  la 
société  française  à  la  fin  du  xviir'  siècle;  par  M.  1.  Grasset, 
président  à  la  Cour  d'appel  de  Montpellier.  In-8°,  319  p. 
Paris,  lib.  Didier  et  Cie.  6  fr. 

Œuvres  de  Lamartine.  Souvenirs  et  portraits. 
T.  I".  In-18  Jésus,  vi-40/1  p.  Paris,  lib.  Hachette  et  Cie. 
3  fr.  50. 

Histoire  des  progrès  de  la  grammaire  en  France 
depuis  l'époque  de  la  Kenaissance  jusqu'à  nos  jours;  par, 
Arthur  Loiseau,  professeur  de  seconde  au  lycée  d'Angers, 
lei-  fascicule.  In-8",  110  p.  Paris,  lib.  Thorin. 

Du  dialecte  Blaisois  et  de  sa  conformité  avec  l'an- 
cienne langue  et  l'ancienne  prononciation  française  : 
Thèse  présentée  à  la  faculté  des  lettres  de  Paris  ;  par 
F.  Talbert,  professeur  au  prytanée  militaire  de  La  Flèche. 
ln-8",  xv-338  p.  Paris,  lib.  Franck. 

Sujets  et  modèles  de  composition  française,  k 
l'usage  des  classes  supérieures;  par  A.  Pélissier,  professeur 
de  l'université.  Application  des  Principes  de  rhétorique  du 
même  auteur.  In-12,  336  p.  Paris,  lib.  Hachette  et  Cie. 
2  fr.  50. 


Publications  antérieures  : 


LA  VRAIE  HISTOIRE  DE  FRANCION,  composée  par 
Charles SoBEL,sieurdeSouvigny.  —  Nouvelle  édition,  avec 
avant-propos  et  notes  par  Emile  Colombay.  —  Paris, 
Adolphe  Delalmys,  éditeur,  4-6,  rue  Voltaire.  —  In-16  : 
5  fr.  ;  in-18  Jésus,  2  fr.  50. 

VOCABULAIRE  RAISONNÉ  ET  COMPARÉ  DU 
DIALECTE  ET  DU  PATOIS  DE  LA  PROVINCE  DE 
BOURGOGNE,  ou  Etude  de  l'histoire  et  des  mœurs  de 
cette  province  d'après  son  langage.  —  Par  Mign.\rd,  de 
l'Académie  de  Dijon.  —  In-S",  334  p  —  Paris,  librairie 
Aubry,  18,  rue  Séguier. 

LES  GRAMMAIRIENS  FRANÇAIS  depuis  l'origine 
de  la  Grammaire  en  France  jusqu'aux  dernières  œuvres 
connues.  —  Par  J.  Tell.  —  Un  beau  volume  grand  in-18 
Jésus.  —  Prix  :  3  fr.  50.  —  Librairie  Firmin  Didot  frères, 
fils  et  Cie,  56,  rue  Jacob,  à  Paris. 


LE  ROMANCERO  FRANÇOIS,  histoire  de  quelques 
anciens  trouvères  et  choix  de  leurs  chansons,  le  tout  nou- 
vellement recueilli.  —  Par  Paulin  Paris.  —Paris,  librairie 
Techner,  52,  rue  de  l'Arbre-Sec.  Prix  :  8  fr. 


—  Par  E.  Egger,  membre  de  l'Institut,  professeur  à  la 
Faculté  des  lettres,  maître  de  conférences  honoraire  à 
l'École  normale  supérieure.  —  Sixième  édition,  revue  et 
augmentée  de  quelques  notes.  —  Paris,  librairie  Durand 
et  Pedone-Lauriel,  9,  rue  Cujas. 


DICTIONNAIRE  ÉTYMOLOGIQUE  DES  NOMS  PRO- 
PRES D'HOMMES,  contenant  la  qualité,  l'origine  et  la 
signification  des  noms  propres  se  rattachant  à  l'histoire, 
à  la  mythologie,  des  noms  de  baptême,  etc.  —  Par  Paul 
Hecquet-Boucrand.  — Paris,  Victor Sarlil,  libraire-éditeur, 
19,  rue  de  Tournon. 


NOTIONS  ÉLÉMENTAIRES  DE  GRAMMAIRE  COM- 
PARÉE, pour  servir  à  l'étude  des  trois  langues  classiques. 


HISTOIRE  MAGCARONIQUE  DE  MERLIN  COC- 
CAIE,  prototype  de  Rabelais,  ou  est  traicté  les  ruses  de 
Cingar,  les  tours  de  Boccal,  les  adventures  de  Léonard, 
les  forces  de  Fracasse,  les  enchantemens  de  Gelfore  et 
Pandrague,  et  les  rencontres  heureuses  de  Balde.  Avec 
des  notes  et  une  notice,  par  G.  Brunet,  de  Bordeaux.  — 
Nouvelle  édition,  revue  et  corrigée  sur  l'édition  de  1606. 
—  Par  P.-L.  Jacod,  bibliophile.  —  Paris,  Adolphe  Dela- 
hays,  éditeur,  4-6,  rue  Voltaire. 


LES  ÉCRIVAINS  MODERNES  DE  LA  FRANCE,  ou 
Biographiesdes  principaux  écrivains  français  depulsle  pre- 


56 


LE  COURIUER  DE  VAUGELAS 


mier  Empire  jusqu'à  nos  jours.  —  A  l'usage  des  écolfs  et 
des  maisons  d'éducation.  —  Par  D.  Bonnefon.  —  Paris, 
librairie  Sandoz  et  Fischbacher,  33,  rue  de  Seine. 


MANUEL  D'HISTOIRE  DE  L.\  LITTÉRATURE 
FRANÇAISE,  depuis  son  origine  jusqu'à  nos  jours,  à 
l'usage  des  collèges  et  des  établissements  d'éducation.  — 
Par  F.  Marcillac,  maître  de  littérature  à  l'École  supé- 
rieure des  jeunes  filles  à  Genève.  —  Seconde  édition,  re- 
vue et  corrigée.^  Genève,  chez  //.  Georg,  libraire-éditeur. 


THIRD  FRENCH  COURSE,  intended  as  a  sequel  to 


Arnold's,  Hall's,  Ann's,  Hamel's,  Levizac's,  De  Fivas'  and 
other  similar  educational  French  works.  —  By  A.  CooEnY, 
B.A.,L.L.,  French  Masteratthe  Birkbeck  Schools,  Peckham; 
etc.  —  Nouvelle  édition  revue  et  augmentée.  —  London  : 
Relfe  brothers,  Charterliouse  buildings  —  Two  shillings  — 
Corrigé  du  Third  French  course  :  Two  shillings. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS  (première,  seconde, 
troisième  et  quatrième  année).  —  En  vente  au  bureau  du 
Courrier  de  Vaugelas,  26,  boulevard  des  Italiens.  —  Prix 
de  chaque  année,  broché,  6  fr.  —  Envoi  franco  pour  la 
France,  l'Algérie  et  l'Alsace-Lorraine. 


rÊT 


LITTÉRATURE     FRANÇAISE 

PAR 

DÉSIRÉ  NISARD,  Membre  de  l'Académie  française. 


Quatre  volumes  in- 18  jésus  de  plus  de  400  pages  chacun. 

\<"  vol.  :  Des  origines  jusqu'au  xvn<=  siècle;  —  i"  vol.  :  Première  moitié  du  xvu=  siècle;    —  3"  vol.  :    Seconde 
moitié  du  xvii'^  siècle  ;  —  W  vol.  :  Le  xvin«  siècle  avec  un  dernier  chapitre  sur  le  xix". 


Cinquième  Édition. 
Prix  de  l'ouvrage   :   16  friancs. 


SE  TROUVE  A  PARIS 
A  la  librairie  de  Firmin  Didol  frères.,  fils  et  Cie,  56,  rue  Jacob. 


RENSEIGNEMENTS 

Pour  les  Français  qui  désirent  aller  professer  leur  langue  en  Angleterre. 


Dans  l'annuaire  commercial  et  industriel  de  M.  Alfred  Hamonet,  ouvrage  approuvé. par  les  Autorités  consulaires  de 
France,  on  trouve  la  liste  suivante  des  agents  de  Londres  par  l'intermédiaire  desquels  les  Professeurs  français  des  deux 
sexes  peuvent  parvenir  à  se  procurer  des  places  : 


M.  Bisson,  70,  Berners  Street,  W. 

M.  Biveret  Cie,  46,  Régent  Circus,  W. 

M.  Clavequin,  125,  Régent  Street,  W. 

M.  Griffiths,  22,  Henrietta  Street,  Covent  garden,W.  G. 


M.  Verstraete,  25,  Golden  Square,  W. 
Mme  Hopkins,  9,  New  Bond  Street,  W. 
Mme  Waghorn,  3/i,  Soho  Square. 
Mme  Wilson,  Zi2,  Berners  Street,  W. 


Nota.  —  Les  majuscules  qui  figurent  à  la  fin  de  ces  adresses  servent  à  marquer  les  «  districts  »  pour  le  service  des 
Postes;  dans  la  suscription  des  lettres,  on  les  met  après  le  mot  Londres;  exemple  :  Londres  W,  Londres  W.  C. 


Le  volume  de  M.  Alfred  Hamonet,  qui  coûte  1  fr.  25,  se  trouve  à  la  librairie  Hachette,  à  Paris. 


CONCOURS    LITTÉRAIRES. 


Appel  aux  prosateurs. 


L'Académie  française  décernera  pour  la  première  fois,  en  1875,  le  prix  Jouy,  de  la  valeur  de  quinze  cents  francs, 
prix  qui,  aux  termes  du  testament  de  la  fondatrice,  doit  être  attribué,  tous  les  deux  ans,  à  un  ouvrage,  soit  d'obser- 
vation, soit  d'imaginalimi,  soit  de  critique,  et  ayant  pour  objet  l'étude  des  mœurs  actuelles.  —  Les  ouvrages  adressés 
pour  ce  concours  devront  être  envoyés  au  nombre  de  trois  exemplaires  avant  le  1"  janvier  1875. 

Le  rédacteur  du  Courrier  de  Vaugelas  est  visible  ;i  son  bureau  de  midi  à  une  heure  et  demie. 


Imprimerie  Gouverneur,  G.  Daupeley  à  Nogent-le-Rotrou. 


5°  Année. 


N'  8. 


15  JuiUet  1874. 


QUESTIONS 
GRAMMATICALES 


L  E 


QUESTIONS 
PHILOLOGIQUES 


^^' 


-^\Ï.R  DE  YAVaj,' 

A\\>^  Journal  Semi-Mensuel  <J  g       À 

-^     CONSACRÉ    A    LA    PROPAGATION     UNIVERSELLE     DE    LA   LANGUE     FRANÇAISE       "^A     l 


ParaUaant    la    l"  et   le    IS    de   ehaaae   aoia 


PRIX   ; 

Abonnement  pour  la  France.    6  f. 

Idem        pour  l'Étranger   10  f. 

Annonces,  la  ligne  .     .     .    .  50  c. 


Rédacteur:  Eman  MARTIN 

AN'CtEN"     PROFESSEUR      SPÉCIAL      POUR      LES      ÉTRANGERS 

Oflirior  d'Académie 

26,  boulevard  des  Italiens.  Paris 


ON  S'ABONNE 

En  envoyant  un  mandat  sur  la  poste 
soit  au  Rédacteur,  soit  à  l'Adm' 
M.  FiscHBACHKR,  33,  Tue  de  Seine. 


SOMMAIRE. 
Réponse  à  des  communications  ;  —  Etymologie  de  Morgue;  — 
Sens  et  origine  de  l'expression  :  .Ve  donnons  pas  trop  pour  le 
sifflet;  —  D'où  vient  le  nom  de  Calvados  donné  à  un  départe- 
ment; —  Daigner  n'est  pas  un  verbe  neutre  comme  on  le  croit 
généralement.  ||  Si  le  participe  Dégringolé  est  variable;  — 
Pourquoi  on  ne  peut  pas  dire  Un  trimestre  de  spectateurs.  || 
Passe-temps  grammatical.  Fin  de  la  biographie  d'Antoine 
Oudin.  li  Ouvrages  de  grammaire  et  de  littérature.  ||  Fa- 
milles parisiennes  recevant  des  étrangers  pour  les  perfectionner 
dans  la  conversation.  ||  Concours  littéraires. 


FRANCE 

Réponse  aux   communications  du  numéro  6. 

L 

-M.  le  docteur  Varry  croit  que  l'étymologie  qu'il  a 
recueillie  dans  ses  notes  (publiée  par  le  Gaulois  le 
i3  décembre  1869)  est  «  plus  satisfaisante  encore  »  que 
celle  que  j'ai  donnée  dans  mon  numéro  3  de  cette 
année  (parue  dans  le  Figaro,  en  octobre  18"3\ 

Une  simple  remarque  me  suffira  pour  prouver  le 
contraire. 

En  effet,  dans  le  Nouvel  Alberfi  ^1839),  le  premier 
dictionnaire  italien-français  où  j'aie  trouvé  far  fiasco, 
qui  nous  a  donné  notre  faire  fiasco,  cette  expression 
est  signalée  comme  un  néologisme,  et  fiasco  dans  le 
sens  de  insuccès,  coup  manqué,  comme  un  terme  qui 
s'emploie  en  parlant  d'une  pièce  de  théâtre,  ce  qui 
implique  naturellement  que  far  fiasco  est  né  dans  les 
coulisses  ou  sur  les  planches. 

Or,  comme  l'étymologie  rappelée  par  M.  le  docteur 
Varry  s'appuie  sur  un  fait  qui  se  serait  passé  dans  une 
<i  verrerie  »,  il  est  présumable,  pour  ne  rien  dire  de 
plus  afOrmatif,  qu'elle  ne  peut  être  la  vraie. 
IL 

Voici  ce  que  je  réponds  à  la  communication  ano- 
nyme : 

i"  Dans  une  parenthèse,  l'auteur  insinue  que /a.<eo/«j(, 
dont  j'ai  fait  usage,  n'est  pas  latin,  et  que  j'aurais  dit 


écrire  p/taseolus.  S'il  veut  bien  ouvrir  Quicherat,  p.  437, 
col.  2,  il  y  trouvera  ce  qui  suit  : 

Faseolus,  i,  m.  {faselus).  Cic.  Plin.  Faséole ,  haricot, 
légump. 

2°  L'auteur  commence  par  ces  mois  :  «  11  n'est  guère 
probable  que  flageolet  vienne  de  phaseole  par  corrup- 
tion. » 

—  Assertion  qu'il  me  prête  gratuitement!  Je  n'ai  point 
dit  que  flageolet,  légume,  avait  été  formé  de  faseole; 
j'ai  dit  seulement  que  l'on  avait  «  substitué  »  flageolet 
à  faseolef,  que  le  premier  mot  avait  remplacé  l'autre. 

3"  L'auteur  dit  encore  :  «  dans  aucun  temps  flageolet 
n'a  été  le  terme  générique  de  haricot  vert.  » 

—  Je  ne  le  conteste  pas;  mais  n'a-t-il  pas  pu  se  faire 
qu'après  que  faseolet,  diminutif  de  faseole  et  terme 
générique  pour  désigner  un  petit  haricot,  a  été  rem- 
placé par  flageolet,  ce  dernier  soit  devenu  le  nom  spé- 
cial des  variétés  qui  se  mangent  en  vert  ? 

4°  Il  dit  ensuite  :  «  Parmi  les  variétés  de  flageolets, 
quelques-unes  sont  marbrées  de  nuances  diverses,  et 
autrefois  on  les  nommait  haricots  flagellés;  de  là  sans 
doute  vient  le  nom  flageolet.  » 

—  Il  semblerait  d'après  ce  passage  qu'après  avoir  été 
abandonnée,  l'expression  de  haricot  flagellé  eût  été 
reportée  sur  le  flageolet  blanc.  Mais  il  n'en  est  point 
ainsi;  cette  expression  existe  encore,  car  j'ai  trouvé 
dans  le  Manuel  du  Jardinier  [collection  Rorel),  I" 
partie,  p.  249  : 

naricot  flagelle',  à  membranes  brunâtres. 

Puis,  en  supposant  que  le  qualificatif  flagellé  ait 
cessé  de  s'employer,  aurait-il  pu,  par  corruption, 
donner  le  mot  flageolet  ?  Non,  car  pour  que  cela  eût  pu 
arriver,  il  aurait  fallu  que  \'e  de  gel  se  transformât  en  o, 
ce  qui  me  semble  contraire  à  toutes  les  lois  connues  de 
la  permutation  des  voyelles. 

3°  «  Quant  à  l'intervention  de  la  musique,  dit  l'au- 
teur en  terminant,  c'est  une  mauvaise  plaisanterie  :  les 
variétés  dites  /lagrolefs  sont  moins  musicales  que  les 
grosses  espèces,  et  si  l'on  eût  voulu  faire  un  rappro- 
chement, on  aurait  choisi  un  instrument  moins  criard 
que  le  flageolet,  qui  n'a  rien  de  barytonant.  » 


58 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


—  Erreur!  Lorsque,  dans  le  langage  populaire,  les 
haricots  comprenant  les  grosses  espèces  \faseoles) 
étaient  généralement,  et  pour  d'excellentes  raisons, 
appelés  musiciens,  n  etait-il  pas  de  bonne  logique  et 
aussi  de  naturelle  association  d'idées  d'y  désigner  ceux 
qui  comprenaient  les  petites  espèces  par  le  nom  de  //«- 
(jeolci,  nom  rappelant  un  instrument  à  vent  plus  petit 
que  les  autres,  et  auquel  faisait  songer  le  diminutif /«.seo- 
let,  qui  a  dû  servir  jadis  à  nommer  ces  petites  espèces? 
IIL 

M.  Coudray,  lui,  voit  l'origine  de  flageolet,  légume, 
dans  le  mot  latin  flayelluin,  qui  signifiait  dans  le  prin- 
cipe «  scion  d'arbre,  houssine,  petite  branche  »  :  les 
«  flageolets  sont  des  fèves  encore  vertes,  non  arrivées 
à  maturité,  cueillies  sur  la  branche  toute  verte,  sur  le 
flayelluin  de  la  tige  »  :  de  là  leur  nom. 

Je  repousse  cette  nouvelle  élymologie  pour  les  motifs 
suivants  : 

-1°  Parmi  les  noms  de  fruits,  il  n'en  est  aucun  à  ma 
connaissance  qui  reçoive  une  épilhète  faisant  allusion  à 
la  partie  de  la  plante  sur  laquelle  il  a  été  cueilli.  Pour- 
quoi en  serait-il  autrement  du  haricot  verf 

2'  Si  les  flageolets  sont  ainsi  nommés  parce  qu'ils 
sont  pris  sur  le  «  flayelluin  de  la  tige  »,  pourquoi 
n'a-t-on  pas  donné  le  même  nom  aux  haricots  mûrs 
dont  la  gousse  est  cueillie  absolument  au  même  endroit 
où  elle  l'eût  été  si  l'on  avait  voulu  consommer  les  hari- 
cots en  vert? 

3"  Le  mot  flayellum  n'a  paru  que  sous  deux  formes 
dans  notre  langue  :  dans  le  vieux  français,  sous  celle 
de  flacl,  flaicl,  flaijau,  lequel  s'est  transformé  en  fléau 
vers  le  xvi*^  siècle,  et  dans  la  langue  moderne,  sous 
celle  de  flayel,  qui  n'existe  pas  à  l'état  libre  et  ne  se 
trouve  que  dans  les  dérivés  de  flayellum.  Or,  flayeolcl 
ne  peut  philologiquement  être  tiré  d'aucune  des  formes 
de  flayelluin,  car  la  première  n'a  pas  de  y,  et  la  seconde 
présente  un  e,  lettre  qui,  comme  je  lai  dit  en  répondant 
à  la  seconde  communication,  ne  peut  se  changer  en  u. 
X 
Première  Question. 

D'oii  rient  le  nom  de  morgue,  (lo7iné  à  ce  petit  bâti- 
ment situé  derrière  Vcylise  Notre-Dame,  oii  l'on  dépose 
les  corps  des  noyés  ? 

Au  grand  comme  au  petit  Châtelet  de  Paris,  il  existait 
autrefois  une  basse  geôle,  appelée  aussi  le  second  guichet, 
où  l'on  amenait  les  nouveaux  prisonniers  pour  les  faire 
passer,  comme  on  dirait  aujourd'hui,  à  la  visite. 

Tous  les  guichetiers  devaient  être  présents  :  il  fallait 
qu'ils  examinassent  le  nouvel  liôle  avec  la  plus  scrupu- 
leuse attention  alin  de  pouvoir  le  reconnaître  s'il  venait 
jamais  à  s'écha|)per. 

Or,  en  ce  tcmjjs-là,  on  désignait  par  morgue  celle 
espèce  d'inspection,  ce  qui  a  fait  donner  le  même  nom  à 
la  salle  où  les  prisonniers  étaient  ainsi  inspectés  au 
visage. 

Au  Grand-Chàlelel,  celte  geôle  changea  de  destination 
un  peu  plus  tard:  on  y  déposa,  comme  l'apprend 
Urice  iDescripl.  de  la  ville  de  Paris,  4752, 1. 1,  p.  iH3), 


les  cadavres  trouvés  dans  la  Seine  ;  et,  comme  les  pas- 
sants avaient  droit  d'y  entrer  pour  examiner  ceux  qui 
s'y  trouvaient,  le  second  guichet  put  garder  son  nom  de 
moryue,  puisquMl  s'y  faisait  encore  une  sorte  d'inspec- 
tion. 
Maintenant  quelle  est  l'étymologie  de  moryue? 
Ce  mot  a  été  formé  du  verbe  murguer,  à  la  S''  personne 
de  l'indicatif,  comme  marc /le  l'a  été  de  il  marche, garde 
de  il  yarde,  etc. 

Mais  d'où  vient  nwrguer? 

Ménage  dit  que  le  mot  moryue  signifie  visage,  et  j'ai 
trouvé,  en  efl'et,  plusieurs  exemples  où  il  est  employé 
dans  ce  sens  et  dans  celui  de  figure,  mine,  grimace, 
qui  dérive  du  premier  : 

Vous,  biaux  soufl?ux,  enfans  de  la  chimie... 
Pour  recherclier  queuques  secrets  nouviaux 
Dedans  Testai  de  votte  verrerie, 
Qui  lait  la  morgue  aux  naturels  cristaux. 

[2^* pOTiie  de  la  Muse  iiormande,  p.  41  l.^ 

Il  n'est  pas  permis  â  un  chacun  de  faire  bonne  morgue 
aux  plus  hauts  et  plus  honorables  lieux,  et  estre  appelle 
monsieur. 

(Les  Didl.  df.  Jaque  Tahureau,   f»  73  verso.) 

Ces  parolies  achevées,  Jupiter,  contournant  la  teste  comme 
ung  cinge  qui  avalle  pillules,  feit  une  morgue  tant  espou- 
vantable  que  tout  le  grand  Olympe  trembla. 

(Rabelais,  Nouv.proï.  du  livre  IV.) 

D'un  autre  côté,  Grandgagnage  [Dict.  étymol.  de  la 
lanyue  irallo/ine]  cite  le  languedocien  morga,  comme 
signifiant  museau. 

Or,  quand  je  vois  qu'eu  anglais  le  mot  face,  visage, 
a  fait  le  verbe  to  face,  envisager,  regarder  en  face,  dévi- 
sager, daus  le  sens  populaire  de  ce  mot;  qu'en  espagnol 
cara,  aussi  visage,  a  fait  le  verbe  encarar,  qui  a  la 
même  signification  que  to  (ace,  je  crois  pouvoir  en 
conclure  que  le  verbe  morguer  a  été  formé  de  morgue, 
qui  a  le  même  sens  que  face  et  que  cara  dans  leurs 
langues  respectives. 

Du  reste,  voyez  comme  de  cette  signification  primitive 
de  morgue  on  passe  facilement  à  celle  de  lieu  de  dépôt 
pour  les  cadavres  des  noyés  : 

Morgue,  visage,  d'où  moryuer,  remarquer  le  visage, 
dévisager;  moryue,  action  de  morguer,  de  remarquer 
les  traits  du  visage  comme  les  guiclieliers  du  Cliàtele't; 
moryue,  endroil  du  Grand-Châtelet  où  l'on  déposait  les 
cadavres  des  noyés  pour  les  faire  reconnaître;  moryue, 
petit  bâtiment  à  deslination  semblable  construit  d'abord 
non  loin  de  l'emplacement  du  Grand-Châtelel  et  ensuite 
derrière  l'église  Notre-Dame. 
X 
Seconde  Question. 

Un  de  mes  amis  m'écrit  cette  phrase  en  manière  de 
cunclu.tion  d'une  grande  demi-paye  :    «   Enfin,  mon 
cher,  rappelle-toi  ce  proverbe  :  ke  donnons  Pis  trop   "j 
POUR  LESiFFLKT.  »  Quelle  est,  s^il  vous  pluit,  la  véritable    ' 
significal'wn  de  ce  proverbe,  et  aussi  son  origine? 

lîenjanùn    Franklin,   cet   éminenl  Américain   dont    ' 
Turgol  a  résumé  les  plus  beaux  traits  de  gloire  dans  ce 
vers  célèbre  : 

Eripuil  cœlo  lulnien,  sceptrunique  tyrannis. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


59 


(Il  arracha  la  foudre  an  ciel  et  le  sceptre  aux  tyrans.) 
Benjamin  Franklin,  dis-je,  ne  tut  pas  seulement  un 
excellent  citoyen  et  un  habile  physicien,  ce  fut  encore 
un  grand  moraliste  et  un  modèle  de  vertu.  Il  s'était 
créé  une  méthode  de  réforme  morale,  qui  consistait  à 
combattre  successivement  chaque  vice,  et  il  contribua 
au  perfectionnement  de  ses  concitoyens  par  une  foule 
d'écrits  populaires,  parmi  lesquels  on  remarque  la 
Science  du  bonhomme  lUchard. 

Or,  c'est  de  cet  opuscule,  traduit  en  françai.s,  qu'est 
tiré  le  proverbe  en  question,  proverbe  qui  fait  allusion 
à  une  anecdote  de  son  enfance,  et  que,  sous  le  titre  de 
Sifflet,  il  a  racontée  en  ces  termes  (éd.  de  Dijon,  1827;  : 

Quand  j'étais  un  enfant  de  cinq  on  six  an?,  mes  amis, 
un  jour  de  fête,  rempliront  ma  petite  poche  de  sous. 
J'allai  tout  de  suite  à  une  boutique  où  l'on  vpndait  des 
babioles;  mais  étant  charmé  du  fon  d'un  sifflet  ijue  je  ren- 
contrai en  chemin  dans  les  mains  d'un  autre  petit  garçon, 
je  lui  offris  et  lui  donnai  volontiers  pour  cela  tout  mon 
argené.  Revenu  chez  moi,  sifflant  par  toute  la  maison,  fort 
content  de  mon  achat,  mais  fatiguant  les  oreilles  de  toute 
la  famille;  mes  frères,  mes  sœur?,  mes  cousins,  apprenant 
que  j'avais  tout  donné  pour  ce  maudit  bruit,  nip  dirent 
que  c'était  dix  fois  plus  que  la  valeur;  alors  ils  me  firent 
penser  au  nombre  do  bonnes  choses  que  j'aurais  pu  ache- 
ter avec  Je  reste  de  ma  monnaie  si  j'avais  été  plus  prudent: 
ils  me  ridiculisèrent  tant  de  ma  folie  que  j'en  pleurai  de 
dépit,  et  la  réflexion  me  donna  plus  de  chagrin  que  le  sif- 
flet de  plaifir. 

Cet  accident  fut  cependant  dans  la  suite  rie  quelque  uti- 
lité pour  moi,  l'impression  restant  sur  mon  âme,  de  sorte 
que,  lorsque  j'étais  tenté  d'acheter  quelque  chose  qui  ne 
m'était  pas  nécessaire,  je  di.^ais  en  moi-mèrae,  A'e  donnons 
pas  trop  pour  le  sifflet,  et  j'épargnais  mon  argent. 

Devenant  grand  garçon,  entrant  dans  le  monde  et  obser- 
vant les  actions  des  hommes,  je  vis  que  je  rencontrais 
nombre  de  gens  gui  donnaient  trop  pour  le  sifflet. 

Quand  j  ai  vu  quelqu'un  qui,  ambitieux  de  la  faveur  de  la 
Cour,  consumait  son  temps  en  assiduité  aux  levers,  son 
repos,  sa  liberté,  sa  vertu, et  peut-être  ses  vrais  amis,  pour 
obtenir'quelque  petite  distinction,  j'ai  dit  en  moi-même. 
Cet  homme  donne  trop  pour  son  sifflet. 

Quand  j'en  ai  vu  un  autre,  avide  de  se  rendre  popu- 
laire, et  pour  cela  s'occupant  toujours  de  contestations 
publiques,  négligeant  ses  affaires  particulières,  et  les  rui- 
nant par  cette  négligence,  il  paie  trop,  ai-je  dit,  pour  son 
sifflet. 

Et  Franklin  continue,  énumérant  de  nouvelles  cir- 
conslances  oij  l'on  peut  faire  application  de  la  phrase 
Trop  donner  pour  le  ■■sifflet,  qui  signifie,  en  général, 
comme  ce  qui  précède  le  fait  voir  :  follement  dépenser 
pour  une  chose  dont  on  ne  doit  retirer  que  les  plus 
médiocres  avantages. 

Le  conseil  de  votre  ami  n'est  autre  que  cette  même 
phrase,  à  la  négative  près. 

X 

Troisième  Question. 

Encore  une  question  sur  la  géographie,  si  vous  le 
permellez.  Pourriez-vous  me  dire  d'oii  vient  le  mot 
Calvados,  qui  donne  son  nom  à  un  département  de  la 
Jlasse-lSorinandie  ? 

Dans  l'origine,  le  département  dont  Caen  est  le  chef- 
lieu  devait  s'appeler  déiiartement  de  VOrne-hiféricuro; 


mais,  à  l'instigation  de  Mlle  Delaunay,  sœur  du  député 
de  Baycux,  laquelle  trouvait  que  c'était  employer  là  une 
désignation  bien  terne  lorsqu'on  avait  à  sa  disposition 
le  nom  sonore  de  Calcados.  une  adresse  ayant  été  en- 
voyée à  l'Assemblée  constituante,  celle-ci'  revint  sur 
une  décision  récemment  prise,  et  le  département  en 
question  reçut  le  nom  qu'il  ]iorte  aujourd'hui. 

.Mais  pourquoi  le  rocher  de  quatre  à  cinq  lieues  qui  se 
présente  au  nord  de  ce  département  s'appelle-t-ifrocher 
du  Calvados? 

Grâce  à  V Intermédiaire,  cet  excellent  journal  qui 
vient  de  reparaître  à  la  grande  satisfaction  des  cher- 
cheurs et  des  curieux,  je  puis  vous  répondre  sans  trop 
de  retard. 

Deux  solutions  ont  été  données  à  ce  sujet  : 

r  Le  rocher  du  Calvados  est  sinon  pelé,  du  moins 
aride,  chauve,  en  un  mot.  Or,  chauve  se  dit  en  espagnol 
cali-o  et  cali-a,  de  la  même  famille  que  calvez,  calvez-a, 
et  autres  dérivés  semblables,  dans  chacun  desquels 
entre  essentiellement  l'idée  de  calvitie.  C'est  donc  l'es- 
pagnol qui  a  fait  les  frais  du  nom  de  Calvados  oa  plutôt 
de  sa  désinence,  puisque  le  radical  est  latin. 

2°  Lorsqu'on  ^.^88,  Philippe  11,  roi  d'Espagne,  envoya 
son  Invincible  Armada  pour  anéantir  l'Angleterre,  cette 
llolle  fut,  comme  on  sait,  dispersée  dans  la  .Manche  par 
la  tempête.  Or,  un  des  navires  qui  la  composaient,  le 
Calvados,  vint  échouer  sur  les  rochers  qui  longent 
notre  côle,  et  leur  donna  son  nom. 

.Maintenant  quelle  est  la  meilleure  de  ces  solutions? 

En  Normandie,  la  tradition  est  pour  la  seconde  ;  de 
plus,  les  anciennes  cartes  du  British  Muséum  écrivent 
le  nom  de  ces  rochers  Calvador,  expression  bien  peu 
différente  de  notre  Calvados;  et  enfin,  la  partie  de  mer 
qui  est  entre  les  rochers  et  les  côtes  s'appelle  Fosse 
d'Espagne,  ce  qui,  en  impliquant  un  naufrage  d'Espa- 
gnols en  cet  endroit,  corrobore  ladite  solution. 

Quant  à  la  première,  je  sais  que  l'on  a  allégué  en  sa 
faveur  que,  dans  le  nord  de  la  France,  Philippe  II,  par 
respect  filial,  avait  donné  le  nom  de  son  père  à  une  ville, 
Qaintinopolis,  devenue  depuis  Saint-Quentin  ;  mais  je 
ne  vois  pas  là  une  raison  suffisante  pour  établir  que 
l'espagnol  ait  servi  à  dénommer,  à  cause  de  leur  aspect, 
les  roches  de  la  côte  de  Normandie  :  les  habitants  de 
ce  pays,  qui  ont  simplement  appelé  Ile  pelée  une  île 
improductive  située  en  face  de  Cherbourg,  auraient 
appelé  Roches  chauves  les  rochers  du  Calvados,  s'ils  y 
eussent  attaché,  comme  on  l'a  prétendu,  une  idée  de 
calvitie.  Du  reste,  est-il  bien  certain  que  les  rochers  du 
Calvados,  qui  ne  s'aperçoivent  jamais  que  dans  les  plus 
fortes  marées,  soient  réellement  aussi  chauves  qu'on 
s'est  plu  à  le  dire? 

La  seconde  explication  me  sernble  l'emporter  de  beau- 
coup sur  la  première. 

X 

Quatrième  Question. 
Soi/e:  ft.s-.vp;  l)on  pour  répondre  dans  l'un  des  premiers 
numéros  du  Ci)iiiiiir:ii   de  ViicraAS  «  lu  question  que 
voici  :  Quel  rôle  jow  l'infinilif  *ccori>eu  dan.t  cette 


60 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


phrase  :  Daignez  nocs  AcconnEB  votre  aide,  etc.  Le 
verbe  daignée  étant  neutre,  nous  sommes  dans  l'embar- 
ras pour  analyser  l'infinitif  qui  le  suit. 

Je  trouve  que  le  verbe  accorder,  dans  cette  phrase, 
joue  absolument  le  même  rôle  que  dans  celle-ci  : 
Veuillez  nous  accorder  votre  aide,  etc. 

Or,  dans  cette  dernière,  «(con/er  est  régime  direct; 
par  conséquent,  dans  la  première,  il  l'est  également. 

Mais,  direz-vous,  dans  l'une,  veuillez-  est  un  verbe 
actif,  et  dans  l'autre,  daignez  est  un  verbe  neutre,  qui 
ne  peut  avoir  un  tel  régime. 

C'est  une  profonde  erreur,  partagée  du  reste  par  les 
sept  dixièmes  des  lexicographes  que  j'ai  consultés; 
daigner  est  bel  et  bien  un  verbe  actif,  ainsi  que,  par 
une  triple  preuve,  je  vais  vous  le  démontrer. 

\a  Daigni^r  vient  du  latin  dignari,  qui  est  un  verbe 
déponent  à  signification  active,  puisqu'on  trouve  dans 
Quicherat  : 

Haud  iali  me  dignor  honore.  Virg.  (Je  ne  mérite  pas  un 
tel  honneur,)  —  Dignari  regem  filium.  Curt.  (Adopter  un  roi 
pour  tils.) 

Or,  en  passant  en  français,  un  tel  verbe  n'a  pu  don- 
ner un  verbe  neutre.  Daigner  est  donc  un  verbe  actif. 

2°  Un  verbe  neutre  peut  se  construire  seul  à  la  fin 
de  la  phrase  :  je  marche,  tu  tombes,  il  règne,  nous 
arrivons,  vous  venez,  ils  dorment  ;  or,  ce  n'est  jamais 
le  cas  de  daigner,  qui  requiert  toujours  après  lui  un 
infinitif  :  il  daigne  le  secourir,  elle  daigne  me  sa- 
luer, etc.  Conclusion  :  daigner  ne  peut  être  qu'actif. 

3"  Cherchez  les  équivalents  de  daigner;  vous  trou- 
verez qu'il  veut  dire^a^er  à  propos,  croire  convenable, 
avoir  pour  agréable,  vouloir  bien,  toules  expressions 
contenant  un  verbe  actif;  or,  il  ne  peut  en  être  ainsi 
qu'à  la  condition  que  daigner  soit  actif  lui-même. 


ÉTRANGER 


Première  Question. 
M.  Littré  n'est  pas  d'accord  avec  l'Académie  sur  la 
manière  d'écrire  le  participe  de'gri\gole';  il  dit  : 
«  L'Académie  écrirait  :  les  marches  guej' a iitÉGUi^GOiÉcs; 
la  grammaire  veut  qu'on  écrive  :  les  marches  que  nous 
avons  DÉGRINGOLÉ.  On  ne  peut  pas  dégringoler  quelque 
chose.  Que  pensez-vous  à  votre  tour  de  l'orthographe 
de  ce  participe  ?    . 

Depuis  que  le  verbe  dégringoler  a  été  admis  par 
l'Académie  dans  son  édition  de  1717,  il  n'a  pas  cessé 
de  se  construire  tantôt  ncutralement  comme  tomber, 
tantôt  activement  avec  le  régime  direct  degré  ou  un 
mot  synonyme  ; 

(Exemples  de  la  construction  neutre) 

Nos  ministres  dégringolent  l'un  après  l'autre  comme  les 
personnages  de  la  lanturnc  magique. 

(Voltaire,  Lettre  h  Mme  du  Deffant,  3  décembre  i-jS!).) 

Mlle  Clairon  et  Mme  du  Gliappe  soutiennent  la  j;loire  de 
la  France,  mais  ce  n'est  pas  assez  :  nous  ilc'gringoluns  fu- 
rieusement. 

lIHem,  Lftlrf  nu  duc  de  Richel  ,  ai  oct.  fjtiij 


(Exemples  de  la  construction  active) 

Il  a  dégringolé  les  montées;  on  lui  a  fait  dégringoler  les 
marcties. 

(Académie  de  1717). 

On  lui  a  fait  dégringoler  les  montées  quatre  à  quatre. 

(Furetière,  17117.) 
Dégringoler  un  escalier. 

(Académie  de  i835.| 

Dégringoler  la  colline, 

(Bescherelle,  Diction.] 

Or,  après  cela,  je  ne  comprends  pas  comment  il  serait 
possible  d'écrire,  sans  faire  varier  le  participe  : 

Les  marches  que  nous  avons  dégringolé,  9 

car  dans  cette  phrase  la  construction  est  active,  et,  par 
conséquent,  le  participe  doit  s'y  accorder,  comme  dans        ■ 
tous  les  cas  analogues,  avec  son  régime  direct,  1 

Pour  justifier  ici  l'invariabilité  du  participe,  M.  Littré  J 
dit  que  dégringoler  n'est  pas  plus  un  verbe  actif  que  " 
n'en  sont  marcher  et  courir  dans  les  phrases,  marcher 
deux  heures,  courir  deux  lieues;  mais  qu'il  me  soit 
permis  de  faire  observer  que  le  cas  n'est  pas  du  tout  le 
même  :  dans  ces  dernières  phrases,  en  effet,  la  prépo- 
sition pendant  est  sous-entendue,  tandis  que,  dans 
celle  dont  il  est  question,  elle  ne  peut  l'être,  comme 
n'ayant  jamais  existé. 

Du  reste,  en  supposant  que,  dans  l'origine,  dégrin- 
goler ait  été  neutre,  ce  ne  serait  pas  une  raison  pour 
qu'il  ne  fut  pas  actif;  car,  avec  le  temps,  les  verbes 
peuvent  changer  de  nature;  ainsi,  par  exemple,  penser 
était  neutre  dans  l'origine,  onA\i3d[,  penser  d'une  chose, 
comme  on  le  dit  encore  en  anglais,  et  aujourd'hui  on 
dil  penser  une  chose;  nous  disions  prier  à  Dieu,  au 
moyen  âge,  et  nous  disons  maintenant  prier  Dieu. 

X 

Seconde  Question, 

Dans  votre  numéro  5,  vous  avez  corrigé,  au  Passe- 
Temps,  une  phrase  oii  se  trouvaient  ces  mots  :  «.  qui 
fasse  couler  les  larmes  à  m  trimestre  de  spectateurs  ». 
Je  sens  très-bien  que  cela  ne  doit  pas  se  dire;  mais 
comme  d'autres  cas  analogues  pourraient  se  présenter, 
je  voudrais  savoir  en  vertu  de  quelle  règle  il  faut  cons- 
truire de  cette  manière. 

Pour  qu'un  substantif  exprimant  une  division  du 
temps  puisse  être  suivi  d'un  complément  détcrminatif, 
il  faut  que  ces  deux  substantifs  se  puissent  construire 
dans  un  ordre  inverse  et  être  séparés  par  qui  durepcn- 
dani;  ainsi  on  dit  très-bien  ; 

Une  heure  de  leçon, 
Si.x  mois  de  révolution. 
Un  an  de  maladie. 
Une  semaine  de  travail. 

Parce  qu'on  peut  dire  : 

Une  leçon  qui  dure  pendant  une  heure. 
Une  révolution  qui  dure  pendiinl  six  mois, 
Une  maladie  qui  dure  pendant  un  an, 
Un  travail  qui  dure  pendant  une  semaine. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


6i 


Mais  l'expression   un   trimestre    de  spectateurs   ne 
pouvant  se  tourner  i)ar  : 

Des  spectateurs  qui  durent  pendant  un  trimestre, 
j'en  ai  naturellement  conclu  que  cette  expression  était 
mauvaise  ;  et,  comme  trimestre  n'y  pouvait  convenir, 
attendu  qu'il  s'emploie  plutôt  comme  terme  de  finances, 
j'ai  corrigé  comme  vous  l'avez  vu  la  phrase  où  ladite 
expression  se  trouvait. 


PASSE-TEMPS  GRAMMATICAL. 


Corrections  du  numéro  précédent. 

1°...  mais  qui  nous  pirait  curieux  à  signaler;  —  1'...  au 
réseau  occidental  européen,  ou  {soit  ne  s'emploie  qu'en  cas  de 
répétition); —  3°...  et  se  faire  débonnaire  afin  d'èlre  (Voir 
Courrier  de  Vaugelas,  2"  année,  p.  13'J);  —  i'...  qu'elle  a  laissés 
arriver  aux  Carlistes;  —  5°...  et  il  est  à  craindre  que  ce  nouvel 
échec  n'augmente  ;  —  6°...  nous  allons  nous  faire  moquer  (sans 
de  nous  ;  Voir  Courrier  de  Vangelas,  4'  année,  p.  130)  ;  —  7"... 
et  nous  nous  souvenons  de  l'avoir  entendu  conter;  —  8°...  ser- 
vaient à  autre  chose  que  les  vengeances  personnelles  et  les  por- 
sécutions  (Voir  Courrier  de  Vaugelos,  3'  année,  p.  7i)  ;  —  9"... 
du  7'  chasseurs  (au  pluriel,  parce  que  régiment  de  est  sous- 
entendu);  —  10°...  comme  par  le  passé,  à  tenir  à  sa  disposition 
(en  français  les  adjectifs  possessifs  qui  se  rapportent  à  des  noms 
collectifs  ne  se  meltenl  pas  au  pluriel). 


Phrases  à,  corriger 
trouvées  pour  la  plupart  dans  la  presse  périodique. 

1'  Comment  parler  d'autre  chose  que  des  scènes  qui  de- 
puis deux  jours  s'étaient  succédé  à  la  gare  Saint-Lazare? 

2*  Le  ligaro,  annonçant  notre  interdiction  de  vente  sur 
la  voie  publique,  ajoute,  non  sans  raillerie,  que  la  Fronde 
plus  lieureuse,  a  vu  lever  hier  soir  l'interdit  qui  l'avait 
frappé. 

3°  Mais  au  fait,  exclama-t-il  tout-à-coup,  pourquoi  un 
ministèrel  est-ce  que  nous  ne  sommes  pas  aussi  heureux 
en  ce  moment  que  si  nous  en  avions  un? 

4°  Aujourd'hui  les  théâtres  de  Paris  ne  font  plus  four;  à 
moins  de  relâche  officiellement  annoncée,  ils  jouent  cons- 
tamment, ne  fût-ce  que  devant  l'orchestre,  les  banquettes, 
le  pompier  et  le  garde  de  Paris. 

b'  On  ne  se  suicide  pas  soi-même,  quand  on  est  un  parti 
sérieux,  et  le  parti  légitimiste  se  suiciderait,  s'il  faisait  une 
tentative  de  ce  genre. 

6'  Aujourd'hui,  je  me  borne  à  constater  que  ce  n'est  pas 
moi  qui  ai  commencé  à  traiter  politique  devant  le  public. 
On  m'a  obligé  à  faire  acte  de  ma  personne  pour  expliquer 
ma  conduite  à  l'égard  d'un  homme  que  je  vénère  profon- 
dément. 

7°  Comme  nous  avons  appris  qu'ici  même  on  distribue 
des  couronnes  et  des  récompenses  â  ceux  qui  les  méritent, 
nous  sommes  venus  dans  l'espoir  qu'on  voudra  bien  juser 
que  nous  en  méritons  aussi. 

8"  Vous  plairait-il,  cher  lecteur,  que  nous  revenions  à 
nos  Etudes  sur  la  Roumanie?  pauwres  études  commencées 
depuis  SI  longtemps,  interrompues  tant  de  fois,  et  qui 
s'achèveront  quand  il  plaira  à  Dieu. 

9°  La  livrée  llamboyante  de  la  princesse  Bagration  a 
disparu,  mais  il  est  resté  le  Suisse  unique  de  l'époque,  un 
vrai  Suisse,  un  géant,  qui  a  servi  longtemps  dans  l'artillerie 
suisse. 

10»  Et  quand  il  vous  y  reçoit,  on  peut  dire,  comme  d'un 
ancien  itomain,  qu'il  porte  dans  ses  traits  ie  reflet  des 
grands  événements  qu'il  a  vécus. 


11°  Il  avait,  dans  sa  jeunesse,  essayé  du  vaudeville  et 
risqué,  sur  quelques  scènes  minuscules,  quelques  petits 
actes  qui  ne  valaient  ni  mieux  ni  pire  que  ceux  de  tels  et 
tels  de  ses  rivaux  d'alors  qui,  depuis,  ont  fait  grande  figure 
dans  la  carrière  dramatique. 

11°  Un  homme  pendu  par  des  femmes,  en  présence  d'une 
foule  furieuse  et  en  vertu  de  cette  terrible  loi  du  Lynch, 
si  en  honneur  dans  les  contrées  presque  sauvages,  tel  est 
le  spectacle  dont  la  Trinidad  a  été  le  théâtre  depuis  quelques 
jours. 

{Les  corrections  à  quinzaine.) 


FEUILLETON 


BIOGRAPHIE  DES  GRAMMAIRIENS 

PREMIÈRE  MOITIÉ  DU  XVII'  SIÈCLE. 

Antoine  OUDIN. 

,'Suite  et  fin.} 

Aux  frontières,  on  dit  un  petit  peu,  ce  qui  n'est  poitit 
du  tout  à  propos. 

D'après  Oudin,  on  ne  doit  point  mettre  l'adverbe  de 
quantité  après  son  substantif,  comme  font  ceux  qui 
disent  :  il  a  du  bien  assez;  il  a  du  pain  plus  que  vous 
ne  penses. 

Les  adverbes  de  qualité  foi'més  des  adjectifs  terminés 
en  ïe  et  iie,  ne  retiennent  point  Ve  féminin  dans  la  pro- 
nonciation ni  même  dans  l'écriture;  exemple  :  hardie, 
hardiment  ;  fjoulite,  (jouluinent. 

Il  ne  faut  pas  dire  :  à  la  franche  Marguerite  parce  que 
c'est  une  phrase  d'artisan. 

C'est  mon,  ce  fay  mon,  ce  faudra  mon  sont  des  façons 
de  parler  de  harengères. 

Voire  est  trop  vulgaire  comme  adverbe  d'adlirmation. 

On  dit  :  je  ne  le  feray  mie,  mais  c'est  picard. 

11  e?t  indifférent  de  répéter  la  particule  mj  après  une 
négative;  ainsi  on  peut  dire  :7e  ne  puis  manger  ny 
boire,  ou  bien  :  je  ne  puis  ny  manger  ny  boire. 

Quant  à  l'emploi  des  négatives,  voici  quelques  règles 
que  donne  Antoine  Oudin  : 

1°  On  peut  supprimer  «e  dans  quelques  interrogations 
négatives,  et  dire,  par  exemple  :  changera-t-il  point  de 
volonté? 

i°  Avec  la  «  particule  »  que,  on  ne  met  que  ne  sans 
pas,  ni  point,  comme  dans  :  que  ne  faites-vous,  que  ne 
dit-elle? 

3"  A\'ec  pourquoy ,  il  faut  les  deux  négatives  :  paur- 
quoy  ne  voyez-vous  pas? 

Il  se  rencontre  une  phrase  où  les  deux  négatives  ont 
comme  un  sens  affirmatif  :  il  n'est  pasjusques  aux  plus 
petits  qui  en  veulent  parler. 

Beaucoup  de  personnes  confondent  7;rt,s- 1\.  point  :  m3.\s 
il  y  a  pourtant  de  la  différence,  car  jmint  se  rapporte 
aux  choses  «  qui  portent  »  quantité,  et  pas  conclut  une 
négative  sim[)le  de  qualité  :  par  exemple  :  je  n'ay  point 
d'argent  et  non  je  n'ay  pas  d'argent. 

Dans  une  phrase  négative,  au  lieu  de  la  conjonction 
''^•il  faut  mettre  «y;  par  exemple  :  l'ous  n'avez  pas 


62 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


voulu,  ny  motj  aussi;  les  étrangers  diraient  impropre- 
ment et  moy  aussi  (1633). 

Lorsque,  dans  une  comparaison,  la  dernière  partie 
se  termine  par  un  infinitif,  il  faut  mettre  non  pas,  et 
dire,  par  exemple  :  il  aime  mieux  n'avoir  rien  que  non 
pas  avoir  du  bien  mal  acquis.  S'il  en  est  autrement,  il 
faut  y  mettre  ne  et  tie  pas;  ainsi  :  je  suis  tout  autre 
qu'il  n'est  pas;  ils  sont  plus  vaillans  que  ne  sont  nos 
gens.  Quand  la  seconde  partie  de  la  comparaison  est 
sans  verbe,  il  est  indifférent  de  mettre  non  pas  ou  de 
l'omettre  :  les  tromperies  se  reconnaissent  mieux  par 
les  evenemens  que  par  les  apparences  ou  que  non  pas 
par  les  apparences.  La  première  construction  est  la 
meilleure. 

Voici  des  expressions  adverbiales  dont  on  se  sert 
pour  exprimer  la  contradiction  :  voire,  voire  voire, 
justement,  ils  sont  bossus,  elles  sont  sonnées,  des  neffics, 
des  flustes;  mais  juste  et  quarré  comme  une  fluste  est 
une  expression  vulgaire. 

En  voici  encore  quelques  autres  du  même  genre  : 
on  vous  en  fricasse;  vous  me  la  baillez,  belle;  vous  y 
estes,  laissez-vous  choir;  autant  pour  le  brodeur. 

Nous  contredisons  quelqu'un  qui  nie  par  si,  comme 
dans  :  vous  n'estes  pas  mauvais,  si  suis;  vous  ne  le  faites 
pas,  si  fay. 

Les  «  courtois  »  qui  parlent  le  plus  honnêtement  se 
servent  des  formes  qui  suivent  :  excusez-moy,  pardon- 
nez-moy,  sauf  vostre  grâce,  sauf  vostre  honneur. 

Pour  signifier  le  silence,  on  dit  coy,  tout  coy,  mot; 
on  emploie  aussi  cliut,  qui  est  un  mot  normand,  ^^a/x, 
paix-là. 

On  emploie  taij,  tay  pour  appeler  les  chiens,  et  mi- 
non,  minon  pour  appeler  les  chats. 

Aussi  ne  reçoit  point  la  particule  comme;  c'est  mal 
parler  que  de  dire  aussi  riche  comme  vous  ;  dites  plutôt 
que  vous. 

D'après  Ant.  Oudin,  comme  adverbe  de  similitude  « 
l'instar  est  trop  latin,  et  n'est  point  en  usage  parmi  les 
«  bons  François  ». 

Voila  qui  est  une  mauvaise  construction  ;  au  lieu  de 
voila  qui  est  beau,  il  vaut  mieux  dire  cela  est  beau. 

On  ne  doit  jamais  mettre  les  pronoms  le,  la,  les 
entre  voy  et  cy  ou  là,  comme  «  d'aucuns  »,  qui  disent 
voy  le  cy,  voy  te  là;  car  ce  sont  de  fort  mauvais  «  ar- 
rangemens.  » 

Lorsque  la  négative  précède  voïcy,  il  faut  se  garder 
de  mettre  l'impersonnel  //  après,  comme  le  vulgaire  qui 
dit  :  ne  voila-t'il  pas  au  lieu  de  ne  voila  pas,  qui  est 
plus  convenable;  car  voy  est  la  seconde  personne  de 
l'impératif,  qui  ne  se  peut  rapportera  (7,  qui  en  est  une 
troisième. 

Voyez-cy  n'est  guère  élégant,  et  voyez  là  est  fort  peu 
fréquent. 

Quant  et  mnij  est  un  peu  vulgaire. 

Anl.  Oudin  remarque  que  si  l'on  dit  à  qui  mieux 
mieux,  on  ne  dit  point  à  qui  pis  pis. 

Tant  y  a  se  trouve  [)armi  les  adverbes  de  conclusion. 

DES   CORJO.NCriONS. 

Alors  U633)  on   employait  fu.st   cx)mme   nous  em- 


ployons aujourd'hui  soit;  mais  Oudin  le  trouve  un  peu 
«  nud  »  et  hors  d'usage:  fust  au  logis,  fust  en  cam- 
pagne; il  dirait,  lui,  ou  que  ce  fust  au  logis,  ou  que  ce 
fust  en  campagne. 

Au  lieu  de  }i'estoit,n'eustesté  ^ae,  Oudin  aime  mieux 
qu'on  dise  plus  «  modernement  »  si  ce  n'estoit,  si  ce 
n'eust  esté. 

Dans  le  langage  vulgaire,  qui  ne  s'emploie  pour  si  on 
ne,  comme  dans  :  on  n'en  sçauroit  jouir  qui  ne  leur 
donne,  c'est-à-dire  si  on  ne  leur  donne. 

L'expression  à  celle  fin  est  vulgaire. 

A  ce  que  pour  d'après  ce  que  s'emploie  très-bien  :  à 
ce  que  j'ay  entendu  dire. 

Nous  avons  des  modernes  (1633)  qui  ne  veulent 
point  admettre  le  car;  mais  il  y  a  des  occasions  où  ils 
se  trouveraient  bien  embarrassés  s'il  leur  était  défendu 
de  s'en  servir. 

Ains  est  devenu  vieux  depuis  dix  ans  «  en  ça  ». 

Mais  s'emploie  dans  la  phrase  populaire  Je  w'ewjjwù 
mais  pour  direy'e  n'en  suis  pas  cause. 

Et  SI  pour  toutefois  ne  se  dit  plus. 

DES    PRÉPOSITlOiNS. 

11  faut  dire  à  travers  et  non  au  travers. 

Au  ras  n'est  point  recevable,  et  ne  signifie  rien  «  en 
ce  pays  cy.  » 

On  dit  mettre  la  porte  dedans  pour  l'enfoncer,  la 
rompre. 

Sus  pour  sur  ne  se  met  que  dans  cette  phrase  :  courir 
sus  à  quelqu'un. 

DES  INTEBJECTIO-N'S. 

Parmi  les  interjections  de  «  cry  »  on  trouve  à  i' arme.' 
Da  est  une  syllabe  qu'on  emploie  trop  fréquemment. 
Il  est  bien  nécessaire  de  s'en  servir  dans  certains  cas 
comme  par  manière  de  refus  ou  de  moquerie  :  ouy-da, 
(•oî're-f/a;  mais  attendu  qu'Oudin  ne  voit  pas  d'étran- 
ger revenant  des  bords  de  la  Loire  qui  n'en  farcisse  ses 
discours,  il  croit  que  dans  ces  lieux-là  on  en  fait  une 
parure  au  langage.  Toutefois,  il  ne  dit  pas  cela  dans 
l'intention  de  ravir  aux  gens  de  ce  pays  la  réputation 
qu'ils  ont  de  parler  mieux  qu'à  la  Cour. 

Ici  se  termine  la  grammaire  d'.^ntoine  Oudin,  ou- 
vrage qui  dut  être  en  son  temps  d'une  grande  utilité 
pour  l'étude  de  la  langue  française  si  l'on  en  juge  par 
ces  vers,  signés  Baro,  qui  se  trouvent  aux  premières 
pages  de  la  seconde  édition  (1640)  : 

A  Monsieur  Oudin. 

Que  ne  doit  la  France  à  tes  veilles? 
Et  quel  effort  de  jugement 
Eui-t  démeslé  plus  nettement 
ïant  de  difficulté?,  pareilles? 
L'ouvrage  dont  tu  viens  à  bout 
Est  si  fort  au  dessus  de  tout, 
Que  pour  payer  tes  soins  d'un  prix  qui  te  contente. 
Elle  souhaitto  désormais, 
Que  comme  sa  langue  est  vivante, 
Ta  gloire  no  meure  jamai.^. 

FIN. 
Le  RÉDACTEOll-GÉBAlNT  1    EsiA.\   .MARTIN. 


LE  COURRIER  DE  YAL'GELAS 


63 


BIBLIOGRAPHIE 


OUVRAGES     DE     GRAMMAIRE     ET     DE     LITTÉRATURE 


Publications  de  la  quinzaine  : 


Exercices  sur  le  style  épistolaire,  à  l'usage  des 
jeunes  demoiselles,  précédés  de  réflexions,  d'instructions  et 
de  modèles  sur  les  différents  genres  de  style  épistolaire  ;  par 
Alex.  Abrant.  3'  édit.  In-12,  196  p.  Paris,  lib.  Boyer  et  C'. 

La  Jetinesse  de  Mirabeau;  par  Mme  Louise  Colet. 
Nouvelle  édition,  complétée.  Iq-18  Jésus,  iv-312  p.  Paris, 
lib.  Dentu.  3  fr. 

Voltaire  et  la  société  française  au  XVIII=  siècle. 
Voltaire  et  J.-J.  Rousseau;  par  Gustave  Desnoires- 
terres.  ln-8»,  520  p.  Paris,  lib.  Didier  et  C^  7  fr.  50. 

Dialogues  sur  l'éloquence  en  général,  et  sur  celle 
de  la  chaire  en  particulier  ;  par  Fénelon.  Nouvelle 
édition,  augmentée  de  notes,  par  l'abbé  Drioux.  professeur 
d'histoire.  In-18,  119  p.  Paris,  lib.  Lecoffre  fils  et  C«. 

Les  Mondes  imaginaires  et  les  mondes  réels, 
voyage  pittoresque  dans  le  ciel  et  revue  critique  des  théo- 
ries humaines,  scientifiques  et  romanesques,  anciennes  et 
modernes,  sur  les  habitants  des  astres;  par  Camille  Flam- 
marion. I2«  édition.  In-12,  vii-599  p.  et  pi.  Paris,  lib.  Di- 
dier et  C'.  3  fr.  50. 

Grammaire  des  langues  romanes;  par  Frédéric 
Diez.  3'^  édition,  refondue  et  augmentée,  t.  I.  Traduit  par 
Auguste  Brachet  et  Gaston  Paris.  2=  fascicule,  ln-8*,  2/il- 
Z|76  p.  Paris,  lib.  Franck. 

En  congé;  par  Mlle  Zenaïde  Fleuriot.  Ouvrage  illustré 
de  61  vignettes  sur  bois  |)ar  A.  Marie.  In-18  Jésus,  26i  p. 
Paris,  lib.  Hachette  et  C°.  2  fr.  25. 


Histoire  de  la  caricature  sous  la  République, 
l'Empire  et  la  Restauration;  par  Champfleury.  In-18 
Jésus,  300  p.  Paris,  lib.  Dentu.  5  fr. 

Les  Femmes  illustres  de  la  France;  par  Joseph 
Delanox.  2»  édition,  soigneusement  revue.  Gr.  in-iS,  225  p. 
Limoges,  lib.  Ardant  et  G'. 

Louis  XIV  et  son  siècle  ;  par  Alexandre  Dumas.  Nou- 
velle édition.  T.  1  et  2.  ln-18  Jésus,  629  p.  Paris,  lib.  Nou- 
velle, i  fr.  25  le  vol. 

Le  Fils  du  diable  ;  par  Paul  Féval.  Nouvelle  édition, 
illustrée  de  ?Zi  gravures  sur  acier.  T.  1  et  2.  Gr.  in-S», 
81i  p.  Paris,  lib.  Legrand,  Troussel  et  Pomey. 

Maître  Pierre;  par  Edmond  About.  6«  édition.  In-18 
Jésus,  vi-309  p.  Paris,  lib.  Hachette  et  C«.  2  fr. 

Envers  et  contre  tous;  par  Aniédée  Achard.  Nouvelle 
édition,  ln-18  Jésus,  300  p.  Paris,  lib.  Nouvelle.  3  fr.  50. 

La  Famille  et  l'éducation  en  France  dans  leurs 
rapports  avec  l'état  de  la  Société;  par  Henri  Baudril- 
lart,  membre  de  l'Institut.  In-12,  xi-i31  pag.  Paris,  lib. 
Didier  et  G'.  3  fr.  50. 

Une  campagne  en  Kabylie,  récit  d'un  chasseur 
d'Afrique  et  autres  récits;  par  Erckmann-Chatrian,  3«  édi- 
tion. In-I8  Jésus,  305  p.  Paris,  lib.  Hetzel  et  G".  3  fr. 

Les  Lettres  d'un  logicien,  questions  des  années  1872 
et  1873;  par  Emile  de  Girardin.  In-8»,  xvi-il9  p.  Paris,  lib. 
Nouvelle. 


Publications  antérieures  : 


LES  ANCIENS  POÈTES  DE  LA  FRANCE,  publiés 
sous  les  auspices  de  S.  Exe.  Monsieur  le  Ministre  de  l'Ins- 
truction publique  et  des  Cultes,  et  sous  la  direction  de 
M.  Guessard.  —  fierabr.^s.  —  p.keise  l.\  duchesse.  —  Paris, 
chez  F.  Vieweg,  libraire-éditeur,  67,  rue  Richelieu. 


LES  GRAMMAIRIENS  FRANÇAIS  depuis  l'origine 
de  la  Grammaire  en  France  jusqu'aux  dernières  œuvres 
connues.  —  Par  J.  Tell.  —  L'n  beau  volume  grand  in-18 
Jésus.  —  Prix  :  3  fr.  50.  —  Librairie  Firmin  Didol  frères, 
fils  et  Cie,  56,  rue  Jacob,  à  Paris. 


CONFORMITÉ  DU  LANGAGE  FRANÇOIS  AVEC 
LE  GREC,  par  Henri  EsTiENNE. —  Nouvelle  édition,  accom- 
pagnée de  notes  et  précédée  d'um  essai  sur  la  vie  et  les 
ouvrages  de  cet  auteur.  —  Par  Léon  Feugère,  professeur 
de  rhétorique  au  lycée  Louis-le-Grand.— Paris,  chez  Jules 
Delatam,  imprimeur  de  l'L'niversité  de  France,  rue  de 
Sorbonne  et  des  .Mathurins. 


LA  VRAIE  HISTOIRE  DE  FRANCION,  composée  par 
CH.\RLEsSonEL,sieurdeSouvigny.  — Nouvelle  édition,  avec 
avant-propfts  et  notes  par  E.mile  Colo.mbay.  —  Paris, 
Adolphe  Delahays,  éditeur,  ù-6,  rue  Voltaire. —In-16  : 
5  fr.  ;  in-18  Jésus,  2  fr.  50. 


VOCABULAIRE  RAISONNÉ  ET  COMPARÉ  DU 
DIALECTE  ET  DU  PATOIS  DE  LA  PROVINCE  DE 
BOURGOGNE,  ou  Etude  de  I  histoire  et  des  mœurs  de 
celle  province  d'après  son  langage.  —  Par  Mignard,  de 
l'Académie  de  Dijon.  -  In-8»,  33Zi  p.  —  Paris,  librairie 
Aubry,  18,  rue  Séguier. 


LE  ROMANCERO  FRANÇOIS,  histoire  de  quelques 
anciens  trouvères  et  choix  de  leurs  chansons,  le  tout  nou- 
vellement recueilli.  —  Par  Paulin  Paris.  —  Paris,  librairie 
Techner,  52,  rue  de  l'Arbre-Sec.  Prix  :  8  fr. 


NOTIONS  ÉLÉMENTAIRES  DE  GRAMMAIRE  COM- 
PARÉE, pour  servir  à  l'étude  destrois  langues  classiques. 
—  Par  E.  Egoer,  membre  de  l'Institut,  professeur  à  la 
Faculté  des  lettres,  maître  de  conférences  honoraire  à 
l'École  normale  supérieure.  —  Sixième  édition,  revue  et 
augmentée  de  quelques  notes.  —  Paris,  librairie  Durand 
et  Pedone-Lauriel,  9,  rue  Cujas. 


DICTIONNAIRE  ÉTYMOLOGIQUE  DES  NOMS  PRO- 
PRES D'HOMMES,  contenant  la  qualité,  l'origine  et  la 
signification  des  noms  propres  se  ratlachant  à  l'histoire, 
à  la  mythologie,  des  noms  de  baptême,  etc.  —  Par  Paul 
Hecuuet-Boucrand.  — Paris,  ViclorSarlily  libraire-éditeur, 
19,  rue  de  Tournon. 


64 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


HISTOIRE  MACARONIQUE  DE  MERLIN  COC- 
CAIE,  prototype  de  Rabelais,  ou  est  traicté  les  ruses  de 
Cingar,  les  tours  de  Boccal,  les  adventures  de  Léonard, 
les  farces  de  Fracasse,  les  enchantements  de  Gelfore  et 
Pandrague,  et  les  rencontres  heureuses  de  Balde.  —  Avec 
des  notes  et  une  notice,  par  G.  Brunet,  de  Bordeaux.  — 
Nouvelle  édition,  revue  et  corrigée  sur  l'édition  de  1606. 
—  Par  P.-L.  J.\coB,  bibliophile.  —  Paris,  Adolphe  Dela- 
hays,  éditeur,  /i-6,  rue  Voltaire. 


THIRD  FRENCH  COURSE,  intended  as  a  sequel  to 
Arnold's,  HalFs,  Ann's,  Hamel's,  Levizac's,  De  Fivas'  and 


other  similar  educational  French  works.  —  By  A.  Coqery, 
B.A.,L.L.,  French  Masteratthe  Birkbeck  Schools,  Peckham; 
etc.  —  Nouvelle  édition  revue  et  augmentée.  —  London  : 
Relfe  brothers,  Charterhouse  buildings  —  Two  shillings  — 
Corrigé  du  THran  French  course  :  Two  shillings. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS  (première,  seconde, 
troisième  et  quatrième  année).  —  En  vente  au  bureau  du 
Courrier  de  Vaugelas,  26,  boulevard  des  Italiens.  —  Prix 
de  chaque  année,  broché,  6  fr.  —  Envoi  franco  pour  la 
France,  l'Algérie  et  l'Alsace-Lorraine. 


LITTÉRATURE     FRANÇAISE 

P,\R 

DÉSIRÉ  NISARD,  Membre  de  l'Académie  française. 


Quatre  volumes  in-18  jésus  de  plus  de  400  pages  chacun. 

1"  vol.  :  Des  origines  jusqu'au  xyii^  siècle  ;  —  2=  vol.  :  Première  moitié  du  xvii'  siècle  ;   —  3"  vol. 
moitié  du  xvii":  siècle  ;  —  h"  vol.  :  Le  xviii«  siècle  avec  un  dernier  chapitre  sur  le  xix». 


Seconde 


Cinquième  Édition. 
Prix  de  l'ouvrage    :   16  francs. 


SE  TROUVE  A  PARIS 

A  la  librairie  de  Firmin  Didol  frères,  fils  et  Cie,  56,  rue  Jacob. 


FAMILLES     PARISIENNES 

Recevant  des  Étrangers  pour  les  perfectionner  dans  la  Conversation. 

A  Passy  (près  du  Ranelagh).  —  Un  chef  d'institution 


reçoit  dans  sa  famille  quelques  pensionnaires  étrangers 
pour  les  perfectionner  dans  la  langue  française  et  achever 
leur  éducation. 


Dans  un  grand  pensionnat  de  DemoiseUes,  situô 
dans  une  des  localités  les  plus  salubresde  la  banlieue  de 
Paris,  on  reçoit  de  jeunes  étrangères  pour  les  perfec- 
tionner dans  langue  française.  —  Chambres  particulières. 
Table  de  la  Directrice.  —  Prix  modérés. 


Une  Maison  d'éducation  qui  n'est  point  une  pension 
prend  des  étrangers  à  demeure  pour  leur  enseigner  la 
langue  et  la  littérature  françaises.  —  Près  du  Collège  de 
France  et  de  la  Sorbonne. 


Avenue  de  l'Impératrice.  —  Un  ancien  préfet  du 
collège  Rollin  prend  en  pension  quelques  jeunes  étrangers 
pour  les  perfectionner  sérieusement  dans  l'étude  de  la 
langue  française.  — Enseignement  de  l'allemand  et  prépa- 
ration aux  examens  pour  le  service  militaire  en  Angleterre. 


(Les  adresses  sont  indiquées  à  la  rédaction  du  Journal.) 


CONCOURS    LITTÉRAIRES. 


Appel  aux  prosateurs. 


L'AcADKMiE  FRANÇAISE  décemcra  pour  la  première  fois,  en  1875,  le  prix  Jouy,  de  la  valeur  de  quinze  cents  francs, 
prix  qui,  aux  termes  du  testament  de  la  fondatrice,  doit  être  attribué,  tous  les  deux  ans,  à  un  ouvrage,  soit  d'obser- 
vation, soit  d  i III affinât i(m,  snit  de  critique,  et  ai/ant  pour  objet  Vclude  des  mœurs  actuelles.  —  Les  ouvrages  adressés 
pour  ce  concours  devront  être  envoyés  au  nombre  Je  trois  exemplaires  avant  le  l''' janvier  1875. 

Le  rédacteur  du  Courrier  de  Vaurjclas  est  visible  à  son  bureau  de  midi  à  uiw  heure  et  demie. 


Imprimerie  Guuvernedr,  G.  Daupeley  ù  Nogent-le-Rotrou. 


5"  Année. 


m°  9. 


1"  Août  1874. 


QUESTIONS 
GRAMMATICALES 


LE 


^« 


î^^' 


^"^ 


DE 


QUESTIONS 
PHILOLOGIQUES 


Journal  Semi-Mensuel 


CONSACRÉ    A    LA    PROPAGATION     UNIVERSELLE     DE    LA   LANGUE     FRANÇAISE 
Paraissant    la    l"  at    la   IS    da   eha«aa  Bola 


PRIX  : 

Abonnement  pour  la  France.    6  f. 

Idem        pour  l'Étranger   10  f. 

Annonces,  la  ligne  .     .     .    .  50  c. 

Rédacteur:  Eman  MARTIN 

ANCIEN     PROFESSEUR      SPÉCIAL      POUR      LES      ÉTRANQERS 

Officier  dWcadémie 
26,  boulevard  des  Italiens,  Paris 

ON  S'ABONNE 

En  envoyant  un  mandat  sur  la  poste 
soit  au  Rédacteur,  soit  à  lAdm' 
M.  FiscHBACHER,  33,  ruc  de  Seine. 

SOMMAIRE. 

Communication  relative  au  proverbe  S'en  moquer  comme  de  l'an 
quarante  et  à  l'emploi  de  Charnier;—  S'il  faut  écrire  Pantoufle 
de  verre  ou  Pantoufle  de  vair;  —  Origine  de  Chat-huant;  — 
Explication  de  Orgue  de  Barbarie:  —  Le  verbe  Devoir  peut  se 
prendre  en  mauvaise  part.  ||  Étymologie  de  Dégringoler;  — 
Vrai  subjonctif  du  verbe  \'ouloir.  ||  Passe-temps  grammatical.  || 
Biographie  de  Vaugelas.  ||  Ouvrages  de  grammaire  et  de  littéra- 
ture. Il  Familles  parisiennes  recevant  des  étrangers  pour  les 
perfectionner  dans  la  conversation.  ||  Concours  littéraires. 


FRANCE 


COMMUNICATIOiN. 

J'ai  reçu  la  lettre  qu'on  va  lire  au  sujet  d'un  pro- 
verbe et  d'un  mot  dont  j'ai  donné  Texplication  dans 
mon  5'=  numéro  : 

Monsieur, 

Le  Courrier  de  Vaugelas  du  1"  juin  1874  contient  deux 
solutions  sur  la  question  de  l'origine  du  proverbe  Je  m'en 
moque  comme  de  l'an  40. 

Voulez-vous  accorder  l'hospitalité  de  votre  journal  pour 
une  troisième  solution  que  j'ai  hasardée  dans  l'Intermé- 
diaire du  10  juin  1874?  La  question  avait  été  posée  en  ces 
termes  -.  t  Je  m'en  f...iche...  etc. 

Voici  ma  réponse  : 

€  Mercier  a  fait  un  livre  intitulé:  L'an  2440,  qui  figurait 
le  monde  à  cette  époque.  Or,  comme  aucun  de  ses  contem- 
porains ne  pouvait  songer  â  vérifier  la  prophétie,  on  paro- 
diait le  mot  de  Louis  W,  Après  moi  le  déluge!  et  l'on  disait 
Je  m'en  moque  comme  de  l'an  2440  (de  Mercier),  et,  par  abré- 
viation, comme  de  l'an  401  Les  f...  ne  sont  venus  qu'après 
suivant  la  loi  du  progrès  moderne.  > 

E.  G.  P. 

Sur  la  question  soulevée  à  propos  du  mot  charnier,  je 
dirais  que  M.  Sarcey  a  pu  employer  le  mot  charnier  dans 
le  sens  général  de  cimetière,  mais  qu'il  a  eu  tort  en  l'ap- 
pliquant au  cimetière  des  Innocents,  qui  avait  un  charnier 
et  n'en  était  pas  un. 

Veuillez  agréer,  Monsieur,  l'assurance  de  ma  considéra- 
tion distinguée. 

{Un  paraphe.) 

Voici  ma  réponse  à  chacune  des  deux  parties  de  celle 
lettre  : 


I. 

Je  ne  crois  pas  que  ce  soit  là  l'origine  du  proverbe 
S'e?i  moquer  comme  de  l'an  quarante,  vu  les  objections 
suivantes  qui  se  peuvent  adresser  à  l'explication 
donnée  : 

1°  Dans  ce  proverbe,  Je  m'en  moque  comme  signilîe 
Je  ne  le  crains  pas  plus  que.,  formule  qui  demande 
après  elle  une  expression  signifiant  une  idée  de  danger. 
Or,  quel  danger  annonçait  la  prophétie  de  .Mercier  le 
philosophe,  l'homme  qui,  dans  son  «  Rêve  s'il  en  fut 
jamais  »  consignait  ses  vœux  pour  le  bonheur  de  ses 
concitoyens  ?  La  réalisation  de  ce  rêve  ne  pouvait  cons- 
tituer une  menace  pour  personne.  Pourquoi  alors  dire 
S'en  moquer  comme  de  Van  2440,  et,  par  abréviation, 
comme  de  l'an  40,  puisque  cette  année  n'annonçait 
aucune  catastrophe  générale  ni  particulière  pour  le 
genre  humain  ? 

2°  Depuis  le  temps  où  .Mercier  a  publié  l'ouvrage  dont 
il  s'agit,  quatre  dates  mémorables  ont  été  enregistrées 
par  l'histoire  de  France:  1789,  1793,  1830  et  1848. 
Or,  quand  on  voit  que  l'on  peut  dire  89  ,  93  et  48, 
mais  qu'on  doit  dire  1830  (millésime  oti  il  n'entre  point 
d'unités)  n'est-on  pas  naturellement  porté  à  croire  que 
malgré  le  succès  obtenu  par  L'an  2450,  ce  titre  n'a 
jamais  été  abrégé  en  L'an  40  ? 

Tant  qu'on  n'aura  pas  fourni  de  texte,  et  bien 
authentique,  pour  montrer  l'origine  du  proverbe  en 
question,  on  n'aura  rien  de  certain  relativement  à  cette 
origine. 

U. 

Dans  ma  réponse  à  M.  Sarcey,  après  avoir  prouvé 
par  plusieurs  exemples  que  le  mot  charnier  s'était 
employé  au  moyen  âge  dans  le  sens  de  cimetière,  j'en 
concluais  qu'il  avait  pu  dire  du  cimelière  des  Innocenta 
qu'il  s'appelait  un  charnier,  dans  la  langue  énergique 
du  peuple,  puisque  ce  mot  s'était  employé  jadis  dans  le 
sens  de  cimetière. 

Or,  comme  cette  conclusion  était  un  peu  trop  rapide 
pour  être  bien  comprise,  je  saisis  avec  empressement 
l'occasion  qui  m'est  oU'erte  pour  revenir  sur  la  question 
de  charnier. 


66 


LE   COURRIER  DE  VAUGELAS 


A  quelle  époque  se  rapporte  la  phrase  de  M.  Sarcey, 
ou,  en  d'autres  termes,  quand  fut-il  reconnu  que  le 
cimetière  des  Innocents  était  un  fojer  d'infection  pour 
la  ville? 

—  Ce  fut  au  moins  en  4  765,  ce  que  montre  la  cita- 
tion suivante  empruntée  à  MM.  Hurtaul  et  Magny  [Dic- 
tionnaire de  la  ville  de  Paris,  t.  II,  p.   347,  art.  Cime- 

TIÈKE  DES  SAINTS  InISOCENTS)   : 

Le  7  juin  1765,  le  Parlement  de  Paris  rendit  un  arrêt  par 
lequel,  après  avoir  exposé  les  motifs  de  considération  qui 
déterminoient  ce  Tribunal  à  supprimer  tous  les  cimetières 
qui  se  trouvoient  dans  l'enclos  delà  ville  de  Paris,  ordonna 
qu'à  compter  du  1"  janvier  1766,  aucunes  inhumations  ne 
pourront  être  faites  dans  les  Cimetières  qui  sont  situés 
dans  cette  Capitale. 

A  cette  époque,  quelle  était  la  signification  du  mol 
charnier  ? 

—  Ce  mot  s'est  employé  pour  cimetière  pendant  la 
plus  grande  partie  du  xvii''  siècle,  car  on  trouve, 

Uans  le  Thresor  de  Nicol  (1606)  : 

Charnier  et  cemetiere.  Cœmeterium,  quasi,  Charongner. 
lUic  enim  cadavera  deponuntur  et  sepeliuntur. 

Et  dans  Cotgrave  (1660)  : 

Charnier  :  m.  A  churctiyard  ;  a  place  wherein  dead  bodies 
are  laid. 

(Un  cimetière,  un  endroit  oiîi  les  corps  morts  sont 
mis). 

A  la  fin  du  même  siècle,  charnier  avait  le  sens  qu'il 
a  dans  charniers  des  Innocents  ;  on  lit  en  effet  dans  la 
première  édition  du  dictionnaire  de  l'Académie  (1694)  ; 

Charnier,  s,  m.  Lieu  couvert,  qui  est  auprès  ou  autour 
des  Eglises  et  où  l'on  enterre  les  'frespassez;  comme  les 
ctiarniers  de  Saiut  Umocent. 

Mais,  au  xviii''  siècle,  ce  mot  ne  signifia  plus  que 
galerie   autour  d'une  église   oia   se  donnait   la  com- 
munion aux  gi'andes  fêles,  ce  dont  je  trouve  la  preuve, 
»  Dans  le  dictionnaire  de  Furetière  (1727)  : 

Charnier,  s.  m.  Portique;  gallerie  qui  est  ordinairement 
autour  des  cimetières,  au  dessus  de  laquelle  on  mettoit 
autrefois  les  os  dècharnez  des  morts,  comme  il  y  en  a 
encore  des  vestiges  aux  Charniers  de  Saint  Innocent  à  Paris. 
Maintenant  les  Charniers  ne  servent  qu'à  donner  la  com- 
miiiiion  aux  Paroissiens  aux  fêtes  de  Pâques,  et  ils  sont 
ordinairement  attacbez  aux  Eglises. 

Dans  le  dictionnaire  de  Trévoux  (1771)  : 

Aujourd  bui  on  appelle  charnier,  une  gallerie  qui  règne 
ordinairement  autour  des  églises  paroissiales,  et  attachée 
â  l'Eylise,  où  l'on  donne  la  Communion  aux  Paroissiens  les 
jours  de  grandes  festes. 

Ainsi,  au  temps  auquel  fait  allusion  la  phrase  de 
M.  Sarcey,  le  mot  charnier  avait  cessé  de  s'employer 
pour  cimetirre,  et  il  pouvait  y  avoir  près  d'un  siècle 
qu'il  ne  désignait  plus  qu'une  sorte  de  galerie. 

Or,  cela  élant,  ne  doit-on  pas  en  induire  que  M.  Sar- 
cey a  eu  tort  de  qualifier  de  charnier  le  cimetière  des 
innocents? 

l'oint  du  tout,  alLendu  qu'il  a  mis  celte  qualification 
ajirès  la  phrase  iticidente  : 

«  qui  s'appelait  dans  le  langage  énergique  du  peuple  », 
et  qu'il  n'y  a  rien  de  surprenant  à  ce  qu'un  terme  soit 
encore  en  usage  parmi  les  ignorants  cent  ans  après  que 


les  gens  instruits  l'ont  rayé  de  leur  vocabulaire  :  une 
foule  d'expressions  locales  sont  dans  ce  cas,  et  le  j'«t;oM« 
du  xvi°  siècle  en  est  un  exemple. 

Tant  qu'il  ne  sera  pas  démontré  qu'en  l'an  1765,  date 
de  l'arrêt  du  Parlement  cité  plus  haut,  le  peuple  de 
Paris  ne  disait  plus  charnier  pour  cimetière,  le  droit 
pour  M.  Sarcey  de  s'exprimer  comme  il  l'a  fait  restera 
certainement  incontestable. 

X 

Première  Question. 
Faut-il  écrire  «  les  pantoufles  de  verre  de  Cendril- 
lon  »  ou  «  les  pantoufles  de  vair  »  ? 

Dans  sa  Chronique  du  4  juin  1874,  le  journal  le 
Temj)s  ayant  eu  l'occasion  d'apprécier  un  petit  livre  de 
M.  Husson,  intitulé  la  Chaîne  traditionnelle,  avait  dit, 
en  parlant  de  la  pantoufle  de  Gendrillon  : 

11  n'y  a  qu'un  inconvénient  à  cela.  C'est  que,  dans  le 
conte  original  de  Perrault,  Cendrillon  porte  une  pantoufle 
de  vair,  et  non  une  pantoufle  de  verre.  Le  vair  est  le  nom 
sous  lequel  on  désignait  autrefois  la  fourrure  de  petit-gris. 
Les  bonnes  éditions  modernes,  celle  des  contps  de  Perrault 
illustrée  par  Doré,  ont  restitué  U  version  première. 

M.  Husson  écrivit  sur  le  champ  à  l'auteur  de  l'article 
pour  maintenir  l'expression  qu'il  avait  employée,  affir- 
mant que  la  première  édition  des  contes  de  Perrault, 
quia  paru  en  1697,  orthographiait  invariablement  le 
nom  en  litige  verre,  et  non  vair. 

Le  chroniqueur  du  Temps  eut  naturellement  recours 
au  dictionnaire  de  Lillré  pour  éclaircir  le  point  en  dis- 
cussion ;  mais,  quoiqu'il  y  trouvât  un  renseignement 
qui  lui  était  tout  favorable,  il  n'en  considéra  pas  moins, 
devant  l'alfirmalion  de  M.  Husson,  la  question  comme 
non  suffisamment  tranchée,  et  il  fit  appel  au  Courrier 
de  Vauyclas. 

J'ai  procédé  aussitôt  que  possible  au  nouvel  arbitrage 
dont  la  grande  presse  voulait  bien  m'honorer,  et  j'ai 
porté  sur  la  question  qui  m'était  soumise  le  jugement 
motivé  qu'on  va  lire  :  I 

M.  Lillré  s'exprime  ainsi  :  au  mot  vair: 

C'est  parce  qu  on  n'a  pas  compris  ce  mot  maintenant 
peu  usité  qu'on  a  imprimé,  dans   plusieurs  éditions  du      h 
conte  de  Cendrillon  souliers  de  verre  (ce  qui  est  absurde),       ' 
au  lieu  de  souliers  de  vair,  c'est-à-dire  souliers  fourrés  de 
vair. 

Mais,  après  y  avoir  bien  réfléchi,  il  m'est  impossible 
de  partager  ici  l'opinion  du  célèbre  académicien,  et     ji 
cela,  pour  des  raisons  qui  se  basent  sur  l'intention  de     ' 
Perrault,  sur  les  lois  du  monde  où  il  place  ses  héros,  et 
enfin  sur  la  signification  de  l'expression  que  recom- 
mande M.  Lillré. 

1°Jeme  suis  procuré,  à  la  Bibliothèque  nationale, 
les  éditions  de  1724  (la  seconde),  de  1742,  de  1781,  de 
1808  et  de  1812  des  contes  de  Perrault,  et  j'ai  trouvé 
dans  toutes  que  celui  oi;i  il  est  question  de  Gendrillon 
avait  pour  titre  : 

Cendrillon,  ou  la  petite  pantoufle  de  verre. 

Or,  M.  Husson  affirme  que  la  première  édition  de  ces 
contes,  dont  il  s'agit,  écrit  «  invariablement  f  le  nom 
verre  et  non  vair. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


67 


De  là  je  conclus  que  l'intenlion  de  Perrault  a  bien  été 
de  mettre  pantoutle  de  x-errc 

2°  M.  Littré  trouve  cette  expression  absurde.  Oui, 
certes,  elle  l'est  ;  mais  seulement  quant  au  monde  réel, 
car  dans  celui  des  fées,  oii  la  nature  obéit  en  esclave 
aux  génies,  où,  par  la  vertu  d'une  simple  baguette,  une 
citrouille  se  transforme  en  carrosse,  une  souris  en 
cheval,  un  rat  en  cocher,  un  lézard  en  laquais,  des  gue- 
nilles en  habits  d'or  et  d'argent,  etc.,  quoi  d'étonnant 
à  ce  que  le  verre  devienne  pantoutle  pour  chausser  le 
pied  qui  doit  séduire  un  fils  de  roi? 

3°  Dans  notre  langue,  lorsqu'un  nom  de  vêtement  est 
suivi  de  la  préposition  de  et  d'un  nom  de  matière  qui 
entre  dans  la  confection  dudit  vêtement,  ce  dernier 
désigne  toujours  la  principale  chose  dont  le  vêtement 
est  fait  :  chapeau  de  soie,  paletot  de  drap,  chetiiise  de 
toile,  etc.  Or,  attendu  que  dans  l'expression  pantoufle 
de  vair  il  n'en  peut  être  ainsi,  puisque,  selon  la  pensée 
de  M.  Littré,  le  vair  ne  doit  entrer  que  comme  «  four- 
rure »,  c'est-à-dire  comme  accessoire,  dans  la  confec- 
tion de  la  chaussure  en  question,  il  en  résulte  que  cette 
expression  est  complètement  impropre  à  signifier  ce  que 
son  auteur  veut  lui  faire  dire,  et  que,  par  conséquent, 
elle  doit  être  rejelée. 

J'ose  espérer  qu'en  présence  de  ces  arguments,  M.  le 
chroniqueur  du  Temps  pensera  avec  moi  que  l'opinion 
de  son  adversaire  était  vraiment  la  bonne. 

X 

Seconde  Question. 
Puisque  vous  invitez  vos  abonnés  à  user  largement  de 
voire  obligeance,  voulez-vous  être  assez  bon  pour  donner, 
dans  un  de  vos  prochains  numéros,  votre  avis  sur  l'ori- 
gine du  mot  CHAT-HDANT,  sur  laquelle  on  ne  parait  pas 
être  bien  fixé  ? 

Ce  qu'on  appelle  un  chat-huant  parmi  nous  n'est  pas 
un  chat,  c'est  un  oiseau  ;  un  chat  ne  hue  pas,  il  miaule  : 
deux  raisons  qui  font  de  chat-huant  une  expression 
parfaitement  ridicule. 

L'oiseau  nocturne  en  question  s'appelait  caïman  ou 
chahuan,  dans  la  langue  primitive,  comme  le  montrent 
ces  exemples  : 

Mes  moult  i  brait  et  se  démente 
Li  chahuan  o  sa  grant  Iiure, 
Proptiete  de  maie  aventure. 

(Rom-  de  la  Rose,  I,  p.   i99,  éd.  Fr.  Michel. 1 

Les  arondes  y  font  leur  Dis 
Et  li  cahuan  soir  et  main. 

(Emile  Deschamps.  ) 

En  Languedoc,  on  l'appelle  chauana,  et  dans  la  basse 
latinité,  cauanna,  cauannus,  qu'on  peut  lire  à  ces  mots 
dans  Du  Gange. 

Ce  n'est  donc  que  par  une  regrettable  confusion  de 
sens  et  par  une  fausse  analogie  de  son  avec  chat  qui 
hue,  que  le  xvi"  siècle  (car  c'est  l'époque  de  la  Renais- 
sante qui  nous  a  valu  cette  altération),  en  est  venu  à 
écrire  chat-huant. 

Maintenant  est-il  possible  de  trouver  un  ancêtre  à 
cahuan?  Je  le  pense. 


Les  invasions  germaniques  en  France  au  moment  où 
se  formait  le  français,  ont  introduit  dans  notre  langue 
un  nombre  considérable  de  termes,  et  c«/(!/fl»  est,  selon 
toute  apparence,  venu  de  l'allemand ,  car  on  trouve 
pour  chat-huant  dans  cette  langue  et  ses  congénères  : 

Chauch  (anglo-saxon);  —  hauz  (ancien  allemaud);  —  kauti 
(allemand)  ;  —  schuivit  (hollandais). 

Un  radical  germanique,  chau  ou  eau  (qui  a  pu  donner 
le  féminin  chouette  par  la  suppression  de  l'a,  comme 
dans  août),  voilà,  à  mon  avis,  la  véritable  origine  de 
l'absurde  expression  chat-huant. 

X 

Troisième  Question. 
Permettez-moi  de  vous  demander,  au  nom  d'un  de 
mes  amis,  de  vouloir  bien  expliquer  à  vos  lecteurs  pour- 
quoi l'orgue  portatif  à  manivelle  s'appelle  vulgairement 
ORGUE  DE  BABBAEiE.  Je  Serais  charmé  que  lesujet  ne  vous 
parût  pas  indigne  de  vos  recherches. 

On  trouve  ce  qui  suit  dans  le  Dictionnaire  français 
illustré  de  Dupiney  de  Vorepière,  p.  580,  3«  col.,  art. 
Orgies  a  cylindre  : 

Ces  instruments,  lors  même  qu'ils  sortent  justes  des 
mains  du  facteur,  sont  bientôt  dérangés  par  Ips  variations 
de  la  température,  Pt  deviennent  alors  d'un  fau.x  insuppor- 
table :  de  là  sans  doute  le  nom  A'orgucs  de  Barbarie  sous 
lequel  on  les  désigne  habituellement. 

.Mais  je  ne  goûte  point  cette  explication,  et  pour  plu- 
sieurs raisons  que  voici  : 

<»  Nulle  part,  que  je  sache,  on  n'a  désigné  un  ins- 
trument de  musique  en  le  faisant  suivre  d'un  nom  qui 
exprimât  un  degré  de  civilisation  quelconque. 

2''  L'orgue  en  question  s'est  appelé  aussi  orgue  d'Al- 
lemagne, ce  qui  peut  faire  admettre  que  l'idée  de  bar- 
barie n'est  jamais  entrée  dans  l'esprit  de  ceux  qui  l'ont 
dénommé. 

3"  Si  le  mot  Barbarie  fait  ici  allusion  à  une  époque 
barbare,  pourquoi  donc  l'écrire  toujours  par  une  majus- 
cule? On  n'écrit  point  :  un  acte  de  barbarie  avec  une 
telle  lettre. 

D'après  M.  Littré,  Barbarie  est  la  corruption  de 
Barberi,  nom  d'un  fabricant  de  .Modène.  Quoique  je 
n'aie  rien  pu  trouver  sur  ledit  fabricant,  je  me  range 
de  cet  avis,  car  il  me  semble  tout  naturel  qu'on  ait  dit 
à  l'origine  orgue  de  Barberi,  comme  on  dit  tous  les 
jouis ^/a«o  d'Erard. 

X 
Quatrième  Question. 

Peut-on  dire  :  «  L'incendie  qui  a  dévoré  hier  quatre 
maisons  dans  telle  rue  est  dv  à  l'imprudence  d'un 
fumeur  v'  Il  me  semble  que  le  verbe  devoir  ne  veut 
pour  sujet,  quand  il  est  passif,  et  pour  complément 
direct,  quand  il  est  actif,  qu'un  nom  de  chose  avanta- 
geuse et  non  préjudiciable  à  quelqu'un. 

C'est  en  effet  le  plus  souvent  le  cas,  comme  on  le  voit 
dans  ces  exemples  : 

Si  Racine  doit  à  Tacite  la  belle  scène  entre  Agrippine  et 
son  (ils.  Corneille  doit  à  Sénèque  celle  d'Auguste  et  de 
Cinna. 

(Diderot,  Rfg.  de  Cl.  ri  de  AVV.,  II.) 


68 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


Il  y  a  de  certains  grands  seniimenis,  de  certaines  actiom 
nobles  et  élevées  que  nom  devotis  moins  à  la  force  de  notre 
esprit,  qu'à  la  bonté  de  notre  naturel. 

(La  Bruyère,  IV.) 

Si  Menzikoff  fit  cette  manœuvre  de  lui-même,  la  Russie 
lui  dut  son  salut;  si  le  czar  l'ordonna,  il  était  un  digne 
adversaire  de  Cùarles  XII, 

(Voltaire,  Charles  XII,  4-) 

Mais,  dans  ces  phrases,  le  substantif  qui  suit  la  pré- 
position à  peut  devenir  le  sujet  d'une  autre  phrase, 
transformation  de  la  première,  où  devoir  est  remplacé 
par  valoir,  procurer,  ce  qui  donne  : 

Si  Tacite  a  valu  à  Racine  la  belle  scène  entre  Agrippine 
et  son  fils,  etc. 

La  force  de  notre  esprit  moins  que  la  bonté  de  notre 
naturel  nous  vaut,  nous  procure  certains  grands  senti- 
ments. 

Or,  valoir  peut  se  construire  avec  un  complément 
direct  qui  n'exprime  pas  une  chose  avantageuse,  comme 
le  témoignent  ces  exemples  : 

J'ai  travaillé  jusqu'à  mes  derniers  jours;  cela  m'o  valu 
des  ennemis,  mais  aussi  cela  m'a  valu  votre  amitié. 

(Voltaire,  Leltr.  Chabann.j 

Oui,  je  dormais  sur  un  petit  volume 
Qui  me  vaudra  d'être  encore  étrillé. 

(Béranger,  Gohier.) 

Par  conséquent,  il  en  peut  être  de  même  de  son  cor- 
rélatif devoir,  c'est-à-dire  qu'on  peut  parfaitement,  et 
«  sans  être  un  Iroquois  "  le  moins  du  monde,  employer 
devoir  dans  cette  phrase  et  autres  analogues  : 

L'incendie  qui  a  dévoré  bier  quatre  maisons  est  dû  à 
l'imprudence  d'un  fumeur. 

Du  reste,  je  ne  suis  pas  seul  de  cette  opinion,  car  je 
trouve  dans  le  dictionnaire  de  Littré  : 

Devoir  se  dit  aussi  quelquefois  en  mauvaise  part. 
ce  qui,  en  d'autres  termes,  signifie  exactement  la  même 
chose  que  ma  conclusion. 


ETRANGER 


Première  Quesliou. 
Je  désirerais  bien  également  savoir  quelle  est  l'ori- 
gine de  ce  verbe  [dégrl"(goler),  (/ue  mon  Drachet  déclare 
«  inconnue  »,  et  sur  laquelle  M.  Littré  lui-même  est  loin 
d'être  suflisamment  affirtnatif. 

Voici  comment  j'explique  cette  origine  : 
Voyant  aux  gargouilles  des  grands  édifices  du  moyen 
âge  la  forme  de  chimères,  de  serpents,  de  dragons,  etc., 
le  peuple,  je  présume,  les  aura  appelées  tout  simple- 
ment ijrandes  gueules,  ce  qui,  en  langage  du  temps,  se 
prononçait  grungole. 
Celle  exi)ressiùii  se  corrompit  de  deux  manières  : 
)°  En  gragole,qii'\  devint  gargote  (le  peuple  dit  guer- 
nouitle  [)our  grenouille],  dont  voici  un  exemple  que 
M.  Littré  donne  comme  étant  du  xiv"  siècle  : 

riusieurs  lieux  di^s  entablements  qui  sont  en  droit  les 
gargotes  [d'une  église]  sont  à  refaire. 

[Bibl.  de  VÉeole  du  Chartit,  5»  lérie.  t    III.  p.  ufi  ) 


2°  En  gringole  (dans  Roquefort  on  trouve  gringne 
pour  grandior,  plus  grand),  que  donne  le  P.  Ménétrier 
(Origine  des  Armoiries,  p.  529),  et  dont  l'existence  est 
encore  prouvée  par  le  terme  gringole,  appliqué  à  toute 
pièce  héraldique  qui  se  termine  par  une  tête  de  serpent. 

Or,  en  joignant  la  particule  séparative  dé  à  gringole 
et  en  allongeant  ce  dernier  d'une  r,  on  a  fait  le  verbe 
dégringoler  pour  signifier  tomber  de  haut  comme  l'eau 
qui  s'échappe  d'une  gringole  (gargouille). 

Ce  verbe  si  expressif,  qui  a  formé  dégringolade  et 
même  une  espèce  d'adverbe  comique  dégringolando, 
n'est  ni  dans  Mcot  (IC06),  ni  dans  Cotgrave  (1660),  ni 
dans  la  première  édition  de  l'Académie  (1694)  ;  c'est  au 
xviii'  siècle  qu'il  apparut  pour  la  première  fois  dans 
notre  vocabulaire.  Ce  ne  fut  d'abord  qu'un  terme  «  bas 
et  burlesque  »  comme  le  dit  Richelet;  mais,  grâce  à 
Voltaire,  qui  semble  l'avoir  atTectionné  particulière- 
ment, il  a  fini  par  être  parfaitement  reçu  dans  la 
langue  familière  et  par  s'y  employer  fréquemment. 

X 

Seconde  Question. 
A  la  fin  de  son  Traité  des  jeux  de  théâtre,  Fléchier 
a  écrit  :  «   Ne  croyez  pas  que  nous  vdeillions  vous 
effrayer  ».  Est-ce  là  le  vrai  présent  du  subjonbtif  du 
verbe  vouloir? 

Au  xvi''  siècle,  comme  on  le  voit  dans  Palsgrave 
(p.  i04j,  le  subjonctif  du  verbe  vouloir  a.ya.i{.  la  forme 
suivante  : 

Vueille,  vueilles,  vueille,  vueillions,  vueilliez,  vueillent. 

Mais,  avec  le  temps,  une  altération  se  produisit  dans 
les  deux  premières  personnes  plurielles;  et,  au  com- 
mencement du  xviii«  siècle,  Régnier-Desmarais  s'expri- 
mait ainsi  dans  sa  grammaire  (p.  444)  au  sujet  du 
même  verbe  : 

11  semble  que  l'Usage  soit  partagé  sur  la  manière  dont 
vouloir  forme  le  sien  [subjonctif).  Ceux  qui  s'attachent  à  la 
règle  générale  disent,  nous  veiiillions  vous  veililliez,  ils 
veuillent;  et  quant  à  la  3*  personne,  il  n'y  a  point  de  par- 
tage; mais  la  pluspart  du  monde  forme  autrement  les  deux 
autre.s,  et  dit,  nous  voulions,  vous  vouliez.  Quoyque  ce  soit 
que  nous  roulions,  Pourveu  que  vous  le  vouliez.  La  Grammaire 
est  pour  les  uns;  l'Usage  le  plus  ordinaire  est  pour  les 
autres. 

Avant  la  fin  du  même  siècle,  on  employait  générale- 
ment voulions,  vouliez,  et,  dans  le  nôtre,  la  forme 
vcuillions,  veuilliez  a  été  tout-à-fait  proscrite,  ce  que 
rend  manifeste  cette  citation  empruntée  à  Girault- 
Duvivier  (p.  622)  : 

On  dit  au  présent  du  subionct'iS  que  je  veuille  ;  mais  au  plu- 
riel on  liit  que  nous  voulions,  que  vous  vouliez,  et  non  pas  que 
nous  veuillions,  que  vous  veuilliez,  comme  quelques  écri- 
vains l'ont  dit. 

Or,  faut-il  conclure  de  là  que  la  phrase  de  Fléchier 
doive  élic  condamnée'^ 

Nullement;  parce  que  du  temps  de  cet  auteur,  qui 
naquit  en  1632  et  mourut  en  1710,  on  n'avait  pas 
encore  déliiiitivcnient  ilcciilé  la  l'orme  qu'on  ado|)lerait 
pour  le  subjonctif  de  vouloir,  comme  cela  résulte  de  la 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


«9 


citation  que  je  viens  d'emprunter  à  Régnier-Desmarais, 
et  que,  conséquemment,  Fléchier  a  pu  faire  usage  de 
veuillons  :  ce  qui  serait  une  faute  aujourd'hui  n'en 
pouvait  être  une  alors. 

M.  Littré  qui,  avec  M.  Bernard  Jullien,  préférerait 
veuiliions  et  veuilliez  à  la  forme  actuelle,  dit  que  celte 
forme  est  un  «  barbarisme  »  autorisé  par  l'usage. 

Je  regrette  de  ne  pouvoir  partager  cette  opinion,  et 
voici  les  raisons  qui  m'en  empéclient  : 

Nous  avons  beaucoup  de  verbes  dont  la  voyelle  pénul- 
tième de  l'infinitif,  après  avoir  éprouvé  une  modification 
aux  trois  personnes  singulières  du  subjonctif,  reparaît 
aux  deux  premières  personnes  du  pluriel  ;  tels  sont  : 

Tenir  —  que  je  tienne  :  que  nous  tenions,  que  vous  teniez. 

Devoir — que  je  doive  :  que  nous  devions,  que  vous  deviez. 

Acquérir  —  que  j'acquière  :  que  nous  acquérions,  que  vous 
acquériez. 

Mouvoir  —  que  je  meuve  :  que  nous  mouvions,  que  vous 
mouviez. 

Mourir  —  que  je  meure:  que  nous  mourions,  que  vous  mou- 
riez. 

Valoir  — que  je  vaille  :  que  nous  valions,  que  vous  valiez. 

Or,  vouloir,  au  subjonctif,  étant  absolument  dans  le 
même  cas  (que  je  veuille  :  que  nous  vo?<lions,  que 
vous  vowliez),  il  me  semble  que  voulions,  vouliez  ne 
peut-être  un  barbarisme,  c'est-à-dire  une  forme  en 
quelque  sorte  étrangère  à  la  langue,  une  forme  qui 
n'est  point  le  résultat  d'une  règle  commune  à  plusieurs 
termes  de  même  espèce. 

PASSE-TEMPS  GRA.MMATICAL 


Corrections  du  numéro  précédent. 

1°  ...  Comment  parler  d'autre  chose  que  les  scènes;  —  "'  ...  que 
la  Fronde  a  vu  lever  hier  soir  l'interdit  qui  lavait  frappée;  — 
3°  ...  Mais  au  fait,  j'eeria-l-il  tout  à  coup;  —  4°  ...  à  moins  de 
relâche  officiellement  annoncé  (dans  ce  sens  relâche  est  mascu- 
lin); —  5°  ...  on  ne  se  suicide  pas  (soi-même  est  inutile  adendu 
qu'on  ne  peut  pas  se  suicider  par  la  main  d'un  autre);  —  6"  ... 
à  parler  politique  devant  le  public;  7°  —  ...  nous  sommes  venus 
dans  l'espoir  qu'on  voudrai!  bien;  —  8°  ...  Vous  plairait-il,  cher 
lecteur,  (|ue  nous  revinssions;  —  9°  ...  mais  le  Suisse  unique 
de  l'époque  est  resté  (Voir  Courrier  de  Vaugelas,  \"  année, 
p.  2)  ;  —  10'  ...  des  grands  événements  qu'il  a  traversés  (Voir  Cour- 
rier de  Vaugelas,  h'  année,  p.  35);  —  11°  ...  qui  ne  valaient  ni 
mieux  ni  pis;  —  12"  ...  de  cette  terrible  loi  de  Ljnch  (Voir  Cour- 
rier de  Vaugelas,  3*  année,  p.  26). 

Phrases  à.  corriger 

trouvées  pour  la  plupart  dans  la  presse  périodique. 

1"  Mais  il  est  immoral  qu'un  maire  de  la  République  so 
permette  d'é.taler  sur  sa  maison  des  emblèmes  séditieux, 
d'afticher  publiquement  des  sympathies  pour  un  régime 
solennellement  décbu  par  le  vote  du  I"  mars  1871. 

2»  Nous  nous  asseyons  en  face  de  S.  A.  avec  laquelle 
nous  causons  longuement.  Que  nous  dit-il?  Cesi  à  peine 
si  nous  saurions  le  répéter;  il  a  une  manière  unique  qu'on 
ne  saurait  analyser. 

3'  Helas!  Monsieur,  gémit-il,  vous  le  voyez,  la  sainte 
femme  vient  de  rendre  son  àme  à  Dieu. 

4°  La  France,  quoique  purgée  de  ses  anciens  maires  et 
dotée  de  préfets  trèg-édifiauts,  est  encore  en  voie  de  per- 


dition. Ce  serait  bien  pire  si  le  commerce  revenait  et  si  la 
vigne  n'avait  pas  eu  son  16  mai. 

5*  Et  aujourd'hui,  après  les  cent  cinquante  millions  de 
francs  qu'a  coûtés  la  confection  du  cadastre,  nous  en 
sommes  encore  à  répéter  ce  que  le  premier  consul  disait 
en  1799  :  «  Celui  qui  fera  un  bon  cadastre  méritera  une 
statue.  • 

6*  En  attendant,  les  choses  vont  leur  train,  et  l'agitation 
grandit,  bien  que'  personne,  parmi  les  catholiques,  ne 
songe  à  autre  chose  qu'à  une  résistance  passive. 

7°  Monsieur  le  juge,  je  m'honore  d'être  le  substantif; 
c'est  moi  dont  on  se  sert  pour  nommer  une  personne  ou 
une  chose,  comme  Pierre,  Paul,  livre,  table,  etc. 

8*  Ceci,  dit  en  passant,  à  seule  fin  d'engager  les  amateurs 
d'émotions  fortes  à  apporter  avec  eux  un  petit  bout  de 
bougie,  comme  pour  une  visite  dans  les  Catacombes. 

9"  Nous  discuterons  avec  d'autant  plus  de  liberté  que, 
quoi  qu'il  en  advienne  des  lois  constitutionnelles,  la  situa- 
tion du  maréchal  de  Mac-Mahon  n'en  serait  pas  moins  en- 
tière. 

10°  Les  hommes  d'État  italiens,  bien  que  moins  accom- 
modants qu'on  le  voudrait  à  Berlin,  parlent  dans  les  termes 
les  plus  flatteurs  de  la  grande  puissance  germanique. 

{Les  corrections  à  quinzaine.) 


FEUILLETON. 


BIOGRAPHIE    DES   GRAMMAIRIENS 

PREMIÈRE   MOITIÉ   DU   XVII'  SIÈCLE. 
VAUGELAS. 

Claude  Favre  de  Vaugelas,  l'un  de  nos  plus  célèbres 
grammairiens,  était  le  second  fils  d'Antoine  Fabre, 
habile  jurisconsulte,  et  naquit  à  Cliambéry  vers  ^58o. 

Etant  venu  à  Paris  dans  sa  jeunesse,  il  obtint  une 
place  de  gentilhomme  ordinaire  de  Gaston,  duc  d'Or- 
léans, qui  le  fit  ensuite  son  chambellan.  L'attachement 
qu'il  portait  à  ce  prince  ne  lui  permit  pas  de  l'aban- 
donner dans  ses  disgrâces;  mais,  mal  payé  qu'il  était  de 
ses  gages,  il  fut  obligé  de  contracter  des  dettes  dont  il 
ne  put  jamais  se  libérer. 

Outre  la  baronnie  de  Peroges,  en  Savoie,  Vaugelas 
jouissait,  sur  la  cassette  du  roi,  d'une  pension  de  deux 
mille  livres,  que  son  père  lui  avait  fait  accorder  en 
1629,  et  qui  formait  le  plus  clair  de  son  revenu. 

Le  cardinal  de  Richelieu  ayant  fait  supprimer  cette 
pension,  sans  doute  pour  le  punir  de  son  zèle  pour  les 
intérêts  de  Gaston,  Vaugelas  se  trouvadansunesituation 
fort  embarrassée.  L'étude,  qui  jusque-là  n'avait  guère 
été  pour  lui  qu'un  délassement,  vint  le  consoler  des 
caprices  de  la  fortune.  Habitué  de  bonne  heure  à  réfléchir 
sur  ses  lectures,  il  avait  acquis  une  connaissance  appro- 
fondie de  la  langue  et  s'était  fait  la  réputation  de  la 
parler  très-correctement,  genre  de  mérite  fort  rare  à 
son  époque.  C'est  à  ce  titre  seul  qu'il  fut  admis  à 
l'Académie  française,  lors  de  sa  fondation. 

Très-assidu  aux  séances,  toutes  consacrées  alors  a 
des  discussions  grammaticales,  il  notai!  avec  exactitude 
les  points  sur  lesquels  on  ne  pouvait  s'accorder,  et 
achevait  de  les  éclaircir. 

A^ant  reconnu  que  tous  ses  membres  ne  pouvaient 


70 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


prendre  une  part  active  à  la  rédaction  du  Dictionnaire, 
l'Académie  présenta  Vaugelas  au  ministre  pour  le  mettre 
à  la  tête  de  celle  grande  entreprise,  et,  en  même  temps,  | 
demanda  que  sa  pension  fut  rétablie.  Il  alla  remercier 
Richelieu,  qui  lui  dit  en  l'apercevant  :  «  Eh  bien,  vous 
a  n'oublierez  pas  dans  le  Dictionnaire  le  mot  de  pension? 
«  —  Non,  Monseigneur,  répondit  Vaugelas,  et  encore 
«  moins  celui  de  reconnaissance.  » 

Vaugelas  était  un  des  oracles  de  l'hôtel  de  Rambouil- 
let, où  il  n'était  pas  moins  assidu  qu'à  l'Académie. 

S'étant  formé  dans  sa  jeunesse  principalement  par 
la  lecture  des  ouvrages  de  Coëffeleau,  il  conserva 
longtemps  pour  cet  écrivain  une  admiration  excessive. 
Il  faisait  tant  de  cas  de  son  Histoire  romaine,  qu'il  ne 
pouvait  presque  concevoir  aucune  phrase  qui  n'y  fût 
employée.  Dans  la  suite,  il  reconnut  cependant  qu'il 
pouvait  choisir  un  meilleur  modèle. 

Il  avait  composé  quelques  vers  italiens,  qu'on  estimait 
beaucoup;  mais  il  ne  put  jamais  réussir  à  en  faire  de 
supportables  en  français. 

La  douceur  de  ces  mœurs,  sa  probité  scrupuleuse  et 
ses  talents  lui  méritèrent  de  nombreux  amis,  parmi 
lesquels  on  cite  Faret,  Voiture,  Chapelain,  Conrart,  etc. 

Vaugelas  mourut  presque  subitement  d'un  abcès  à 
l'estomac,  au  mois  de  février  ■1650,  à  l'âge  de  63  ans. 

Ses  manuscrits  ayant  été  saisis  par  ses  créanciers, 
l'Académie  fut  obligée  de  plaider  pour  avoir  le  travail 
qu'il  laissait  sur  le  Dictionnaire. 

Vaugelas  était  fort  dévot,  civil  et  respectueux  jus- 
qu'à l'excès,  particulièrement  envers  les  dames,  pour 
lesquelles  il  avait  une  extrême  vénération.  11  craignait 
toujours  d'otîenser  quelqu'un,  et,  le  plus  souvent,  il 
n'osait,  pour  celte  raison,  prendre  parti  dans  les  ques- 
tions que  l'on  mettait  en  discussion. 

La  gloire  de  Vaugelas  est  d'avoir  épuré  notre  langue, 
que  Malherbe  avait  renouvelée.  Boileau  le  nomme  «  le 
plus  sage  de  nos  écrivains.  » 

On  a  de  Vaugelas  : 

h"  Une  traduction  de  l'histoire  d'Alexandre  par 
Qninte-Curce,  à  laquelle  il  a  travaillé  trente  ans,  la 
changeant  et  la  corrigeant  sans  cesse.  Elle  fut  publiée 
pour  la  première  fois  par  les  soins  de  Chapelain  el  de 
Conrart,  et  il  s'en  fit,  presque  sur  le  champ,  une  seconde 
édition.  Palru  ayant  retrouvé  ensuite  une  copie  de 
celte  traduction,  beaucoup  meilleure,  il  la  fit  imprimer 
en  1659,  et  celte  édition  a  servi  de  base  à  toutes  celles 
qui  ont  paru  depuis.  Balzac  a  dit  que  ;  «  Si  l'.Vlexandre 
de  Quinle-Curce  est  invincible,  celui  de  Vaugelas  est 
inimitable.  » 

2°  Itemarques  sur  la  langue  françoise,  dont  quelques- 
unes  paraissent  puériles;  mais,  dit  Pélisson,  u  la  matière 
en  est  très-bonne  pour  la  plus  grande  partie,  et  le  style 
excellent  et  merveilleux;  il  y  a  dans  tout  le  corps  de 
l'ouvrage  je  ne  sais  quoi  d'honnête  homme,  tant  d'in- 
génuilé  et  tant  de  franchise  qu'on  ne  sauroit  presque 
s'empêcher  d'en  aimer  l'auteur.  «  La  préface  passe  pour 
un  chef  d'œuvre  en  ce  genre. 

Les  Iknumiues  de  Vaugelas  furent  critiquées  par 
Dupleix  et  par  La  Motte  Le  Vayer;  mais  elles  trouvèreut 


un  grand  nombre  de  partisans  et  de  défenseurs  parmi 
nos  meilleurs  grammairiens,  tels  que  Palru,  le  P.  Bou- 
hours,  etc.  On  les  a  souvent  réimprimées. 

En  parcourant  ce  dernier  ouvrage  (car  le  premier 
n'est  pas  de  mon  ressorti,  je  vais  noter  ce  que  j'y 
pourrai  trouver  d'intéressant  et  de  curieux  pour  l'étude 
et  rhistoire  de  la  langue  française. 

Préface. 
I. 

Le  dessein  de  Vaugelas  n'est  ni  de  réformer  notre 
langue,  ni  d'abolir  des  mots,  ni  d'en  créer;  il  se  propose 
seulement  de  montrer  le  bon  usage  de  ceux  qui  existent; 
el,  si  cet  usage  est  douteux  ou  inconnu,  de  l'éclaircir 
ou  de  le  faire  connaître.  Il  n'entreprend  point  de  se 
constituer  juge  des  différends;  il  ne  prétend  passer 
que  pour  un  simple  lémom  qui  dépose  de  ce  qu'il  a  vu 
et  «  oui.  » 

Voilà  pourquoi  son  ouvrage  a  pris  le  titre  de  Remarques 
et  ne  s'est  pas  chargé  du  «  frontispice  fastueux  »  de 
Décisions  ou  de  Loix;  car,  bien  qu'il  traite  des  lois  d''un 
souverain,  qui  est  l'usase,  il  a  voulu  éloigner  toutsoup- 
çon  de  chercher  à  établir  ce  qu'il  ne  fait  que  rapporter. 
II. 

Il  y  a  deux  sortes  d'usages,  un  bon  et  un  mauvais. 
Le  bon,  qui  est  composé  non  de  la  pluralité,  mais  de 
l'élite  des  voix,  est  véritablement  celui  qu'on  nomme 
le  mailre  des  langues.  Vaugelas  définit  le  bon  usage  : 
«  la  façon  de  parler  de  la  plus  saine  partie  de  la  Cour, 
conformément  à  la  façon  d'écrire  de  la  plus  saine  partie 
des  auteurs  du  temps.  >> 

Quand  il  dit  la  Cour,  il  entend  les  femmes  comme 
les  hommes,  et  plusieurs  personnes  de  la  ville  où  le 
Prince  réside,  qui,  par  les  rapports  qu'elles  ont  avec 
les  gens  de  la  Cour,  participent  à  sa  politesse. 

Toutefois,  quelque  avantage  qu'il  trouve  à  la  Cour, 
il  reconnaît  qu'elle  ne  suffit  pas  toute  seule  pour  impo- 
ser une  règle;  il  faut  que  les  bons  auteurs  lui  viennent 
en  aide,  et  ce  n'est  que  par  l'accord  qui  se  fait  entre  ces 
deux  autorités  que  l'usage  s'établit. 

.Mais  comme  il  se  présente  beaucoup  de  doutes  et  de 
difficultés  que  la  Cour  n'est  pas  apte  à  résoudre  et  que 
les  écrivains  ne  peuvent  élucider,  il  faul,  pour  acquérir 
la  pureté  du  langage,  ajouter  à  la  lecture  des  bons 
auteurs  et  à  la  fréquentation  de  la  Cour  le  commerce 
des  gens  qui  ont  étudié  tout  spécialement  la  langue. 
III. 

Vaugelas  a  ce  triple  avantage;  aussi  ne  peut-on 
guère  proposer  de  doute,  de  difficulté  ou  de  question 
dont  la  solution  ne  soit  dans  ses  neman/ties. 

Il  sait  bien  qu'il  ne  sera  pas  toujours  de  l'avis  de  tout 
le  monde;  mais  pourquoi  se  Irouve-t-il  dès  gens  qui 
s'obstinent  à  ne  pas  suivre  l'usage?  Quelque  réputation 
qu'on  ail  acquise  dans  l'art  décrire,  on  n'a  pas  pour 
cela  le  droil  d'établir  ce  que  les  autres  condamment,  ni 
celui  d'o[)poser  son  oj^inion  particulière  au  «  torrent  » 
de  l'opinion  générale. 

(La  suite  au  prochain  numéro.) 


Le  Rkdactbor-Géiunt  :  Eman  MARTIN. 


LE  COURRIER  DE  VaUGELAS 


T\ 


BIBLIOGRAPHIE 


OUVRAGES     DE     GRAMMAIRE     ET     DE     LITTÉRATURE 


Publications  de  la  quinzaine 


Les  Chasseurs  d'abeilles  ;  par  Gustave  Aimard.  /l'édit. 
ln-18  Jésus,  399  p.  Paris,  lib.  Amyot. 

Histoire  intime  du  second  empire;  par  le  vicomte 
de  Beaumont-Vassy.  In-18  Jésus,  /|21  p.  Paris,  lib.  Sartorius. 
3  fr.  50. 

Histoire  de  France  continuée  jusqu'en  l'année 
1873;  par  Emile  de  Bonnechose.  16"  édition,  conforme  au 
programme  universitaire.  2  vol.  In-12,  xii-1530  p.  Paris, 
lib.  Firmin  Didot  frères  et  Cie.  6  fr. 

Vie  de  Mahomet,  d'après  le  Coran  et  les  historiens 
arabes;  par  P.  Henry  Delaporte,  ancien  consul  de  France 
en  Orient.  In-8°,  272  p.  Paris,  lib.  Leroux.  10  fr. 

Les  Grands  hommes  de  la  France.  Hommes  de 
guerre.  2"  série;  par  Edouard  Gœpp  et  E.-L.  Gordier. 
Bertrand  Du  Guesclin,  Bayard.  Gr.  in-18  et  in-8°,  516  p. 
Paris,  lib.  Ducrocq.  h  fr.  et  3  fr. 

Les  Essais  de  Montaigne,  accompagnés  d'une  notice 
sur  sa  vie  et  ses  ouvrages,  d'une  étude  bibliographique, 
de  variantes,  de  notes,  de  tables  et  d'un  glossaire;  parE. 
Courbet  et  Ch.  Royer.  T.  2.  In-8°,  û07  p.  Paris,  lib.  Le- 
merre.  10  fr. 

Mœurs  et  portraits  du  temps;  par  Louis  Reybaud. 
Nouvelle  édition,  ln-18  jésus,  329  p.  Paris,  Ub.  Nouvelle. 
1  fr.  25. 

Les  six  mariages  de  Henri  VIII;  par  Jules  d'Argis. 
2=  édition,  augmentée  de  nombreux  fragments  inédits. 
ln-18  Jésus,  XV-5H  p.  Paris,  lib.  de  la  Société  des  gens  de 
lettres,  3  fr. 

Les  Filles  du  Régent.  La  duchesse  de  Berry.  L'abbesse 


de  Chelles.  La  princesse  de  Modène.  La  reine  d'Espagne. 
La  princesse  de  Conti.  Mademoiselle  de  Beaujolais;  par 
Edouard  de  Barthélémy.  2  vol.  in-8°,  xi-822  p.  Paris,  lib. 
Firmin  Didot  frères  et  Cie. 

Histoire  de  Colbert  et  de  son  administration  ;  par 
Pierre  Clément,  de  l'Institut.  Précédée  d'une  préface  par 
M.  A.  Geoffroy,  de  l'Institut.  2  vol.  in-8»,  xx-1080  p.  Paris, 
lib.  Didier  et  Cie.  16  fr. 

Grammaire  des  langues  romanes;  par  Frédéric 
Diez.  3'  édition,  refondue  et  augmentée.  T.  2.  Traduit  par 
Gaston  I^aris  et  Morel-Fatio.  l"  fascicule.  In-8°,  224  p. 
Paris,  lib.  Franck. 

Journal  d'un  habitant  de  Nancy  pendant  l'inva- 
sion de  1870-1871;  par  Louis  Lacroix,  professeur  d'his- 
toire à  la  faculté  des  lettres  de  Nancy.  In-12,  xi-623  p. 
Paris,  lib.  Lecoffre  fils  et  Cie. 

Le  Médecin  des  pauvres;  par  Xavier  de  Montépin. 
Edit.  illustrée.  ln-i"à2col.,  Iii7p.  Paris,  lib.  BenoistetCi". 

Histoire  de  la  guerre  civile  en  Amérique;  par  M.  le 
comte  de  Paris.  T.  1  et  2.  In-8°,  iii-1177  p.  Paris,  lib. 
Nouvelle.  Chaque  vol.  7  fr.  50. 

Les  Écorcheurs  sous  Charles  VII.  Episodes  de  l'his- 
toire militaire  de  la  France  au  xv=  siècle,  d'après  des  docu- 
ments inédits;  par  A.  Tuetey,  archiviste  aux  Archives  na- 
tionales. 2  vol.  in-8",  iv-1000  p.  Montbéliard,  lib.  Barbier. 

Les  Moralistes  français  au  XVIII»  siècle  ;  par  Jules 
Barni,  député  de  la  Somme.  Vauvenargues,  Duclos,  Hel- 
vétius,  Saint-Lambert,  Volney.  In- 1 8  jésus,  vu-235  p.  Paris 
lib.  Germer  Baillière.  3  fr.  50  cent. 


Publications  antérieures 


LE  GYMB.^LUM  MUNDI,  précédé  des  Nouvelles  re- 
créations et  joyeux  devis  de  BOiNAVENiusE  des  Periers.  — 
Nouvelle  édition,  revue  et  corrigée  sur  les  éditions  origi- 
nales avec  des  notes  et  une  notice.  —  Par  P.-L.  Jacod, 
bibliophile.  —  Paris,  Adolphe  Delahays,  éditeur,  /i-6,  rue 
Voltaire.  —  Prix,  in-16  :  5  fr.  ;  in  8°  :  2  fr.  50. 


LES  ŒUVRES  DE  TAB.\RIN  avec  les  Adventures  du 
capitaine  Rodomont,  la  Farce  des  Bossus  et  autres  pièces 
tabariniques.  -  Nouvelle  édition.  -  Préface  et  notes  par 
Georges  d'Habmonville.  —  Paris,  Adolphe  Delahays,  li- 
braire-éditeur, 4-6,  rue  Voltaire. 


LES  ANCIENS  POÈTES  DE  LA  FRANGE,  publiés 
sous  les  auspices  de  S.  Exe.  Monsieur  le  Ministre  de  l'Ins- 
truction publique  et  des  Cultes,  et  sous  la  direction  de 
M.  Guessard.  —  fiebabras.  —  parise  la  duchesse.  —  Paris, 
chez  F.  Vieiveg,  libraire-éditeur,  67,  rue  Richelieu. 

CONFORMITÉ  DU  LANGAGE  FRANÇOIS  AVEC 
LE  GREC,  par  Henri  Estienne.—  Nouvelle  édition,  accom- 
pagnée de  notes  et  précédée  d'un  essai  sur  la  vie  et  les 
ouvrages  de  cet  auteur.  -  Par  Léon  Feuoère,  professeur 
de  rhétorique  au  lycée  Louis-le-Grand.- Paris,  chez  y«/e« 


Delalain,  imprimeur  de  l'Université  de  France,  rue  de 
Sorbonne  et  des  Mathurins. 


LA  VRAIE  HISTOIRE  DE  FRANGION,  composée  par 

CH.\RLEsSoREL,sieurdeSouvigny.  — Nouvelle  édition,  avec 
avant-propos  et  notes  par  Emile  Colo.mbay.  —  Paris, 
Adolphe  Delahays,  éditeur,  4-6,  rue  Voltaire.  —  In-16  : 
5fr.  ;  in-18  jésus,  2  fr.  50. 

VOCABULAIRE  RAISONNÉ  ET  COMPARÉ  DU 
DI.\LECTE  ET  DU  PATOIS  DE  LA  PROVINCE  DE 
BOURGOGNE,  ou  Etude  de  l'histoire  et  des  mœurs  de 
cette  province  d'après  son  langage.  —  Par  Miqisard,  de 
l'Académie  de  Dijon.  —  In-8°,  334  p.  —  Paris,  librairie 
Aubry,  18,  rue  Séguier. 

LES  GRAMMAIRIENS  FRANÇAIS  depuis  l'origine 
de  la  Grammaire  en  France  jusqu'aux  dernières  œuvres 
connues.  —  Par  J.  Tell.  —  Un  beau  volume  grand  in-18 
jésus.  —  Prix  :  3  fr.  50.  —  Librairie  l'iunin  Didot  frères, 
/ils  et  Cie,  56,  rue  Jacob,  à  Paris. 

LE  ROMANCERO  FRANÇOIS,  histoire  de  quelques 
anciens  trouvères  et  choix  de  leurs  chansons,  le  tout  nou- 
vellçment  recueilli.  —  Par  Pauli.n  Paris.  —  Paris,  librairie 
Techner,  52,  rue  de  l'Arbre-Sec.  Prix  :  8  fr. 


72 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


NOTIONS  ÉLÉMENTAIRES  DE  GRAMMAIRE  COM- 
PARÉE, pour  servir  à  l'étude  des  trois  langues  classiques. 
—  Par  E.  Egger,  membre  de  l'Institut,  professeur  à  la 
Faculté  des  lettres,  maître  de  conférences  honoraire  à 
l'École  normale  supérieure.  —  Sixième  édition,  revue  et 
augmentée  de  quelques  notes.  —  Paris,  librairie  Duratid 
et  Pedone-Lauriel,  9,  rue  Cujas. 


DICTIONNAIRE  ÉTYMOLOGIQUE  DES  NOMS  PRO- 
PRES D'HOMMES,  contenant  la  qualité,  l'origine  et  la 
signification  des  noms  propres  se  rattachant  à  l'histoire, 
à  la  mythologie,  des  noms  de  baptême,  etc.  —  Par  Paul 
Hecqdet-Boucrand.  —Paris,  Victor Sarlit,  libraire-éditeur, 
19,  rue  de  Tournon. 


THIRD  FRENCH  COURSE,  intended  as  a  sequel  to 
Arnold's,  Hall's,  Ann's,  Hamel's,  Levizac's,  De  Fivas'  and 
other  bimilar  educational  French  works.  —  By  A.  Cogery, 
B.A.jL.L.,  FrenchMasteratthe  Birkbeck  Schools,  Peckham; 
etc.  —  Nouvelle  édition  revue  et  augmentée.  —  London  : 
Relfe  brothers,  Charterhouse  buildings.  —  Two  shillings. 
—  Corrigé  du  Third  French  course  :  Two  shillings. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS  (première,  seconde, 
troisième  et  quatrième  année).  —  En  vente  au  bureau  du 
Courrier  de  Vaugelas,  26,  boulevard  des  Italiens.  —  Prix 
de  chaque  année,  broché,  6  fr.  —  Envoi  franco  pour  la 
France,  l'Algérie  et  l'Alsace-Lorraine. 


LITTÉRATURE     FRANÇAISE 


DÉSIRÉ  NISARD,  Membre  de  l'Académie  française. 


\"  vol. 


Quatre  volumes  in- 18  jésus  de  plus  de  400  pages  chacun. 

Des  origines  jusqu'au  xyn"  siècle;  —  i' vol.  :  Première  moitié  du  xvu"  siècle;   —  3°  vol. 
moitié  du  xvii«  siècle  ;  —  Zi"  vol.  :  Le  xviii"  siècle  avec  un  dernier  chapitre  sur  le  xix". 


Seconde 


Cinquième  Édition. 
Prix  de  l'ouvrage   :   16  francs. 


SE  TROUVE  A  PARIS 
A  la  librairie  de  Firniin  Didol  frères.,  fils  et  Cie,  56,  rue  Jacob. 


FAMILLES     PARISIENNES 

Recevant  des  Étrangers  pour  les  perfectionner  dans  la  Conversation. 


A  Passy  (près  du  Ranelagh). —Un  chef  d'institution 
reçoit  dans  sa  famille  quelques  pensionnaires  étrangers 
pour  les  perfectionner  dans  la  langue  française  et  achever 
leur  éducation. 

Dans  un  grand  pensionnat  de  Demoiselles,  situé 
dans  une  des  localités  les  plus  salubres  de  la  banlieue  de 
Paris,  on  reçoit  de  jeunes  étrangères  pour  les  perfec- 
tionner dans  langue  française.  —  Chambres  particulières. 
Table  de  la  Directrice.  —  Prix  modérés. 


Une  Maison  d'éducation  qui  n'est  point  une  pension 
prend  des  étrangers  à  demeure  pour  leur  enseigner  la 
langue  et  la  littérature  françaises.  —  Près  du  Collège  de 
France  et  de  la  Sorbonne. 


Avenue  de  l'Impératrice.  —  Un  ancien  préfet  du 
collège  Rollin  prend  en  pension  quelques  jeunes  étrangers 
pour  les  perfectionner  sérieusement  dans  l'étude  de  la 
langue  française.  — Enseignement  de  l'allemand  et  prépa- 
ration aux  examens  pour  le  service  militaire  en  Angleterre. 


(Les  adresses  sont  indiquées  à  la  rédaction  du  Journal.) 


CONCOURS    LITTÉRAIRES. 


Appel  aux  prosateurs. 


L'ACADÉMIE  FRANÇAISE  décemera  pour  la  première  fois,  en  1875,  le  prix  Jouy,  de  la  valeur  de  quinze  cents  francs, 
prix  qui,  aux  termes  du  testament  de  la  fondatrice,  doit  être  attribué,  tous  les  deux  ans,  à  un  ouvrage,  soit  d'obser- 
vation, soit  d  imagination,  soit  de  critique,  et  ayant  pour  objet  fétude  des  mœurs  actuelles.  —  Les  ouvrages  adressés 
pour  ce  concours  devront  être  envoyés  au  nombre  de  trois  exemplaires  avant  le  1"  janvier  1875. 

Le  rédacteur  du  Courrier  de  Vauyelas  est  visible  à  son  bureau  de  midi  à  une  heure  et  demie. 


Imprimerie  Gouverneur,  G.  Daupelev  à  Nogent-le-llolrou. 


5'  Année. 


N"   10 


15  Août  1874. 


QUESTIONS 
GRAMMATICALES 


L  E 


QUESTIONS 
PHILOLOGIQUES 


ParaUiant    !•    1°'  ot   la   IS    de   eha«a«  mola 


PRIX  : 

Abonnement  pour  la  France.    0  f. 

Idem        pour  l'Étranger   10  f. 

Annonces,  la  ligne  .     .     .    .  50  a 


Rédacteur:  Eman  MARTIN 

NXIEN     PROFESSEUR      SPÉCIAL      POUR      LES     ÉTR.\NGERS 

Oflicicr  d'Académie 

26,  boulevard  des  Italiens,  Paris 


ON  S'ABONNE 

En  envoyant  un  mandat  sur  la  poste 
soit  au  Rédacteur,  soit  à  l'Adra' 
M.  FiscHBACHER,  33,  rue  de  Seine. 


SOMMAIRE. 

Communication  relative  à  Capharnaiim  :  —  Justification  de 
Manger  sur  le  pouce  ;  —  Explication  de  Dorviirla  grassema- 
tinée;  —  Quand  il  faut  employer  Plus  bon  au  lieu  de  Meil- 
leur; —  Si  Fautif  peut  se  mettre  pour  Qui  a  failli;  —  Si 
après  l'n  de  on  doit  mettre  l'adjectif  superlatif  au  pluriel  ;  — 
Pourquoi  le  nom  de  Ricliepance  donné  à  une  rue  de  Paris.  || 
Origine  de  l'expression  Faire  la  barbe  à  quelqu'un  ;  —  Si  l'n 
alcaraza  vaut  mieux  que  Un  alcarazas.  ||  Passe-temps  gram- 
matical. 'I  Suite  de  la  biographie  de  Vaugelas.  ||  Ouvrages 
de  grammaire  et  de  littérature.  |]  Renseignements  aux  pro- 
fesseurs de  français  qui  désirent  aller  à  l'étranger.  ||  Concours 
littéraires. . 


FRANCE 


COMMUNICATION. 

J'ai  reçu,  concernant  le  mot  Caphartiaum,  une  lettre 
que  je  m'empresse  de  publier. 
Monsieur, 

En  véritable  chercheur  de  la  vérité,  vous  invitez  vos 
lecteurs  à  critiquer  vos  solutions.  Je  réponds  â  votre 
appel  ;  et,  quoiqu'il  s'agisse  d'une  étymologie  traitée  par 
vous  il  y  a  déjà  quelque  temps,  celle  de  CapharnaUm,  je 
crois  devoir  vous  adresser  la  note  suivante,  qui  n'est  autre 
chose  que  la  copie  d'un  article  du  journal  V Intermédiaire 
(■2°  année,  col.  144)  : 

«  Au  risque  de  surprendre  beaucoup  de  lecteurs,je  crois 
pouvoir  avancer  que  le  nom  de  la  ville  galiléonne  n'a 
rien  de  commun  avec  le  mot  en  question.  M.  Littré,  qui  a 
adopté  l'ètymologie  que  je  repousse,  donne  au  substantif 
Capharnaiim  deux  acceptions  bien  distinctes  :  «  1°  Lieu 
i  qui  renferme  beaucoup  d'objets  entassés  confusément. 
■  2"  Lieu  de  désordre  et  de  débauches.- Etym.  CapharnaUm, 
«  ville  de  Judée  mentionnée  dans  l'Evangile.  C'était  une 
€  grande  ville  de  commerce,  et  pour  cela  ce  nom  a  pris  le 
f  sens  vulgaire  de  lieu  où  mille  choses  sont  entassées.  » 

«  En  persistant  â  poursuivre  l'ètymologie  cherchée  dans 
Capharnaiim,  ville  de  Galilée,  on  n'arrivera  à  aucun  résul- 
Ut  satisfaisant.  iM.  H.  T.  {Vid.,  p.  122)  a  seul  côtoyé  la  vé- 
rité; malheureusement,  au  lieu  de  s'arrêter,  il  a  passé 
outre,  c  Je  crois  me  rappeler,  disait-il,  que  George  Sand, 
«  dans  un  de  ses  romans  champêtres,  fait  dire  au  conteur: 
n  Cafornion  et  non  Capharnaiim,  comme  veut  le  maître 
t  d'école  et  qui  n'a  pas  de  sens.  »  Est-ce  une  boutade  du 
chanvreur  qui  raconte  l'histoire,  ou  de  l'auteur  '!  Celui-ci 


croirait-il  à  quelque  étymologie  patoise?  »  Hic  jacet  lepus. 
Non,  ce  n'est  pas  une  boutade  de  George  Sand,  et  Cafor- 
nion est  bien  le  mot  dont  le  peuple,  par  une  similitude 
d'assonance,  a  fait  Capharnaiim,  nom  que  l'audition  des 
Evangiles  à  l'Eglise  a  rendu  familier  à  son  oreille.  Cafor- 
nion est  le  diminutif  de  caforne  ;  il  est  devenu  masculin  en 
prenant  la  désinence  ion.  C'est  ainsi  qu'une  lampe  a  fait  un 
lampion.  Mais  que  signitie  le  substantif  féminin  cafornel 
On  sait  qu'en  philologie  /"  et  w  sont  identiques;  /  est  un 
V  dur  ou  V  un  /doux,  en  sorte  qu'on  peut  poser  l'équation 
/  =  V,  et  réciproquement.  Qui  ne  voit  après  cela  que  ca- 
forne n'est  autre  chose  que  caverne  ?  Le  mot  Caforna  et  ses 
dérivés  sont  employés  journellement  par  les  écrivains 
provençaux  modernes,  ka  reste,  le  dictionnaire  d'Honnorat 
lève  tous  les  doutes  :  a  CafTourna,  s.  f.  caffouchon,  Caf- 
t  fournoun,  cafourna,  caforna.  Cachette,  recoin,  enfonce- 
I  ment,  lieu  retiré  dans  une  maison  où  l'on  peut  cacher 
"  quelqu'un  ou  quelque  chose,  —  Cahutte,  mauvaise  petite 
«  maison.  Etym.  du  latin  Caverna.  n  On  trouve  dans  le 
même  dictionnaire  :  «  Encafournar,  v.  a.  Cacher  avec  soin, 
«  serrer  dans  un  lieu  secret  et  ditficile  à  trouverr.  Etym. 
«  de  en,  dans,  et  Cafournon,  petit  réduit,  i 

«  On  voit  donc  que  le  dictionnnaire  provençal-français 
satisfait  aux  deux  sens  donnés  par  Littré.  En  résumé, 
Capharnaiim  est  une  corruption  de  Cafornion,  ou  Caffour- 
noun,  en  provençal,  et  signifie  littéralement  petite  caverne.  » 

[Un  abonne'.) 

Je  remercie  de  tout  cœur,  et  les  lecteurs  du  Courrier 
de  Vaugelas  remercieront  comme  moi  la  personne  qui 
a  bien  voulu  prendre  la  peine  de  transcrire  puis  de 
m'adresser  l'ètymologie  qui  précède;  car,  à  mon  avis, 
non-seulement  celte  étymologie  est  préférable  à  celle 
que  j'ai  donnée  (numéro  20  de  la  2=  annéej,mais  encore 
elle  est  la  vraie. 

X 
Première  Question. 

Faut-il  dire  ;  «  Manger  sua  le  pouce  »  ou. bien  «  Man- 
ger soos  le  pouce  »  ? 

Comme  je  vais  essayer  de  vous  le  démontrer,  la  véri- 
table locution  est  Manger  sur  le  pouce,  donnée  par  la 
plupart  des  lexicographes  (je  l'ai  trouvée  dans  Galtel, 
dans  Landais,  dans  l'Académie,  dans  Bescherelie,  dans 
Poitevin  et  dans  Littré),  et  non  Manger  sous  le  pouce, 
qui  ne  se  trouve  dans  aucun. 

Dans  notre  ancienne  langue,  sur  et  sous  avaient  la 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


même  prononciation  ;  on  écrivait  sor  et  so:,  ïo  sonnant 
ou,  ou  bien  encore  sour  et  sous. 

Devant  une  voyelle,  la  consonne  finale  étant  pronon- 
cée, il  ne  pouvait  y  avoir  d'équivoque;  dans  ces  vers, 
par  exemple  : 

Gerars  li  biau?,  sans  nul  arrest, 
Descend  dessous  un  feu  molt  haut. 

[La  Violelle,  p.  55.) 

Desour  une  coûte  vermeille 
Fu  li  rois  Loeys  tout  sens. 

(Idem,  p.  3S.) 

il  est  manifeste  que  Gérard  descend  sous  un  hêtre,  et 
que  le  roi  Louis  est  sur  une  couverture  vermeille. 

Mais,  devant  une  consonne,  attendu  que  IV  (Génin 
l'a  démontré)  ne  se  prononçait  pas  à  la  fin  des  mots  en 
our,  on  n'avait  pour  se  guider,  que  le  sens  de  la  phrase, 
comme  dans  cette  autre  citation  : 

Et  maintenant  haste  son  oirre 

Qqb  a  Bûuni,  qui  siet  sou  Loire, 

Voulra  jesir  ancor  anuit. 

(Idem,  p.  41.) 

(Et  maintenant,  il  hâte  sa  marche  afin  de  coucher  en- 
core aujourd'hui  à  Bouni-.?j«'-Loire). 

Cette  prononciation  de  sur  devant  une  consonne  fit 
confondre  l'emploi  de  cette  préposition  avec  celui  de 
sous,  ce  qui  est  prouvé  avec  la  dernière  évidence  par 
l'exemple  suivant,  qui  contient  sous  là  où,  dans  toutes 
les  langues,  on  met  sur  : 

Basle  et  Strasbourg  et  autres  villes  imperialles  qui  sont 
soubz  le  bout  de  ceste  rivière  du  Rhin. 

(Commineg,  V,  I,) 

Si  l'on  ne  peut  affirmer  que  l'emploi  de  sur  pour  sous, 
devant  une  consonne,  ait  jamais  été  une  règle  générale, 
on  est  certain  du  moins  que  plusieurs  substantifs  con- 
servèrent pendant  quelque  temps  le  privilège  d'être  pré- 
cédés de  sur,  dans  ce  sens;  ainsi  : 

\°  Au  XIV*  siècle,  on  disait  sttr  condition,  lequel  est 
devenu  sous  condition  au  xvi"  : 

Et  fut  encore  cette  trêve  présentée  et  accordée  sur  cette 

condition  que 

(Froissard,  I,  I,  144.) 

2°  Devant  peine,  la  préposition  sur  s'est  employée  pour 

TOM.«  jusqu'au  xviii^  siècle  exclusivement  : 

Est-ce  un  article  de  foi  qu'il  faille  croire,  sur  peine  de 
damnation  ? 

(Pascal,  i8«  pro».l 

Le  lioca  est  défendu  à  Paris  sur  peine  de  la  vie,  et  on  le 
joue  chez  le  roi. 

(Sévigné,  334.^ 

Et  lorsque  d'en  mieu.x  faire  on  n'a  pas  le  bonheur, 
On  ne  doit  de  rimer  avoir  aucune  envie, 
Qu'on  n'y  soit  condamné  sur  peine  de  la  vie. 

(.Molière,  Misanth.,  acle  IV,  se.  I.) 

3°  .Vvec  le  substantif  armes,  on  mettait  encore  sur 
pour  sous  vers  le  milieu  du  xvii«  siècle;  on  trouve  en 
effet  dans  Vaugelas  (tome  II,  p.  .^.îojquc,  pour  signifier 
que  l'armée  avait  été  toute  la  nuit  en  armes,  on  pouvait 
dire  également  bien  : 

L'armée  demeura  toute  la  nuit  sur  tes  armes,  et  demeura 
toute  la  nuit  sous  tes  (irnic<i. 

Or,  il  me  semble  qu'il  en  est  de  même  dans  l'expres- 


sion Manger  sur  le  pouce  :  le  sur  y  a  le  sens  de  sous 
comme  il  l'avait  dans  sur  condition,  sur  peine,  sur  les 
armes;  mais^wr  /e^JOwcedilTère  de  ces  dernières  expres- 
sions en  ce  que  celles-ci  admettaient  en  même  temps 
sous  condition,  sous  peine  et  sous  les  armes,  qui  ont  fini 
par  remporter,  tandis  que  sur  le  pouce,  lui,  invariable-  ] 
ment  joint  au  verbe  manger,  n'a  jamais  été  remplacé 
par  sous  le  pouce. 

Il  faut  donc  dire  Manger  sur  le  pouce,  propre  et 
unique  expression  pour  signifier  manger  en  tenant  sous 
le  pouce  ce  qu'on  mange  avec  son  pain;  c'est  un  emploi 
archaïque  de  surqpX  a  résisté  et  résistera  probablement 
longtemps  encore  à  la  logique  des  grammairiens. 

X 

Seconde  Question. 
Je  vous  adresse  ci-joint  le  prix  de  mon  abonnemetit, 
et,  par  la  même  occasion,  la  question  suivante  :  Quelle 
est  l'origine  de  l'expression  dormir  la  grasse  matinée? 
Je  serais  heureux  de  lire  un  jour  votre  opinion  à  ce 
sujet  dans  votre  journal. 

Dans  l'origine,  on  a  dit  g7-ans  matinée,  une  matinée 
tout  entière,  comme  nous  disons  toute  une  grande 
journée,  ce  que  fait  voir  ce  texte  du  xiu"  siècle,  fourni 
par  M.  Littré  : 

Elles  vont  chascun  jour  au  moustier  oïr  messe  ; 
Mais  c'est  près  de  midi,  porce  qu'il  n'aient  presse, 
Car  el  se  couchent  tart  ;  por  ce  fault  qu'on  les  lesse 
Dormir  gratis  matinées  por  norrir  en  leurs  gresse. 

(Jubinal,  Nouv.  recueil  de  contes,  l,  p.  188.) 

Mais,  comme  le  long  dormir  fait  engraisser,  on  a  fini 
par  dire,  en  vertu  d'une  association  d'idées,  la  grasse 
matinée,  changement  qui  s'est  opéré  avant  le  xvi'=  siècle, 
puisqu'en  celui-ci  on  ne  trouve  plus  que  la  dernière     i 
expression,  comme  le  montrent  ces  exemples  : 
Qui  dort  grasse  matinée,  trotte  toute  la  journée. 

(Leroux  de  Lincy,  Prov.,  t.  Il,  p.  389.) 

Ha  !  que  c'est  chose  belle  et  fort  bien  ordonnée, 
Dormir  dedans  un  lict  la  grasse  matinée. 

(Régnier,  .Sa(yr«  VI,) 

De  Ghevallct  dit  (II,  p.  183)  que  celte  substitution  de 
grasse  à  grans  est  due  à  ce  qu'un  moment  vint  où  l'ex- 
pression (jrans  mutinée  ne  fut  plus  qu'un  «  absurde 
solécisme  »  ;  mais  je  ne  crois  pas  que  cela  soit  la  véri- 
table cause  de  cette  substitution,  car,  après  le  temps  où 
grans  prit  la  forme  grande  devant  un  substantif  fémi- 
nin, il  y  a  eu  des  cas  nombreux  |et  nous  en  avons  en- 
core) où  grans,  c'est-à-dire  grand  selon  la  nouvelle 
orthographe,  restait  invariable. 

X 

Troisième  Question. 
Le  comparatif  de  bon  est  meilleur.  Cette  règle  d'ex- 
ception  est-elle  absolue?  ou  bien,  au  contraire,  y  a-t-il 
des  cas  oit  le  principe  général  reprend  son  empire  et  oit 
le  comparatif  régulier  flcs  bon  doit  être  employé?  Par 
exemple,  faut-il  dire  :  plus  le  café  est  ciiaud,  plus  il 
EST  BON,  et  ferait-on  une  faute  de  français  en  disant  : 
plus  lk  café  est  ciiAun,  MiiiLLErR  il  est''  Je  vous  renier' 
cie  d'avance  de  la  réponse  que  vous  voudrez  bien  me 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


75 


transmettre,  j'espère,  2)ar  la  voie  de  votre  intéressante 
puhlicatio?i. 

Le  latin  ne  formait  pas  d'une  manière  régulière  le 
comparatif  de  supériorité  de  l'adjectif  6o««s,  c'est-à-dire 
qu'il  n'y  changeait  pas  us  en  ior  comme  dans  les  autres 
qualificatifs  [sanctus,  saint;  sanctior,  plus  saint,  etc.); 
il  adaptait  cette  terminaison  à  un  autre  radical,  mel,  et 
disait  melior. 

Cette  irrégularité  a  naturellement  passé  dans  le  fran- 
çais; mais  cette  langue  n'a  pas  fait  un  principe  absolu 
déplus  b<)n  =  meilleur  ;  il  faut  pour  que  j;/«s6o«  puisse 
être  tourné  par  le  comparatif  latin  francisé  que  ^j/m.<  soit 
immédiatement  suivi  de  bon,  sans  quoi  la  construction 
française  reprend  ses  droits;  aussi  dit-on  : 

Acheter  un  livre  plus  ou  moins  bon. 

Cette  tisane  est  plusqwp  toute  autre  bonne  contre  la  toux. 

Dans  la  seconde  phrase  que  vous  me  proposez,  plus 
devant  être  suivi  immédiatement  de  bon,  il  y  faudrait 
évidemment  meilleur;  mais  je  crois  qu'il  vaut  mieux  n'y 
pas  employer  ce  terme,  et  cela,  pour  la  raison  que  je 
vais  vous  dire,  raison  complètement  indépendante  de  la 
place  relative  de  plus  et  de  bon. 

La  phrase  en  question  est  une  de  celles  que  j'appelle 
proportionnelles,  parce  que  ce  qui  est  exprimé  dans  le 
second  membre,  action  ou  qualité,  est  en  proportion 
avec  ce  qui  est  exprimé  dans  le  premier. 

Or,  dans  de  semblables  phrases,  que  la  proportion 
soit  directe  ou  inverse,  c'est-à-dire  que  les  deux  mem- 
bres commencent  par  plus  ou  par  moins,  ou  que  l'un 
commence  par  ^j/ms  et  l'autre  par  moins,  ou  réciproque- 
ment, dans  de  semblables  phrases, dis-je,  il  y  a  généra- 
lement symétrie  dans  la  construction, ainsi  que  le  mon- 
trent ces  exemples  : 

(Phrases  proportionnelles  directes) 

Plus  on  est  sujet  à  cette  loi,  plus  on  est  heureux. 

(Bourdaloue,  Puri/.  de  ta  Vierge.) 

Plus  je  vois  les  hommes,  plus  je  vous  estime. 

(Mme  de  Maiatenon,  Letl.  au  D.  de  Noailles.) 

Plus  il  a  su,  plus  il  a  pu  ;  mais  aussi  7)ioins  il  a  fait,  moins 
il  a  su, 

(Buffon,  Œuv.,  t.  XIII,  p.  357.) 

Plus  VOUS  serez  gai,  pius  longtemps  vous  vivrez. 

(Voltaire.  LetC.  au  roi  de  Prvise.l 

(Phrases  proportionnelles  inverses) 

Wws  je  suis  pénétré  de  reconnaissance  pour  Votre  Ma- 
jesté, moins  ie  dois  abuser  de  ses  bienfaits. 

(D'Alembert,  Leit.  au  roi  de  Fruste.) 

Plus  je  suis  votre  amant,  moins  je  suis  Curiace. 

(Corneille,  Bor.,  II,  8.) 

D'où  je  conclus  que  la  première  des  phrases  que  vous 
me  proposez  : 

Plus  le  café  est  chaud,  plus  il  est  bon. 
doit  être  préférée  à  la  seconde  : 

Plus  le  café  est  chaud,  meilleur  il  est. 
attendu  que  celle-ci  pèche  contre  la  symétrie  qui  s'ob- 
serve généralement  dans  la  construction  de  ses  ana- 
logues, symétrie  qui  exige  que  bon,  contenu  danswieiï- 
/e«r,  soit  placé  comme  chaud  à  la  fin  du  membre  auquel 
il  appartient. 


X 

Quatrième  Question. 

Permettez-moi  de  vous  demander  si  l'adjectif  Tkvm 

peut  cire  onployé.pour  qualifier  une  personne  qui  est  en 

défaut,  qui  a  commis  une  faute.  Ainsi  peut-on  dire  : 

a.  Ce  n'est  pas  moi  qui  suis  fadtif?  » 

Actuellement,  fautif,  qui  se  dit  des  personnes  et  des 
choses,  a  deux  significations  : 

Une  ancienne,  qui  est  sujet  à  faillir,  qui  est  en  dé- 
faut, qui  manque  en  quelque  chose,  comme  dans  ces 
exemples  : 

L'homme  est  fautif;  nul  vivant  ne  peut  dire 
>'avoir  failli 

(Pibrac,  dans  Trévoux.  ) 

La  vue  est  de  tous  les  sens  le  i>\us  fautif. 

(J.-J.  Rousseau,  Emiie,  II.) 

Pièce  de  bois  fautive,  celle  qui  a  quelque  défaut. 

(Littré,  Dicl.) 

Une  moderne,  s'appliquant  spécialement  aux  per- 
sonnes, celle  de  qui  a  failli,  et  qui  s'emploie  très-sou- 
vent aussi  bien  dans  le  discours  écrit  que  dans  le  dis- 
cours parlé  : 

M.  Baragnon,  se  sentant  fautif,  se  dérobe  promptement, 
sans  avoir  osé  répondre  aux  justes  protestations  que  ses 
paroles  peu  convenables  avaient  provoquées, 

{Le  Sucie  du  3i  mai  1874.J 

Or,  il  s'agit  de  savoir  si  celte  dernière,  qui  est  assez 
nouvelle  (car  on  ne  la  trouve  ni  dans  Furetière,  ni  dans 
Trévoux,  ni  dans  l'Académie,  ni  dans  Bescherelle),  doit 
être  adoptée  ou  rejetée. 

M.  Littré  croit  qu'on  a  tort  de  s'en  servir;  moi,  je 
serais  enclin  à  plus  d'indulgence  envers  elle,  et  je  vais 
vous  dire  pourquoi  : 

4°  Je  sais  que  la  plupart  de  nos  adjectifs  en  if  se  tra- 
duisent par  un  verbe  au  présent  iabusif,  qui  renferme 
un  abus;  attentif,  qui  a  de  l'attention;  craintif,  qui  a 
de  la  crainte,  etc.)  ;  mais  nous  en  avons  deux  autres 
qui  se  traduisent  par  des  verbes  au  passé  : 

Adoptif  —  qui  a  élc  adopte,  qui  a  adopté. 
Natif      —  qui  est  néà... 

D'où  il  résulte  que  fautif  n'esl  pas  sans  analogues. 

2"  Dans  ce  sens,  fautif  esl  un  néologisme;  mais  un 
néologisme  n'est  pas  un  mot  essentiellement  condam- 
nable, tant  s'en  faut,  et  je  soupçonne  entre  fautif  et 
coupable  une  nuance  assez  forte  pour  faire  accueillir  le 
premier. 

3"  On  accuse  fautif  d'èlre  populaire.  Mais  combien 
de  termes  qui  n'ont  pas  eu  de  naissance  plus  illustre  et 
qui  ont  aujourd'hui  les  honneurs  du  vocabulaire  des 
mieux  parlants! 

4»  Il  y  a  d'autres  adjectifs  qui  ont  des  acceptions  dont 
la  différence  est  plus  grande  que  celle  qui  se  trouve 
entre  fautif,  sujet  à  faillir,  et  fautif,  qui  a  failli.  Et 
cependant,  cela  ne  fait  pas  proscrire  la  dernière  en  date. 

0°  Invoque-t-on  l'amphibologie  que  peut  offrir  fautif.^ 
Je  crois  que  le  sens  général  de  la  phrase  indique  tou- 
jours suffisamment  s'il  signifie  qui  est  sujet  à  faire  une 
faute,  ou  s'il  implique  l'idée  de  culpabilité  réalisée. 

Pour  ces  raisons,  il  me  semble,  en  elTet.  bien  diffi- 


76 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


cile,  en  ce  qui  concerne  le  langage  familier,  de  pouvoir 
condamner  l'emploi  de /"ûw/i/ dans  la  phrase  que  vous 
m'avez  adressée. 

X 
Cinquième  Question. 
Dans  son  numéro  du  il  mai  1874,  le  journal  le 
TEMPS  demande  dans  sa  «  Chronique  »  la  raison  qui  a 
fait  nommer  une  rue  de  Paris,  voisine  de  la  rue  Diiphot, 
rue  RiCHEPANCE.  Est-ce  que  le  Coudrier  de  Yaccelas  ne 
pourrait  pas  donner  cette  explication?. 

Sur  l'emplacement  du  couvent  de  la  Conception,  il 
devait  être  créé  quatre  rues;  mais  deux  seulement  le 
furent,  et  voici,  en  date  du  3  frimaire  an  XI,  l'arrêté 
du  ministre  de  l'Intérieur,  alors  le  chimiste  Chaptal, 
relatif  à  leur  construction  : 

Article  1".  Les  deux  rues  à  percer  sur  les  terrains  du 
ci-devant  couvent  delà  Conception,  et  qui  sont  obligatoires 
aux  termes  du  contrat  d'acquisition  du  citoyen  Devinck, 
recevront  leur  exécution  ;  la  première  sur  la  direction  et 
la  largeur  de  la  rue  Saint-Florentin,  allant  aboutir  au  bou- 
levard [la  seule  qui  ait  été  construite]. 

Article  2.  Il  sera  substitué  aux  deux  autres  rues  une 
seule  rue  diagonale  qui  prendra  de  la  rue  Saint-Honoré 
près  de  celle  du  Luxembourg,  et  aboutira  perpendiculaire- 
ment sur  le  boulevard  de  la  Madeleine,  etc. 

Or,  celte  dernière  reçut  le  nom  du  général  Duphot, 
tué  en  1797,  dans  une  émeute  qui  avait  eu  lieu  à  Rome 
devant  le  palais  de  notre  ambassadeur,  et  l'autre,  per- 
cée en  1807,  celui  du  général  Richepance,  mort  de  la 
fièvre  jaune  à  la  Guadeloupe,  en  1802,  après  avoir 
réprimé  l'insurrection  de  cette  île. 

X 

Sixième  Question. 

Doit-on  écrire  :  «  Cette  question  est  des  plus  délicate 
o«  DÉLICATES?  o!<,  en  d' autres  termes,  l'adjectif  ou  le 
participe  passé  doit-il  sn  rapporter  au  sujet  exprime, 
au  même  mol  sous-entendu  après  des  plus? 

Que  veut  dire  celte  phrase?  Évidemment  que  la 
question  dont  on  parle  compte  parmi  les  plus  délicates. 
Or,  ce  sens  implique  le  pluriel  pour  l'adjectif  au  super- 
latif, dans  ce  cas  et  dans  tous  les  analogues.  Il  faut 
écrire  : 

Cet  homme  est  des  plus  célèbres. 

Cette  femme  est  des  plus  ynéchantes. 

Ce  pays  est  des  plus  fertiles. 


ETRANGER 

Première  Question. 

Je  ne  comprends  pas  comment  l'expression  faire  la 
BiUBE  A  iitTA.Qv'v:i  peut  signifier  avoir  l'avantage  sur  lui, 
car  Je  ne  vois  aucun  avantage  sur  moi  à  celui  qui  me 
rase.  Auriez-vous  l'obligeance  de  me  donner  à  ce  sujet 
une  explication  qui  m'est  bien  nécessaire? 

L'explication  de  ce  proverbe  ne  se  trouve  pas  dans 


Faire  la  barbe  à  quelqu'un  au  sens  actuel  de  !ui  enlever 
avec  un  rasoir  les  poils  poussés  depuis  plus  ou  moins 
de  jours  sur  la  figure;  elle  se  tire  du  sens  symbolique 
qui,  jusqu'au  xu'  siècle,  a  été  constamment  attaché  à 
la  barbe  portée  dans  toute  sa  longueur. 

Dans  les  anciennes  lois  de  l'Allemagne,  au  dire  de 
Pasquier,  il  était  défendu,  sous  des  peines  excessive- 
ment sévères,  de  tondre  un  homme  libre  ou  de  lui  raser 
la  barbe  contre  sa  volonté.  Chez  les  Francs,  c'était  une 
espèce  d'infamie  que  d'avoir  la  barbe  tout-à-fait  coupée, 
et  la  plus  terrible  peine  que  Dagobert  pût  infliger  à 
Sadragrésil,  duc  d'Aquitaine,  après  l'avoir  fait  fustiger, 
ce  fut  de  lui  faire  raser  le  menlon.  11  existait  une  indis- 
soluble union  entre  le  diadème  et  la  barbe,  et  Ton  sait 
que  la  première  formalité  pour  opérer  la  déchéance  des 
rois  consistait  à  leur  raser  la  tête  et  le  visage. 

Au  commencement  du  roman  intitulé  la  Chevalerie 
Ogier  de  Danemarche,  on  voit  venir  à  la  cour  de  Char- 
leraagne,  qui  se  tenait  alors  à  Saint-Omer,  quatre  mes- 
sagers qui  avaient  été  envoyés  vers  Godefroy,  père 
d'Ogier,  pour  recouvrer  le  tribut  qu'il  devait  à  l'empe- 
reur, et  auxquels  ledit  Godefroy  avait  fait  couper  et  les 
cheveux  et  la  barbe  : 

Corones  orent,  s'ot  cascuns  rès  la  barbe 
Et  les  grenons,  le  menton  e  la  face; 
El  pallais  montent,  si  dèfublent  lor  capes, 
Li  rois  les  voit,  tos  li  tainst  le  visage, 
Contre  aus  se  liève  fièrement  les  araisne  : 
Baron,  dist-il,  qui  vos  fist  cest  outrage? 
Cil  dient  :  «  Sire  Gaufrois  de  Danemarche, 
Li  maus  quvers  où  vus  nos  envoiastes  : 
11  ne  vos  doit  fuere  ne  homage.  » 

A  ces  mots,  Charlemagne,  plein  de  courroux,  jure 
par  Dieu  et  le  «  baron  »  saint  Jacques  que  les  otages  de 
Godefroy,  et  par  conséquent  son  fils,  seront  tous  pendus 
par  représailles. 

C'était  donc  une  grave  offense,  en  ce  temps-là,  que  de 
faire  la  barbe  à  quelqu'un  ou  plutôt  de  la  lui  faire  faire; 
d'où  les  signiflcalions  de  l'emporter  sur  quelqu'un,  lui 
donner  des  marques  de  mépris,  le  braver,  le  surpasser 
en  esprit  et  en  lalcnl,  que  celte  expression  a  successi- 
vement prises,  et  qui  nous  sont  parvenues  pour  la  plu- 
part. 

X 

Seconde  Question. 

Faut-il  dire  un  alcazaua  ou  un  alcarazas?  //  me 
semble  que  alcalaza  est  plus  correct  comme  étant  la 
forme  singulière  de  ce  mot  dans  la  langue  espagnole  de 
laquelle  vous  l'avez  pris.  Etes-vous  de  la  même  opinion? 

Le  français  a  souvent  emprunté  aux  langues  Blran- 
gères  des  mots  sous  la  forme  plurielle  dans  ces  langues, 
pour  les  em[iioyer  au  singulier;  tels  sont  : 
(Venus  du  latin) 

Un  errata.  \\\.  df  crriitum. 

Un  duplkula,  pi.  de  duplicatum. 

(Venus  de  l'italien) 

Un  lazzi,  p).  de  laszo. 

Un  concetti,  pi.  de  concetto. 

Un  macitroiii,  pi.  de  mararone. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


77 


(Venus  de  l'espagnol) 

Un  mehiws,  pi.  de  merino. 

Un  mararedis,  pi.  de  maraiedi. 

Un  Irabucos,  \i\.  de  Irabuco. 

Un  albinos,  pi.  de  albino. 
Or,  en  présence  de  ce  fait,  je  ne  trouve  rien  d'éton- 
nant à  ce  que  alcarazas  s'emploie  aussi  en  français 
plus  volonLiers  sous  la  forme  plurielle  pour  signifier  le 
singulier;  car  cet  emploi  est  conforme  à  un  usage  assez 
généralement  reçu,  et  l'analogie,  comme  vous  voyez,  ne 
lui  fait  nullement  défaut. 


FEUILLETON 


PASSE-TEMPS  GRA.MMATICAL. 


Corrections  du  numéro  précédent. 

!•  ...  solennellement  condamné  par  le  vole  ;  —  2°  Que  nous 
Ail-elle  ?  ...elle  a  une  manière  unique;  —  3°...  Hélas!  monsieur, 
d!/-il  en  gémissant;  —  i'  Ce  serait  bieni^is  si  le  commerce;  — 
5*  ...  de  francs  qu'a  coiile  la  confection  ;  —  6"  ...  ne  songe  à 
autre  chose  qu'une  résistance  ;  —  7°  C'est  de  moi  îu'on  se  sert  ; 
—  8°  ...  a/in  d'engager  les  amateurs  (Voir  Courrier  de  Vaugelas, 
2'  année,  p.  139)  ;  —  9°  ...  que,  quoi  qu'il  advienne  des  lois  (pas 
je  en)  ;  —  10°  ...  qu'on  ne  le  voudrait  à  Berlin. 


Phrases  à  corriger 

trouvées  pour  la  plupart  dans  la  presse  périodique. 

!•  Sept  ans,  c'est  une  longue  période  pour  des  espé- 
rances dont  l'ajournement  équivaut  à  l'anèantissetnent. 
L'occasion  unique  qui  s'est  offerte  de  rétablir  la  monarchie 
légitime,  on  l'a  laissé  échapper. 

2°  Nous  avons  roulé  hier  pendant  une  heure  sur  la  ligne 
du  Nord,  pour  aller  et  revenir  d'Enghien  ;  et  nous  avons 
constaté  que  l'orage  de  la  veille  avait  causé  un  véritable 
désastre  dans  toute  la  campagne  environnante. 

3°  Pourquoi  d'ailleurs  aurait-il  à  ménager  les  espérances 
de  ceux  qui,  en  l'élevant  à  la  première  magistrature  de 
l'État,  se  sont  réservés,  par  réticence  intime,  le  droit  de 
retirer  demain  ce  qu'ils  accordent  aujourd'hui. 

4*  Toutefois,  la  présence  des  Carlistes  dans  cette  partie 
du  nord  de  l'Espagne,  qu'ils  n'avaient  point  encore  par- 
courue en  aussi  grand  nombre,  ne  laisse  pas  que  d'être 
l'objet  de  vives  inquiétudes  à  Madrid,  où  les  esprits  sont 
très-surrexcités  depuis  la  mort  de  Concha. 

5''  Les  trois  fortes  tètes  de  la  sous-commission  n'ont  sans 
doute  pas  eu  le  temps  de  songer  à  cela,  et  elles  se  sont 
imaginées,  qu'en  nommant  un  Sénat  pour  six  ans,  ces 
fonctionnaires... 

6"  M.  S...  enferme  prudemment  ses  théories  dans  les 
limites  qu'il  peut  présumer  devoir  s'imposer  à  sa  pratique 
ou  à  celle  de  ses  amis  dans  l'avenir.  Encore  n'est-ce  pas 
sans  s'effrayer  un  peu  lui-même  de  sa  hardiesse  grande. 

7°  0  ma  guitare  1  amie  intime  de  mes  beaux  jours,  il  n'y 
a  plus  que  toi  qui  me  réponde. 

8°  Ce  qui  nous  étonne,  c'est  qu'il  n'est  nullement  parlé, 
dans  la  dépèche,  des  amis  de  l'ancien  membre  du  Gouver- 
nement du  4  septembre  qui  se  sont  évadés  avec  lui. 

9"  Pour  qui  ht  ces  lettres  sans  rechercher  la  pensée 
intime,  M.  Thiers  apparaît  comme  un  vieillard  ayant  soif 
de  repos,  un  philosophe  désireux  de  couler  le  restant  de 
ses  jours  dans  la  retraite. 

10'  Le  conseil  général  de  l'Aude  a  émis  le  vœu  que  les 
élections  départementales  aient  lieu  conformément  à  la  loi 
organique  le  plus  tôt  possible. 

[Le.i  corrections  à  quinzaine.] 


BIOGRAPHIE  DES  GRAMMAIRIENS 

PREMIÈRE  MOITIÉ  DU  XVIl'  SIÈCLE. 

VAUGELAS. 

(Suite.) 

IV. 

Le  bon  usage  se  divise  en  usage  déclaré  el  en  usage 
douteux.  Ces  Remarques  serviront  à  discerner  égale- 
ment l'un  et  l'autre,  et  à  s'assurer  de  tous  les  deux. 
L'usage  déclaré  esl  celui  sur  lequel  la  plus  saine  partie 
de  la  Cour  et  des  auteurs  du  temps  sont  parfaitement 
d'accord;  et,  par  conséquent,  le  douteux  ou  Vinconnu 
est  celui  sur  lequel  cet  accord  n'existe  pas. 

V. 

Notre  langue  n'est  fondée  que  sur  ïusaye  ou  sur 
Xanalogie.  L'usage  fait  beaucoup  de  choses  contre  la 
raison,  qui  non-seulement  ne  laissent  pas  d'être  aussi 
bonnes  que  celles  où  la  raison  se  rencontre,  mais 
encore  sont  souvent  plus  élégantes  et  meilleures  que 
celles  qui  sont  conformes  à  la  raison  et  à  la  règle  ordi- 
naire. 

L'usage  fait  beaucoup  de  choses  par  raison,  beaucoup 
sans  raison  el  beaucoup  contre  raison.  Par  raison, 
comme  la  plupart  des  constructions  grammaticales, 
par  exemple,  l'accord  de  l'adjectif  avec  le  substantif; 
sans  raison,  comme  la  variation  ou  la  ressemblance 
des  temps  et  des  personnes  dans  les  conjugaisons  des 
verbes,  car  pourquoi ^'e  fais  el  tu  fais  se  ressemblent- 
ils  plutôt  que  tu  fais  .et  il  fait  ?  Contre  raison,  par 
exemple,  lorsqu'on  dit  péril  éminent  pour  imminent, 
recouvert  pour  recouvré,  etc. 

VI. 

Il  reste  encore  à  parler  d'un  autre  usage,  qui  n'est 
point  différent  de  celui  qui  a  été  délini,  puisqu'il  n'est 
point  contraire  à  la  façon  de  parler  de  la  Cour,  et  qu'il 
est  conforme  au  sentiment  des  meilleurs  auteurs.  C'est 
l'usage  de  certaines  particules,  qu'on  n'observe  guère 
en  parlant,  et  dont  on  trouvera  divers  exemples  dans 
ces  Remarques. 

vu. 

Un  dictionnaire  reçoit  toutes  sortes  de  mots  français, 
qu'ils  soient  du  bel  usage,  ou,  au  contraire,  bas  el  de 
la  lie  du  peuple;  mais  le  dessein  des  Remarques  est  tout 
autre;  elles  condamnent  tout  ce  qui  n'est  pas  du  bel 
usage,  car  Vaugelas  a  toujours  cru  que,  dans  la  vie 
civile  et  dans  le  commerce  ordinaire  du  monde,  il  n'était 
pas  permis  aux  honnêtes  gens  de  parler  autrement  que 
selon  le  bon  usage  qui,  pour  lui,  n'offre  aucune  diffé- 
rence avec  le  beau. 

Vlll. 

Le  peuple  n'est  point  le  maitre  de  la  langue.  Ceux-là 
se  trompent  qui  lui  accordent  cette  juridiction  ;  ils  sont 
abusés  par  l'exemple  mal  entendu  de  la  langue  latine, 
laquelle,  à  leur  avis,  reconnaît  le  peuple  pour  son  sou- 


78 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


verain.  Mais  il  faut  distinguer  entre  populus  en  latin  et 
peuple  en  français;  ce  mot,  parmi  nous,  ne  signifie  que 
ce  que  les  Latins  appelaient  ^^/eôi,  ce  qui  est  une  chose 
bien  diCférente  et  bien  au-dessous  âe,  popuhts,  qui  dési- 
gnait, avec  le  sénat,  tout  le  corps  de  la  République, 
c'est-à-dire  les  patriciens,  l'ordre  des  chevaliers  et  le 
reste  du  peuple. 

IX. 

Ils  se  sont  plaints  avec  bien  peu  de  raison  ces  écri- 
vains modernes  qui  ont  tant  déclamé  contre  le  soin  de 
la  pureté  de  la  langue  et  contre  ses  partisans;  il  ne  faut 
qu'un  mot  pour  détruire  tout  ce  qu'ils  peuvent  dire  à 
ce  sujet,  c'est  V usage;  car  toute  cette  pureté,  à  laquelle 
ils  en  veulent  tant,  ne  consiste  qu'à  se  servir  de  mots 
et  de  phrases  qui  soient  du  bon  usage.  Malgré  qu'on  en 
ait,  on  doit  se  soumettre  à  cette  puissance  souveraine. 
Un  mauvais  mot,  parce  qu'il  est  facile  à  remarquer,  est 
capable  de  faire  plus  de  tort  qu'un  mauvais  raisonne- 
ment, dont  peu  de  gens  s'aperçoivent. 

Quant  au  grand  nombre  d'allégations  qu'ils  ont  ra- 
massées contre  le  soin  de  la  pureté,  il  n'y  en  a  pas  une 
seule  qui  prouve  ce  qu'ils  prétendent;  car  quel  auteur 
célèbre  ou  médiocrement  sensé  se  serait  avisé  de  dire 
qu'il  ne  faut  point  se  soucier  de  parler  ni  d'écrire  pu- 
rement? 

X. 

On  lui  objectera  que,  puisque  Tusage  est  le  maître  de 
notre  langue,  et  que,  de  plus,  il  est  changeant,  ces 
Remarques  ne  pourront  servir  longtemps,  attendu  que, 
dans  quelques  années,  ce  qui  est  bon  maintenant  sera 
mauvais,  et  réciproquement.  C'est  la  destinée  de  toutes 
les  langues  vivantes  d'être  sujettes  au  changement; 
mais  ce  changement  n'arrive  pas  si  «  à  coup  «,  et  n'est 
pas  si  notable  que  les  auteurs  qui  excellent  aujourd'hui 
dans  la  langue  ne  puissent  encore  être  infiniment  esti- 
més dans  vingt  ou  trente  ans,  comme  nous  en  avons  un 
exemple  dans  M.  Coëffeteau.  Or,  si  l'on  avait  égard  à 
ce  changement,  on  travaillerait  en  vain  aux  grammaires 
et  aux  dictionnaires  des  langues  vivantes,  et  il  n'y  au- 
rait point  de  nation  qui  eût  le  courage  d'écrire  dans  son 
idiome. 

Mais  quand  ces  Bemarquea  ne  serviraient  que  vingt 
ou  trente  ans,  ne  seraient-elles  pas  bien  employées? 
Comme  il  pose  des  principes  qui  n'auront  pas  moins  de 
durée  que  notre  langue  et  notre  empire,  Vaugelas  ne 
croit  pas  que  l'utilité  de  ses  Remarques  se  borne  à  un 
si  petit  espace  de  temps;  car  il  sera  toujours  vrai  qu'il 
y  a  un  bon  et  un  mauvais  usage;  il  faudra  toujours 
parler  et  écrire  selon  l'usage  qui  se  forma  sous  l'in- 
tluence  de  la  Cour  et  des  auteurs,  et,  lorsque  cet  usage 
sera  douteux  ou  inconnu,  il  faudra  toujours  s'en  rap- 
porter aux  maîtres  de  langue  et  aux  meilleurs  écrivains. 
Ces  maximes  sont  immuables,  et  pourront  servir  à  la 
postérité  aussi  bien  qu'aux  contemporains. 

XI. 

Pour  traiter  à  fond  de  l'usage,  Vaugelas  examine  la 
question  de  savoir  si  l'on  peut  faire  des  mots  «  qui 
n'aient  jamais  été  dits  dans  notre  langue.  «  Il  ne  blAme 
point  ceux  qui  en  font,  mais  il  se  garde  de  les  imiter; 


selon  lui,  il  n'est  permis  à  qui  que  ce  soit  de  faire  un 
mot  nouveau,  pas  même  au  Souverain.  Vaugelas  a 
entendu  dire  à  un  grand  homme  qu'il  en  est  des  mots 
comme  des  modes  :  les  sages  ne  se  hasardent  jamais  à 
faire  ni  les  uns  ni  les  autres;  mais  si  quelque  téméraire 
en  veut  bien  prendre  le  «  hazard  »  et  que  la  chose 
réussisse,  les  sages  suivent,  non  le  mot  ou  la  mode 
que  le  téméraire  a  inventée,  mais  bien  ce  que  l'usage  a 
reçu. 

XII. 

Vaugelas  n'a  mis  aucun  ordre  dans  ses  Remarques. 
S'il  eût  observé  celui  qu'on  appelle  alphabétique,  peut- 
être  eût-il  satisfait  certaines  personnes.  Mais  la  table 
n'atteint-elle  pas  le  même  but?  L'ordre  alphabétique 
n'a  d'avantage  que  de  faire  trouver  plus  promptement 
ce  qu'on  cherche  ;  il  a  toujours  été  considéré  comme  le 
dernier  de  tous  les  ordres. 

D'ailleurs  Vaugelas  a  été  en  quelque  sorte  forcé  de 
présenter  son  travail  sous  cette  forme,  car  ne  l'ayant 
pas  achevé  quand  ceux  qui  «  avoient  tout  pouvoir  » 
sur  lui  eurent  commencé  à  lui  faire  mettre  ses  Remar- 
ques sous  presse,  il  avait  ainsi  le  moyen  d'en  ajouter  de 
nouvelles,  ce  qui  lui  aurait  été  impossible  s'il  eût  suivi 
un  ordre  quelconque. 

XlII. 

Toutes  les  fautes  dont  Vaugelas  fait  l'objet  d'une 
remarque  sont  relevées  dans  nos  bons  auteurs;  mais  ce 
n'est  point  leur  manquer  de  respect;  car,  si  excellent 
que  soit  un  écrivain,  il  ne  peut  avoir  la  prétention  d'être 
impeccable.  Ces  Remarques^  auxquelles  le  plus  grand 
soin  a  été  donné,  n'ont  été  publiées  qu'après  avoir  été 
soumises  à  des  personnes  très-compétentes. 

XIV. 

Ce  n'est  point  de  son  chef  que  Vaugelas  reprend  cer- 
tains auteurs;  il  se  contente  de  rapporter  le  bon  usage, 
de  montrer  que  l'auteur  y  a  manqué,  et  de  dire  qu'il  ne 
faut  pas  l'imiter. 

Dans  ces  «  répréhensions  »,  il  ne  nomme  ni  ne  dé- 
signe jamais  aucun  auteur,  qu'il  soit  mort  ou  vivant  : 
en  servant  le  public,  il  ne  voudrait  pas  nuire  à  des  par- 
ticuliers qu'il  honore.  Il  ne  forge  pas  de  «  fantômes  » 
pour  les  combattre;  il  ne  reprend  pas  une  seule  faute 
qui  ne  soit  dans  un  auteur,  et  quelquefois,  il  «  change 
les  mots  »  pour  empêcher  qu'on  ne  reconnaisse  celui 
qui  l'a  faite.  Aussi  ces  Remarques  ne  concernent-elles 
pas  les  fautes  grossières  qui  se  commettent  dans  les 
provinces,  ou  dans  le  bas  peuple  de  Paris;  elles  sonl 
presque  toutes  choisies  et  telles  qu'il  peut  dire  sans 
vauilé,  puisque  ce  n'est  pas  lui  qui  prononce  ces  arrêts, 
qu'il  n'y  a  personne  à  la  Cour,  ni  aucun  écrivain  qui 
n'y  puisse  apprendre  quelque  chose;  et  comme  il  n'y 
en  a  point  qui  ne  fasse  de  faute,  il  n'y  en  a  point  non 
plus  qui  n'y  puisse  trouver  quelque  profit;  lui-même, 
qui  les  a  rédigées,  a  besoin  de  les  relire  souvent, car  son 
ouvrage  est  beaucoup  plus  savant  que  lui,  étant  non 
pas  son  propre  fonds,  mais  le  fonds  de  l'usage. 

[La  suite  ou  prochain  numéro.) 

Lii  RÉBACTECii-GÉiuNT  :  Eman  MARTIN. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


T9 


BIBLIOGRAPHIE 


OUVRAGES     DE     GRAMMAIRE     ET     DE     LITTÉRATURE 


Publications  de  la  quinzaine 


Les  Mondes  des  esprits,  ou  la  Vie  après  la  mort  ; 

par  Olympe  Audouard.  ln-18  Jésus,  288  p.  Paris,  lib. 
Dentu.  3  fr. 

Traditions  et  souvenirs,  ou  Mémoires  touchant 
le  temps  et  la  vie  du  général  Auguste  Colbert  (1793- 
1809);  par  N.-J.  Colbert,  marquis  de  Cliabanais  (son  iils). 
T.  5.  In-S",  i83  p.  et  carte.  Paris,  lib.  Firmin  Didot 
frères,  fils  et  Cie. 

Les  Artistes  cambraisiens  du  IX°  au  XIX°  siècle 
et  l'école  de  dessin  de  Cambrai,  avec  iO  pi.  lithogr. 
dont  2  en  couleurs,  et  2  photographies;  par  A.  Durieux. 
In-8',  hlh  p.  Cambrai,  imp.  Simon. 

Contes  bleus  ;  par  Edouard  Laboulaye,  de  l'Institut. 
S'  édition.  In-18  Jésus,  302  p.  Paris,  lib.  Charpentier  et 
Cie.  3  fr.  5u. 

Mémoires  de  la  Société  historique,  littéraire, 
artistique  et  scientifique  du  Cher.  1'  série,  2=  vol. 
In-S",  xvi-377  p.  Paris,  lib.  Dumoulin. 

Le  Poëme  humain,  chant  de  force  et  de  jeunesse; 
par  Gustave  Rousselot.  ln-18  jésus,  288  p.  Paris,  lib. 
Dentu.  3  fr. 

Ëtymologies  françaises  et  patoises  ;  par  A.  Bou- 
cherie, professeur  au  lycée  de  Montpellier.  In-8%  A6  p. 
Paris,  lib.  Franck. 

Armelle  Trahec;  par  Mlle  Zénaïde  Fleuriot.  In-12, 
318  p.  Paris,  lib.  Lecoffre  fils  et  Cie.  2  fr. 

Etudes  marines.  Jean  Bart  et  son  fils;  par  G.  de  La 
Landelle.  ln-18  jésus,  463  p.  Paris,  lib.  de  la  Société  des 
gens  de  lettres. 

Histoire  des  Protestants  de  France  depuis  1861; 


par  F.  Bonifas,  professeur  à  la  faculté  de  théologie  protes- 
tante de  Montauban.  In-S",  116  p.  Paris,  lib.  protestantes. 
1  fr. 

La  Révolution  française  et  la  féodalité;  par  Henry 
Doniol,  correspondant  de  l'Institut.  In-8°,  xi-369  p.  Paris, 
lib.  Guillaumin  et  Cie. 

Moralistes  et  philosophes;  Par  Ad.  Franck,  de 
l'Institut.  2«  édition.  In-12,  viii-/|89  p.  Paris,  lib.  Didier  et 
Cie.  h  fr. 

Renart-le-Nouvel,  roman  satirique  composé  au  xiii« 
siècle  par  Jacquemars  Gielèe  de  Lille  ;  précédé  d'une 
introduction  historique  et  illustré  d'un  fac-similé  d'après 
le  manuscrit  La  Vallière  de  la  Bibliothèque  nationale  ;  par 
Jules  Houdoy.  In-S'J,  212  p.  Paris,  lib.  Aubry. 

Histoire  de  France;  par  J.  Michelet.  xyi»  siècle.  La 
Renaissance.  Nouvelle  édition,  revue  et  augmentée.  T.  7. 
In-8",  367  p.  Paris,  lib.  internationale.  6  fr. 

Le  Théâtre  français  au  XVI=  et  au  XVII'^  siècle, 
ou  Choix  des  comédies  les  plus  curieuses  anté- 
rieures à  Molière;  avec  une  introduction,  des  notes  et 
une  notice  sur  chaque  auteur  ;  par  Edouard  Fournier,  et 
illustré  de  portr.  en  pied  coloriés,  dessinés  par  MM.  Mau- 
rice Sand  et  H.  Allouard.  ^'^  édition.  Gr.  in-8"'  à  2  col., 
xi-583  p.  Paris,  lib.  Laplace,  Sanchez  et  Cie. 

Robin  Hood  le  proscrit;  publié  par  Ale.xandre  Dumas. 
Nouvelle  édition.  2  vol.  in-18  jésus,  5^3  p.  Paris,  lib. 
Nouvelle.  2  fr.  50. 

Les  Mains  pleines  de  roses,  pleines  d'or  et  pleines 
de  sang;  par  Arsène  Houssaye.  In-8%  379  p.  Paris,  lib. 
Nouvelle.  6  fr. 


Publications  antérieures 


LE  MÉNAGIER  DE  PARIS.  —  Traité  de  morale  et 
d'économie  domestique,  composé  vers  1393,  par  un  Bour- 
geois parisien  ;  contenant  des  préceptes  moraux,  quelques 
faits  historiques,  des  instructions  sur  l'art  de  diriger  une 
maison,  des  renseignements  sur  la  consommation  du  Roi, 
des  Princes  et  de  la  ville  de  Paris,  à  la  finduxiv^  siècle; 
un  traité  de  cuisine  fort  étendu  et  un  autre  non  moins 
complet  sur  la  chasse  à  l'épervier.  —  Publié  pour  la  pre- 
mière fois  par  la  Société  des  Bibliophiles  français.  —  2  voL 
—  A  Paris,  à  l'imprimerie  de  Cra;Be/e<,  9,  ruedeVaugirard. 

LE  CY.MBALUM  MUXDI,  précédé  des  Nouvelles  re- 
créations et  joyeux  devis  de  Bonaventube  des  Periers.  — 
Nouvelle  édition,  revue  et  corrigée  sur  les  éditions  origi- 
nales avec  des  notes  et  une  notice.  —  Par  P.-L.  J.\cob, 
bibliophile.  —  Paris,  Adolphe  Delahays,  éditeur,  A-6,  rue 
Voltaire.  —  Prix;  in-16  ;  5  fr.  ;  In-S"  :  2  fr.  50. 


LES  ŒUVRES  DE  TABARIX  avec  les  Adventures  du 
capitaine  Rodomont,  la  Farce  des  Bossus  et  autres  pièces 
tabariniques.  —  Nouvelle  édition.  —  Préface  et  notes  par 
GEonoEs  n'HABMONViLLE.  —  Paris,  Adolphe  Delahays,  li- 
braire-éditeur, li-6,  rue  Voltaire. 


LES  ANCIENS  POÈTES  DE  LA  FRANCE,  publiés 


sous  les  auspices  de  S.  Exe.  Monsieur  le  Ministre  de  l'Ins- 
truction publique  et  des  Cultes,  et  sous  la  direction  de 
M.  Guessard.  —  fierabras.  —  parise  la  dlchesse.  —  Paris, 
chez  F.  Vieiveg,  libraire-éditeur,  67,  rue  Richelieu. 


CONFORMITÉ  DU  LANGAGE  FRANÇOIS  AVEC 
LE  GREC,  par  Henri  Estiexne. —  Nouvelle  édition,  accom- 
pagnée de  notes  et  précédée  d'un  essai  sur  la  vie  et  les 
ouvrages  de  cet  auteur.  —  Par  Léon  Feugère,  professeur 
de  rhétorique  au  lycée  Louis-le-Grand. —  Paris,  chez /«/es 
Delalain,  imprimeur  de  l'Lniversité  de  France,  rue  de 
Sorbonne  et  des  Mathurins. 


LA  VR.\IE  HISTOIRE  DE  FRANCION,  composée  par 
CH.\RLEsSonEL,sieurdeSouvigny.  —  Nouvelle  édition,  avec 
avant-propos  et  notes  par  Emile  Colomday.  —  Paris, 
Adolphe  Delahays,  éditeur,  i-6,  rue  Voltaire.  —  In-16  : 
5  fr.  ;  in-18  jésus,  2  fr.  50. 

VOCABULAIRE  RAISOXNli  ET  COMPARÉ  DU 
DIALECTE  ET  DU  PATOIS  DE  LA  PROVINCE  DE 
BOURGOGNE,  ou  Etude  de  l'histoire  et  des  mœurs  de 
cette  province  d'après  son  langage.  —  Par  Migtiard,  de 
l'Académie  de  Dijon.  —  In-8°,  33i  p.  —  Paris,  librairie 
Au^ry,  18,  rue  Séguier. 


80 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


LES  GRAMMAIRIENS  FRANÇAIS  depuis  l'origine 
de  la  Grammaire  en  France  jusqu'aux  dernières  œuvres 
connues.  —  Par  J.  Tell.  —  Un  beau  volume  grand  in-18 
Jésus.  —  Prix  :  3  fr.  50.  —  Librairie  Firmin  Didot  frères, 
fils  et  Cie,  56,  rue  Jacob,  à  Paris. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS  (première,  seconde, 
troisième  et  quatrième  année).  —  En  vente  au  bureau  du 
Courrier  de  Vaugelas,  26,  boulevard  des  Italiens.  —  Prix 
de  chaque  année,  broché,  6  fr.  —  Envoi  franco  pour  la 
France,  l'Algérie  et  l'Alsace-Lorraine. 


DICTIONNAIRE  ÉTYMOLOGIQUE  DES  NOMS  PRO- 
PRES D'HOMMES,  contenant  la  qualité,  l'origine  et  la 
signification  des  noms  propres  se  rattachant  à  l'histoire, 
à  la  mythologie,  des  noms  de  baptême,  etc.  —  Par  Paul 
Hecqdet-Boucrand.  — Paris,  VictorSarlit,  libraire-éditeur, 
19,  rue  de  Tournon. 


LE  ROMANCERO  FRANÇOIS,  histoire  de  quelques 
anciens  trouvères  et  choix  de  leurs  chansons,  le  tout  nou- 
vellement recueilli.  —  Par  P.\ulin  Paris.  —  Paris,  librairie 
Techner^  52,  rue  de  l' Arbre-Sec.  Prix  :  8  fr. 


LITTÉRATURE     FRANÇAISE 

PAR 

DÉSIRÉ  NISARD,  Membre  de  l'Académie  française. 


Quatre  volumes  in-18  jésus  de  plus  de  400  pages  chacun.  i 

1"  vol.  :  Des  origines  jusqu'au  xvii°  siècle;  —  1^  vol.  :  Première  moitié  du  xvii"  siècle;   —  3'*  vol.  :    Seconde 
moitié  du  xmi<=  siècle  ;  —  U^  vol.  :  Le  xviii»  siècle  avec  un  dernier  chapitre  sur  le  xis". 


Cinquième  Édition. 
Prix  de  l'ouvrage   :   16  francs. 


SE  TROUVE  A  PARIS 
A  la  librairie  de  Firmin  Didot  frères,  fils  et  Cie,  56,  rue  Jacob. 


RENSEIGNEMENTS 

Pour  les  Français  qui  désirent  aller  professer  leur  langue  à  l'étranger. 


I. 

En  faisant  insérer  quelques  annonces  dans  le  Journal  de  Bucarest,  dirifîé  par  M.  Ulysse  de  Marsillac,  on  peut  se 
procurer  des  places  de  professeur  et  d'institutrice  en  Roumanie. 

Les  annonces  pour  ce  journal,  qui  sont  reçues  à  Paris  par  M.  Eugène  Grain,  9,  rue  Drouot,  coûtent  30  cent,  la  ligne. 

Moyennant  10  centimes,  le  rédacteur  du  Courrier  de  Vaugelas  envoie,  en  France,  un  spécimen  du  Journal  de  Bucarest 
aux  personnes  qui  lui  en  font  la  demande. 

Sous  le  titre  de  Revue  anglo-française,  il  paraît  à  Brigthon  une  publication  mensuelle  dont  le  directeur,  le  Révérend 
César  Pascal,  se  charge  de  procurer  praxis  pour  I'Angleterre  ou  le  Continent  des  places  de  professeur  et  d'institutrice  à 
ceux  de  ses  abonnés  qui  se  trouvent  munis  des  recommandations  nécessaires. 

L'abonnement  est  de  10  fr.  pour  la  France,  et  il  se  prend  à  Paris  chez  MM.  Sandoz  et  Fischbacher,  libraires,  33,  rue 
de  Seine,  ou  à  la  librairie  Grassart,  2,  rue  de  la  Paix. 

III. 

Les  Professeurs  français  des  deux  sexes  peuvent  parvenir  à  se  procurer  des  places  en  Angleterre  par  l'intermé- 
diaire des  Agents  de  Londres  dont  les  noms  et  les  adresses  suivent  : 


M.  Bisson,  70,  Berners  Street,  W. 

M.  Biver  et  Cie,  ùG,  Régent  Circus,  W. 

M.  Clavequin,  125,  Régent  Street,  W. 

M.  Grifflihs,  22,  llenrietta  Street,  Covent  garden,W.  C. 


M.  Verstraete,  25,  Golden  Square,  W. 
Mme  Hopkins,  9,  New  Bond  Street,  W. 
Mme  Waghorn,  3/i,  Soho  Square. 
Mme  Wilson,  Z|2,  Berners  Street,  W. 


CONCOURS    LITTÉRAIRES. 


Appel  au.t  poêles. 


Le  treizième  Concours  poétique  ouvert  i  Bordeaux  le  15  août  sera  clos  le  1"  décembre  I87.'t.  — Dix  médailles  seront 
décernées.  —  Demander  le  programme,  qui  est  adressé  franco,  à  M.  Evariste  Carrance,  président  du  Comité,  92,  route 
d'Espagne,  à  liordeaiix  (Girondi').  —  .Affranchir. 

Le  réiiaclciir  du  Courrier  de  Vaiii/rlas  est  visililc  a  son  bureau  de  /;//(/(  à  iinr  heure  et  drmic. 
imprimerie  Gouverneur,  U.  Uaupeley  à  Nogent-le-Rotrou. 


5*  Année. 


N"    11. 


i."  Septembre  1874. 


QUESTIONS 
GRAMMATICALES 


LE 


QUESTIONS 
PHILOLOGIQUES 


ParaUaant   la    1"  et   le    IS    de   ebaane  moia 


PRIX  : 

Abonnement  pour  la  France.    G 
Idem        pour  l'Étranger   10 
Annonces,  la  ligne  .... 


f. 
f. 

50  c 


Rédacteur:  Eman  MARTIN 

ANCIEN     PROFESSEUR     SPÉCI.\L      POUR      LES      ÉTR.INGERS 

Officier  d'Académie 
26,  boulevard  des  Italiens,  Paris 


ON  S'ABONNE 

En  envoyant  un  mandat  sur  la  poste 
soit  au  Rédacteur,  soit  à  l'Adm' 
M.  FiscEBACHER,  33,  ruc  de  Seine. 


SO.MMAIRE. 

Origine  de  Querelle  d'Allemand;  —  Noms  des  habitants  des 
villes  de  France;  —  Prononciation  de  Vlilan:  —  S'il  faut  dire 
Vil  règalia  ou  Un  rcgalias.  ||  Lequel  \aut  le  mieux  de  Un  fruit- 
sec  ou  de  Vn  fruits-secs;  —  Élymnlogie  de  Salmigondis;  — 
Difl'érence  des  mots  Tili  et  T'oyoît.  ||  Passe-temps  grammatical. 
Il  Suite  de  la  biographie  de  Vaugelas.  \\  Ouvrages  de  gram- 
maire et  de  littérature.  ||  Renseignements  aux  professeurs  de 
français  qui  désirent  aller  à  l'étranger.  ||  Concours  littéraires. 


FRANCE 


Première  Question. 

Quelle  est,  s'il  vous  plaît,  l'origine  de  l'expression 
QUERELLE  d'Allemand,  qtte  des  bruits  récents  mettaient 
pour  ai7isi  dire  à  l'ordre  du  Jour? 

On  a  donné  plusieurs  étymologies  du  mot  allemand 
contenu  dans  cette  expression;  mais  comme  querelle 
d'Allemand  s'est  dit  autrefois  querelle  d'Allemagne, 
ainsi  que  le  montrent  ces  exemples  : 

11  rostoit  à  trouver  une  querelle  d'Allemagne  pour  cclorer 
ce  nouveau  changement. 

(D'Aubigné,  Hist.,  l,  p.  34l.) 

Mais,  estant  vers  Bourdeaux,  il  luy  trouva  quelque  qite- 
relle  d'Allemagne,  aucuns  disent  venant  de  luy,  autres  de 
la  Ueyne-more. 

(Brantôme,  éd.   iSjS,  t.  IV,  p.  446  ) 

Pensez-vous,  au  demeurant.  Sire,  que  si  quelques  princes 
sont  ennemys  de  l'empereur,  qu'il  n'ait  pas  dedans  les 
villes  de  la  Germanie  une  infinité  de  serviteurs  obligés, 
jurés,  gaignés  et  affectionnes  qui  seroient  bien  aises  de 
vous  dresser  une  querelle  d'Allemaigne. 

(Carloix,  t,  tV,  cli.  l8.) 

il  est  évident  qu'il  ne  peut  s'agir  ici  que  du  peuple 
allemand  lui-même,  et  que  l'origine  de  l'expression  en 
question  doit  être  celle  de  querelle  d'Allemagne. 

Or,  cetl«  dernière  expression  n'a  point  été  trouvée 
par  M.  Littré  dans  les  siècles  antérieurs  au  xvi%  et 
elle  a  été  em.pJoyée  par  Brantôme,  qui  écrivit  ses 
Mémoires  quelques  années  après  la  mort  de  Charles  IX, 
arrivée  en  ^574,  et  par  Carloix,  qui  rédigea  ceux  de 


Yieilleville  peu.de  temps  après  la  mort  de  ce  maréchal, 
arrivée  en  1571. 

D'où  je  conclus  que  querelle  d' Allemagne  a  dû  faire 
son  apparition  entre  1500  et  I5S9,  qui  vit  mourir  si 
tristement  Henri  III. 

Mais,  parmi  les  règnes  compris  entre  ces  deux  dates, 
il  n'y  a  que  celui  de  François  ¥'  où  la  France  ait  été 
pour  ainsi  dire  constamment  en  lutte  avec  toute  l'Alle- 
magne; il  est  donc  probable  que  c'est  sous  ce  règne 
que  l'expression  querelle  d'Allemagne  a  pris  naissance. 

Celte  conjecture  est,  du  reste,  confirmée  par  ce  qu'on 
trouve  dans  Gaillard  [Hisl.  de  François  I",  t.  I, 
p.  313)  au  chapitre  intitulé,  Maximes  féodales  de  l'Em- 
pire : 

Géographiquement,  l'Allemagne  était  bornée  au  nord 
par  le  Danemark,  et  les  autres  puissances  qui  s'éten- 
daient, soit  sur  la  mer  du  Nord,  soit  sur  la  mer  Bal- 
tique; à  l'est,  par  les  royaumes  de  Pologne  et  de  Hon- 
grie et  par  la  Turquie;  au  sud,  par  l'Italie;  au  couchant 
par  la  France  et  la  Suisse.  Mais  les  prétentions  de  l'Em- 
pire allaient  si  loin  au-delà  de  ces  limites,  qu'elles  sem- 
blaient devoir  soulever  contre  lui  tous  les  voisins. 

Les  publicistes  impériaux  avaient  inventé  une  jurispru- 
dence à  la  faveur  de  laquelle  l'Empire,  élevé  sur  des 
fondements  éternels,  n'avait  rien  à  redouter  des  révo- 
lutions les  plus  funestes;  et,  remontant  jusqu'au  temps 
de  Gharlemagne,  ils  prétendaient  que  si  les  empereurs 
d'Allemagne,  toujours  chefs,  jamais  maîtres  de  l'Em- 
pire, avaient  bien  pu  en  accroître  l'étendue  par  des  con- 
quêtes, ils  n'avaient  pu  aucunement  la  diminuer  par 
des  aliénations.  La  plupart  des  fiefs  ayant  passé  dans 
des  mains  étrangères,  par  vente,  donation,  échange 
ou  conquête,  leurs  possesseurs  ne  tenaient  point  leurs 
droits  de  l'Empire,  mais  de  leur  épée,  titre  violent  et 
injuste,  ou  les  avaient  reçus  de  vassaux  qui  n'avaient 
point  qualité  pour  les  transmettre.  En  un  mol,  les 
Allemands  étaient  une  nation  qui  so  croyait  assez 
favorisée  du  ciel  pour  que,  ])ar  laps  de  temps,  clic  pût 
toujours  acquérir  des  droits  sans  jamais  pouvoir  en 
perdre. 

D'après  cette  jurisprudence,  l'Allemagne  ne  voyoit  au- 


S2 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


tour  dVUe  que  des  usurpateur?;  elle  prètendoit,  mais  cela 
ètoit  très-contesté,  que  la  Pologne  avoit  été  un  fief  de  l'Em- 
pire... L'Allemagne  avoit  les  mêmes  prétentions  sur  la  Hon- 
grie, elle  alléguoit  l'inféodation  faite  par  l'empereur  Henri  II 
à  saint  Etienne,  roi  de  Hongrie,  au  commencement  du 
XI'  siècle,  et  la  suzeraineté  de  l'Empire  reconnue,  vers  le 
milieu  du  même  siècle,  par  les  rois  Pierre  et  André;  mais 
les  Hongrois  interprétoient  cette  inféodation  et  ces  recon- 
noissances.  L'Italie  presque  tout  entière  étoit  réclamée 
par  l'Empire,  soit  quant  au  domaine  suprême,  soit  quant 
au  domaine  utile.  En  France,  toutes  les  provinces  qui 
avoient  formé  autrefois  les  royaumes  de  Bourgogne  et 
d'Arles  étoient  autant  de  flefs  de  l'Empire,  puisque  ces 
royaumes  avoient  été  possédés  par  les  empereurs  depuis 
Henri  111  jusqu'à  Frédéric  II.  L'Allemagne  regardoit  le  Dane- 
marck  comme  un  de  ses  flefs,  prétention  trés-contestée 
parles  Danois;  elle  avoit  sans  doute  la  même  prétention 
sur  la  Suéde,  s'il  est  vrai,  comme  le  dit  Puffendorff,  que 
Maximilien  I"  ait  ordonné  aux  États  de  Suède  d'obéir  à  un 
arrêt  du  Sénat  de  Danemarck,  et  qu'il  les  ait  menacés,  sur 
leur  refus,  de  procéder  contre  eux  selon  les  lois  de  l'Em- 
pire. 

En  général,  tous  les  voisins  de  l'Allemagne  résis- 
taient à  ses  prétentions,  puis  l'intérêt  d'une  juste  dé- 
fense l'unissait  souvent  avec  la  Pologne,  la  Hongrie  et 
même  l'Italie,  contre  le  Turc,  leur  ennemi  commun; 
l'Empire  était  content  des  Suisses,  qui  ne  s'étaient  point 
encore  soustraits  à  son  domaine  suprême  ;  mais  il  voyait 
dans  la  France  son  plus  terrible  ennemi  comme  on 
peut  en  juger  par  cette  autre  citation  empruntée  au 
même  auteur  : 

La  France  étoit,  après  le  Turc,  la  puissance  la  plus  enne- 
mie de  l'Empire,  soit  parce  que  les  limites  de  ces  deux  États 
n'étoient  point  parfaitement  fixées,  soit  parce  que  Maxi- 
milien avoit  eu  l'adresse  de  mettre  sous  la  sauvegarde  de 
l'Empire  les  provinces  et  les  droits  litigieux  qu'il  tenoit  de 
la  succession  de  Bourgogne.  La  France  ètoit  plus  redou- 
table à  l'Empire  que  les  Turcs  mêmes. 

Or,  étant  connues  les  prétentions  de  l'Allemagne 
ainsi  que  ses  sentiments  de  haine  à  l'égard  de  la  France, 
pourrait-on  hésiter  à  croire  que  ce  sont  les  incessantes 
querelles  que  nous  suscita  cette  puissance  au  temps  de 
la  rivalité  entre  François  l"  et  Charles-Quint  qui  ont 
valu  à  notre  langue  l'expression  proverbiale  de  querelle 
d'Allrmarjne,  remplacée  un  siècle  plus  tard  par  querelle 
d'Allemand? 

Cette  dernière  expression  remonte  au  moins  à  l'année 
\  370  ;  car  on  trouve  ce  qui  suit  dans  le  Printemps  d'Y  ver, 
ouvrage  écrit  pendant  Jes  deux  années  qui  précédèrent 
la  Saint- Barthélémy  : 

Or,  la  façon  d'en  venir  à  bout  lui  sembloit  de  difficile 
invention  et  de  plus  fâcheuse  exécution;  car  d'assaillir  à 
force  d'armes,  sous  une  querelle  d'Mlcmand  et  forgée  à 
plaisir,  celui  qu'il  savoit  bien  être  adroit  et  stylé  à  l'escrime 
ne  lui  sembloit  pas  sûr. 

X 
Seconde  Question. 

Je  vous  serais  obligé  de  vouloir  bien  publier  la  liste 
des  noms  que  l'on  donne  aux  habitants  des  diverses 
villes  de  France,  car  on  est  souvent  embarrassé  pour 
trouver  lesdits  noms. 


Après  de  longues  recherches,  je  suis  parvenu  à  com- 


poser la  liste  suivante,  où  j'ai  rangé  les  noms  des  villes 
par  ordre  alphabétique,  et  présenté  en  italique  les  noms 
des  habitants  : 

A. 

Arles,  les  Artésiens;  Amiens,  les  Amiénois.  Abbeville,  les 
AbbeviUois;  Auch,  les  Anchois  ou  Auscitains;  Agen,  les  Age- 
nais  ou  Agenois;  Arras,  les  Arrageois;  Angers,  les  Angevins; 
Angoulême,  les  Angoumois;  Avignon,  les  Avignonnais; 
Auxonne,  les  Auxonnais:  Auxerre,  les  Auxerrois:  Avallon, 
les  Avallonnais ;  Autun,  les  Autunois;  Arbois,  les  Arbosiens; 
Alençon,  les  Alençonnais ;  Avranclies,  les  Avranchais;  Am- 
bert,  les  Ambertois;  Aurillac,  les  Aurillaquois;  Annonay,  les 
Annonéens;  Alby,  les  Albigeois;  Auray,  les  Alréens  ou  Alriens; 
Autun,  les  Autunois  ou  Autunais;  Aigues-JIortes,  les  Aiguës- 
Mortains. 

B. 

Brest,  les  Breslois;  Brignoles,  les  Brignolais;  Boulogne-sur- 
Mer,  les  Boulonnais;  Beauvaif,  les  Beauvaisiens  ou  Beau- 
vaisins;  Bagnères.  les  Baguerais:  Bordeaux,  les  Bordelais; 
Blaye,  les  Blayais;  Blois,  les  Blésois  ou  Biaisais;  Bar-sur- 
Aube,  les  Bar-sur- Aubois;  Briançon,  les  Driançonnois ;  Bar- 
le-Duc,  les  Barrais;  Beaune,  les  Beaunois;  Besançon,  les 
Bisontins;  Bayeux,  les  Bageusains;  Belfort,  les  Belfortains 
ou  Béfortins;  Béziers,  les  Biterrois  ou  Biterrais;  Beaucaire, 
les  Beaucairiens;  Brioude,  les  Brivadois. 
C. 

Le  Croisic,  les  Croisicais;  Clisson,  les  Clissonnais;  Calais, 
les  Calésiens  ou  Calaisiens ;  Condom,  les  Condomoi'i  ;  Cahors, 
les  Caliorsins  ou  Cadurciens;  Chartres,  les  Chartrains ;  Châ- 
teaudun,  les  Chdteauduaois;  CUàlons,  les  Clialonnais  ou  C/iâ- 
lonnois;  Cbaumont,  les  Chaumontois;  Ghàtillon,  les  Chdtit- 
lonnais;  Caen,  les  Cuennais  ou  Caennois;  Coutances,  les 
Coutunçais:  Clermont-Ferrand,  les  Clennontais;  Cette,  les 
Cellois;  Carcassonne,  les  Carcassonnais ;  Castres,  les  Castrais; 
Cherbourg,  les  Cherbourgeois ;  Courbevoie,  les  Courbecoisiens; 
Cambrai,  les  Cambrésiens  ou  Cambraisiens;  Colmar,  les  Col- 
mariens;  Coulommiers,  les  Columériens.  , 

D.  i 

Dinan,  les  Binannais;  Dol,  les  Dotais;   Draguignan,  les 
Braguignanais;  Digne,  les  Dignois;  Douai,  les  Douaisiens; 
Dunkerque,  les  Dunkerquois;  Dûle,  les  Bôlois;  Dieppe,  les 
Dieppois;  Die,  les  Diois;  Dijon,  les  Dijonnais. 
E. 

Embrun,  les  Embrunois;  Eu,  les  Eudois;  Evreux,  les 
Ebroiciens;  Elbeuf,  les  Elbeuviens;  Escideuil,  les  Excido- 
liens. 

F. 

Falaise,  les  Falaisiens. 

G. 

Guingamp,  les  Guingampois;  Guérande,  les  Gucrandais; 
Grasse,  les  Grassois;  Gien,  les  Giennois;  Grenoble,  les  Greno- 
blois ou  Grcnoblais;  Gap,  les  Gopcncois;  Gex,  les  Gexois;  Gray, 
les  Graglois;  Granville,  les  Granvillais. 
H,  I,  J. 

Honfleur,  les  Honfleurais;  Issoudun,  les  Issoudunois  ou 
Issoldunois;  Issoire,  les  Issoriens;  Josselin,  les  Josselinais. 
L. 

Loudéac,  les  Loude'aciens;  Lisieux,  les  Lexoviens;  Lannion, 
les  Lannionais;  Landerncau,  les  Landcrnicns  ou  Lander- 
nistes;  Loriént,  les  Lorientais;  Lyon,  les  Lgannais:  Laon,  les 
Laonnois  ou  Laonnais;  Lectoure,  les  Lectourois;  Langres, 
les  Langrois;  Lille,  les  Lillais;  Laval,  les  Lavallois;  Loudun, 
les  l.uudunois;  Lons-le-Saulnicr,  les  Lcdoniens:  Limoges, 
les  Limousins;  Le  Man?,  les  Manceaur  ou  Mansois:  La  Réole. 
les  Rvolais;  La  Rochelle,  les  Itochclais;  Les  Sables-d'Olonne, 
les  Sablais  ou  Olonnais;  La  Ferté-Bernard,  les  Ferlais. 
M. 

Morlaix,  les  Morlaisiens;  Montivillicrs,  les  Monliviltons; 
Marseille,  les  Marseillais;  Montrcuil- sur-Mer,  les  Monlreuit- 
lais;  Mirande,  les  Mirandais;  Montauban,  les  Montatbanais; 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


83 


Moissac,  les  Moissagtiais:  Meaux,  les  Meldois  ou  Meldiens: 
Maubeuge,  les  Mnllmdiens  ou  Haiibeugeois;  Mamers,  les 
Mamcrsiensou  Mumeitins:  Martigues,  les  Martcgallais ;  Metz, 
li'S  Mcssi>is:  Monlbard,  les  MoiMardois;  Màron,  les  Maçon- 
nais: Mulhouse,  les  MMiousiens:  Montpellier,  les  Montpeil- 
lii'rains  ou  Monspesfulam:  Mende,  les  Mendais;  Mantes,  les 
Maniais:  Melun,  les  Melunois:  Morlaix,  les  Morlaisiens; 
Montbrison,  les  Montbrisonnais ;  Monaco,  les  Monégasques 
ou  Monécasques. 

N. 
Nantes,  les  Aaniais  ou  i\anlois;  iNogent-le-Rotrou,  les 
yogenlais;  Niort,  les  Mariais;  Noirmoutiers,  les  lioirmou- 
tias:  Nancy,  les  yancêens  ou  Nancciens;  Nuits,  les  huilons; 
Narbonne,  les  yarbonnais:  yitnes,  les  .Vimojs;  Nice,  les  Mçois 
ou  .Mrards;  Nevers,  les  ISivernais. 

0. 
Ortiiez,  les  Orihcziens:  Orléans,  les  Orléanais. 

P. 
rioermel,  les  Ploermelais:  Pau,  les  Pauniens;  Provins,  les 
Provinois  ou   Piovenisiens;   Pont-à-Mousson,   les  Mussipon- 
lains:  Pontarlier,  les  Ponlissaliens ;  Vonl- \udemer,  \es  Ponf- 
Audemciois  ou  Pont-Àudomarécns:  Perpignan,  les  Peipignu- 
nais:  Privas,  les   Privadois;  Paris,   les  Parisiens;  Poix,  les 
Ponhiers  ou  Pohiers;  Pontivy,  les  Pontiviens. 
Q. 
Quimper,   les    Quimperois;    Quiberon,    les   Quiberonnais; 
Quillebœuf,  les  Quillebois;  Quimperlé,  les  Quimpertéens. 
R. 
Rennes,  les  Rennais;  Roscoff,  les  Rnscovites;  Roanne,  les 
Roannais:  Rotiez,  les  Ruiliènes;  Reims,  les  Rémois;  Rélbel, 
les  Rélhelois;  Rochefort,  les  Rochefortins;  Rouen,  les  Rouen- 
nais;  Riom,  les  Riomois;  Rambouillet,  les  Rambolitains. 
S. 
Senli?,  les  Senlisiens;  Soissons,  les  Soissonnais ;  Sarlat,  les 
Sarladais;  Sens,  les  Sénonais;  Sedan,  les  Sedanais  ou  Seda- 
nois;  Sablé,  les  Sablésiens  ;Sesré,  les  Segréens;  Saumur,  les 
Saumurais;  Sancerre,  les  Sancerrois;  Semur,  les  Semuriens : 
Salins,  les  Salinois;  Séez,  les  Sogiens  ou  Salens;  Sarrebriick, 
les  Sarreb.'uckois;  Strasbourg,  les  Sirasbourgeois;  Saint-Flour, 
les  Saint-Flouriens;  Saint-Brieuc,  les  Briochins;  Saint-Quen- 
tin, les  Quialinois  ou  Saint-Quenlinois:  Saint-Omer,  les  Audo- 
marois;  Saint-Malo,  les  Malouins;  Saint-L6,   les  Saint-Lois; 
Saint-Jean-de-Losne,  les  Losnois;  Saint-Germain,  les  Germi- 
nois;  Saint-Étienne,  les  Stéphanois. 
T. 
Tréguier,  les  Trécorois  ou   Trégorois;  Tours,  lès  Touran- 
geaux; Toulon,  les  Toulonnais ;  Tarbes,  les  Tarbais  ou  Tar- 
béens;  Troyes,  les  7"ro(/e)is,- Tourcoing,  les  Tourquenais;  Toul, 
les  Toulois;  Tbionville,  les    Thionvillois;  Tbiers,  les  Thier- 
nois;  Toulouse,  les  Toulousains;  Tarare,  les  Tararais. 

V. 
Vannes,  les  Vannetais;  Vendôme,  les  Vendômois;  Vitré, 
les  Vilréens;  Valenciennes,  les  Valenciennois;  Vienne,  les 
Viennois;  Valence,  les  Valencians  ou  Valenciens;  Verdun, 
les  Verdunois;  Vesoul,  les  Vesuliens;  Vire,  les  Virais  ou 
Virais;  Vaucluse,  les  Vauclusiens;  Vervins,  les  Veninois; 
Versailles,  les  Vcrsaillais. 

Je  sais  combien  celte  liste  est  incomplète  malgré  le 
temps  qu'elle  m'a  coûté;  aussi  je  prie  toutes  les  per- 
sonnes qui  liront  ce  numéro  de  vouloir  bien  m'envojer 
les  gentilés  de  leur  connaissance  que  je  pourrais  avoir 
oubliés  :  je  les  |)ublierai  sous  forme  de  communication 
aussitôt  que  j'en  aurai  reçu  un  certain  nombre. 

X 

Troisième  Question. 
Quelle  est,  selon  i-ous,  la  meilleure  manière  de  pro- 
noncer le  mot  i:nLA>?  Est-ce  d'aspirer  /'c,  c'est-à-dire 
de  s'abstenir  de  faire  la  liaison  et  l'clisio7i  devant  lui, 
ou  est-ce  de  ne pa^  l'aspirer? 


D'après  l'Académie,  r«  est  aspiré  dansnhlan,  et  celle 
opinion,  adoptée  par  nos  principaux  lexicographes, 
.MM.  Landais,  Bescherelle,  Poitevin  et  Litlré,  l'a  été 
naturellement  aussi  par  la  plupart  des  écrivains  : 

Quelques-uns  d'entre  eux  imaginèrent  d'entraîner  dans 
leur  cause  un  régiment  de  uhlans  dont  les  hommes  étaient 
de  la  province. 

(A.  Achard,  Sole  de  Xessus,  p.  i63.) 

Hier,  les  francs-tireurs  de  la  garde  nationale  aperçurent 
sur  la  rive  de  la  Seine,  au-dessous  de  Sèvres,  un  groupe 
de  uhlans  accompagnés  par  plusieurs  individus  habillés  en 
bourgeois. 

(  Le  Gaulois  du  ï6  septembre  1 870.  ) 

Ainsi,  c'est  une  grosse  faute  que  de  dire  ou  d'écrire, 
par  exemple,  comme  M.  Pihan,  l'auteur  du  Diclion- 
iiaire  ctymobKjique  des  mots  de  la  lan(juc  française 
dérivés  de  l'arabe,  elc.  : 

On  trouve  aujourd'hui  des  régiments  i'uhians  chez  cer- 
taines puissances  de  l'Europe,  telles  que  la  Russie,  la 
Prusse  et  l'Autriche. 

Mais,  en  reconnaissant  cette  aspiration,  qu'impose 
impérieusement  l'usage,  je  n'entends  point,  tant  s'en 
faut,  venir  excuser  ceux  qui,  ayant  voix  au  chapitre, 
n'ont  pas  su  mettre  ici  l'orthographe  mieux  d'accord 
avec  la  prononciation;  car,  puisque  nous  n'avons  pas 
d'w  initial  aspiré  dans  riotre  langue,  et  que  nous  pou- 
vons écrire  Iiulan  par  une  h  (tous  les  dictionnaires 
donnent  cette  forme  à  côté  de  uhlan),  pourquoi  ne. pas 
emplo\er  le  terme  portant  le  signe  naturel  de  l'aspira- 
tion? Plusieurs  auteurs  l'écrivent  déjà  de  celle  manière; 
ainsi  j'ai  trouvé  : 

La  France  eut,  en  1734,  des  hulans  qu'organisa  chez  nous 
le  maréchal  de  Saxe. 

(Chéruel,  Dict.  historique.] 

C'est  chez  les  Polonais  qu'on  trouve  la  première  mention 
de  hulans. 

(Dupiney,  DicL  franc,  illustré,) 

L'uniforme  des  premiers  hulans  consistait  en  une  culotte 
à  la  turque,  montant  au-dessus  des  hanches. 

[Victionn.  de  la  convers.') 

En  les  imitant,  on  détruirait,  sans  qu'il  fût  néces- 
saire de  rien  inventer,  une  anomalie  des  plus  singulières 
de  noire  langue.  Mais,  pour  cela,  il  faudrait  rompre 
avec  la  routine,  et  ce  Ijran-là  est  si  fort... 

X 
Quatrième  Question. 

Une  chose  qui  intéresse  les  fumeurs  désireux  de  bien 
parler  français  :  Faut-il  dire  un  uégalia,  vn  panetéla 

ou   un  RÉGALIAS,  ««  PARETÉLAS? 

J'ai  fait  voir  dans  le  numéro  précédent  que  la  langue 
française  avait  admis  plusieurs  noms  latins,  italiens  et 
espagnols  avec  la  forme  plurielle  qu'ils  ont  dans  leurs 
langues  respectives,  pour  signifier  le  singulier,  chez 
elle  :  un  errata,  un  lazzi,  un  mérinos,  elc. 

Or,  M.  Litlré  admettant  trabucos,  pluriel  de  l'espa- 
gnol trabuco,  pour  signifier  u»  cigare,  il  me  semble  que, 
par  analogie,  on  peut  admettre  de  morne  tous  les  autres 
noms  de  cigares  de  la  Havane  (où  l'on  parle  espagnoli 


84 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


pour  sigtiifier  le  singulier  en  français,  el  qu'en  consé- 
quence, on  peut  dire  : 

Un  panetelas  (pi.  de  panelela). 
Un  réfjalias  (pi.  de  regalia). 
Un  damas  (pi.  de  dama]. 


ÉTRANGER 

Première  Question. 

Doit-on  écrire  un  fruit-sec  pour  désigner  un  jeune 
homme  qui  sort  d'un  établissement  d'instruction  sans 
avoir  satisfait  aux  examens  desortie,  ou  «mfrciis-secs, 
avec  des  s  aux  deux  parties  cotnposantes? 

On  s'imagine  généralement  que  le  mot  fruit-sec  est 
une  métaphore,  et  qu'on  désigne  de  cette  façon  les 
élèves  dont  les  études  n'aboutissent  à  aucun  résultat, 
par  une  comparaison  avec  les  fruits  qui  se  dessèchent 
et  tombent  avant  de  parvenir  à  maturité.  Mais  il  n'en 
est  point  ainsi  :  le  terme  en  question  a  une  origine  anec- 
dotique  que  voici,  telle  que  la  raconte  Génin  (Récréât. 
philoL,  t.  II,  p.  8'i),  qui  la  tenait  d'un  ancien  élève  de 
l'Ecole  polytechnique,  «  contemporain  de  l'alïaire  »  et 
devenu  plus  tard  un  des  plus  illustres  membre  de  l'Aca- 
démie des  sciences  : 

Donc  il  y  avait  à  l'École  (il  s'agit  d'une  des  premières 
promotions)  un  élève  venu  d'une  province  du  Midi,  où  son 
père  faisait  un  grand  commerce  de  fruits  secs.  Ce  jeune 
homme,  dont  la  vocation  n'était  pas  du  côté  des  mathé- 
matiques, travaillait  peu  ou  ne  travaillait  pas  du  tout.  Et 
quand  ses  camarades  essayaient  de  le  stimuler  par  la 
crainte  de  manquer  ses  examens  et  de  perdre  sa  carrière, 
il  répondait  d'un  ton  insouciant  et  avec  son  accent  proven- 
çal :  «  Eh!  qu'est-ce  que  cela  me  fait?  Eh  hien  I  je  serai  dans 
les  fruits  secs,  comme  mon  père!  »  Ce  mot,  obstinément 
répété,  fit  fortune.  Le  jeune  homme  fut  effectivement 
dans  les  fruits  secs,  et  depuis  on  a  dit  par  allusion  et  par 
euphémisme  :  Un  tel  sera  dans  les  fruits  secs;  il  a  élé  fruits- 
secs;  c'est  un  fruits-secs  de  l'École  polytechnique. 

Or,  à  cause  de  cette  origine,  je  pense  qu'il  faut  écrire 
un  fruits-secs,  ce  qui  est  aussi  l'opinion  de  Génin,  lequel, 
une  page  plus  loin,  ajoute  à  ce  sujet  : 

Je  reviens  à  ce  que  je  disais  tout  à  l'heure,  qu'on  doit 
toujours  écrire  dans  cette  locution  fruits-secs  au  pluriel  : 
C'est  îui  fruits-secs,  parce  que  lidce,  abrégée  par  l'e.vpres- 
sion  est  :  c'est  un  élève  voué  au  commerce  des  fruits  secs. 
Le  substantif  qui  porte  le  singulier  est  caché  dans  l'ellipse, 
et  la  phrase  s'achève  régulièrement  au  pluriel. 

Du  reste,  rien  d'étonnant  dans  celte  orthographe; 
n'écrit-on  pas,  en  pluralisaiit  des  mots  qui  viennent 
après  un,  les  expressions  suivantes  :  un  cenl-Suisses, 
un  Quinze-Vingts,  etc.? 

M.  Littré  n'écrit  pas  de  la  même  manière;  il  laisse 
invariables  les  deux  parties  de  fruits-secs  dans  ces 
exemiiles,  qui  sont  de  lui  : 

Ce  maréchal  des  logis  d'artillerie  e.st  un  /ruil  sec  de 
l'École  polytorhiiique;  et  son  cousin,  sergent  d  infanterie, 
était  un  fruit  sec  do  Saint-Cyr. 


Ce  capitaine  au  long  cours  est  un  fruit  sec  de  l'École 
navale. 

Mais  je  ne  vois  pas  comment  on  pourrait  établir  que 
cette  orthographe,  qui  ne  peut  qu'induire  en  erreur  sur 
l'origine  de  fruits-secs,  vaut  mieux  que  celle  qui  met 
pour  ainsi  dire  sur  la  voie  de  ladite  origine. 

X 

Seconde  Question. 
Parmi  lesnoms  de  la  langue  française  qui  expriment 
une  réunion  hétérogène  d'objets,  il  y  en  a  un  qui  m'a 
toujours  semblé  singulier;  c'est  siLMicONDis.  Voudriez- 
vous  bien  m'en  expliquer  l'origine  et  aussi  le  véritable 
sens,  dans  un  de  vos  prochains  numéros? 

Les  Romains  appelaient  salgama  des  racines,  des 
herbes,  des  fruits,  etc.  qu'ils  gardaient  conservés  dans 
la  saumure,  ce  dont  nous  avons  une  preuve  par  salga- 
marius,  nom  de  celui  qui  vendait  de  ces  conserves  ou 
qui  en  faisait  : 

Deinde,  sicut  consueverunt  salgamarii,  decussatim  ferra- 
mento  lunato  incidito. 

(Coluœelle,  XII,  56.) 

(.\près  cela,  comme  ont  coutume  de  faire  les  confi- 
seurs, fendez-les  en  sautoir  avec  un  instrument  de  fer 
en  forme  de  croissant.) 

Libres  très  edidit,  quos  inscripsit  nominibus  Coci,  et  Ceta- 
rii  et  Salgamarii. 

(Idem,  XII,  46.) 

(Il  a  donné  trois  livres  qu'il  a  intitulés  le  Cuisinier, 
l'Apprêteur  de  poissons  et  le  Confiseur.) 

Or,  de  salgama  et  de  conditus,  assaisonné,  on  aurait 
fait  d'abord,  par  une  sorte  de  redondance,  salgama  con- 
f/i'/rt;  ensuite,  par  contraction  et  en  vertu  du  change- 
ment si  fréquent  de  c  en  g,  et  par  celui  non  moins  ordi- 
naire de  î'^w.';  en  i  (maritus,  mari,  infinilus,  inlini,  etc.), 
salmigondi;  et  enfin,  par  l'addition  d'une  s,  qui  ter- 
mine une  foule  de  mots  à  leur  finale  sonnant  i,  salmi- 
gondis. 

Voilà  pour  l'origine  du  mot  ;  voyons  maintenant  pour 
sa  signification. 

Le  Grand  d'Aussy,  après  avoir  dit  (p.  <42)  comment 
se  perdit  à  Paris  un  vieil  usage  qui  précéda  le  règne  de 
Louis  XI,  usage  qui  consistait,  chez  les  gens  du  peuple, 
à  souper  les  jours  de  grandes  fêtes  et  de  réjouissances 
publiques  à  leurs  portes  et  en  dehors  de  leurs  maisons, 
mais  que  les  guerres  civiles  et  les  malheurs  qui  en  furent 
la  suite  abolirent,  continue  en  ces  termes  : 

Cependant  il  s'en  forma  un  autre  qui  tenait  davantage  à 
la  sociabilité,  et  dont  il  est  parlé  dans  le  Itoman  bourgeois 
(p.  171).  Les  jours  de  fête  et  les  dimanches  plusieurs  mai- 
sons voisines  et  amies  se  réunissaient  pour  souper  en- 
semble. Chacune  apportait  feon  plat,  ou,  comme  on  parlait 
alors,  son  salmigondis. 

Le  plat  ainsi  nommé,  qui  consistait  probablement  en 
une  espèce  de  ragoût  de  différents  morceaux,  était  donc 
très-populaire  au  xvir'  siècle;  or,  quand  on  sentit  le 
besoin  d'un  mol  pour  signifier,  au  figuré,  un  certain 
nombre  de  divers  objets  jetés  pêle-mêle,  on  employa 
naturellement  salmigondis,  terme  qui  a  cessé  depuis  de 
se  dire  dans  le  sens  iiro]irc. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


85 


X 

Troisième  Question. 

Je  crois  que  beaucoup  de  personnes  confondent  les 
mots  TiTi  et  voïoc.  Sont-ils  synonymes? 

Non,  et  M  mon  avis,  voici  la  différence  qu'il  y  a  entre 
ces  deux  expressions  non  encore  bien  définies  du  lan- 
gage populaire  parisien  : 

Le  ///(,  c'est  le  gamin  de  Paris,  le  jeune  ouvrier  des 
faubourgs  : 

Mousqueton  est  le  iUi  par  excellence,  c'est  le  vrai  gamin 
de  Paris  avec  sa  gaieté,  sa  souplesse,  ses  bons  mots. 

{Alhoy,  dan3  Lorédan-Larchey.) 

Le  voyou,  c'est  l'enfant  du  peuple  malpropre  et  mal 
vêtu,  celui  qu'.\lfred  Delvau  a  qualifié  d'  «  hùpital 
ambulant  de  toutes  les  maladies  morales  de  l'huma- 
nité. » 

Le  premier  est  plutôt  espiègle  que  malfaisant;  le  se- 
cond est  fatalement  voué  au  vice. 


PASSE-TEMPS  GRAMMATICAL 


Corrections  du  numéro  précédent. 

1°  ...  on  l'a  laissée  échapper;  —  2°  ...  pour  aller  à  Enghieii  et 
pour  en  revenir;  —  3°  ...  se  sont  réservé;  —  4"  ne  laisse  pas 
d'élre  l'objet  (pas  de  que);  —  ...  5°  et  elles  se  sont  imaginé  qu'en 
nommant  ;  —  6°  ...  de  sa  grande  hardiesse  (Voir  Courrier  de  ^'au■ 
gelas,  4'  année,  p.  140);  —  7'  ...  il  n'y  a  plus  que  toi  qui  me 
répondes;  —  8°  Ce  qui  nous  étonne,  c'est  qu'il  ne  soit  nullement 
parlé;  — 9°  ^  qui  lit  ces  lettres  sans  chercher;  —  10'  ...  eussent 
lieu  conformément  à  la  loi... 


Phrases  à,  corriger 

trouvées  pour  la  plupart  dans  la  presse  périodique. 

1°  Les  éléments  conjurés  ont  continué  à  saper  par  la 
base  l'unique  raison  alléguée  par  le  jeune  marquis  quand 
il  a  demandé  campo. 

2°  Nous  avons  annoncé  qu'une  assemblée  générale  de  la 
Société  des  géomètres  de  France  a  eu  lieu  sous  la  prési- 
dence de  M.  Lefébure  de  Sucy. 

3-  Aussi,  et  tout  en  trouvant  que  la  dissolution  est  peut- 
être  le  seul  moyen  de  sortir  des  équivoques  présentes, 
nous  ne  laissons  pas  que  d'être  néanmoins  séduits  par  la 
perspective  des  six  mois  de  calme  que  nous  promet  l'ajour- 
nement. 

4°  Ils  se  plaignent  avec  raison  qu'on  leur  fait  jouer  un 
rôle  ridicule  en  leur  donnant  pour  mission  de  bloquer  la 
cOie  cantabrique  avec  des  navires  qui  ne  peuvent  se  mou- 
voir. 

5*  La  logique  était  en  pratique  chez  les  Grecs  et  les  La- 
tins, et  il  a  suffi  aux  écrivains  français  de  traduire  les  au- 
teurs anciens  pour  que  nous  soyions  initiés  à  la  logique. 

0'  Nous  croyons  que  toutes  les  crises  sociales  sont  des 
troubles  d'estomac.  L'homme  qui  a  bien  dîné,  il  est  joyeii.x, 
il  sourit,  son  œil  brille,  son  cerveau  apaisé  n'a  que  des 
pensées  charitables,  il  rayonne  d'indulgence. 

?•  La  France  est  un  pays  nerveux,  impressionnable, 
disent  les  étrangers.  Il  faut  qu'elle  le  soit  niouis  qu'on  le 
dit  pour  résister  si  longtemps  à  ce  régime  d'attente,  d'ajour- 
nements, de  provisoire,  de  déceptions. 


8'  C'était  la  mode,  à  Satory,  que  les  régiments,  en  défi- 
lant devant  le  président,  criaient  à  tue-tête  ;  Vive  l'Empe- 
reur! » 

9°  11  donne  l'origine  de  beaucoup  de  manières  de  parler. 
Il  est  précieux,  lorsqu'il  nous  dit  qu'il  fut  un  des  premiers 
qui  fît  des  vers  mesurés. 

10°  Parmi  ces  légendes,  il  y  en  a  deux  frappantes.  Toutes 
deux  sont  terribles  et  sombres,  et  quand  on  les  raconte  le 
soir  dans  les  ports  de  mer  de  Bretagne,  marins  et  pêcheurs 
font  de  grands  signes  de  croix. 

[Les  corrections  à  quinzaine.) 


FEUILLETON. 


BIOGRAPHIE    DES  GRAMMAIRIENS 

PREMIKRR   MOITIE   DU   XVIl"  SIECLE. 

VAUGELAS. 

(Suite., 

XV. 

Dans  ces  Remarques,  Vaugelas  ne  nomme  que  les 
morts  qu'on  loue;  quant  aux  vivants,  de  peur  de  leur 
attirer  de  l'envie  ou  de  passer  pour  llalteur,  il  se  con- 
tente de  les  désigner;  et,  quoique  ce  soit  d'une  façon 
qui  permette  de  les  reconnaître,  elle  sert  toujours  à 
soulager  leur  pudeur,  et  à  rendre  la  louange  moins  sus- 
pecte et  de  meilleure  grâce. 

11  traite  dilTéremment  les  auteurs  anciens  et  ceux 
de  son  temps,  se  conformant  en  cela  à  l'usage.  Par 
exemple,  il  dit  toujours  Amijot,  et  toujours  M.  Coè/fe- 
teau  et  M.  de  Malherbe,  quoique  Amyot  ait  été  évéque 
aussi  bien  que  M.  CoëlTeteau;  car,  puisque  tout  le 
monde  dit  et  écrit  Anujot,  et  que  l'on  parle  ainsi  de 
tous  ceux  qui  n'ont  pas  été  de  son  temps,  ce  serait 
parler  contre  l'usage  de  mettre  Monsieur  devant  leurs 
noms;  quant  à  ceux  que  nous  avons  vus  et  dont  la 
mémoire  est  encore  toute  fraîche  parmi  nous,  on  ne  les 
saurait  nommer  autrement,  ni  en  parlant  ni  en  écri- 
vant. 

Il  y  a  encore  beaucoup  de  choses  dont  Vaugelas  au- 
rait pu  «  enrichir  »  cette  préface,  et  il  n'eût  pas  oublié 
l'éloge  de  «  cette  illustre  Compagnie,  qui  doit  être 
comme  le  palladium  de  notre  langue,  pour  la  conser- 
ver dans  tous  ses  avantages  et  dans  ce  llorissant  état  où 
elle  est,  et  qui  doit  servir  comme  de  digue  contre  le 
torrent  du  mauvais  usage,  qui  gagne  toujours  si  l'on 
ne  s'y  oppose.  »  Mais  comme  toutes  ces  belles  matières 
veulent  être  traitées  «■  à  plein  fonds  "  et  avec  apparat, 
il  y  aurait  eu  de  quoi  faire  un  «  juste  »  volume,  plutôt 
qu'une  préface.  Aussi  il  ne  l'a  point  tenté. 

Les  Remarques  commencent  immédiatement;  je  vais 
m'arréler  aux  plus  intéressantes. 

PREMIER  VOLUME. 

Héros,  héroïne,  héroïque.  —  Dans  le  héros,  la  lettre 
h  est  aspirée  contre  la  règle  générale,  qui  veut  que  les 
mots  commençant  par  h  et  venant  du  latin  n'aspirent 
point  cette  lettre.  C'est  une  exception  qui  a  été  amenée 
par  la  confusion  faite  avec  le  héraut  par  ceux  qui  ne 


86 


LE  COUBRIER  DE  VAUGELAS 


savaient  pas  ce  qu'on  entendait  par  héros.  Ce  qui  con- 
firme bien  cette  conjecture,  c'est  que,  dans  héroine  et 
hérdique,  l'A  est  muette.  —  La  prononciation  irrégu- 
lière de  héros  a  encore  été  autorisée  par  le  pluriel  de  ce 
mot  qui,  sans  l'aspiration  de  17t,  aurait  fait  entendre 
les  zéros. 

Période.  —  Masculin,  quand  il  signifie  le  plus  haut 
point  ou  la  fin  de  quelque  chose;  mais  féminin,  quand 
il  veut  dire  une  partie  de  «  l'oraison  »  qui  a  un  sens 
complet. 

Ce  qu'il  vous  plaira.  —  C'est  ainsi  qu'il  faut  dire,  et 
non  :  Ce  qui  vous  plaira,  parce  qu'on  y  sous-entend 
des  paroles  que  l'on  supprime  par  élégance.  Dans  Je 
vous  rendrai  tous  les  honneurs  qu'il  vous  plaira,  on 
sous-entend  que  je  vous  rende. 

Propreté  et  non  Propriété.  —  La  netteté,  la  bien- 
séance ou  l'ornement,  en  ce  qui  concerne  les  habits,  les 
meubles,  voilà  ce  qui  s'appelle  propreté,  et  non  pas 
propriété  :  ce  dernier  est  venu  d'un  mot  \SiV\a  proprie- 
tas,  l'autre  est  un  mot  tout  français. 

Chypre.  —  Il  faut  dire  Visle  de  Chypre,  \d.poudre  de 
Chypre,  et  non  pas  \'isle  de  Cijpre,  Xa,  poudre  de  Cypre. 
L'usage  le  veut  ainsi,  et  M.  de  Montaigne  ne  dit  jamais 
autrement. 

Personne.  —  Deux  significations  et  deux  genres  diffé- 
rents. Il  signifie  l'homme  et  la  femme  tout  ensemble, 
comme  fait  homo  en  latin,  et,  en  ce  sens,  il  est  toujours 
féminin.  Mais  il  signifie  aussi  nemo,  le  nadie  des  Espa- 
gnols et  le  nessuno  des  Italiens,  et  ce  que  les  vieux  Gau- 
lois disaient  nulli.  En  ce  sens,  il  est  indéclinable  et  veut 
ses  qualificatifs  au  masculin  :  Personne  n'est  venu.  — 
Après  avoir  em\i\o\è  personne  au  féminin,  il  est  élégant 
de  le  représenter  par  un  pronom  masculin,  et  de  dire, 
par  exemple.  Des  personnes  qualifiées  ont  pris  la  peine 
de  me  témoigner  le  déplaisir  qu'ils  ont  eu... 

Si  on,  si  l'on.  —  11  n'y  a  pas  grand  mal  à  ne  pas 
employer  /'  euphonique  avant  on;  mais,  pour  une  plus 
grande  perfection,  Vaugelas  adopte  l'emploi  de  cette 
consonne. 

On,  l'on,  t-on.  —  Devant  le  verbe,  on  met  on  et  l'on; 
devant  et  après  le  verbe  on  met  on;  quant  à  l'on,  il  ne  se 
met  jamais  après  le  verbe  que  par  les  Bretons  et  quel- 
ques autres  provinciaux;  et  t-on  se  met  toujours  après 
le  verbe.  On  dit  et  l'on  dit  sont  bons;  mais  on  dit  est 
meilleur  en  tête  de  la  période.  —  Si  le  verbe  finit  par 
une  voyelle  devant  on,  il  faut  prononcer  un  t  entre  les 
deux  quand  même  il  ne  serait  pas  marqué.  —  11  faut  se 
garder  de  mettre,  comme  beaucoup  le  font,  une  apos- 
trophe après  ce  t  :  alla-l'on  est  une  grosse  faute. 

Recouvert,  recouvré.  —  Le  mot  recouvert  pour  recou- 
vré s'est  introduit  dans  la  langue  depuis  quelques  an- 
nées, contre  la  règle  et  contre  la  raison;  mais  il  n'en 
est  pas  moins  bon,  car  l'usage  est  le  roi  des  langues. 

Pour  que.  —  Ce  terme  est  fort  usité,  même  à  la  Cour, 
où  une  personne  d'une  très-éminente  condition  (le  car- 
dinal de  ilichcliini)  a  bien  aidé  à  le  mettre  en  vogue.  On 
s'en  sert  en  plusieurs  façons  qui  ne  valent  toutes  rien  : 
K"  on  l'cmjjloie  pour  (ijin  que;  2°  on  dit  :  //  est  trop 
honnête  pour  qu'il  me  refuse  cela,  au  lieu  de  :  pour  me 


refuser  cela  ;  Z°  on  s'en  sert  encore  d'une  façon  bien 
étrange,  comme  dans  :  Un  père  sera-t-il  déshonoré  pour 
que  ses  enfants  soient  vicieux  ?  Ma'\spour  que  étant  court 
et  commode,  il  finira  par  s'établir  tout-à-fait,  et  alors 
Vaugelas  s'en  servira  comme  les  autres. 

Hàir.  —  Les  uns  disent  :  je  huis,  tu  hais,  il  hait  en 
deux  syllabes;  d'autres  n'aspirent  pas  ïh  et  disent  : 
fha'is,  etc.  ;  d'autres  enfin  disent  :  nous  hayons,  vous 
hayez-,  ils  hayent.  Tout  cela  est  mauvais,  il  faut  s'ex- 
primer ainsi  :  Je  hais,  tu  hais,  il  hait,  nous  haïs- 
sons, etc. 

Promener. —  Il  faut  d'ive  pro7nener,  et  non  pas powr- 
mcner.  Ce  verbe  est  tantôt  actif  -.promener  un  enfant  ; 
tantôt  neutre  :  allons  promener,  il  est  allé  promener; 
et  tantôt  pronominal  :  je  me  promènerai. 

J2isque.  —  On  ne  doit  jamais  l'écrire  sans  s  à  la  fin 
quand  il  est  suivi  d'une  consonne  :  jusques-là  ;  su'iv'i 
d'une  voyelle,  on  le  peut  -.jusqu'aux  enfers,  jusqu'à 
Pâques.  —  Jusques  à  et  jusqu'à  sont  tous  deux  bons. 

Mais  mêmes.  —  II  se  dit  et  s'écrit  communément,  et 
tous  les  bons  auteurs  s'en  servent.  On  ne  doit  pas  se 
faire  scrupule  de  l'employer. 

Même,  Mêmes. —  Adverbes,  ces  deux  mots  sont  bons, 
et  avec  une  a'  et  sans  s;  mais  Vaugelas  voudrait  faire  _ 
une  distinction.  Quand  même  est  près  d'un  substantif  ■ 
singulier,  il  voudrait  mettre  mêmes,  avec  une  *•,  etpiès 
d'un  substantif  pluriel  il  voudrait  l'écrire  sans  *',  et 
cela,  pour  éviter  l'équivoque  et  pour  empêcher  que 
même  adverbe  ne  fût  pris  pour  même  pronom. 

Quasi.  —  Ce  mot  est  bas,  et  nos  meilleurs  écrivains 
ne  l'emploient  que  rarement.  Ils  disent  d'ordinaire 
presque,  bien  qu'en  certains  endroits  quasi  puisse  se 
dire  même  avec  quelque  grâce. 

Fronde.  —  Quoique  M.  Coëffeteau  et  après  lui  un  de 
nos  meilleurs  écrivains  «  dient  »  toujours  fonde  (du 
latin  fiinda],  il  faut  mettre  une  r,  et  dire  fronde. 

Soumission,  submission.  —  Au  palais,  on  dit  //  a  fait 
les  submissions  au  greffe;  mais,  depuis  vingt  ans,  on 
dit  soumission  dans  le  langage  ordinaire. 

De  la  sorte,  de  cette  sorte. —  On  ne  doit  mettre  de  la 
sorte  qu'après  une  chose  qui  vient  d'être  dite  ou  faite; 
de  cette  sorte  se  met  avant  ou  après. 

Epithète,  Equivoque,  Anagramme.  —  Ce  dernier  est 
toujours  du   t'émïn'm;  épithèle  est  à  volonté  masculin 
ou  féminin;  quelques-uns  font   encore  équivoque  du      ! 
masculin. 

Je  vais,  je  va.  —  Tous  ceux  qui  savent  écrire  et  qui 
ont  étudié  disent  je  vais;  mais  toute  la  Cour  ditje  va, 
et  ne  jicut  souffrir  jV  vais,  qui  passe  pour  un  mot  pro- 
vincial et  du  peuple  de  Paris. 

La.  —  Presque  toutes  les  femmes  de  Paris  et  de  la 
Cour  l'emploient  à  la  place  d'un  adjectif  féminin;  elles 
disent,  par  exemple,  quand  on  demande  h  l'une  d'elles 
si  elle  est  malade  :  Je  la  suis.  C'est  une  faute,  il  faut 
dire  :  Je  le  suis. 

{La  suite  au  prochain  numéro.) 


Le  Rkdactedu-Géuant  :  Emam  MARTIN. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


8T 


BIBLIOGRAPHIE 


OUVRAGES     DE     GRAMMAIRE     ET     DE     LITTERATURE 


Publications  de  la  quinzaine  : 


Le  Seigneur  de  Lanterne  ;  par  Alfred  Assolant.  In-18 
Jésus,  376  p.  Paris,  lib.  Dentu.  3  fr. 

Garibaldi  et  l'armée  des  Vosges.  Récit  officiel  de  la 
campasnc.  avec  documents  et  quatre  cartes  à  l'appui;  par 
le  général  Bordone,  chef  détat-major  de  l'armée  des 
Vosges.  W  édition.  In-8%  ix-617  p.  Paris,  lib.  Le  Chevalier. 
5  fr. 

Les  Secrets  d'une  sorcière;  par  la  comtesse  Dash. 
Nouvelle  édition.  T.  2.  In-18  Jésus.  310  p.  Paris,  lib.  Nou- 
velle, 1  fr.  25. 

Foyers  et  coulisses.  Histoire  anecdotique  de  tous  les 
théâtres  de  Paris.  Variétés.  Avec  photographies.  In-32, 
111  p.  Paris,  lib.  Tresse.  1  fr.  50. 

Philosophie  de  l'histoire  de  l'humanité;  par  J.-G. 
Herder.  Traduction  de  l'allemand  par  Emile  Tandel.  .Nou- 
velle édition.  T.  3.  In-8°,  399  p.  Paris,  lib.  internat.  6  fr. 

La  Famille  Alain;  par  Alphonse  Karr.  Nouvelle  édit. 
Gr.  in-18,  33i  p.  Paris,  lib.  Nouvelle.  1  fr.  25. 

Méthode  lexicologique.  Traité  complet  d'analyse 
et  de  synthèse  logiques  rédigé  sur  un  plan  entière- 
ment nouveau;  par  P.  Larousse.  9'  édition.  Livre  du 
Maître.  In-12,  vni-135  p.  Paris,  lib.  Auguste  Boj'er  et  Cie. 
2  francs. 

Le  docteur  Marat;  par  le  docteur  H.  Mettais.  In-18 
Jésus,  351  p.  Paris,  lib.  de  la  Société  des  gens  de  lettres. 
3fr. 

"Volupté;  par  Sainte-Beuve,  de  l'Académie  française. 
8'  édition,  revue  et  corrigée,  avec  un  appendice  contenant 
les  témoignages  et  jugements  contemporains. ^In-18jésus, 
420  p.  Paris,  lib.  Charpentier  et  Cie.  3  fr.  50. 


Les  Drames  du  cloitre;  par  Elle  Berthet.  ln-18  Jésus, 
302  p.  et  grav.  sur  acier.  Paris,  lib.  Sartorius.  3  fr. 

Œuvres  choisies  de  Chateaubriand,  avec  gravures. 
Les  Natchez.  2  vol.  gr.  in-18,  vin-512  p.  Paris,  lib.  Degorce- 
Cadot.  Chaque  vol..  1  fr.  25. 

Maître  Baniel  Rock;  par  Erckraann-Chatrian.  W  édit. 
In-18  Jésus.  3i0  p.  Paris,  lib.  Hetzel  et  Cie.  3  fr. 

La  Fontaine  aux  perles;  par  PaulFéval.  ln-18  Jésus, 
379  p.  Paris,  lib.  Dentu.  3  fr. 

Edouard  III  et  les  bourgeois  de  Calais,  ou  les 
Anglais  en  France.  Ouvrage  revu  par  .M.  Guizot  'I3i6- 
1558.)  5«  édition.  ln-18  Jésus,  96  p.  Paris,  lib.  Hachette. 
1  fr.  25. 

La  Rédemption  d'Olivia;  par  Henry  de  la  Madelène. 
ln-18  Jésus,  31x0  p.  Paris,  lib.  Nouvelle.  3  fr.  50. 

Le  mérite  des  femmes,  poëme;  par  Gabriel  Legouvé. 
Nouvelle  édition,  accompagnée  de  pensées  empruntées  à 
toutes  les  littératures,  recueillies  par  Jules  Andrieu.  3'  édit. 
In-32,  96  p.  Paris,  lib.  Taride.  50  cent. 

Desclée,  biographie  et  souvenirs  ;  par  Emile  de 
Molènes.  Orné  d'un  portrait  à  l'eau  forte.  ln-18  Jésus, 
214  p.  Paris,  lib.  Tresse.  3  fr.  50. 

Nouveau  dictionnaire  des  synonymes  français  ; 
par  A.-L.  Sardou.  Nouvelle  édition.  ln-18  Jésus,  vii-580  p. 
Paris,  lib.  Delagrave. 

Histoire  des  Romains  depuis  les  temps  les  plus 
reculés  jusqu'à  la  fin  du  régne  des  Antonins;  par 
Victor  Duruj',  membre  de  l'Institut.  T.  A.  In-8°,  489  p. 
Paris,  lib.  Hachette  et  Cie.  7  fr.  50. 


Publications  antérieures  : 


L'INTERMÉDIAIRE  DES  CHERCHEURS  ET  DES 
CURIEUX.  —  En  vente  à  la  librairie  Saiido:  et  Fiscltba- 
cher,  33,  rue  de  Seine,  à  Paris.  —  Prix  :  1™  année,  15  fr., 
2"=  année,  10  fr.;  3=  année,  12  fr.;  4°  année,  8  fr.;  5=  année, 
12  fr.  —  Chaque  année  se  vend  séparément.  —  Envoi 
franco  pour  la  France. 


ŒUVRES  DE  RABELAIS,  augmentées  de  plusieurs 
fragments  et  de  deux  chapitres  du  5'  livre,  etc.,  et  pré- 
cédées d'une  notice  historique  sur  la  vie  et  les  ouvrages 
de  Rabelais.  —  Nouvelle  édition,  revue  sur  les  meilleurs 
textes,  éctaircie  quant  à  l'orthographe  et  à  la  ponctuation, 
accompagnée  de  notes  succinctes  et  d'un  glossaire,  par 
Louis  Barré,  ancien  professeur  de  philosophie.  —  ln-18 
Jésus,  xxxv-612  p.  Paris,  lib.  Garnier  frères,  6,  rue  des 
Saints-Pères,  à  Paris. 


mière  fois  par  la  Société  des  Bibliophiles  français.  —  2  vol. 
—  A  Paris,  à  l'imprimerie  deCrapelet,  9,  rue  deVaugirard. 


LE  CYMBALUM  MUNDI,  précédé  des  Nouvelles  re- 
créations et  joyeux  devis  de  Bo.naventcre  des  Periebs.  — 
Nouvelle  édition,  revue  et  corrigée  sur  les  éditions  origi- 
nales avec  des  notes  et  une  notice.  —  Par  P.L.  Jacod, 
bibliophile.  —  Paris,  Adolphe  Dcl'ihays,  éditeur,  4-6,  rue 
Voltaire.  —  Prix;  in-i6  :  5  fr.  ;  in-80  :  2  fr.  50. 


LE  MÉXAGIER  DE  PARIS.  —  Traité  de  morale  et 
d'économie  domestique,  composé  vers  1393,  par  un  Bour- 
geois parisien  ;  contenant  des  préceptes  moraux,  quelques 
faits  historiques,  des  instructions  sur  l'art  de  diriger  une 
maison,  des  renseignements  sur  la  consommation  du  Roi, 
des  Princes  et  de  la  ville  de  Paris,  k  la  fin  duxiv'  siècle; 
un  traité  de  cuisine  fort  étendu  et  un  autre  non  moins 
complet  sur  la  chasse  à  l'épervier.  —  Publié  pour  la  pre- 


LES  ŒUVRES  DE  TAB  ARIN  avec  les  Adventures  du 
capitaine  Rodomont,  la  Farce  des  Bossus  et  autres  pièces 
tabariniques.  —  Nouvelle  édition.  —  Préface  et  notes  par 
Georges  d'Harmoxville.  —  Paris,  Adolphe  Delahays,  li- 
braire-éditeur, 4-6,  rue  Voltaire. 


LES  ANCIENS  POÈTES  DE  LA  FRANCE,  publiés 
sous  les  auspices  de  S.  Exe.  Monsieur  le  Ministre  de  l'Ins- 
truction publique  et  des  Cultes,  et  sous  la  direction  de 
M.  Guessard.  —  fieradras.  —  parise  la  duchesse.  —  Paris, 
chez  F.  Vietveg,  libraire-éditeur,  67,  rue  Richelieu.. 


CONFORMITÉ  DU  LANGAGE  FiU\NÇOIS  AVEC 
LE  GREC,  par  Henri  Estienne.—  Nouvelle  édition,  accom- 
pagnée de  notes  et  précédée  d'un  essai  sur  la  vie  et  les 


88  LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


ouvrages  de  cet  auteur.  —  Par  Léon  Feugère,  professeur 
de  rhétorique  au  lycée  Louis-le-Grand.— Paris,  chez  Jules 
Delalain,  imprimeur  de  l'Université  de  France,  rue  de 
Sorbonne  et  des  Mathurius. 

LA  VRAIE  HISTOIRE  DE  FRANCION,  composée  par 
CH.\nLEsSoREL,sieurdeSouvigny.  — Nouvelle  édition,  avec 
avant-propos  et  notes  par  Emile  Colombay.  —  Paris, 
Adolphe  Delahays,  éditeur,  Zi-6,  rue  Voltaire.  —  In-16  : 
5  fr.  ;  in-18  Jésus,  2  fr.  50. 

VOCABULAIRE    RAISONNÉ  ET    COMPARÉ   DU 


DIALECTE  ET  DU  P.\TOIS  DE  LA  PROVINCE  DE 
BOURGOGNE,  ou  Etude  de  l'histoire  et  des  mœurs  de 
cette  province  d'après  son  langage.  —  Par  Mignaed,  de 
l'Académie  de  Dijon.  —  Iii-S",  334  p.  —  Paris,  librairie 
Aubrij,  18,  rue  Séguier. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS  (première,  seconde, 
troisième  et  quatrième  année).  —  En  vente  au  bureau  du 
Courrier  de  Vaugelas,  26,  boulevard  des  Italiens.  —  Prix 
de  chaque  année,  broché,  6  fr.  —  Envoi  franco  pour  la 
France,  l'Algérie  et  l'Alsace-Lorraine. 


RENSEIGNEMENTS 
Pour  les  Français  qui  désirent  aller  professer  leur  langue  à  l'étranger. 


I. 

En  faisant  insérer  quelques  annonces  dans  le  Journal  de  Bucarest,  dirigé  par  M.  Ulysse  de  Marsillac,  on  peut  se 
procurer  des  places  de  professeur  et  d'institutrice  en  Roumanie. 

Les  annonces  pour  ce  journal,  qui  .sont  reçues  à  Paris  par  M.  Eugène  Grain,  9,  rue  Drouot,  coûtent  30  cent,  la  ligne. 

Moyennant  10  centimes,  le  rédacteur  du  Courrier  de  Vaugelas  envoie,  en  France,  un  spécimen  du  Journal  de  Bucarest 
aux  personnes  qui  lui  en  font  la  demande. 

Sous  le  titre  de  Revue  anglo- française,  il  paraît  à  Brigthon  une  publication  mensuelle  dont  le  directeur,  le  Révérend 
César  Pascal  se  charge  de  procurer  gratis,  pour  I'A^gletebre  ou  le  Continent,  des  places  de  professeur  et  d'institutrice  à 
ceux  de  ses  abonnés  qui  se  trouvent  munis  des  recommandations  nécessaires. 

L'abonnement  est  de  10  fr.  pour  la  France,  et  il  se  prend  à  Paris  chez  MM.  Sandoz  et  Flschbacher,  libraires,  33,  rue 
de  Seine,  ou  à  la  librairie  Grassart,  2,  rue  de  la  Paix. 

Les  Professeurs  français  des  deux  sexes  peuvent  parvenir  à  se  procurer  des  places  en  Angleterre  par  l'intermé- 
diaire des  Agents  de  Londres  dont  les  noms  et  les  adresses  suivent  : 

M.  Verstraete,  25,  Golden  Square,  W. 
Mme  Hopkins,  9,  New  Bond  Street,  W. 
Mme  Waghorn,  3à,  Soho  Square. 


M.  Bisson,  70,  Berners  Street,  "W. 

M.  Biveret  Cie,  !i6,  Régent  Circus,  W. 

M.  Clavequin,  125,  Régent  Street,  W. 

M.  Griffiths,  22,  Henrietta  Street,  Covent  garden.W.  G. 


Mme  Wilson,  A2,  Berners  Street,  W. 


CONCOURS    LITTERAIRES. 


Le  journal  Le  Tournoi  est  rédigé  au  concours  par  ses  abonnés  seulement. 

Les  articles  sont  soumis  à  l'examen  d'un  Comité  de  rédaction.  L'insertion  donne  droit  à  l'une  des  primes  suivantes  : 
ire  Prime  —  Cinq  exemplaires  du  numéro  du  journal  contenant  l'article  et  un  diplôme  confirmant  le  succès  du  lauréat  ; 
2«  Prime Quinze  exemplaires  de  l'article,  tiré  à  part  avec  titre  et  nom  de  l'auteur,  et  formant  une  brochure. 

Tout  abonné  douze  fois  lauréat  reçoit  une  médaille  en  bronze,  grand  module,  gravée  à  son  nom. 

Les  articles  non  publiés  sont  l'objet  d'un  compte-rendu  analytique. 

On  s'abonne  en  s'adressant  à  M.  Ernest  Leroux,  éditeur,  28,  rue  Bonaparte,  à  Paris. 

Appel  aux  Poètes. 


Le  prix  de  poésie  fondé  par  M.  le  docteur  Andrevetan,  avec  l'aide  de  la  ville  d'Annecy  (200  francs),  sera  décerné  par 
la  Société  Florimontane  en  juillet  1875. 

Los  auteurs  devront  déclarer  par  écrit  que  leurs  envois  .sont  inédits  et  n'ont  été  présentés  à  aucun  autre  concours. 

Tout  auteur  qui  se  ferait  connaître  serait  exclu  :  les  envois  porteront  une  épigraphe  qui  sera  répétée  à  l'extérieur 
d'un  billet  cacheté,  indiquant  le  nom  et  le  domicile  de  l'auteur. 

Sont  seuls  admis  à  concourir  :  1»  les  Français,  excepté  les  membres  effectifs  do  la  Société  Florimontane,  —  2"  les 
étrangers,  membres  effectifs  ou  correspondants  de  cette  Société. 

Les  manuscrits  devront  être  adressés  au  Secrétaire  de  la  Société  Florimontane,  avant  le  1"  juillet  1875.  Ils  resteront 
déposés  aux  archives  de  ladite  Société,  où  les  auteurs  pourront  en  prendre  connaissance. 

Le  sujet,  laissé  au  choix  des  concurrents,  ne  peut  être  traité  en  moins  de  cent  vers. 

Le  treizième  Concours  poéliqnc  ouvert  i  Bordeaux  le  15  août  sera  clos  le  1"  décembre  tS7/i.  —Dix  médailles  seront 
décernées.  —  Demander  le  programme,  qui  est  adressé  franco,  à  M.  Evariste  Caru  vnrk,  président  du  Comité,  92,  route 
d'Espagne,  à  Bordeaux  (Gironde").  —  Affranchir. 


Le  rcdaclcur  du  Cnunier  de  yiii>;/rhis  est  visible  à  son  Inireau  de  midi  à  une  heure  et  demie. 


Imprimerie  Gouverneur,  G.  Daupelev  à  Nogent-le-Rotrou. 


5'  Année. 


N»  12. 


15  Septembre  1874. 


QUESTIONS 
GRAMMATICALES 


LE 


QUESTIONS 
PHILOLOGIQUES 


Paraitiant   1«    1"  at   le    15    de   chaqae  mola 


PRIX  : 
Abonnpmcnl  pour  la  France.     6  f. 
Idem       pour  l'Élranger.  10  f. 
Annonces,  la  ligne .     .    .     .50  c. 


Rédacteur  :  Eman  MARTIN 

N'CIEN     mOFESSEin      SPÉCI.\L      POm      LES     ÉTR.4.SGERS 

Officier    d'Académie 
26,  boulevard  des  Italiens,  Paris 


ON   S'ABONNE 

En  envoyant  un  mandat  sur  la  poste 

soil  au  Rédacteur,  soit  à  lAdm' 

M.  FiscHBACHEK,  33,  Tuede  Seine. 


SOM.MAIRE. 

Communication  sur  Après  moi  le  déluge  ;  —  Signification  litté- 
rale de  Dés  le  potion  minet;  —  D'où  vient  Bâtonnier,  chef 
des  avocats  ;  —  Etymologie  de  Alénois.  \\  Signification  de 
Autant  pour  le  brodeur!  —  A  quoi  se  rapporte  Sec  dans 
l'expression  Boire  sec  ;  —  Impropriété  de  As  percé,  terme  de 
bouillotte.  Il  Passe-temps  grammatical.  1,  Suite  de  la  biogra- 
phie de  Vaugelas.  ||  Ouvrages  de  grammaire  et  de  littérature. 
Il  Renseignements  pour  les  professeurs  français  qui  désirent 
aller  à  l'étranger,   jj   Concours  littéraires. 


FRANCE 


COMMUNICATION. 

J'ai  reçu  dernièrement  la  iellre  suivante  : 
Monsieur, 

A  la  page  101  de  la  4'  année  du  Courrier  de  Vaugelas, 
vous  vous  exprimez  ainsi  au  sujet  de  l'origine  du  fameu.K 
Après  moi  le  déluge .' 

«  Un  jour,  vers  la  fin  de  son  règne,  où  il  avait  travaillé 
lui-même  et  en  connaissance  de  cause  à  la  désorganisation 
sociale,  Louis  XV,  sentant  les  vieux  ressorts  de  la  monar- 
chie craquer  sous  de  continuelles  secousses,  dit  à  Madame 
de  Pompadour  ; 

«  Au  reste,  les  choses  comme  elle  sont  dureront  autant 
«  que  moi.  Berry  ^le  Dauphin]  s'en  tirera  comme  il  pourra! 
«  Après  moi  le  déluge  !  t 

«  Ce  mot  fut  recueilli,  et  la  ruine  imminente  de  l'Etat 
valut  ainsi  (faible  compensation!)  une  expression  prover- 
biale de  plus  â  notre  langue.  » 

Eh  bien!  il  paraîtrait  que  le  mot  ne  serait  pas  de 
Louis  XV;  car  je  trouve  ce  passage  dans  la  Revue  OiOlio- 
graphique  publiée  par  Ernest  Leroux,  rendant  compte  du 
Keliquaire  de  M.  Q.  de  la  Tour,  peintre  du  roi  Louis  XV 
(N°  6,  p.  103)  : 

<i  Tout  est  curieux,  tout  est  à  lire  dans  ce  volume,  on  y 
trouve  une  note  de  Mlle  Fel  qui  cite  ce  mot  cynique  de 
Mme  de  Pompadour  :  «  Il  (la  Tour)  m'a  raconté  aussi  que, 
peignant  Mme  de  Pompadour,  le  roy,  après  l'affaire  de 
Rosbach,  arriva  tort  triste;  elle  luy  dit  :  Qu'il  ne  fallait 
point  qu'il  s'affligeât,  qu'il  tomberait  malade,  qu'au  reste, 
après  eux  le  déluge,  t 

Vous  demandez  des  critiques,  des  notes,  etc.  J'espère 
vous  être  agréable.  Monsieur,  en  vous  envoyant  ce  texte, 
qui  n'est  peut-être  pas  trop  à  dédaigner, 

[Un  lecteur  assidu.) 


Certainement  non,  il  n'est  pas  à  dédaigner  ce  texte 
qui  vient  si  inopinément  déposséder  Louis  XV  en  faveur 
de  Madame  de  Pompadour.  Aussi,  je  m'empresse  de  le 
publier  et  d'adresser  mes  sincères  remerciements  à  la 
personne  qui  me  le  communique. 

X 

Première  Question. 
Je  vous  serais  bien  reconnaissant  de  me  donner  dans 
un  de  vos  prochains  numéros  la  signification  littérale 
de  la  singulière  expression  dès  le  fotron  mtxet,  qu'en- 
registre l'Académie  avec  le  sens  de  dès  l.i  poi?<te  du 
jour.  Je  vous  remercie  d'avance  de  votre  réponse. 

Quand  Génin  traitait  cette  question  dans  l'Illustra- 
tion, un  correspondant  lui  écrivit  que,  dans  sa  province, 
on  exprimait  le  sens  de  se  lever  de  très-bonne  heure 
par  se  lever  dès  les  chats.  C'est  une  preuve  que  minet 
veut  dire  ici  chat,  ce  qui  se  confirme  du  reste  par  le 
mol  mine,  emplojé  dans  quelques  pays,  le  Perche  et  la 
Beauce,  par  exemple,  pour  désigner  la  femelle  de  l'ani- 
mal ainsi  appelé. 

Maintenant,  qu'est-ce  que  potron,  qui,  isolé,  ne  se 
trouve  dans  aucun  dictionnaire? 

De  prime  abord,  on  se  sent  porté  à  croire  que  c'est  le 
potron  qu'employaient  nos  ancêtres  pour  désigner  le 
petit  d'un  quadrupède  quelconque. 

En  effet,  ce  mot  s'adapte  facilement  à  la  locution 
dont  il  s'agit,  puisqu'il  lui  donne  pour  signification  : 
se  lever  dès  le  petit  chat,  et  que  le  chat  passe  pour  être 
Irès-matineux. 

D'un  autre  côté,  on  dit  aussi  dès  le  potron  Jacquet, 
comme  le  prouve  cet  exemple,  emprunté  à  Grandval  : 

Il  avançoit  pays  monté  sur  son  Criquet, 
Se  levoit  tous  les  jours  dès  le  potron  Jacquet. 

{Poème  de  Cartouche,  Vll,  p.  70.) 

Et  si,  dans  celte  variante,  où  Jacquet  désigne  un  écu- 
reuil (au  moyen  âge  les  animaux  avaient  reçu  comme 
on  sait  des  noms  propres  de  personnel,  on  remplace 
potron  par  petit,  on  obtient  encore  une  signification 
analogue,  l'écureuil  ayant,  comme  le  chat,  la  réputation 
de  se  réveiller  de  très-bonne  heure. 


90 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


Mais  voici  une  objection  qui  ne  permet  pas  d'ad- 
mettre plus  longtemps  un  tel  sens  pour  ^;o/;'o«  ; 

Pourquoi  donc  prendre  ici  pour  comparaison  le  petit 
du  chat  et  celui  de  l'écureuil?  Est-ce  que  les  petits  de 
ces  animaux,  qui,  naturellement,  n'ont  aucune  expé- 
rience, se  lèvent  plus  tôt  que  leurs  mères,  que  l'instinct 
pousse  à  les  pourvoir  de  nourriture?  Puis,  dans  la  va- 
riante de  ce  proverbe  donnée  par  le  correspondant  pro- 
vincial de  Génin,  il  n'est  question  que  de  cliats,  et  non 
àe petits  chats;  et,  enfin,  on  trouve  dans  Trévoux,  pour 
signifler  dès  la  première  lueur  du  jour  :  dès  que  les 
chais  sont  chaussés,  et  non  \es  petits  chats. 

Il  y  a  là-dessous  «  quelque  machine  »,  pour  parler 
comme  le  rat  de  La  Fontaine;  et  il  îàat  kpotron  une 
autre  élymologie  que  celle  qui  en  fait  une  espèce  de 
diminutif. 

On  n'a  pas  dit  toujours  ni  partout /Jo/?-o«  dans  l'ex- 
pression qui  nous  occupe.  Ainsi,  le  bourguignon  em- 
ploie po//o«;  nos  auteurs  du  xv!!**  siècle  écrivaient ^ûj- 
tron,  comme  le  montrent  ces  exemples  : 
Il  s'est  levé  dès  le  poltron  Jacquet. 

(OuJin,  Curios.  franc. ^  p.  i35.) 

La  dame  du  Potiron  Jacquet  l'est  encore  moins  [ingrate]. 

(Sérigné,  j^l.) 

Le  comte  Jaubert  [Gloss.  du  centre  de  la  France)  nous 
apprend  qu'en  Berry  on  dit  jja^row;  d'après  ce  que  je 
trouve  dans  Duméril  [Dict.  du  pat.  norm.],  on  dit  ^e- 
tron  dans  presque  toute  la  Basse-i\ormandie,  et  je  lis 
dans  le  dictionnaire  de  Littré  que  quelques  personnes 
disent  :  dès  le  paître  au  minet. 

Cette  dernière  leçon  me  suggère  l'idée  que  patron 
pourrait  bien  être  mis  pour  paître  au,  et  les  consi- 
dérations suivantes  me  font  croire  qu'en  effet,  c'est  une 
réalité  : 

•|o  Jadis  les  infinitifs  s'employaient  comme  substan- 
tifs, et  la  présence  de  paître  après  dès  ne  déroge  point 
à  la  construction  requise  pour  ce  dernier. 

2°  Pendant  fort  longtemps,  le  rapport  de  possession, 
que  nous  marquons  actuellement  par  de,  se  marqua  par 
à;  on  disait  le  fils  à  un  tel,  emploi  qui  s'est  conservé 
dans  la  bête  au  bon  Dieu. 

3"  Le  son  ai  de  paître  correspond  à  oi,  car  en  bour- 
guignon on  dit  puître  pour  paître,  et  oi  a  pu  devenir 
0,  puisque  dans  oignon,  moignon,  etc.,  nous  pronon- 
çons sans  faire  sentir  1'/. 

4°  Enfin  on  s'est  dit  souvent  pour  ou,  et  ce  dernier 
se  rencontre  quelquefois  pour  aw,  ce  dont  voici  quelques 
exemples  : 

Advis  m'estoit  à  ceste  fois, 
Bien  y  a  cinq  ans  et  cinq  mois, 
Qu'où  joli  moi.s  de  May  songeoie 
Ou  ti.m|is  amourpux  plein  de  joie 
Que  touic  ctiose  si  osgaye. 

(Rom.  de  ta  Rose,  dan»  Roquefort.) 

L'ahsoluclon  vous  drpars 

Ou  nom  d'Amours  le  Dieu  vaillant 

El  par  ainsi  de  vous  me  pars. 

[Confeti.  de  la  Belle-Fille,  dans  Roquefort.) 

Or,  quand  on  sait  que  minet  veut  dire  chat,  et  que 


patron  est  la  corruption  du  verbe  ^;f»7;e,  pris  substan- 
tivement, et  de  l'article  composé  au,  on  tient  naturelle- 
ment pour  démontré,  et  de  la  manière  la  plus  évidente, 
que  dès  le  patron  minet  signifie  littéralement  :  dès  le 
moment  où,  le  chat  va  paître. 

Dans  le  Journal  des  Débats  du  26  juin  1863,  Jules 
Janin,  rendant  compte  du  drame  de  Mandrin,  qu'on 
venait  de  reprendre  au  Cbàtelet,  avait  dit,  en  emprun- 
tant du  reste  son  expression  à  la  pièce  elle-même 
(acte  IV,  8=  tabl.,sc.  I)  : 

Le  meunipr  se  lèvera  demain  dès  le  patron  minette. 

11  s'est  trouvé  quelqu'un  parmi  les  correspondants  de  , 
l'Intermédiaire  qui  l'en  a  repris,  et  qui  voudrait  que  I 
l'on  dit  :  patron  minette. 

Je  crois  que  ce  correspondant  a  doublement  tort  ; 
d'abord,  en  voulant  qu'on  écrive  minette,  quand  il  faut 
minet  (dans  les  autres  formes  de  l'expression  on  ne 
voit  que  Jacquet  et  non  son  féminin  Jacqueline),  et 
ensuite,  parce  que,  malgré  l'orthographe  |)o^row,  qu'on 
rencontre  assez  généralement,  patron  est  préférable 
comme  se  rapprochant  plus  de  paître,  avec  son  a,  que 
ne  le  fait  potron,  avec  son  o. 

X 

Seconde  Question. 
Pourquoi  le  chef  que  les  avocats  se  donnent  tous  les 

ans  s'appelle-t-il  batonkier,  au  lieu  de  porter  le  titre 
de  PRÉSIDENT,  employé  (jènéraleinent  pour  désigner  le 
chef  dans  toutes  les  sociétés? 


L'usage  du  bâton  comme  symbole  de  puissance  ou 
de  dignité  remonte  à  l'antiquité  la  plus  haute.  Dans  les 
siècles  les  plus  reculés,  non-seulement  les  princes,  mais 
encore  les  personnes  considérables  telles  que  les  pères 
de  famille,  les  juges,  les  chefs  d'armée,  etc.,  portaient 
pour  marque  de  distinction  un  bâton.  Cet  usage,  très- 
expressément  marqué  dans  l'Écriture  sainte,  était  établi 
chez  tous  les  anciens  peuples.  Égyptiens,  Babj Io- 
niens, etc.,  et  s'y  est  perpétué  fort  longtemps.  Homère 
ne  parle  ni  de  couronnes,  ni  de  diadèmes;  mais  il  n'ou- 
blie pas  le  bâton  de  distinction.  Les  principaux  magis- 
trats romains  portaient  de  ces  bâtons.  Les  monarques 
français  tenaient  autrefois  le  sceptre  d'une  main  et  le 
bâton  de  l'autre.  Les  évéques  et  les  abbés  prirent  aussi 
cette  marque  de  dignité,  et,  en  Angleterre,  l'état-major 
de  la  milice  s'appelle  staff-corps,  c'est-à-dire  corps  à 
bâton,  en  prenant  ce  dernier  dans  l'acception  de  signe 
de  commandement. 

Or,  le  nom  de  bâtonnier  n'aurait-il  pas  été  donné 
chez  nous,  dans  l'origine,  à  celui  auquel  on  déférait  un 
pouvoir  temporaire,  et  qui,  en  conséquence,  portait  un 
bâton,  insigne  de  ce  pouvoir? 

Au  comté  de  Bourgogne,  comme  l'atteste  P.  Helyot 
(tome  VIII,  ch.  50),  les  chevaliers  de  l'ordre  de  saint 
Georges  donnèrent  le  nom  de  bâtonnier  à  leur  chef, 
litre  qui  fut  changé  depuis  en  celui  de  gourerneur  ;  et, 
d'après  Trévoux,  quelques  auteurs  l'ont  donné  de  même 
à  de  simples  sergents  ou  bedeaux. 

Mais,  malgré  ces  faits,  ce  n'est  pas  de  bâton,  symbole 


LE  COURRIER  DE  YAUGELAS 


9i 


de  puissance  ou  de  commandement,  que  vient  &rf^o»?»'er, 
appliqué  au  chef  annuel  de  Tordre  des  avocats;  c'est  de 
blUon  signifiant  la  hampe  d'une  bannière  comme  on  en 
porte  dans  les  fêles  religieuses.  Il  me  suffira,  pour  le 
prouver,  de  citer  Fournel  [Ilisl.  des  avocats  au par- 
/c»i.),qui  s'exprime  en  ces  termes  (t.  II,  p.  380)  : 

Ce  fut  dans  cette  période  [de  1550  à  ICOO!  et  vers  son 
commencement,  que  le  nom  de  bâtonnier  fut  particulière- 
ment affecté  au  chef  de  l'ordre  des  avocats  du  parlement 
de  Paris. 

Jusque-là,  ce  titre  n'étoit  qu'accessoire  à  celui  de  do'jen, 
à  cause  de  la  garde  qui  lui  ctoit  confiée  de  la  bannière  ou 
bâton  de  saint  Nicolas. 

En  effet,  il  faut  se  rappeler  que  la  communauté  des  pro- 
cureurs etl'ordre  des  avocats s'étoient  réunis  dans  la  con- 
frérie de  saint  Nicolas,  et  que  la  bannière  ou  bûton  se  por- 
toit,  par  honneur,  chez  le  chef  des  avocats,  qui  en  prenoit 
le  titre  de  bâtonnier. 

Après  la  dissolution  de  la  confrérie  [1782]  le  nom  de  t)â- 
tonnier  lui  resta,  et  ce  ne  fut  que  sous  ce  nom  qu'il  fut 
désigné  dans  le  public,  dans  les  tribunau.x,  et  dans  les  arrêts 
et  règlements  relatifs  à  la  profession  d'avocat. 

Et  voilà  pourquoi  l'avocat  élu  annuellement  par  ses 
confrères  pour  dresser  le  tableau,  présider  le  conseil  et 
représenter  l'ordre  entier,  porte  le  nom  de  bâtonnier 
au  lieu  de  celui  de  président,  qui  est  d'un  emploi  beau- 
coup plus  général. 

Etablie  par  les  clercs  du  Palais  et  confirmée  par 
lettres  de  Philippe-le-Bel  datées  d'avril  1342,  la  con- 
frérie de  saint  Nicolas,  qui  réunissait,  comme  on  l'a  vu 
plus  haut,  la  communauté  des  procureurs  et  Tordre  des 
avocats,  employait  le  terme  bâtonnier;  cette  dénomina- 
tion subsiste  encore  de  nos  jours  dans  le  même  sens  : 
elle  a,  par  conséquent,  l'âge  respectable  de  cinq  cent 
Irenle-deux  ans. 

X 
Troisième  Question. 

Selo7i  Ménage,  il  est  difficile  de  dire  pourquoi  le 
CKESSOX  ALÉNOis  «  été  appelé  ainsi;  et  le  dictionnaire 
français-anglais  de  Fleming  et  Tibbins  insinue  que  le 
mot  ALÉNOis,  einploijé  dans  cette  seule  expression,  vient 
dtt  mot  ALÊNE.  Etrs-vous  de  ce  dernier  avis,  et,  dans  le 
cas  contraire,  quelle  étijmologie  proposeriez-vous  pour 
le  mot  en  question  ? 

On  a  toujours  distingué  deux  sortes  de  cresson,  le 
cresson  alénois  et  le  cresson  d'eau  ou  de  fontaine  : 

Le  cresson  Alénois  et  le  cresson  d'eau  ne  sont  point  du 
tout  du  même  genre,  quoiqu'ils  aient  tous  les  deux  leurs 
fleurs  en  croix. 

(Dictionn.  de  Trévoux.) 

Maintenant,  en  quoi  diffèrent  ces  deux  herbes? 

Le  dictionnaire  de  Furetière  dit  que  les  feuilles  du 
cresson  alénois  ou  cresson  des  jardins  sont  oblongues, 
découpées  profondément,  et  je  lis  dans  celui  de  Trévoux: 

La  seule  différence  qu'on  établisse  entre  ces  deux 
plantes  ne  se  tire  que  des  feuilles  qui  sont  entières  dans 
le  Thiaspi. 

Il  n'y  a  donc  pas  lieu  de  croire  que  ce  soit  le  mot 
exprimant  la  forme  des  feuilles  qui  a  servi  à  faire 
l'adjectif  n/c-nois;  car,  d'un   côté,   le  cresson   alénois 


n'est  point  signalé  comme  ayant  des  feuilles  terminées 
en  forme  d'alêne,  et,  de  l'autre,  parmi  les  nombreux 
adjectifs  en  ois  que  compte  notre  langue,  je  n'en  vois 
pas  un  seul  qui  rappelle  le  nom  d'un  instrument  quel- 
conque. 

Mais  alors  d'où  vient  alénois  ? 

En  cherchant  les  gentilés  de  France,  pour  répondre 
à  une  question  que  devait  renfermer  le  numéro  précé- 
dent, j'ai  trouvé,  dans  le  Dictionnaire  analogique 
de  Boissière,  que,  jadis,  TadjecLifqui  correspondait  à 
Orléans  était  olenois,  olénois.  Or,  comme  on  a  des 
exemples  de  o  changé  en  a  [domina,  dame;  locusta, 
langouste,  etc.l,  j'en  conclus  que  alénois  n'est  autre 
que  olenois,  et  veut  dire  par  conséquent  qui  est  d'Or- 
léans. 

Du  reste,  je  puis,  grâce  à  une  note  qui  m'a  été 
adressée  le  20  avril  dernier,  vous  fournir  un  texte  du 
xii«  siècle,  où  le  cresson  en  question  est  appelé  cresson 
orlcnois,  avec  une  majuscule  ^comme  dans  la  première 
phrase  de  Trévoux  citée  en  commençant;,  ce  qui  dé- 
montre, doublement  en  quelque  sorte,  que  alénois  signi- 
fie bien  d'Orléans.  Voici  ce  texte,  emprunté  aux  Crie- 
ries  de  Paris  par  Guillaume  de  La  Villeneuve,  tel  qu'il 
se  trouve  dans  Barbazan,  t.  II,  p.  278,  édit.  Méon  : 

Letues  fresches  demanois 
Vez  ci  bon  cresson  Orlenois. 

L'ancien  adjectif  était  orlenois;  par  suppression  de 
l'r,  pratique  excessivement  commune  au  moyen  âge,  on 
a  fait  olenois  :  et,  par  le  changement  de  o  en  a,  alénois, 
dans  lequel  MM.  Fleming  et  Tibbins  ont  cru  voir,  mais 
à  tort,  une  allusion  au  principal  outil  du  cordonnier. 

A  la  même  page  de  Barbazan,  se  lit  une  note  qui 
apprend  que  ce  a  bon  cresson  d'Orléans  »  s'appelle 
aujourd'hui  [ISOS]  cresson  Laonois.  Depuis  lors,  on  a 
fait  cresson  à  la  noix,  usité  parmi  les  gens  de  la  Halle, 
et  aussi,  parait-il,  dans  certains  traités  de  cuisine. 

^"est-ce  pas  un  exemple  frappant  des  bévues  que  peut 
faire  commettre  l'ignurance  des  origines  en  fait  de 
langue,  el  qui  constate  une  fois  de  plus  l'utilité  très- 
réelle  de  la  recherche  des  élymologies? 


ÉTRANGER 


Première  Question. 
Quelle  est  la  véritable  signification  de  Vcxpression 
AUTAXT  rocR  LE  BRODEUR,  qui  s'cmpluie  comme  une  espèce 
d'exclamation  pour  marquer  le  peu  de  confiance  qu'on 
a  dans  ce  que  vient  de  nous  dire  quelqu'un? 

On  peut  donner  deux  explications  de  cette  expression 
proverbiale. 

Voici  la  première  :  le  brodeur  est  celui  qui  brode;  et 
broder,  au  figuré,  signifie  amplifier,  embellir  : 

Cette  princesse  vous  écrit  de  sa  belle  écriture,  elle  m'a 
montré  la  belle  morale  qu'elle  vous  a  brodée. 

(Së>igné.  443.) 


92 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


Ne  se  permettre  aucune  fiction,  ne  broder  aucune  cir- 
constance. 

(J.-J.  Rousseau,  dans  Littré.^ 

D'où  :  j'en  ai  autant  au  service  de  l'ampliOeur,  de 
l'embellisseur,  pour  sens  de  l'expression  elliptique  que 
vous  me  proposez. 

Voici  la  seconde  :  nolro  ancienne  langue  avait  le 
verbe  bourder  signifiant  dire  des  bourdes  (mensonges, 
mauvaises  excuses,  défaites),  et  ce  verbe  avait  donné 
bourdeur,  qui  se  trouve  dans  ces  exemples  : 

Adonc  prit  la  parole  le  duc  de  Bretagne  et  dit  :  Entre 
vous,  bourdeurs  et  langayeurs,  vous  mettez  le  royaume  en 
vostre  volonté,  et  jouez  du  roi  à  vostre  entente. 

(Froissard,  II,  II,  i45.) 

Jehan  de  la  Fontaine  dist  publiquement  à  baulte  voix 
que  il  y  avoit  aucuns  Bourdeurs  et  Bourderesses  en  la  ville, 
qui  avoient  bourde  et  rapporte  aux  gens  d'armes,  etc. 

(Du  Cange,  Burdare.) 

Or,  bourdeur,  par  transposition  de  lettres  et  par  mu- 
talion  de  ou  en  o,  a  pu  devenir  brodeur  (comme  pour- 
mener,  fonrmenf,  founnage,  sont  devenus  promener, 
froment,  fromage]  ;  d'où  il  suit  que  Autant  pour  le 
brodeur  signifierait  littéralement  :  autant  pour  le 
diseur  de  bourdes. 

Reste  à  savoir  maintenant  laquelle  de  ces  deux  expli- 
cations est  la  bonne. 

Je  crois  que  c'est  la  seconde,  et  pour  les  raisons  que 
je  vais  vous  alléguer  : 

h"  Comme  je  viens  de  le  montrer,  broder  a  été  em- 
ployé au  figuré  pour  signifier  amplifier,  embellir;  mais 
je  n'ai  vu  nulle  part  que  brodeur  l'eût  été  pour  corres- 
pondre à  ce  sens. 

2°  Dans  les  Recherches  de  Pasquier  (liv.  VIII,  p.  733), 
on  trouve  cette  phrase,  qui  donne  brodeur  comme  dé- 
rivé de  bourde  : 

Aussi  le  Brodeur  que  nous  adaptons  à  un  insigne  men- 
teur, quand  un  homme  nous  ayant  payé  d'une  bourde,  nous 
en  souhaitons  autant  pour  le  Brodeur  est  dit  par  corruption 
de  langage  au  lieu  de  Bourdeur. 

3°  Je  lis  ce  qui  suit  dans  les  Apres-disnées  de  Cho- 
lières  (folio  22,  verso)  : 

Et  après  vous  direz  que  le  dormir  d'après  disner  est 
contre-naturel.  Baye,  et  autant  pour  le  brodeur  aut  [ou]  bour- 
deur. 

Cela  ne  semble-t-il  pas  donner  à  entendre  que  bro- 
deur avait  pour  équivalent  bourdeur,  ou  plutôt  qu'il 
n'en  était  que  la  transformation? 

On  trouve  dans  Cotgrave  que  l'expression  dont  il 
s'agit,  s'est  dite  aussi  Autant  pour  le  burdeur,  mol  qui, 
d'après  cet  auteur,  fait  allusion  à  bourdeur,  menteur; 
Du  Cange  fournil  également  un  exemple  de  bordcur 
dans  le  même  sens  : 

En  cetuy  saint  disner  soit  bien  gardé,  que  hiraux  et  Bar- 
deurs  h6  fassent  leur  offices. 

Selon  toute  probabilité,  le  dernier  terme  de  ladite 
expression  a  donc  été  d'abord  bourdeur,  puis  bordeur 
et  enfin  brodeur. 

X 

Seconde  Question. 
Quel  est  le  véritable  sens  de  l'expression  doire  sec? 


Cela  veut-il  dire  boire  de  façon  à  mettre  à  sec  le  vase 
dans  lequel  on  boit,  ou  bien  ne  pas  mettre  d'eau  da7is 
son  vin  ? 

Nos  lexicographes  sont  bien  peu  d'accord  à  ce  sujet. 
Selon  l'Académie,  Beseherelle  et  Littré,  boire  sec  a  deux 
significations;  la  première,  bien  boire,  boire  beaucoup, 
boire  excessivement;  et  la  seconde,  boire  sans  eau. 
D'après  Landais,  cette  expression  veut  dire  les  deux 
choses  à  la  fois,  boire  beaucoup  et  sans  eau.  Enfin,  pour 
Poitevin,  elle  n'en  signifie  qu'une,  boire  sans  eau. 

Laquelle  de  ces  opinions  est  la  vraie? 

A  mon  avis,  c'est  la  dernière^  et  j'en  fournis  les 
preuves  suivantes  : 

1°  Attendu  que  dans  les  expressions  boire  frais,  boire 
chaud,  l'adjectif  se  rapporte  évidemment  au  liquide, 
il  est  probable  qu'il  en  est  de  même  dans  boire  sec, 
ou,  en  d'autres  termes,  que  sec  ne  s'y  rapporte  pas  au 
vase. 

2°  L'adjeclif  sec  est  le  contraire  de  mouillé;  or,  si 
l'on  ne  dit  pas  du  vin  mouillé  (dans  lequel  on  a  mis  de 
l'eau),  on  dit,  comme  équivalent,  du  vin  trempé,  ce  dont 
voici  deux  exemples  : 

Et  surtout  de  boire  mon  vin  fort  trempe'. 

(Molière,  Malade  imag.,  III,  14.1 

Des  vins  pressés  ou  raqués,  trempés,  allongés  et  autres  de 
mesnage. 

{Olivier  de  Serrei,  aig.) 

D'où  il  suit  que  boire  sec  signifie  boire  du  vin  dans 
lequel  on  n'a  pas  mis  d'eau. 

3°  Dans  quelques  langues  étrangères^  to/re  iec  se  tra- 
duit par  des  phrases  impliquant  l'absence  d'eau;  ainsi 
l'allemand  dit  :  Reinen  wein  trinken  (boire  du  vin  pur), 
et,  dans  Quicheral,  je  trouve  boire  sec  avec  les  mots 
«  sans  eau  »  entre  parenthèses,  traduit  par  Yinum  me- 
racum  sumere  (prendre  du  vin  pur). 

X 

Trosième  Question. 
Vous  savez  qu'au  jeu  de  la  bouillotte,  on  appelle  as 
paucé  un  as  qui  est  seul  de  sa  couleur.  Pourquoi  cette 
appellation?  Quel  rapport  y  a-t-il  entre  la  circonstance 
d'être  seul  et  celle  d'être  percé,  pour  un  as? 

Voici  l'explication  de  ce  fait,  qui  est,  comme  vous 
l'allez  voir,  des  plus  simples. 

Les  Latins  disaient  per  me,  per  te,  dans  le  sens  de 
moi  seul,  toi  seul  : 

Quamvis,  Scaiva,  satis  per  te  tibi  consulis,  et  scis. 

(Horace,  Ép.  17,  liv.  I.) 

(Quoique  tu  saches,  Scœva,  suffisamment  te  conduire 
tout  seid.) 

Nos  pères  ont  nalurcllemenl  imité  celte  construction, 

et  ont  dit  :  par  lui,  par  elle,  par  soi  : 

Ainsi  ron  li  vilains  par  lui  se  démentoit, 

Une  voiz  l'apella  qui  pitié  en  avoit, 

Et  li  a  demandé  pourquoi  se  complaingnoit. 

(Jubinal.  Noiiv.  recvcii,  I,  p.  lag.l 

Les  cloches  de  l'église,  de  ce  soiez  certains, 
Sonnèrent  tout  i>ar  elles,  sanz  mètre  piez  ne  mains. 

(Idem,  I,  p.  69.) 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


93 


Qant  au  mostier  ira  par  soi, 
Et  il  venra  devant  trcsloz. 

(Baibazan,  III,  p.  au.) 

Or,  lorsqu'au  xvi"  siècle,  lo  français  fut  envahi  par 
l'ilalien,  nous  avons  remplacé  par  soi,  [ja.T  perse,  expres- 
sion équivalcnle  dans  cette  langue;  et,  trompés  par  une 
apparente  identité  de  son,  nous  avons  ém\. percé,  qui 
n'avait  ici  aucun  sens,  au  lieu  de  pcr  se,  qui  eût  repré- 
senté à  la  fois  et  le  sens  et  l'orthographe  véritable. 


PASSE-TEMPS  GRAiMiMATlCAL. 


FEUILLETON 


Corrections  du  numéro  précédent. 

l'...  quand  il  a  demandé  campos ;  —  2°...  avait  eu  lieu  sous 
la  présidence  de  M.  Lefébure;  —  3v..  nous  ne  laissons  pas  dVMre 
(pas  de  que)  ;  —  4°  Ils  se  plaignent  avec  raison  qu'on  leur  fasse 
jouer  un  rùle;  —  5°...  pour  que  nous  soyons  (pas  d'j  après  l'y)  ; 
—  6°...  Quand  un  homme  a  bien  diné;  —  7°  Il  faut  qu'elle  le 
soit  moins  qu'on  ne  le  dit;  —  8°...  que  les  régiments,  en  défilant 
devant  le  président,  criassent  à  tue-tête;  —  9°...  qu'il  fut  un  des 
premiers  qui  firent  des  vers  ;  —  10°  Parmi  ces  légendes,  il  y  en  a 
deux  de  frappantes. 


Phrases  à,  corriger 

trouvées  pour  la  plupart  dans  la  presse  périodique. 

!•  Je  ne  sais  pas  combien  de  millions  ce  beau  travail  a 
coûtés  à  la  France;  il  faut  multiplier  750  par  25,  et  multi- 
plier ce  produit  par  365. 

1°  Je  vous  ferai  remarquer  que,  de  tous  les  grands  pri- 
sonniers, depuis  le  4  septembre,  je  suis  encore  le  seul  qui 
ne  se  sois  pas  évadé. 

3°  Mais  ce  n'est  pas  assez,  qu'à  partir  de  l'apparition  du 
journal  nous  ayions  avec  nos  abonnés  un  échange  constant 
d'idées  et  de  communications;  il  faut  que,  du  1"' juillet  au 
1"  octobre,  nous  ayions  reçu  une  correspondance  de  chaque 
maître. 

4*  Pour  la  plupart  des  républicains,  le  monde  commence 
en  l'an  1  de  la  République  (1780);  ça  leur  dispense  d'ap- 
prendre l'histoire. 

5°  Uans  le  Nord,  on  a  si  peur  que  les  gens  qu'on  ne  con- 
naît pas  soient  des  fripons  qu'on  évite  généralement  d'avoir 
des  rapports  avec  eux  jusqu'à  ce  qu'une  présentation  ait  pu 
rassurer  sur  leur  compte. 

6°  Il  n'y  a  pas  de  livre  où  il  soit  mieux  démontré  que 
dans  celui-ci,  les  inconséquences  du  système  étymologique. 

7'  S'ils  ne  le  pressentent  pas  tous  également,  ils  le 
supposent  tous.  Ils  labourent  le  sol  profondément  qui  doit, 
pour  produire,  recevoir  la  rosée  céleste  dont  parle  l'Ecri- 
ture. 

8°  C'est  sur  les  tourments  de  toutes  sortes  qu'enJure  le 
mari  d'une  trop  jolie  femme  que  roule  la  comédie  que 
M.  Labiche,  assisté  de  M.  Uaru,  ont  donné  au  Gymnase. 

9°  Votre  correspondant  vous  adonné  dos  renseignements 
incomplets  sur  les  points  que  j'ai  visités;  je  n'ai  vu  les 
communes  du  canton  de  Poissy  qu'après  que  j'avais  par- 
couru celles  de  l'arrondissement  de  Mantes. 

10"  La  droite,  craignant  que  M.  Tbiers  prit  la  parole,  s'est 
empressée,  sitôt  après  le  discours  de  M.  Denfort,  de  récla- 
mer la  clôture  de  la  discussion. 

[Les  corrections  à  quinzaine.) 


BIOGRAPHIE  DES  GRAMMAIRIENS 

PREMIÈRE  MOITIÉ  DU  XVII'  SIÈCLE. 

VAUGELAS. 

(Suite.) 

Prononcialion  des  mots  en  ient. —  Il  faut  prononcer 
cette  dernière  syllabe  comme  si  elle  s'écrivait  avec  un 
an,  et  non  avec  un  c;  ainsi  ingrédient,  expédient,  in- 
convénient, escient  se  prononctni  :  ingrédian ,  expé- 
dian,  etc. 

Soif,  soit  que. —  Au  lieu  de  répéter  soit  que, on  peut 
mettre  à  sa  place  ou  que,  ce  qui  est  une  façon  de  parler 
plus  douce  que  l'autre;  mais  la  première  ne  laisse  pas 
d'être  fort  bonne.  —  11  ne  faut  point  mettre  ou  devant 
soit  que  répété;  ce  qui  suit  est  une  mauvaise  phrase  : 
soit  qu'il  n'eût  pas  donné  bon  ordre,  ou  soit  que  ses 
commandements,  etc. 

Superbe.  —  Ce  mot  est  toujours  adjectif,  et  jamais 
substantif,  quoiqu'une  infinité  de  gens,  et  particuhère- 
ment  les  prédicateurs  disent  la  superbe  pour  l'orgueil. 
En  somme.  —  Ce  terme  est  vieux  et  ceux  qui  écrivent 
purement  ne  s'en  servent  plus.  —  Somme  toute  a  cessé 
aussi  de  se  dire. 

Oubli  du  pronom  relatif  ve..  —  Plusieurs  omettent  le 
pronom  relatif  le,  aux  deux  genres  et  aux  deux  nombres; 
ils  disent,  par  exemple  :  un  tel  veut  acheter  mon  cheval, 
il  faut  que  je  lui  fasse  voir;  c'est  une  faute,  il  faut  dire  : 
le  lui  fasse  voir. 

Mensonge,  poison,  relâche,  reproche. —  Ces  mots  sont 
tous  masculins,  quoique  quelques-uns  de  nos  meilleurs 
auteurs  les  aient  faits  féminins. 

Œuvre,  œuvres.  —  Au  singulier,  quand  il  signifie 
livre,  volume,  composition,  il  est  masculin.  Pour 
action,  il  est  féminin  :  faire  une  bonne  œuvre.  Au  plu- 
riel, il  est  toujours  féminin,  quelle  que  soit  sa  signiQca- 
tion. 

Valant,  vaillant.  —  L'usage,  plus  fort  que  la  raison 
dans  les  langues,  fait  dire  à  la  Cour,  et  écrire  à  tous  les 
bons  auteurs  cent  mille  écus  vaillant,  et  non  valant, 
comme  on  le  dit  principalement  en  Poitou. 

Ne  plus  ne  moins.  —  Pour  signifier  comme,  tout, 
ainsi  que,  il  faut  dire  ne  plus  ne  moins,  et  non  pas  ni 
plus  ni  moins,  qui  est  bon  pour  exprimer  exactement 
la  quantité  dune  chose. 

j\i.  —Devant  la  seconde  épithète  d'une  proposition 
négative,  il  vaut  mieux  mettre  ni  dans  le  cas  où  ces 
épithètes  ne  sont  pas  synonymes,  comme  dans  :  il  n'y 
eut  jamais  de  capitaine  plus  vigilant  ni  plus  sage  que 
lui,  et  à  plus  forte  raison,  si  ces  qualificatifs  expriment 
des  choses  contraires. 

]\lie,-_  _  Quand  la  négative  ne  est  devant  ce  verbe,  il 
faut  encore  la  répéter  avec  le  verbe  suivant  :  je  ne  nie 
pas  que  je  ne  l'aie  dit.  Le  non  emploi  de  la  seconde 
négation  ne  constitue  pas  une  mauvaise  phrase  ;  elle  a 
seulement  moins  d'élégance. 
Subvenir.  —  Il  faut  dire  subvenir  A  la  nécessité  de 


94 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


quelqu'un,  el  non  pas  survenir,  comme  disent  la  plu- 
part des  gens. 

Sortir.  —  Ce  verbe  est  neutre;  c'est  pourquoi  sortez 
ce  cheval,  pour  dire  faites  sortir  ce  cheval,  ou  tirez  ce 
cheval  est  très-mal  dit  «  encore  que  »  cette  façon  de 
parler  soit  devenue  fort  commune  à  la  Cour  el  par 
toutes  les  provinces.  On  accuse  les  Gascons  d'en  être 
les  auteurs,  parce  qu'ils  ont  l'habitude  de  convertir 
plusieurs  verbes  neutres  en  actifs,  comme  tomber,  ex- 
celler, etc. 

Insidieux.  —  C'est  Malherbe  qui  le  premier  a  em- 
ployé ce  mot  tout  latin.  Yaugelas  voudrait  qu'on  suivit 
son  exemple,  parce  que  nous  n'avons  point  de  terme 
qui  signifie  celui-là. 

La  pluspart,  la  plus  grand'part.  —  Le  premier  régit 
toujours  le  pluriel  :  la  plupart  se  laissent  emporter  à  la 
coutume;  le  second  régit  toujours  le  singulier  :  laj^lus 
grand'part  se  laisse  emporter. 

Voire  même.  —  On  ne  le  dit  plus  à  la  Cour,  et  tous 
ceux  qui  veulent  écrire  purement  évitent  avec  soin  de 
s'en  servir. 

Sens  dessus  dessous.  —  Les  uns  écrivent  c'en  dessus 
dessous,  les  autres  sens  dessus  dessous.  Vaugelas  croit 
qu'il  faut  écrire  saiis  dessus  dessous,  attendu  que  cela 
signifie  que  la  chose  dont  on  parle  est  dans  un  tel  dé- 
sordre qu'on  n'j  reconnaît  plus  ce  qui  devrait  être  des- 
sus ou  dessous. 

Peur,  crainte.  —  Il  y  a  longtemps  que  l'on  dit  el 
écrit  crainte  pour  de  crainte,  mais  peur  pour  de  peur 
est  insupportable; 

Là  oi(.  —  Celte  expression  employée  pour  au  lieu  que 
n'est  pas  du  beau  langage;  quoiqu'on  s'en  serve  ordi- 
nairement, .M.  Goëffeteau  ne  l'emploie  jamais,  ni  après 
lui,  aucun  de  nos  excellents  écrivains. 

Particularité.  —  Il  ne  faut  pas  dire  particuliarité 
comme  plusieurs  le  font,  même  à  la  Cour. 

Parce  que,  pource  que.  —  Tous  deux  sont  bons; 
mais  parce  que  est  plus  doux  et  plus  usité  à  la  Cour  et 
presque  chez  tous  les  meilleurs  écrivains.  Pource  que 
est  plus  d'usage  au  Palais,  quoiqu'à  la  Cour  plusieurs 
le  disent  aussi,  particulièrement  ceux  de  la  Normandie. 

Qui.  —  Ce  n'est  pas  une  faute  de  s'en  servir  deux 
fois  dans  une  même  période, comme  le  croient  quelques- 
uns  qui,  à  cause  de  cela,  mettent  à  sa  place  lequel,  les- 
quels, etc.  On  dit  très-bien  :  il  y  a  des  gens  qui  n'ai- 
ment que  les  choses  qui  leur  sont  contraires.  Mais  il  y 
a  une  exception,  c'est  quand  les  deux  qui  ont  rapport  à 
un  même  substantif,  sans  que  la  copulalive  et  soit  entre 
les  deux,  comme  dans  :  c'est  un  homme  qui  vient  des 
Indes,  qui  apporte  quantité  de  pierreries. 

Pour.  —  Il  est  contre  la  netteté  du  style  de  le  mettre 
deux  fois  dans  une  même  période,  et  surtout  devant 
deux  infinitifs.  Il  ne  faut  pas  dire  :  //  cherche  des  raisons 
pour  s'excuser  de  ce  qu'il  s'en  alla  pour  donner  ordre. 

liépétition  des  prépositions  devant  les  noms.  —  Celte 
répétition  n'est  nécessaire  que  quand  les  deux  substan- 
tifs ne  sont  pas  synonymes;  ainsi  on  dit  Irès-bien  -.par 
les  rvses  et  les  artifices  de  mes  ennemis;  mais  il  faudrait 
dire  :  par  les  ruses  et  par  les  armes  de  mes  ennemis. 


Qtii  répété  plusieurs  fois  pour  dire  les  uns,  les  adtkes. 
—  C'est  une  façon  de  parler  foi't  en  usage,  mais  non 
parmi  les  excellents  écrivains.  On  dit  :  qui  criait  d'un 
côté,  qui  crioit  de  l'autre,  qui  s'enfuijoit  sur  les  toits, 
qui  dans  les  caves,  qui  dans  les  églises.  Les  bons  au- 
teurs remplacent  qui  par  les  uns,  les  autres. 

Quant  et  moi.  —  On  le  dit  ordinairement  pour  avec 
moi;  mais  les  bons  auteurs  ne  l'écrivent  point,  quoique 
Malherbe  s'en  soit  servi. 

Quant  à  moi.  —  C'est  une  faute  grossière  que  de 
l'écrire  quand  à  moi,  avec  un  d. 

Quoi.  —  Ce  mot  est  d'un  usage  fort  élégant  et  fort 
commode  pour  remplacer  lequel  à  tous  les  genres  et  à 
tous  les  nom  bres,  comme  faitf/o»<  d'une  au  Ire  manière. 
On  dit  fort  bien  :  le  plus  grand  vice  à  quoi  il  est  sujet  ; 
la  chose  du  monde  à  quoi  je  suis  le  plus  sujet  ;  les  trem- 
blements de  terre  à  quoi  ce  pays  est  sujet.  —  On  ne 
se  sert  jamais  de  ce  mot  en  parlant  des  personnes. 

Qci  employé  après  les  prépositions.  —  Au  génitif,  au 
dallf  et  à  l'ablatif,  il  ne  s'applique  jamais  qu'aux  per- 
sonnes; on  ne  peut  pas  dire  :  un  cheval  de  qui,  un 
cheval  à  qui,  un  cheval  pour  qui;  il  faut  dire  :  un  che- 
val dont,  auquel,  pour  lequel. 

Solliciter. —  Pour  servir,  secourir  et  assister  un  ma- 
lade, comme  on  le  dit  ordinairement  à  Paris,  il  est  du 
plus  bas  usage,  tandis  que  dans  les  autres  significations, 
il  est  fort  bon  et  fort  noble. 

Longuement.  —  X'est  plus  employé  à  la  Cour,  où  il 
était  si  usité  il  y  a  vingt  ans;  on  n'oserait  plus  s'en  ser- 
vir dans  le  beau  langage;  on  dit  longtemps. 

Pourpre.  —  Pour  désigner  la  maladie,  il  est  mascu- 
lin; quand  il  signifie  le  poisson  qui  donne  la  pourpre, 
les  uns  le  font  masculin,  et  les  autres  féminin. 

Poitrine,  face.  —  Le  premier  est  condamné,  en  prose 
et  en  vers,  sous  le  prétexte  ridicule  qu'on  d'ii  poitrine 
de  veau;  le  second,  dans  le  sens  de  visage,  a  été  con- 
damné également;  cependant  on  dit  encore  :  la  face  de 
Notre  Seigneur,  voir  Dieu  face  à  face. 

Résoudre.  —  Depuis  quelque  temps,  ce  verbe,  qui  a 
toujours  été  neutre,  s'emploie  avec  un  régime  direct 
dans  le  sens  de  faire  prendre  résolution;  on  dit/e  l'ai 
résolu  à  cela  pour  je  l'ai  fait  résoudre  à  cela.  Il  y  a 
apparence  que  la  «  phrase  »  sera  bientôt  établie. 

Si.  —  Au  lieu  de  le  répéter,  il  est  mieux  de  le  rem- 
placer par  (/Me;  par  exemple,  si  nous  sotnmes  jamais 
heureux,  et  si  la  fortune  se  lasse  de  nous  persécuter, 
nous  ferons,  vaut  moins  que  et  que  la  fortune... 

Pour.  —  Ne  peut  être  séparé  de  l'infinitif  suivant,  si 
ce  n'est  par  des  particules  d'une  ou  de  deux  syllabes  : 
pour  y  aller,  pour  lui  dire  ;  mais  les  phrases  pojir  avec 
Quintius  aviser,  pour  après  avoir  fait  beaucoup  de  fa- 
çons, ne  dire  rien  qui  vaille  sont  mauvaises. 

Tandis.  —  Parmi  la  i)luparl  de  ceux  qui  parlent  en 
public  ou  qui  font  profession  de  bien  écrire,  on  voit  une 
grande  an'ectalion  à  se  servir  de  ce  mol;  à  la  Cour  on 
en  use  moins,  on  dit  d'ordinaire  pc«f/««/  qtte. 

[La  suite  au  prochain  numéro.) 

Le  Re'dactecb-Gébant  :  Ema«  MARTIN. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


95 


BIBLIOGRAPHIE 

OUVRAGES     DE     GRAMMAIRE     ET     DE     LITTÉRATURE 


Publications  de  la  quinzaine  : 


L'histoire  romaine  à  Rome;  par  J.-J.  Ampère,  de 
l'Académie  française.  Nouvelle  édition,  avec  des  plans 
topographiques.  T.  1  et  2.  In-S",  1071  p.  Paris,  lib.  Michel 
Lévy  frères.  Les  U  vol.,  30  fr. 

Histoire  de  Théophile  Malo  de  La  Tour  d'Au- 
vergne (Covret),  premier  grenadier  de  France,  ré- 
digée d'après  sa  correspondance  et  les  documents  les  plus 
authentiques;  par  A.  Buhot  de  Kersers.  2«  édition.  In-8", 
232  p.  et  gravure.  Pari.s,  lib.  Lefort. 

La  Vengeresse;  par  Albert  Delpit.  In-18  Jésus,  392  p. 
Paris,  lib.  Dentu,  3  fr. 

Galerie  des  hommes  utiles;  par  A.  Du  Saussois. 
Oberkampf.Ganneron.  Paris,  chez  l'auteur,  108,  rue  Mont- 
martre. 

Histoire  contemporaine,  comprenant  les  principaux 
événements  qui  se  Gont  accomplis  depuis  la  Révolution  de 
1830  jusqu'à  nos  jours,  et  résumant  durant  la  même  pé- 
riode le  mouvement  social,  artistique  et  littéraire  ;  par 
Amédée  Gabourd.  T.  12.  In-8%  Zi95  p.  Paris,  lib.  Firmin 
Didot  frères,  fils  et  Cie. 

Portraits  contemporains,  Littérateurs,  peintres, 
sculpteurs,  artistes  dramatiques;  par  Théophile  Gautier. 
Avec  un  portrait  de  Théophile  Gautier,  d'après  une 
gravure  à  l'eau  forte  par  lui-même,  vers  1833.  In-18  jésus, 
468  p.  Paris,  lib.  Charpentier  et  Cie.  3  fr.  50. 

Les  Mœurs  et  les  femmes  de  l'extrême  Orient. 
Voyage  au  pays  des  perles;  par  Louis  Jacolliot.  Illus- 
trations d'E.  Yon.  In-18  Jésus,  351  p.  Paris,  lib.  Dentu.  Zi  fr. 

Un  nouveau  voyage  au  Groëland  ;  par  Xavier  Mar- 
inier, de  l'Académie  française.  In-8'',  30  p.  Paris,  lib. 
Douniol  et  Cie. 

Le  Mari  de  la  vieille,  étude  de  mœurs;  par  Gabriel 


Prévost.  In-18  jésus.  25i  p.  Paris,  lib.  générale,  3  fr. 

Les  Evasions  célèbres;  par  Frédéric  Bernard.  3'  édit. 
illustrée  de  25  vignettes  sur  bois  par  Emile  Bayard.  In-18 
jésus,  362  p.  Paris,  lib.  Hachette  et  Cie.  2  fr.  25  cent. 

Les  Cabotins  ;  par  Eugène  Deligny.  ln-18  jésus,  i90  p . 
Paris,  lib.  Nouvelle.  3  fr.  50  cent. 

La  Dame  aux  perles;  par  Alexandre  Dumas  fils,  de 
l'Académie  française.  Nouvelle  édition.  Gr.  in-18,  32/i  p. 
Paris,  lib.  Nouvelle.  1  fr.  25. 

Vie  des  savants  illustres  depuis  l'antiquité  jus- 
qu'au XIX"  siècle,  avec  l'appréciation  de  leurs  travaux; 
par  Louis  Figuier.  Savants  du  xvni'  siècle.  2«  édition, 
accompagnée  de  38  portraits  ou  gravures  dessinées  d'après 
des  dessins  authentiques.  Grand  in-8'',  502  p.  Paris,  lib. 
Hachette  et  Cie.  10  fr. 

Louis  XVI,  le  marquis  de  Bouille  et  Varennes. 
Episode  de  la  Révolution  française  juin  1791  ^  par  l'abbé 
Gabriel,  aumônier  du  collège  de  Verdun.  In-S»,  àl5  pa- 
ges. Paris,  lib.  Ghio. 

Pierre  Gariel,  sa  vie  et  ses  travaux,  1584-1674; 
par  A.  Germain,  professeur  d'histoire  et  doyen  de  la  fa- 
culté des  lettres  de  Montpellier.  In-/i°,  224  p.  .Montpellier, 
impr.  Martel  aîné. 

Les  Quarts  de  nuit,  contes  et  causeries  d'un  vieux 
navigateur;  par  G.  de  La  Landelle.  Nouvelle  édition. 
In-18  jésus,  33Zi  p.  Paris,  lib.  Lecoffre  lils  et  Cie. 

Les  Tragédies  de  Paris.  I.  La  Sage-femme;  par  Xa- 
vier de  Montépin.  In-18  jésus,  292  p.  et  grav.  Paris,  lib. 
Sartorius.  3  fr.  50. 

L'Esprit  des  bétes.  Le  Monde  des  oiseaux,  orni- 
thologie passionnelle  ;  par  A .  Toussenel.  2"  partie. Zi^  édi- 
tion, entièrement  revue  et  augmentée.  Paris,  lib.  Dentu. 


Publications  antérieures 


DU  DIALECTE  BLAISOIS  et  de  sa  conformité  avec 
l'ancienne  langue  et  l'ancienne  prononciation  française. — 
Thèse  présentée  à  la  faculté  des  lettres  de  Paris,  par  F. 
Talbebt,  professeur  de  rhétorique  au  prytanée  militaire  de 
La  Flèche.  --  Paris,  Ernest  Thorin,  éditeur,  libraire  du 
Collège  de  France  et  de  l'Ecole  normale  supérieure,  7,  rue 
de  Médicis. 


L'INTERMÉDL\IRE  Dlï.S  CHERCHEURS  ET  DES 
CURIEUX.  —  En  vente  à  la  librairie  Sandoz  el  Fischba- 
cher,  33,  rue  de  Seine,  à  Paris.  —  Prix  :  i»*  année,  15  fr., 
a»  année,  10  fr.;  3"=  année.  12  fr.;  /c^  année,  8  fr.;  5"  année, 
12  fr.  —  Chaque  année  se  vend  séparément.  —  Envoi 
franco  pour  la  France. 


ŒUVRES  DE  RABELAIS,  augmentées  de  plusieurs 
fragments  et  de  deux  chapitres  du  5*  livre,  etc.,  et  pré- 
cédées d'une  notice  historique  sur  la  vie  et  les  ouvrages 
de  Rabelais.  —  Nouvelle  édition,  revue  sur  les  meilleurs 
textes,  éclaircie  quant  à  l'orthographe  et  à  la  ponctuation, 
accompagnée  de  notes  succinctes  et  d'un  glossaire,  par 
Louis  Babrk,  ancien  professeur  de  philosophie.  —  Inl8 
jésus,  xxxv-612  p.  Paris,  lib.  Garnier  frères,  6,  rue  des 
Saints-Pères,  à  Paris. 


LE  MÉNAGIER  DE  PARIS.  —  Traité  de  morale  et 
d'économie  domestique,  composé  vers  1393,  par  un  Bour- 
geois parisien  ;  contenant  des  préceptes  moraux,  quelques 
faits  historiques,  des  instructions  sur  l'art  de  diriger  une 
maison,  des  renseignements  sur  la  consommation  du  Roi, 
des  Princes  et  de  la  ville  de  Paris,  à  la  finduxiv*  siècle; 
un  traité  de  cuisine  fort  étendu  et  un  autre  non  moins 
complet  sur  la  chasse  à  l'épervier.  —  Publié  pour  la  pre- 
mière fois  par  la  Société  des  Bibliophiles  français.  —  2  vol. 
—  A  Paris,  à  rimprimeriedeCrfl/«/e<,  9,  ruedeVaugirard. 


LE  CYMBALUM  MUNDI,  précédé  des  Nouvelles  re- 
créations et  joyeux  devis  de  Bonaventlre  des  Periers.  — 
Nouvelle  édition,  revue  et  corrigée  sur  les  éditions  origi- 
nales avec  des  notes  et  une  notice.  —  Par  P.L.  Jacob, 
bibliophile.  —  Paris,  Adolphe  Dclahciys,  éditeur,  i-6,  rue 
Voltaire.  —  Prix;  in-16  :  5  fr.  ;  in^"  ;  2  fr.  50. 


LES  ŒUVRES  DETABARIN  avec  les  Adventures  du 
capitaine  Rodomont,  la  Farce  des  Bossus  et  autres  pièces 
tabariniques.  —  Nouvelle  édition.  —  Préface  et  notes  par 
Georges  d'Harmonville.  —  Paris,  Adolphe  Delahays,  li- 
braire-éditeur, 4-6,  rue  Voltaire. 


96 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


LA  VRAIE  HISTOIRE  DE  FRAXCION,  composée  par 
CHARLEsSoRELjSieurdeSouvigny.  — Nouvelle  édition,  avec 
avant-propos  et  notes  par  Eahle  Colosibay.  —  Paris, 
Adolphe  Delahays,  éditeur,  i-6,  rue  Voltaire.  —  In-16  : 
5  fr.  ;  in-18  Jésus,  2  fr.  50. 


VOCABULAIRE  RAISONNÉ  ET  COMPARÉ  DU 
DIALECTE  ET  DU  PATOIS  DE  LA  PROVINCE  DE 
BOURGOGNE,  ou  Etude  de  l'histoire  et  des  mœurs  de 


cette  province  d'après  son  langage.  —  Par  Mignaru,  de 
l'Académie  de  Dijon.  —  In-S",  33/i  p.  —  Paris,  librairie 
Aubry^  18,  rue  Séguier. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS  (première,  seconde, 
troisième  et  quatrième  année).  —  En  vente  au  bureau  du 
Courrier  de  Vaugelas,  26,  boulevard  des  Italiens.  —  Pri.x 
de  chaque  année,  broché,  6  fr.  —  Envoi  franco  pour  la 
France,  l'Algérie  et  l'Alsace-Lorraine. 


RENSEIGNEMENTS 
Pour  les  Français  qui  désirent  aller  professer  leur  langue  à  l'étranger. 


I. 

En  faisant  insérer  quelques  annonces  dans  le  Journal  de  Bucarest,  dirigé  par  M.  Ulysse  de  Marsillac,  on  peut  se 
procurer  des  places  de  professeur  et  d'institutrice  en  Rou.mame. 

Les  annonces  pour  ce  journal,  qui  sont  reçues  à  Paris  par  M.  Eugène  Grain,  9,  rue  Drouot,  coûtent  30  cent,  la  ligne. 

Moyennant  10  centimes,  le  rédacteur  du  Courrier  de  Vaugelas  envoie,  en  France,  un  spécimen  du  Journal  de  Bucarest 
aux  personnes  qui  lui  en  font  la  demande. 

Sous  le  titre  de  Revue  anglo- française,  il  paraît  à  Brigthon  une  publication  mensuelle  dont  le  directeur,  le  Révérend 
César  Pascal,  se  charge  de  procurer  gratis,  pour  I'Angleterre  ou  le  Continent,  des  places  de  professeur  et  d'institutrice  à 
ceux  de  ses  abonnés  qui  se  trouvent  munis  des  recommandations  nécessaires. 

L'abonnement  est  de  10  fr.  pour  la  France,  et  il  se  prend  à  Paris  chez  MM.  Sandoz  et  Fischbacher,  libraires,  33,  rue 
de  Seine,  ou  à  la  librairie  Grassart,  2,  rue  de  la  Paix. 


CONCOURS    LITTERAIRES. 


Le  journal  Le  Tournoi  est  rédigé  au  concours  par  ses  abonnés  seulement. 

Les  articles  sont  soumis  à  l'examen  d'un  Comité  de  rédaction.  L'insertion  donne  droit  à  l'îwie  des  primes  suivantes  : 
irc  Prime  —  Cinq  exemplaires  du  numéro  du  journal  contenant  l'article  et  un  diplôme  confirmant  le  succès  du  lauréat  ; 
2«  Prime  —  Quinze  exemplaires  de  l'article,  tiré  à  part  avec  titre  et  nom  de  l'auteur,  et  formant  une  brochure. 

Tout  abonné  douze  fois  lauréat  reçoit  une  médaille  en  bronze,  grand  module,  gravée  à  son  nom. 

Les  articles  non  publiés  sont  l'objet  d'un  compte-rendu  analytique. 

On  s'abonne  en  s'adressant  à  M.  Ernest  Leroux,  éditeur,  28,  rue  Bonaparte,  à  Paris. 


Appel  avx  Poêles. 


Le  prix  de  poésie  fondé  par  M.  le  docteur  Andrevetan,  avec  l'aide  de  la  ville  d'Annecy  (200  francs),  sera  décerné  par 
la  Société  Florimontane  en  juillet  1875. 

Les  auteurs  devront  déclarer  par  écrit  que  leurs  envois  sont  inédits  et  n'ont  été  présentés  à  aucun  autre  concours. 

Tout  auteur  qui  se  ferait  connaître  serait  exclu  :  les  envois  porteront  une  épigraphe  qui  sera  répétée  à  re.\térieur 
d'un  billet  cacheté,  indiquant  le  nom  et  le  domicile  de  l'auteur. 

Sont  seuls  admis  à  concourir  :  1°  les  Français,  excepté  les  membres  effectifs  de  la  Société  Florimontane ,  —  2»  les 
étrangers,  membres  effectifs  ou  correspondants  de  cette  Société. 

Les  manuscrits  devront  être  adressés  au  Secrétaire  de  la  Société  Florimontane,  avant  le  1"  juillet  1875.  Ils  resteront 
déposés  aux  archives  de  ladite  Société,  on  les  auteurs  pourront  en  prendre  connaissance. 

Le  sujet,  laissé  au  choix  des  concurrents,  ne  peut  être  traité  en  moins  de  cent  vers. 


Le  treizième  Concours  poétique  ouvert  à  Bordeaux  le  15  août  sera  clos  le  1"  décembre  187û. —Dix  médailles  seront 
décernées.  —  Demander  le  programme,  qui  est  adressé  franco,  à  M.  Evariste  CAnR.\NCE,  président  du  Comité,  92,  route 
d'Espagne,  à  Bordeaux  (Gironde).  —  Affranchir. 


L'Ar.An(:MiE  française  donne  pour  sujet  du  prix  de  poésie  à  décerner  en  1875  :  Livingstone. 

Le  nombre  des  vers  ne  doit  pas  excéder  celui  de  deux  cents. 

Les  pièces  de  vers  destinées  à  concourir  devront  être  envoyées  au  secrétariat  de  l'Institut,  franches  de  port,  avant  « 
le  15  février  1875,  terme  de  rigueur.  ^I 

Les  manuscrits  porteront  chacun  une  épigraphe  ou  devise  qui  sera  répétée  dans  un  billet  cacheté  joint  à  l'ouvrage; 
ce  billet  contiendra  le  nom  et  l'adre.'^se  de  l'auteur,  qui  ne  doit  pas  se  faire  connaître. 

On  ne  rendra  aucun  des  ouvrages  envoyés  au  concours,  mais  les  auteurs  pourront  en  faire  prendre  copie  s'ils  en 
ont  besoin. 


Le  redaclciii-  du  Cm/rricr  de  Vaugelas  est  visible  a  son  bureau  de  midi  à  une  heure  cl  demie. 


Imprimerie  Gouverneur,  G.  Daupei.ey  à  Nogent-le-Rotrou. 


5"  Année. 


N"    13. 


1"  Octobre  1874. 


QUESTIONS 
GRAMMATICALES 


LE 


QUESTIONS 

PHILOLOGIQUES 


Para  lisant   le    1"  et   le   18    de   ehaane  mola 


PRIX  : 

Abonnement  pour  la  France.    0  f. 

Idem        pour  l'Élranger   10  f. 

Annonces,  la  ligne  .     .     .    .  50  c. 


Rédacteur:  Eman  MARTIN 

ANXIEN     PROFESSEUR      SPÉCIAL      POUR      LES      ÉTRANGERS 

Officier  d'Académie 
26,  boulevard  des  Italiens,  Paris 


ON  S'ABONNE 
En  envoyant  un  mandat  sur  la  posie 
soit  au  Uéilacleur,  soit  à  lAdm' 
M.  FiscHBACBER,  33,  rue  de  Seine. 


SOMMAIRE. 
Étymologio  de  l'adjectif  Feu,  —  Origine  des  locutions  C'est  au 
diable  ouvert,  au  diable  vert.  \\  D'où  vient  le  verbe  Recroque- 
viller;—  Ce  qu'on  entend  par  Doubler  le  cap  Fayot;  —  Com- 
ment il  se  fait  que  Rossinante  ait  deux  genres;  —  Pourquoi 
VE  dans  Cueillir  et  Jtecueillir  sonne  comme  Eu.  ||  Passe-temps 
grammatical.  ||  Suite  de  la  biographie  de  Vaugelas.  ||  Familles 
parisiennes  pour  la  conversation.  ||  Concours  littéraires. 


FRANCE 


Première  Question. 
Je  voudrais  bien  vous  voir  donner  un  jour,  dans  votre 
journal,  l'élymologie  de  l'adjectif  feu,  un  mot  dont 
jusqu'ici  il  n'a  pas  encore  été  bien  rendu  compte. 

On  a  passablement  discuté  au  sujet  de  cette  étymo- 
logie.  Ménage  veut  que  feu  vienne  de  felix;  selon  le 
dictionnaire  de  Trévoux,  ce  mot  est  tiré  de  fuit  et  de 
fueruni ;  d'après  M.  Paulin  Paris,  il  répond  à  functus; 
M.  Lillré  suggère  qu'il  pourrait  venir  d'une  forme  bar- 
bare fadulus  ou  fafutus;  quelqu'un  le  tire  du  berri- 
chon fu7if,  et  enfui  un  autre  lui  croit  pour  origine  l'ita- 
lien fu,  correspondant  au  latin  fuit. 

Oi'i  est  le  vrai  dans  cette  diversité  d'opinions? 

—  Ménage,  qui  a  vu  dans  le  dictionnaire  français- 
italien  d'Ant.  Oudin  que  la  feue  reine  y  est  traduit  par 
la  reç/ina  de  felice  memoria,  ce  qui  répond  au  felix  me- 
morix  des  Latins,  en  conclut  que  feu  vient  de  felix., 
dont  il  le  fait  descendre  par  les  transformations  sui- 
vantes :  felix,  felicis,  felice,  felce,  feu. 

Mais  je  vois  une  grave  objection  à  celte  origine,  à  sa- 
voir que  c'est  par  heureux  et  non  par  felix  que  l'idée  de 
bonheur,  sous  forme  adjective,  a  toujours  été  exprimée 
chez  nous,  dès  les  commencements  de  la  langue  : 
Qui  ctie  biau  bacheler  aroit  en  sa  baillie, 
Eiireuse  seroit,  car  de  chevalerie 
Est  li  plus  souverains  de  ceste  mortel  vie. 

{Baudouin  de  Sebourg,  VIII,  167.) 

D'un  autre  côté,  on  sait  que,  dans  tout  mot  français 
en  cl  venu  d'un  mot  latin  privé  de  sa  terminaison,  la 
finale  est  devenue  non-seulement  eu,  mais  encore  eau 


(castellum,  castel,  château;  porcellus,  porcel, pourceau, 
etc.)  Or,  qui,  dans  notre  langue,  a  jamais  vu  feau  avec 
le  sens  â' heureux? 

Quoique  l'étymologie  de  Ménage  ait  l'approbation  de 
Le  Duchat,  je  ne  l'en  crois  pas  moins  erronée. 

—  Du  tem.ps  où  fut  publiée  la  seconde  édition  de  Tré- 
voux (1771),  les  notaires  de  quelques  provinces  disaient 
encore  furent  en  parlant  de  deux  personnes  conjointes 
et  décédées,  ce  qui  semble  indiquer  que  feu  vient  de /"mj< 
ou  de  fuerunt. 

Je  sais  qu'au  moyen  âge  et  jusqu'au  xvi'  siècle,  on 
employa  en  effet  qui  fut,  qui  furent  dans  le  sens  de 
défunt,  dernier,  comme  le  montrent  ces  exemples  : 

Nous  Pelisses  et  Marguerite  de  Chastelz  suers,  filles 
Richardin  lou  woyel  qui  fut... 

(Du  Cange,  Charte  de  i3ii.) 

De  bonne  aventure,  sa  dame,  qui  ce  fut,  vint  à  ce  heurt... 

(Cent  nouv.  nouvelles,  aa®  nouv.) 

Or,  tandis  que  Girard  devisoit  avec  sa  dame,  celle  qui  fut 
s'en  vint  â  sa  chambre,  etc. 

(Idem,  a6'  nouv.) 

Mais  comment  admettre  que  fut,  qui  n'est  pas  ici  par- 
ticipe, ait  été  transformé  en  adjectif,  et  cela,  en  sup- 
primant le  qui  comme  si  ce  dernier  s'ellipsait  jamais 
ailleurs  que  devant  un  temps  composé  où  entre  l'auxi- 
liaire (Hre?  Ce  serait  dans  la  langue  un  fait  unique  au- 
quel il  me  parait  impossible  de  croire. 

El  autre  chose.  On  trouve  feu  après  le  verbe  être,  ce 
dont  voici  un  exemple  : 

Quar  s'il  ostoit  demain  ch6us 
Et  li  rois  Loys  fust  /"««,  etc. 

{Eutebeuf,  II,  p.  6a. 1 

Or,  il  est  évident  que  feu  avec  le  sens  de  qui  fut  ne 
pourrait  occuper  celle  place. 

Du  reste,  comme  au  dire  de  Trévoux,  on  employait 
plulôl  qui  furent  que  le  singulier,  comment  furent 
aurait-il  donné  feu?  Passe  encore  pour  fut,  mais  pour 
furent? 

—  M.  Paulin  Paris  paraît  mieux  inspiré,  quand  il 
dit  que  feu  vient  de  func/us;  en  cITet,  le  latin  defunclus 
ayant  donné  defcu  dans  le  patois  du  Bcrry,  et  le  mot  do 
même  origine  functus  y  ayant  donné  feu,  que  je  retrouve 


98 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


dans  cel  exemple  du  xiV  siècle,  cilé  par  le  comte  Jau- 
bert  comme  appartenant  aux  archives  du  déparlement 
du  Cher  : 

Certaines  maisons  que  Guillaume  Baron  et  Raquillc, 
femme  feux  dudit  Baron  avionl  achatèes  des  lioirs  feux 

Tevenot 

il  est  assez  naturel  de  croire  que  feu  dérive  de  funclus; 
c'est  du  moins  conforme  à  l'analogie. 

Mais  voilà  qu'ici  encore  se  dresse  une  grave  objec- 
tion :  funcius  a  donné  funt,  dont  \'u  était  probablement 
prononcé  eu  comme  dans  le  blaisois,  où  ^mcj  et  humble 
sonnent  eun,  eumblo  (voirTalbert,  â\x  Dialecte  blaisois, 
p.  51  et  52),  ce  qui  a  donné  feu  d'une  syllabe.  Or,  on 
trouve  dans  le  dictionnaire  de  Litlré  des  exemples  de 
feu,  en  deux  syllabes  : 

Certes,  biaus  cbiers  sire,  à  mon  vuel, 

Fussiez  vous  evesques  eslus, 

Quant  nostre  evesque  fut  feiis. 

[Th.  [t.  au  mot/en  l'igf.,  p.    i4S.) 

D'où  il  suit  que  feu  ne  peut  venir  de  functns  ffunfl, 
ce  qui  est  mieux  prouvé  encore  par  l'exemple  suivant, 
emprunté  à  une  charte  de  •12/(2,  et  qui  dénote  une  ori- 
gine toute  difTérente  : 

Ge  Gauvaings,  ctievalers,  filz  fahu  Jofre,  fais  asaver  que 
ge  ai  doné  V.  sol.  à  Deu  e  a  ladite  maison  de  l'ospitau  de 
Fontseche  por  faire  l'anniversaire  fahu  Ostent  Boraud,  che- 
valer,  toz  temps  mais  chascun  an. 

(Bibl.  de  VÈc.  des  chartes,  B»  série,  V,  p.  S6.) 

—  D'après  M.  Littré,  feu  pourrait  venir  d'un  adjectif 
barbare  fadutus  ou  fatutus,  et  s'il  est  permis  de  conjec- 
turer que  cet  adjectif  dérive  irrégulièrement  de  fatum, 
le  mot  feu  signiflerait  :  qui  a  accompli  sa  destinée;  voici 
les  deux  exemples  que  le  savant  auteur  du  Dictionnaire 
cite  à  l'appui  de  cette  explication  : 

Lasl  mal  feux!  cum  esmes  avogluz! 

Quer  [car]  ço  vedons  que  tuit  sûmes  desvez; 

De  nos  péchez  sûmes  si  ancumbrez, 

La  dreite  vide  nus  funt  très  oblier. 

(Chans.  de  S.  Alexis,  CXXIV.) 

Pur  que  portai  [eus-je  un  enfant],  dolente,  mal  feiide? 

(Idem,  LXXXIX.) 

Mais,  de  l'avis  même  de  M.  Littré,  ce  feti-là,  précédé 
de  )nal,  équivaut  à  l'anglais  ill-fatcd,  et  cette  expres- 
sion, que  je  sache,  ne  signifie  pas  qui  est  mort,  elle 
exprime  seulement  que  la  personne  à  laquelle  on  l'ap- 
plique est  mal  partagée  dans  la  vie.  Ce  ne  peut  donc  être 
la  source  de  notre  feu,  dont  la  signification  ne  permet 
devant  lui  aucun  modificatif  adverbe. 

—  Feu  vient-il  du  berrichon  funt? 

On  n'est  guère  disposé  à  admettre  cette  élymologie 
quand  on  vient  de  voir,  comme  dans  les  exemples  pré- 
cédents, l'adjectif  feu  sous  les  formes  fahu  et  feil  (en 
deux  syllabes). 

—  Enfin  feu  ne  vient-il  pas  de  l'italien  /"m,  3"  personne 
singulière  du  passé  défini  du  verbe  être?  car  on  dit  dans 
celle  langue  : 

La  fu  regina  (la  feue  reine). 

11  /u  Gran  Duca  (le  feu  grand  Duc). 

Au  xvi"  siècle,  nous  avons  pris,  en  effet,  cette  forme 
de  l'ilalien  en  lui  donnant  notre  orthographe  : 
Le  tien  lui  pore. 

(J.  Marot,  p.  sio  dans  Lacurnc.) 


Mais  elle  ne  se  maintint  pas,  et  l'on  revint  à  feu,^ 
l'expression  française. 

Or,  si  au  moment  où  la  langue  italienne  était  le  plus 
en  faveur  parmi  nous,  on  a  vainement  tenté  d'intro- 
duire fu  dans  la  nôtre,  il  est  à  croire  que  feu  ne  nous 
est  point  venu  d'au-delà  des  Alpes. 

D'ailleurs,  Ménage  dit  que  /"«,  pour  défunt  ou  défunte, 
ne  se  trouve  point  dans  les  anciens  livres  italiens  et  que 
cette  façon  de  parler  à  été  introduite  «  vraisemblable- 
ment «  de  la  langue  française  dans  la  langue  italienne. 

Les  étymologies  que  l'on  a  données  jusqu'ici  de  l'ad- 
jectif feu  n'étant  pas  selon  moi  acceptables,  je  vais  à 
mon  tour  en  proposer  une  qui,  à  défaut  d'autre  mérite, 
aura  au  moins  celui  de  la  nouveauté. 

Le  mot  en  question  vient  defaillu,  un  participe  passé 
depuis  longtemps  oublié  de  faillir,  ce  qui  sera  démontré 
si  je  fais  voir  :  que  le  verbe  faillir  s'est  employé  jadis 
dans  le  sens  de  mourir,  que  le  participe  de  faillir  a  pu 
s'écrire  faliu,  et  enfin  que  fahu  a  pu  être  transformé 
en  feu  par  la  prononciation. 

V  point.  —  Le  verbe  faillir  signifie  manquer,  et  ce 
dernier  s'emploie  encore  dans  la  Beauce  et  dans  le  Perche 
pour  mourir;  on  y  dit,  par  exemple  : 

Quand  il  viendra  à  manquer,  sa  fortune  sera  bientôt  dis- 
sipée. 

Ah!  la  pauvre  femme!  elle  a  manqué  trop  tôt  pour  ses 
enfants. 

D'où  il  suit  que  faillir  a  signifié  mourir,  fait  mieux 
établi  encore  par  l'exemple  suivant,  où  failli  lient  jus- 
tement la  place  de  mort  : 

Il  lui  en  prend  comme  aux  poures  orphelins  qui  sont 
moins  avantagez  que  leurs  frères,  d'autant  que  leur  père 
est  failli  trop  test. 

(Th.  de  Bèze,    Vie  de  Calvin,  p.  j,J 

2°  point.  —  Autrefois,  beaucoup  de  verbes  à  l'infinitif 
en  ir  avaient  leur  participe  en  m,  tels  étaient,  par 
exemple,  bouillir,  férir  et  gésir,  qui  faisaient  bouillu, 
féru,  (jéu.  Il  n'y  a  donc  rien  d'étonnant  à  ce  que  faillir 
ait  fait  faillu  (il  le  fait  encore  en  blaisois)  ;  et,  attendu 
que,  dans  l'origine,  ce  verbe,  venu  du  latin  fallere,  a 
dû  s'écrire  fallir,  la  question  à  résoudre  ici  se  trouve 
ramenée  à  expliquer  comment,  dans  ce  dernier  verbe,  l 
a  pu  se  changer  en  h. 

La  manière  dont  on  prononce  aujourd'hui  les  l  du 
verbe  faillir  peut  déjà  faire  conjecturer  qu'une  /*  a  pu 
entrer  dans  le  participe  de  ce  verbe  ;  mais  voici  une 
explication  plus  positive. 

Dans  l'ancien  dialecte  poitevin,  la  lettre  l  se  change 
en  (j,  ainsi  qu'on  le  voit  dans  vowju,  pour  voulu,  et 
dans  rougist,  pour  voulsit,  vieil  imparfait  subjonctif 
du  verbe  vouloir;  et  comme,  dans  le  même  dialecte,  le 
g  s'emploie  aussi  pour  v  dans  le  participe  des  verbes 
en  evoir  (on  trouve  recegv],  c'est-à-dire  là  où  il  ne  peut 
être  qu'un  signe  pour  la  séparation  des  voyelles,  puis- 
que lesdits  participes,  d'abord  en  éim,  ont  fini  par  se 
terminer  en  eu,  ce  qui  implique  le  silence  du  r  pour  la 
première  forme,  il  en  resuite  la  certitude  que  la  lettre  / 
a  été  supprimée  jadis  entre  deux  voyelles,  et  remplacée 
par  un  signe  de  diérèse. 

Or,  on  n'employa  pas  partout  la  même  lettre  pour 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


99 


préyenir  l'œil  de  ne  pas  confondre  certaines  voyelles 
dans  une  même  émission  de  voix;  le  français,  par 
exemple,  se  servit  de  l'h  (trahir,  envahir,  etc.).  D'où  la 
possibililé,  à  mon  avis,  que  les  deux  l  de  faillir  aient 
été  remplacées  dans  notre  langue  par  la  lettre  /;,  et,  par 
conséquent,  que  ce  verbe,  ancienne  forme  de  faillir, 
ait  eu  pour  participe  fahu. 

3°7;o!»<.— De  fahu,  on  passa  naturellement  à /aw,  en 
deux  syllabes,  qu'on  trouve  en  effet  dans  cette  citation  : 

Aniprès  lou  clous  [elosi  qui  fu  monseigneur  Girard,  lou 
prévoira  'prètrei  faii...  el  la  vigne  qui  fu  fait  Tliiebault. 

{Bibl,  des  chartes,  5*  série,  IV,  p.  470-) 

Puis,  chose  la  plus  commune  dans  les  mutations  de 
voyelles,  a  se  changea  en  e,  ce  qui  est  attesté  par  cet 
exemple  : 

Certes,  biaus  chiers  sire,  à  mon  vuel 

Fussiez  vous  evesques  eslus, 

Quant  nostre  evesque  fut /"eu. 

(Th.  fr.  au  moyen  âge,  p.  148  ) 

En  supprimant  la  diérèse  (cela  s'est  fait  dans  tous 
les  participes  en  eu  se  prononçant  «),  on  est  tombé  sur 
feu,  monosyllabe  parfaitement  identique,  sauf  l'origine, 
à  feu  venu  dans  le  Berry,  de  fundus. 

La  démonstration  est  faite;  je  tiens  faillu  pour  l'ély- 
mologie  de  feu,  et  je  confirme  celte  opinion  par  le 
rapprochement  qui  suit  : 

En  allemand,  le  verbe  fallcn,  tomber,  a  pour  parti- 
cipe passé  gefallen,  qui  s'emploie,  dit  de  Suckau,  pour 
désigner  ceux  qui  sont  morts  dans  un  combat  ou  à  la 
suite  des  coups  d'un  assassin  :  die  gefallenen.  Or,  peut- 
on  être  surpris  après  cela  que  faillu,  participe  défaillir, 
verbe  qui  correspond  au  fallen  de  nos  voisins,  se  soit 
dit  chez  nous  pour  exprimer  comme  chez  eux  l'idée  de  : 
qui  a  cessé  de  vivre? 

X 
Seconde  Question. 

Le  CoDERiER  DE  Y LJJGELks  pourrcit-H  expliquer  l'ori- 
gine de  la  locution  c'est  au  diable  auvert,  employée 
pour  designer  un  endroit  ircs-cloigné?  Quelques  per- 
sonnes disent  aussi  :  c'est  ac  diable  veut.  Laquelle  de 
ces  deux  expresions  est  la  bonnet 

Non  loin  de  l'emplacement  où  est  aujourd'hui  l'Ob- 
servatoire, le  roi  Robert  avait  fait  bâtir  jadis  une  mai- 
son de  plaisance  dans  un  endroit  nommé  Vauvert,  c'est- 
à-dire  val  vert,  vallée  verte,  al  se  prononçant  alors  au. 
Sous  saint  Louis,  cette  maison  fut  abandonnée;  mais 
comme  les  Chartreux  que  le  pieux  roi  avait  établis  à 
Gentilly  la  voyaient  de  leurs  fenêtres,  ils  se  prirent  à  la 
convoiter.  Au  risque  de  s'exposer  à  un  refus,  il  fallait 
une  raison  pour  la  demander,  et  ils  n'en  avaient  poini, 
car  leur  habitation  était  fort  belle.  Ils  appelèrent  la 
ruse  à  leur  secours.  La  croyance  au  diable  florissait  en 
ce  temps-là:  ils  s'en  servirent  :  à  leur  commandement 
une  légion  d'esprits  infernaux  peupla  le  vieux  château, 
et  y  firent  un  tel  vacarme  que  bientôt  personne  n'osa 
plus  en  approcher.  Alors,  il  n'y  eut  que  les  moines 
qui  fussent  jugés  capables,  par  leur  présence  et  leurs 
prières,  de  disputer  la  propriété  aux  revenants,  et  saint 


Louis  fut  tout  heureux  et  tout  aise  de  trouver  les  bons 
pères  pour  l'en  débarrasser  : 

Lq  Roi  leur  accorda  leur  demande,  et  non-seulement 
leur  donna  le  lieu  et  i'iiôtel  de  Vauvei  t,  avec  toutes  ses 
appartenances  et  dépendances,  mais  même  leur  laissa  la 
maison,  les  vignes  et  les  terres  où  il  les  avoit  établis  à 
Gentilli. 

(Hurtaut  et  Magny,  Dici.  hist.  de  Paris,  II,  p.  280.) 

Le  diable  de  Vauvert,  dont  le  tintamarre  avait  effrayé 
la  population  de  Paris  pendant  toute  une  année  peut- 
être  (la  donation  de  saint  Louis  est  datée  du  mois  de 
mai  ^  259,  et  la  pensée  de  s'établir  à  Vauvert  était  venue 
aux  moines  un  an  après  leur  installation  à  Gentilly, 
qui  avait  eu  lieu  en  <2d71,  le  diable  de  Vauvert,  dis-je, 
acquit  une  grande  célébrité  comme  le  montrent  ces 
exemples  : 

Que  le  grand  diable  de  Vauvert 

A  peine  s'en  peut  demesler. 

(Coquiilard,  a'  part,  des  Droits  nouv.') 

]e  vous  cUiquaneray  en  diable  de  Vauvert. 

(Rabelais,  Pant.,  IV,  6.) 

Il  y  a  certaiQS  gentilshommes  qui  font  le  diable  de  Vau- 
vert tant  sont  insolens  et  desreiglez. 

iFourmer.teau.  Finances.  III,  p.  a5l.) 

Avec  le  xvi'  siècle,  le  diable  de  Vauvert  disparut 
comme  superlatif  de  force,  de  puissance,  de  bruit.  Mais 
le  nom  de  diable,  qui  compose  tant  de  locutions  en  fran- 
çais, se  trouvait  dans  celles-ci  :  s'en  aller  au  diable, 
à  tous  les  diables,  pour  signifier  être  perdu  sans 
retour  : 

Il  faudra,  si  je  veux, 
Que  le  manteau  s'en  aille  au  diable. 

(La  Fontaine,  FaUes,  VI,  3.) 

Si  vous  ne  daignez  vous  en  informer,  le  Temple  du  Goût 
ira  à  tous  les  diables. 

(Voltaire,  lett.  en  vers  et  en  prose,  iS.) 

Or,  comme  ce  qui  va  sans  jamais  revenir  va  naturel- 
lement loin,  on  s'est  servi  de  aller  au  diable  pour  dire 
aller  loin  ;  et  comme  le  diable  de  Vauvert  avait  la  répu- 
tation d'être  un  plus  grand  diable  que  les  autres,  on  a 
fini  par  dire  aller  au  diable  de  Vauvert,  c'est  au  diable 
de  Vauvert,  pour  signifier  excessivement  loin  :  c'est 
encore  une  expression  superlative,  mais  qui  s'applique, 
celle-là,  à  la  dislance. 

Après  ce  qui  précède,  il  est  à  peine  nécessaire  d'ajou- 
ter que  les  locutions  c'est  au  diable  Auvert,  c'est  au 
diable  vert,  sur  lesquelles  vous  avez  bien  voulu  me 
consulter,  sont  aussi  impropres  l'une  que  l'autre. 

Au  sujet  de  ladite  expression  proverbiale,  on  trouve 
ceci  dans  le  dictionnaire  de  Liltré,  7=  acception  du 
mot  diable  : 

11  m'a  fait  aller  au  diable  Vauvert  (et  non,  comme  on  dit 
communément  par  erreur  :  au  diable  au  vert). 

Et  au  mot  vacvert,  on  lit,  dans  le  même  ouvrage  : 
Mot  qui  n'est  usité  que  dans  cette  locution  :  Aller  au  diable 
Vauvert,  aller  très-loin,  faire  une  grande  course. 

D'où  cette  conséquence  que,  pour  le  célèbre  académi- 
cien, l'expression  aller  au  diable  Vauvert  est  parfaite- 
ment bonne. 

Je  ne  suis  point  du  tout  du  même  avis:  la  préposi- 


-100 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


lion  de  ne  pouvant  être  supprimée  que  devant  un  nom 
propre  de  personne  (rue  Lamartine,  pont  Notre-Dame, 
etc.),  il  faut  nécessairement  dire  ici:  Aller  au  diable 
de  Vauvert,  le  dernier  terme  de  cette  phrase  étant  un 
nom  propre  de  lieu. 

ÉTRANGER 


Première  Question. 
Le  Dictionnaire  étymologique  de  Brachel  disant  que 
l'origine  du  verbe  beckoqcevillek   est  «   inconnue  », 
permettez-moi  de  venir  vous  demander  si,  réellement, 
on  ne  sait  rien  sur  cette  origine. 

D'après  Aug.  Scheler,  à  l'opinion  duquel  M.  Littré  se 
range,  recroqueviller  est  un  «  mot  défiguré  de  recoqvil- 
1er,  en  y  faisant  entrer  l'idée  de  croc,  chose  recourbée, 
repliée  »;  mais  cela  ne  suffît  pas  pour  établir  l'origine 
du  mot  en  question,  car  l'introduction  de  cette  sjllabe 
ne  peut  donner  que 

Re— croqu— jller, 
et  n'explique  nullement  la  présence  du  v  qui  se  trouve 

dans 

Re— croque— v—iller. 

J'ai  donc  cherché  une  explication  plus  satisfaisante, 
et  voici  celle  que  j'ai  trouvée  : 

Le  verbe  recroqueviller,  qui,  de  même  que  son  syno- 
nyme rccoquiller,  exprime  une  idée  d'enroulement,  de 
repliement  d'un  corps  sur  lui-même,  viendrait  de  l'ad- 
jectif curvus,  courbe,  ainsi  que  je  vais  vous  l'expli- 
quer. 

Après  une  légère  altération  dans  le  primitif/ m  changé 
en  0,  et  v  en  b,  altération  qui  n'a  rien  que  de  très-ordi- 
naire), on  aurait  fait  recorbiller,  sorte  de  diminutif, 
dont  l'existence  est  révélée  par  la  citation  suivante,  qui 
s'applique  à  la  convoitise  : 

liccorbillies  et  croçues 
Avoit  les  mains  icèle  ymage. 

^liom.  de  la  lîosf,  ï,  p.  4'3.  td,  Fr.  Michel.) 

Puis,  on  aurait  fait  rétrograder  IV  de  cor,  de  même 
qu'on  l'a  fait  dans  fromage,  autrefois  formage;  d'où 
recrobillcr,  qui  s'employa  au  xvi"  et  au  xvn"  siècle  dans 
le  sens  de  se  retirer  sur  soi-même  : 

Car  ainsy  qu'un  limaçon,  si  tost  qu'on  touche  l'une  de 
SCS  cornes,  l'autre  se  retire,  se  rccrobitc  en  sa  coquille; 
ainsy  faisoyenl  ces  Lombards  dans  leurs  tranch(^es... 

{Sati/rc  Mênippik,  p.  352,  éd.  Cliarp.) 

Ensuite,  perdant  entièrement  de  vue  l'origine  de  ce 
verbe,  sans  cesser  toutefois  d'y  sentir  l'idée  générale 
qu'il  renfermait,  on  en  serait  venu  à  l'écrire  comme  s'il 
fût  dérivé  de  croc,  mot  représentant  la  môme  idée  : 
Les  feuilles  de  cet  arbre  sont  toutes  recrnquebUtc'cs. 

(La  Quintinie,  dans  Furetière,  ^^l'J.) 

Enfin,  le  son  dur  de  que,  devant  le  son  également  dur 
de  b,  aurait  ramené  ce  dernier  à  son  origine  v,  et  l'on 
aurait  eu  le  mot  recroqueviller,  dont  l'étymologic  s'est 
dérobée  si  longtemps  aux  investigations  des  grammai- 
riens : 


La  chaleur  excessive  du  soleil  a  desséché  et  recroquevillé 
les  feuilles  des  plantes  et  des  arbres. 

(Trévoux,   I?*;!.! 

X 

Seconde  Question. 
On  trouve  dans  riNTERMÉDUiRE  (4°  année,  col.  2S3) 
utie  explication  signée  :  «  Un  marin  qui,  plus  d'une  fois 
a  eu  de  la  peine  à  doubler  le  Cap  Faïot.  »  Qu'est-ce 
que  cela  veut  dire?  La  géographie  ne  mentionne  aucun 
cap  de  ce  nom. 

Il  ne  s'agit  point  ici  de  géographie,  mais  bien  de 
cuisine.  En  effet,  fayot  est  une  forme  altérée  de  fayolle, 
lequel  est  venu  de  l'italien  fagiuolo,  fait  du  latin  faseo- 
lus,  qui  n'est  autre  que  le  vocable  grec  çisYjXoç,  un 
haricot;  et  ce  mot,  qui  se  dit  communément  aujour- 
d'hui dans  l'ouest  de  la  France,  a  été  adopté  par  les 
matelots. 

Or,  le  jour  où,  à  bord,  toutes  les  provisions  fraîches 
sont  consommées,  où  l'on  en  est  réduit  au  lard,  au  bœuf 
salé  et  aux  légumes  secs  (dont  le  principal  est  le  hari- 
cot), les  matelots  disent  qu'ils  naviguent  sous  le  cap 
Fayot,  passage  qu'il  importe  d'effectuer  le  plus  promp- 
tement  possible  en  prenant  terre  quelque  part  : 

Au  large,  l'équipage  est  généralement  au  cap  Fayot  dés 
le  second  jour,  les  maîtres  bien  peu  de  temps  après,  les 
aspirants  plus  tard;  les  officiers,  dont  la  table  est  mieux 
pourvue  de  provisions,  ne  l'aperçoivent  que  vers  la  fin  de 
la  traversée;  mais  si  les  calmes  et  les  vents  contraires  s'en 
mêlent,  un  commandant,  un  amiral  même  peuvent  être 
affalés  sous  le  maudit  cap. 

(De  La  Landelle,  Laiig.  des  marins,  p.  Il8.) 

La  phrase  que  vous  me  citez  signifie  donc  tout  sim- 
plement que  le  marin  qui  l'a  signée  a  eu  plusieurs  fois 
à  souffrir,  en  naviguant,  de  n'avoir  plus  à  manger  que 
des  provisions  sèches. 

X 
Troisième  Question. 

Voudriez-vous  bien  m' expliquer  pourquoi  rossinante, 
musculin  quand  il  désigne  la  monture  de  Don  Qui- 
chotte, est  féminin  qua7id  il  désigne  un  cheval  efflan- 
qué, celui  qui  s'appelait  auparavant,  je  crois,  un  che- 
val d' Apocalypse  ? 

Quand  Bassinante  apparut  dans  notre  langue  (ce  qui 
dut  avoir  lieu  vers  le  milieu  du  xviii''  siècle,  puisque  ce 
mot  ne  se  trouve  pas  dans  Furetière,  et  qu'il  est  dans 
la  seconde  édition  de  Trévoux),  nous  avions  déjà  le  mot 
ross''  depuis  plus  d'un  siècle  pour  désigner  un  cheval 
dans  le  même  état  que  celui  du  chevalier  de  la  Manche  ; 
CCS  exemples  le  prouvent  : 

Un  cheval  généreux  ne  devient  jamais  rosse. 

(Ronsard,  56i.) 

Mais  la  postérité  d'Alfane  et  de  Dayard, 

Quand  ce  n'est  qu'une  rosse,  est  vendue  au  hasard. 

(Bolleau,  Sat ,  V.l 

Or,  Uossinante,  employé  ])ar  antonomase,  avait  le 
même  sens  que  rosse  em[)Ioyé  au  propre;  et  c'est  de  là, 
je  pense,  qu'est  venue,  pour  le  premier,  son  assimila- 
tion de  genre  avec  le  second. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


iOi 


X 

Quatrième  Question. 
Pourriez-vous,  ou  plutôt  voudriez-vous  bien  m'expli- 
qucr  pourquoi  I'e  des  mots  cueillir,  REcrEiLLiK,  e/c,  se 
prononce  eu  quand^  partout  ailleurs,  devant  ill,  il  se 
prononce  i  ? 

Ayant  reconnu  que  le  son  eu  n'est  qu'un  affaiblisse- 
ment du  son  plein  de  Vu  (prononcé  oui,  nos  ancêtres, 
pour  amoindrir  ce  son,  faisaient  souvent  suivre  Vu  d'un 
e,  et  ils  écrivaient  ue  ce  que  nous  écrivons  et  pronon- 
çons eu  : 

Quel  chose  est  li  liomes  ke  tu  1'  magnefies,  ou  por  koi 
mes  tu  ton  cuer  à  luy. 

(Saint  Bernard,  Serm.^  p.  5a6.) 

Blanche  la  eue  e  la  crignete  jalne. 

[Ch.  de  Roland,  ch.  III,  v.  $7.) 

Duzes  hues  et  les  eues  tûtes  ensemble  une  part  turnerent. 

(Rois,  p.  5j4) 

Un  cerf  troverent  maintenant 
De  seize  ramers  fier  et  grant, 
Les  muetes  li  ont  descoplees, 
Baudes  et  bien  entalentèes. 

(Du  Cange,  ifota.  6.) 

Cette  orthographe  semble  s'être  généralement  perdue 
assez  vite;  mais  il  y  eut  une  exception  pour  le  cas  où 
ue  était  précédé  d'un  c,  auquel  il  fallait  maintenir  le 
son  de  h;  et  voilà  pouiquoi  on  a  conservé  cueillir ,,  re- 
cueillir,, etc.,  où  e  sonne  eu  devant  ill  :  c'est  une  écri- 
ture archaïque. 

PASSE-TEMPS  GRAMMATICAL 


Corrections  du  numéro  précédent. 

1°  ...  a  coûté  à  la  France;  —  2"  ...  le  seul  qui  ne  se  soit  pas 
évadé;  —  3°  ...  nous  ayons  pas  d'j  après  l'y);  —  4°  ...  ça  les 
dispense  d'apprendre;  — 5°...  ne  soient  des  fripons;  —  6°  ...  où 
l'on  ait  mieuï  démontré,  ou  bien  :  où  soient  mieux  démontrées 
que  dans  celui-ci  les  inconséquences;  —  7°  Ils  labourent  ^ro/oii- 
de'ment  le  ,sol  qui  doit;  —  S"  ...  que  SI.  Labiche,  assisté  de 
M.  Duru,  a  donnée  au  Gymnase;  —  9*  ...  du  canton  de  Poissj 
qu'après  a l'Oic  parcouru  celles;  —  10"  ...  craignant  que  M.  Tbicrs 
ne  prit  la  parole. 

Phrases  à  corriger 
trouvées  pour  la  plupart  dans  la  presse  périodique. 

!•  Les  stagiaires  s'amufaient  de  ses  manie?,  parodiaient 
ses  tics,  ses  phrases  à  effet,  l'audace  de  ses  métaphores, 
mais  pas  trop  haut,  car  il  avait  le  bec  et  les  ongles. 

2°  Nous  nous  sommes  donnés  comme  lâche  régulière  de 
contrôler  les  dépenses  et  les  recettes  de  chaque  jour. 

3'  Je  puis  vous  annoncer  en  même  temps  que  le  ministre 
des  travaux  publics  vient  de  demander  et  d'obtenir  de  la 
commission  du  budget  qu'elle  proposerait  à  l'Assemblée  le 
vote  d'un  crédit  important... 

4°  Elle  vint  se  mettre  sur  les  genoux  de  sa  mère  en  lui 
disant  :  «  Donne-moi  un  peu  de  vinaigre,  je  sens  que  je 
vais  m'évanouir,  »  et,  avant  que  sa  malheureuse  mère  ait 
pu  se  lever,  elle  poussa  un  léger  soupir  et  mourut. 

5*  A  diverses  reprises,  M.  de  Deauchamp  a  déclaré  hau- 
tement qu'il  défendra  le  septennat.  «  J'ai  voulu,  dit-il,  dans 


une  nouvelle  profession  de  foi,  j'ai  voulu  que  les  électeurs 
soient  bien  convaincus  de  ma  ferme  résolution... 

6*  Je  suppose  qu'on  lui  portit  votre  histoire  de  tout  à 
l'heure  en  lui  disant  le  mot  sacramentel  :  il  y  a  une  pièce 
là-dedans. 

7°  D'après  de  nouveaux  avis  de  la  frontière,  il  serait 
inexact  que  les  carlistes  auraient  tiré  des  coups  de  fusil  sur 
les  corvettes  allemandes. 

8-  Ne  nous  sommes-nous  pas  laissés  aveugler  jusqu'à 
nous  livrer  aux  passions,  aux  égarements  de  tous  les 
partis? 

9*  Le  public,  moins  naïf  qu'on  Croit,  ne  s'y  trompa  point. 
Il  ne  se  trompe  pas  davantage  aujourd'hui. 

10'  M.  Antonin  Lefebvre-Pontalis,  auteur  de  ce  rapport, 
s'est  acquitté  de  sa  tâche  avec  beaucoup  de  conscience.  Il 
a  étudié  son  sujet  avec  un  zèle  on  ne  peut  plus  louable. 

[Les  corrections  à  quinzaine.) 


FEUILLETON. 


BIOGRAPHIE   DES  GRAMMAIRIENS 

PREMIÈRE   MOITIÉ   DU   SYII'   SIÈCLE. 

VAUGELAS. 

fSuite.y 

Je  peux.  —  Plusieurs  le  disent  et  l'écrivent;  mais  je 
puis  est  beaucoup  mieu.\  dit,  et  plus  en  usage. 

Preigne,  vieiyne.  —  C'est  une  faute  familière  aux 
courtisans,  hommes  et  femmes,  de  dire  preigne  pour 
prenne,  vieigne  pour  vienne. 

Naviguer,  naviger.  —  Tous  les  gens  de  mer  disent 
naviguer;  mais  à  la  Cour  on  dit  naviger,  et  tous  les 
bons  auteurs  l'écrivent  ainsi  0  647). 

yu-pieds.  —  Ce  mot  se  dit  en  parlant,  mais  jamais 
les  bons  auteurs  ne  l'écrivent;  ils  disent  les  pieds 
nuds. 

Noms  propres.  —  Que  les  noms  propres  soient  grecs 
ou  latins,  il  faut  les  prononcer  selon  l'usage,  car  il  n'y 
a  point  de  règle  certaine  pour  cela. 

Huit,  huitième,  huitain.  —  Devant  ces  trois  mots, 
on  ne  fait  point  l'élision  de  I'e;  on  dit  :  le  huit,  le  hui- 
tième, etc. 

Température,  tempérament.  —  Le  premier  se  dit  de 
l'air,  le  second  des  personnes. 

Terroir,  terrein,  territoire.  —  Terroir  se  dit  de  la 
terre  «  en  tant  »  qu'elle  produit  les  fruits;  territoire, 
lorsqu'il  s'agit  de  juridiction,  et  terrein,  quand  il  s'agit 
de  fortification.  Le  laboureur  parle  du  terroir,  le  juris- 
constille  du  territoire,  et  le  soldat  ou  l'ingénieur  du 
terrein. 

Article.  — Toutes  les  fois  qu'un  adjectif  est  mis  après 
son  substantif  avec  plus  entre  les  deux,  il  faut  que 
l'article  précède  plus,  comme  dans  :  c'est  la  coutume 
des  peuples  les  plus  barbares.  Les  poètes  aussi  bien 
que  «  ceu.x  qui  écrivent  en  prose  »  doivent  s'y  assu- 
jélir. 

Siéger,  tasser.  —  Le  premier  employé  pour  assiéger, 
et  le  second  |)our  entasser  ne  valent  rien;  c'est  une  faute 
pariiculièremcnl  familière  aux  Normands. 


102 


LE  COURRIER  DE  VAUGE^AS 


Le  onzième.  —  Plusieurs  parlent  et  écrivent  ainsi, 
mais  Irès-mal.  Il  faut  dire  /'oiziéme. 

Sur  le  minuit.  —  C'est  ainsi  que  depuis  neuf  ou  dix 
ans  toute  la  Cour  parle,  et  que  les  bons  auteurs  écrivent. 
C'est  pourquoi  il  faut  dire  et  écrire  sur  le  minuit  et  non 
pas  sur  la  minuit,  bien  qu'une  inflnité  de  gens  trouvent 
cette  façon  de  parler  insupportable. 

Verbes  régissant  deux  cas,  mis  avec  un  seul.  —  Nos 
excellents  écrivains  modernes  condamnent  cette  façon 
de  parler  :  ayant  embrassé  et  donné  la  bénédiction  à 
son  fils,  parce  que,  disent-ils,  embrassé  régit  l'accusatif, 
et  que  donné  régit  le  datif.  Celte  règle  est  fort  belle.  Il 
y  a  fort  peu  de  temps  qu'on  a  commencé  à  la  pratiquer. 

Tomber,  tumber.  —  11  faut  dire  tomber  avec  un  o, 
quoiqu'on  entende  dire  souvent  à  des  personnes  qui 
parlent  très-bien  tumber  avec  un  u;  mais  ce  n'est  pas 
supportable. 

Un  adjectif  avec  deux  substantifs  de  genre  différent. 
—  Dans  cet  exemple  :  ce  peuple  a  le  cœur  et  la  bouche 
ouverte  à  vos  louanges,  faut-il  dire  ouverte  ou  ouverts? 
Il  iaiUdrail  dire  ouverts  selon  la  grammaire  latine;  mais 
l'oreille  a  de  la  peine  à  s'y  accommoder.  Vaugelas  vou- 
drait qu'on  dît  ouverte,  qui  est  beaucoup  plus  doux,  et, 
du  reste,  c'est  ainsi  que  l'on  parle  à  la  Cour. 

Songer.  —  Il  y  en  a  qui  ne  peuvent  souffrir  ce  mot 
pour ^ÊHie;;  mais  ils  n'ont  pas  raison,  car  qu'y  a-t-il 
à  alléguer  contre  l'usagequi  le  fait  dire  et  écrire  ainsi  à 
tout  le  monde? 

Si  c'était  moi  qui  eusse,  si  c'était  moi  qui  eût.  —  La 
plupart  assurent  qu'il  faut  dire  si  c'était  moi  qui 
eusse  fait  cela,  et  non  pas  qui  eût  fait  cela,  car  pour- 
quoi tnoi  régirait-il  une  autre  personne  que  la  pre- 
mière? Ils  ont  raison  puisqu'on  dirait  si  c'étoient  nous 
qui  eussions  fait  cela.  Cependant  le  grand  usage  est 
pour  eût. 

Age.  —  La  3'  personne  singulière  du  subjonctif  du 
verbe  «l'OiV s'écrivait  ainsi  autrefois;  mais  aujourd'hui, 
on  n'écrit  plus  que  ait. 

Par  ce  que.  —  Il  ne  faut  jamais  séparer  ainsi  celle 
expression  en  trois  mots  quand  elle  signiQe  quia. 

Quoique.  —  Il  faut  prendre  garde  de  ne  le  mettre 
jamais  après  que ,  comme  dans  je  vous  assure  que 
quoique  je  vous  aime  etc.,  à  cause  de  la  cacophonie.  Il 
faut  dire  que  bien  que  ou  qu'encore  que,  qui  est  peut- 
être  plus  doux,  ayant  un  que  de  moins. 

Le  libéral  arbitre.  —  Ancienne  expression  dont  plu- 
sieurs modernes  se  servent  encore.  Elle  est  mauvaise 
parce  que  libéral  ne  veut  pas  dire  libre.  Le  plus  sûr  et 
le  meilleur  est  d'écrire  et  de  dire  franc  arbitre. 

Prochain,  voisin.  —  Ces  deux  mots  ne  reçoivent 
jamais  de  comparatif  ni  de  superlatif;  on  ne  dit  point  : 
plus  prochain,  très-prochain,  plm  voisin,  très-voisin. 
Le  peuple  dit  abusivement  c'est  mon  plus  prochain 
voisin. 

Proches.  —  Presque  tout  le  monde  le  dit  pour 
parens  :  je  suis  nljandonnè  de  mes  proches;  mais 
les  gens  de  la  Cour,  comme  CoëlTeleau,  ne  le  peuvent 
souffrir. 

1'.  —  Les  courtisans  emploient  ordinairement  g  pour 


«  lui,  comme  dans  cette  phrase  :  j'ai  remis  les  hardes 
de  mon  frère  à  un  tel,  afin  qu'il  les  y  donne.  C'est  une 
faute. 

Y  et  en.  —  Il  faut  que  y  précède  en;  dites  :  il  y  en 
a,  et  non  :  il  en  y  a,  qui  se  disait  anciennement. 

Tout.  —  C'est  une  faute  que  presque  lout  le  monde 
commet  que  de  dire  tous  au  lieu  de  tout.  Par  exemple, 
il  faut  dire,  ils  sont  tout  étonnez,  et  non  tous  étonnez, 
parce  qu'en  cet  endroit,  c'est  l'adverbe. 

Vinrent,  vindrent.  —  Tous  deux  sont  bons,  mais 
vinrent  est  beaucoup  meilleur  et  plus  usité. 

Prononciation  de  oi.  —  La  Cour  prononce  beaucoup 
de  mots  écrits  avec  la  diphthongue  ai,  parce  que  cette 
dernière  est  incomparablement  plus  douce  et  plus  déli- 
cate. Mais  quand  faut-il  prononcer  ai  pour  ai?  Vaugelas 
va  donner  quelques  règles  à  ce  sujet. 

4°  Dans  tous  les  monosyllabes,  il  faut  prononcer  ai, 
comme  dans  lai,  bois,  quoi,  etc.  ;  il  n'y  en  a  que  fort 
peu  d'exceptés,  comme  froid,  droit,  soient,  sait,  qui 
sonnent  fraid,  drait,  saient,  sait,  excepté  quand  soit 
est  conjonction.  Par  exemple,  on  dira  :  soit  que  cela 
sait  ou  non. 

2°  Dans  tous  les  mots  terminés  en  air,  comme  mou- 
choir, parloir,  etc.,  on  prononce  toujours  ai. 

3°  On  prononce  aussi  toujours  ai  aux  trois  personnes 
singulières  des  verbes  qui  se  terminent  en  cois,  comme 
je  conçois,  j'aperçois. 

4°  Tantôt  on  prononce  oi  et  tantôt  ai  dans  les  syllabes 
qui  ne  sont  pas  à  la  fin  des  mots;  dans  les  suivants,  oa 
prononce  ai  :  boire,  mémoire,  gloire,  foire,  et  l'on  pro- 
nonce craire,  craitre,  connaître  les  mots  croire,  croître, 
connaître,  etc. 

5"  11  faut  dire  avoine  avec  toute  la  Cour,  et  non  pas       j 
aveine,  avec  tout  Paris.  "j 

6°  Ai  se  prononce  pour  oi,  à  la  fin  des  noms  natio- 
naux, provinciaux  ou  des  habitants  des  villes;  on  dit 
pourtant  Génois,  Suédois  et  Liégeois. 

Sçavoir.  —  Ce  verbe  se  construit  souvent  avec  un 
infinitif  ou  le  pronom  qui  suivi  d'un  mode  personnel  : 
;/  fit  du  bien  à  tous  ceux  qu'il  sçavoit  avoir  aimé  son 
fils,  au  lieu  de  qui  avaient  aimé  son  fils.  Mais  Vaugelas 
ne  voudrait  jamais  se  servir  de  la  seconde  construction, 
et  rarement  de  la  première,  parce  qu'il  y  a  quelque 
chose  de  rude  dans  cette  phrase. 

Des  vers  dans  la  prose.  —  11  faut  éviter,  non  pas  de 
citer  des  vers  dans  la  prose,  mais  de  faire  de  la  prose 
qui  fasse  des  vers,  et  cela,  principalement  au  commen- 
cement ou  à  la  fin  de  la  période.  De  tous,  les  alexandrins 
sont  les  plus  vicieux. 

Vrquit,  vécut.  —  Les  deux  se  disent,  seulement  on 
peut  avertir  ceux  qui  écrivent  exactemcnl,  et  qui  aspi- 
rent à  la  perfection,  de  prendre  garde  d'employer  vrquit 
ou  vécut  selon  qu'il  sonnera  mieux  à  l'endroit  où  il  sera 
mis.  Vaugelas  aimerait  mieux  dire,  //  vêquil  rt  mourut 
chrétiennement  que  il  vécut  et  mourut. 

{La  suite  au  prochain  numéro.) 
Le  Rédactebr-Géba.nt  :  Eman  MARTIN. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


^03 


BIBLIOGRAPHIE 


OUVRAGES     DE     GRAMMAIRE     ET     DE     LITTERATURE 

Publications  de  la  quinzaine  : 


L'Homme  à  l'oreille  cassée;  par  Edmond  About. 
7"  édition.  In-18  Jésus,  285  p.  Paris,  lib.  Hachette  et  Cie. 
3  fr. 

Galerie  des  hommes  utiles;  par  A.  Du  Saussois.  Pa- 
lissy.  ln-32,  3'2  p.  l'aris,  l'auteur,  108,   rue  Montmartre. 

Notions  de  philosophie;  par  Joseph  Favre,  professeur 
de  ])hilosophie  à  la  faculté  des  lettres  de  Bordeaux,  ln-18 
jésu.-;,  Z|60  p.  Paris,  lib.  Delagrave. 

Colbert,  ministre  de  Louis  XIV  (1661-1683);  par 
M.  Jules  Gourdault.  2°  édition.  Gr.  in-8%  350  p.  et  à  grav. 
Tours,  lib.  Manie  et  fils. 

Les  Secrets  de  la,  plage  ;  par  J.  Pizzetta.  Ouvrage 
illustré  de  83  gravures.  In-8°,  22/i  p.  Paris,  lib.  Rigaud. 

Première  expédition  de  Jeanne  d'Arc.  Le  Ravitail- 
lement d'Orléans.  Nouveaux  documents.  Plan  du  siège 
et  de  l'expédition  ;  par  M.  Boucher  de  Molandon,  delà 
Société  archéologique  et  historique  de  l'Orléanais.  In-8°, 
Xix-116  p.  Orléans,  lib.  Colas. 

La  Défense  de  Belfort,  écrite  sous  le  contrôle  de 
M.  le  colonel  Denfeit-Rochereau;  par  MM.  Edouard  Thiers, 
capitaine  du  génie,  et  S.  de  La  Laurencie,  capitaine  d'ar- 
tillerie. Avec  cartes  et  plans,  à^  édition.  In-8%  /|17  p.  Pa- 
ris, lib.  Le  Chevalier.  7  fr.  50. 

Scènes  et  proverbes;  par  Octave  Feuillet,  de  l'Acadé- 
mie française.  Le  Fruit  défendu.  La  Grise.  Rédemption. 
Le  Pour  et  le  Contre.  Alix.  La  partie  de  Dames.  La  Clef 
d'or.  Nouvelle  édition.  In-18  jésus,  M3  p.  Paris,  lib. 
Michel  Lévy.  3  fr.  50. 


Encyclopédie  générale  des  deux  mondes,  revue 
universelle  des  sciences,  des  lettres,  de  l'histoire,  des  arts, 
du  commerce  et  de  l'industrie  mise  à  la  portée  de  tous. 
Histoire  générale  de  tous  les  peuples  du  monde;  par  une 
Société  de  savants  et  de  gens  de  lettres  sous  la  direction 
de  Ferdinand  de  Boyères.  T.  1  et  2.  In-S",  xvi-710  p.  Paris, 
l'auteur,  11,  rue  Blottière. 

Nouvelle  grammaire  française  sur  un  plan  neuf, 
méthodique  et  essentiellement  pratique,  divisée  en 
deux  parties  :  1°  Eléments  et  orthographe  ;  2»  Syntaxe  ;  par 
Abel  Fabre.  7"  édition.  In-12,  vni-132  p.  Lyon,  lib.  Gay, 

Notes  pour  servir  à  l'histoire  de  Provence;  par 

V.  Lieutand,  bibliothécaire  de  la  ville  de  Marseille.  N°  6. 
Le  Pape  Léon  X,  archevêque  d'Aix  (8-20  juin  1483).  In-8% 
8  p.  Marseille,  libr.  Boy  fils.  2  fr. 

Œuvres  complètes  de  lord  Byron,  traduites  par 
Benjamin  Laroche.  Nouvelle  édition.  2'^  série  :  Poèmes. 
W  série  :  Don  Juan.  In-18  jésus,  996  p.  Paris,  lib.  Hachette 
et  Cie.  Chaque  vol.  3  fr.  50. 

Quinze  Satires  ;  par  Desiderais.  In-18  jésus,  269  p. 
Paris,  lib.  Lachaud  et  Burdin.  3  fr. 

Éloge  de  Bourdaloue.  Discours  auquel  l'Académie 
française  a  décerné  le  prix  d'éloquence  dans  sa  séance 
publique  annuelle  du  13  août  187/i  ;  par  Anatole  Feugère, 
professeur  de  rhétorique  au  collège  Stanislas.  In-li",  88  p. 
Paris,  lib.  Firmin  Didot  frères;  fils  et  Cie. 


Publications   antérieures 


CHANSONS  POPULAIRES  DE  LA  FRANGE  AN- 
CIENNES ET  MODERNES,  classées  par  ordre  chrono- 
logique et  par  noms  d'auteurs,  avec  biographie  et  notices. 
—  Par  Louis  Mo.ntjoie.  —  In-32.  —  Paris,  librairie  Gar- 
nier  frères,  6,  rue  des  Saints-Pères. 


LES  DIALOGUES  DE  JACQUES  TAHUREAU,  gen- 
tilhomme du  Mans,  avec  notice  et  index.  —  Par  F.  Cons- 
cience. —  Petit  in-12,  xxviii-201  pages.  —  Paris,  librairie 
Alphonse  Lemerre,  passage  Choiseul.  —  7  fr.  50. 


DU  DIALECTE  BLAISOIS  et  de  sa  conformité  avec 
l'ancienne  langue  et  l'ancienne  prononciation  française. — 
Thèse  présentée  à  la  faculté  des  lettres  de  Paris,  par  F. 
Talbert,  professeur  de  rhétorique  au  prytanée  militaire  de 
La  Flèche.  —  Paris,  Ernest  Tliorin,  éditeur,  libraire  du 
Collège  de  France  et  de  l'Ecole  normale  supérieure,  7,  rue 
de  Médicis. 


L'INTERMÉDIAIRE  DES  CHERCHEURS  ET  DES 
CURIEUX.  —  En  vente  à  la  librairie  Sandoz  et  Fischba- 
cher,  33,  rue  de  Seine,  à  Paris.  —  Prix  :  i"  annéi-,  15  fr., 
2«  année,  10  fr.;  3»  année,  12  fr.;  U"  année,  8  fr.;  5°  année, 
12  fr.  —  Chaque  année  se  vend  séparément.  —  Envoi 
franco  pour  la  France. 


ŒUVRES  DE  RABELAIS,  augmentées' de  plusieurs 
fragments  et  de  deux  chapitres  du  5'  livre,  etc.,  et  pré- 
cédées d'une  notice  historique  sur  la  vie  et  les  ouvrages 
do  Rabelais.  —  Nouvelle  édition,  revue  sur  les  meilleurs 
textes,  éclaircie  quant  à  l'orthographe  et  à  la  ponctuation, 
accompagnée  de  notes  succinctes  et  d'un  glossaire,  par 
Louis  Barré,  ancien  professeur  de  philosophie.  —  In-i8 
jésus,  xxxv-612  p.  Paris,  librairie  Garnier  frères.,  6,  rue 
des  Saints-Pères,  à  Paris. 


LE  MÉNAGIER  DE  PARIS.  —  Traité  de  morale  et 
d'économie  domestique,  composé  vers  1393,  par  un  Bour- 
geois parisien  ;  contenant  des  préceptes  moraux,  quelques 
faits  historiques,  des  instructions  sur  l'art  de  diriger  une 
maison,  des  renseignements  sur  la  consommation  du  Roi, 
des  Princes  et  de  la  ville  de  Paris,  î»  la  fin  du  xiv^  siècle; 
un  traité  de  cuisine  fort  étendu  et  un  autre  non  moins 
complet  sur  la  chasse  h  l'épervier.  —  Publié  pour  la  pre- 
mière fois  par  la  Société  des  Bibliophiles  français.  —  2  vol. 
—  A  Paris,  à  rimpriraerie  deCrapelet,  9,  rue  de  Vaugirard. 


LE  CYMBALmi  MUNDI,  précédé  des  Nouvelles  re- 
créations et  joyeux  devis  de  Bonaventuoe  des  Periers.  — 
Nouvelle  édition,  revue  et  corrigée  sur  les  éditions  origi- 
nales avec  des  notes  et  une  notice.  —  Par  P.-L.  Jacor, 
bibliophile.  —  Paris,  Adolphe  Pclahays,  éditeur,  4-6,  rue 
Voltaire.  —  Prix;  in-16  :  5  fr.  ;  In-S»  :  2  fr.  50. 


^04 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


LA  VRAIE  HISTOIRE  DE  FRANCION,  composée  par 
CHARLEsSoREL,sieurdeSouvigny.  — Nouvelle  édition,  avec 
avant-propos  et  notes  par  Emile  Colombay.  —  Paris, 
Adolphe  Delahays,  éditeur,  Zi-6,  rue  Voltaire.  —  In-IG  : 
5  fr.  ;  in-18  Jésus,  2  fr.  50. 


VOCABULAIRE  RAISOXÎSÉ  ET  COMPARE  DU 
DIALECTE  ET  DU  PATOIS  DE  LA  PROVINCE  DE 
BOURGOGNE,  ou  Etude  de  l'histoire  et  des  mœurs  de 


cette  province  d'après  son  langage.  —  Par  MioisAnD,  de 
l'Académie  de  Dijon.  —  In-8°,  334  p.  —  Paris,  librairie 
Aubry,  18,  rue  Séguier. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS  (première,  seconde, 
troisième  et  quatrième  année).  —  En  vente  au  bureau  du 
Courrier  de  Vaugelas,  26,  boulevard  des  Italiens.  —  Prix 
de  chaque  année,  broché,  6  fr.  —  Envoi  franco  pour  la 
France,  l'Algérie  et  l'Alsace-Lorraine. 


FAMILLES     PARISIENNES 

Recevant  des  Étrangers  pour  les  perfectionner  dans  la  Conversation 

A  Passy  (près  du  Ranelagh).  —Un  chef  d'institution 


reçoit  dans  sa  famille  quelques  pensionnaires  étrangers 
pour  les  perfectionner  dans  la  langue  française  et  achever 
leur  éducation. 

Dans  un  grand  pensionnat  de  Demoiselles,  situé 
dans  une  des  localités  les  plus  salubres  de  la  banlieue  de 
Paris,  on  reçoit  de  jeunes  étrangères  pour  les  perfec- 
tionner dans  langue  française.  —  Chambres  particulières. 
Table  de  la  Directrice.  —  Prix  modérés. 


Une  Maison  d'éducation  qui  n'est  point  une  pension 
prend  des  étrangers  à  demeure  pour  leur  enseigner  la 
langue  et  la  littérature  françaises.  —  Près  du  Collège  de 
France  et  de  la  Sorbonne. 


Avenue  de  l'Impératrice.  —  Un  ancien  préfet  du 
collège  Rollin  prend  en  pension  quelques  jeunes  étrangers 
pour  les  perfectionner  sérieusement  dans  l'étude  de  la 
langue  française.  — Enseignement  de  l'allemand  et  prépa- 
ration aux  examens  pour  le  service  militaire  en  Angleterre. 


(Les  adresses  sont  Indiquées  à  la  rédaction  du  Journal.) 


CONCOURS    LITTERAIRES. 


Le  journal  Le  Tour>-oi  est  rédigé  au  concours  par  ses  abonnés  seulement. 

Les  articles  sont  soumis  à  l'examen  d'un  Comité  de  rédaction.  L'insertion  donne  droit  à  Vune  des  primes  suivantes  : 
ire  Prime  —  Cinq  exemplaires  du  numéro  du  journal  contenant  l'article  et  un  diplôme  confirmant  le  succès  du  lauréat  ; 
2=  Prime  —  Quinze  exemplaires  de  l'article,  tiré  à  part  avec  titre  et  nom  de  l'auteur,  et  formant  une  brochure. 

Tout  abonné  doii:e  fois  lauréat  reçoit  une  médaille  en  bronze,  grand  module,  gravée  à  son  nom. 

Les  articles  non  publiés  sont  l'objet  d'un  compte-rendu  analytique. 

On  s'abonne  en  s'adressant  à  M.  Ernest  Leroux,  éditeur,  28,  rue  Bonaparte,  à  Paris. 


Appel  aux  Poètes. 


Le  prix  de  poésie  fondé  par  M.  le  docteur  Andrevetan,  avec  l'aide  de  la  ville  d'Annecy  (200  francs),  sera  décerné  par 
la  Société  Florimontane  en  juillet  1875. 

Les  auteurs  devront  déclarer  par  écrit  que  leurs  envols  sont  inédits  et  n'ont  été  présentés  à  aucun  autre  concours. 

Tout  auteur  qui  se  ferait  connaître  serait  exclu  :  les  envois  porteront  une  épigraphe  qui  sera  répétée  à  l'extérieur 
d'un  billet  cacheté,  indiquant  le  nom  et  le  domicile  de  l'auteur. 

Sont  seuls  admis  à  concourir  :  1°  les  Français,  excepté  les  membres  effectifs  de  la  Société  Florimontane ,  —  2°  les 
étrangers,  membres  effectifs  ou  corresponJants  de  cette  Société. 

Les  manuscrits  devront  être  adressés  au  Secrétaire  de  la  Société  Florimontane,  avant  le  1='- juillet  1875.  Ils  resteront 
déposés  aux  archives  de  ladite  Société,  où  les  auteurs  pourront  en  prendre  connaissance. 

Le  sujet,  laissé  au  choix  des  concurrents,  ne  peut  être  traité  en  moins  de  cent  vers. 


Le  treizième  Concours  poétique  ouvert  à  Bordeaux  le  15  août  sera  clos  le  1"  décembre  187Zi.  —Dix  médailles  seront 
décernées.  —  Demander  le  programme,  qui  est  adressé  franco,  à  M.  Evariste  C.\rraxce,  président  du  Comité,  92,  route 
d'Espagne,  à  Bordeaux  (Gironde).  —  A/franchir. 


Livingstone. 


L'AcADÉ.MiË  FRv.NÇAisE  douno  pour  sujet  du  prix  de  poésie  à  décerner  en  1875 

Le  nombre  des  vers  ne  doit  pas  excéder  celui  de  deux  cents. 

Les  pièces  de  vers  destinées  à  concourir  devront  être  envoyées  au  secrétariat  de  l'Institut,  franches  de  port,  avant 
le  15  février  1875,  terme  de  rigueur. 

Les  manuscrits  porteront  chacun  une  épigraphe  ou  devise  qui  sera  répétée  dans  un  billet  cacheté  joint  h  l'ouvrage; 
ce  billet  contiendra  le  nom  et  l'adresse  de  l'auteur,  qui  ne  doit  pas  se  faire  connaître. 

On  ne  rendra  aucun  des  ouvrages  envoyés  au  concours,  mais  les  auteurs  pourront  en  faire  prendre  copie  s'ils  en 
ont  besoin. 

Lo  ri'ilaclfiir  du  Courrier  de  Vaui/rlds  csl  visible  ;i  son  bureau  de  midi  à  une  heure  et  dn/iie. 


Imprimerie  GouvERNEun,  G.  DAUPEi-iiv  à  Nogent-le-Rotrou. 


5'   Année. 


N°  14. 


15  Octobre  1874. 


QUESTIONS 
GRAMMATICALES 


LE 


QUESTIONS 

PHILOLOGIQUES 


^^^ 


\\Wy  Journal  Semi-Mensuel  ^-^/     // 

S^     CONSACRÉ    A    LA    PROPAGATION     UNIVERSELLE     DE    LA   LANGUE     FRANÇAISE       ^>(   1 


Paraisiant   !•    1*  et   !•   IS    de   eha«a«  mola 


PRIX  : 

Rédacteur:  Eman  MARTIN 

ON  S'ABONNE 

Abonnement  pour  la  France.    6  f. 

ANCIEN     PROFESSEUR      SPÉCIAL      POUR      LES      ÉTRANGERS 

En  envoyant  un  mandat  sur  la  poste 

Idem        pour  l'Élrangcr   lO  f. 

Oflirier  d'Académie 

soit  au  Rédacli'iir,  soit  à  l'Adm' 

Annonces,  la  ligne  .     .     .    .  50  c. 

26,  boulevard  des  Italiens,  Paris 

M.  FiscHBACHER,  33,  cue  de  Seine. 

SOMM.\IRE. 

Ce  qui  a  été  cause  de  la  propagation  de  l'argot  dans  notre 
langue;  —  Élymologie,  pluriel  et  prononciation  de  Guet-apens; 
—  Si  le  verbe  Écœurer  est  français;  —  Prononciation  des  syl- 
labes nasales  devant  un  mot  commençant  par  une  voyelle;  — 
Si  A  part  soi  est  une  bonne  expression.  ||  Prononciation  du 
mot  Fils;  —  Orthographe  de  Boulevard;  —  Élymologie  de 
Avachir.  \\  Passe-leraps  grammatical.  ||  Suite  de  la  biographie 
de  Vaugelas.  ||  Familles  parisiennes  pour  la  conversation.  ||  Con- 
cours littéraires. 


FRANCE 

Première  Question. 
Je  désirerais  bien  savoir  ce  qui  a  contribué  à  répandre 
l'argot  dans  notre  langue  au  point  oit  nous  le  voyons 
aujourd'hui.  Mais  cette  question  sortirait  peut-être  de 
votre  cadre? 

Le  Courrier  de  Vaugelas  s'étant  donné  la  lâche  de 
répondre  à  toutes  les  questions  qui  concernent  la  langue 
française,  j'ai  fait  des  recherches  pour  résoudre  celle 
que  vous  me  proposiez,  et  je  m'empresse  de  tous  faire 
part  des  résultats  auxquels  je  suis  parvenu. 

Langue  des  gueux  et  des  voleurs,  l'argot  a  probable- 
ment existé  dans  tous  les  temps  et  dans  tous  les  pays. 
Toutefois,  ce  n'est  guère  qu'au  xv"  siècle  que  l'on  trouve 
des  monuments  du  jargon  des  voleurs  français,  monu- 
ments qui  constituent  six  ballades  composées  par  Vil- 
lon, né,  comme  on  sait,  en  U3i. 

Le  premier  ouvrage  tout  en  argot  est  un  petit  livre 
de  Pechon  de  BuJnj,  et  le  second,  intitulé  Vie  des  Mer- 
cclots,  Gueux  et  Bohémiens,  du  même  auteur,  se  ter- 
mine par  un  Dictionnaire  en  langage  blesquin  avec 
explication  en  vulgaire  (^596).  Mais  il  s'en  faut  que  ces 
recueils  soient  complets,  car  il  y  avait  en  circulation 
une  foule  de  mots  et  d'expressions  appartenant  à  l'argot 
qui  n'y  étaient  pas  recueillies. 

Si  la  pièce  ayant  pour  titre:  Responce  et  Complaincte 
du  grand  Coësre  sur  le  jargon  de  l'argot  réformé  (1630) 
n'est  point  une  facétie,  on  doit  en  conclure  que  l'argot, 
dont  les  gueux  étaient  parvenus  à  dérober  la  connais- 


sance aux  profanes  jusqu'à  la  fin  du  xvi''  siècle,  s'était, 
quelques  années  plus  tard,  singulièrement  répandu 
parmi  le  peuple,  à  ce  point  «  qu'il  n'y  a  à  présent,  dit 
l'auteur  de  la  Responce,  si  chestive  cambrouse  qui  ne 
rouscaille  le  jargon  (si  misérable  chambrière  qui  ne 
parle  argot).  » 

Au  xvm"  siècle,  Grandval  enrichit  d'un  dictionnaire 
d'argot  son  Cartouche  ou  le  Vice  puni  [K  725)  ;  et,  comme 
ce  poème  eut  un  grand  nombre  d'éditions,  il  contribua 
puissamment  à  répandre  la  connaissance  de  l'argot 
dans  une  société  plus  élevée  que  celle  des  lecteurs  du 
Jargon,  dont  les  éditions  continuaient  à  se  succéder  à 
Paris  et  à  Troyes. 

La  comédie  de  Le  Grand,  les  Fourberies  de  Cartouche 
(représentée  en  1721  pendant  le  procès  de  ce  criminel) 
laquelle  renferme  bon  nombre  de  mots  d'argot,  notam- 
ment dans  la  scène  oii  Cartouche  se  fait  rendre  compte 
des  exploits  de  la  nuit,  ne  doit  pas  non  plus  être 
oubliée. 

Les  œuvres  poissardes  de  Vadé  et  celles  de  l'Escluse 
()  796)  popularisèrent  encore  davantage  la  langue  des 
malfaiteurs,  qui,  en  général,  sortis  du  peuple  et  sans 
cesse  en  contact  avec  lui,  ont  enrichi  son  vocabulaire 
d'une  foule  d'expressions  qui  leur  sont  communes. 

Mais  il  était  réservé  au  xix=  siècle  de  voir  fleurir 
l'argot,  et  de  répandre  par  la  presse  la  connaissance  de 
ce  langage  parmi  tous  ceux  qui  étaient  dignes  d'en  sen- 
tir les  délicatesses. 

Le  premier  livre  composé  dans  celte  vue  est  un 
Dictionnaire  d'argot,  ou  Guide  des  gens  du  monde,  pour 
les  tenir  en  garde  contre  les  mouchards,  filous,  etc.  par 
un  monsieur  «  comme  il  faut  »,  ex-pensionnaire  de 
Sainte-Pélagie  (1827). Ce  monument  lexicographique  fut 
fort  goûté,  parait-il,  car  il  s'en  est  fait  une  deuxième 
édition  la  même  année,  avec  une  lithographie  et  une 
page  de  musique. 

Deux  ans  après,  vint  Vidocq.qui  initia  complètement 
le  public  au  langage  des  basnes  par  la  publication  de 
ses  Mémoires  (1820),  et  par  son  livre  sur  les  voleurs, 
deux  ouvrages  qui  renferment  un  dictionnaire  d'argot 
Irès-élendu. 


'loe 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


La  même  année  parut,  presque  immédiatement  après 
le  premier  de  ces  deux  ouvrages,  un  Nouveau  cliction- 
naire  d'argot^  par  un  ex-ciief  de  brigade  sous  Vidocq, 
suivi  de  la  chanson  des  galériens,  ouvrage  utile  aux 
gens  du  monde. 

En  1835,  nous  eûmes  le  Nouveau  dictionnaire  de 
police,  par  MM.  Elouin,  Trébuchet  et  Labbat. 

C'est  dans  les  deux  ouvrages  ci-dessus  désignés,  mais 
plus  sûrement  encore  dans  les  Mémoires  de  Vidocq, 
qu'Eugène  Sue  puisa  les  connaissances  qui  lui  valurent 
tant  d'applaudissements  dans  toutes  les  classes  de  la 
société,  et,  au  livre  dans  lequel  il  les  avait  employées, 
et  presque  à  son  apparition,  deux  glossaires  consacrés  à 
Texplicaliondes  mots  qu'on  n'est  pas  habitué  à  entendre 
dans  le  grand  monde  : 

Dictionnaire  de  l'argot  moderne,  ouvrage  indispen- 
sable pour  l'intelligence  des  Mystères  de  Paris  de  M.  Eu- 
gène Sue  (1843); 

Dictionnaire  complet  de  l'argot  employé  dans  les 
Mystères  de  Paris,  destiné  à  donner  la  clef  des  mots 
obscurs  qui  se  rencontrent  si  souvent  dans  la  bouche 
du  Chourineur,  du  Maître  d'école  et  de  la  Chouette 
(1844). 

Depuis  lors,  il  s'est  encore  produit  de  nouvelles 
œuvres  argotiques,  parmi  lesquelles  on  peut  citer  :  i°  la 
satire  publiée  par  Barthélémy  dans  la  Nouvelle  Némésis, 
le  2  février  1845,  où  l'on  rencontre,  dans  la  pièce  inti- 
tulée les  Escarpes,  beaucoup  d'expressions  d'argot  sou- 
mises à  l'alexandrin  ;  2°  l'Intérieur  des  Prisons,  qui 
renferme  un  dictionnaire  des  mots  les  plus  usités  dans 
ces  lieux  de  détention  (1 846)  ;  S°  Dictionnaire  d'argot,  ou 
la  langue  des  voleurs  dévoilée,  contenant  les  moyens  de 
se  mettre  en  garde  contre  les  ruses  des  filous  (1848);  et 
4"  Voleurs  et  Volés,  par  Louis  Paillet  (1855),  qui,  outre 
bon  nombre  de  mots  d'argot  semés  çà  et  là,  renferme 
un  opuscule  écrit  dans  ce  jargon  lui-même,  et  destiné 
à  prémunir  le  public  contre  les  ruses  des  escrocs. 

Tel  est,  esquissé  à  grands  traits,  Tensemble  des  causes 
qui  ont  amené  l'invasion  de  l'argot  dans  la  langue  fran- 
çaise. 

Que  l'argot  soit  l'unique  langage  employé  par  les 
voleurs  entre  eux,  et  à  peu  près  le  seul  (comme  nous 
l'apprend  M.  Francisque  Michel,  dont  le  Dictionnaire 
d'argot  m'a  fourni  le  fond  de  cet  article)  qui  se  parle 
dans  les  prisons  et  dans  les  bagnes,  même  parmi  les 
employés  et  les  infirmiers,  je  n'y  trouve  rien  à  redire; 
mais  quand  je  vois  ceux  qui  vivent  dans  la  société 
honnête  prendre  plaisir,  en  quelque  sorte,  à  émailler 
leurs  discours  de  vocables  d'une  source  aussi  impure, 
je  ne  puis  que  m'en  attrister  profondément  avec  les 
gens  de  goût. 

X 

Seconde  Question. 

Quelle  est  l'élymologie  du  mot  Goet-apens,  et  com- 
ment doit-on  l'écrire  au  pluriel?  Gvet-apens  ou  Gcets- 

Al'K.Nb? 


Au  moyen  âge,  le  français  avait  le  verbe  s'apenser, 
dans  le  sens  de  se  préoccuper,  préméditer  (devenu  hors 
d'usage  au  xvin"  siècle  comme  on  le  voit  dans  Trévoux), 
et  de  ce  verbe,  il  avait  fait  le  participe  apensé,  qui  se 
joignait  le  plus  souvent  au  mot  guet  : 

Tous  lesquels  quatre  de  guet  apensé  et  propos  délibéré 
vinrent  assaillir  ledit  Petit  Jeban. 

(Jean  de  Troyes,  Chron.,  1477.) 

Pose  qu'elle  n'eust  commis  le  cas  à  son  escient,  el  aussi 
de  guet  apensée. 

{Aresia  (zmorum,  p.  201 ,  dans  Lacurne. ) 

Plus  tard,  perdant  de  vue  l'origine  de  cette  expres- 
sion, on  transforma  apensé  en  à  pens,  en  appens,  et 
même  en  à  pend,  comme  le  montrent  ces  exemples  : 

Cestuy  mary  et  son  filz,  occultement,  en  trahison  de  guet 
à  pens,  tuarent  Abecé. 

(Rabelais,  Panl.,  UI,  44.) 

11  y  avoit  six  juges  liguez  ensemble  pour  me  faire  perdre 
mon  procès,  c'est  un  guet  appens. 

(Furetière.) 

Venez-vaus  icy  de  guet  à  pend  pour  assiéger  ma  simpli- 
cité? 

(Ghérardi,  Cause  des  femmes,  vol.  Il,  p.  37. J 

Enfin,  la  forme  apens  nous  est  restée  comme  compagne 
de  guet,  avec  lequel  elle  a  fait,  dans  la  langue  moderne, 
un  nom  composé  qui  prend  le  trait  d'union  : 

Un  pli  qui  par  hasard  est  resté  dans  ses  draps 
Lui  semble  un  guet-apens  pour  lui  meurtrir  les  bras. 
(Boureaut,  Mère,  gai.,  I,  i,) 

Quant  au  pluriel  de  ce  nom  composé,  il  se  forme  en      _ 
mettant  une  s  à  guet  :  des  guets-apens ;  mais  la  pronon-     If 
dation  ne  fait  pas  sentir  cette  s,  de  sorte  que  le  pluriel 
de  guet-apr?is  se  prononce,  dit  M.  Littré,  absolument 
comme  le  singulier. 

X 

Trosième  Question. 

Il  y  a  quarante  ans,  le  verbe  Ecoedrer  n'existait  que 
dans  le  vocabulaire  de  la  plus  vite  populace  ;  est-ce  que, 
montant  de  la  cuisine  et  de  l' antichambre  au  salon,  ce 
verbe  est  aujourd'hui  devenu  français  ? 

Pour  moi,  un  mot  fait  partie  d'une  langue  lorsqu'il 
est  d'un  usage  général  dans  cette  langue  et  qu'il  pré- 
sente une  formation  selon  les  règles  du  groupe  auquel  il 
appartient. 

Or,  voyons  si  écœurer  remplit  ces  conditions. 
■  Est-il  d'un  usage  général?  —  Certainement,  puisque 
c'est  justement  la  raison  qui  sert  d'appui  à  votre  plainte  ; 
mais  il  y  a  plus  encore  :  c'est  qu'il  est  usité  depuis  le 
xvii"  siècle  au  moins,  attendu  qu'on  le  trouve  dans  Ant. 
Oudin  {Curiosités  françoises)  et  avec  la  signification  qui 
suit  : 

Faire  perdre  le  cœur,  dégoûter.  Cette  odeur  m'écœure.  Un 
pareil  langage  m'ccœure. 

.\-t-il  été  composé  en  verUi  des  lois  de  l'analogie?  — 
Evidemment,  car  écœurer,  formé  de  la  particule  é  (de 
ex)  et  de  cœur  dans  l'une  des  diverses  acceptions  que 
l'on  sait  (ardeur,  vif  iutérêt,  courage,  fermeté,  estomac), 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


407 


a  une  composition  entièrement  semblable  à  celle  des 
mots  suivants  : 


Etètfir(ôter  la  tète). 
Ebarber  (ôter  les  barbes). 
Ebrancher(ôterlps  branches). 


Ecosser  (ôter  les  co?sps). 
Ecbeniller  (ôterles chenilles). 
Ecorner  (ôter  les  cornes). 


Par  conséquent,  le  verbe  en  question  est,  à  n'en  pas 
douter,  français  et  bien  français. 

Quant  au  reproche  que  vous  lui  adressez  de  n'avoir 
existé,  il  y  a  40  ans,  que  dans  «  le  vocabulaire  de  la 
plus  vile  populace  »,  il  me  parait  difficile  de  [)Ouvoir 
l'admettre;  car  un  mot,  qui  est  en  quelque  sorte  un 
article  du  vêtement  de  la  pensée,  subit  à  ce  titre  l'in- 
fluence de  la  mode,  et  peut,  grâce  à  cette  reine  capri- 
cieuse, à  la  vérité,  mais  toute  puissante,  devenir  un 
jour  en  faveur  auprès  des  gens  instruits  après  avoir  été 
longtemps  employé  par  le  seul  vulgaire. 

X 

Quatrième  Question. 

Quand  un  mot  finissant  par  une  syllabe  nasale  est 
suivi  d'un  autre  commençant  par  une  voyelle  ou  une  h 
muette,  V  faut-il  toujours  les  lier,  et  2"  comment  cette 
liaison  doit-elle  se  faire?  Par  exemple,  c.-v  homme, 
DIVIN  ENfAHT  doivent-Hs  se  prononcer  une  homme,  divine 

ENFANT? 

Règle  générale,  les  sons  nasals  ne  se  lient  pas  au  mot 
suivant;  mais  il  y  a  un  certain  nombre  d'exceptions 
indiquées  ci-après  : 

4°  Les  adjectifs  qui  précèdent  leurs  substantifs,  tels 
que  mon,  certain,  malin,  prochain,  mien,  etc.  ; 

2°  Le  mot  en,  préposition  ou  mis  pour  comme; 

3°  Les  pronoms  on  et  en,  mais  seulement  quand  ils 
sont  placés  avant  le  verbe-, 

4°  Les  adverbes  bien ,  combien ,  rien ,  quand  ils 
précèdent  les  adjectifs,  les  participes  ou  d'autres  ad- 
verbes ; 

5°  L'adverbe  de  négation  non,  devant  l'adjectif  ou  le 
substantif  qu'il  modifie; 

6"  L'article  indéfini  un,  ainsi  que  le  même  mot  dans 
l'expression  un  à  un,  et  dans  toutes  celles  où  ïun  est 
suivi  de  Vautre. 

Maintenant,  comment  celte  liaison  doit-elle  se  faire? 
Est-ce  en  altérant  le  son  nasal,  ou  est-ce  en  le  laissant 
intact? 

Je  suis  toujours  d'avis  (car  j'ai  déjà  traité  la  question 
dans  le  Courrier  de  Vaugelas,  \"  année,  p.  29j,  que 
l'on  fasse  entendre  la  finale  nasale  comme  si  elle  était 
seule,  et  que  l'on  mette  une  n  euphonique  devant  le 
mot  qui  suit  cette  syllabe,  c'est-à-dire  que 

Bon  espoir  se  prononce  :  Bon  nespoir. 

Certain  homme  —  Certain  nhomme. 

Divin  enfant  —  Divin  nenfant. 

Ancien  ami  —  Ancien  jiami. 

Je  sais  que  celte  manière  de  lier  les  finales  nasales 
n'est  pas  adoptée  par  tous  les  grammairiens,  et  que 
M.  Liltré,  entre  autres,  n'est  pas  de  ceux  qui  l'approu- 
vent entièrement;  mais  quand  je  considère  : 

1°  Que  M.  Litlré  a  édifié  la  «  règle  générale  de  ces 
prononciations  »  sur  vinaigre,  un  composé  dont  le 
premier  terme  est  un  substantif  et  le  second  un  adjectif, 


tandis  que  la  question  dont  il  s'agit  concerne  le  plus 
souvent  la  liaison  d'un  adjectif  suivi  de  son  substantif, 
ce  qui  constitue  une  certaine  offense  à  la  logique  ; 

2°  Que  le  célèbre  lexicographe  admet  tantôt  une  ma- 
nière de  lier  et  tantôt  une  autre,  puisqu'il  veut,  d'un 
côté,  que  Ton  ijrononce  u-nami,  u-n/iomme,  bié-nécrire, 
tno-ncimi,  no-nacfivité,  et  de  l'autre,  divin-namour , 
commun-nintércl,  on-naime,  en-navant,  ce  qui,  à  ihon 
avis,  ne  peut  guère  se  justifier; 

3°  Qu'une  telle  prononciation  fait  entendre  au  fémi- 
nin des  adjectifs  qui  sont  au  masculin,  ce  qui  me  semble 
contraire  au  principe  de  la  liaison,  établie  non  pour 
changer  le  son  des  mots,  mais  seulement  pour  en  faci- 
liter la  prolation; 

Je  me  trouve  parfaitement  autorisé  à  croire  que  la 
règle  de  prononciation  que  j'ai  donnée  plus  haut,  règle 
qui  non-seulement  s'applique  sans  exception  à  toutes 
les  finales  nasales,  mais  encore  se  rattache  par  son  res- 
pect de  la  voyelle  finale  au  principe  plus  général  sur 
lequel  repose  la  théorie  de  la  liaison  dans  notre  langue, 
est  la  seule  règle  rationnelle  qui  puisse  être  établie  pour 
joindre  la  voyelle  nasale  de  la  fin  d'un  mot  à  la  voyelle 
qui  peut  la  suivre. 

X 
Cinquième  Question. 

Je  trouve  dans  un  journal  :  «■  On  se  dit  a  pabt 
soi...  »  Est-ce  bien  réellement  r orthographe  qui  con- 
vient ici  au  mot  part?  Je  vous  prierais  de  vouloir  bien, 
par  la  voie  de  votre  cocRRiER,;rte  faire  connaître  ce  que 
vous  pensez  à  ce  sujet.  Je  vous  en  serais  bien  reconnais- 
sant. 

Dans  notre  vieille  langue  (comme  je  l'ai  déjà  dit  dans 
le  n"  12  de  cette  année),  le  sens  de  l'adjectif  *ew/  s'expri- 
mait par  la  préposition  par  suivie  d'un  pronom  : 
Si  corne  Berte  fust  en  la  forest  par  U. 

(BerU,  1.) 

Les  cloches  de  l'église,  de  ce  soiez  certains, 
Sonnèrent  tout  par  elles  sanz  mètre  piez  ne  mains. 

(Ach.  Jubinal,  Nouv.  rec,  I,  p.  69.) 

D'un  autre  côté,  la  même  langue  employait  comme  la 
nôtre  l'expression  à  part,  dans  le  sens  de  séparément; 
ainsi  on  trouve  : 

Quant  aucuns  trueve  en  quemin  aucune  coz  queue  [chue] 
lever  l'en  pot  et  porter  en  à  part. 

(Beaumanoir,  XXV,  20. 1 
11,  laissée  la  concion  d'eux,  traisit  les  consulz  à  part. 

(Berclieure,  fol.  72  recto.) 

Or,  un  jour  vint,  avant  le  xvi"  siècle,  si  j'en  juge  par 
les  citations  que  je  vais  faire,  que  l'origine  de  ce  par 
suivi  d'un  pronom  tomba  en  oubli,  et  que  cette  prépo- 
sition fut  confondue  avec  le  substantif  jinrt,  qui  se 
trouve  dans  à  part;  ce  dernier  était  plus  en  usage  :  on 
mil  après  lui  le  pronom  qui  avait  jadis  suivi  par  (confu- 
.-^ion  d'autant  plus  facile  qu'il  y  a  un  grand  rapproche- 
ment d'idée  entre  seul  et  séparément],  et  l'on  eut  l'ex- 
pression à  part  moi,  à  part  lui,  à  part  e«.r,  etc.,  comme 
le  montrent  ces  exemples  : 


408 


LE  COURRIER  DE  VAUGEL.\S 


Et  souvent  à  part  soy  disoit: 
Sainct  Gabriel,  bonne  nouvelle  1 

(Ch.  d'Orléans,  Sali.,   S^■  ) 

Quand  je  suis  à  part  moi,  souvent  je  m'estudie. 

(Régnier,  Sali/re  XII.) 

L'on  le  trouvoit  toujours  apprenant  par  cœur,  ou  com- 
posant à  part  soy  quelques  harangues. 

(Amyot,  Thémis.,  a.) 

Depuis  lors,  on  a  continué  à  donner  la  même  ortho- 
graphe à  cette  expression  : 

Pendant  ces  mots  l'époux  gronde  o  part  soi. 

(La  Fontaine,  Jument.) 

Je  voulais  m'y  prendre  autrement  pour  étudier  à  part 
moi  un  homme  si  cruellement,  si  légèrement,  si  univer- 
sellement jugé. 

(J.-J.  Rousseau,  a«  diaî.) 

Mais,  en  réunissant  en  une  seule  deux  expressions 
renfermant,  l'une  par.,  et  l'autre  part,  on  en  a  obtenu 
une  troisième  qui  est  loin  d'être  bonne;  en  effet  : 

1°  Elle  offre  un  substantif  immédiatement  suivi  d'un 
pronom,  construction  qui,  n'ayant  jamais  eu  lieu  tant 
dans  le  français  moderne  que  dans  le  français  ancien, 
est  un  pur  barbarisme; 

2°  Le  sens  en  est  tout  autre  que  celui  qu'on  lui  donne  ; 
car  à  part  exprimant  une  idée  de  séparation,  à  part  soi, 
par  exemple,  doit  naturellement  signifier  étant  séparé 
de  soi,  tandis  qu'il  s'emploie  pour  dire  :  étant  séparé 
des  autres; 

3°  La  préposition  à  y  est  complètement  inutile,  parce 
que  l'origine  de  cette  expression  est  le  latin  per  se  (par 
soi),  qui  n'a  jamais  été  traduit  avec  la  préposition  à 
avant /)nr. 

Ainsi,  ce  n'est  pas  seulement  quant  à  l'orthographe, 
mais  c'est  encore  à  tous  les  autres  égards  que  à  part  soi 
est  une  expression  vicieuse. 

Dans  ses  Variations  (p.  409),  et  dans  ses  Récréations 
(1,  p.  218),  Génin  dit  que  l'adverbe  à  part  n'est  qu'une 
forme  elliptique  de  à  par,  et  qu'on  devrait  y  écrire ^«j/ 
sans  t. 

Je  ne  suis  pas  du  tout  de  cet  avis  ;  à  part,  qui  veut 
dire  en  étal  de  séparation,  comme  à  flot,  par  exemple, 
veut  dire  en  étal  de  flottaison,  vient,  selon  moi,  du 
verbe  partiri,  séparer,  diviser,  et  requiert  en  consé- 
quence un  t  final. 

Du  reste,  comment  «  part  pourrait-il  venir  du  latin 
per  (par)  suivi  d'un  pronom,  quand  à  ne  peut  se  mettre 
devant  aucune  autre  préposition? 

ÉTRANGER 

Première  Question. 
Le  mot  FJLS  doit-il  se  prononcer  ri  ou  fisse  ? 

M.  Lillré  indique  pour  ce  mot  la  prononciation  fi, 
puis  il  ajoute  : 

Beaucoup  de  personnes  ont  pris  depuis  quoique  temps 
l'habitude  de  faire  entendre  r.s  quand  ce  mot  est  isolé  ou 
devant  une  consonne,  un  fiss',  c'est  une  très  mauvaise 
prononciuliOD. 


Je  partage  entièrement  celle  manière  de  voir,  et  pour 
les  deux  raisons  que  je  vais  vous  dire  : 

<o  Si  l'on  fait  sonner  l'*  finale  dans  le  mot  en  ques- 
tion, pourquoi  ne  pas  prononcer  également,  par  analo- 
gie, un  puiss',  pour  un  puits,  des  fusiss',  pour  des  fusils, 
les  gentiss,  pour  les  gentils  ? 

2"  Adopter  la  prononciation  fîss',  c'est  rendre  faux  et 
impossibles  à  dire  les  nombreux  vers,  tant  anciens  que 
modernes,  où  fils  rime  avec  un  mot  en  is,  comme  dans 
les  suivants  : 

J  ai  lu  dans  quelque  endroit  qu'un  meunier  et  son  fi,ls, 
L'un  vieillard,  l'autre  enfant,  non  pas  des  plus  petits. 

(La  Fontaine,  Fabl.,  III,  i.) 

J'ai  vu,  seigneur,  j'ai  vu  votre  malheureux  fils, 
Traîné  par  les  chevaux  que  sa  main  a  nourris. 

(Racine,  Phèdre,  V,  5.) 

Je  puis  les  regarder  comme  nos  ennemis. 

Et  donne  sans  regret  mes  souhaits  à  mes  fils. 

(Corneille,  Horace,  III,  S.) 

Du  plus  grand  des  héros  je  reconnais  le  fils  : 
Il  est  déjà  tout  plein  de  l'esprit  de  son  père, 

Et  le  feu  des  yeux  de  sa  mère, 

A  passé  jusqu'en  ses  écrits. 

(Boileau,  Poés.  div.) 

Pour  des  raisons  tirées  également  de  l'analogie  et  des 
règles  de  la  versification,  fondées  sur  la  prononciation 
ancienne,  il  faut  se  garder,  contrairement  à  ce  que  font 
certaines  personnes  suivant  en  cela  les  errements  du 
Théâtre-Français,  de  prononcer  l's  dans  les  trois  autres 
monosyllabes,  gens,  mœurs  et  vers,  à  moins  qu'ils  ne 
se  trouvent  suivis  d'une  voyelle,  auquel  cas  «  a  le  son 
de  5  comme  partout  ailleurs. 

X 

Seconde  Question. 

J'admets  l'étymologie  rapjportée  par  Voltaire,  et 
j'écris  BocLEViKT.  Ai-jetort  ? 

Voici  le  résumé  de  la  solution  que  j'ai  donnée  de  cette 
question  à  la  page  68  de  la  3"  année  du  Courrier  de 
Vaugelas  : 

Au  xv°  siècle,  époque  où  boulevard  nous  est  venu 
d'Allemagne,  on  écrivait  boulevercq;  au  xvi^  siècle, 
boulevers  et  bouleverl,  et,  en  même  temps,  boulevars, 
boulevart  et  boulevard,  en  verlu  d'un  changement  de 
er  en  ar  qui  n'a  rien  d'insolite  quand  il  s'agit  de  la 
langue  française. 

Vers  le  milieu  du  xvii=  siècle,  le  mot  en  question 
n'avait  plus  que  deux  formes  :  boulevart  et  boulevard, 
formes  admises  encore  aujourd'hui  par  l'Académie  (1833) 
et  dont  la  première  a  été  adoptée  par  l'administration 
municipale,  probablement  à  cause  de  rempart. 

Quant  à  la  meilleure  de  ces  deux  orthographes,  il  me 
semble  que  c'est  boulevard,  avec  un  d,  parce  qu'on  en 
dérive  plus  naturellement  boulevardier,  qu'on  ne  peut 
le  faire  de  boulevart. 

X 
Troisième  Question. 

Voudriez-vous  bien  me  donner  l'étymologie  de  ava- 
cuiii,  que  mon  dictionnaire  fait  venir  de  VAciiii,  sans 
fjur  je  puisse  Ir  croire  suffisamment? 

Si  l'on  cherche  avachi  en  espagnol,  on  trouve  hoba- 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


109 


cho,  qui  correspond  à  notre  adjectif  wow;  si  on  le  cherche 
en  italien,  on  trouve  debok^qm  se  traduit  également  en 
français  par  mou  ;  nos  dictionnaires  donnent  ?/iou  comme 
sjnonyme  de  avachi,  troisième  fait  qui  prouve  que  mou 
est  bien  le  sens  de  ce  mot. 

Or,  mou  se  dit  tveich  ipron.  va'ich'^  en  allemand,  langue 
qui  a  fourni  jadis  un  certain  nombre  de  termes  à  la 
nôtre  :  je  crois  que  avachir  vient  de  weich. 

Je  comprends  que,  de  prime  abord,  on  ait  la  pensée 
de  rattacher  avachir  à  vache;  mais  il  y  a  un  empêche- 
ment à  la  possibilité  de  cette  origine,  c'est  que  s'avachir 
s'écrit  en  wallon  s'avachi  et  s'awachî,  ce  qui  confirme 
l'étymologie  allemande. 

PASSE-TEMPS  GRA.M.MATIGAL. 


Corrections  du  numéro  précédent. 

1*  ...  car  il  avait  bec  et  ongles  (sans  article);  —  2°  Nous  nous 
sommes  donné  comme  Wche;  —  3°  ...  vient  de  demander  à  la 
Commission  dabudgetet  d  en  obtenir  quellefroposa^;  — 4°.. .  que 
sa  malheureuse  mère  eût  pu  se  lever;  —  5° ...  qu'il  défendrait... 
J'ai  voulu  que  les  électeurs  fussent  bien;  —  6°  Je  suppose  qu'on 
luipor(e,-  —  7°  ...  il  serait  inexact  que  les  Carlistes  eussent  tiré; 

—  8"  ...  pas  laisse'  aveugler;  —  9°  ...  moins  naïf  qu'on  ne  croit . 

—  10°  ...  avec  un  zèle  des  plus  louables  (Voir  Courrier  de  Vau- 
gelas,  3'  année,  p.  84). 

Phrases  à  corriger 

trouvées  pour  la  plupart  dans  la  presse  périodique. 

['  Mais  cette  victoire,  tout  accidentelle  qu'elle  soit,  nous 
humilie  profondément,  et  nous  en  concluons  à  la  nécessité 
pourrie  parti  républicain  de  déployer  plus  d'initiative  et 
d'énergie  que  jamais. 

2*  Pour  cette  œuvre  dissolvante,  les  légitimistes,  les 
orléanistes  et  les  républicains  ont  oublié  leurs  haines  les 
mieux  justifiées;  il  se  sont  donné  la  main  et  ils  se  sont  ima- 
ginés nous  avoir  porté  des  coups  dont  nous  ne  pourrions 
pas  nous  relever. 

3*  Il  est  impossible  que  cette  malencontreuse  idée  pré- 
value, et  l'on  doit  croire  que  la  prévoyance  politique  de  la 
Chambre  en  ferait  justice  quand  même 

i'  En  revenant  le  soir  à  Stockolm,  les  centaines  de  villas 
qui  se  trouvent  sur  le  lac  étaient  toutes  illuminées,  et  ces 
milliers  de  lumières  augmentaient  la  beauté  et  l'origina- 
lité du  panorama. 

5'  A  deux  reprises  déjà,  une  fois  avant  la  guerre,  et  la 
seconde  fois  après  la  guerre,  les  Allemands  ont  essayé 
d'empècber  que  la  langue  française  fût  la  langue  officielle 
des  congrès  d'anthropologie. 

6'  Il  fallait  d'ailleurs  s'y  attendre,  étant  donné  les  anté- 
cédents du  candidat  longtemps  fonctionuaire  sous  l'empire, 
puis  député  officiel,  et  des  plus  aveuglément  dévoués  au 
régime. 

7»  Voici  d'abord  le  soulier  à  poulaine,  terminé  par  un  bec 
démesuré,  chaussure  bizarre  et  incommode,  qui  se  main- 
tint en  usage  depuis  le  milieu  du  quatorzième  siècle  jus- 
qu'à la  fin  du  quinzième. 

8"  L'arrêté  de  nomination  sera  signifié  avant  deux  mois 
aux  intéressés,  qui  devront  être  rendus  à  leur  corps  res- 
pectif le  31  décembre  au  plus  tard. 

9"  Le  journal  de  M.  Jules  Simon  témoigne  à  ce  propos 
des  regrets  qui  ne  laissent  pas,  au  premier  coup  d'oeil,  que 
de  paraître  assez  surprenants. 

[Les  corrections  à  quinzaine.] 


FEUILLETON 


BIOGRAPHIE  DES  GRAMMAIRIENS 

PREMIÈRE  MOITIÉ  DU  XVU*  SIÈCLE. 

VAU  GELAS. 

(.Suite.) 
Verbes  dont  l'infinitif  se  termine  en  ieb.  —  \  la  pre- 
mière et  à  la  seconde  personne  plurielle  du  subjonctif, 
il  faut  doubler  \'i  et  dire,  par  exemple,  afin  que  nous 
signifiions,  que  vous  signifiiez.  11  est  vrai  que  personne 
ne  l'écrit  ainsi,  mais  on  ne  laisse  pas  de  sentir  le  défaut 
d'un  second  i,  et  comme  il  serait  impossible  de  pro- 
noncer deui  »,  Vaugelas  propose  de  mettre  un  accent 
circonflexe,  et  d'écrire  que  nous  sirjnifions,  que  nous 
humilions. 

Premier  que.  —  Ceux  qui  ont  quelque  soin  de  la 
pureté  du  langage  ne  font  jamais  usage  de  cette  expres- 
sion ancienne,  qui  se  mettait  pour  avant  que. 

Orthographe.  —  Quelques-uns  l'écrivent  orthografe; 
mais  il  vaut  mieux  l'écrire  par;)/;  final,  covam^  philo- 
sophe. 

Persécuter.  —  Une  infinité  de  gens  é.\?:m\.perzécufer, 
c'est  une  faute;  dans  tous  nos  mots  commençant  par 
pers  \'s  est  dure. 

Lors.  —  Suivi  d'un  génitif,  par  exemple,  lors  de  son 
élection,  pour  dire  quand  il  fut  e/«,  n'est  guère  élégant; 
plusieurs  néanmoins  le  disent  et  l'écrivent  parce  qu'il 
abrège. 

Lequel,  laquelle.  —  Toutes  les  fois  qu'on  le  peut,  il 
vaut  généralement  mieux  employer  cm/,  dùt-on  le  répé- 
ter deux  fois  dans  une  même  période,  que  les  pronoms 
lequel,  laquelle,  laquels,  lesquelles,  pronoms  rudes 
pour  l'ordinaire. 

Lairrois,  lairrai.  —  Ces  abréviations  pour  lais.'terois, 
laisserai  ne  valent  rien,  quoiqu'une  infinité  de  gens  s'en 
servent. 

Invectiver.  —  Pour  signifier  faire  des  invectives,  n'est 
pas  du  bel  usage,  et  il  n'est  pas  permis  de  faire  à  sa 
fantaisie  des  verbes  tirés  et  formés  des  substantifs, 
quoique  beaucoup  de  gens  se  donnent  celte  autorité. 

Des  mieux.  —  11  n'y  a  rien  de  si  commun  que  celte 
façon  de  parler,  il  danse  des  mieux,  il  chante  des  mieux 
pour  dire  (7  danse  fort  bien,  il  chante  parfaitement  bien  ; 
mais  elle  est  très-basse,  et  nullement  du  langage  de  la 
Cour,  où  l'on  ne  peut  la  souffrir. 

Quatre  pour  quatrième  et  autres  semblables.  —  Dans 
la  chaire  et  au  barreau,  on  dit  au  chapitre  neuf  pour 
neuvième,  Henri  quatre  pour  Hi'nri  quatrième;  mais 
comme  tous  demeurent  d'accord  que  l'adjectif  est  meil- 
leur, pourquoi  ne  pas  l'employer  plutôt  que  le  nom  de 
nombre? 

.Sur,  sous.  —  Ces  prépositions,  suivies  d'un  substan- 
tif, doivent  toujours  être  simples,  .\insi  il  est  dessus  la 
table,  dessous  la  table  sont  de  mauvaises  expressions, 
il  faut  sur  la  table,  sous  la  table.  Le  grand  usage  des 
composés  est  à  la  fin  des  périodes;  on  dit  en  parlant, 
par  exemple,  d'une  chaise  -.je  suis  assis  dessus. 


440 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


Incendie,  embrasement.  —  V'augelas  a  appris  d'un 
«  oracle  »  de  la  langue  qu'incendie  se  dit  proprement 
d'un  feu  qui  a  été  mis  à  dessein,  et  embrasement,  d'un 
feu  qui  a  été  mis  par  cas  fortuit. 

Magnifier.  —  Excellent  vocable  qui  a  une  grande 
«  emphase  »  pour  exprimer  une  louange  extraordinaire; 
mais  il  vieillit,  et  Vaugelas, qui  a  une  certaine  tendresse 
pour  tous  «  ces  beaux  mots  »  succombant  sous  la  tyran- 
nie de  l'usage,  voit  passer  celui-ci  avec  regret. 

Toute  sorte,  toutes  sortes.  —  Avant  un  nom  singu- 
lier, on  met  toute  sorte,  comme  dans  :je  vous  souhaite 
toute  sorte  de  bonheur;  et  avec  un  nom  pluriel,  toutes 
sortes,  comme  dans  :  Dieu  vous  préserve  de  toutes  sortes 
de  maux.  Cependant  ce  n'est  pas  une  faute  que  de  con- 
fondre dans  ce  cas  le  singulier  avec  le  pluriel. 

Première  personne  du  présent  de  l'indicatif.  — 
Quelques-uns  ont  cru  qu'il  fallait  ôter  l's  finale  de  la 
première  personne  de  je  crois,  je  fais,  je  dis,  je  crains, 
et  écrire  je  croy,  je  fay,je  dij,je  crain,  changeant  i  en 
y  selon  le  génie  de  noire  langue,  afin  de  distinguer 
ainsi  la  première  personne  d'avec  la  seconde,  tu  crois, 
tu  fais,  tu  dis,  tu  crains.  Il  est  certain  que  la  raison  le 
voudrait  pour  éviter  toute  équivoque,  mais  on  pratique 
le  contraire,  et  l'on  ne  met  point  ordinairement  de  diffé- 
rence entre  ces  deux  personnes.  Ce  ne  serait  pas  une 
faute  que  de  supprimer  1'*,  mais  il  vaut  beaucoup  mieux 
la  mettre  en  prose. 

Trouver,  treuver.  —  Ils  sont  bons  tous  deux-,  mais 
trouver  est  sans  comparaison  le  meilleur. 

Le  titre  de,  la  qualité  de.  —  C'est  une  faute  très- 
commune  de  finir  une  lettre  par  :  me  donnant  la  har- 
diesse de  prendre  le  titre  de,  ou  par  :  pour  mériter  la 
qualité  de,  avec  Monsieur  ou  Madame  en  bas,  à  l'endroit 
où  l'on  a  accoutumé  de  le  mettre,  et  suivi  de  :  votre 
très-humble  serviteur.  11  n'y  a  rien  de  raisonnable  dans 
un  tel  agencement  de  mots. 

Quel  pour  quelque.  —  C'est  une  faute  familière  à 
toutes  les  provinces  qui  se  trouvent  au-delà  de  la  Loire 
que  de  dire,  par  exemple,  quel  mérite  que  l'on  ait,  il 
faut  être  heureux,  au  lieu  de  dire  quelque  mérite  que 
l'on  ait,  etc. 

Languir,  plustôt.  —  Après  avoir  passé  plusieurs  an- 
nées à  Paris,  les  gens  du  Languedoc  ne  peuvent  s'empê- 
cher de  dire  :  vous  languissez  pour  vous  vous  ennuyez. 
Ils  font  de  même  à  l'égard  de  jo/m.s7o7  qu'ils  mettent  pour 
auparavant,  comme  dans  cette  phrase  -.je  vous  conte- 
rai l'affaire,  mais  plustôt  je  me  veux  asseoir. 

Sortir.  —  Autre  curiosité  :  un  Bourguignon  qui  aura 
été  toute  sa  vie  à  la  Cour  aura  bien  de  la  peine  à  ne  pas 
dire  sortir  pour  parlir,  comme  dans  :  je  sortis  de  Paris 
un  tel  jour,  pour  aller  à  Dijon. 

Arrivé  qu'il  fut.  —  Cette  façon  de  parler  et  autres 
analogues  ne  valent  rien,  quoiqu'une  infinité  de  gens 
s'en  servent  en  parlant  et  en  écrivant.  Au  lieu  de  celte 
expression,  i!  faut  dire  étant  arrivé. 

Trois  infinitifs  de  suite.  —  Ils  ne  sont  pas  toujours 
vicieux,  ni  n'ont  pas  toujours  mauvaise  grâce;  par 
exemple,  dans  le  Itoy  veut  aller  faire  sentir  aux  rebelles 
la  puissance  de  ses  armes,  il  n'y  a  rien  qui  choque. 


Mais  s'il  y  en  avait  quatre,  ils  auraient  bien  de  la  peine 
à  passer. 

L'un  et  Vautre.  —  On  les  met  et  avec  le  singulier  et 
avec  le  pluriel;  ainsi,  on  dit  également  bien  l'un  et 
l'autre  vous  a  obligé,  et  l'un  et  l'autre  vous  ont  obligé. 
11  en  est  de  même  avec  ni;  on  dit  ni  l'un  ni  l'autre  ne 
vaut  rien,  ou  ni  l'un  ni  l'autre  ne  valent  rien. 

N'en  pouvoir  mais.  —  Celle  façon  de  parler  est  ordi- 
naire à  la  Cour,  mais  elle  est  bien  basse  pour  s'en  ser- 
vir en  écrivant,  si  ce  n'est  dans  le  style  burlesque. 

Noms  propres  et  autres  terminés  en  en.  — Depuis  peu 
d'années  seulement,  nous  terminons  en  en  la  plupart 
des  noms  propres  (1647)  et  plusieurs  autres  tirés  du 
lalin  et  finissant  en  anus;  nous  disons  et  écrivons  Ter- 
tullien,  Quint ilien,  S.  Cyprien. 

Pouvoir.  —  On  se  sert  de  ce  verbe  d'une  façon  bien 
étrange,  mais  qui  néanmoins  est  si  ordinaire  à  la  Cour, 
qu'il  est  certain  qu'elle  est  très-française.  En  parlant 
d'une  table,  d'un  carrosse,  on  dit  :  il  y  peut  huit  per- 
sonnes, pour  il  y  a  place  pour  huit  personnes;  on  sous- 
entend  tenir. 

Si  après  vingt  et  un  il  faut  mettre  un  pluriel  ou  un 
singulier.  —  Cette  question  a  été  agitée  dans  une 
grande  compagnie;  les  uns  voulaient  le  substantif  au 
pluriel,  les  autres,  au  singulier;  mais  l'usage  n'étant 
point  décisif  dans  ce  cas,  Vaugelas  ne  se  prononce  pour 
aucun  nombre. 

Possible.  —  Employé  pour  peut-être,  les  uns  l'ac- 
cusent d'être  bas,  les  autres  d'être  vieux.  «  Tant  y  a  » 
que  pour  une  raison  ou  pour  une  autre,  ceux  qui 
veulent  écrire  poliment  feront  bien  de  ne  pas  s'en 
servir. 

Ou  la  douceur  ou  la  force  le  fera.  —  Faut-il  le  fera 
ou  le  feront?  Il  faut  dire  le  fera  au  singulier,  car  comme 
c'est  une  alternative,  ou  une  disjonctive,  il  n'y  a  que 
l'une  des  deux  qui  régisse  le  verbe.  Quand  il  y  a  plu- 
sieurs ou,  on  peut  mettre  le  pluriel. 

Ni  la  force  ni  la  douceur  n'y  peut  rien.  —  Il  est  loi- 
sible de  mettre  le  verbe  au  singulier  ou  au  pluriel;  mais 
Vaugelas  préfère  le  pluriel 

Matineux,  matinal,  matinier.  —  C'est  matineux 
qui  est  le  meilleur  des  trois;  c'est  celui  qui  est  le  plus 
en  usage,  en  parlant  et  en  écrivant,  soit  en  prose,  soit 
en  vers. 

Après  souper,  après  soupe.  —  Tous  deux  sont  bons, 
et  nos  meilleurs  auteurs,  anciens  et  modernes,  se  ser- 
vent indifiéremment  de  l'un  ou  de  l'autre. 

Remplir  et  emplir.  —  L'un  et  l'autre  «  est  bon  «,  mais 
avec  cette  différence  que  remplir  se  dit  d'ordinaire  des 
choses  inimîtlérielles  ou  figurées,  et  qu'emplir  se  dit 
communément  des  choses  matérielles  et  liquides. 

C'est  une  des  plus  belles  ac/ions  qu'il  ait  jamais 
faites.  —  Il  faut  mettre  faites  au  pluriel,  parce  que  ce 
participe  se  ra|)porte  de  nécessité  absolue  au  pronom 
que,  lequel  est  après  action  cl  se  rapporte  à  ce  substan- 
tif, et  non  à  u)ie. 

{La  suite  au  prochain  numéro.) 


Le  Rkuàcteur-Ukuant  :  EuaiN  MARTIN. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


m 


BIBLIOGRAPHIE 

OUVRAGES     DE     GRAMMAIRE     ET     DE     LITTÉRATURE 


Publications  de  la  quinzaine  : 


La  Vieille-Roche.  Le  Marquis  de  Lanrose;  par 

Edm.  About,  2«  édition,  ln-18  Jésus,  365  p.   Paris,  lib. 
Hachette  et  Cie.  3  fr.  50. 

La  Case  de  l'oncle  Tom,  ou  Vie  des  nègres  en 
Amérique;  par  Henriette  Beecher  Stowe.  Traduction  de 
La  Bédollière.  Nouvelle  édition,  augmentée  d'une  notice 
de  George  Sand.  Illustrations  anglaises.  In-i"  à  2  col. 
112  p.  Paris,  lib.  Barba.  1  fr.  60. 

La  Chanson  du  chevalier  au  Cygne  et  de  Gode- 
froid  de  Bouillon,  publiée  par  C.  Hippeau.  Première 
partie  :  Le  Chevalier  au  Cygne.  In-8°,  viu-268  p.  Paris, 
lib.  A.  Aubry.  8  fr. 

Moines  et  Sibylles  dans  l'antiquité  judéo-grecque; 
par  Ferdinand  Delaunay  (de  Fontenay).  2'  édition,  In-12, 
xix-403  p.  Paris,  lib.  Didier  et  Cie.  3  fr.  50. 

Histoire  des  naufrages  qui  ont  désolé  la  marine 
française,  comprenant  celui  de  la  Méduse,  position  diffi- 
cile de  l'Astrolabe  et  la  prise  de  Mogador  en  1845  ;  par 
Ebbark,  lieutenant  de  vaisseau.  In-8%  108  p.  Paris,  lib. 
Bernardin-Béchet. 

Pensées  de  J.  Joubert,  précédées  de  sa  correspon- 
dance, d'une  notice  sur  sa  vie,  son  caractère  et  ses  tra- 
vaux par  M.  Paul  de  Raynal,  et  des  jugements  littéraires 
de  ÎHM.  Sainte-Beuve, Silvestre  de  Sacy,  Saint-Marc  Girar- 
din,  Géruzez  et  Poitou.  6=  édition.  I.  Correspondance. 
In-12,  cxLvn-253  p.  Paris,  lib.  Didier  et  Cie. 

Pensées  choisies  de  Biaise  Pascal,  publiées  sur  les 
manuscrits  originaux  et  mises  en  ordre  par  iM.  Faugère. 
W  édition.  In-12,  x-292  p.  Paris,  lib.  Jules  Delalain  et  fils. 
2  fr.  50. 


Théâtre  de  Jean  Racine,  trésorier  de  France,  l'un 
des  quarante  de  l'Académie  française.  Orné  de  vignettes 
gravées  à  l'eau-forte  sur  les  dessins  d'Ernest  Hillemacher, 
par  Frédéric  Hillemacher.  T.  3.  lQ-8°,  325  p.  Paris,  lib. 
des  Bibliophiles.  20  fr. 

Histoire  contemporaine  (3°  partie  de  l'Histoire  de 
France);  par  M.  Th.  Bachelet,  professeur  d'histoire  au 
lycée  Corneille.  Grand  in-i8,  532  p.  Paris,  lib.  Courcier. 
3  fr.  50. 

Un  peu  partout.  Du  Bosphore  aux  Alpes  ;  par  Jules 
Chambrier.  In-12,  316  p.  Paris,  lib.  Didier  et  Cie.  3  fr. 

La  Chiffarde;  par  Eugène  Ghavette.  I.  Le  Passé  de  la 
duchesse.  IL  Les  Gentillesses  de  Rob.  2  vol.  In-18  Jésus, 
617  p.  Paris,  lib.  Dentu.  6  fr. 

Les  Voleurs  de  Londres  ;  par  Charles  Dickens.  Tra- 
duction de  La  Bédolière.  Edition  illustrée  de  25  vignettes 
par  Bertall.  In-4»  à  2  col.  72  p.  Lib.  Barba.  95  cent. 

Morceaux  choisis  des  classiques  français  k  l'usage 
des  classes  supérieures;  recueillis  et  annotés  par  Léon 
Feugère,  censeur  des  études  au  lycée  Bonaparte.  Ouvrage 
spécialement  destiné  aux  élèves  de  troisième,  de  seconde, 
de  rhétorique  et  de  mathématiques.  21«  édition.  Chefs- 
d'œuvre  de  prose,  ln-12,  xxxii-/i76  p.  Paris,  lib.  Jules 
Delalain.  3  fr.;  cart.  3  fr.  25. 

Études  sur  les  Barbares  et  le  moyen  âge;  par 
E.  Littré,  de  l'Institut,  3«  édition.  In-12,  xxxii-Zi60  p. 
Paris,  lib.  Didier  et  Cie.  3  fr.  50. 

Le  Quatre-Septembre  devant  l'enquête  ;  par  Eugène 
Pelletan.  2«  tirage.  In-18  Jésus,  343  p.  Paris,  lib.  Pagnerre. 


Publications   antérieures  : 


LES  PSAUMES  DE  DAVID  ET  LES  CANTIQUES 
d'après  un  manuscrit  du  xv=  siècle,  précédés  de  recher- 
ches sur  le  traducteur  et  de  remarques  sur  la  traduction, 
et  ornés  d'un  fac-similé  du  manuscrit  et  d'un  portrait  de 
David.  —  Paris,  librairie  Edwin  et  Hermann  Tross,  5, 
rue  Neuve-des-Petits-Champs. 


CHANSONS  POPULAIRES  DE  LA  FRANCE,  AN- 
CIENNES ET  MODERNES,  classées  par  ordre  chrono- 
logique et  par  noms  d'auteurs,  avec  biographie  et  notices. 
—  Par  Louis  Montjoie.  —  In-32.  —  Paris,  librairie  Gar- 
nier  frères,  6,  rue  des  Saints-Pères. 


LES  DIALOGUES  DE  JACQUES  TAHUREAU,  gen- 
tilhomme du  Mans,  avec  notice  et  index.  —  Par  F.  Cons- 
cience. —  Petit  in-12,  xxviii-201  pages.  —  Paris,  librairie 
Alphonse  Lemerre,  passage  Ghoiseul.  —  7  fr.  50. 


DU  DIALECTE  BLAISOIS  et  de  sa  conformité  avec 
l'ancienne  langue  et  l'ancienne  prononciation  française. — 
Thèse  présentée  à  la  faculté  des  lettres  de  Paris,  par  F. 
TALBEnt,  professeur  de  rhétorique  au  prytanée  militaire  de 
La  Flèche.  —  Paris,  Ernesl  Tliorin,  éditeur,  libraire  du 
Collège  de  France  et  de  l'Ecole  normale  supérieure,  7,  rue 
de  Médicis. 


LINTERMÉDL4IRE  DES  CHERCHEURS  ET  DES 
CURIEUX.  —  En  vente  à  la  librairie  Saridoz  et  Fischba- 
cher,  33,  rue  de  Seine,  à  Paris.  —  Prix  :  l'^  année,  15  fr., 
2"  année,  10  fr.;  3=  année,  12  fr.;  à'  année,  8  fr.;  5"  année, 
12  fr.  —  Chaque  année  se  vend  séparément.  —  Envoi 
franco  pour  la  France. 

ŒUVRES  DE  RABELAIS,  augmentées  de  plusieurs 
fragments  et  de  deux  chapitres  du  5=  livre,  etc.,  et  pré- 
cédées d'une  notice  historique  sur  la  vie  et  les  ouvrages 
de  Rabelais.  —  Nouvelle  édition,  revue  sur  les  meilleurs 
textes,  éclaircie  quant  à  l'orthographe  et  à  la  ponctuation, 
accompagnée  de  notes  succinctes  et  d'un  glossaire,  par 
Louis  Barré,  ancien  professeur  de  philosophie.  —  ln-18 
Jésus,  xxxv-612  p.  Paris,  librairie  Garnier  frères,  6,  rue 
des  Saints-Pères,  à  Paris. 

LE  MÉNAGIER  DE  PARIS.  —  Traité  de  morale  et 
d'économie  domestique,  composé  vers  1393,  par  un  Bour- 
geois parisien  ;  contenant  des  préceptes  moraux,  quelques 
faits  historiques,  des  instructions  sur  l'art  de  diriger  une 
maison,  des  renseignements  sur  la  consommation  du  Roi, 
des  Princes  et  de  la  ville  de  Paris,  à  la  fin  du  xiV  siècle  ; 
un  traité  de  cuisine  fort  étendu  et  un  autre  non  moins 
complet  sur  la  chasse  à  l'épervier.  —  Publié  pour  la  pre- 
mière fois  par  la  Société  des  Bibliophiles  français.  ~  2  vol. 
—A  Paris,  à  l'imprimerie  de  Crope/e^  9,  rue  de  Vaugirard. 


442 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


LE  CY.MBALUM  MUNDI,  précédé  des  Nouvelles  re- 
créations et  joyeux  devis  de  Boxaventure  des  Pehiers.  — 
Nouvelle  édition,  revue  et  corrigée  sur  les  éditions  origi- 
nales avec  des  notes  et  une  notice.  —  Par  P.L.  Jacob, 
bibliophile.  —  Paris,  Adolphe  Delahays,  éditeur,  i-6,  rue 
Voltaire.  —  Prix;  in-16  :  5  fr.;  ln-8»  :  2  fr.  50. 


LA  VRAIE  HISTOIRE  DE  FRAXCION,  composée  par 
Charles SoREL,sieurdeSouvigny.  — Nouvelle  édition,  avec 
avant-propos  et  notes  par  Emile  Colomb.^y.  —  Paris, 
Adolphe  Delahays,  éditeur,  6-6,  rue  Voltaire.  —  In-16  : 
5  fr.  ;  in-18  Jésus,  2  fr.  50.  


VOCABULAIRE  RAISONNE  ET  COMPARÉ  DU 
DIALECTE  ET  DU  PATOIS  DE  LA  PROVINCE  DE 
BOURGOGNE,  ou  Etude  de  l'histoire  et  des  mœurs  de 
cette  province  d'après  son  langage.  —  Par  Mignard,  de 
l'Académie  de  Dijon.  —  In-S",  334  p.  —  Paris,  librairie 
Aubry,  18,  rue  Séguier. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS  (première,  seconde, 
troisième  et  quatrième  année).  —  En  vente  au  bureau  du 
Courrier  de  Vaugelas,  26,  boulevard  des  Italiens.  —  Prix 
de  chaque  année,  broché,  6  fr.  —  Envoi  franco  pour  la 
France,  l'Algérie  et  l'Alsace-Lorraine. 


FAMILLES     PARISIENNES 

Recevant  des  Étrangers  pour  les  perfectionner  dans  la  Conversation. 


A  Passy  (près  du  Ranelagh).— Un  chef  d'institution 
reçoit  dans  sa  famille  quelques  pensionnaires  étrangers 
pour  les  perfectionner  dans  la  langue  française  et  achever 
leur  éducation. 

Dans  un  grand  pensionnat  de  Demoiselles,  situé 
dans  une  des  localités  les  plus  salubres  de  la  banlieue  de 
Paris,  on  reçoit  de  jeunes  étrangères  pour  les  perfec- 
tionner dans  langue  française.  —  Chambres  particulières. 
—  Table  de  la  Directrice.  —  Prix  modérés. 


Une  Maison  d'éducation  qui  n'est  point  une  pension 
prend  des  étrangers  à  demeure  pour  leur  enseigner  la 
langue  et  la  littérature  françaises.  —  Près  du  Collège  de 
France  et  de  la  Sorbonne. 


Avenue  de  l'Impératrice.  —  Un  ancien  préfet  du 
collège  Rollin  prend  en  pension  quelques  jeunes  étrangers 
pour  les  perfectionner  sérieusement  dans  l'étude  de  la 
langue  française.  — Enseignement  de  l'allemand  et  prépa- 
ration aux  examens  pour  le  service  militaire  en  Angleterre. 


(Les  adresses  sont  Indiquées  à  la  rédaction  du  Journal.) 


CONCOURS    LITTERAIRES. 


Le  journal  Le  Tournoi  est  rédigé  au  concours  par  ses  abonnés  seulement. 

Les  articles  sont  soumis  à  l'examen  d'un  Comité  de  rédaction.  L'Insertion  donne  droit  à  l'MMe  des  prîmes  suivantes  : 
V"  Prime  —  Cinq  exemplaires  du  numéro  du  journal  contenant  l'article  et  un  diplôme  confirmant  le  succès  du  lauréat  ; 
2«  Prime Quinze  exemplaires  de  l'article,  tiré  à  part  avec  titre  et  nom  de  l'auteur,  et  formant  une  brochure. 

Tout  abonné  douze  fois  lauréat  reçoit  une  médaille  en  bronze,  grand  module,  gravée  à  son  nom. 

Les  articles  non  publiés  sont  l'objet  d'un  compte-rendu  analytique. 

On  s'abonne  en  s'adressant  à  M.  Ernest  Leroux,  éditeur,  28,  rue  Bonaparte,  à  Paris. 

Appel  aux  Poètes. 


Le  prix  de  poésie  fondé  par  M.  le  docteur  Andrevetan,  avec  l'aide  de  la  ville  d'Annecy  (200  francs),  sera  décerné  par 
la  Société  Florimontane  en  juillet  1875. 

Les  auteurs  devront  déclarer  par  écrit  que  leurs  envols  sont  Inédits  et  n'ont  été  présentés  à  aucun  autre  concours. 

Tout  auteur  qui  se  ferait  connaître  serait  exclu  :  les  envois  porteront  une  épigraphe  qui  sera  répétée  à  l'extérieur 
d'un  billet  cacheté,  indiquant  le  nom  et  le  domicile  de  l'auteur. 

Sont  seuls  admis  à  concourir  :  1°  les  Français,  excepté  les  membres  effectifs  de  la  Société  Florimontane,  —  2»  les 
étrangers,  membres  effectifs  ou  correspondants  de  cette  Société. 

Les  manuscrits  devront  être  adressés  au  Secrétaire  de  la  Société  Florimontane,  avant  le  1"  juillet  1875.  Ils  resteront 
déposés  aux  archives  de  ladite  Société,  où  les  auteurs  pourront  en  prendre  connaissance. 

Le  sujet,  laissé  au  choix  des  concurrents,  ne  peut  être  traité  en  moins  de  cent  vers. 

Le  treizième  Concours  poétique  ouvert  à  Bordeaux  le  15  août  sera  clos  le  1"  décembre  187i.  —Dix  médailles  seront 
décernées.  —  Demander  le  programme,  qui  est  adressé  franco,  à  M.  Evariste  Carrance,  président  du  Comité,  92,  route 
d'Espagne,  à  Bordeaux  (Gironde).  —  A/franchir.        

L'Académie  française  donne  pour  sujet  du  prix  de  poésie  à  décerner  en  1875  :  Livingstone. 

Le  nombre  des  vers  ne  doit  pas  excéder  celui  de  deux  cents. 

Les  pièces  de  vers  destinées  à  concourir  devront  être  envoyées  au  secrétariat  de  l'Institut,  franches  de  port,  avant 
le  15  février  1875,  terme  de  rigueur. 

Les  manuscrits  porteront  chacun  une  épigraphe  ou  devise  qui  sera  répétée  dans  un  billet  cacheté  joint  à  l'ouvrage; 
ce  billet  contiendra  le  nom  et  l'adresse  de  l'auteur,  qui  ne  doit  pas  se  faire  connaître. 

On  ne  rendra  aucun  des  ouvrages  envoyés  au  concours,  mais  les  auteurs  pourront  en  faire  prendre  copie  s'ils  en 
ont  besoin.  ^^^^^^^^^__^_^^^^^___^__ 

Le  rcdacleur  du  Courrier  de  Vaugrlas  est  visible  a  son  bureau  de  midi  à  une  heure  et  demie.  || 

Imprimerie  Gouverneur,  G.  Daupeley  à  Nogent-le-Rolrou.  ** 


5>  Année. 


N°   15 


QUESTIONS 
GRAMMATICALES 


LE 


^« 


v^^ 


0^. 


m 


1"  Novembre  1874. 

QUESTIONS 
PHILOLOGIQUES 


Journal  Semi-Mensuel 


CONSACRÉ    A    LA    PROPAGATION     UNIVERSELLE     DE    LA   LANGUE     FRANÇAISE 
Paralarant    1«    1"  «t   !•    IS    de   ehaane  atoia 


PRIX  : 

Abonnement  pour  la  France.    6  f. 

Idem       pour  l'Étranger  10  f. 

Annonces,  la  ligne  .    .    .    .  50  c. 


Rédacteur:  Eman  MARTIN 

.\NXIEN     PROFESSEUR      SPÉCIAL      POUR      LES      ÉTRANGERS 

Oflirier  d'.^cadémie 
26,  boulevard  des  Italiens,  Paris 


ON  S'ABONNE 
En  envoyant  un  mandat  sur  la  poste 
soit  au  Rédacteiir,  soit  à  l'Adra' 
M.  FisCHBACHER,  33,  Plie  de  Seine. 


SO.MMAIRE. 

Deux  communications  ;  —  Signification  littérale  de  Conter  fleu- 
rettes; —  Emploi  de  Découvreur  ;  —  Usage  singulier  du  mot 
De  après  En;  —  Pourquoi,  contrairement  à  létjmologie,  tous 
nos  participes  présents  finissent  en  ant.  \\  Cylindrer  ou  Calan- 
drer  du  linge:  —  Avoir  si  peur  est  une  mauvaise  expression; 
—  S'il  faut  dire  qu'l'ne  loi  pointe  ou  point  à  l'horizon.  || 
Passe-temps  grammatical.  ||  Suite  de  la  biographie  de  l'auge- 
las.  Il  Ouvrages  de  grammaire  et  de  littérature.  ||  Familles  pari- 
siennes pour  la  conversation.  ||  Concours  littéraires. 


FRANCE 


COMMUNICATIONS. 

J'ai  reçu  dernièrement  les  deux  lettres  qu'on  va  lire, 
relativement  à  des  questions  traitées  dans  des  numéros 
précédents  : 

L 
Sens  (Yonne),  14  septembre  1874. 
Monsieur, 

En  vous  adressant  un  mandat  de  6  fr.  pour  renouvelle- 
ment de  mon  abonnement  au  Courrier  de  Vaugelas,  per- 
mettez-moi de  vous  faire  une  petite  observation  touchant 
la  liste  des  noms  que  l'on  donne  aux  habitants  des  diverses 
villes  de  France. 

Cette  liste  est  intéressante;  mais  elle  eût  pu  l'être 
davantage,  ce  me  semble,  si  vous  aviez  donné  la  clé 
d'appellations  souvent  éloignées  du  nom  de  la  ville  elle- 
même.  Ainsi,  il  est  facile  de  comprendre  pourquoi  les  habi- 
tants d'Arles  s'appellent  les  Artésiens  ,  et  les  habitants 
d'Amiens  les  Amiénois;  mais  on  s'explique  difficilpmpnt 
au  premier  abord  que  les  habitants  de  St-Omer  s'appellent 
les  Audomarois,  ceux  de  Sens  les  Se'nonais,  ceux  de  Besan- 
çon les  Viîontins,  etc.  Il  y  aurait  tout  profit  pour  le  lec- 
teur à  savoir  que  ces  dénominations  singulières,  quand 
on  n'en  sait  pas  la  source,  tiennent  au  nom  ancien  de  ces 
villes,  Audomarum,  Senones,  Vesontio,  etc.  qui,  par  suite  de 
corruptions  rationnelles,  si  je  puis  m'exprimer  ainsi,  s'est 
profondément  altéré,  tandis  que  l'adjectif,  resté  dans 
l'ombre  et  hors  de  la  portée  du  vulgaire,  se  maintenait 
dans  son  intégrité. 

Il  est  facile,  par  exemple,  de  comprendre  comment  l'ac- 
cent fortement  appuyé  sur  la  première  syllabe  a  fait  Sens 
de  Senones,  et  Orner  de  Audomarum. 

Agréez,  Monsieur,  l'expression  de  ma  considération  la 
plus  distinguée. 

FlLLBMlN. 


Les  observations  contenues  dans  celle  lettre,  obser- 
vations que  j'avais  prévues,  du  reste,  sont  parfaitement 
justes.  Je  serai  heureux  d'y  faire  droit  dans  un  prochain 
numéro,  où  je  me  propose  d'expliquer  l'origine  de  tous 
les  genlilés  qui  ne  dérivent  pas  directement  du  nom 
actuel  des  villes. 

Quant  au  mandat  renfermé  dans  la  même  lettre,  je 
l'anéantis,  pour  la  raison  que,  le  23  février  dernier, 
M.  Fillemin  m'en  a  déjà  envoyé  un  semblable  pour 
payer  son  abonnement  à  la  5'  année. 
II. 

Bayeux,  le  26  Septembre  1874. 
Monsieur, 

Le  numéro  du  Courrierdu  15  septembre  courant  ne  m'est 
pas  parvenu,  et  nous  touchons  à  la  fin  du  mois.  'Veuillez, 
je  vous  prie,  me  le  faire  expédier,  car  je  serais  désolé  de 
voir  une  lacune  dans  ma  précieuse  collection. 

Dn  des  précédents  contenait  quelques  erreurs  au  sujet 
du  rocher  du  Calvados  que,  de  ma  chaumière  de  pêcheur, 
au  bord  de  la  Manche,  je  puis  voir  de  mes  fenêtres,  dans 
une  grande  marée  comme  celle  de  ce  jour,  où  il  découvrira 
presque  entièrement,  ce  qui  n'arrive  que  deux  ou  trais  fois 
chaque  année.  On  le  confond  généralement,  et  à  tort,  avec 
les  roches  qui  bordent  la  côte  de  Colleville  â  Langrune, 
qui  découvrent  à  chaque  marée  et  sont  adhérentes  aux 
falaises  sur  une  longueur  d'environ  20  kilomètres,  de  Port- 
en-Bessin  à  Courseulles.  Le  seul  rocher  isolé  et  qui  seul  a 
droit  au  nom  de  Calvados,  est  situé  au  nord  de  la  Fosse 
d'Espagne,  entre  St-Côme-de-Fresné  et  Asnelles,  et  la  carte 
de  l'Etat-major,  qui  en  contient  un  relevé  fort  exact,  ne  lui 
donne,  avec  raison,  que  1  kilomètre  de  10.  à  l'E.,  sur 
.500  mètres  du  N.  au  S.  Mais  elle  le  baptise  improprement: 
les  Calvados,  tandis  que  son  nom  doit  être  au  singulier,  et 
n'est  que  la  corruption  du  nom  du  vaisseau  de  VAnnada 
qui  vint  y  échouer,  et  qui  s'appelait  non  point  le  Calvador, 
mais  le  Salvador  (le  Sauveur)  :  au  xvi'  siècle,  la  forme  de 
r.S  se  rapprochait  beaucoup  de  celle  du  C,  et  on  lut  mal  la 
finale;  de  là  l'erreur  commune,  consacrée  par  l'Assemblée 
nationale  qui,  sur  la  proposition  de  M.  Delaunay,  député 
des  Etats  de  Normandie,  et  qui  n'était  que  l'organe  de  sa 
sœur  (dont  on  conserve  encore  le  portrait  au  musée  de 
Bayeux.  où  elle  fut  connue  jusqu'à  sa  mort  sous  le  nom  de 
Mademoiselle  Calvados)  attribua  au  département  le  nom  vul- 
gairement donne  au  rocher  qui  en  est  une  annexe. 

J'ai  déjà  recueilli  beaucoup  de  noms  à  ajouter  à  la  liste 
géographique   publiée  dans    votre   numéro   11   ;  j'attends 


i\i 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


d'avoir  augmenté  et  ordonné  une  liste  pour  vous  l'envoyer, 
comme  supplément  à  ia  vôtre. 

En  attendant,  veuillez  agréer.  Monsieur,  l'assurance  de 
mes  sentiments  distingués. 

Georges  Garnieb. 

Je  remercie  M.  Georges  Garnier  des  précieux  rensei- 
gnements qu'il  donne  dans  sa  lettre  sur  le  rocher  du 
Calvados,  et  j'attendrai  qu'il  m'ait  envoyé  la  liste  qu'il 
prépare  pour  répondre  aux  observations  contenues  dans 
la  communication  précédente. 

X 

Première  Queslioa. 
Je  désirerais  bien  savoir  la  véritable  signification  de 
l'expression  comer  fléchettes,   et  vous  serais,  en  con- 
séquence, très-obligé  de  la  donner  dans  un  de  vos  pro- 
chains numéros. 

Le  verbe  conter  peut  avoir  ici  un  double  sens,  celui 
de  dire,   et  celui  de  compter,    pour  lequel  il   s'est 
employé  dans  les  commencements  de  notre  langue  : 
Jo  ai  cunlé,  n'i  ad  mais  que  .vii.  liwes. 

\Ch.  de  Roland,  ch.  IV,  v.  364.J 

Sans  les  autres  richesses  que  le  ne  sai  conter. 

(Berle,  XCVIl.) 

Tuit  li  enfant  d'un  mariage,  quant  il  vienent  en  compai- 
gnie  avec  le  secont  mariage  ou  avec  le  tiers,  ne  sont  conté 
que  por  une  sole  personne. 

(Beaumanoir,  XXI,  8  ) 

D'un  autre  côté,  le  mot  fleurette,  indépendamment 
de  la  signification  de  galanterie,  a  eu  aussi  celle  de 
pièce  de  monnaie,  ce  qui  est  attesté  par  cet  exemple  : 

La  fleurette  ou  florelte  était  une  e.spéce  de  monnaie  fran- 
çaise en  usage  au  siv  et  au  sv  siècle. 

(Ch.  Nisard,  Curios.  del'étymoî.^  p.  6.) 

D'où  il  suit  que  le  véritable  sens  de  la  phrase  en 
question  doit  être  contenu  dans  l'une  des  quatre  com- 
binaisons suivantes  : 

Conter  (dire)  fleurettes  (monnaie). 
Conter  (dire)  fleurettes  (galanterie). 
Conter  (compter/  fleurettes  (monnaie). 
Conter  (compter)  tleurelles  (galanterie). 
Or,  comme  on  n'a  jamais  employé  dire  suivi  d'un 
nom  de  monnaie,  pas  plus  que  compter  suivi  d'un  nom 
signifiant  un  propos  galant,   il  est  à  croire  que  le  sens 
littéral  de  l'expression  ne  peut  se  trouver  que  dans 
conter  (compter)  fleurettes  (monnaie),  ou  dans  conter 
(dire)  fleurettes  (galanterie). 
Conter  /levrettes  veut-il  dire  compter  de  la  monnaie? 
Ce  serait  un  tort  de  le  croire  comme  quelques-uns 
l'ont  fait;  d'abord,  parce  qu'expliquée  ainsi  l'expression 
prendrait  un  sens  immoral  qu'elle  n'a  jamais  eu,  car 
elle  n'impli(iue  que  paroles  d'amour,  compliments  gra- 
cieux, dire  des  choses  jolies,  flatteuses,  séduisantes;  et, 
ensuite,  parce  que  le  mot  /levrette  peut  très-bien  figurer 
après  un  verbe  qui  ne  veut  pas  pour  régime  un  nom  de 
monnaie,  preuve  ces  exemples  : 

...  Et  votre  femme  entendra  le.s  flextrelles. 

(Moliî-re,  /ic.  des  M'iris,  I.  t.] 

OÙ  peuvent  tous  venants  débiter  leurs  fleurettes. 

(Corneille.  IMenl.  I.  l.) 


Du  reste,  si  /leurette  \ou\a.'i[  dire  ici  pièce  de  mon- 
naie, on  ne  le  trouverait  évidemment  pas  en  compagnie 
du  mot  argent,  comme  il  s'y  voit  dans  ce  vers  : 

Des  gens  qui  sèmeront  l'argent  et  la  fleurette. 
(I.a  Fontaine,  Joconde.) 

Conter  fleurettes  signifie  donc  dire  des  galanteries? 

C'est,  à  mon  avis,  le  véritable  sens  de  cette  expres- 
sion, et  voici  les  raisons  sur  lesquelles  je  base  une  con- 
viction que  j'espère  vous  faire  partager  : 

V  Le  mot  fleurette  est  le  diminutif  de  /leur;  or,  par 
une  métaphore  facile  à  saisir  (la  fleur  de  quelque  chose, 
c'est  ce  qu'il  y  a  de  mieux,  de  plus  fin),  les  discours 
galants  qui,  selon  M.  Charles  Rozan,  se  tiennent  «  dans 
un  langage  qui  n'est  pas  le  langage  de  tout  le  monde  ni 
de  tous  les  jours  »  ont  été  assimilés  à  de  jolies  petites 
fleurs. 

De  fl.eur,  pris  dans  le  même  sens,  nos  pères  avaient  fait 
fleureter  (qui  pourrait  bien  avoir  donné  le  flirtation  des 
Anglais),  verbe  qui  signifiait  babiller,  dire  de  jolis 
riens,  et  dont  j'ai  recueilli  l'exemple  suivant  ; 

Ces  paroles  servent  à  ceux  qui  n'ont  accoustumé  que  de 
flageoler  et  fleureter  à  l'oreille,  en  parlant  de  choses  de  peu 
de  valeur. 

(Commines.  cité  par  Ch.  Nisard,  p.  6.) 

2»  En  espagnol,  on  emploie  /lor  (fleur)  pour  signifier       1 
ornement  du  discours,  éloge,  louange;  et  l'on  appelle 
floreo  (mot  de  la  famille  de  /lor]  une  flatterie,  une  cajo- 
lerie, une  douceur  dite  à  une  femme  :  /leurette,  formé 
de  fleur,  a  le  même  sens  que  floreo.  j 

3°  Pour  signifier  ce  que  nous  exprimons  par  conter  " 
fleurettes,  les  Latins  employaient  rosas  loqui  (dire  des 
roses),  expression  d'autant  plus  heureuse  que  la  rose 
était  consacrée  à  Vénus,  la  déesse  des  amours.  Or,  le 
fleurettes  de  notre  proverbe,  c'est  le  rosas  du  proverbe 
latin,  c'est  un  mot  ayant  le  sens  de  propos  galants. 

Le  Dictionnaire  étymologique  de  Noël  et  Carpentier 
écrit  conter  fleurette  avec  fleurette  au  singulier.  Mais 
comme  la  plupart  de  nos  auteurs  écrivent  fleurette  au 
pluriel  dans  cette  expression,  et  que,  d'ailleurs,  rose 
est  au  pluriel  dans  rosas  loqui,  ainsi  que  fleur  dans 
Andarse  en  flores,  que  je  rencontre  dans  un  diction- 
naire espagnol  comme  traduction  d&  conter  fleurettes, 
j'en  lire  la  conclusion  qu'il  faut  mettre  fleurette  au 
pluriel  dans  ce  proverbe. 

X 
Seconde  Question. 

Voudriez-i'ous  bien  me  dire  comment  se  nomme  une 
per.'ionne  qui  a  fait  une  découverte,  et  aussi  ce  que  voits 
pensez  de  de'cocvreub  datis  la  p/uase  suivante,  que  je 
trouve  dans  la  Revue  des  deux  Mondes  du  {"septembre 
\^1^  :  «  Les  cliétifs  instrumens  qui  bravèrent  alors  le 
courroux  des  flots  rehaussent  à  peine  pour  moi  l'audace 
des  anciens  décocvrecrs.  » 

Le  substantif  découverte  se  disant  de  toute  chose 
dont  le  nom  peut  servir  de  régime  direct  à  l'un  des 
trois  verbes  trouver,  inventer,  découvrir,  qui  expri- 
ment l'action  d'arriver  à  connaître  ce  qui  était  caché, 
couvert  en  quelque  sorte,  on  a  dû  naturellement  dési- 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


fl5 


gner  celui  qui  fait  une  découverte  par  les  mots  trou- 
veur,  inventeur,  découvreur. 

Mais  ces  noms  ne  s'appliquent  qu'à  certaines  signi- 
fications des  verbes  dont  ils  sont  formés,  de  sorte  que, 
pour  en  faire  un  emploi  convenable,  il  faut  savoir  ce 
qui  suit  relativement  à  chacun  d'eux  : 

Trouveur.  —  Se  dit  de  celui  qui  rencontre  un  objet 
perdu,  et  aussi  comme  synonyme  de  trourrre,  corres- 
pondant au  grec  îroiTjTYiç,  poète  (de  toiéw,  faire,  in- 
venter). 

Inventeur.  —  Répond  au  sens  d'imaginer  quelque 
chose  de  nouveau,  de  combiner  des  conditions  connues 
d'une  façon  nouvelle;  on  dit  : 

L'inventeur  de  l'imprimerie;  —  Y  inventeur  Ae  la  poudre  à 
canon;  —V inventeur  An  télégraphe  électrique,  etc. 

Mais  il  s'emploie  spécialement  en  terme  d'archéo- 
logie pour  désigner  celui  qui  trouve  une  médaille;  il 
correspond  alors  au  sens  du  latin  invenire,  qui  a  fourni 
invention  dans  cette  dénomination  d'une  fête  de  l'Eglise, 
l'invention  de  la  vraie  croix,  pour  la  découverte  de  la 
vraie  croix. 

Découvreur.  —  S'est  employé  jusqu'au  xvi°  siècle 
pour  désigner,  à  la  guerre,  ceux  qu'on  envoyait  en 
éclaireurs,  comme  le  montrent  ces  exemples  : 

Et  avoient  les  François  leurs  descouvreurs,  et  les  Hongres 
les  leurs. 

(Froissart,  III,  IV,  53.) 

Les  capitaines,  qui  avoient  mis  des  descouvreurs  sur  les 
champs,  eurent  taatost  avis  que... 

(M.  du  Bellay,  383.) 

Puis,  on  en  est  venu  à  ne  plus  le  dire  que  de  celui 
qui  avait  fait  une  découverte  géographique  : 

Quel  fut  le  prix  des  services  inouïs  de  Cortez?  Celui 
qu'eut  Colomb  -.  il  fut  persécuté;  et  le  même  êvêque  Fon- 
seca,  qui  avait  contribué  à  faire  renvoyer  le  découvreur  de 
l'Amérique  chargé  de  fers,  voulut  faire  traiter  de  même 
celui  qui  en  était  le  vainqueur. 

(Voltaire,  M(eurs,    147. 1 

Or,  comme  je  ne  vois  pas  pour  quelle  raison  décou- 
vreur, employé  dans  ce  sens  au  xviii"  siècle,  n'y  pour- 
rait pas  figurer  encore  aujourd'hui,  j'en  conclus  que  la 
phrase  de  la  Revue  des  deux  Mondes  où  vous  l'avez 
rencontré  ne  peut  être  taxée  d'incorrection. 

Les  substantifs  trouveur  et  découvreur  ne  figurent 
pas  dans  le  Dictionnaire  de  l'Académie;  mais  quand  je 
vois  que  M.  Littré  les  enregistre  dans  le  sien,  qu'il  jus- 
tifie l'emploi  du  premier  par  ces  exemples  empruntés  à 
la  vieille  langue  : 

Les  irouveurs  auront  la  moitié  de  ladite  trouveure  pour 
leur  part. 

(Du  Cange,  Troaf.) 

L'amende  doit  estre  d'autant  de  valeur  comme  le  fiai 
coze  trovée,  lequele  li  trouvères  vaut  retenir  à  soi. 

(Eeaiimanoir,  XXV,  21.) 

et  qu'il  fait  remarquer  que,  si  l'Académie  n'approuve 
plus  le  second  aujourd'hui,  elle  l'avait  mis  dans  sa 
3=  édition,  je  ne  crois  pas  être  dans  l'erreur  en  tenant 
ces  mots  pour  bien  français.  j 


X 

Troisième  Question. 
Vans  la  phrase  suivante,  où  il  s' agit  de  princesses  : 
«  //  y  en  avait  de  brunes,  de  blondes,  de  châtain  clair, 
de  châtain  foncé  et  d'autres  aitx  cheveux  d'or  d,  faut-il 
DE  ou  DES  ?  Je  crois  que  de  choque  moins  l'oreille. 

Il  faut  (le,  et  voici  pourquoi. 

Complète,  cette  phrase  serait  exprimée  par  celle  qui 

suit  : 

11  y  avait  des  princesses  qui  étaient  brunes,  des  prin- 
cesses qui  étaient  blondes,  des  princesses  qui  étaient  châ- 
tain clair,  des  princesses  qui  étaient  châtain  foncé,  etc. 

Or,  dans  celte  dernière,  si  l'on  remplace  par  en  (ce 
qui  se  fait  d'ordinairei  le  substantif  jorùfce.'ises,  répété  et 
pris  dans  un  sens  partitif,  elle  devient  : 

11  y  en  avait  qui  étaient  brunes,  qui  étaient  blondes  qui, 
étaient  châtain  clair,  qui  étaient  châtain  foncé,  etc. 

Puis,  si  au  lieu  de  qui  étaient,  dans  cette  seconde 
phrase,  on  met  le  mot  de,  après  la  substitution  de  en  à 
princesses  (ce  qui  n'est  ni  moins  permis  ni  moins  géné- 
ralement pratiqué),  on  arrive  à  cette  forme  doublement 
elliptique  qui  n'est  autre  que  la  phrase  que  vous  me 
proposez  : 

Il  y  en  avait  de  brunes,  de  blondes,  de  châtain  clair,  de 
châtain  foncé,  etc. 

Ainsi,  ce  n'est  pas  parce  que  de  «■  choque  moins 
l'oreille  «  qu'il  doit  être  employé  dans  celte  phrase  et 
autres  semblables;  c'est  en  vertu  d'une  règle  bien  posi- 
tive de  construction  qui  veut  que  le  pronom  qui  et  le 
verbe  rtre,  suivis  d'un  adjectif  ou  d'un  participe,  soient 
remplacés  par  de  quand  le  substantif  auquel  qui  se  rap- 
porte a  été  lui-même  remplacé  pare«. 
X 
Quatrième  Question. 

Puisque  le  français  est  dérivé  du  latin,  et  que  dans 
cette  dernière  langue  il  y  a  des  participes  présents  en 
kys,  ANTis  (amans,  amamis)  et  d'autres  en  ens,  entis, 
(lhoens,  i-egentis  ,  pourquoi  n'avons-nous  pas  écrit  les 
uns  par  ent  et  les  autres  par  ant?  C'aurait  élé  plus  con- 
forme à  l'élymologie. 

Gomme  les  autres  langues  néo-latines,  le  français  n'a 
que  trois  conjugaisons  : 

La  première,  qui  a  l'infinitif  en  er  [porter],  ai\ec\e 
participe  passé  en  e,  et  qui  correspond  à  la  première 
conjugaison  latine,  dont  l'infinitif  est  en  are  [onare] ; 

La  seconde,  qui  a  l'infinilif  en  ir  [finir]  avec  le  passé 
en  i,  et  qui  correspond  à  la  quatrième  conjugaison 
latine,  dont  l'infinilif  est  en  ire  {finire); 

La  troisième,  quia  l'infinilif  en  oir  (recevoir,  devoir), 
et  en  re  [vendre,  prendre],  avec  le  participe  passé  le 
plus  souvent  en  u.  et  qui  correspond  à  la  troisième  des 
Latins  dont  l'infinilif  est  en  ère  [reciperc,  rendere),  bien 
qu'elle  renferme  beaucoup  de  verbes  dont  les  primitifs 
appartiennent  à  la  seconde  conjugaison  latine,  ayant 
l'infinilif  en  cre  [debcre,  prendcre''. 

Or,   les  modèles  de  ces  trois  conjugaisons  porter, 
partir,  mollir  cl  battre  donnant  en  lalin  : 
Portans,  antis  (an) 


u« 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


Partiens,  entis  [en) 
Mollescens,  entis  (en) 
Baltuens,  entis  [en) 

il  eût  été  sans  doute  plus  conforme  à  l'étymologie 
d'écrire  par  ent  la  terminaison  de  nos  participes  présents 
des  deux  dernières  conjugaisons,  c'est-à-dire  partent 
et  bottent,  dérivés  de  partiens  et  de  batfuens.  Mais, 
comme  la  notation  en  de  celte  terminaison  aurait  eu  le 
son  de  an  nasal,  et  que  tous  les  participes  présents  de 
la  première  conjugaison,  qui  sont  les  plus  nombreux, 
s'écrivent  régulièrement  par  an,  d'après  leur  prove- 
nance [portant  déportons,  tis],  on  fut  conduit,  dès  les 
premiers  temps  de  notre  langue  (cette  orthographe  se 
trouve  adoptée  dans  les  textes  les  plus  anciens),  à  repré- 
senter également  par  an  le  même  son  nasal  qui  se  trou- 
vait à  la  terminaison  du  participe  présent  dans  les 
autres  conjugaisons. 

Du  reste,  il  y  a  encore  d'autres  raisons  qui  peuvent 
justifier  celte  terminaison  unique  en  ont  pour  répondre 
à  la  double  terminaison  des  participes  présents  latins  : 

\°  C'est  qu'il  existe  dans  presque  tous  les  verbes  une 
autre  forme  qui,  pour  l'orthographe,  eût  été  identique 
au  participe  présent  écrit  par  ent,  la  troisième  per- 
sonne plurielle  du  présent  de  l'indicatif  :  Ws  partent, 
ils  battent,  etc. 

2°  Comme  nous  avons  un  certain  nombre  d'adjectifs 
verbaux  qui  ont  la  même  source  que  nos  participes 
présents,  c'est-à-dire  qui  proviennent  comme  eux  des 
participes  présents  latins,  il  nous  a  été  possible  de  dis- 
tinguer les  uns  des  autres  en  terminant  tous  nos  parti- 
cipes présents  en  ant  et  nos  adjectifs  verbaux  en  ent  ; 
grâce  à  celte  convention,  on  peut  immédiatement  voir 
que  excellent,  négligent,  sont  des  mots  d'une  autre 
espèce  que  excellant,  négligeant. 

Voilà  pourquoi,  en  dépit  des  suggestions  de  l'étymo- 
logie, nous  écrivons  tous  nos  participes  présents  par 
ant,  de  quelques  verbes  latins  qu'ils  viennent. 

ÉTRANGER 


Première  Question. 
Faut-il  dire  cïlindrer  du   linge  ou   calandreb  du 
LINGE  ?  Je  vous  remercie  d'avance  de  votre  réponse. 

On  lit  ce  qui  suit  (vol  I,  p.  123)  dans  le  Manuel  du 
blanchiment  et  du  blanchissage,  par  Julia  do  Fonte- 
nelle,  ouvrage  faisant  i)artie  de  la  collection  Roret  : 

Nous  avons  en  France  l'habitude  de  repasser  le  lin^e 
de  m(?nage  avec  des  fers  chauds  de  diverses  formes;  mais 
cette  opération  occasionnant  toujours  une  dépense  assez 
considérable,  â  cause  du  charhon  de  hois  qu'on  est  obligé 
d'employer  à  cet  effet,  et  do  la  lenteur  avec  laquelle  ce 
travad  s  exécute,  il  arrive  aussi  tres-IVéqueninicnt  que, 
par  la  négligence  des  repasseuses,  le  linge  se  trouve  roussi 
et  même  h?ûlé.  Les  Anglais  se  servent  pour  le  repassage 
du  linge  uni,  tel  que  celui  de  table,  les  draps  de  lits,  etc., 
d'une  marlime  qu'ils  nomment  mongle  ou  calender,  qui 
n'a  pas  les  inconvénients  dont  on  vient  do  parler,  quoi- 
qu'elle opère  Irès-promptement  et  ù  froid.  Le  linge  dont 
on  veut  unir  ou  lustrer  la  surface,  après  avoir  été  légère- 
ment humecté,  est  roulé  le  plus  exactement  possible  au- 


tour de  deux  cylindres  de  bois  de  hêtre,  qu'on  place,  ainsi 
chargés,  entre  deux  planchers  horizontaux  très-unis,  dont 
I  inférieur  est  fixé  et  le  supérieur  mobile  dans  le  sens  per- 
pendiculaire à  la  direction  des  cylindres,  de  manière  à  pou- 
voir aller  et  venir  librement  dans  un  espace  limité.  Ce 
même  plancher  supérieur,  formant  le  fond  d'une  caisse 
qu'on  remplit  de  pierres  ou  d'autres  poids  d'environ  1,000 
kilogrammes,  exerce  sur  chacun  des  rouleaux  une  pression 
qui  a  d'autant  plus  d'effet  qu'elle  n'a  lieu  que  successive- 
ment et  suivant  les  points  de  contact  des  rouleaux  avec 
les  plans  tangents  :  aussi  le  linge,  mis  en  quantité  raison- 
nable sur  les  cylindres,  se  trouve-t-il  uni  et  même  lustré 
au  bout  d'un  très-petit  nombre  d'allées  et  venues  de  la 
caisse  de  la  machine. 

On  s'est  servi  pendant  longtemps  de  ces  sortes  de 
calandres  dans  nos  fabriques  de  rubans,  de  calicots,  etc.  : 
il  n'y  a  de  nouveau  que  l'application  qu'on  en  a  faite  au 
repassage  du  linge  de  ménage,  et  le  mécanisme  qu'on  y 
a  ajouté  pour  produire  un  mouvement  uniforme  de  va-et- 
vient  par  un  mouvement  uniforme  et  continu  de  rota- 
tion. 

Puisqu'il  s'agit  d'une  c«/a«(Z/-e  appliquée  au  repassage 
du  linge,  on  peut  évidemment  dire  culandrer  du  linge; 
mais  comme  calandre  est  synonyme  de  cylindre  (il 
vient  de  ctjlindrus  par  le  bas-latin  calendra),  et  que 
j'entends  toujours  dire  aulour  de  moi  linge  cylindre  et 
non  linge  calandre,  j'en  conclus  qu'il  vaut  mieux  se 
servir  de  l'expression  cijlindrer  du  linge. 

X 
Seconde  Question. 
Dans  une  des  phrases  que  vous  ave:  données  à  cor- 
riger dans  votre  numéro  i2,  il  s'en  trouve  une,  /a  5', 
qui  commence  ainsi  :  «  Dans  le  Nord,  on  a  si  pede  des 
gens  qu'on  ne  connaît  pas...  »  Or,  dans  le  numéro  sui- 
vant vous  n'avez  point  dit  que  cette  expression  fût  une 
faute.  Est-ce  quelle  serait  correcte? 

C'est  un  oubli  de  ma  part. 

Si,  dans  le  sens  de  tellement,  ne  peut  s'employer  que 
devant  les  adjectifs  et  les  adverbes  : 

Une  main  si  habile  eût  sauvé  l'Etat,  si  l'Etat  eût  pu  être 
sauvé. 

(BoBSuet,  Heine  d'Angl.) 

Jean  Corvin  Huniade,  ce  fameux  général  des  armées 
hongroises,  qui  combattit  si  souvent  Amurat  et  Mahomet  II. 

(Voltaire,  Mœurs,  89.) 

Par  conséquent,  l'emploi  de  si  que  vous  me  signalez 
est  une  faute,  puisque  ce  mot  est  placé  devant  un  subs- 
tantif; il  fallait  dire  :  on  a  tellement  peur. 

Une  foule  de  gens  commettent  la  même  erreur  avec 
les  expressions  avoir  faim,  avoir  lioif,  avoir  chaud, 
avoir  froid,  avoir  envie.  Cela  tient  sans  doute  à  ce  que 
lesdiles  expressions  reçoivent  souvent  comme  modifi- 
calif  l'adjeclif  grand,  qui  admet  très-bien  l'adverbe  si 
avant  lui  :  la  suppression  de  cet  adjectif  entraine  un 
changement  d'adverbe,  mais  beaucoup  ne  le  savent  pas, 
doii  leur  construction  vicieuse. 

X 

Troisième  Question. 
Phrase  trouvée  du7is  un  jonnial  frani^'ois  :  «  Il  est 
vrai  que,  avec  la  nouvelle  lai  militaire  qui  pointe  à 
l'horizon,  il  a  de  quoi  rattraper  ce  mutisme  forcé.  » 
Ici  point  ne  vaudroit-it  pas  mieux  que  pointe? 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


447 


Il  faul  point  s'il  s'agit  du  verbe  poindre^  et  pointe, 
s'il  s'agit  du  verbe  pointer. 

Lequel  de  ces  deux  verbes  convienl-il  d'employer? 

Pointer  se  dit,  au  propre,  en  parlant  des  herbes,  des 
bourgeons,  etc.,  qui  commencent  à  pousser,  et,  au 
figuré,  dans  le  sens  de  se  faire  remarquer  : 

Une  femme,  depuis  fort  de  mes  amis,  commençait  à 
pointer  par  elle-même  à  la  Cour. 

(Sl-Simon,  ^S,   >l3.) 

Harcourt  courtisa  Madame  de  Maintenon  dès  qu'il  put 
pointer,  et  la  cultiva  toujours  sur  le  pied  d'en  tout 
attendre. 

(Idem,  8j,  61.) 

Poindre  s'emploie  aussi  dans  la  sens  de  commencer 
à  pousser  comme  une  pointe,  en  parlant  des  végétaux, 
et  se  trouve,  au  figuré,  dans  la  même  signification  que 
le  précédent  : 

De  tous  les  maux  on  vit  poindre  l'engeance. 

(Benierade.  dan3  Oiraud-Duvivicr.) 

On  m'assure  qu'elle  [Madame  de  Coulanges]  est  très- bien, 
et  que  les  épigrammes  recommencent  à  poindre. 

(Sévigné,  !•'  octobre  1676.) 

Par  conséquent,  dans  la  phrase  en  question,  il  est 
parfaitement  loisible  d'employer /?om?  oa  pointe. 


PASSE-TEMPS   GRA.MMATICAL 


Corrections  du  numéro  précédent. 

t'...  tout  accidentelle  qu'elle  est  (après  tout...  que,  on  ne  met 
pas  le  sobjonclif;  —  2'...  et  ils  se  sont  imaginé;  —  3'...  que 
cette  malencontreuse  idée  prévale;  4°...  Pendant  que  nousreve- 
niojis  le  soir  à  Stockolm;  —  5°...  d'empêcher  que  la  langue 
française  7j€  fût;  —  6°...  élantrfonne's  les  antécédents;  — 7°  Voici 
d'abord  le  soulier  à  la  poulaine  (c'est-à-dire  à  la  polonaise)  ;  — 
8'...  qui  devront  être  rendus  à  leurs  corps  respecli/s  ;  —  9°... 
qui  ne  laissent  pas  de  paraître  (Voir  Courrier  de  Vaugelas , 
4'  année,  p.  155). 


Phrases  à  corriger 
trouvées  pour  la  plupart  dans  la  presse  périodique. 

1°  Vous  vous  convaincrez  que  l'interprétation  du  minis- 
tère est  erronnèe  et  qu'elle  s'applique  à  la  suppression  du 
maire  de  Cormeilles  une  expression  qui,  dans  la  pensée  et 
dans  la  lettre  de  l'article  s'applique  à  toute  autre  chose. 

2*  L'Etat  ne  doit  que  consacrer,  par  son  adoption  déBni- 
tive,  des  résultats  obtenus  par  d'autres  que  par  lui,  au 
moyen  d'expériences  hasardeuses,  et  qui  ne  laissent  pas 
d'avoir  leur  danger. 

3°  S'ils  croient  sérieusement  que  le  retrait  d'une  frégate 
française,  dont  la  station  n'est  pas  située  à  moins  de 
80  kilomètres  du  Vatican,  peut  e.\poser  l'Kglise  à  tels  dan- 
gers que  ce  soit,  nous  comprenons  leur  tristesse  et  leur 
amertume. 

4"  Pour  me  rendre  compte  de  la  quantité  extraordinaire 
de  fumée  qui  sort,  ou  à  intervalles  ou  d'une  manière  con- 
tinue, du  cratère,  je  me  sus  rendu  sur  le  sommet  de 
lEtna,  et  j'y  ai  fait  les  observations  nécessaires  pour  éta- 
blir ce  qu'il  y  a  de  vrai  dans  les  bruits  courus. 

5*  En  matière  de  polémique,  l'ardeur  de  la  lutte  peut 
faire  excuser  les  exagérations,  voire  même  les  violences. 


6°  Les  élections  des  conseils  généraux  s'annoncent  on  ne 
peut  mieux  en  ce  sens. 

7*  Sans  parler  des  obstinés  pour  qui  Sedan  et  Metz  ont 
été  des  leçons  perdues,  il  y  a  bon  nombre  d'électeurs  qui 
se  sont  laissés  prendre  encore  une  fois  aux  fanfaronnades 
bonapartistes. 

8°  Le  pauvre  garçon  témoignerait  d'une  bien  autre  assu- 
rance s'il  sentait  derrière  lui  une  vaste  corporation  qui  le 
soutienne. 

9'  Bientôt  après,  m'étant  placé  de  l'autre  côté,  un  coup 
de  feu  retentit  à  la  distance  de  trois  ou  quatre  toises,  et, 
me  retournant  dans  cette  direction,  j'aperçus  la  maigre 
figure  du  criminel,  que  je  n'avais  jamais  vu. 

10"  Cela  n'empêche  pas  que  nous  avons,  encore  de  nos 
jours,  des  libraires  qui  publient  des  grammaires  d'après 
Port-Royal,  pourquoi  pas  d'après  Sylvius? 

[Les  corrections  à  quinzaine.) 


FEUILLETON. 


BIOGRAPHIE   DES  GRAMMAIRIENS 

PREMIÈRE  MOITIÉ  DU  XVII'  SIECLE. 

VAUGELAS. 

(Suite.) 

.Satisfaire,  sati.ifaction.  —  Depuis  peu,  il  y  en  a 
qui  prononcent  sans  .s  salifuire,  salifaction.  C'est  une 
faute  que  ne  commettent  point  la  plus  saine  partie  de 
la  Cour  et  des  auteurs  ;  mais  Vaugelas  craint  bien  que 
cette  mauvaise  prononciation  ne  l'emporte,  grâce  à 
l'euphonie. 

Unir  ensemble.  —  C'est  fort  bien  dit,  quoique  plu- 
sieurs soutiennent  que  unir  est  suffisant  pour  exprimer 
la  pensée.  Mais  ce  sont  ceux  qui  n'ont  point  étudié  et 
qui  n'ont  nulle  connaissance  des  anciens  auteurs. 

Je  me  souviens.  Il  me  souvient.  —  Tous  deux  sont 
bons  ;  cependant  Vaugelas  préfère  le  premier  parce 
qu'il  lui  semble  plus  usité  à  la  Cour. 

Temple.  —  Celte  partie  de  la  tète  qui  est  entre  l'oreille 
et  le  front  s'appelle  temple,  avec  une  /,  et  non  pas 
tempe,  sans  /,  comme  le  prononcent  et  l'écrivent  quel- 
ques-uns, trompés  par  le  mol  latin  tempus  u  d'où  il  est 
pris  »,  lequel  signifie  la  même  chose. 

Ensuite  dr  quoi.  —  Façon  de  parler  française  et 
ordinaire,  qui  ne  doit  pas  être  employée  dans  le  beau 
style. 

Sans  point  de  faute.  —  Est  une  façon  de  parler  dont 
les  honnêtes  gens  n'ont  garde  de  se  servir,  et  beaucoup 
moins  encore  les  bons  écrivains  ;  il  faut  en  ôter  point. 

Survivre.  —  On  dit  survivre  quelqu'un  et  à  quel- 
qu'un ;  c'est  à  l'oreille  de  juger  ce  qu'elle  préfère. 

Mais  que.  —  En  parlant,  on  en  «  use  fort  n  ;  mais  il 
est  bas  et  ne  s'écrit  point  dans  le  beau  «  stile  ».  La  Cour 
dil  à  chaque  instant  :  Venez  moi  quérir  mais  qu'il  soit 
vnu,  pour  dire  quand  il  sera  venu. 

Pri'cipitément,  précipitamment.  —  Le  premier  est 
bon  ;  mais  le  second  est  beaucoup  meilleur,  et  Vaugelas 
l'emploierait  toujours. 


118 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


Armez  à  la  légère,  légèrement  armez.  —  Quoique  la 
première  expression  soit  plus  en  usage,  il  faut  les 
employer  toutes  deux  pour  diversifier. 

Monsieur,  Madame.  —  Il  faut  se  garder  de  com- 
mencer une  lettre  par  ces  mots,  quand  ils  sont  déjà  mis 
en  vedette  ;  cet  emploi  offense  autant  l'œil  que  l'oreille. 

.S'asseoir.  —  Vaugelas  veut  qu'on  dise  ils  s'assient  et 
non  pas  ils  s'asseient.  A  l'impératif  pluriel,  il  faut  dire 
asseiez-vous  et  non  pas  asstsez-vous,  comme  disent 
(1647)  une  infinité  de  gens.  Au  subjonctif,  il  faut  dire 
asseie,  asseient,  et  non  pas  assie/it,  ou  encore  assiseni  ; 
au  participe  présent  s'asseiant,  et  non  pas  s'asséant, 
quoique  le  simple  soit  séant  et  non  séiant. 

Soi,  de  soi.  —  Lorsque  de  soi  est  après  l'adjectif 
pluriel,  comme  dans  ces  choses  sont  indifférentes  de  soi, 
il  est  vicieux  ;  mais  quand  il  est  devant,  comme  dans 
de  soi  ces  choses  sont  indifférentes,  il  est  très-bien  dit. 
Il  y  en  a  qui  préfèrent  d'elles-mêmes  après  l'adjectif. 

Tomber  aux  mains  de  quelqu'un.  —  Avant  que  la 
particule  es  pour  aux  fiât  bannie  du  beau  langage,  on 
disait  tomber  es  mains  ;  depuis  on  dit  tomber  aux  mains  ; 
mais  ni  l'un  ni  l'autre  ne  valent  rien  ;  il  faut  toujours 
dire  tomber  entre  les  mains  de  quelqu'un. 

Grand.  —  Gomment  connaître  quand  il  faudra 
mettre  un  e  final  à  cet  adjectif,  ou  le  remplacer  par  une 
apostrophe  devant  un  substantif,  car  on  dit  il  nous  a 
fait  grand' chère  et  non  grande  chère,  une  grande 
calomnie  et  non  grand' calomnie  ?  Il  n'y  a  point  d'autre 
règle  que  la  suivante  :  Il  y  a  certains  mots  consacrés  a 
cette  élision  où  l'on  à\\.  grand'  avec  l'apostrophe,  comme 
à  grand'peine,  gratid'chère,  grand'inère,  grand'pitié, 
grand' messe,  la  grand' chambre  ;  mais  il  ne  faut  pas 
supprimer  Ye  dans  ceux  où  l'usage  n'a  pas  établi  celte 
distinction. 

Monde.  —  Ce  mot  est  souvent  employé  par  les  bons 
auteurs  pour  dire,  une  infinité,  une  grande  quantité  ; 
aussi  Gûëffeteau  a  dit  :  on  vit  un  monde  d' horribles  pro- 
diges. Vaugelas  voudrait  qu'on  le  restreignît  aux  per- 
sonnes. 

Tout  mon  monde,  tout  Ion  monde,  etc.  — On  emploie 
ordinairement  ces  expressions  pour  dire  tous  mes  gens^ 
tous  mes  domestiques  ;  mais  c'est  un  terme  bas  qu'il 
faut  éviter  comme  étant  de  la  lie  du  peuple. 

Le  long,  du  long,  au  long.  —  Les  uns  disent  le  long 
de  la  rivière,  les  autres,  du  long  de  la  rivière,  d'autres, 
au  long.  Tous  les  trois  étaient  bons  autrefois  ;  aujour- 
d'hui, il  n'y  a  plus  que  le  long  de  la  rivière  qui  le  soit. 

//  a  esprit.  —  Cette  façon  de  parler  est  en  vogue 
depuis  peu,  elle  règne  par  toute  la  ville  et  s'est  même 
insinuée  dans  la  Cour.  Mais  elle  n'y  a  pas  été  bien  reçue, 
et  les  bons  écrivains  s'opposent  à  son  établissement. 

.lamais  plus.  —  Expression  tirée  de  l'ilalicn  maipiu, 
mais  qui  n'en  est  pas  moins  bonne.  Nous  l'employons 
tous  les  jours  en  |)ailant  et  en  écrivant. 

Mishui.  —  N'est  plus  en  usage  parmi  les  bons  écri- 
vains ;  à  sa  place,  on  A'\\.  désormais,  tantôt,  comme  dans 
il  est  tantôt  temps  pour  il  est  mrshui  temps. 

SECOM)    VOLUME. 

Devers.  —  Celle  préposition  a  toujours  été  en  usage 


dans  les  bons  auteurs  ;  par  exemple,  //  se  tourne  devers 
lui,  cette  ville  est  tournée  devers  l'Orient.  Mais  depuis 
quelque  temps,  elle  a  vieilli,  et  les  écrivains  modernes 
ne  s'en  servent  plus  dans  le  beau  langage.  Ils  disent 
toujours  vers  à  sa  place.  | 

//  y  en  eut  cent  tuez,  il  >j  en  eut  cent  de  tuez.  — 
Nous  avons  de  bons  auteurs  qui  disent  l'un  et  l'autre. 
Mais,  aujourd'hui,  le  sentiment  le  plus  commun  de  nos 
écrivains  est  qu'il  faut  toujours  mettre  de  ;  car  en  par- 
lant, on  ne  l'omet  jamais,  et,  par  conséquent,  c'est 
l'usage  qu'on  est  obligé  de  suivre  aussi  bien  en  écri- 
vant qu'en  parlant,  sans  s'amuser  à  «  éplucher  »  pour-  j 
quoi  celte  préposition  est  devant  le  participe.  f 

Du  depuis.  —  Encore  aujourd'hui  une  infinité  de 
gens  disent  et  écrivent  du  depuis  ;  mais  c'est  contre  le 
sentiment  de  tous  ceux  qui  savent  parler  et  écrire. 

Règles  du  participe  passé.  —  Dans  toute  la  gram- 
maire, il  n'y  a  rien  de  plus  important  ni  de  plus  ignoré, 
et  Vaugelas  fait  connaître  des  règles  qui  ont  été  déjà 
citées,  d'après  lui,  à  la  page  H'i  de  la  4"  année  de  ce 
journal. 

Etude.  —  Ce  mot,  qui  a  eu  jadis  deux  genres,  est 
actuellement  du  féminin  dans  toutes  ses  significations, 
tant  au  pluriel  qu'au  singulier. 

Place  de  l'adjectif  relativement  au  substantif.  —  Il 
y  a  des  adjectifs  que  l'on  met  toujours  avant  le  subs- 
tantif, et  d'autres  que  l'on  met  toujours  après.  On  dit 
Henri  quatrième,  Louis  treizième,  etc.  ;  parce  qu'on 
sous-entend  roi,  comme  si  l'on  disait  Henri  quatrième 
roi  de  ce  nom.  Les  adjectifs  bon,  beau,  mauvais,  grand, 
petit  «  marchent  »  toujours  devant  le  substantif,  et  il  y 
en  a  encore  d'autres  de  la  même  nature  qui  ne  viennent 
pas  sous  la  plume  de  Vaugelas.  Quant  à  ceux  qui  ne  se 
mettent  qu'après  le  substantif,  il  n'a  remarqué  que  les 
adjectifs  de  couleur,  comme  un  chapeau  noir,  une 
écharpe  rouge,  etc.;  il  n'y  a  exception  que  pour  les 
Blancs-manteatix,  du  blanc-mangc.  Mais  il  n'est  ques- 
tion ici  que  des  adjectifs  qui  peuvent  se  mettre  avant  ou 
après  les  substantifs.  Quand  est-il  à  propos  de  leur  faire 
occuper  la  première  place  plutôt  que  la  seconde?  Après 
avoir  bien  cherché,  Vaugelas  a  reconnu  qu'il  est  impos- 
sible d'établir  aucune  règle  à  ce  sujet,  et  que  le  seul 
guide  à  suivre  est  l'oreille.  Coëffeleau  est  celui  de  tous 
nos  auteurs  qui  aime  le  plus  'n.  mettre  l'adjectif  avant 
le  substantif  ;  nos  modernes  écrivains  (1647),  tout  au 
contraire,  donnent  beaucoup  plus  souvent  la  préférence 
au  substantif  qu'à  l'adjectif. 

Vu  croissant,  va  faisant.  —  Cette  façon  de  parler 
avec  le  verbe  aller  et  le  «  gérondif  »  est  vieille,  et  n'est 
plus  en  usage  aujourd'hui  ni  en  prose,  ni  en  vers,  à 
moins  qu'il  n'y  ail  un  mouvement  visible  auquel  le  mot 
aller  puisse  proprement  convenir;  par  exemple,  sien 
marchant  une  personne  chante,  on  peut  dire  :  elle  va 
chantant. 

{La  suite  au  prochain  numéro.) 
Le  RÉDACTEDii-GÉKiNT  :  Emain  MARTIN. 


LE   COURRIER   DE  VAUGELAS 


419 


BIBLIOGRAPHIE 


OUVRAGES     DE     GRAMMAIRE     ET     DE     LITTÉRATURE 


Publications  de  la  quinzaine  : 


Nouveaux  récits  d'outre-mer.  Histoires  améri- 
caines ;  par  Edouard  Auger.  2"  édition,  augmentée.  In-12, 
331  p.  Paris,  lib.  Didier  et  Cie.  3  fr. 

Abrégé  de  l'histoire  de  France  depuis  l'établisse- 
ment des  Francs  dans  les  Gaules  jusqu'à  nos  jours, 
à  l'usage  des  écoles  primaires,  etc.  par  M.  Th.  Benard, 
9°  éd., revue  et  augmentée.  In-18  viii-231  p.  Paris, lib.  Belin. 

Essai  sur  l'histoire  de  l'éloquence  judiciaire  en 
France  avant  le  XVII'  siècle.  Thèse  présentée  à  la 
faculté  des  lettres  de  Paris  ;  par  Théodore  Froment,  pro- 
fesseur de  rhétorique  au  lycée  de  Bordeau.x.  In-8',  xvi- 
367  p.  Paris,  lib.  Thorin. 

La  Grammaire  pratique.  Cours  de  langue  fran- 
çaise et  de  style  divisé  en  trois  parties;  (lar  E.-V. 
Mallein.  1"  et  2°  parties.  In-12,  viii-258  p.  Avignon,  impr. 
Seguin  aine.  1  fr.  50. 

Morceaux  choisis  des  classiques  français  (prose 
et  vers)  ;  par  A.  Pelissier,  professeur  au  collège  de  Sainte- 
Barbe.  Recueil  composé  d'après  les  programmes  officiels 
pour  l'enseignement  secondaire  siiécial  (3'  année).  5'  éd. 
In-12,  viii-353  p.  Paris,  lib.  Hachette  et  Cie.  2  fr. 

Mémoires  du  duc  de  Saint-Simon;  publiés  par 
MM.  Chéruel  et  Ad.  Régnier  fils,  et  collationnés  de  nou- 
veau, pour  cette  édition,  sur  le  manuscrit  autographe, 
avec  une  notice  de  M.  Sainte-Beuve.  T.  16.  ln-18  Jésus, 
/|76  p.  Paris,  lib.  Hachette  et  Cie.  Chaque  vol.  3  fr.  50. 

Les  Misérables  de  Londres  ;  par  Pierre  Zaccone. 
Edition  illustrée.  Gr.  in-S"  à  2  col.,  383  p.  Paris,  lib.  Be- 
noist  et  Cie.  3  fr. 
La  Chanteuse  des  rues;  par  M.-E.  Braddon.  Roman 


traduit  de  l'anglais  par  Charles  Bernard- Derosne.  2  vol. 
inl8  Jésus,  680  p.  Paris,  lib.  Hachette  et  Cie.  2  fr.  50. 

Souvenirs  de  la  marquise  de  Caylus.  Nouvelle 
édition,  soigneusement  revue  sur  les  meilleurs  textes 
contenant  la  préface  et  les  notes  de  Voltaire,  avec  une 
étude  sur  l'auteur,  un  commentaire  historique  et  une  table 
analytique;  par  M.  de  Lescure.  In-16,  236  p.  Paris,  lib. 
Lemerre.  Sur  papier  glacé,  2  fr.  50  c.  ;  sur  papier  vélin, 
5  fr.  ;  sur  papier  de  Chine,  15  fr. 

La  Fille  du  bandit,  scènes  et  mœurs  de  l'Espagne 
contemporaine;  par  Ale.x.  de  Lamothe.  In-i°  à  2  col. 
796  p.  Paris,  lib.  Blériot. 

Œuvres  complètes  de  Biaise  Pascal.  T.  2.  In-18 
Jésus,  336  p.  Pans,  lib.  Hachette  et  Cie.  1  fr.  25. 

Les  Enfants  des  Tuileries;  par  Mme  la  vicomtesse 
de  Pitray,  née  de  Ségur.  Ouvrage  illustré  de  29  vignettes 
sur  bois;  par  E.  Bayard.  3=  édition.  In-18  Jésus,  380  p. 
Paris,  lib.  Hachette  et  Cie.  2  fr.  25. 

Grammaire  française  théorique  et  pratique  rédi- 
gée pour  les  écoles  régimentaires;  par  M. -P.  Poitevin, 
ancien  professeur  au  collège  Rollin.  The'orie  et  applica- 
tion. Partie  de  l'élève.  In-12.  vii-132  p.  Paris,  lib.  Firmin 
Didot  frères;  fils  et  Cie. 

Madame  de  Sommerville,  suivi  de  La  Chasse  au 
roman  ;  par  Jules  Sandeau,  de  l'Académie  française.  In-18 
Jésus,  ùki.  p.  Paris,  lib.  Charpentier  et  Cie.  3  fr. 

Les  Enfers  de  Paris;  par  Xavier  de  Montépin.  Edi- 
tion illustrée  de  6!i  vignettes  gravées  sur  bois  par  MM.De- 
laville  et  Hildibrand,  d'après  les  dessins  de  M.  Gerlier.  Gr. 
in-8'  à  2  col.  332  p.  Paris,  lib.  Eenoist  et  Cie.  2  fr.  75. 


Publications   antérieures  : 


CHRONIQUES  DE  J.  FROISSARD,  publiées  par  la 
Société  de  l'histoire  de  France,  par  Siméon  Luce.  T.  5. 
1356-1360. Depuis  les  préliminaires  de  la  paix  de  Poitiers 
jusqu'à  l'expédition  d'Edouard  111  en  Champagne  et  dans 
rUe-de-France.  —  In-8°,  lxxi-/i36  p.  —  Paris,  librairie 
V'  J.  Renoiiard.  —  Prix  :  9  francs. 


PROPOS  RUSTIQUES,  BALn'ERNES,  CONTES  ET 
DISCOURS  D'EUTRAPEL.  —  Par  Noël  du  Fail,  seigneur 
de  la  Hérissaye,  gentilhomme  breton.  —  Edition  annotée, 
précédée  d'un  essai  sur  N'oél  du  Fail  et  ses  écrits.  —  Par 
Marie  GuiCBARD.  —  Paris,  Uhr&meCharpeniier,  19,  rue  de 
Lille. 


ŒUVRES  DE  RABEL.\IS,  augmentées  de  plusieurs 
fragments  et  de  deux  chapitres  du  5'  livre,  etc.,  et  pré- 
cédées d'une  notice  historique  sur  la  vie  et  les  ouvrages 
de  Rabelais.  —  Nouvelle  édition,  revue  sur  les  meilleurs 
textes,  éclaircie  quant  à  l'orthographe  et  à  la  ponctuation, 
accompagnée  de  notes  succinctes  et  d'un  glossaire,  par 
Louis  Babré,  ancien  professeur  de  philosophie.  —  Iu-18 
Jésus,  xxxv-612  p.  -  Paris,  librairie  Garnier  frères,  6, 
rue  des  Saints-Pères,  à  Paris. 


L'INTERMEDIAIRE  DES  CHERCHEURS  ET  DES 
CURIEUX.  —  En  vente  à  la  librairie  Sandoz  et  Fischba- 
clter,  33,  rue  de  Seine,  à  Paris.  —  Prix  :  1"  année,  15  fr.; 
2=  année,  10  fr.;  3«  année,  12  fr.;  à'  année,  8  fr.;  5"'  année, 
12  fr.  —  Chaque  année  se  vend  séparément.  —  Envoi 
franco  pour  la  France. 


DU  DIALECTE  BLAISOIS  et  de  sa  conformité  avec 
l'ancienne  langue  et  l'ancienne  prononciation  française. — 
Thèse  présentée  à  la  faculté  des  lettres  de  Paris,  par  F. 
Talbkrt,  professeur  de  rhétorique  au  prytanée  militaire  de 
La  Flèche.  —  Paris,  Ernest  Thorin,  éditeur,  libraire  du 
Collège  de  France  et  de  l'Ecole  normale  supérieure,  7,  rue 
de  Médicis. 


LES  PSAUMES  DE  DAVID  ET  LES  CANTIQUES 
d'après  un  manuscrit  du  xv-'  siècle,  précédés  de  recher- 
ches sur  le  traducteur  et  de  remarques  sur  la  traduction, 
et  ornés  d'un  fac-similé  du  manuscrit  et  d'un  portrait  de 
David.  —  Paris,  librairie  Ec/win  et  llermann  Tross,  5, 
rue  Neuve-des-Petils-Champs. 


CHANSONS  POPULAIRES  DE  I  \  FRANCE,  AN- 


^20 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


CIEXNES  ET  MODERNES,  classées  par  ordre  chrono- 
logique et  par  noms  d'auteurs,  avec  biographie  et  notices. 
—  Par  Louis  Montjoie.  —  In-32.  —  Paris,  librairie  Gar- 
nier  frères,  6,  rue  des  Saints-Pères. 


LE  CYMBALL'M  MUNDI,  précédé  des  Nouvelles  re- 
créations et  joyeux  devis  de  Bonaventure  des  Periers.  — 
Nouvelle  édition,  revue  et  corrigée  sur  les  éditions  origi- 
nales avec  des  notes  et  une  notice.  —  Par  P.-L.  J.\cob, 
bibliophile.  —  Paris,  Adolphe  Delahays,  éditeur,  4-6,  rue 
Voltaire.  —  Prix;  in-16  :  5  fr.  ;  in-8°  ;  2  fr.  50. 


LA  VRAIE  HISTOIRE  DE  FRANGION,  composée  par 
Charles  SoREL,  sieur  de  Souvigny.  —  Nouvelle  édition,  avec 
avant-propos  et  notes  par  Emile  Colo.mbay.  —  Paris, 
Adolphe  Delahays,  éditeur,  û-6,  rue  Voltaire.  —  In-16  : 
5  fr.  ;  in-18  jésus,  2  fr.  50. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS  (première,  seconde, 
troisième  et  quatrième  année).  —  En  vente  au  bureau  du 
Courrier  de  Vaugelas,  26,  boulevard  des  Italiens.  —  Prix 
de  chaque  année,  broché,  6  fr.  —  Envoi  franco  pour  la 
France,  l'Algérie  et  l'Alsace-Lorraine. 


FAMILLES     PARISIENNES 

Recevant  des  Étrangers  pour  les  perfectionner  dans  la  Conversation. 


A  Passy  (près  du  Ranelagh).  — Un  chef  d'institution 
reçoit  dans  sa  famille  quelques  pensionnaires  étrangers 
pour  les  perfectionner  dans  la  langue  française  et  achever 
leur  éducation. 

Daos  on  grand  pensionnat  de  Demoiselles,  situé 
dans  une  des  localités  les  plus  salubres  de  la  banlieue  de 
Paris,  on  reçoit  de  jeunes  étrangères  pour  les  perfec- 
tionner dans  langue  française.  —  Chambres  particulières. 
—  Table  de  la  Directrice.  —  Prix  modérés. 


Une  Maison  d'éducation  qui  n'est  point  une  pension 
prend  des  étrangers  à  demeure  pour  leur  enseigner  la 
langue  et  la  littérature  françaises.  —  Près  du  Collège  de 
France  et  de  la  Sorbonne. 


Avenue  de  l'Impératrice.  —  Un  ancien  préfet  du 
collège  Rollin  prend  en  pension  quelques  jeunes  étrangers 
pour  les  perfectionner  sérieusement  dans  l'étude  de  la 
langue  française.  —  Enseignement  de  l'allemand  et  prépa- 
ration aux  examens  pour  le  service  militaire  en  Angleterre. 


(Les  adresses  sont  indiquées  à  la  rédaction  du  Journal.) 


CONCOURS    LITTERAIRES. 


Le  journal  Le  Tournoi  est  rédigé  au  concours  par  ses  abonnés  seulement. 

Les  articles  sont  soumis  à  l'examen  d'un  Comité  de  rédaction.  L'insertion  donne  droit  à  l'une  des  primes  suivantes  : 
Ire  Prime  —  Cinq  exemplaires  du  numéro  du  journal  contenant  l'article  et  un  diplôme  confirmant  le  succès  du  lauréat  ; 
2'  Prime  —  Quinze  exemplaires  de  l'article,  tiré  à  part  avec  titre  et  nom  de  l'auteur,  et  formant  une  brochure. 

Tout  abonné  douze  fois  lauréat  reçoit  une  médaille  en  bronze,  grand  module,  gravée  à  son  nom. 

Les  articles  non  publiés  sont  l'objet  d'un  compte-rendu  analytique. 

On  s'abonne  en  s'adressant  à  M.  Ernest  Leroux,  éditeur,  28,  rue  Bonaparte,  à  Paris. 

Appel  aux  Poètes. 


Le  prix  de  poésie  fondé  par  M.  le  docteur  Andrevetan,  avec  l'aide  de  la  ville  d'Annecy  (200  francs),  sera  décerné  par 
la  Société  Florimontane  en  juillet  1875. 

Les  auteurs  devront  déclarer  par  écrit  que  leurs  envois  sont  Inédits  et  n'ont  été  présentés  à  aucun  autre  concours. 

Tout  auteur  qui  se  ferait  connaître  serait  exclu  :  les  envols  porteront  une  épigraphe  qui  sera  répétée  à  l'extérieur 
d'un  billet  cacheté,  indiquant  le  nom  et  le  domicile  de  l'auteur. 

Sont  seuls  admis  à  concourir  :  1°  les  Français,  excepté  les  membres  effectifs  de  la  Société  Florimontane,  —  2»  les 
étrangers,  membres  effectifs  ou  corresponJants  de  cette  Société. 

Les  manuscrits  devront  être  adressés  au  Secrétaire  de  la  Société  Florimontane,  avant  le  1"  juillet  1875.  Ils  resteront 
déposés  aux  archives  de  ladite  Société,  oà  les  auteurs  pourront  en  prendre  connaissance. 

Le  sujet,  laissé  au  choix  des  concurrents,  ne  peut  être  traité  en  moins  de  cent  vers. 

Le  treizième  Concours  poétique  ouvert  à  Bordeaux  le  15  août  sera  clos  le  1"  décembre  187i.  —Dix  médailles  seront 
décernées.  —  Demander  le  programme,  qui  est  adressé  franco,  à  M.  Evariste  Carr.^nce,  président  du  Comité,  92,  route 
d'Espagne,  à  Bordeaux  (Gironde).  —  Affranchir.        

L'Académie  française  donne  pour  sujet  du  prix  de  poésie  à  décerner  en  1875  :  Livingstone. 

Le  nombre  des  vers  ne  doit  pas  excéder  celui  de  deux  cents. 

Les  pièces  de  vers  destinées  à  concourir  devront  être  envoyées  au  secrétariat  de  l'Institut,  franches  de  port,  avant 
le  15  février  1S75,  terme  de  rigueur. 

Les  manuscrits  porteront  chacun  une  épigraphe  ou  devise  qui  sera  répétée  dans  un  billet  cacheté  joint  à  l'ouvrage; 
ce  billet  contiendra  le  nom  et  l'adresse  de  l'auteur,  qui  ne  doit  pas  se  faire  connaître. 

On  ne  rendra  aucun  des  ouvrages  envoyés  au  concours,  mais  les  auteurs  pourront  en  faire  prendre  copie  s'ils  en 

ont  besoin.  

Le  rédacteur  du  Courrier  de  Vatit/ela.i  est  visible  à  son  bureau  de  midi  à  une  heure  et  demie. 


Imprimerie  Gouverneur,  G.  Daupeley  à  Nogent-le-Rotrou. 


6*  Année. 


N°   16. 


15  Novembre  1874. 


QUESTIONS 
GRAMMATICALES 


LE 


QUESTIONS 
PHILOLOGIQUES 


^^^ 


\<\\y  Journal  Semi-Mensuel  <J//      À 

S^     CONSACRÉ    *    LA    PROPAGATION     UNIVERSELLE     DE    LA   LANGUE     FRANÇAISE       "^>(    J 


Paraiaiant    !•    1"  et   le    15    de   eha«ae  mola 


PRIX  : 

Abonnement  pour  la  France.    6  f. 

Idem        pour  l'Étranger   10  f. 

Annonces,  la  ligne  .     .     .    .  50  c. 

Rédacteur:  Eman  MARTIN 

.\NCIEN     PROFESSEUR      SPÉCrAL      POUR      LES      ÉTRANGERS 

Officier  d'Académie 
26,  boulevard  des  Italiens,  Paris 

ON  S'ABONNE 

En  envoyant  un  mandat  sur  la  poste 
soit  au  Rédacio  r,  soit  à   l'Adm' 
M.  FiscHBACHER,  33,  me  de  Seine. 

SOMM.\IRE. 
Si  tanne  dans  Larmes  de  crocodile  a  le  sens  de  Gémissement  ; 
—  Si  l'on  peut  mettre  le  participe  au  féminin  dans  II  l'a 
échappe  belle  ;  —  Place  de  l'adjectif  dans  les  phrases  qui  ren- 
ferment Plus...  plus,  Moins...  moins,  etc.;  —  Ce  qu'on  entend 
par  le  patois  Bouchi  :  —  Ce  que  veut  dire  Brosser  les  bois  ;  — 
Place  du  numéro  dans  la  suscription  d'une  lettre.  ||  Nature  du 
mot  Enle  dans  Prunes  d'ente; — Emploi  d'un  nom  pluriel 
faisant  allusion  à  un  nom  singulier;  —  Explication  de  Bois  de 
corde;  —  Si  l'on  peut  dire  II  fait  faim:  —  Ce  qu'on  entend 
par  Faire  valoir  le  bouchon.  \\  Passe-temps  grammatical.  !| 
Suite  de  la  biographie  de  Vaugelas.  Il  Ouvrages  de  grammaire 
et  de  littérature.  ||  Renseignements  pour  les  professeurs  de 
français.   ||  Concours  littéraires. 


FRANCE 

Première  Question. 
Dans  l'expression  larmes  de  crocodile,  dont  vous 
avez  parlé  dans  voire  4'  année.,  et  sur  laquelle  je  vous 
demande  la  permission  de  revenir,  le  mot  larmes  ne 
serait-il  pas  mis  pour  ge'missement?  Cest  une  méto- 
nymie assez  fréquente  dans  la  langue  latine,  oii  LAcurM.t 
et  FLEins  se  prennent  souvent  comme  synonymes. 

A  l'article  Lacryma,  dans  le  grand  diclionnaire  de 
Freund  (trad.  N.  Theil),  je  n'ai  point  vu  que  ce  mol, 
qui  a  donné  larme  en  français,  ait  eu  un  sens  autre 
que  celui  de  liquide  qui  sort  des  yeux,  ou  de  liquide 
analogue  qui  sort  de  la  vigne. 

L'historique  de  larme,  dans  le  dictionnaire  de  Littré, 
n'offre  pas  d'exemple  où  ce  mot  n'ait  pas  la  signification 
de  pleur. 

Dans  toutes  les  langues  de  nos  voisins  qui  ont 
l'expression  larmes  de  crocodile,  et  où  elle  est  probable- 
ment aussi  ancienne  que  dans  la  n(Mre,  le  terme  qui 
traduit  larmes  désigne  réellement,  matériellement  des 
pleurs  (en  italien,  lagriine;  en  espagnol,  layrimas  ;  en 
allemand  thrânen  ;  en  anglais,  tears). 

Or,  si  le  latin,  en  supposant  que  l'expression  ait  été 
écrite  d'abord  dans  celle  langue,  n'a  jamais  employé 
lacryma  que  dans  le  sens  de  larme;  si  le  français 


n'a  jamais  fait  usage  de  larme  que  dans  le  sens  de 
pleur,  et  si  les  langues  étrangères  traduisent  larme, 
dans  l'expression  qui  nous  occupe,  par  un  mot  signi- 
fiant également  pleur,  ne  devienl-il  pas  évident  que, 
dans  celte  expression,  le  mot  larme  n'a  jamais  été  mis 
pour  celui  de  mugissement  ? 

On  trouve,  à  la  vérité,  dans  le  dictionnaire  du  P. 
Joseph  Jouberl,  publié  en  <709,  l'expression  Jeter  de 
ces  larmes  [de  crocodile];  et,  comme  le  \erhe jeter  a 
eu  pour  complément,  en  français,  le  nom  d'un  son  de 
voix,  car  on  trouve  : 

Quant  s'estoit  relevée,  moût  grans  soupirs  getoil. 

(Berte.  XXVIII.} 

Lors  a  la  maie  serve  un  meut  grant  cri  geié. 

(Idem,  XV.) 

Parlant  aux  flots,  leur  jecta  ceste  voix. 

(La  Boélie,  444.) 

il  semble  qu'on  en  peut  conclure  que  jeter  des  larmes  de 
crocodile  signifie  pousser  des  cris,  des  mugisseinents 
de  crocodile. 

Mais  il  y  a  une  chose  bien  simple  à  dire  pour 
détruire  celle  objection  :  c'est  que  le  verbe  jeter, 
comme  on  peut  du  reste  s'en  convaincre  en  consultant 
la  première  édition  de  l'Académie  (1694),  s'est  employé 
aussi  autrefois  \)Out  répandre,  ce  qui  fait  que  la  phrase 
alléguée,  loin  d'être  contraire  à  mon  opinion,  plaide  en 
sa  faveur. 

Dans  le  Livre  des  Merveilles,  dont  j'ai  pu,  grâce  à 
M.  Fillemin,  citer  un  passage  (4°  année,  p.  169),  se 

trouvent  ces  lignes  : 

Ces  animaux  féroces  sont  pourvus  d'une  sensibilité  ex- 
quise; à  ce  point  que  souventes  fois  les  ai  moi-même  ouys 
gpignants  ou  se  lamentants  es  rozeaux.  poussants  des  san- 
glots qui  semblent  mugissements  de  bœufs,  et  versants, 
ainsi  qu'il  m'a  été  assure,  larmes  qui  jaillissent  du  pcrtuis  de 
leurs  yeux,  comme  do  pommes  d'arrosoirs. 

Ce  texte,  écrit  par  .Mandeville,  un  voyageur  qui  a  mis 
trente-trois  ans  à  visiter  l'Orienl  au  xiv°  siècle,  achève- 
rail,  s'il  en  était  besoin,  de  démontrer  que /«rwe.s-,  dans 
rex|)ression  larmes  de  crocodile,  a  fait  allusion,  dès 
l'origine,  à  un  liquide  et  non  à  un  son  de  voix. 


122 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


X 

Seconde  Question. 
Quand  fai  à  écrire  la  phrase  il  l'a  échappé  belle,  je 
suis  toujours  tenté  de  mettre  le  participe  au  féminin. 
Est-ce  que  ce  serait  réellement  une  faute  ? 

D'après  M.  Litlré,  c'est  une  «  irrégularité  »  que 
d'écrire  le  participe  invariable  dans  cette  phrase; 
d'après  M.  Quitard,  au  contraire,  le  participe  n'y  doit 
pas  être  variable,  ce  qui  est  conforme  au  sentiment  de 
la  généralité  des  écrivains,  car  j'ai  trouvé  : 

La  pudeur  de  Mlle  Temple  l'avait  échappé  belle. 

{Hamilton,  Gram.,  lo.) 

Nous  l'avons,  en  dormant,  Madame,  échappé  belle. 

(Molière,  Fim.  sav.,  IV,  3-) 

11  l'a  échappé  belle,  et  le  plus  sûr  est  de  ne  pas  trop  faire 
parler  de  lui. 

(Le  Temps  du  ^  juillet  1874.) 

Maintenant,  en  présence  de  ce  dissentiment,  quel 
parti  prendre?  celui  du  savant  français  ou  celui  du 
savant  belge? 

Je  suis  pour  échappé  invariable,  et  je  justifie  ainsi 
qu'il  suit  ma  manière  de  voir  à  cet  égard  : 

Depuis  le  xvi°  siècle,  et  peut-être  auparavant,  le 
verbe  échapper  s'est  employé  activement  dans  le  sens 
de  éviter.,  construction  qui  impliquait  un  régime  signi- 
fiant un  danger,  un  péril  quelconque  : 

Le  jeune  Marias,  voyant  bien  qu'il  ne  pouvoit  eschapper 
qu'il  ne  fusl  pris  se  desfeit  luy  mesme. 

(Amyol,  Sylta,  67. J 

Qu'un  enfantait  échappé  tous  les  périls. 

(SéTigné,  3»S.) 

J'ai  échappé  la  mort  à  telle  rencontre. 

(Bos3uet,  Brièv.) 

Or,  on  en  est  venu  à  dire  il  l'a  échnpp)é  belle, 
employant  le  pronom  /'  pour  danger,  sous-enlendu, 
comme  dans  l'emporter,  par  exemple,  on  l'emploie  pour 
avantage,  qu'on  a  coutume  également  d'ellipser  de  la 
phrase. 

D'où  le  participe  invariable,  comme  ayant  pour  ré- 
gime direct  un  pronom  du  genre  masculin,  ce  qui  est 
encore  prouvé,  du  reste,  par  lo  miss  it  narrowlij 
(échapper  cela  étroitement),  traduction  anglaise  de 
l'échapper  belle,  donnée  par  Gotgrave. 

Quant  au  mot  belle,  ce  n'est  point  du  tout  le  féminin 
de  l'adjectif  ôeaM  se  rapportant  à  un  substantif;  le  sens 
ne  comporte  pas  échapper  une  chose  belle.  Gomme  la 
phrase  en  question  veut  dire  qu'on  a  échappé  heureuse- 
ment à  un  danger,  qu'il  s'en  est  peu  fallu  qu'on  n'y 
tombât,  belle  y  représente  l'idée  adverbiale  de  bien, 
qui,  dans  une  foule  de  cas,  s'exprimait  autrefois  par 
bel,  preuve  ces  exemples  : 

La  mort"  vit  son  enfant  angoisseus; 
Trop  bel  lui  dit  :  lillc  reliaitez  vous. 

(Momancero,  p.  74. 1 

liel  et  courtoisement  a  le  roi  salue. 

(mne,  LXVii.) 

Je  les  ai  jusque  ici  bien  et  bel  maintenus. 

(J,  de  Mcuiig,  Tesl.,  J55.) 

C'est  sans  doute  l'exemple  suivant,  recueilli  dans  un 


de  ses  historiques,  qui  fait  regretter  à  M.  Littré  que  le 
participe  soit  laissé  invariable  dans  il  l'a  échappé 
belle  : 

De  ce  que,  par  sa  faveur,  ils  l'avaient,  non  pas  si  belle, 
mais  si  mortelle  et  sanglante  eschappée. 

(Carloix,  VU,  4.) 

Mais,  attendu  que  je  ne  vois  aucun  substantif  qui, 
mis  ici  à  la  place  de  l',  puisse  être  qualifié  par  les  deux 
adjectifs  mortelle  et  sanglante,  je  crois  pouvoir  en 
inférer  que  la  citation  empruntée  à  Carloix  ne  démontre 
pas  avec  assez  d'évidence  que  belle  s'y  rapporte  à  un 
nom  féminin  pour  qu'il  soit  possible  de  fonder  sur  elle 
la  variabilité  du  participe  dans  l'expression  dont  il 
s'agit. 

X 

Troisième  Question. 

Lequel  vaut  le  mieux  de  dire  avec  Lamartine  : 
«  PLUS  OBSCURE  cst  la  nuit,  plus  l'étoile  y  brille  »,  en 
mettant  l'adjectif  immédiatement  après  plus,  ou  de 
dire  avec  Lenoble  :  «  plus  vos  fers  sont  dorés,  et  plus 
ils  sont  pesants  »,  en  mettant  l'adjectif  à  la  fin  de  la 
phrase  ? 

La  construction  des  phrases  proportionnelles  (et  il 
s'agit  ici  de  telles  phrases)  offre  deux  cas  à  considérer  : 
celui  où  l'un  des  deux  membres  ne  renferme  ni  adjec- 
tif ni  adverbe,  et  celui  où  s'y  trouve  l'une  ou  l'autre 
de  ces  espèces  de  mots. 

Dans  le  premier  cas,  on  met  invariablement  après 
j)lus  ou  moins  le  sujet,  le  verbe  et  son  complément, 
sans  qu'il  y  ait  jamais  d'exception  à  cette  règle  : 

Certes,  plus 'je  médite,  et  moins  je  me  figure 
Que  vous  m'osiez  compter  pour  votre  créature. 

(Racine,  Brilann.,  I,  t.) 

Moins  on  lui  parlait,  et  plus  il  s'en  occupait. 

{J.-J,  Rousseau,  Emile  V.) 

Plus  on  aime  quelqu'un,  moins  il  faut  qu'on  le  flatte. 

(Molière,  dam  la  Gram.  nat.,  p.  761.) 

Plus  on  a  étudié  la  nature,  plus  on  a  connu  son  auteur. 

(Voltaire,  idem.) 

Plus  les  causes  physiques  portent  les  hommes  au  repos, 
plus  les  causes  morales  les  en  doivent  éloigner. 

(Montesquieu,  idem) 

Dans  le  second  cas,  deux  constructions  sont  en 
usage,  l'une,  qui  place  l'adjectif  ou  l'adverbe  immédia- 
tement après ;j/m«  ou  moins,  et  l'autre,  qui  le  laisse  à  la 
fin  de  la  phrase  : 

(L'adjectif  suivant  immédiatement  p/w.?,  moins] 

Plus  était  profond  le  sentiment  religieux,  et  plus  grand 
fut  le  scandale. 

(Jules  Bastide,  Giier.  de  rel.)  < 

Plus  notre  ;lme  sera  vertueuse  et  active,  plus  prompte- 
ment  et  plus  parfaitement  elle  arrivera  dans  ce  séjour  sa 
demeure  éternelle. 

(Le  comte  de  Ségur,  Gai.  mor.) 

Plus  la  mort  nous  enlève  de  h'\ei),  plus  cruelle  est  sa 
venue. 

(Conscience,  le  Gant,  p.  180.) 

N'ayez  plus  de  goutte;  mais  faites  souvent  des  vers  â 
Sans-Souci  dans  ce  goùt-là;  plus  vous  serez  gai,  phis  long-, 
temps  vous  vivrez. 

(Voltoire,  Leilre  au  roi  de  Prutie.) 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


423 


Plus  l'offenseur  est  grand,  etplus  grande  est  l'offensp. 

iCorneille,  dans  la  Grcm   nat.,  p.  761,) 

(L'adjectif  ou  l'adverbe  placé  après  le  verbe) 

Plus  la  vie  est  tranquille,  et  plus  sa  faible  trame 
Echappe  au  ciseau  d'Atropos. 

(Bemis,  dans  la  Grnm.  nat.,  p.  761.) 

Plus  les  bommes  sont  médiocres,  plus  ils  mettent  de  soin 
à  s'assortir. 

(Mme  de  Staël,  idem.) 

Pltis  les  devoirs  sont  étendus, plus  il  faut  faire  d'efforts 
pour  les  remplir. 

(Mably,  idem.) 

Plus  le  malheur  est  grand,  plus  il  est  grani  de  vivre. 

(Crébillon,  idem.) 

Or,  vous  désirez  savoir  laquelle  de  ces  deux  cons- 
tructions doit,  selon  moi,  être  préférée  à  l'autre  ?  Je  vais 
vous  dire  mon  opinion  à  cet  égard. 

Quand  je  considère  : 

i°  Que  cette  dernière  construction  se  rencontre  bien 
plus  souvent  que  la  première  (j'ai  trouvé  avec  peine 
six  exemples  de  celle-ci  tandis  que  j'en  ai  facilement 
recueilli  quinze  de  l'autre)  ; 

2°  Que,  de  plus,  elle  a  l'avantage  d'être  identique  à 
celle  du  premier  cas,  et  qu'il  n'y  a  réellement  pas  de 
raison,  du  moins  pour  la  prose,  pour  qu'il  en  soit 
autrement  ; 

J'en  conclus  que,  dans  les  phrases  que  vous  me  citez, 
Lamartine  a  construit  d'une  manière  moins  usitée, 
moins  logique,  et  partant  moins  française  que  ne  l'a 
fait  Lenoble. 

X 
Quatrième  Question. 

Page  138,  col.  2  de  la  i'  année  de  votre  intéressant 
CODBBiER,  VOUS  parlez  du  jiatois  rocchi.  Quel  est  ce 
putois?  Comment  s'appelle  le  pays  qui  lui  donne  pro- 
bablement son  nom  ? 

Le  rouchi  est  le  patois  qui  se  parle  dans  le  pays  dont 
Valenciennes  peut  élre  considéré  comme  le  centre.  Ce 
patois,  où  se  trouvent  une  infinité  de  mots  d'ancien 
français  avec  la  prononciation  du  xV  et  du  xvi"  siècle, 
commence  à  Sainl-Araand,  où  il  se  mêle  avec  le  lan- 
gage de  Lille  et  du  Tournésis  ;  à  Bouchain  et  à  Cambrai, 
où  il  se  confond  avec  le  picard  ;  à  Quiévrain,  où  com- 
mence déjà  le  patois  wallon,  lequel  finit  à  Bruxelles  ;  à 
Bavay,  à  .Uaubeuge,  dont  le  langage  prend  une  teinte 
de  français  en  empruntant  quelques  expressions  de  la 
Belgique,  qui  est  contiguë. 

Ce  nom  lui  vient  d'un  pays  qui  porta  dans  l'origine 
le  nom  de  Drouchi,  dont  on  a  fait  Rouchi  comme  du 
grec  Afiso;,  rosée,  les  Latins  ont  fait  vos  -oris,  en  vertu 
d'une  aphérèse  : 

Maubeugp,  situé  entre  le  pays  rouchi  et  celui  de 


Lauvau. 


(Hécart,  Dict.  rouchi/rançais,  VUI.) 


Il  faut  bien  se  garder,  dit  l'auteur  du  dictionnaire 
que  je  viens  de  citer,  de  confondre  ce  patois,  comme  l'a 
fait  Grégoire  d'Essigny,  avec  le  wallon,  qui  n'y  res- 
semble guère.   Le  rouchi  est  parlé  dans  le  ci-devant 


Hainaul  français  et  dans  une  partie  du  Hainaut  belge, 
jusqu'à  Avesnes  et  Maubeuge. 

X 

Cinquième  Question. 
Quelle  si(/nifi''ation  a  donc  cette  phrase  trouvée  dans 
le  THÉÂTRE  ITALIE.N  de  Ghérurdi  fvol.  IV,  p.  240j  .■  «  Cet 
homme-là  serait  toujours  à  brosser  les  bois  »  ? 

Le  mot  brosse,  venu  du  bas-latin  brustia,  au  sens  de 
bruyère,  buisson,  quelque  chose  de  hérissé,  a  fait  deux 
verbes  en  français  :  brosser,  nettoyer  avec  une  brcsse, 
et  brosser,  signifiant  marcher  au  milieu  des  buissons, 
traverser  un  bois,  par  conséquent  : 

ils  laisfoient,  tous  quasi,  leurs  chevaulx,  parce  qu'ils  ne 
pouvoient  aisément  brosser  au  travers  des  taillis. 

{Cailoix,  V,  j5.) 

Lors  en  sursaut,  où  me  guidoit  la  vois, 
Le  fer  au  poing  je  brossai  parle  bois. 

(Ronsard,  75.) 

Or,  c'est  avec  ce  dernier  sens,  conservé  en  terme  de 
chasse,  qu'est  employé  brosser  dans  la  phrase  que  vous 
proposez  à  mon  explication  ;  seulement,  avec  le  temps, 
le  verbe  en  question,  comme  bien  d'autres,  est  devenu 
actif  de  neutre  qu'il  était  d'abord. 

X 

Sixième  Question. 
Il  y  en  a  qui  mettent,  dans  la  suscription  d'une 
lettre,  le  numéro  avant  le  nom  de  la  rue;  dans  /'Al- 
HiNACH  BoTTf.v,  au  Contraire,  il  se  trouve  après.  Quelle 
est  la  meilleure  manière  d'écrire,  selon  vous  ? 

A  mon  avis,  c'est  celle  qui  met  le  numéro  avant  le 
nom  de  la  rue,  et  voici  pourquoi  : 

Si  l'on  n'avait  à  s'occuper  que  de  la  logique,  en  écri- 
vant une  adresse,  on  mettrait  évidemment  d'abord  le 
nom  du  pays,  puis  celui  de  la  ville,  ensuite  le  nom  de 
la  rue,  celui  du  numéro,  et  enfin  le  nom  de  la  personne 
avec  son  titre,  comme  dans  cet  exemple  : 

France  —  Paris  —  Rue  Tronchet  —  Numéro  10  —  Mon- 
sieur Michel,  rentier. 

Mais  il  faut  compter  aussi  avec  la  politesse,  qui 
exige  que  l'on  commence  par  nommer  la  personne  à  qui 
l'on  écrit,  ce  qui  entraine  un  ordre  inverse  dans  l'énoncé 
des  diverses  parties  de  la  suscription.  Or,  dans  ce  nou- 
vel ordre  des  mots,  le  numéro  prend  place  avant  le  nom 
de  la  rue  : 

K;onsieur  Michel,  rentier  —  Numéro  10  —  Rue  Tronchet 
—  Paris  —  France. 


ETRANGER 

Première  Question. 
Le  mot  ESTE,  qu'on  voit  sur  les  boîtes  à  conserves 
(pROES  d'ente)  est-il  verbe  ou  nom  propre  ?  Comme  ces 
deux  mots  sont  imprimes  tout  entiers  en  majuscules,  je 
ne  puis  faire  la  distinction. 

Il  n'est  ni  l'un  ni  l'autre  ;  c'est  tout  simplement  un 


424 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


substantif  commun,  ainsi  que  je  rais  vous  le  faire  voir 
en  quelques  lignes. 

Pour  modifier  la  nature  d'un  arbre  à  fruit,  on  pra- 
tique sur  ses  branches  une  opération  qui  consiste  à  y 
insérer  un  petit  scion,  nommé  greffe  ou  ente,  de  l'espèce 
que  l'on  veut  obtenir  : 

Les  principaux  résultats  des  greffes  sont  de  modifier  les 
qualités  de  la  plupart  des  arbres  fruitiers,  et  de  bonifier 
leurs  produits  au  point  de  les  rendre  méconnaissables;  de 
faire  croître  sur  ces  arbres  des  fruits  plus  volumineux  et 
en  même  temps  plus  succulents. 

(Bailly,  Man.  duJard.,  vol.  1,  p.  laS,  coll.  Eoret.) 

Or,  le  prunier  est  du  nombre  des  arbres  dont  les 
produits  se  modifient  de  cette  manière,  et  l'on  appelle 
nàluveWemeni  prunes  d'enle  celles  qui  proviennent  de 
sujets  sur  lesquels  on  a  fait  cette  opération  :  c'est 
l'équivalent  de  prunes  de  greffe,  qui  me  semble  ne  pas 
être  usité. 

Remarque  pour  l'orthographe.  Comme  on  appelle  aussi 
entes  les  jeunes  arbres  nouvellement  greffés,  on  pour- 
rait également  bien  écrire,  je  crois,  prunes  d'entés,  avec 
une  s  au  dernier  mot. 

X 

Seconde  Question. 

Est-ce  qu'après  avoir  parlé  d'un  certain  animal,  on 

peut  dire  ensuite  ces  animaux?  Par  exemple,  après 

avoir  parlé  d'un  mclet,  peut-on  dire  :  ces  amimaux  sont 

BXTÉrÉS  ? 

Après  un  substantif  employé  au  singulier  et  dans  un 
sens  individuel,  on  peut,  en  se  servant  du  démonstratif 
ce,  employer  le  nom  général  de  l'espèce  à  laquelle 
appartient  l'individu  que  ce  substantif  désigne,  et 
mettre  ce  nom  au  singulier  : 

Dans  un  profond  ennui  ce  lièvre  se  plongeait  : 
Cet  animal  est  triste,  et  la  craiute  le  ronge. 

(La  Fontaine,  liv.  II,  fable  l4.) 

Mais  il  est  permis  aussi  de  mettre  au  pluriel  ce 
second  substantif,  ce  qui  est  rendu  évident  par  les 
exemples  qui  suivent  : 

C'est  probablement  ainsi  que  raisonnait  l'animal,  c'est-à- 
dire  le  c/iie/i,il  raisonnait  juste,  selon  l'usage  de  ces  créa- 
tures, que  notre  orgueil  prive  de  raison. 

(Méry,  Damnés  de  Vîndf.) 

On  la  nomme  la  cloche  banale;  elle  servait  à  convoquer 
les  assemblées  municipales,  à  avertir  des  incendies,  à  son- 
ner le  couvre-feu  ;  elle  appelait  les  bourgeois  aux  armes. 
Ces  cloches  communales,  symbole  de  la  puissance  populaire, 
avaient  souvent  un  nom  particulier. 

(Chéruel,  Dict.  des  liistU,  de  la  Franct'  ) 

Mais  une  ville  comme  Paris  est  dans  une  crue  perpétuelle. 
Il  n'y  a  que  ces  tilles-ld.  qui  deviennent  capitales. 

(Poitevin,  Cours  de  dictées.) 

Le  chef  d'unp  netite  gare  de  la  ligne  de  X...  avait  été  mis 
par  son  médecin  au  régime  du  lait  de  chèvre;  cliaiiue  ma- 
tin sa  temme  allait  traire  un  de  ces  animaux  qu'elle  avait 
acheté... 

(Le  I-'if/aro  du  ai   oct.  18/4.1 

Quant  à  moi,  je  préfère  le  pluriel  (lour  le  substantif 
précédé  du  démon.stralif  ce,  dans  ces  sortes  de  phrases, 
parce  que  la  dilTerence  entre  le  sens  particulier  (qui  est 
généralement  celui   dans   lequel   est  pris   le  premier 


substantif)  et  le  sens  général,  me  semble  ainsi  mieux 
marquée. 

X 
Troisième  Question. 
Pourquoi,   en  français,    un  certain    bois  à  brûler 
s'appelle-t-il  bois  de  corde  ? 

Pour  une  raison  bien  simple. 

Autrefois,  ainsi  que  nous  l'apprend  De  la  Mare 
{Traité  de  la  Police,  liv.  V,  p.  836,  col.  2),  lorsque  les 
bûcherons  devaient  compter  avec  leurs  maîtres,  ou  les 
marchands  avec  les  acheteurs,  on  plantait,  pour  mesu- 
rer le  bois  à  brûler  qui  ne  se  mettait  pas  en  fagots, 
quatre  pieux  hauts  chacun  d'autant  de  pieds,  et  for- 
mant un  carré  de  8  pieds  de  côté  ;  et,  comme  les  dimen- 
sions de  cette  mesure  se  prenaient  avec  une  corde,  on 
appela  naturellement  corde  la  quantité  de  bois  qu'elle 
pouvait  contenir,  puis,  par  suite,  bois  de  corde,  le  bois 
de  chauffage  qui  se  débitait  à  ladite  mesure. 

X 

Quatrième  Question. 
Dans  le  tome  III,  5''  cours,  p.  94  de  la  Litte'eatdee 
FRANÇAISE  par  le  lieutenant-colonel  Staaff,  on  trouve 
cette  phrase  dans  un  passage  de  Champfleunj  :  «  Sou- 
vent IL  FAIT  FAIM  duns  les  mansardes  ».  Peut-on  s'expri- 
mer ainsi  en  français  ? 

Le  verbe  faire,  sous  la  forme  impersonnelle,  ne  peut 
s'employer  que  dans  deux  cas  : 
r  En  parlant  de  l'état  de  l'atmosphère  : 
Selon  le  temps  qu'»2  fait,  l'homme  doit  naviguer. 

(Régnier,  Satt/re  VI.) 

M.  le  prince  n'avoit  pas  eu  lieu  de  s'imaginer  qu'il  piit 
trouver  le  roi  au  retour  du  bain,  par  un  temps  aussi  froid 
qu'il  faisait. 

(Reti,  III,  347-) 

2°  En  parlant  de  l'état  du  sol  sur  lequel  on  marche  : 

Allez  doucement,  il  fait  glacé,  vous  vous  rompriez  les 
jambes. 

(Voltaire,  Mœurs,    laS.) 

Il  y  fait  un  peu  crotté;  mais  nous  avons  la  chaise. 

(Molière,  Prcc.  rii.,  se.  X.) 

Par  conséquent,  l'expression  il  fait  faim  appartient  a 
la  catégorie  de  celles  que  l'on  doit  forcément  rejeter. 

X 

Cinquième  Question. 
Que  signifie  cette  phrase  trouvée  dans  Gil  Blas  ; 
«  Elle  savait  bien  faire  valoir  le  bouchon  ».  Je  vous 
serais  obligé  de  m'en  donner  la  vraie  signification. 

Du  vieux  français  bouche,  dérivé  jirobablement  de 
Tallemand  busch,  buisson,  nous  avons  fait  comme  les 
Picards,  les  Berrichons  et  les  Normands,  le  diminutif 
bouchon,  avec  le  sens  de  bouquet,  rameau  de  verdure 
servant  d'enseigne  à  un  cabaret  : 

Et,  ravalant  l'hœbus,  les  Muses  et  la  grâce, 
Font  un  bouchon  à  vin  du  laurier  de  Parnasse. 

(Régnier,  Salj/re  IV.) 

A  bon  vin  ne  faut  point  de  bouchon. 

^Oudin,  Curies,  frtnç.) 


LE  COURRIER  DE  VAUGELÂS 


125 


Puis,   par  métonymie,  nous  avons  donné  le  même 
nom  au  cabaret  lui-même  : 
Les  rouliers  s'arrêtent  à  tous  les  bouchons. 

(Litlré,  Dict.) 

Or,  faire  valoir  une  chose,  signifie  lui  donner  du 
prix,  en  retirer  le  plus  de  profit  possible,  la  faire 
paraître  meilleure,  plus  belle  : 

Je  me  suis  engagé  de  faire  valoir  la  pièce,  et  l'auteur 
m'en  est  venu  prier  encore  ce  matin. 

(Molière,  Préc.  se.  X.) 

D'où  il  résulte  que  faire  valoir  le  bouchon,  en  parlant 
d'une  femme  qui  tient  un  cabaret,  veut  dire  que  cette 
femme  sait  y  faire  venir  les  chalands. 

PASSE-TEMPS  GRAMMATICAL. 


Corrections  du  numéro  précédent. 

I°...  elle  applique  à  la  suspension  ...  qui  s'applique  à  tout 
autre  choss;  —  2°...  obtenus  par  d'autres  que  lui  (pas  de  par); 

—  3°...  puisse  exposer  l'Eglise  à  de  tels  dangers;  —  4°...  ce  qu'il 
y  a  de  vrai  dans  les  bruits  qui  courent  ou  mis  en  circulation; 

—  5°..,  excuser  les  exagérations,  voire  les  violences  (Voir  Cour- 
rier de  Vaugelas,  2'  année,  p.  185)  ;  —  6°...  s'annonc«nt  par- 
faitement bien  (Voir  Courrier  de  Vaugelas,  3"  année,  p.  84)  ;  — 
7°...  qui  se  sont  laissé  prendre;  —  8°...  une  vaste  corporation 
qui  le  soutint;  —  9°...  j'entendis  retentir  un  coup  de  feu  à  la 
distance;  —  10°...  que  nous  ayons  (après  empêcher  on  met  le 
subjoDCtiQ. 

Phrases  à  corriger 

trouvées  pour  la  plupart  dans  la  presse  périodique. 

!•  Et  ces  danses  ne  furent  troublées  que  pendant  les 
luttes  nombreuses  qui  se  sont  succédées  pendant  tout  le 
reste  de  la  soirée,  et  dont  la  plus  amusante  a  été  sans  con- 
tredit la  course  aux  ânes. 

2°  C'est  bien  pire  au  village.  Le  maire  en  plus  d'une  com- 
mune a  insent  d'office  qui  ne  devait  pas  y  être,  a  effacé 
qui  aurait  diî  être  maintenu. 

3°  Aussitôt  que  le  gouvernement  se  sera  convaincu  qu'il 
a  autre  chose  à  faire  qu'à  combattre  le  pays,  la  loi  sur  les 
maires  sera  remplacée. 

4°  Après  quelques  jours  de  repos  passés  à  l'hôtel  Bagra- 
tion  et  employés  tout  entiers,  comme  bien  on  pense,  à 
ébranler  les  bases  de  l'ordre  social,  M.  Thiers  a  pris  le  che- 
min de  l'Italie  en  faisant  escale  â  Grenoble,  à  Vizille  et  à 
Chambèry. 

5*  Il  est  clair  que  l'unité  consiste  dans  la  participation  à 
l'esprit  de  Christ,  et  non  dans  les  formes  extérieures,  ou 
dans  l'acceptation  des  mêmes  dogmes,  ou  dans  la  célébra- 
tion des  mêmes  rites. 

6*  Une  telle  pensée  de  conciliation,  un  tel  rapprochement 
de  frères  ennemis  ne  laisse  pas  que  d'avoir,  en  France, 
même  à  la  fin  du  xix'  siècle,  quelque  chose  de  hardi. 

?•  A  la  bonne  heure,  M.  de  Padoue  ne  va  pas  par  quatre 
chemins;  il  se  pose  carrément  devant  les  électeurs  de 
Seine-et-Oise  en  bonapartiste  militant,  en  sujet  de  Napo- 
léon IV. 

8°  La  Presse  répond  à  l'une  des  deux  questions  que  nous 
lui  avons  posées;  mais  ce  n'estqu'â  une  question  accessoire 
et  non  à  la  question  principale. 

9"  Ces  jours  derniers,  on  avait  signalé  à  l'autorité  supé- 
rieure qu'un  navire  de  pavillon  hoilandai.':,  chargé  d'armes 
destinées  aux  Carlistes,  devait  venir  dans  les  eaux  de  Belle- 
Isle  remettre  ces  armes  à  un  navire  e.spagnol. 

10*  Nous  l'avons  dit,  pour  reconnaître  ces  conservateurs 
des  bonapartistes,  nous  avons  un  critérium  qui  nous  paraît 
sûr. 

{Les  corrections  à  quinzaine.) 


FEUILLETON 


BIOGRAPHIE  DES  GRAMMAIRIENS 

PREMIERE  MOITIÉ  DU  XVII'  SIÈCLE. 

VAUGELAS. 

(Suite.) 

Eux-même,  elles-méme.  —  11  faut  une  .s  à  même, 
parce  qu'il  est  ici  pronom.  Quand  il  est  adverbe,  il  est 
«  libre  »  d'y  mettre  Vs  ou  de  ne  l'y  pas  mettre. 

Si  la  seconde  personne  singulière  de  l'impératif  doit 
prendre  une  s.  —  H  y  a  des  impératifs  de  trois  sortes  : 
les  uns,  où  d'un  consentement  général  on  ne  met  jamais 
d'.s-,  d'autres  où  l'on  en  met  toujours  une,  et  certains 
au  sujet  desquels  les  opinions  sont  partagées.  Vaugelas 
a  compté  jusqu'à  dix-neuf  ou  vingt  terminaisons 
différentes  de  ces  impératifs,  et  tout  le  monde  est  d'ac- 
cord qu'on  ne  met  jamais  1'*  à  ceux  qui  se  terminent 
par  a  ou  par  e. 

On  écrit  i^a  devant  tous  les  mots  commençant  par 
une  voyelle,  excepté  en  adverbe  relatif  et  y  ;  car  devant 
le  premier  il  prend  un  t,  comme  «  ra-t-en  »,  et  devant 
le  second,  il  prend  une  .s,  comme  ims-y. 

Les  uns  écrivent  béni,  fini,  di.  H,  ri,  fui,  tai,  crain, 
fein,  pein;  voi,  connoi;  tien,  vien,  fui;  les  autres, 
bénis,  finis,  dis,  etc.  (1647). 

Pour  l'heure.  —  Cette  façon  de  parler  pour  dire  ^jour 
lors  est  bonne;  mais  elle  est  basse,  et  ne  doit  pas  être 
employée  dans  le  beau  style. 

A  l' improviste,  à  l'impourvà.  —  Tous  deux  sont  bons 
et  signifient  la  même  chose;  mais  à  V improviste, 
quoique  pris  de  l'ilaiien,  est  tellement  naturalisé  fran- 
çais qu'il  est  plus  élégant  qu'à  l'imjiourvù. 

Bais.  —  Ni  en  prose  ni  en  vers,  il  ne  se  dit  plus  pour 
désigner  les  rayons  du  soleil,  quoiqu'il  se  dise  fort  bien 
pour  désigner  ceux  de  la  lune.  Hors  de  là,  il  ne  s'ap- 
plique qu'à  une  roue. 

L'aventure  du  lion  et  de  celui  qui  vouloit  tuer  le 
Tyran,  sont  semblables.  —  Les  opinions  sont  partagées 
au  sujet  de  cette  construction,  qui  met  sont  après  un 
nominatif  singulier;  est-elle  vicieuse  ou  élégante'^  Vau- 
gelas ne  voudrait  pas  s'en  servir. 

De  moi,  pour  moi,  quant  à  moi.  —  Ce  dernier  ne  se 
dit  ni  ne  s'écrit  presque  plus,  sans  doute  à  cause  de 
cette  façon  de  parler  proverbiale  :  Il  se  met  sur  son 
quant  à  moi.  On  dit  fort  bien  quant  à  lui,  quant  à  vous, 
quant  à  nous;  pourquoi  ne  dirait-on  pas  aussi  bien 
quant  à  moi  ? —  De  moi  est  fort  bon,  fort  élégant;  mais 
Vaugelas  éviterait  de  le  mettre  souvent  en  prose.  Il 
aime  mieux  pour  moi,  dont  tout  le  monde  se  sert,  soit 
en  parlant,  soit  en  écrivant. 

U  aspirée  et  H  muette.  —  Reaucoup  de  personnes, 
tant  dans  les  provinces  qu'à  l'étranger,  font  I7(  muette 
quand  elle  est  aspirée  selon  Ramus  et  plusieurs  fameux 
grammairiens;  par  exemple,  elles  disent  l'hazard  pour 
le  hazard;  l'hardi  pour  le  hardi;  l'hallebarde  pour  /a 
hallebarde.  On  a  grand  besoin,  dans  les  pays  qui 
parlent  mal,  de  bien  savoir  la  nature  de  cette  /(  ,•  c'est 


426 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


pourquoi  Vaugelas  se  trouve  obligé  de  dire  ici  «  le 
peu  »  qu'il  en  sait.  Il  fait  un  examen  des  consonnes 
Qnales  qui  se  prononcent,  examen  où  je  trouve  :  i"  que 
Vf  se  mange  dans  œuf,  on  dit  un  œuf  de  j)igeo?i ,  un 
œuf  Mté,  sans  prononcer  Vf;  2°  que  le  g  se  prononce 
dans  coq,  et  que  l'on  dit,  en  faisant  sonner  cette  lettre, 
un  coq  de  Paris,  un  coq  hardi  :  3°  que  r  ne  se  prononce 
pas  dans  les  infinitifs  en  er  et  ir,  et  que  aller,  courir, 
se  prononcent  allé,  court. 

Règle  pour  discerner  l' H  aspirée  d'avec  V H  muette.  — 
C'est  une  règle  fort  connue,  mais  Vaugelas  y  ajoutera 
de  nouvelles  remarques.  Gomme  celte  règle  est  fondée 
sur  la  connaissance  du  latin,  il  faut  que  ceux  qui  ne 
savent  pas  celte  langue  aient  recours  à  la  lecture  des 
bons  livres.  Suivent  les  mots  faisant  exception  à  la 
règle  à  laquelle  Vaugelas  fait  allusion. 

De  l'H  dans  les  mots  composés.  —  Quand  cette  con- 
sonne se  trouve  ailleurs  qu'au  commencement  du  mot, 
elle  se  prononce  «  tout  de  même  »  que  si  elle  était  au 
commencement.  Ainsi  deshonoré  se  prononce  comme 
honoré  avec  h  muette;  enhardi,  éhonté,  dehors,  comme 
les  simples  hardi,  honte,  hors.  Il  y  a  une  seule  excep- 
tion, exhaussé,  qui  se  prononce  exaucé. 

Comment  il  faut  prononcer  et  orthographier  les  mots 
venant  de  mots  grecs  oii  il  y  a  des  aspirations.  —  Tous 
les  mots  français  venant  du  grec  et  dans  lesquels  il  y  a 
une  ou  plusieurs  h  n'en  peuvent  venir  que  par  cinq 
voies  :  i"  quand  le  mot  grec  commence  par  une  voyelle 
ou  une  diphthongue  aspirée  âp|Asv(a,  âîpïst;,  qui  nous 
ont  donné  harmonie,  hérésie;  2°  quand  le  mot  grec  a 
un  6  (thêta),  que  nous  rendons  par  th,  comme  dans 
ôsaiç,  thèse;  3»  quand  le  mot  grec  commence  par  un  p 
(rho),  que  nous  rendons  par  rh,  comme  'Pôoo;,  Rhodes, 
ou  que  ce  p  est  redoublé  au  milieu  du  mot,  comme 
nûppoç,  Pyrrhus;  4°  quand  le  mot  grec  a  un  <p  (phi) 
que  nous  rendons  p&r  ph,  comme  dans  ç'.Acdsçsç,  philo- 
sophe; 5°  quand  le  mot  grec  renferme  un  x  (chi),  lequel 
se  rend  en  français  par  ch,  comme  dans  X-'P^'-'Pï'^', 
chirurgie.  Or,  dans  tous  les  mots  français  d'une  telle 
dérivation,  Vh  s'écrit  toujours,  mais  elle  ne  se  prononce 
jamais. 

En  votre  absence,  et  de  Madame  votre  mère.  —  Cette 
construction  est-elle  bonne?  La  plupart  disent  que  oui, 
et  que,  loin  d'être  vicieuse,  la  suppression  de  ces  «  pa- 
roles »  en  celte,  qui  sont  sous-entendues,  a  au  contraire 
bonne  grâce.  Quelques-uns  néanmoins  condamnent  celte 
construction  non-seulement  comme  contraire  à  la  net- 
teté du  style,  mais  encore  comme  barbare.  Quant  à 
Vaugelas,  il  pense  qu'il  est  bon  d'éviter  aussi  bien  la 
phrase  elliptique  que  la  phrase  complète,  qu'il  trouve 
trop  languissante. 

N'onl-ils  pas  fait?  Ont-ils  pas  fait? —  Tous  deux 
sont  bons  pour  exprimer  la  même  chose,  et  ceux-là  se 
trompent  qui  croient  que  l'on  ne  peut  pas  dire  :  ont-ils 
pas  fait  ?  Il  est  d'ordinaire  plus  élégant  de  ne  pas  mettre 
le  ne  dans  une  telle  phrase. 

Aimé-je  sans  être  aimé?  —  Ici,  aime  ne  s'écrit  ni  ne 
se  prononce  comme  de  «  coutume»  ;  car  Ve  qui  est  au 
féminin  aime  se  change  en  ''  masculin,  el  l'on  doit 


écrire  et  prononcer  aimé-je.  Cette  remarque  est  très- 
nécessaire  pour  les  provinces  qui  se  trouvent  au-delà 
de  la  Loire,  et  elle  pourra  encore  servir  à  ceux  qui 
orthographient  de  cette  sorte  aimai-je,  au  lieu  d'aimé-je, 
car  qui  ne  voit  qa'aimai-je  fait  une  équivoque  avec  la 
première  personne  du  passé  défini  ? 

Mais  celte  règle  ne  concerne  que  les  verbes  qui  ont 
un  e  muet  à  la  première  personne  du  présent;  et  les 
personnes  de  Paris  et  de  la  Cour  qui  disent  menté-je, 
pour  ments-je;  perdé-je,  pour perds-je ;  rompé-je,  pour 
romps-je,  commettent  une  faule  qu'on  ne  trouve  pas 
dans  le  plus  médiocre  auteur  qui  ait  jamais  écrit. 

Conjoncture.  —  Pour  dire  une  certaine  rencontre, 
bonne  ou  mauvaise,  dans  les  affaires,  ce  mot  est  excel- 
lent, quoique  très-nouveau  et  pris  des  Italiens,  qui 
l'appellent  congiontura.  Il  exprime  merveilleusement 
bien  ce  qu'on  lui  fait  signifier. 

Se  conjoiiir,  féliciter.  —  Vaugelas  a  vu  le  premier 
de  ces  mots  dans  plusieurs  auteurs  approuvés;  mais  il 
ne  lui  souvient  point  de  l'avoir  jamais  entendu  à  la 
Cour.  On  dit  plutôt  se  réjouir,  quoique  l'autre  soit  plus 
convenable,  parce  qu'il  ne  signifie  que  se  réjouir  avec 
quelqu'un  du  bonheur  gui  lui  est  arrivé,  au  lieu  que  se 
réjouir  est  un  mot  extrêmement  général.  —  Depuis  peu 
on  se  sert  d'un  terme  qui,  auparavant,  était  tenu  à  la 
Cour  pour  barbare,  quoique  commun  en  plusieurs  pro- 
vinces de  France,  c'est  féliciter,  que  tout  le  monde  dit 
aujourd'hui  et  que  nos  meilleurs  écrivains  emploient 
volontiers  (1647). 

Règle  nouvelle  et  infaillible  pour  savoir  quand  il  fctut 
répéter  les  articles  ou  les  prépositions,  tant  devant  les 
noms  que  devant  les  verbes.  —  Pour  ce  qui  est  de 
l'article  devant  les  noms,  on  disait  autrefois  :  J'ai 
conçu  une  grande  opinion  de  la  vertu  et  générosité  de 
ce  Prince  ;  mais  Coëffeteau  n'aurait  pas  construit  ainsi, 
il  aurait  observé  la  règle  suivante  :  si  les  substantifs 
joints  par  la  conjonction  sont  synonymes  ou  appro- 
chants, comme  vertu  et  générosité,  il  ne  faut  pas  répéter 
l'article;  mais  quand  ils  sont  contraires,  comme  force 
et  dextérité,  il  faut  le  répéter  et  dire  :  de  la  force  et  de 
la  dextérité. 

Cette  règle  est  applicable  aux  prépositions  mises 
devant  les  infinitifs;  ainsi  il  faut  dire  :  il  n'y  a  rien 
qui  porte  tant  les  hommes  à  aimer  et  chérir  la  vertu, 
parce  que  aimer  et  chérir  sont  synonymes.  Mais  il  faut 
dire  :  il  n'y  a  rien  qui  porte  tant  les  hommes  à  aimer  et 
à  haïr  leurs  semblables,  eic,  en  répétant  à,  parce  que 
les  verbes  aimer  et  hair  expriment  des  actions  tout-à- 
fait  opposées. 

Vaugelas  sait  bien  que  quelques-uns  de  nos  meilleurs 
écrivains  ne  «  prennent  point  garde  »  à  cette  règle; 
mais  il  sait  bien  aussi  qu'ils  en  sont  justement  blâmés 
par  tous  ceux  qui  font  profession  d'écrire  purement.  Si 
chacun  s'émancipait  de  son  côté,  nous  ferions  bientôt 
retomber  notre  langue  dans  son  ancienne  barbarie. 

{La  suite  au  prochain  numéro.) 


Le  Rédàctedh-Gébant  :  Ëtun  MARTIN. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


42t 


BIBLIOGRAPHIE 


OUVRAGES     DE     GRAMMAIRE     ET     DE     LITTÉRATURE 


Publications  de  la  quinzaine  : 


A  travers  l'Océanie;  par  Mme  la  comtesse  Droho- 
jowska.  1"  édition.  In-8°,  229  p.  Paris,  lib.  Lefort. 

Le  Cardinal  Jean  Jouffroy  et  son  temps  (1412- 
1473).  Etude  liistorique.Tlièse  pour  le  doctorat  ès-lettres; 
par  Cil.  Fierville,  censeur  des  études  au  lycée  de  Gou- 
tances.  In-S",  vn-296  p.  Coutances,  lib.  Salettes. 

Réséda;  par  Mlle  Zénaïde  Fleuriot  (Anna  Edianez). 
5=  édition.  In-18  Jésus,  286  p.  Paris,  lib.  Bray  et  Retaux. 

Lettres  à  une  inconnue;  par  Prosper  Mérimée,  de 
l'Académie  française.  Précédées  d'une  étude  sur  Mérimée, 
par  H.  Taine.  8"  édition  entièrement  revue.  2  vol.  In-18 
Jésus,  xxxii-7i9  p.  Paris,  lib.  Michel  Lévy.  7  fr. 

Les  Quatre  grands  historiens  iatins,  suivis  de 
Vingt-deux  mois  de  la  vie  de  Mirabeau;  par  D.  Ni- 
sard,  de  l'Académie  française.  In-18  Jésus,  iv-Zi07  p.  Paris, 
lib.  Michel  Lévy  frères.  3  fr.  50. 

La  Belle  Rivière.  Le  Fort  Duquesne  ;  par  Gustave 
Aimard.  ln-18  jésus,  335  p.  Paris,  lib.  Dentu.  3  fr. 

Les  Salons  d'autrefois,  souvenirs  intimes;  par 
Mme  la  comtesse  de  Bassanville.  2'  série.  La  princesse 
Bagration.  La  comtesse  Merlin.  Madamede  Mirbel.  Madame 
Campan.  5»  édition.  In-18  jésus,  321  p.  Paris,  lib.  Brous- 
sois  et  Cie.  2  fr.  50. 

Les  Borgia  d'Afrique  ;  par  Pierre  Cœur.  In-18  jésus, 
366  p.  Paris,  lib.  de  la  Société  des  gens  de  lettres.  3  fr. 

La  Chambre  aux  histoires  ;  par  F.  Fertiault.  ln-12, 
383  p.  Paris,  lib.  Didier  et  Cie. 

Le  Roman  d'un  jeune  homme  pauvre;  par  Octave 
Feuillet,  de  l'Académie  française.  Nouvelle  édition.  In-18 
jésus,  356  p.  Paris,  lib.  Michel  Lévy  frères.  3  fr.  50. 


La  Vie  à  deux.  Les  Malheurs  de  Rosette.  Les 
Aventures    de    Madeleine.    La    Race   maudite  ;  par 

Louis  Enault.  2'  édition.   In-18  jésus,  2/i7   p.  Paris,  lib. 
Hachette  et  Cie.  2  fr. 

Salammbô  ;  par  Gustave  Flaubert.  Edition  définitive 
avec  des  documents  nouveaux.  In-18  jésus,  379  p.  Paris, 
lib.  Charpentier  et  Cie.  3  fr.  50. 

Le  Chemin  le  plus  court  ;  par  Alphonse  Karr.  Nou- 
velle édition.  In-18  jésus,  296  p.  Paris,  lib.  Michel  Lévy 
frères. 

Les  Tragédies  de  Paris.  IL  Une  araignée  parisienne; 
par  Xavier  de  iVlontépin.  In-18  jésus,  288  p.  et  grav.  Paris, 
lib.  Sartorius. 

Jeanne  d'Arc  ;  par  Marius  Sepet.  Avec  une  introduc- 
tion par  M.  Léon  Gautier.  3=  édition.  In-12,  288  p.  et  gr. 
Tours,  lib.  Mame  et  lils. 

Œuvres  complètes  de  J.  Autran,  de  l'Académie 
française.  1.  Les  Poèmes  de  la  mer.  ln-8»,  lill  p.  Paris, 
lib.  Michel  Lévy  frères.  6  fr. 

Lëontine,  histoire  d'une  jeune  femme  ;  par  Madame 
Bourdon  (Mathilde  Froment).  7=  édition.  In-18  jésus,  238p. 
Paris,  lib.  Bray  et  Retaux. 

Trois  histoires  de  terre  et  de  mer  ;  par  Armand 
Dubarry.  In-12,  386  p.  Paris,  lib.  Didier  et  Cie.  3  fr. 

Le  Comte  de  Monte-Cristo;  par  Alexandre  Dumas. 
In-i"  à  2  col.,  àlli  p.  Paris,  lib.  Michel  Lévy  frères. 
4  fr.  80. 

Galerie  du  XVIII»  siècle.  10»  édition.  Louis  XV  ;  par 
Arsène  Houssaye.  In-18  jésus,  37Zi  p.  et  2  grav.  Paris,  lib. 
Dentu.  3  fr.  50. 


Publications  antérieures 


LE  GRAND  TESTAMENT  DE  VILLON  ET  LE  PE- 
TIT. Son  Codicille.  Le  Jargon  et  ses  ballades,  aussi  le 
rondeau  que  ledit  Villon  fist  quand  il  fust  jugé  à  mort,  et 
la  requeste  qu'il  bailla  à  Messeigneurs  de  Parlement  et  à 
Monseigneur  de  Bourbon.—  111.  —  In-16,  120  p.  —  Lille, 
Imprimerie  Six-Hormans. 

CHRONIQUES  DE  J.  FROISSARD,  publiées  par  la 
Société  de  l'histoire  de  France,  par  Siméon  Luce.  T.  5. 
1356-1360. Depuis  les  préliminaires  de  la  paix  de  Poitiers 
jusqu'à  l'expédition  d'Edouard  III  en  Champagne  et  dans 
l'Ile-de-France.  —  In -8%  lxxi-436  p.  —  Paris,  librairie 
F»  J.  Renouard.  —  Prix  :  9  francs. 


PROPOS  RUSTIQUES,  BALIVERNES,  CONTES  ET 
DISCOURS  D'EUTRAPEL.  —  Par  Noël  du  Fail,  seigneur 
de  la  Hérissaye,  gentilhomme  breton.  —  Edition  annotée, 
précédée  d'un  essai  sur  Noél  du  Fail  et  ses  écrits.  —  Par 
Marie  Guichard.  —  Paris,  librairie  Charpentier,  19,  rue  de 
Lille. 


ŒUVRES  DE  RABELAIS,  augmentées  de  plusieurs 
fragments  et  de  deux  chapitres  du  5'  livre,  etc.,  et  pré- 
cédées d'une  notice  historique  sur  la  vie  et  les  ouvrages 


de  Rabelais.  —  Nouvelle  édition,  revue  sur  les  meilleurs 
textes,  éclaircie  quant  à  l'orthographe  et  à  la  ponctuation, 
accompagnée  de  notes  succinctes  et  d'un  glossaire,  par 
Louis  Babré,  ancien  professeur  de  philosophie.  —  Inl8 
jésus,  sxxv-612  p.  -  Paris,  librairie  Garnier  frères,  6, 
rue  des  Saints-Pères,  à  Paris. 


L'INTERMEDIAIRE  DES  CHERCHEURS  ET  DES 
CURIEUX.  —  En  vente  à  la  librairie  Sandoz  et  Fischba- 
cher,  33,  rue  de  Seine,  à  Paris.  —  Prix  :  1«  année,  15  fr.; 
2=  année,  10  fr.;  3"  année,  12  fr.;  W  année,  8  fr.;  5=  année, 
12  fr.  —  Chaque  année  se  vend  séparément.  —  Envoi 
franco  pour  la  France. 


DU  DIALECTE  BLAISOIS  et  de  sa  conformité  avec 
l'ancienne  langue  et  l'ancienne  prononciation  française. — 
Thèse  présentée  à  la  faculté  des  lettres  de  Paris,  par  F. 
Talbert,  professeur  de  rhétorique  au  prytanée  militaire  de 
La  Flèche.  --  Paris,  Ernest  Thorin,  édileur,  libraire  du 
Collège  de  France  et  de  l'Ecole  normale  supérieure,  7,  rue 
de  Médlcis. 


CHANSONS  POPULAIRES  DE  LA  FRANCE,  AN- 


<28 


LE  COURRIER  DE   VAUGELAS 


CIENNES  ET  MODERNES,  classées  par  ordre  chrono- 
logique et  par  noms  d'auteurs,  avec  biographie  et  notices. 
—  Par  Louis  Moxtjoie.  —  In-32.  —  Paris,  librairie  Gar- 
nier  frères,  6,  rue  des  Saints-Pères. 


LE  CYMBALUM  MUNDI,  précédé  des  Nouvelles  re- 
créations et  joyeux  devis  de  Bonaventure  des  Periers.  — 
Nouvelle  édition,  revue  et  corrigée  sur  les  éditions  origi- 
nales avec  des  notes  et  une  notice.  —  Par  P.L.  Jacob, 
bibliophile.  —  Paris,  Adolphe  DeMiays,  éditeur,  4-6,  rue 
Voltaire.  —  Prix;  in-16  :  5  fr.  ;  in-S"  '.  2  fr.  50. 


LA  VRAIE  HISTOIRE  DE  FRANCION,  composée  par 
CHARLEsSonBL,sieurdeSouvigny.  —  Nouvelle  édition,  avec 
avant-propos  et  notes  par  Emile  Colombay.  —  Paris, 
Adolphe  DelahaySj  éditeur,  i-6,  rue  Voltaire.  —  In-16  : 
5fr.  ;  in-18  Jésus,  2  fr.  50. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS  (première,  seconde, 
troisième  et  quatrième  année).  —  En  vente  au  bureau  du 
Courrier  de  Vaugelas,  26,  boulevard  des  Italiens.  —  Prix 
de  chaque  année,  broché,  6  fr.  —  Envoi  franco  pour  la 
France,  l'Algérie  et  l'Alsace-Lorraine. 


RENSEIGNEMENTS 
Pour  les  Français  qui  désirent  aller  professer  leur  langue  à  l'étranger. 


I. 

En  faisant  insérer  quelques  annonces  dans  le  Journal  de  Bucarest,  dirigé  par  M.  Ulysse  de  Marsillac,  on  peut  se 
procurer  des  places  de  professeur  et  d'institutrice  en  Rou.\ianie. 

Les  annonces  pour  ce  journal,  qui  sont  reçues  à  Paris  par  M.  Eugène  Orain,  9,  rue  Drouot,  coûtent  30  cent,  la  ligne. 

Moyennant  10  centimes,  le  rédacteur  du  Courrier  de  Vaugelas  envoie,  en  France,  un  spécimen  du  Journal  de  Bucarest 
aux  personnes  qui  lui  en  font  la  demande. 

Sous  le  titre  de  Revue  anglo- française,  il  paraît  à  Brigthon  une  publication  mensuelle  dont  le  directeur,  le  Révérend 
César  Pascal,  se  charge  de  procurer  gratis,  pour  I'Angleterre  ou  le  Continent,  des  places  de  professeur  et  d'institutrice  à 
ceux  de  ses  abonnés  qui  se  trouvent  munis  des  recommandations  nécessaires. 

L'abonnement  est  de  10  fr.  pour  la  France,  et  il  se  prend  à  Paris  chez  MM.  Sandoz  et  Fischbacher,  libraires,  33,  rue 
de  Seine,  ou  à  la  librairie  Grassart,  2,  rue  de  la  Paix. 


CONCOURS    LITTERAIRES. 


Le  journal  Le  Tournoi  est  rédigé  au  concours  par  ses  abonnés  seulement. 

Les  articles  sont  soumis  à  l'examen  d'un  Comité  de  rédaction.  L'insertion  donne  droit  à  l'uree  des  prîmes  suivantes  : 
Ire  Prime  —  Cinq  exemplaires  du  numéro  du  journal  contenant  l'article  et  un  diplôme  confirmant  le  succès  du  lauréat  ; 
2'  Prime  —  Quinze  exemplaires  de  l'article,  tiré  à  part  avec  titre  et  nom  de  l'auteur,  et  formant  une  brochure. 

Tout  abonné  douze  fois  lauréat  reçoit  une  médaille  en  bronze,  grand  module,  gravée  à  son  nom. 

Les  articles  non  publiés  sont  l'objet  d'un  compte-rendu  analytique. 

On  s'abonne  en  s'adressant  à  M.  Ernest  Leroux,  éditeur,  28,  rue  Bonaparte,  à  Paris. 


Appel  aux  Poètes. 


Le  prix  de  poésie  fondé  par  M.  le  docteur  Andrevetan,  avec  l'aide  de  la  ville  d'Annecy  (200  francs),  sera  décerné  par 
la  Société  Florimontane  en  juillet  1375. 

Les  auteurs  devront  déclarer  par  écrit  que  leurs  envois  sont  inédits  et  n'ont  été  présentés  à  aucun  autre  concours. 

Tout  auteur  qui  se  ferait  connaître  serait  exclu  :  les  envois  porteront  une  épigraphe  qui  sera  répétée  à  l'extérieur 
d'un  billet  cacheté,  indiquant  le  nom  et  le  domicile  de  l'auteur. 

Sont  seuls  admis  à  concourir  :  1»  les  Français,  excepté  les  membres  effectifs  de  la  Société  Florimontane,  —  2°  les 
étrangers,  membres  effectifs  ou  correspondants  de  cette  Société. 

Les  manuscrits  devront  être  adressés  au  Secrétaire  de  la  Société  Florimontane,  avant  le  1"  juillet  1875.  Ils  resteront 
déposés  aux  archives  de  ladite  Société,  où  les  auteurs  pourront  en  prendre  connaissance. 

Le  sujet,  laissé  au  choix  des  concurrents,  ne  peut  être  traité  en  moins  de  cent  vers. 

Le  treizième  Concours  poétique  ouvert  à  Bordeaux  le  15  août  sera  clos  le  1"  décembre  187/i.  —Dix  médailles  seront 
décernées.  —  Demander  le  programme,  qui  est  adressé  franco,  à  M.  Evariste  Carrance,  président  du  Comité,  92,  route 
d'Espagne,  à  Bordeaux  (Gironde).  —  Affranchir. 

L'Académie  française  donne  pour  sujet  du  prix  de  poésie  à  décerner  en  1875  :  Livingstone. 

Le  nombre  des  vers  ne  doit  pas  excéder  celui  de  deux  cents. 

Les  pièces  de  vers  destinées  à  concourir  devront  être  envoyées  au  secrétariat  de  l'Institut,  franches  de  port,  avant 
le  15  février  1875,  terme  de  rigueur. 

Les  manuscrits  porteront  chacun  une  épigraphe  ou  devise  qui  sera  répétée  dans  un  billet  cacheté  joint  h  l'ouvrage; 
ce  billet  contiendra  le  nom  et  l'adresse  de  l'auteur,  qui  ne  doit  pas  se  faire  connaître. 

On  ne  rendra  aucun  des  ouvrages  envoyés  au  concours,  mais  les  auteurs  pourront  en  faire  prendre  copie. 


Le  rédacteur  du  Courrier  de  Vaurjclo.s  est  visible  à  son  bureau  de  midi  à  une  heure  cl  demie. 


Imprimerie  GouvuRMiUH,  G.  Daopeley  à  Nogent-le-hotrou. 


5*  Année. 


N"    17. 


1»'  Décembre  1874. 


QUESTIONS 
GRAMMATICALES 


L  E 


QUESTIONS 
PHILOLOGIQUES 


-^V  \  \\)^  Journal  Semi-Metisuel  "^Jj/i  r\, 

V      \J     CONSACRÉ    A    L*    PROPAGATION     UNIVERSELLE     DE    LA   LANGUE     FRANÇAISE       ^A^ 


ParaUiant    la    1*  «t   le   IS    de   ehaane  moia 


PRIX   : 

Abonnement  pour  la  France.    6  f. 

Idem       pour  l'Étranger  10  f. 

Annonces,  la  ligne  .    .     .    .  50  a 


Rédacteur:  Eman  MARTIN 

ANXIEN     PROFESSEUR      SPÉCI.\L      POUR      LES      ÉTR.\NGERS 

Oflicier  d'Académie 
26,  boulevard  des  Italiens,  Paris 


ON  S'ABONNE 

En  envoyant  un  mandat  sur  la  poste 
soit  au  Rédacteur,  soit  à  l'Admi 
M.  FiscBBACBEB,  33,  me  de  Seine. 


SOMMAIRE.. 

Origine  du  mot  TarUt/fe;  —  Explication  de  Courte  honte;  — 
Comment  une  phrase  renfermant  une  comparaison  d'inégalité 
peut  être  incorrecte  avec  iVe  dans  le  second  membre.  ||  Expli- 
cation du  proverbe  Un  averti  en  vaut  deux;  —  Signification 
littérale  de  l'expression  De  plus  belle.  ||  Passe-temps  gramma- 
tical. Il  Suite  de  la  biographie  de  Vaugelas.  ||  Ouvrages  de 
grammaire  et  de  littérature.  1|  Renseignements  pour  les  profes- 
seurs français.  ||  Concours  littéraires. 


FRANCE 

Première  Question. 
Où  Molière  a-t-il  pris  le  nom  de  tartuffe,  qui  est 
devenu  dans  notre  langue  le  synonyme  de  hïpocbite, 
depuis  qu'il  l'a  appliqué  à  l'un  de  ses  personnages  ? 

Il  règne  à  ce  sujet  trois  opinions  différentes  que  je 
Tais  d'abord  vous  faire  connaitre  et  ensuite  discuter. 

\°  Nos  pères  du  xvi^  siècle  disaient  tartufle  pour 
trufe  ou  trufle,  comme  on  parlait  alors,  et  preuve, 
c'est  que  le  traducteur  français  du  traité  de  Platine 
[De  honesfa  volupfa/e]  a  donné  pour  titre  Des  truffles 
ou  tartulfles  à  l'un  des  chapitres  de  son  livre  IX. 

Or,  comme  nous  avons  employé,  pour  tromper,  le 
verbe  truffer,  que  l'on  suppose  dérivé  de  truffe,  on 
peut  croire  qu'on  a  dit  aussi  tartuffer,  dans  le  même 
sens,  et  que  Molière  a  appelé  son  béros  Tartuffe  pour 
signifier  un  bomme  trompeur  et  non  moins  difficile  à 
pénétrer  que  les  tartuffes  ou  truffes,  qu'on  ne  trouve  et 
ne  découvre  qu'avec  beaucoup  de  difficulté. 

Telle  est  l'opinion  de  Le  Ducbat,  partagée  par  M.  Tas- 
chereau  [Vie  dr  Moliire,  p.  •126,  3''  édition). 

2°  Dans  ses  Œuvres  de  Molière  avec  des  remarques 
grammaticales  (1773),  Bret  s'exprime  ainsi  sur  l'ori- 
gine du  mot  Tartuffe  (tome  IV,  p.  399)  : 

Voici  ce  que  la  tradition  nous  apprend  à  cet  égard  :  Plein 
de  cet  ouvrage  qu'il  tnéditoit,  Molière  se  trouva  un  jour 
chez  le  Nonce  du  Pape  avec  plusieurs  personnes,  dont  un 
marchand  de  truffes,  vint  par  hasard  animer  les  phisio- 
nomies  béates  et  contrites.  Tartu/foli,  Signor  Auntto,  tartuf- 


folil  s'écrioient  les  courtisans  de  l'Envoyé  de  Rome,  en  lui 

présentant  les  plus  belles  Attentif  à  ce  tableau,  qui  peut 
être  lui  fournit  encore  d'autres  traits,  il  conçut  alors  le 
nom  de  son  imposteur  d'après  le  mot  de  Tartu/J'oli,  qui 
avoit  fait  une  si  vive  impression  sur  tous  les  Auteurs  de  la 
scène. 

3°  Du  temps  de  Molière,  il  courait  par  toute  l'Europe, 
à  l'état  de  manuscrit,  un  poème,  le  Malmantile,  ayant 
pour  auteur  Lippi,  ouvrage  plein  de  facéties,  de  pro- 
verbes, de  plaisanteries,  de  locutions  populaires,  de 
mots  du  meilleur  comique,  et  qui  devait  certainement 
être  au  premier  rang  parmi  ceux  dont  Molière  préférait 
la  lecture.  Or,  dans  ce  poème,  à  la  stance  'û  du  livre  xi, 
là  où  il  est  question  du  combat  d'Egène  et  de  Grand- 
Baptiste,  on  trouve  ces  vers  : 

E  tanto  fach'Egeno  il  mal  tartufo 
Manda  con  un  buffeto  a  far  qiierciuolo. 

(Et  fait  tant  qu'Egène  envoie  d'une  cbiquenaude  la 
méchante  truffe  faire  l'arbre  fourchu.) 

Et  lartufo  ne  devait  pas  être  un  mot  forgé  par  Lippi, 
car  Minucci,  qui  a  annoté  le  poème  de  Lippi,  ne  con- 
sacre que  ces  mots  à  Tartufo  :  «  Uomiccittlo  di  caitivo 
animo  »,  ce  à  quoi  il  ne  se  fût  pas  borné  si  tartufo  eiit 
été  un  mot  nouveau,  ou  seulement  inusité. 

D'où  cette  conséquence  tirée  par  Génin  [liécréat.,  I, 
p.  '292i  que  non-seulement  .Molière  n'a  point  inventé 
le  mot  Tartuffe,  mais  qu'il  l'a  pris  tout  fait  dans  l'ita- 
lien vulgaire. 

Reste  maintenant  à  découvrir  parmi  ces  trois  opinions 
celle  qui  est,  ou  la  vraie,  ou  du  moins  la  plus  vraisem- 
blable. 

Première  opinion.  —  Les  objections  ne  manquent 
pas  contre  elle,  et  ces  objections,  comme  on  va  le  voir, 
sont  telles  qu'il  est  bien  difficile  de  l'adopter. 

{a]  Je  n'ai  trouvé  aucun  texte  autorisant  à  croire 
qu'on  ait  jamais  dit.  en  français,  tartuffer  pour  trom- 
per. Alors  comment  Tartuffe  en  viendrait-il? 

[b]  SI  Molière  avait  tiré  de  tarluffrr  le  nom  du  héros 
de  sa  pièce,  ce  personnage  imposteur  aurait  dû  s'ap- 
peler, non  pas  Tartuffe,  mais  bien  Tartuffeur;  et  comme 
ce  mot  n'a  jamais  paru,  du  moins  à  ma  connaissance, 


130 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


dans  un  vocabulaire  de  notre  langue,  il  en  résulte  que 
Tartuffe  peut  difficilement  être  considéré  comme  venu 
de  tarluffrr. 

\c]  Le  Duchat  prétend  que  Molière,  en  prenant  ce  titre, 
a  voulu  indiquer  que  la  pensée  d'un  hypocrite  n'est  pas 
plus  facile  à  découvrir  que  les  truffes.  Mais,  dans  cette 
hypothèse,  Molière,  comparant  sou  héros  à  une  tartuffe, 
aurait  dit,  il  me  semble  : 

Cet  liomme  est  comme  une  iariujfe. 

et,  par  abréviation  : 

C'est  une  tartuffe. 

Or,  il  l'a  appelé  le  Tartuffe,  un  nom  masculin;  ce 
litre  ne  peut  donc  lui  avoir  été  suggéré  par  une  compa- 
raison avec  une  tartuffe  (truffe),  dont  le  nom  est  du 
genre  féminin. 

[d]  Le  Tartuffe  fut  joué  pour  la  première  fois  le 
■12  mai  1664.  Or,  à  cette  époque,  il  y  avait  longtemps 
que  truffe  se  disait  à  l'exclusion  de  tartuffe.  Pourquoi 
Molière,  s'il  voulait  un  titre  faisant  allusion  à  un  végé- 
tal, n'a-t-il  donc  pas  intitulé  sa  pièce  le  Truffe,  expres- 
sion bien  plus  connue  de  ses  contemporains  que  l'autre, 
et  partant,  plus  significative? 

Seconde  opinion.  — Quoiqu'elle  soit  en  quelque  sorte 
confirmée  par  une  variante  que  le  ?iational  a  publiée 
dernièrement,  j'ai  peine  à  croire  que  Tartuffoli,signor, 
Tartuffoli,  soit  l'origine  de  Tartuffe,  et  cela,  pour  deux 
raisons,  qui  me  semblent  militer  avec  succès  contre 
celle  origine  traditionnelle. 

(a)  Le  nom  d'un  personnage  de  théâtre  peut  être  le 
sobriquet  dont  l'auteur  qualifie,  dans  sa  pensée,  un 
personnage  réel  à  cause  d'un  certain  mol  qu'il  lui  a 
entendu  dire  lorsqu'il  l'a  vu  pour  la  première  fois.  Ainsi, 
par  exemple,  un  auteur  comique  en  train  de  composer 
une  pièce  entend  quelqu'un  du  caractère  qu'il  veut 
peindre  employer  ou  prononcer  d'une  façon  singulière 
l'expression  tiéanmoins;  il  lui  sera  certainement  per- 
mis de  se  servir  de  celte  expression  pour  dénommer 
son  personnage.  Mais  cela  ne  se  fait,  je  pense,  que 
si  la  personne  prise  pour  modèle  répète  souvent  et  à 
tout  propos  cette  expression  particulière,  et  produit 
ainsi  une  espèce  d'agacement  sur  l'oreille  de  celui 
qui  l'écoute.  Or,  Molière,  que  l'on  adopte  la  ver- 
sion de  Bret  ou  celle  donnée  par  le  National,  n'aurait 
entendu  qu'une  ou  deu.v  fois  le  mot  tartuffoli,  et 
j'estime  que  ce  n'est  pas  suffisant,  surtout  s'il  était 
amateur  de  truffes,  pour  faire  admettre  qu'il  ait  créé, 
par  désagréable  réminiscence,  le  terme  dont  il  est  ici 
question. 

(b)  Lorsque  le  titre  d'une  pièce  est  donné  d'après  le 
nom  de  l'un  de  ses  personnages,  je  ne  crois  pas  qu'il 
prenne  jamais  l'article  défini  le,  si  ce  personnage  a 
reçu  son  nom  d'une  expression  que  l'auteur  a  entendu 
répéter.  Il  me  semble,  par  exemple,  qu'on  n'intitulerait 
pas  le  Delenda  tme  pièce  dont  le  héros  ferait  allusion 
à  quelqu'un  ayant  toujours  à  la  boMC'be  les  mots  de 
Galon  au  sujet  de  Carthage.  Or,  on  dit,  et  Molière  lui- 
même  a  dit  Ipréface  de  la  première  édition  de  sa  pièce;  : 
le  Tnrtufff.  Il  faut  donc  que  ce  titre  ait  une  autre  origine 
que  l'exclamation  :  Tartuffoli,  tartujfoli! 


Troisième  opinion.  —  Je  ne  vois  qu'une  légère 
objection  à  faire  ici  ;  c'est  que,  dans  la  langue  italienne, 
tartufo  ne  se  prenait  pas  dans  le  sens  d'hypocrite,  que 
le  chef-d'œuvre  de  Molière  a  irrévocablement  imprimé 
à  Tartuffe.  Mais  il  n'est  pas  rare,  je  crois,  de  voir  des 
mots  qui  modifient  ainsi  plus  ou  moins  leur  significa- 
tion en  passant  d'un  idiome  dans  un  autre. 

Chez  les  Latins,  comme  nous  l'apprend  Génin,  le 
champignon,  funç/us,  servait  à  une  métaphore  mépri- 
sante; tartufo,  en  italien,  est  l'abrégé  de  tartufolo, 
Iruffe,  tubercule  que  l'on  considérait,  selon  le  même 
auteur,  comme  une  pourriture  de  la  terre.  Molière  ne 
pouvait  guère  choisir  un  terme  plus  énergique  pour 
flageller,  comme  ils  le  méritent. 

Ces  gens  qui,  par  uns  âme  à  l'intérêt  soumise 
Font  de  dévotion  métier  et  marctiandise. 

Du  reste,  avec  le  mol  pris  dans  Lippi,  tout  s'explique  : 
le  genre  masculin  de  Tartuffe,  parce  que  tartufo  est 
masculin  en  italien;  l'article  défini  le,  parce  qu'en 
italien  ce  mot  se  trouve  em]3loyé  avec  la  même  espèce 
d'article  dans  il  mal  tartufo;  et  en  partie  aussi  la 
signification,  car  tartufo  est  appliqué  dans  Lippi  à 
un  personnage  (un  nain  au  service  du  prince  Matthias 
de  Toscane)  qui  a  tous  les  vices  possibles,  et  notam- 
ment celui  du  libertinage. 

Aussi,  incliné-je  fortement  à  croire,  d'accord  en  cela 
avec  Génin  et  avec  M.  Litlré,  que  c'est  bien  le  tartufo 
de  Lippi  qui  a  fourni  Tartuffe  à  Molière. 

X 

Seconde  Question. 
Ayant  lu  dans  le  Pays  du  27  février  1874  la  phrase 
suivante  :  «  Ces  pauvres  diables  en  seront  pour  leur 
COURTE  HOSTE  j),  je  désirerais  savoir  d'abord  si  cette 
expression  est  bien  française,  et  ensuite,  comment  on 
peut  Vexpliquer.  Agréez  d'avatice  mes  remerciements 
pour  votre  réponse. 

L'expression  courte  honte  existait  dans  notre  langue 
au  xvi"  siècle,  car  je  l'ai  trouvée  dans  la  phrase  sui- 
vante de  Pierre  de  l'Estoile  : 

Mais  voyant  le  Peuple  mutiné  et  armé,  pour  repousser 
la  force  par  la  force,  se  retira  avec  sa  courte  honte. 

(Jourttnt  de  Henri  llî,  vol.  I,  p.  20»,) 

Elle  n'a  pas  cessé  de  s'employer  depuis,  comme  le 
prouvent  ces  exemples  : 
(wii'  siècle) 

Tu  me  vois  avec  ma  courte  honte. 

(Th.  Corneille,  Don  Bert.  de  Cigarrnl,  IV,  «,) 

Qu'il  serait  pris  ainsi  qu'au  trébucliet 
Et  s'enfuirait  avec  sa  courte  honte. 

(La  Fontaine,  Confid.\ 

(xviii«  siècle) 
Pour  laisser  le  marquis  avec  sa  courte  liante. 

(Hauteroche,  Bourg,  de  quai..  III,  I.) 

Le  cliat  court,  mais  trop  tard,  et  bien  loin  de  son  compte, 
N'eut  ni  lard  ni  souris,  n'eut  que  sa  courte  honte. 

(La  Motte, /n««  IV,  8.) 

Par  conséquent,  l'expression  dont  il  s'agit,  en  usage 
au  moins  depuis  trois  siècles,  est  bien  française,  cela 
ne  peut  faire  l'ombre  d'un  doute. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


431 


Quant  à  son  explicalion,  je  vais  essayer  de  vous  la 
donner,  quoique  M.  Liltré  déclare  que  cela  ne  peut  se 
faire  «  avec  quelque  sûreté  »,  attendu  que  ladite  expres- 
sion manque  complètement  d'historique. 

On  emploie  l'expression  courte  honte  pour  signifier 
qu'on  a  échoué  dans  une  tentai ive;  honte  s'explique, 
car  ce  mot  signifie  d'après  Furetière  : 

•  Confusion,  trouble,  pspèce  de  tristesse  mêlée  de  colère 
qui  vient  de  l'opinion  qu'on  a  d'être  blâme  ou  tnép^i^é  des 

autres • 

et  l'on  éprouve  ce  sentiment-là  en  cas  de  non-réussite 
dans  quelque  entreprise. 

Mais  que  fait  là  courte  ?  L'expression  courte  honte 
veut-elle  dire,  comme  le  suggère  M.  Littré,  «  honte  à 
court  délai,  honte  qui  arrive  tout  de  suite  »  ou  bien 
«  une  honle  avec  laquelle  on  demeure  court,  on  est 
arrêté  court  «  ? 

Ni  l'un  ni  l'autre,  à  mon  avis. 

Dans  le  dictionnaire  de  Dominguez,  j'ai  trouvé  qu'en 
espagnol  Rester  avec  sa  courte  honte  se  dit  :  Quedarse 
à  solas  con  sti  poca  vergiienza;  et  comme  l'adjectif 
foca  signifie  court,  de  peu  de  durée,  j'en  conclus  que 
la  locution  courte  honte  veut  dire  tout  simplement 
honte  de  queUiues  instants. 

On  peut,  du  reste,  justifier  cette  explication  sans 
sortir  du  domaine  de  la  langue  française.  En  effet,  nous 
avons  une  autre  expression  plus  populaire  pour  signifier 
la  honle  de  n'avoir  pas  réussi  dans  une  entreprise;  c'est 
Avoir  un  pied  de  nez.  Or,  dans  l'esprit  de  celui  qui 
emploie  celte  dernière  expression,  l'allongement  du  nez 
(signe  de  honte;  ne  dure  qu'un  instant,  le  temps  que 
met  à  se  passer  l'émotion  produite  par  l'échec  éprouvé  ; 
n'esl-il  pas  naturel  alors  que,  pour  exprimer,  sans 
recourir  à  une  figure,  une  honte  qui  également  dure 
peu,  on  l'appelle  une  courte  honte? 

X 

Troisième  Question. 
D'Alembert  a  dit  [lettre  à  Voltaire  du  4  octobre 
4764)  :  «  //  vaut  mieux  tuer  le  diable  que  le  diable  >e 
nous  tue,  »  tandis  que  Mossillon,  d'après  vous  iCoLuniER, 
3°  année,  p.  4  00),  aurait  dit  :  «  //  vaut  mieux  que 
l'innocent  périsse  que  si  toute  la  nation  allai/  .se  révolter 
contre  César.  »  Ces  deux  phrases  renferment  toutes  deux 
une  comparaison  d'inégalité,  ce  qui  exige  généralement 
NE  après  QBE,  et  il  se  trouve  que  celle  qui  a  n'e  est  in- 
correcte, lorsque  celle  qui  ne  l'a  pas  est  correcte.  Com- 
ment expliquez-vous  cela  ? 

Dans  toute  comparaison,  on  supprime  généralement 
après  que  les  termes  communs  aux  deux  membres. 
Ainsi,  au  lieu  de  dire  ; 

J'ccm  aussi  bipn  que  tu  écris. 

Vous  marchez  moiiis  vite  que  je  ne  marche. 

Ils  visent  plus  juste  que  nous  ne  visons. 

on  dit,  en  transformant  le  pronom  sujet  en  pronom  à 
forme  de  régime  et  en  ellipsant  la  négation  avec  le  verbe 
s'il  s'agit  d'une  comparaison  d'inégalité  : 

J'écris  aussi  bien  que  toi. 

Vous  marchez  moins  vite  que  moi! 

Us  visent  plus  juste  que  nous. 


Mais  il  _v  a  un  cas  dans  lequel  cette  simplification  n'est 
pas  possible. 

Quand  le  verbe  répété  est  suivi  d'un  régime  annoncé 
par  la  conjonction  que,  comme  dans  : 

Il  est  moins  rpgrotlable  qu'il  se  soit  ruiné  qu'  [il  ne  se- 
rait regrettable'  ^M'il  se  fût  tué. 

l'ellipse  des  termes  communs  aux  deux  membres, 
termes  mis  ici  entre  parenthèses,  amène  à  la  suite  l'un 
de  l'autre  deux  que,  construction  qui  n'est  pas  admise 
dans  la  langue  moderne,  car  on  ne  peut  pas  dire  : 

Il  est  moins  regrettable  qu'il  se  soit  ruiné  que  qu'il  se 
fût  tue. 

11  faut  alors  remplacer  le  second  (/!/eparla  conjonction 
si,  après  laquelle  on  met  le  présent  ou  l'imparfait  selon 
que  le  verbe  supprimé  est  au  premier  ou  au  second  de 
ces  temps  : 

Il  est  moins  regrettable  qu'il  se  soit  ruiné  que  s'il  s'était 
tué. 

Or,  la  phrase  comparative  de  Massillon,  à  laquelle  la 
règle  de  syntaxe  dont  je  viens  de  parler  a  été  bien 
appliquée,  a  naturellement  perdu  sa  négalion  avec  son 
verbe,  en  quelque  sorte  remplacé  par  si;  mais  il  en  a 
été  autrement  pour  celle  de  D'Alembert,  qui,  en  vertu 
de  la  même  règle,  aurait  dû,  au  lieu  de  conserver  la 
négation,  être  construite  comme  il  suit  : 

Il  vaut  mieux  tuer  le  diable  que  si  le  diable  nous  iuait. 

Et  voilà  comment  il  se  fait  que  de  deux  phrases 
exprimant  une  comparaison  d'inégalité.  Tune  est  fau- 
tive quoique  renfermant  ne,  tandis  que  l'autre  est  cor- 
recte quoique  celte  négation  en  soit  absente. 

ÉTRANGER 

Première  Question. 
Pourrais-je  savoir,  par  votre  journal, d'abord  si,  dans 
le  proverbe  c.\  averti  en  vaut  deux,  le  mot  averti 
siguifie,  comme  quelques-uns  le  disent,  A  verti,  (A 
retourné);  et  ensuite  ce  que  vous  pensez  de  la  double 
forme  de  ce  proverbe,  car  je  trouve  dans  mon  Littré  : 
UN  BON  averti  en  vact  decx? 

11  a  été  donné  plusieurs  explications  de  ce  proverbe. 

^elon  Le  Duchat,  il  a  pour  sens  littéral  qu'un  a  avec 
un  accent  circonfiexe  frer.'ius,  contourné)  vaut  deux  a 
comme  dans  le  mol  dge,  qui  s'écrivait  autrefois  aage. 

Jadis,  d'après  Charles  Nodier,  le  mol  verti  (du  latin 
vertere)  élait  français,  et  voulait  dire  tourné;  et 
comme,  dans  les  signes  conventionnels  de  l'imprimerie, 
un  A  retourné  (y)  valait  deux  A,  on  disait  :  un  A  verti 
en  vaut  deux. 

Dans  ses  Petites  ignorances  de  la  Conversation, 
.M.  Charles  Rozan  a  donné  l'explication  suivante  : 

La  phrase  complète  est  :  un  homme  averti  en  vaut  deux, 
un  homme  prévenu,  sur  ses  g.iides,  est  doublement  fort, 
doublement  en  état  de  prendre  ses  précautions,  ses  me- 
sures. 

Laquelle  de  ces  explications  est  la  vraie? 
Je  ne  crois  pas  que  ce  puisse  être  la  première;  car  je 
n'ari   vu  nulle  part  que  le  participe  latta  versus  ait 


432 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


signifié  contourné,  enveloppé,  pour  ainsi  dire,  d'un 
signe  en  forme  d'arc;  puis,  cela  fûl-il,  il  n'aurait  pas 
toujours  été  vrai,  bien  loin  s'en  faut,  qu'un  a  verti  fiît 
mis  pour  deux  «,  car  combien  û'a  infiniment  plus  nom- 
breux dont  l'accent  circonflexe  n'indique  que  la  sup- 
pression d'une  «.' 

Séduit  par  la  seconde  explication,  j'en  avais  fait 
choix  dans  ma  Sijl/rxie  (explication  des  proverbes); 
mais  je  l'ai  abandonnée  depuis,  parce  que  j'ai  appris 
dans  Roquefort  que  vertir  avait  signifié  tourner, 
changer,  traduire  dune  langue  dans  une  autre;  dans 
Nicot,  venir  dans  quelque  lieu;  dans  Du  Gange,  retour- 
ner d'où  l'on  était  parti;  dans  Trévoux,  s'appliquera 
quelque  chose,  retourner,  sens  qu'il  conservait  encore 
parmi  les  Normands  (l'771),  et  que,  nulle  part,  je  n'ai 
rencontré  ce  verbe  avec  le  sens  de  renverser,  mettre 
sens  dessus  dessous. 

Il  ne  reste  plus  que  la  troisième  explication,  qui  me 
semble  très-naturelle,  et  que,  jusqu'à  preuve  d'erreur, 
je  tiendrai  pour  la  bonne. 

Voyons  maintenant  la  forme  de  l'expression. 

Dans  sa  première  édition  (1694),  l'Académie  disait 
simplement  un  averti  : 

On  dit  proverbialement  Qu'un  adverty  en  vaut  deux 
pour  dire  Qu'en  toutes  sortes  d'affaires,  un  homme  qui  en 
est  instruit  a  un  grand  avantage  sur  un  autre  qui  ne  l'est 
pas. 

Dans  la  seconde  (I7IS),  pour  un  motif  que  je  ne  suis 
pas  parvenu  à  découvrir,  elle  modifia  la  forme  du  pro- 
verbe en  y  introduisant  l'adjectif  bon;  on  trouve  en 
effet  dans  cette  édition  : 

On  dit  proverbialement  qu'Un  averti,  qu'un  bon  averti  en 
vaut  deux,  pour  dire,  etc. 

Cette  double  forme  s'est  maintenue  dans  les  trois 
éditions  suivantes;  mais  dans  la  sixième  (1835),  la 
forme  ancienne  disparaissait,  et  l'Académie  ne  donnait 
plus  que  la  nouvelle  : 

Un  lion  averti  en  vaut  aeux. 

Or,  il  s'agit  de  savoir  si  cette  dernière  leçon  vaut 
autant  que  la  première,  si  elle  vaut  mieux  ou  si  elle 
vaut  moins. 

Quoique  M;  Littré  ne  donne  non  'plus  le  proverbe 
qu'avec  l'adjectif  bun,  je  crois  que  la  première  est  infi- 
niment préférable,  et  pour  des  raisons  que  je  vais  vous 
faire  connaître  : 

i"  Le  sens  du  proverbe  n'est  pas  qu'un  homme  bien 
averti  en  vaut  deux  autres,  mais  seulement  qu'un 
homme  averti  en  vaut  deux  ;  en  d'autres  termes,  qu'on  a 
un  double  avantage  quand  on  est  averti. 

2°  C'est  la  forme  ancienne,  celle  qu'ont  employée  les 
inventeurs  mêmes  du  proverbe,  c'est-à-dire  ceux  qui 
comprenaient  le  mieux  ce  qu'il  doit  signifier;  forme  qui 
a  été  suivie  par  Furetière,  par  Trévoux,  par  Georges 
de  lîacker,  par  Leroux,  etc. 

3"  Dans  les  langues  étrangères  qui  ont  le  même  pro- 
verbe, l'adjectif  6ow  (son  correspondant  je  veux  dire)  ne 
figure  nulle  part  :  il  n'est  ni  dans  l'anglais  fore-icar- 
ned,  fore-aruied  (averti  d'avance,  armé  d'avance),  ni 
dans  l'espagnol,  qui  le  traduit  par  :  el  qur  rsti  avisado 


vale por  dos  (celui  qui  est  averti  en  vaut  deux),  ni  dans 
l'italien,  qui  l'exprime  comme  il  suit  :  uomo  avvisato  è 
mezzo  salvato  (un  homme  averti  est  à  moitié  sauvé),  et 
qui  ne  met  bon  que  lorsqu'il  rend  averti  par  avertisse- 
ment :  un  buon  avvertiinento  ne  val  molli  (un  bon 
avertissement  en  vaut  plusieurs). 

4°  L'adjectif  bo7i  ne  peut  figurer  grammaticalement 
avant  averti^  parce  que  ce  mot  n'est  ni  un  substantif, 
ni  un  participe  employé  comme  substantif;  devant  un 
tel  mot,  on  ne  peut  mettre  qu'un  adverbe,  qui  serait 
bien  dans  le  cas  actuel. 

5°  Le  proverbe  s'exprime  aussi  par  un  homme  averti 
en  vaut  deux;  La  Mésengère  et  Quitard  le  présentent 
sous  cette  forme.  Or,  nul  ne  s'est  jamais  avisé  d'y  faire 
entrer  bien  avant  averti,  ce  qui  prouve  que  ce  terme 
doit  y  paraître  sans  modiflcatif. 

Un  bon  averti  en  vaut  deux,  n'est  point  rigoureuse- 
ment l'équivalent  de  un  averti  en  vaut  deux,  et  déplus, 
l'adjectif  bon  y  constitue  un  barbarisme.  Cette  nouvelle 
forme  est  donc  à  rejeter. 

X 
Seconde  Question. 

Je  trouve  bien  dans  les  dictionnaires  que  l'expression 
DE  PLDS  BELLE  signifie  de  nouveau,  plus  que  jamais,  en 
augmentant  [Littré],  encore  davantage.  Mais  je  n'en 
rois  nulle  part  l'explication  littérale.  Pourriez-vous  la 
donner  ?  Je  suis  persuadé  que  plus  d'un  parmi  vos  lec- 
teurs la  lirait  avec  plaisir. 

Autrefois,  l'idée  adverbiale  de  bien  s'exprimait  en 
français  par  bel,    beau,   ainsi  que  le  montrent  ces 
exemples  : 
(Bel) 

Sa  mère  entra,  si  s'assiet  devant  li; 
Bel  li  pria  :  fille,  prenez  mari. 

(Homancero,  p.  ^3.) 

Bel  et  courtoisement  a  le  roi  salué. 

{Berte,  LXVU.) 

J'ai  mes  petis  enfans  à  qui  je  suis  tenus 

Plus  qu'as  povres  estranges,  ne  qu'as  frères  menus-, 

Je  les  ai  jusque  ci  bien  et  bel  maintenus. 

(J.  de  Meung,  TetC,  355.1 

(Beau) 

0  !  vous  facteurs  parlans  beau  comme  ung  ange, 
D'tionneur  et  loz  donnez  ung  million 
Au  roy  Loys. 

(J.  Marot.  p.  134,  éd.  de  I7i3.) 

Ses  successeurs  voyaus  qu'ils  n'y  gagnoient  rien,  se 
déportèrent  bien  et  beau  de  ceste  obstination. 

(Calvin,  Instit.,  909.) 

Cela  permettait  de  rendre  mieux  sous  la  forme  d'un 
comparatif  régulier;  on  disait  plus  beau  ou  plus  bel, 
comme  le  font  voir  les  citations  suivantes  : 

Ver.s  une  rivière  m'adresce, 
(lue  j'oï  près  d'ilecques  bruire; 
Car  ne  me  soi  aillors  déduire 
Plus  bel  que  sus  celé  rivière. 

{Rom.  de  la  Hose,  vers  107. j 

Et  d^s  lors  recommença  plus  beau  que  devant  i.  siffler. 

iDe»  Périors,  Contts  CXV.) 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


133 


Mais,  par  un  caprice  de  l'usage,  plus  beau  cessa  de 
s'employer,  cédant  la  place  à  plus  bel;  et,  comme  ce 
dernier  se  plaçait  après  le  verbe  en  qualité  d'adverbe, 
on  cruL  probablement  que,  dans  les  phrases  où  il  ligu- 
rail,  le  mol  manière  était  sous-entendu,  ce  qui  induisit 
à  écrire  bel  au  féminin,  et  à  faire  précéder  jj/«s  de  la 
préposition  de  comme  si  l'expression  eût  été  l'abrégé 
de  de  la  plus  belle  manière  : 

Les  corbeaux  recommencèrent  à  crier  arrière  de  plus 
belle. 

(Amyot,  P/ioc.  u,  dans  Uittré.) 
Tant  que  l'ennemy  est  en  pieds,  c'est  à  recommpncer  de 
plus  belle:  ce  n'est  pas  victuire.si  elle  ne  met  fin  à  la  guerre. 

^Montaigne,  1.  35l.) 

Telle  serait,  selon  moi,  l'origine  si  généralement 
ignorée  de  l'expression  de  plus  belle.  Cette  expression 
voudrait  dire,  au  sens  littéral,  mieux,  et  c'est  de  cette 
signiOcalion  fondamentale  que  seraient  dérivées  toutes 
celles  qui  se  trouvent  recueillies  dans  la  question  que 
vous  m'avez  transmise. 

PASSE-TEMPS  GRAMMATICAL. 


Corrections  du  numéro  précédent. 

1°...  qui  se  sont  succédé;  —  2°  c'est  bien  pis  au  village;  — 
3°...  qu'il  a  autre  chose  à  faire  que  de  combattre;  —  4'...  a 
pris  le  chemin  de  l'Italie  en  faisant  station  à  Grenoble;  — 
5"...  participation  à  l'esprit  du  Christ;  —  6'...  ne  laisse  pas 
d'avoir  (pas  de  que)  ;  —  7°. ..n'y  va  pas  par  quatre  chemins  ;  — 
8°...  qu'à  la  question  accessoire;  —  9°...  on  avait  in/ormé 
l'autorité  prussienne;  —  10^..  pour  distinguer  ces  conserva- 
teurs. 

Phrases  à  corriger 
trouvées  pour  la  plupart  dans  la  presse  périodique. 

1°  Quoiqu'il  en  soit,  les  arguments  que  cet  écrivain  judéo- 
ale.xandrin  fait  valoir  pour  prouver  que  les  philosophes 
païens  avaient  mis  à  contribution  les  livres  de  Moïse,  sont 
de  deux  sortes. 

2*  D'une  part,  la  mobilité  avec  laquelle  don  Carlos  change 
ses  généraux  n'a  pas  laissé  que  d'impressionner  défavora- 
blement ses  partisans  les  plus  sincères. 

3*  M.  le  maréchal  est  arrivé  à  Compiègne  à  dix  heures  et 
demie,  après  avoir  déjeuné  en  wagou.  .aussitôt  arrivé,  la 
chasse  a  commencé. 

4°  Les  aspirations  à  l'indépendance  des  nationalités  mi- 
souveraines  et  à  demi-civilisées  qui  occupent  le  cours  infé- 
rieur du  Danube  vont  s'affirmant  chaque  jour  d'une  ma- 
nière plus  prononcée. 

5*  On  aura  beau  dire,  clamait-il,  M.  Thiers  est  le  seul 
diplomate  que  nous  possédions,  et  si  du  maître  nous  pas- 
sons aux  élèves,  on  ne  peut  nier  que  ceux  qu'il  a  faits 
n'aient  déjà  acquis  une  certaine  notoriété. 

6'  En  douter  est  peu  clairvoyant,  s'en  irriter  serait  in- 
juste ;  la  majorité  du  'i4  mai  n'a  pas  été  faite  pour  créer, 
mais  bien  pour  empêcher  qu'on  créât  quelque  chose. 

7°  C'est  ce  que  M.  le  duc  Decazes  a  fait  comprendre  aux 
membres  présents,  en  déclarant  qu'il  acceptait  d'ailleurs 
devant  l'Assemblée  l'entière  re.'^ponsahilité  de  la  politique 
extérieure  qu'il  avait  conseillée  d'adopter. 

8'  Il  n'est  pas  un  personnage  ayant  un  caractère  officiel 
et  gouvernemental  quelconque  qui  songe  à  autre  chose 


qu'à  éviter  la  dissolution  de  l'Assemblée  sur  l'organisation 
du  septennat. 

9'  Nous  avons  conquis,  nous  avons  fait  les  peuples  se 
heurter  les  uns  contre  les  autres;  nous  avons  pétri,  en 
les  écrasant  sous  notre  talon,  les  générations  du  globe. 

[Les  corrections  à  quinzaine.) 
FEUILLETON 


BIOGRAPHIE  DES  GRAMMAIRIENS 

PREMIÈRE  MOITIÉ  DU  XVII*  SIÈCLE. 

VAUGELAS. 

'Suite.  ' 

Arroser.  —  C'est  ainsi  qu'il  faut  dire,  et  non  pas 
arrovser,  quoique  la  plupart  le  disent  et  l'écrivent, 
cette  erreur  étant  née  lorsque  l'on  prononçait  ctiouse, 
coûté,  foussé  pour  chose,  côté,  fossé. 

C'est  chose  glorieuse.  —  On  parlait  encore  ainsi  du 
temps  du  cardinal  du  Perron,  de  Coëffeteau  et  de 
-Malherbe;  mais  tout  à  coup  cette  locution  a  vieilli,  et 
l'on  dit  maintenant  (1647;  c'est  une  chose  glorieuse. 

Quelque  chose.  —  Quoique  chose  soit  féminin,  ces 
deux  mots  font  comme  un  neutre  selon  leur  significa- 
tion ;  voilà  pourquoi  il  faut  dire,  par  exemple,  ai-je  fait 
quelque  chose  que  vous  n'ayez  fait  ?  et  non  pas  que  vous 
n'ayez-  faite. 

Taxer.  —  Ce  mot,  qui  a  été  employé  par  tant  d'excel- 
lents auteurs  anciens  et  modernes  pour  dire  blâmer, 
noter,  reprendre,  n'est  plus  reçu  aujourd'hui  dans  le 
beau  langage. 

Supplier.  —  Bien  que  ce  terme  soit  beaucoup  plus 
respectueux  et  plus  soumis  que  celui  de  prier  (car  il 
faut  àÀTe,  prier  le  ftoi  et  non  suppli?r  le  Boi),  il  ne  faut 
jamais  cependant  dire  supplier  Dieu,  ni  supplier  tes 
Dieux,  comme  le  disent  quelques-uns  de  nos  bons 
écrivains  dans  leurs  traductions  des  livres  anciens.  On 
doit  dire  prier  Dieu,  prier  les  Dieux. 

A  la  réservation.  —  Cette  expression  est  barbare.  Il  y 
a  peu  de  gens  qui  ne  sachent  qu'il  faut  dire  :  à  la 
réserve  de. 

Aller  à  la  rencontre  de  quelqu'un.  —  Celle  phrase, 
quoique  très-commune,  n'est  pas  approuvée  de  ceux  qui 
font  profession  de  bien  écrire. 

Par  après,  en  après.  —  Ces  manières  de  parler  sont 
vieilles,  et  à  leur  place,  on  dit  après  tout  seul. 

Cependant,  pendant.  —  Il  y  a  cette  différence  entre 
les  deux  que  cependant  est  toujours  adverbe,  et  qu'il  ne 
faut  jamais  dire  cependant  que,  tandis  que  pendant 
n'est  jamais  adverbe,  mais  tantôt  conjonction  comme 
dans  pendant  que  vous  ferez  cela,  et  tantôt  prc|)Osition, 
comme  dans  pendant  les  vacations. 

.A  présent.  —  Vaugelas  sait  bien  que  tout  Paris  ledit, 
et  que  la  plupart  de  nos  meilleurs  écrivains  en  usent  ; 
mais  il  sait  aussi  que  cette  façon  de  parler  n'est  point 
de  la  l'our.  On  y  dit  «  celle  heure,  maintenant,  aujour- 
d'hui, en  ce  temps,  présentement. 

A  qui  mieux  mieux.  —  Locution  vieille  et  basse 
(1647),  qui  n'est  plus  en  usage  parmi  les  bons  auteurs, 


4  34 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


ainsi  que  à  qui  mieux,  comme  l'écrivent  quelques-uns. 
Il  faut  dire  «  l'envi. 

Partant.  —  Ce  mot,  qui  semble  si  nécessaire  dans  le 
raisonnement,  et  qui  est  si  commode  en  tant  de  ren- 
contres, commence  néanmoins  à  vieillir  et  à  n'être  plus 
guère  reçu  dans  le  beau  sljle. 

Lors  et  Alors.  —  C'est  mal  parler  que  de  dire,  comme 
font  quelques-uns  de  nos  meilleurs  écrivains,  voijant 
lors  le  péril  dont  il  était  menacé.  Le  maître  des  maîtres, 
Tusage,  enseigne  qu'il  faut  dire  voyant  alors  le  péril,  etc. 

A  peu  près.  —  Quelques-uns  soutiennent  qu'au  lieu 
de  cela  il  faudrait  dire  à  forprès,  et  d'autres  disent  et 
écrivent  à  plus  près,  comme  plus  conforme  à  la  raison 
et  plus  aisé  à  comprendre.  Vaugelas  n'est  pas  de  cet 
avis  ;  car,  outre  qu'il  n'y  a  pas  à  répliquer  contre 
l'usage,  qui  établit  bien  d'autres  manières  de  parler 
contre  la  raison,  il  ne  lui  semble  pas  qu'à  peu  près 
doive  être  mis  au  nombre  de  celles-là. 

Il  en  est  des  hommes  comme  de  ces  animaux.  —  Cette 
forme  de  comparaison  est  très-française  et  très-belle  ; 
mais  il  y  a  une  chose  à  laquelle  nos  meilleurs  écrivains 
sont  accoutumés  de  manquer  ;  c'est  qu'ils  disent  il  en 
est,  quand  il  faut  ôter  le  mot  en. 

Revêtant,  Revêtissant.  —  Il  faut  dire  revêtant,  parce 
que  le  «  participe  actif  »  se  forme  de  la  première  per- 
sonne plurielle  du  présent  de  l'indicatif,  en  changeant 
ons  en  ant. 

Humilité.  —  L'usage  de  ce  mot,  dans  notre  langue, 
est  purement  chrétien,  et  ne  signifie  point  du  tout  ce 
que  humilitas  veut  dire  en  bon  latin,  les  anciens 
«  Payens  »  ayant  si  peu  connu  celte  vertu  chrétienne. 

Rimes  dans  la  prose.  —  Il  faut  avoir  grand  soin 
d'éviter  les  rimes  en  prose,  car  elles  y  sont  un  grand 
défaut  ;  et  ce  n'est  pas  assez  de  les  éviter  dans  les 
cadences  des  périodes,  ou  des  membres  d'une  période, 
il  faut  les  éviter  dans  les  mots  rapprochés  les  uns  des 
autres  comme,  par  exemple,  dans  il  entend  pourtant 
avant  toutes  choses,  davantage  de  courage,  etc. 

Exact,  Exactitude.  —  Plusieurs  écrivent  exacte  au 
masculin  ;  c'est  très-mal,  il  faut  exact.  Quant  à  exacti- 
tude, c'est  un  m.ot  que  Vaugelas  «  a  vu  niiître  comme 
un  monstre  »,  tout  le  monde  criant  contre  lui  ;  mais  il 
avait  prévu  qu'on  «  s'y  a[)privoiserail  »  parce  que  c'élail 
un  mot  nécessaire. 

Mânes.  —  Il  faut  prendre  garde  de  l'employer  comme 
les  Latins,  pour  signifier  les  Dieux  infernaux;  il  ne 
s'emploie  dans  notre  langue,  ni  en  poésie  ni  en  prose, 
que  dans  la  signification  de  âme  d'une  personne. 

Souloit.  —  Quoique  ce  mot  (imparfait  du  verbe  sou. 
loir,  avoir  coutume)  soit  vieux,  il  serait  fort  à  souhaiter 
qu'il  fût  encore  en  usage  parce  que  l'on  a  souvent  besoin 
d'e.x|irimcr  ce  qu'il  signifie. 

Autant.  —  Quand  ce  mot  est  comparatif,  il  demande 
que  après  lui,  et  non  pas  comme,  qu'emploient  ;i  tort 
une  iiiliiiité  de  gens. 

Oui.  —  Vaugelas  ne  peut  comprendre  pourquoi  ce 
mol  vcul  que  l'on  prononce  celui  qui  le  précède  «  tout 
de  même  »  que  s'il  y  avait  un  h  consonne  devant  oui, 


el  que  l'on  écrivit  houi.  Ainsi,  quoique  l'on  écrive  cet 
oui,  on  prononce  ce  oui. 

Innumerable,  Innombrable.  —  Du  temps  du  cardinal 
du  Perron  el  de  M.  Coëffeteau,  on  disait  toujours  inn.u- 
merable,  et  jamais  innombrable  ;  maintenant  (1647), 
c'est  le  contraire,  on  dit  innombrable  et  non  innume- 
rable. 

Mêmement.  —  Il  y  a  25  ans  (1647),  il  passait  déjà 
pour  vieux  ;  on  disait  mêmes  à  sa  place.  Il  n'a  pas  été 
rajeuni. 

De  deçà.  De  de-là.  —  Il  y  en  a  qui  disent  les  nou- 
velles de  de  deçà  ;  il  faut ,  en  mettant  un  de  de  moins, 
dire  les  nouvelles  de  deçà. 

Affaire.  —  Ce  mot  est  toujours  féminin  à  la  Cour  et 
dans  les  bons  auteurs;  au  Palais,  on  l'a  toujours  fait 
masculin  jusqu'ici,  mais  les  jeunes  avocats  commencent 
à  le  faire  féminin. 

Bénit,  béni.  —  Tous  deux  sont  bons  ;  mais  ils  s'em- 
ploient différemment.  Bénit  semble  être  consacré  aux 
choses  saintes.  On  dit  à  la  Vierge  :  Tu  es  bénite  entre 
toutes  les  femmes  ;  on  dit  de  l'eau  bénite,  du  pain  bénit, 
un  cierge  bénit.  Mais  hors  de  là,  on  emploie  toujours 
be7ii  et  bénie. 

Dépenser,  dépendre.  Tous  deux  sont  bons,  car  ils 
se  disent  el  s'écrivent  tous  les  jours,  avec  cette  diffé- 
rence pourtant  que  dépenser  était  autrefois  plus  en 
usage  à  la  Cour  que  dépendre,  el  qu'aujourd'hui,  au 
contraire,  on  y  dit  plutôt  dépendre  que  dépenser.  Ce 
dernier  est  maintenant  plus  usité  à  la  Ville. 

Guigner  la  bonne  grâce.  —  C'est  une  faute  ;  on  doit 
dire  guigner  les  bonnes  grâces,  car  bontie  grâce,  au  sin- 
gulier, signifie  autre  chose  qu'au  pluriel. 

Délice.  —  Beaucoup  de  gens  disent  c'est  un  délice  ; 
mais  c'est  une  façon  de  parler  très-basse.  Délice  ne  se 
dit  point  dans  le  beau  langage  autrement  qu'au  pluriel, 
nombre  auquel  il  est  féminin. 

Guarir,  guérir,  sarge.  —  Autrefois,  on  disait  plutôt 
guarir  que  guérir  ;  mais  ceux  qui  parlent  el  écrivent 
bien  disent  guérir.  —  Toute  la  ville  de  Paris  dit  serge, 
el  toute  la  Cour  dit  sarge. 

A  travers,  au  travers.  —  Tous  deux  sont  bons  ;  mais 
au  travers  est  beaucoup  meilleur  el  plus  usité. 

A  rencontre.  —  Ce  terme  est  purement  du  Palais,  où 
il  s'emploie  comme  préposition  et  comme  adverbe  ; 
mais  il  ne  se  trouve  point  dans  les  bons  auteurs,  et  ne 
se  dit  jamais  à  la  Cour. 

//  fut  fait  mourir.  —  Cette  façon  de  parler  est  très- 
ordinaire  le  long  de  la  Loire  el  dans  les  provinces  voi- 
sines pour  dire  :  //  fxit  exécuté  à  murt .  La  noblesse 
du  pays  l'a  ajiporlée  à  la  Cour,  où  plusieurs  l'emploient 
aussi,  et  Coëfi'eteau,  qui  était  du  Maine,  en  a  usé  égale- 
ment. Celte  locution  se  trouve  en  italien.  Malgré  cela, 
elle  est  condamnée  par  tous  ceux  qui  font  profession  de 
bien  parler  et  de  bien  écrire. 

Encore.  —  Qu'on  emploie  toujours  celle  orthographe, 
mais  jamais  encor  ni  cncores. 

[La  suite  au  prochain  numéro.) 
Le  RKUACTEDa-GÉBANT  :  Ema«  MARTIN. 


LE  COURRIER   DE   VAUGELAS 


133 


BIBLIOGRAPHIE 


OUVRAGES     DE     GRAMMAIRE     ET     DE     LITTÉRATURE 


Publications  de  la  quinzaine 


Un  Prêtre  marié  ;  par  Jules  Barbey  d'Aurevilly.  3"  édi- 
tion. ln-12,  /|36  p.  Paris,  lilx  Palmé. 

Trente  ans  dans  les  harems  d'Orient.  Souvenirs 
intimes  de  Melek-Hanum,  femme  de  S.  A.  le  grand-vizir 
Kibrizli-Mehemet-Pacha.  18Z|0-1870.  In-18  jésus,  i\-36/i  p. 
et  port.  Paris,  lib.  Dentu.  3  fr.  50. 

Les  Pensées;  par  Biaise  Pascal.  Edition  revue.  Iq-8', 
237  p.  Limoges,  lib.  E.  Ardant  et  Cie. 

Mademoiselle  de  Cérignan  ;  par  Maurice  Sand.  In-i8jé- 
sus,  363  p.  In-18  Jésus.  Paris,  lib.  Michel  Lévy  frères.  3 fr.  50. 
Trois  mois  de  vacances  ;  par  Mme  iNanine  Souvestre. 
7=  édition.  In-12,  'J87  p.  et  grav.  Tours,  lib.  Mame  et  fils. 
Les  Enfants  du  capitaine  Grant,  Voyage  autour 
du  monde;  par  Jules  Verne.  3"  partie.  Océan  pacifique. 
9'  édition.  In-18  jésus,  292  p.  Paris,  lib.  Hetzel  et  Cie.  3  fr. 
La  Poésie,  études  sur  les  chefs-d'œuvre  des  poètes 
de  tous  les  temps  et  de  tous  les  pays  ;  par  Paul  Albert, 
maître  de  conférences  à  lEcole  normale  supérieure.  3'  édi- 
tion. In-8°,  i02  p.  Paris,  lib.  Hachette  et  Cie.  5  fr. 

Nouvelle  Grammaire  française  fondée  sur  l'histoire 
de  la  langue,  à  l'usage  des  établissements  d'instruction 
secondaire;  par  Auguste  Brachet,  professeur  à  l'Ecole  poly- 
technique. In-12,  xix-2/(8  p.  Paris,  lib.  Hachette  et  Cie. 
1  fr.  50. 

Histoire  de  la  littérature  française  depuis  ses  ori- 
gines jusqu'à  nos  jours;  par  J.  Demogeot,  ancien  pro- 
fesseur de  rhétorique  au  lycée  St-Louis.  14' édition,  aug- 
mentée d'un  appendice,  contenant  l'indication  des  princi- 
pales œuvres  littéraires  publiées  depuis  1830  jusqu'en  187û. 
In-18  jésus,  xiv-702  p.  Paris,  lib.  Hachette  et  Cie.  h  fr. 


Une  femme  capricieuse;  par  Mme  Emilie  Carlen. 
Traduit  du  suédois  par  Mlle  R.  du  Puget.  T.  2.  In-18  jésus, 
Zi32  p.  Paris,  lib.  Garnier  frères. 

Nouveaux  contes  bleus  ;  par  Edouard  Laboulaye,  de 
l'Institut.  Briam  le  fou.  Petit  bonhomme  gris.  Deux  exor- 
cistes. Zerbin.  Pacha  berger.  Perlino.  Sagesse  des  nations. 
Château  de  la  vie.  2«  édition.  In-18  jésus,  326  p.  Paris, 
impr.  Raçon  et  Cie.  3  fr.  50. 

Histoire  de  Manon  Lescaut  et  du  chevalier  Des 
Grieux  ;  par  l'abbé  Prévost.  Précédée  d'une  étude  par 
Arsène  Houssaye.  Six  eaux-fortes  par  Hédoin.  Première 
partie,  ln-16,  xxxii-180  p.  Paris,  lib.  des  Bibliophiles. 

La  Diva  tirelire  ;  par  Léopold  Stapleaux.  In-18  jésus, 
.367  p.  Paris,  lib.  Dentu.  3  fr. 

Extraits  des  Contes  d'un  grand-pére  ;  par  Walter 
Scott.  Publiés  avec  une  introduction  et  des  notes  par 
A.  Talandier,  professeurau  lycée  HenrilV.  In-16,  viii-l75p. 
Paris,  lib.  Hachette  et  Cie.  1  fr.  50. 

Les  Serées  de  Guillaume  Bouchet,  sieur  de  Brécourt, 
avec  notice  et  index,  par  C.  E.  Roybet.  T.  3.  In-12,  319  p. 
Paris,  lib.  Lemerre.  7  fr.  50. 

Les  Compagnons  du  Roi;  par  Albert  Delpit.  In-18 
jésus;  426  p.  Paris,  lib.  Dentu.  3  fr. 

Paris,  suite  du  Paradis  des  femmes  ;  par  Paul 
Féval.  2"  édition.  In-18  j.-sus,  /|88  p.  Paris,  lib.  Dentu.  3  fr. 

Histoire  de  la  littérature  française,  depuis  son 
origine  jusqu'à  la  Renaissance  ;  par  Charles  Gidel, 
professeur  de  rhétorique  au  lycée  Fontanes.  Petit  in-12, 
Zi76  p.  Paris,  lib.  Lemerre.  2  fr.  50. 


Publications   antérieures  : 


DE  LA  FORMATION  DES  ANCIENS  NOMS  DE 
LIEU,  traité  pratique  suivi  de  remarques  sur  des  noms  de 
lieu  fournis  par  divers  documents.  —  Par  J.  Quicherat.  — 
Petit  10-8°.  —  Paris,  librairie  A .  Franck,  67,  rue  Richelieu. 


ŒUVRES  COMPLÈTES  DE  :\IELIN  DE  SAINCT- 
GELAYS,  avec  un  commentaire  inédit  de  B.  de  la  Mon- 
noye,  des  remarques  de  MM.  Emm.  Philippes-Beaulieux, 
R.  Dezeimeris,  etc.  Edition  revue,  annotée  et  publiée  par 
Prosper  Blanchemain.  —  T.  2.  —  In-16,  365  p.  —  Paris, 
librairie  ûaffis,  9,  rue  des  Deaux-.Arts. 


LE  GRAND  TESTAMENT  DE  VILLON  ET  LE  PE- 
TIT. Son  Codicille.  Le  Jargon  et  ses  ballades,  aussi  le 
rondeau  que  ledit  Villon  fist  quand  il  fust  jugé  à  mort,  et 
la  requeste  qu'il  bailla  k  Messeigneurs  de  Parlement  et  à 
Monseigneur  de  Bourbon.—  111.  —  In-16,  120  p.  —  Lille, 
imprimerie  Six-Hormans. 


CHRONIQUES  DE  J.  FROISSARD,  publiées  par  la 
Société  de  l'histoire  de  France,  par  Siméon  Luce.  T.  5. 
1356-1360. Depuis  les  préliminaires  de  la  paix  de  Poitiers 


jusqu'il  l'expédition  d'Edouard  III  en  Champagne  et  dans 
l'Ile-de-France.  —  In-8°,  lxxi-Zi36  p.  —  Paris,  librairie 
V  J.  Renouard.  —  Prix  :  9  francs. 


L  INTERMÉDIAIRE  DES  CHERCHEURS  ET  DES 
CURIEUX.  —  En  vente  à  la  librairie  Sandoz  et  Fischba- 
clier,  33,  rue  de  Seine,  à  Paris.  —  Prix  :  i'*  année,  15  fr.; 
2"!  année,  10  fr.;  3"  année,  12  fr.;  4=  année,  8  fr.;  5=  année, 
12  fr.  —  Chaque  année  se  vend  séparément.  —  Envoi 
franco  pour  la  France. 


DU  DIALECTE  BLAISOIS  et  de  sa  conformité  avec 
l'ancienne  langue  et  l'ancienne  prononciation  française. — 
Thèse  présentée  à  la  faculti^  des  lettres  de  Paris,  par  F. 
T.\LBt;nT,  professeur  de  rhétorique  au  prytanée  militaire  de 
La  Flèche.  —  Paris,  Ernest  Tliorin,  éditeur,  libraire  du 
Collège  de  France  et  de  l'Ecole  normale  supérieure,  7,  rue 
de  Médicis. 


CHANSONS  POPULAIRES  DE  LA  FRANCE,  AN- 
CIENNES ET  MODERNES,  classées  par  ordre  chrono- 


436 


LE  COURRIER  DE   VAUGELAS 


logique  et  par  noms  d'auteurs,  avec  biographie  et  notices. 
—  Par  Louis  Montjoie.  —  In-32.  —  Paris,  librairie  Gar- 
nier  frères,  6,  rue  des  Saints-Pères. 


LE  CYMBALUM  MUNDI,  précédé  des  Nouvelles  re- 
créations et  joyeux  devis  de  Bo.n.wenture  des  Periers.  — 
Nouvelle  édition,  revue  et  corrigée  sur  les  éditions  origi- 
nales avec  des  notes  et  une  notice.  —  Par  P.-L.  Jacob, 
bibliophile.  —  Paris,  Adolphe  Delahays,  éditeur,  à-6,  rue 
Voltaire.  —  Prix;  ia-16  :  5  fr.  ;  in-8»  :  2  fr.  50. 


LA  VRAIE  HISTOIRE  DE  FRANCION,  composée  par 
CHARLEsSoREL,sieurdeSouvigny.  — Nouvelle  édition,  avec 
avant-propos   et  notes  par   Emile   Colombay.    —    Paris, 


Adolphe  Delahays,  éditeur,  /i-6,  rue  Voltaire. 
5fr.;  in-18  Jésus,  2  fr.  50. 


• ln-16 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS  (première,  seconde, 
troisième  et  quatrième  année).  —  En  vente  au  bureau  du 
Courrier  de  Vaugelas,  26,  boulevard  des  Italiens.  —  Prix 
de  chaque  année,  broché,  6  fr.  —  Envoi  franco  pour  la 
France,  l'Algérie  et  l'Alsace-Lorraine. 


PROPOS  RUSTIQUES,  BALIVERNES,  CONTES  ET 
DISCOURS  D'EUTRAPEL.  —  Par  Noël  du  Fail,  seigneur 
de  la  Hérissaye,  gentilhomme  breton.  —  Edition  annotée, 
précédée  d'un  essai  sur  Noël  du  Fail  et  ses  écrits.  —  Par 
Marie  Guichard.  —  Paris,  librairie  Charpentier,  19,  rue  de 
Lille. 


RENSEIGNEMENTS 
Pour  les  Français  qui  désirent  aller  professer  leur  lang^ue  à  l'étranger. 


L 

Les  Professeurs  de  français  désirant  trouver  des  places  en  Angleterre  peuvent  s'adresser  en  toute  confiance  au 
Secrétaire  du  Collège  des  Précepleurs,  /|2,  Queen  Square  à  Londres,  W.  C,  qui  leur  indiquera  les  formalités  à  remplir 
pour  se  faire  inscrire  sur  le  registre  des  demandes  d'emploi  ouvert  dans  cet  établissement. 

II. 

Sous  le  titre  de  Revue  aytglo- française,  il  paraît  à  Brigthon  une  publication  mensuelle  dont  le  directeur,  le  Révérend 
César  Pascal,  se  charge  de  procurer  gratis,  pour  I'Angletebre  ou  le  Continent,  des  places  de  professeur  et  d'institutrice  à 
ceux  de  ses  abonnés  qui  se  trouvent  munis  des  recommandations  nécessaires.  —  L'abonnement  est  de  10  fr.  pour  la 
France,  et  il  se  prend  à  Paris  chez  MM.  Sandoz  et  Fischbacher,  libraires,  33,  rue  de  Seine,  ou  à  la  librairie  Grassart, 
2,  rue  de  la  Paix. 


CONCOURS    LITTERAIRES. 


Appel  aux  Prosateurs. 
L'Ac.\DÉMiE  française  proposc  pour  le  prix  d'éloquence  à  décerner  en  1876  un  Discours  sur  le  génie  de  Rabelais, 
sur  le  caractère  et  la  portée  de  son  œuvre.  —  Les  ouvrages  adressés  au  Concours  seront  reçus  au  secrétariat  de 
l'Institut  jusqu'au  15  février  1876,  terme  de  rigueur,  et  Ils  doivent  parvenir  francs  de  port.  —  Les  manuscrits 
porteront  chacun  une  épigraphe  ou  devise  qui  sera  répétée  dans  un  billet  cacheté  joint  à  l'ouvrage;  ce  billet  contiendra 
le  nom  et  l'adresse  de  l'auteur,  qui  ne  doit  pas  se  faire  connaître.  —  On  ne  rendra  aucun  des  ouvrages  envoyés  au 
Concours,  mais  les  auteurs  pourront  en  faire  prendre  copie  s'ils  en  ont  besoin. 


Appel  aux  Poètes. 


Le  prix  de  poésie  fondé  par  M.  le  docteur  Andrevetan,  avec  l'aide  de  la  ville  d'Annecy  (200  francs),  sera  décerné  par 
la  Société  Florimontane  en  juillet  1875.  —  Les  auteurs  devront  déclarer  par  écrit  que  leurs  envois  sont  inédits  et 
n'ont  été  présentés  à  aucun  autre  concours.  —  Tout  auteur  qui  se  ferait  connaître  serait  exclu  :  les  envois  porteront 
une  épigraphe  qui  sera  répétée  h  l'extérieur  d'un  billet  cacheté,  indiquant  le  nom  et  le  domicile  de  l'auteur.  — 
Sont  seuls  admis  à  concourir:  1°  les  Français,  excepté  les  membres  effectifs  de  la  Société  Florimontane;  2»  les 
étrangc-rs,  membres  effectifs  ou  correspondants  de  cette  Société.  —  Les  manuscrits  devront  être  adressés  au  Secrétaire 
de  la  Société  Florimontane,  avant  le  l""-  juillet  1875.  —  Ils  resteront  déposés  aux  archives  de  ladite  Société,  où  les 
auteurs  pourront  en  prendre  connaissance.  —  Le  sujet,  laissé  au  choix  des  concurrents,  ne  peut  être  traité  en  moins 
de  cent  vers. 


L'Académie  française  donne  pour  sujet  du  prix  de  poésie  à  décerner  en  1875  :  Livingstone.  —  Le  nombre  des  vers 
ne  doit  pas  excéder  celui  de  deux  cents.  —  Les  pièces  de  vers  destinées  à  concourir  devront  être  envoyées  au  secré- 
tariat do  l'Institut,  franches  de  port,  avant  le  15  février  1875,  terme  de  rigueur.  —  Les  manuscrits  porteront  chacun 
une  épigraphe  ou  devise  qui  sera  répétée  dans  un  billet  cacheté  joint  h  l'ouvrage;  ce  billet  contiendra  le  nom  et 
l'adresse  de  l'auteur,  qui  ne  doit  pas  se  faire  connaître.  —  On  ne  rendra  aucun  des  ouvrages  envoyés  au  concours, 
mais  les  auteurs  pourront  en  faire  prendre  copie. 

IjC  réiiacleiir  du  Courrier  de  Vnuiichis  csl  visible  à  son  bureau  de  midi  à  une  heure  et  demie. 


Imprimerie  Gouvbhneur,  G.  Daupeley  à  Nogent-le-Rotrou. 


6'  Année. 


N°    18. 


15  Décembre  1874. 


QUESTIONS 
GRAMMATICALES 


LE 


^^ 


^\^^ 


^"^ 


DE 


QUESTIONS 

PHILOLOGIQUES 


Journal  Semi-Mensuel 


CONSACRÉ    A    LA    PROPAGATION     UNIVERSELLE     DE    LA   LANGUE     FRANi; 
Paraiaaant    la    I»  et    le    1 S    de   eha«ae   mois 


PRIX   : 

Rédacteur:  Emàn  MARTIN 

ON  S'ABONNE 

Abonnomcnt  pour  la  France.    6  f. 

Idem        pour  l'Étranger   10  f. 

Annonces,  la  ligne  .     .     .    .  50  c. 

ANXIEN     PROFESSEUR      SPF,GI.\L      POCR      LES      ÉTRANGERS 

Oflicier  d'Académie 
26,  boulevard  des  Italiens,  Paris. 

En  envoyant  un  mandat  sur  la  poste 
soit  au  Rédacteur,   soit  à   l'Adm' 
M.  FiscHBACHEH,  33,  rue  de  Seine. 

SO.MMAIRE. 

Trois  communications;  —  Étjmologie  de  Écrevisse;  —  Justifica- 
tion de  Tendre  comme  la  rosée;  —  Emploi  de  l'impersonnel 
Il  chaut;  —  Différence  entre  Arriver  comme  Mars  en  carême 
et  Arriver  comme  marée  en  carême;  —  Explication  de  A  qui 
mieux  mieux;  —  DifTérence  entre  Ascension  et  Assompli'in; 
—  Origine  de  Pantalon  pour  désigner  un  homme.  1|  Si  Com- 
pliment peut  se  dire  quand  il  arrive  un  malheur  à  quelqu'un.  || 
Passe-temps  grammatical.  ||  Suite  de  la  biographie  de  Vauge- 
las.  Il  Ouvrages  de  grammaire  et  de  littérature.  ||  Renseigne- 
ments pour  les  professeurs  français.  ||  Concours  littéraires. 


FRANCE 


CO.M.MUNICATIONS. 
1. 
Le  7  novembre,  M.  Georges  Garnier  m'a  adressé  de 
Por[-en-Bessin  une  liste  devant  compléter  celle  que  j'ai 
donnée  dans  mon  numéro  ^^.  Je  m'empresse  de  la  pu- 
blier en  faisant  suivre  d'un  astérisqtie  les  gentilés  qui 
diffèrent  plus  ou  moins  des  miens. 
A. 
Mais,  les  Alësiens ;  klet,  les  Alétiens;  Angoulème,  les  An- 
goulémiens';  Apt,   les  Aptésiens;  Andelys,  les  Andelysiens: 
Arbois,  les  Arboisiens';  Arras,  les  Atrébatiens. 
B,  C. 
Brives,  les  Brivois:  Bazas,  les  Bazadois;  Bourges,  les  Bitu- 
rigiens;  Cahors,  les  Cahorsais*  ou  Cadurques'. 
E. 
Eu,  les  Augiens';  Elbeuf,  les  Elbouviens*. 

G. 
Grandcatnp,   Ips  Grandcampois:  Gy,  les  Gyssiens:  Guèret, 
les  Guéretins  ou  Guérétains. 

H,  J,  L. 
Le  Havre,  les  Haïrais;  Jussey,  les  Jusséens;  Limoges,  les 
Lémoviciens' . 

M,  N,  G. 
Meaux,  les  Meldéens;  Mirebeau,  les  Mirebalais;  Nantua,  les 
Nantiiéens  ou  yantuains;  Ornans,  les  Ornansais. 
P. 
Poitiers,  les  Piclaviens;  Périgueux,  les  Pêlricoriens;  Port-en- 
Bessin,  les  Portais;  Pont-Audemer,  les  Pont-Audomariens ; 
Paimbeuf,  les  Paimbouviens. 

U,  R. 
Quillebeuf,  les  Quillebouviens ;  Rennes,  les  Rédoniens*;  Ro- 
dez, le&Rutèniens*. 


S. 
Séez,  les  Sagiens  ou  Séens':  Saint-Brieuc,  les  Saint-Brio- 
siens';  les  Sables-d'Olonne,  les  ùlonnais;  Saintes,  les  Sain- 
tons;  Saint-Denys,  les  Saitit-Dyonisiens;  Sceaux,  les  Scéens; 
Saint-Germain,  les  Saint-Germainiens';  St-Vaast,  les  Valais; 
Saint-Jean-de-Losne,  les  Lônois. 
T,  V. 
Tréguier,  les  Trécoriens* ;  Vannes,   les   Venètes*  ou  Van- 
nais'; Vernon,  les  Vemonais.  ' 

Grâce  à  cette  communication,  dont  je  ne  saurais  trop 
remercier  l'auteur,  il  va  m'étre  permis  de  répondre 
prochainement,  et  plus  complèlemnt  que  je  n'aurais  pu 
le  faire  sans  elle,  à  l'intéressante  question  que  -M.  Fille- 
min  a  bien  voulu  madresser. 
II. 

En  me  réclamant  le  numéro  3,  qui  ne  lui  était  pas 
parvenu  quoique,  pour  plus  de  sûreté,  je  le  lui  eusse 
adressé  moi-même,  un  nouvel  abonné,  .M.  Ernest  David, 
m'a  écrit  ce  qui  suit  au  sujet  d'une  «  inconséquence  » 
dont  je  me  serais  rendu  coupable  : 

Je  profite  de  celte  lettre  pour  vous  signaler  une  légère 
inconséquence  dans  le  Courrier.  Unns  plusieurs  endroits, 
vous  dites  avec  raison  que  l'on  ne  doit  pas  se  servir  de  que 
dans  la  plirase  :  «  Ceci  ne  laisse  pas  que  d'être  »  et  qu'il 
faut  dire:  «  Ceci  ne  laisse  pas  d'être.  »  Mais  dans  votre 
n*  17,  1"  juin  1870,  p.  13'2,  vous  avez  laissé  passer  cette 
phrase  :  «  Ce  qui  ne  laisse  pas  que  d'être  indifférent  ».  Je 
ne  pense  pas  que  ce  soit  une  coquille  du  compositeur.  Un 
mot  d'explication,  je  vous  prie,  dans  le  prochain  numéro 
de  votre  excellent  journal. 

Mon  explication  sera  bien  simple. 

Pendant  longtemps,  moi  aussi,  j'avais  cru  qu'on  pou- 
vait dire  ne  pas  laisser  que  de,  et  je  le  croyais  encore 
quand  j'ai  rédigé  le  numéro  du  Courrier  de  Vaugelas 
en  question.  J'ai  écrit  en  ^870  : 

Ce  qui  ne  laisse  pas  que  d'être  indiffèrent. 

.Mais  en  décembre  1873,  la  question  de  savoir  s'il 
faut  que  dans  cette  phrase  et  autres  analogues  m'ayant 
été  soumise,  je  l'ai  résolue  avec  abondance  de  preuves 
dans  le  sens  de  la  suppression  do  que;el  depuis  lors, 
pour  être  conséquent,  j'ai  signalé  que  après  laisser 
comme  une  faute. 

Je  remercie  sincèrement  .M.  Ernest  David  de  lire  si 
atlenlivemenl  ma  petite  feuille,  et  surtout  de  vouloir 


<38 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


bien  prendre  la  peine  de  m'indiquer  les  erreurs  que  je 
puis  y  commettre. 

III. 
Le  9  du  mois  dernier,  je  recevais  d'un  littérateur- 
grammairien    (deux   termes  dont    le   premier  devrait 
toujours,    il   me  semble ,   impliquer  le  second)   cette 
critique  générale  de  la  5^  année  du  Courrier  de  Vau- 

yelas  : 

Monsieur  et  cher  confrère, 

J'ai  le  regret  tie  vous  dire  que  votre  réponse  à  ma  ques- 
tion sur  l'emploi  du  mot  de  dans  «  il  y  en  avait  de  brunes...  » 
ne  m'a  pas  entièrement  satisfait.  «  Si  au  lieu  de  qui  étaient, 
on  met,  dites-vous,  le  mot  de...  n.  Eh  bieni  mais  si  on  met- 
tait le  mot  des,  comme  font  certains  écrivains,  qu'arrive- 
rait-il? Bemarquez  que,  dans  la  première  phrase,  vous 
avez  des  princesses  et  non  de  princesses. 

Le  défaut  de  votre  explication,  c'est  qu'elle  est  fondée 
sur  une  supposition.  Je  préfère  celle  de  M.  Baudry,  l'au- 
teur de  la  Grammaire  comparée  du  sanscrit,  du  grec  et  du 
latin,  qui  me  disait  hier  que  la  suppression  de  l'article 
tenait  surtout  à  ce  que  de  précédait  immédiatement  l'ad- 
jectif. 

J'ai  lu  avec  intérêt  la  collection  des  numéros  du  Cour- 
rier de  Vaugelas  que  vous  m'avez  adressée.  Je  goûte  le  plus 
souvent  les  raisons  que  vous  donnez  des  choses-,  mais  per- 
mettez-moi de  vous  confier  que  je  ne  suis  pas  de  votre 
avis  sur  certaines  phrases  interjetées  dont  il  est  question 
dans  votre  n°  7. 

Vous  trouvez  qu'il  n'est  pas  nécessaire  de  chercher  des 
synonymes  à  Dire.  Vous  en  parlez  bien  à  votre  aise.  Si  vous 
écriviez  des  romans,  vous  sentiriez  l'ennui  que  cause  dans 
le  dialogue  la  perpétuelle  répétition  de  dit-il  avec  ou  sans 
le  participe  précédé  de  en,  qui  rend  la  phrase  si  lourde  et 
si  languisfante.  Le  verbe  Dire  donne  alors  autant  de  tabla- 
ture que  le  verbe  Avoir,  le  verbe  Faire  et  le  verbe  Être  qui, 
au  dire  de  Dumas  fils  (préface  générale  de  son  Théâtre  com- 
plet), d  décourageraient  les  plus  braves.  » 

Vous  ne  voulez  pas  de  s'exclamat-il.  Pourquoi?  Remarquez 
ciue  s'exclama-t-il  est  formé  exactement  comme  s'écria-t-il, 
qui,  pas  plus  que  lui,  n'a  le  régime  qui  lui  convient,  et  qu'il 
ajoute  une  nuance  â  1  idée,  comme  doit  le  faire  tout  bon 
synonyme  ;  la  clameur  étant  plus  forte  que  le  cri.  Permet- 
tez-moi donc  de  demander  des  lettres  de  naturalisation 
pour  s'exclamal-il. 

Au  numéro  2,  je  préfère,  sans  oser,  hélas!  les  employer, 
les  gallicismes  du  xvii'  pt  du  xviii'  siècle  :  que  nous  disions 
qui...,  ç»e  vous  espériez  çui...,  à  votre  construction  :  que 
nous  disions  vous  ressembler,  que  vous  espériez  ne  devoir  pas 
être  connue. 

En  général,  les  grammairiens  visent  trop  à  la  régularité 
gramoiaticalp,  et  ne  tiennent  pas  a=;sez  de  compte  de  la  viva- 
cité, la  première  qualité  française  après  la  clarté. 

Entin,  numéro  11,  dans  vos  Phrases  à  corriger,  sm  lieu  de  : 
«  Ils  se  plaignent  avec  raison  qu'on  leur  fait  jouer,  »  vous 
voulez  qu'on  écrive  :  qu'on  leur  fasse.  Or,  d'après  Littré, 
on  met  le  subjonctif  seulement  a  lorsque  le  sens  est  que 
l'acte  exprimé  par  le  verbe  au  subjonctif  est  hypothé- 
tique. • 

Et  qui  peut  mieux  que  l'auteur  savoir  s'il  y  a,  ou  non, 
hypothèse  dans  son  idée? 

J'aflirme  quils  se  plaignent  qu'on  leur  fait  jouer...  De 
quel  droit  rhanf!ez-vous  lt>  caractère  de  ma  phrase  et  faites- 
vous  un  doute  de  mon  aftirmalion? 

Voilà,  monsieur  et  cher  confrère,  à  peu  près  toutes  les 
observations  que  j'avais  à  vous  adresser.  S'il  vous  plaît  de 
les  discuter  dans  votre  journal,  occupez-vous  surtout,  je 
vous  prie,  de  s'exclama-l-il,  que  je  voudrais  voir  adopter,  le 
croyant  nécessaire. 

Agréez,  monsieur  et  cher  confrère,  l'assurance  de  mes 
meilleurs  sentiments. 

Charles  Ogulin. 


Je  ne  répondrai  à  la  communication  qu'on  vient  de 
lire  qu'après  avoir  répondu  à  celle  de  .M.  Fillerain.  Mais 
je  puis  ofl'rir  immédiatement  mes  bien  sincères  remer- 
ciements à  M.  Charles  Deulin,  et  je  m'empresse  de  le 
prier  de  vouloir  bien  les  agréer. 

X 

Première  Question. 
Votre  explication  de  cancre,  emplotjé  en  termes  de 
classes  plutôt  que  écrevisse,  me  donne  l'idée  de  vous 
demander  l'é/ymolocjie  de  ce  dernier  mot.  Littré  dit 
qu'il  rient  du  <'  haut  allemand  schrepiz;  allemand 
KKEBs  ».  Ne  pourrait-on  pas  aussi.,  et  peut-être  mieux, 
le  tirer  du  latin  cauabus? 

k  la  vérité,  .M.  Littré  dit  que  l'étymologie  de  écrevisse 
est  l'ancien  haut  allemand  (le  saxon)  sc/ire;;/;,  allemand 
moderne  krebs.  Mais  il  donne  pour  formes  de  ce  mot, 
dans  le  namurois,  (jravase,  et  en  rouchi,  graviche. 
Comment  cela  a-t-il  pu  se  faire?  On  a  bien  de  nombreux 
exemples  de  a  changé  en  e,  mais  un  e  changé  en  a  me 
semble  généralement  contraire  à  la  loi  de  la  permuta- 
tion de  cette  voyelle. 

D'un  autre  côté,  écrevisse  se  dit  craicfish  et  crayfish 
en  anglais,  langue  dérivée  en  partie  du  saxon.  Com- 
ment l'e  de  schre  ou  kre  a-t-il  pu  se  changer  en  un  a 
que  l'on  tenait  tellement  à  maintenir  qu'il  reste  encore 
lorsqu'il  prend  le  son  de  é  dans  crayfish  ? 

Il  faut  que  écrevisse  dérive  d'une  autre  source. 

Est-ce  de  carabus  ? 

Il  y  a  certes  plus  d'une  raison  pour  le  croire;  car,  en 
appliquant  à  ce  terme  les  règles  de  la  permutation  des 
lettres,  on  peut  reproduire  toutes  les  formes  connues 
de  écrevisse,  en  allemand,  en  anglais,  dans  les  patois 
et  en  français. 

.Vinsi  de  carabus,  on  fait  crabe  par  suppression  du 
premier  a  et  changement  de  u  en  e. 

Puis,  au  mojen  d'une  terminaison  diminutive,  va- 
riable selon  les  pays,  on  forme  naturellement  de  crabe  : 

L'anglais  crawfish,  crayfish  (b  =  v  =  f)  ; 

Le  haut  allemand  shrepiz  ou  krepiz  (a  =  e,  b  =  p); 

L'ancien  français  crevice  |a  =  e,  b  =  v)  ; 

Le  rouchi  graviche  (c  =;  g,  b  =  v)  ; 

Le  namurois  gravase  (c  =  g,  b  =  v)  ; 

Le  wallon  grérèse  (c  =  g,  a  =  e,  b  =  v)  ; 

Enfin,  en  préposant  un  e  [es),  ce  qui  a  eu  lieu  pour 
une  foule  d'autres  mots,  on  obtient,  par  des  mutations 
analogues  aux  précédentes  : 

Le  picard  écréviche. 

Le  genevois  écrivisse, 

Le  français  escrevisse,  écrevisse. 

Mais  carabus  lui-même  a  un  ancêtre,  le  grec  x.âpaSoç, 
signifiant  crabe,  langouste,  écrevisse  de  mer;  d'où  il 
suit  que,  rigoureusement  parlant,  c'est  ce  dernier,  et 
non  carabus,  qui  est  l'origine  demandée. 

X 

Seconde  Question. 
Comment    expliquez -vous    la    comparaison  tendre 

COMUE    LA    HOSE'k,  OU  COUME  ROSÉE? 


LE  COURIUER  DE  VAUGELAS 


139" 


Celle  comparaison, qui  se  fait  à  l'occasion  d'une  subs- 
tance alimentaire  excessivement  tendre,  existait  dans 
notre  langue  au  xiit"  siècle,  comme  en  fait  foi  l'exemple 
qui  suit,  où  il  s'agit  de  la  Beauté  : 

Teiidre  ot  la  cbar  comme  rousce, 
Simple  fu  com  uns  cspousée. 

(liom.  de  la  Rose,  vers  ioo3) 

Mais  il  faut  remonter  aux  Grecs  pour  en  avoir  l'ex- 
plication. En  effet,  voici  ce  que  dit  madame  Dacierdans 
une  note  de  sa  traduction  de  l'Odyssée  (tome  II,  p.  323, 
édit.  de  (756)  : 

Pour  dire  les  plus  jeunes,  Homère  se  sert  du  mot  t^a-r,, 
qui  signifie  la  rose'e.  Il  appelle  donc  ïç^nxi  les  agneaux  et 
les  chevreaux  les  plus  tendres,  cVst-à-dire  le«  plus  jpunes, 
et  qui  sont  comme  la  rosée.  C'est  ainsi  qu'Es-hylp,  dans 
son  Agamemnon,  a  appelé  les  petits  oiseaux  qui  viennent 
d'èclore  Spôaou;,  de  la  rosée.  De  là  les  Grecs  ont  dit  des 
cliairs  de  rose'e,  pour  dire  des  viandes  tendres  et  délicates. 
Alciphron  a  dit  r|7tap  Spoaw  npoueioxo;,  un  foye  semblable  à  la 
rosée- 
Là  rosée,  cette  couche  d'humidité  qui,  sous  l'aspect 
de  gouttelettes  liquides,  se  forme  à  la  surface  des  corps 
pendant  la  nuit,  n'a  pas  la  moindre  consistance  :  c'est 
en  la  prenant  pour  terme  de  comparaison  que  les  Grecs 
ont  dit,  et  que  nous  avons  dit  d'après  eux,  tendre 
comme  la  rosée, une  conformité  du  français  avec  le  grec 
que  Robert  Estienne  me  semble  n'avoir  pas  recueillie. 

Les  Grecs  avaient  deux  mots  pour  signifier  rosée  : 
l'un,  îcdîo;  (qui  est  passé  en  latin  sous  la  forme  ros, 
en  perdant  son  d  initial),  et  l'autre,  Iprr;.  Or,  chose 
remarquable,  et  qui  prouve  bien  que  c'est  en  prenant, 
dans  le  sens  propre,  rosée  comme  terme  de  comparai- 
son, qu'ils  ont  dit  tendre  comme  la  rosée,  c'est  qu'ils 
ont  fait  cette  comparaison  avec  les  deux  termes  signi- 
fiant rosée,  ce  qui  détruit  d'avance  toute  explication 
basée  sur  un  autre  sens  de  ce  mot. 

X 

Troisième  Question. 
Dans  le   feuilleton  de   M.    Charles   de   la   Rounat 
(xix'  SIÈCLE  du  8  septembre] j  ai  remarqué  cette  phrase  : 
«  Oh!  oui,  cela  ne  vous  chact  guère,  Je  le  vois  bien  ». 
Est-ce  bien  correct  ? 

Pour  exprimer  la  vivacité  du  désir  qu'on  a  de  faire 
ou  d'obtenir  quelque  chose,  nous  le  comparons  à  une 
flamme,  et  nous  exprimons  le  sentiment  éprouvé  par 
brûler,  griller  (langage  familier),  employés  dans  le  sens 
neutre  : 

Il  brûle  d'être  à  Rome,  afin  de  recevoir 

Du  maître  qu'il  s'y  donne  et  l'ordre  et  le  pouvoir. 

(Corneille,  Sartor.,  I.   i.) 

C'est  qu'elle  sort  d'un  sang  qu'il  brille  de  répandre. 

(Racine,  Iphig.,   H,   6.) 

L'»  femme  du  pondeur  s'en  retourne  clieï  elle; 
L'autre  grille  déjà  d'en  conter  la  nouvelle. 

(La  Fontaine.  Fnlil.,  Vin,  6.) 

Les  Latins  usaient  d'une  semblable  comparaison 
pour  exprimer  l'action  de  désirer;  ils  employaient  à 
cet  effet  le  verbe  calere,  être  chaud,  avoir  chaud,  avoir 
la  fièvre  : 


Tubas  audire  calcns  (Stat.)  ;  —  Quœ  stravisso  calcn!  (Claud.) 
(Brûlant  d'entendre  la  trompette;  —  L'ennemi  qu'ils 
brûlent  de  terrasser.) 

Nous  avons  pris  ce  verbe  du  latin;  mais  nous  lui 
avons  donné  une  construction  requérant  i"  la  forme 
impersonnelle,  2°  toujours  au  datif  (avec  à)  le  nom  de 
la  personne  à  qui  l'on  attribue  le  désir  ou  l'envie  de 
quelque  chose,  et  3°  au  génilif  (avec  de)  le  nom  de  la 
personne  ou  de  la  chose  qui  excite  ce  désir  ou  cette 
envie. 

Celte  construction  a  existé  dans  notre  ancienne  langue 
comme  le  prouvent  ces  citations,  que  j'emprunie  au 
dictionnaire  de  Littré,  citations  où  le  pronom  //  est  le 
plus  souvent  sous-entendu  : 

[11]  Ne  lui  chaV,  sire,  de  quel  mort  nous  muriuns. 

(CA.  de  Roland,  XV.) 

E  bien  as  hui  mustred  que  [il]  rien  ne  te  chall  de  tes 

cunestables  ne  de  tes  hommes. 

{Bois,  191.) 

//  ne  chaloit,  à  cens  qui  l'o.-t  voloient  depecier,  del  meil- 
leur ne  del  peieur,  mais  que  li  ost  se  despartist. 

(Villehardouin,  LXXXIX.) 

C'estoient  païens,  auxquels  il  chaloit  autant  de  J.-C.  que 
de  celui  qui  n'avoit  jamais  esté. 

(Calvin,  Insi  ,  i55.) 

La  même  construction  existe  encore  dans  la  langue 
moderne,  car  j'ai  trouvé  : 
Il  ne  vous  en  chaut,  n'est-ce  pas? 

(Littré,  Dicl.) 

Que  tout  s'y  pervertisse,  il  ne  m'en  chaut  d'un  double. 

(Régnier,  Sat.,  VI.) 

Soit  de  bond  soit  de  volée,  que  nous  en  chaut-il,  pourvu 
que  nous  prenions  la  ville  de  gloire? 

(Pascal,  Prov.,  9.) 
Car  quant  à  moi,  du  plaisir  [il]  ne  me  chaut, 
A  moins  qu'il  soit  mêlé  d'un  peu  de  peine. 

(La  Fontaine,  Gageure.) 

Or,  dans  aucun  de  ces  exemples,  ni  nulle  part  ail- 
leurs, on  ne  voit  le  nom  de  la  personne  ou  de  la  chose 
qui  donne  la  chaleur  (le  désir,  l'envie)  construit  sans  la 
préposition  de  avant  lui,  ce  qui  me  fait  croire  que  la 
phrase  que  vous  me  signalez  contient  une  faute,  et 
qu'elle  devrait  être  corrigée  de  l'une  de  ces  deux  ma- 
nières : 

Oh  !  oui,  il  ne  vous  chaut  guère  de  cela. 

Oh  !  oui,  (/  ne  vous  en  chaut  guère. 
X 
Quatrième  Question. 

Faut-il  dire  cela  arrive  comme  mare'e  en  carême,  ou 

CELA  ARRIVE  COMME  MARS  E\  CARÊME? 

En  parlant  d'une  chose  qui  arrive  immanquablement, 
on  dit  cela  arrive  comme  mars  en  carême,  parce  que 
mars  se  trouve  toujours  en  carême;  mais  en  parlant 
d'une  chose  qui  arrive  à  propos,  on  dit  cela  arrive 
comme  marée  en  carême,  attendu  qu'au  temps  où  l'on 
observait  rigoureusement  le  jeûne  et  l'abstinence  qui 
précèdent  Pâques,  rien  n'arrivait  plus  à  propos  que  la 
marée. 

Cette  question  a  déjà  été  traitée  page  i)2,  dans  la 
1"  aTinée  du  Courrier  de  Vaugclas. 


HO 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


ÉTRANGER 


Première  Question. 
Dans  la  construction  de  la  phrase  suivante  :  «  Ils 
crient  A  qui  mieux  mieux  »,  comment  rendez- vous 
compte  d'abord  de  la  préposition  a,  et  ensuite  du  redou- 
blement de  MrECX,  qui  ne  se  trouve,  je  crois,  en  aucune 
autre  langue  ? 

Les  phrases  dont  le  verbe  est  suivi  de  à  qui  sont 
elliptiques;  la  préposition  à  y  est  l'équivalent  de  a/î» 
de  savoir,  afin  de  décider,  ce  qu'on  reconnaît  facile- 
ment en  pratiquant  la  substitution  dans  les  deux  cita- 
lions  suivantes  : 

Eh  bienl  gageons  nous  deux, 

Dit  Pbébus,  sans  tant  ds  paroles, 

A  qui  plus  tût  aura  dégarni  les  épaules 

Du  cavalier  que  nous  voyons. 

(La  Fontaine,  FaU.,  VI,  3.) 

Hélène  adorée  vit  les  peuples  et  les  dieux  combattre  à  qui 
la  posséderait.  ^p  ^  ^^_^^.^^^ 

Quant  au  redoublement  mieux  mieux,  auquel  je  ne 
vois,  en  effet,  aucun  analogue  ni  en  espagnol  (où  à  qui 
mieux  mieux  se  dit  a  cual  mejor), ni  en  italien,  ni  en 
anglais,  ni  en  allemand ,  voici  l'explication  qui  me 
semble  pouvoir  en  être  donnée  : 

Autrefois,  avec  qui...  qui,  mis  pour  les  U7is...  les 
autres,  et  après  un  simple  qui,  employé  comme  complé- 
ment d'un  verbe  et  signifiant  compétition,  on  redou- 
blait les  adverbes  plus,  ains  (avant)  et  mieux,  comme 
le  montrent  ces  exemples  du  xiii%  du  xiy=  et  du  xv'= 
siècle  : 

Nos  gens  se  lassèrent  cheoir  de  la  grant  nef  en  la  barge 
[barque]  de  caniiers,  qui  plus  plus,  qui  miex  miex. 

iJoinville,  îl4.) 

Et  cil  des  grans  nés  jnefs]  entrèrent  es  barques,  et  sail- 
lirent hors  qui  ains  ains,  qui  miels  miels. 

(VUlehardoin.LXXIX.) 

Mais  au  fort  cbascun  s'assembla  : 
Qui  mieulx  mieulx  à  la  cbace  alla. 

(Emile  Deschamps,  le  Miroir,) 

Mais  cette  manière  d'exprimer  le  superlatif  des 
adverbes  après  qui  finit  par  se  perdre  \>our  plus  et  pour 
ains  (lequel  disparut  lui-même  complètement),  et,  par 
un  privilège  que  je  crois  dû  à  un  pur  caprice  de  l'usage, 
mieux,  dans  le  sens  de  le  mieux,  continua  à  se  redou- 
bler après  qui,  formant  ainsi,  vestige  d'une  construc- 
tion toute  primitive,  un  véritable  gallicisme  dans  notre 
langue  moderne. 

Seconde   Question. 
Quelle  différence  y  a-t-il  entre  ascension  et  Assomp- 
tion, dans  le  langage  religieux? 

Ces  deux  mots,  qui  expriment  tous  deux  une  éléva- 
tion miraculeuse  au  ciel,  s'emjtloicnt,  le  premier,  en 
parlant  de  Jésus-Christ,  et  le  second,  en  parlant  do  la 
vierge  Marie. 


Maintenant  pourquoi? 

J'espère  pouvoir  vous  le  dire. 

Il  s'agit  ici  de  deux  mouvements  ascensionnels  qui 
n'ont  pas  été  accomplis  dans  les  mêmes  conditions. 
Jésus-Christ  s'est  élevé  dans  le  ciel  «  par  sa  propre  puis- 
sance et  sans  le  secours  des  créatures  »  dit  le  Gros  caté- 
chisme du  diocèse  de  Chartres  (p.  22)  ;  le  mol  ascension, 
de  ascendere,  monter,  mot  au  sens  actif,  convenait  pour 
désigner  cette  élévation.  Mais  l'opinion  la  plus  com- 
mune (car  l'enlèvement  de  Marie  au  ciel  n'est  pas  un 
dogme  du  christianisme),  celle  qui  a  inspiré  Murillo 
peignant  son  admirable  toile,  étant  que  la  mère  du  Sau- 
veur fut  ravie  au  ciel  par  une  légion  d'anges,  le  mot 
assomption,  de  assumere,  prendre  avec  soi,  transporter 
vers,  valait  beaucoup  mieux  que  ascension  pour  expri- 
mer cette  action  toute  passive. 

X 

Troisième  Question. 
Pourquoi,   en   français,    nomme-t-on  pantalon   un 
homme  capable  de  jouer  toutes  sortes  de  rôles  pour  par- 
l'enir  à  ses  fins? 

Les  habitants  de  Venise  honoraient  particulièrement 
la  mémoire  de  saint  Pantaléon,  (nom  formé  de  deux 
mots  grecs  qui  signifient  tout  miséricordieux]  ;  d'où  le 
terme  de  Pantalons  pour  les  désigner  ironiquement  : 

En  un  coing  est  peint  un  Pantalon  à  barbe  grise,  qui  tire 
en  arrière  son  capitaine. 

(D'Aubigné,  Fœn.,  IV,  19.) 

Quand  le  Vénitien  parut  à  Paris  sur  la  scène  de  la 
Comédie-Ilalienne,  où  il  partagea  avec  le  Docteur  l'em- 
ploi des  pères,  il  conserva  son  costume  (culotte  prolon- 
gée, longue  robe,  habit  de  dessous  garni  de  larges  bou- 
tons) et  surtout  son  sobriquet  : 

Le  soir,  il  y  eut  comédie  italienne,  où  le  Pantalon  parut 
pour  la  première  fois;  madame  la  Uauphine  le  trouva  assez 
bon. 

(Dangeau,  I,  ^8.) 

Dans  ces  pièces,  le  Docteur  était  toujours  immolé  à 
la  risée  publique  tandis  que  Pantalon,  souvent  repré- 
senté comme  un  vieillard  amoureux  et  dupé,  un  avare, 
un  père  fantasque,  était  parfois  également  un  bon  père 
de  famille,  un  honnête  commerçant,  un  homme  plein 
de  sens  et  de  raison. 

Or,  je  pense  que  c'est  par  allusion  à  ces  emplois 
divers  de  Pantalon  qu'on  a  appelé  de  son  nom,  dans  la 
vie  réelle,  un  homme  qui,  pour  atteindre  son  but,  con- 
sent à  jouer  toutes  sortes  de  rôles. 

X 

Quatrième  Question. 
Peut-on  dire  faibe  son  compliment  a  qdelqb'bm  quand 
il  s'agit  d'un  malheur  qui  lui  arrive,  ou  qui  arrive  à 
l'un  des  siens  ? 

On  le  peut  certainement  très-bien,  et  je  vais  vous  en 
donner  une  double  preuve  : 

r  Cette  phrase  de  Mme  de  Sévigné  (20?°  lettre),  où 
il  est  question  de  quelqu'un  qui  s'empresse  d'arriver  le 
premier  pour  exprimer  au  neveu  deTurenne  la  douleur 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


U1 


qu'il  ressenl  de  la  mort  subite  de  ce  grand  homme  de 
guerre  : 

Un  gentilhomme  qui  voulut  être  le  premier  à  lui  faire 
son  compliment. 

2°  Les  lignes  suivantes,  qui  définissent  le  2°  sens  de 
compliment,  dans  le  dictionnaire  de  Littré  : 

Paroles  de  civilité  adressées  à  quelqu'un  de  vive  voix  ou 
par  lettre  au  sujet  d'un  événement  tieureux.  ou  malheu- 
reux qui  le  touche. 


PASSE-TEMPS   GRAMMATICAL 


Corrections  du  numéro  précédent. 

1»  Quoi  qu'il  en  soit  (en  deui  mots);  —  2°  ...  change  ses  géné- 
raux n'a  pas  laissé  de  (sans  que;  voir  Courrier  de  Vaugetas, 
4»  année,  p.  155);  —  3°  ...  Aussllùt  qu'il  a  été  arrivé,  la  chasse 
a  commencé;  —  4°  ...  des  nationalités  à  demi  souveraines  (Voir 
Courrier  de  Yaugelas,  2°  année,  p.  16Î);  — 5"  On  aura  beau  dire, 
criait-il,  M.  Thiers;  —  6°  ...  mais  bien  pour  empêcher  qu'on  ne 
créât;  —  7°  ...  la  politique  extérieure  qu'il  avait  conseillé  d'adop- 
ter; —  8°  ...  qui  songea  autre  chose  que  d'éviter  la  dissolution; 
—  9°  ...  nous  avons  fait  heurter  les  peuples  les  uns  contre  les 
autres  (l'inlinitif  doit  suivre  hnmédialement /aire). 


Phrases  à  corriger 
trouvées  pour  la  plupart  dans  la  presse  périodique. 

1"  Cette  proposition  ne  sauvera  personne,  parce  qu'elle 
n'aboutira  pas,  parce  qu'elle  est  morte  avant  que  de  naître, 
parce  qu'il  y  a  un  certain  degré  de  ridicule  qu'en  France 
on  ne  peut  dépasser. 

2°  Quant  aux  divisions  du  pays,  M.  Laboulaye  affirme 
qu'elles  sont  moins  grandes  que  le  répètent  les  gens  d'es- 
prit, qui  sont  prêts  à  se  charger  pendant  six  ans  de  nous 
rendre  sages. 

3°  Nous  avons  annoncé  dernièrement  à  nos  lecteurs  que 
ia  Tribune,  journal  radical  de  Bordeaux,  suspendait  pour 
quelques  jours  sa  publication,  remettant  à  l'époque  de  sa 
réapparition  les  explications  qu'il  croyait  opportun  de  don- 
ner au  public. 

4°  L'homéopathie,  qui  est  maintenant  répandue  dans 
tout  le  monde  civilisé,  guérit  d'une  manière  facile  et 
agréable,  non-seulement  les  maladies  aiguës,  mais  elle 
montre  son  effet  salutaire  dans  les  maladies  les  plus  chro- 
niques. 

5"  Sans  s'arrêter  à  jeter  de  simples  anathèmes  et  fulmi- 
ner de  vulgaires  excommunications,  M.  Benezet  examine 
les  moyens  de  suppléer  l'institution  septennale. 

6°  Le  rédacteur  en  chef  et  le  gérant  de  {'Ordre  social,  de 
Nice,  sont  cités  devant  le  juge  d'instruction  pour  publica- 
tion d'un  article  excitant  au  mépris  et  à  la  haine  des 
citoyens  les  uns  contre  les  autres. 

7»  Et  la  feuille  anglaise  ajoute  :  «  C'est  là  une  perspective 
que  l'Angleterre  peut  envisager  avec  indifférence,  voire 
même  avec  satisfaction. 

8"  Les  efforts  de  la  Prusse  pour  augmenter  ses  forces 
maritimes  ne  laissent  pas  que  de  causer  des  préoccupa- 
tions au  cabinet  de  Saint-Pétersbourg. 

9°  Laferrière,  sans  y  croire  tout  d'abord,  mais  par  curio- 
sité et  puis  par  habitude,  fit  usage  de  ce  philtre.  Il  en 
résulta  que  La  Kerrière,  â  74  ans,  en  parait  trente. 

(Les  corrections  à  quinzaine.] 


FEUILLETON. 


BIOGRAPHIE    DES  GRAMMAIRIENS 

PREMIÈRE   MOITIÉ   DU   XVH»  SIECLE. 

VAUGELAS. 

fSuite.j 

Articles  devant  les  noms  propres.  —  Plusieurs  disent 
le  Plu/arque,  le  Pétrone,  etc.  C'est  mal  parler  ;  il  ne 
faut  pas  employer  l'article,  pour  se  conformer  au  génie 
de  notre  langue.  Cependant  il  y  a  une  exception;  on 
dit  :  le  Pétrarque,  l'AriosIe,  le  Tasse,  le  Boccace,  le 
Bembe,  probablement  parce  qu'en  Italie  on  dit  :  il  Pe- 
trarca,  l'Ariosto,  il  Tassa,  etc. 

Fors,  hors,  hors-mis.  —  Aujourd'hui  fors,  qui  se 
disait  autrefois  en  prose  et  en  vers  pour  hors-mis,  est 
tout-à-fait  banni  de  la  prose,  et  il  n'y  a  plus  que  les 
poètes  qui  en  usent,  parce  qu'en  vers  il  est  beaucoup 
meilleur  que  hors  (1647). 

Sériosité.  —  Jusqu'ici  il  ne  s'est  dit  qu'en  raillerie  ; 
néanmoins,  si  l'on  faisait  l'horoscope  des  mots,  on  pour- 
rait prédire  à  celui-ci  qu'un  jour  il  s'établira. 

Courre,  courir.  —  Dans  certains  endroits,  on  dit 
courre,  comme  dans  courre  le  cerf,  courre  le  lièvre, 
courre  la  poste;  dans  certains  autres,  il  faut  dire  cou- 
rer.  Mais  si  quelqu'un  disait  courir  le  cerf, on  se  moque- 
rait de  lui. 

Accroire.  —  Excellent  mot,  quoi  qu'en  pensent  quel- 
ques-uns, qui  disent  toujours  faire  croire.  Du  reste,  il 
y  a  une  différence  entre  les  deux  expressions  :  faire 
croire  se  dit  toujours  des  choses  vraies,  et  faire  accroire, 
des  choses  fausses. 

Chez  Plularque,  chez  Platon. —  Cette  locution,  fami- 
lière à  beaucoup  de  gens,  pour  dire  dans  Plutarque, 
dans  Platon,  c'est-à-dire  dans  les  œuvres  de  Plutarque, 
de  Platon,  est  insuppor'uible.  Chez  ne  vaut  rien  pour 
citer  les  auteurs;  il  n'est  propre  qu'à  dénoter  la  demeure 
de  quelqu'un. 

Cesser.  —  Depuis  quelques  années,  on  le  fait  souvent 
actif  en  vers  et  en  prose. 

De  gueres. Pour  dire  gueres  simplement,  il  ne 

faut  jamais  mettre  df  avant  lui;  mais  si  l'on  mesure 
deux  choses, et  que  l'une  ne  soit  qu'un  peu  plus  grande 
que  l'autre,  on  dira  fort  bien  qu'elle  ne  la  passe  de 
gueres. 

Foudre.  —  Masculin  ou  féminin  à  volonté. 

Aigle,  fourmi.  —  Ce  sont  deux  subtanlifs  «  herma- 
phrodites »,  car  on  dit  un  grand  aigle  et  une  grande 
aigle,  un  fourmi  et  une  fourmi. 

Consommer,  consumer.  —  Deux  significations  bien 
différentes,  que  plusieurs  de  nos  meilleurs  écrivains  ne 
laissent  pas  de  confondre.  Consommer  veut  dire  accom- 
plir; consumer  signifie  achever  le  sujet  en  le  détruisant. 
Ceu.\  qui  savent  le  latiu  voient  clairement  cette  diflc- 
rence. 

Aroisiner.  —  Ce  mot  n'est  guère  bon  en  prose,  mais 
la  plupart  des  poètes  s'en  servent  en  décrivant  une  mon- 


U2 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


tagne  extrêmement  haute;  ils  disent  qu'elle  avoisine  les 
deux. 

Péril  éminent.  —  Il  est  certain  qu'il  faudrait  dire 
péril  imminent,  puisqu'en  latin  on  dii  pericu/um  immi- 
nens;  mais  il  n'est  pardonnable  à  qui  que  ce  soit  de 
vouloir,  en  matière  de  langues  vivantes,  s'opiniâtrer 
pour  la  raison  contre  l'usage. 

Ce  devant  le  verbe  substantif.  —  Il  vaut  mieux  dire 
ce  qu'il  y  a  de  plus  déplorable,  c'est,  etc.,  que  de  dire 
ce  qu'il  II  a  de  plus  déplorable  est,  parce  que  c'est 
recueille  tout  ce  qui  a  élé  dit  entre  deux,  et  rejoignant 
le  nominatif  au  verbe,  rend  l'expression  plus  nette  et 
plus  forte. 

Ce  avec  le  pluriel  du  verbe  substantif.  —  Le  pronom 
ce  a  encore  un  bel  usage  dans  notre  langue,  c'est  de  se 
mettre  devant  le  pluriel  du  verbe  être,  comme  dans 
cette  phrase  :  les  plus  grands  capitaines  de  l'antiquité, 
ce  furent  Alexandre,  César,  Hannibal,  etc.  Cependant 
Vaugelas  croit  que  furent  ne  serait  pas  mauvais  sans 
ce.  Quant  à  ce  fut,  s'il  est  bon,  c'est  sans  aucun  doute 
le  moins  bon  de  tous. 

Ce  que.  —  11  est  bien  français,  et  a  une  grâce 
«  nompareille  »  en  notre  langue,  étant  employé  pour  si, 
comme  dans  cette  phrase  :  ce  que  tu  tiens  de  moi,  des 
jardins,  des  rentes  et  des  maisons,  ce  sont  toutes  choses 
sujettes  à  mille  accidens.  Il  y  en  a  pourtant  qui  croient 
que  cette  expression  est  vieille  et  bien  moins  élégante 
que  si. 

Ce  dit-il,  ce  dit-on.  —  On  les  dit  tous  les  jours  l'un 
et  l'autre  en  parlant;  mais  on  ne  doit  point  les  écrire; 
il  suffit  de  dit-il,  dit-elle,  sans  ce. 

Outre  ce,  à  ce  que.  —  Cette  première  façon  de  parler 
ne  vaut  rien  ;  il  faut  dire  outre  cela.  Quant  à  la  seconde, 
mise  pour  afin  que,  elle  est  vieille. 

Ce  fut  pourquoi.  —  Certains  écrivains  croient  qu'il 
faut  s'en  servir  devant  un  temps  passé,  comme  dans 
ce  fut  pourquoi  les  Romains  immolèrent  des  vic- 
times; mais  c'est  une  faute,  il  faut  mettre  c'est.  Cette 
locution  ce  fut  pourquoi  vient  de  la  Normandie,  de  l'An- 
jou ou  du  Maine,  car  on  s'en  sert  dans  ces  trois  pro- 
vinces. 

Ce,  à  ce  faire,  en  ce  faisa?it.  —  Plusieurs  n'approu- 
vent pas  qu'on  se  serve  de  ce  à  la  place  de  l'article,  par 
exemple,  qu'on  dise  :  il  m'a  fait  ce  bien  de  me  dire, 
et  veulent  que  l'on  «  die  »  il  m'a  fait  le  bien  de  médire. 
Vaugelas  les  approuve,  car  l'article  est  plus  doux  et 
plus  régulier  que  ce. 

Les  locutions  à  ce  faire,  en  ce  faisant  sont  sans  doute 
fort  commodes  et  souvent  employées;  mais  elles  ne  sont 
plus  du  beau  style,  elles  sentent  celui  des  notaires. 

Peu  s'en  est  fallu.  —  C'est  ainsi  que  l'usage  veut  que 
l'on  jiarle;  mais  la  raison  voudrait  que  l'on  AW.  peu  s'en 
est  failli,  car  il  est  certain  que  fallu  ne  veut  \r.\s  dire 
autre  chose  que  manqué,  lequel  a  pour  synonyme  failli 
et  non  fallu. 

Avec,  avecque,  avecques.  —  Le  dernier  ne  vaut  rien 
ni  en  prose  ni  en  vers;  les  deux  premiers  sont  tous 
deux  bons,  et  ils  sont  aussi  commodes  aux  poètes 
qu'aux  prosateurs. 


Exemple.  — Da,ns  la  ville  de  Paris,  on  le  fait  du  fémi- 
nin, surtout  en  parlant  d'un  modèle  d'écriture;  mais  à 
la  Cour,  on  ne  l'emploie  qu'au  masculin. 

Faire  pièce.  —  Celte  façon  de  parler,  qui  est  si  fort 
en  vogue  depuis  quelques  années  à  Paris  fl647),  d'où 
elle  s'est  répandue  par  toutes  les  provinces  de  la  France, 
est  loin  d'être  aussi  excellente  que  plusieurs  le  pensent; 
la  Cour  en  fait  Tobjet  principal  de  son  aversion. 

Acheter. — Vaugelas  a  entendu  plusieurs  «  hommes  » 
de  la  Chaire  et  du  Barreau  prononcer  ajeter;  c'est  un 
défaut  particulier  à  Paris. 

Eu.  —  Plusieurs  prononcent,  en  deux  syllabes,  é-w; 
c'est  une  faute;  ce  mot  n'a  qu'une  syllabe. 

En  mon  endroit,  à  l'endroit  d'un  tel.  —  Ces  façons 
de  parler  ne  sont  plus  du  beau  langage,  comme  elles  en 
étaient  du  temps  de  Coëffeteau;  à  leur  place,  on  dit 
envers  moi,  envers  un  tel. 

Avant  que,  devant  que.  — Tous  deux,  devant  un  infi- 
nitif, veulent  être  suivis  de  la  préposition  de;  on  dit  : 
avant  que  de  mourir,  devant  que  de  mourir. 

Rien  autre  chose. —  Plusieurs  croient  que  cette  locu- 
tion ne  vaut  rien;  la  vérité  est  qu'elle  est  emphatique 
en  certains  endroits,  mais  que,  pour  l'ordinaire,  elle 
est  basse,  tandis  qu'autre  chose,  non  précédé  de  rien, 
est  une  expression  élégante. 

//  m'a  dit  défaire.  —  Expression  venue  de  Gascogne, 
et  qui  s'est  introduite  à  Paris;  elle  est  mauvaise,  il  faut 
dire  :  il  m'a  dit  que  je  fisse. 

Août.  —  Le  peuple  de  Paris  prononce  a-oût;  mais 
c'est  une  faute;  il  faut  dire  comme  s'il  y  avait  eût. 

Il  n'y  a  rien  de  tel,  il  n'y  a  rien  tel.  —  Tous  deux 
sont  bons;  mais,  en  parlant,  on  dit  plutôt  il  n'y  a  rien 
tel,  et,  en  écrivant,  il  n'y  a  rien  de  tel. 

Fort,  court.  —  Ces  deux  adjectifs  ont  un  usage  assez      I 
étrange,  mais  qui  est  bien  français,  c'est  qu'une  femme 
dit  «  tout  de  même  »  qu'un  homme  :  je  me  fais  fort  de 
cela,  et  non  pas,  je  me  fais  forte.  Elle  dit  aussi  :  en 
parlant,  je  suis  demeurée  court,  et  non  pas  courte.  -| 

Le  pronom  démonstratif  avec  la  particule  la.  —  I 
Quand  le  pronom  démonstratif  est  suivi  d'un  relatif, 
qui  ou  lequel,  il  ne  faut  jamais  mettre  M  entre  les  deux  ; 
cette  phrase  est  mauvaise  :  ceux-là  qui  aiment  Dieu, 
gardent  ses  commandemens.  Mais  quand  le  relatif  est 
séparé  du  démonstratif,  il  faut  joindre  là  à  ce  dernier  : 
ceux-là  se  trompent,  qui  croyent. 

Quiconque. —  Quand  on  a  employé  ce  mot,  il  ne  faut 
pas  mettre  il  après,  quelque  distance  qu'il  y  ait  entre 
les  deux  :  quiconque  veuf  vivre  en  homme  de  bien, 
doit,  etc.,  et  non  pas,  il  doit. 

Bel  et  beau.  —  Pour  qu'on  puisse  employer  la  forme        | 
en  ri  de  cet  adjectif,  comme  aussi  celle  de  nouveau,  il      'f 
faut  qu'il  soit  suivi  immédiatement  de  son  substantif: 
vn  bel  homme,  le  nouvel  an;  mais  dans  les  autres  cas, 
môme  devant  une  voyelle,  il   I'juU  la  forme  en  wm;  on 
dit  :  (7  est  beau  m  tout  temps,  un  homme  nouveau  à  la 

Cour. 

{La  suite  au  prochain  numéro.) 


Le  R^DACTEDR-GÉttiHT  :  Eman  MARTIN. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


443 


BIBLIOGRAPHIE 


OUVRAGES     DE     GRAMMAIRE     ET     DE     LITTÉRATURE 


Publications  de  la  quinzaine  : 


La  Mer  et  ses  héros.  Ouvrage  écrit  d'après  les  Dic- 
tionnaires historique  et  de  la  conversation,  les  Encyclopé- 
dies, etc.  par  Alp.  d'Augerot.  In-i",  272  p.  et  grav. 
Limoges,  lib.  Bardou  frères. 

Les  Diaboliques  (les  six  premières)  ;  par  J.  Barbey 
d'Aurevilly.  In- 18  Jésus.  355  p.  Paris,  lib.  Dentu.  3  fr.  50. 

Les  Spectacles  forains  et  la  Comédie-Française. 
Le  Droit  des  pauvres  avant  et  après  1789.  Les 
Auteurs  dramatiques  et  la  Comédie-Française  au 
XIX»  siècle,  d'après  des  documents  inédits;  par 
Jules  Boiinassies,  ancien  attactié  à  la  direction  des  beaux- 
arts.  Avec  une  eau-forte  par  Edmond  Houdin.  In-1 8  Jésus, 
303  p.  Paris,  lib.  Oentu.  Zi  fr. 

Cours  de  style.  Seconds  exercices  sur  la  valeur  des 
termes  et  locutions  et  sur  les  principaux  genres  de  compo- 
sition française.  Ouvrage  faisant  suite  aux  Premiers  exer- 
cices, du  même  auteur;  par  Ernest  Caron,  clief  d'institu- 
tion à  Paris.  In- 12,  20û  p.  Paris,  lib.  Sarlit. 

Nouvelles  récréations  et  joyeux  devis  de  B.  Des 
Periers,  suivis  du  Cymbalum  mundi,  réimprimés  par 
les  soins  de  P.  Jouaust.  Avec  une  notice,  des  notes  et  un 
glossaire  par  Louis  Lacour.  T.  1.  In-8'',  XLn-283  p.  Paris, 
lib.  des  Bibliophiles.  10  fr. 

Les  Grandes  dames  ;  par  Arsène  Houssaye.  Edition 
illustrée  de  20  gravures  sur  acier  par  Flameng,  La  Guil- 
lermie,  Morin,  Bertall,  Masson,  etc.  Gr.  in-S",  402  p. 
Paris,  librairie  Dentu. 

Gastronomie,  récits  de  table;  par  Charles  Monselet. 
ln-18  Jésus,  ni-399  p.  Paris,  lib.  Charpentier.  3  fr.  50. 

Poésies  choisies  de  J.  A.  de  BaiT,  suivies  de 
poésies  inédites;  publiées  avec  une  notice  sur  la  vie  et 


les  œuvres  de  Baïf,  des  appendices  bibliographiques,  un 
tableau  de  la  prononciation  au  xvi<^  siècle,  des  notes  et  des 
index,  par  L.  Becq  de  Fouquières.  Edition  ornée  d'un  por- 
trait, gravé  à  l'eau-forte  par  Adrien  Féart.  In-i8  Jésus, 
xL-392  p.  Paris,  lib.  Charpentier  et  Cie.  3  fr.  50. 

Nouvelle  Grammaire  française  fondée  sur  l'his- 
toire de  la  langue,  à  l'usage  des  établissements  d'ins- 
truction secondaire;  par  Auguste  Brachet,  ancien  profes- 
seur à  l'Ecole  polytechnique,  membre  de  la  Société  de  Lin- 
guistique. 2»  édition.  In-12,  xix-252  p.  Paris,  lib.  Hachette 
et  Cie.  1  fr.  50. 

Œuvres  poétiques  d'André  Chénier.  Avec  une  notice 
et  des  notes  par  M.  Gabriel  de  Chénier.  3  vol.  Petit  in-12, 
CLvii-963  p.  Paris,  lib.  Lemerre.  Chaque  vol.  6  fr. 

Christine;  par  Louis  Enault.  S'' édition.  In-18 Jésus, 
190  p.  Paris,  lib.  Hachette  et  Cie.  1  fr.  25. 

Le  Brigadier  Frédéric,  histoire  d'un  Français  chassé 
par  les  Allemands  ;  par  Erckmann-Chatrian.  In-18  Jésus, 
269  p.  Paris,  lib.  Hetzel  et  Cie.  3  fr. 

Cours  de  dictées  sur  les  règles  et  les  difficultés 
de  la  langue  française;  par  Mme  Lèbe-Gigun,  direc- 
trice honoraire  des  études  de  la  maison  nationale  de  Saint- 
Denis.  In-12,  vii-351  p.  Paris,  Lecoffre  tils  et  Cie. 

Dona  Sirène  ;  par  Henry  Murger.  In-18  Jésus,  309  p. 
Paris,  lib.  .Michel  Lévy.  3  fr.  50. 

Nouveaux  Contes  à  Ninon  ;  par  Emile  Zola.  Un  Bain. 
Les  Fraises.  Le  Grand  Michu.  Les  Epaules  de  la  marquise. 
Mon  voisin  Jacques.  Le  Paradis  des  chats.  Lili.  Le  Forge- 
ron. Le  Petit  village.  Souvenirs.  Les  Quatre  journées  de 
Jean  Gourdon.  ln-18  jésus,  311  p.  Paris,  lib.  Charpentier. 
3  fr.  50. 


Publications   antérieures  : 


LES  DIALOGUES  DE  JACQUES  TAHUREAU,  gen- 
tilhomme du  Mans,  avec  notice  et  index.  —  Par  F.  Cons- 
cience. —  Paris,  Alphonse  Lemerre,  éditeur,  47,  Passage 
Choiseul.  —  Prix  :  7  fr.  50. 


ŒUVRES  COMPLÈTES  DE  MELIN  DE  SAINCT- 
6ELAYS,  avec  un  commentaire  inédit  de  B.  de  la  Mon- 
noye,  des  remarques  de  MM.  Emm.  Philippes-Beaulieux, 
R.  Dezeimeris,  etc.  Edition  revue,  annotée  et  publiée  par 
Prosper  Blanchemain.  —  T.  2.  —  ln-16,  365  p.  —  Paris, 
librairie  Daffis,  9,  rue  des  Beaux- Arts. 


LE  GRAND  TESTAMENT  DE  VILLON  ET  LE  PE- 
TIT. Son  Codicille.  Le  Jargon  et  ses  ballades,  aussi  le 
rondeau  que  ledit  Villon  fist  quand  il  fust  jugé  à  mort,  et 
la  requeste  qu'il  bailla  à  Messeigneurs  de  Parlement  et  à 
Monseigneur  de  Bourbon.—  III.  —  Ia-16,  120  p.  —  Lille, 
Imprimerie  Six-Hormans. 


CHRONIQUES  DE  J.  FROISSARD,  publiées  par  la 
Société  de  l'histoire  de  France,  par  Siméon  Luce.  T.  5. 
1356-1360. Depuis  les  préliminaires  de  la  paix  de  Poitiers 


jusqu'à  l'expédition  d'Edouard  111  en  Champagne  et  dans 
l'Ile-de-France.  —  In-8%  lxxi-436  p.  —  Paris,  librairie 
V^  J.  Retwuard.  —  Prix  :  9  francs. 


L'INTERMÉDIAIRE  DES  CHERCHEURS  ET  DES 
CURIEUX.  —  En  vente  à  la  librairie  Sandoz  et  Fischba- 
clier,  33,  rue  de  Seine,  à  Paris.  —  Prix  :  1™  année,  15  fr.; 
2°  année,  10  fr.;  3"=  année,  12  fr.;  4"  année,  8  fr.;  5«  année, 
12  fr.  —  Chaque  année  se  vend  séparément.  —  Envoi 
franco  pour  la  France. 


DU  DIALECTE  BLAISOIS  et  de  sa  conformité  avec 
l'ancienne  langue  et  l'ancienne  prononciation  française. — 
Thèse  présentée  à  la  faculté  des  lettres  de  Paris,  par  F. 
T.iLDERT,  professeur  de  rhétorique  au  prytanée  militaire  de 
La  Flèche.  —  Paris,  Ernest  Tkorin,  éditeur,  libraire  du 
Collège  lie  France  et  de  l'Ecole  normale  supérieure,  7,  rue 
de  Médicis. 


CHANSONS  POPULAIRES  DE  LA  FRANCE,  AN- 
CIENNES ET  MODERNES,  classées  par  ordre  chrono- 


LE   COURRIER   DE   VAUGELAS 


logique  et  par  noms  d'auteurs,  avec  biographie  et  notices. 
—  Par  Louis  Montjoie.  —  In-32.  —  Paris,  librairie  Gar- 
nier  frères,  6,  rue  des  Saints-Pères. 


LE  CYMBALUM  MUNDI,  précédé  des  Nouvelles  re- 
créations et  joyeux  devis  de  Boxaventure  des  Periers.  — 
Nouvelle  édition,  revue  et  corrigée  sur  les  éditions  origi- 
nales avec  des  notes  et  une  notice.  —  Par  P.-L.  Jacob, 
bibliophile.  —  Paris,  Adolphe  Delahays,  éditeur,  i-6,  rue 
Voltaire.  —  Prix;  in-16  :  5  fr.  ;  in-S"  :  2  fr.  50. 


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5  fr.  ;  in-18  Jésus,  2  fr.  50. 


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Charles  SoREL,sieurdeSouvigny.  — Nouvelle  édition,  avec 
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LE  COURRIER  DE  VAUGELAS  (première,  seconde, 
troisième  et  quatrième  année).  —  En  vente  au  bureau  du 
Courrier  de  Vaugelas,  26,  boulevard  des  Italiens.  —  Prix 
de  chaque  année,  broché,  6  fr.  —  Envoi  franco  pour  la 
France,  l'Algérie  et  l'Alsace-Lorraine. 


PROPOS  RUSTIQUES,  BALIVERNES,  CONTES  ET 
DISCOURS  D'EUTRAPEL.  —  Par  Noël  du  Fail,  seigneur 
de  la  Hérissaye,  gentilhomme  breton.  —  Edition  annotée, 
précédée  d'un  essai  sur  Noël  du  Fail  et  ses  écrits.  —  Par 
Marie  Guichard.  —  Paris,  librairie  Charpentier,  19,  rue  de 
Lille. 


RENSEIGNEMENTS 
Pour  les  Français  qui  désirent  aller  professer  leur  langue  à  l'étranger. 


I. 

Les  Professeurs  de  français  désirant  trouver  des  places  en  Angleterre  peuvent  s'adresser  en  toute  confiance  au 
Secrétaire  du  Collège  des  Précepteurs,  /i2,  Queen  Square  à  Londres,.  W.  C,  qui  leur  indiquera  les  formalités  à  remplir 
pour  se  faire  inscrire  sur  le  registre  des  demandes  d'emploi  ouvert  dans  cet  établissement. 

II. 

Sous  le  titre  de  Revue  anglo- française,  il  paraît  à  Brigthon  une  publication  mensuelle  dont  le  directeur,  le  Révérend 
César  Pascal,  se  charge  de  procurer  gratis,  pour  I'Angleterbe  ou  le  Continent,  des  places  de  professeur  et  d'institutrice  à 
ceux  de  ses  abonnés  qui  se  trouvent  munis  des  recommandations  nécessaires.  —  L'abonnement  est  de  10  fr.  pour  la 
France,  et  il  se  prend  àParischezMM.  Sandoz  et  Fischbacher,  libraires,  33,  rue  de  Seine,  ou  à  la  librairie  Grassart, 
2,  rue  de  la  Paix. 


CONCOURS    LITTÉRAIRES. 


Appel  aux  Prosateurs. 
L'Académie  française  propose  pour  le  prix  d'éloquence  à  décerner  en  1876  un  Discours  sur  le  génie  de  Rabelais, 
Sur  le  caractère  et  ta  portée  de  son  œuvre.  —  Les  ouvrages  adressés  au  Concours  seront  reçus  au  secrétariat  de 
l'Institut  jusqu'au  15  février  1876,  terme  de  rigueur,  et  ils  doivent  parvenir  francs  de  port.  —  Les  manuscrits 
porteront  chacun  une  épigraphe  ou  devise  qui  sera  répétée  dans  un  billet  cacheté  joint  à  l'ouvrage  ;  ce  billet  contiendra 
le  nom  et  l'adresse  de  l'auteur,  qui  ne  doit  pas  se  faire  connaître.  —  On  ne  rendra  aucun  des  ouvrages  envoyés  au 
Concours,  mais  les  auteurs  pourront  en  faire  prendre  copie  s'ils  en  ont  besoin. 


Appel  avx  Poètes. 


Le  prix  de  poésie  fondé  par  M.  le  docteur  Andrevetan,  avec  l'aide  de  la  ville  d'Annecy  (200  francs),  sera  décerné  par 
la  Société  Florimontane  en  juillet  1875.  —  Les  auteurs  devront  déclarer  par  écrit  que  leurs  envois  sont  inédits  et 
n'ont  été  présentés  à  aucun  autre  concours.  —  Tout  auteur  qui  se  ferait  connaître  serait  exclu  :  les  envois  porteront 
une  épigraphe  qui  sera  répétée  à  l'extérieur  d'un  billet  cacheté,  indiquant  le  nom  et  le  domicile  de  l'auteur.  — 
Sont  seuls  admis  à  concourir:  1°  les  Français,  excepté  les  membres  effectifs  de  la  Société  Florimontane;  2»  les 
étrangers,  membres  effectifs  ou  correspondants  de  cette  Société.  —  Les  manuscrits  devront  être  adressés  au  Secrétaire 
de  la  Société  Florimontane,  avant  le  1"  juillet  1875.  —  Ils  resteront  déposés  aux  archives  de  ladite  Société,  où  les 
auteurs  pourront  en  prendre  connaissance.  —  Le  sujet,  laissé  au  choix  des  concurrents,  ne  peut  être  traité  en  moins 
de  cent  vers. 

L'Académie  française  donne  pour  sujet  du  prix  de  poésie  à  décerner  en  1875  :  Livingstone.  —  Le  nombre  des  vers 
ne  doit  pas  excéder  celui  de  deux  cents.  —  Les  pièces  de  vers  destinées  à  concourir  devront  être  envoyées  au  secré- 
tariat de  l'Institut,  franches  de  port,  avant  le  15  février  1875,  terme  de  rigueur.  —  Les  manuscrits  porteront  chacun 
une  épigraphe  ou  devise  qui  sera' répétée  dans  un  billet  cacheté  joint  à  l'ouvrage;  ce  billet  contiendra  le  nom  et 
l'adresse  de  l'auteur,  qui  ne  doit  pas  se  faire  connaître.  —  On  ne  rendra  aucun  des  ouvrages  envoyés  au  concours, 
mais  les  auteurs  pourront  en  faire  prendre  copie. 


Le  rédacteur  du  Courrier  de  Vauç/rla.-!  est  visible  à  son  bureau  de  7nidi  à  une  heure  et  demie. 


Imprimerie  Gouvkrneur,  G.  Daupeley  à  Nogeut-le-Hotrou. 


5*  Année. 


N°   19. 


1"  Janvier  1875. 


QUESTIONS 
GRAMMATICALES 


LE 


QUESTIONS 

PHILOLOGIQUES 


}RAMMAUUAI.l.^  -j^-j^         Tri>-  -^ 

^-^^\  \\)>'  Journal  Semi-Meiisuel  ^J  J  A  r\ 

V      X^     CONSACRÉ    A    LA    PROPAGATION     UNIVERSELLE     DE    LA   LANGUE     FRANÇAISE       "^>(  ^ 


Paralaaant    la    1"  «t    le    15    de   ehaane   mois 


PRIX  : 

Abonnement  pour  la  France.    6  f. 

Idem        pour  l'Élranger   10  f. 

Annonces,  la  ligne  .     .     .    .  50  c 

Rédacteur:  Eman  MARTIN 

ANCIEN     PROFESSEUR      SPÉCIAL      POUR      LES      ÉTRANGERS 

Officier  d'Académie 
26,  boulevard  des  Italiens,  Paris. 

ON  S'ABONNE 

En  envoyant  un  mandat  sur  la  poste 
soit  au  Rédacteur,  soit  à  rAdm' 
M.  FisCHBACHEH,  33,  rue  de  Seine. 

SOM.MAIRE. 
Cïommunication  relative  au  nom  des  habitanls  de  Pau:  —  Origine 
de  certains  gentilés  irréguliers;  —  Élymologie  de  F/ajonier; 
—  Pourquoi  le  participe  passé  n'ayant  d'autre  régime  que  en  ne 
s'accordel-il  pas;  —  Variante  de  l'explication  que  lirct  a  don- 
née de  Tartuffe.  ||  Si  l'on  peut  se  servir  de  L'ctre  pour  tenir 
lieu  d'un  verbe  employé  au  passif;  —  Comment  Sorcellerie 
peut  dériver  de  Sorcier.  ||  Passe-temps  grammatical,  i  Suite 
de  la  biographie  de  Vaugelas.  ||  Ouvrages  de  grammaire  et  de 
littérature.  ||  Renseignements  pour  les  jirofesseurs  français  qui 
désirent  aller  à  l'étranger.  ||  Concours  littéraires. 


FRANCE 


COMMUNICATIONS. 

Je  viens  de  recevoir  la  note  suivante,  qui  est  à  la  fois 
une  reclificatiou  et  l'explication  du  nom  des  liabitanls 
d'une  ville  du  midi  de  la  France  : 

Il  est  observé  que  dans  le  numéro  du  Courrier  de  Vau- 
gelas du  1"  septembre  1874,  on  donne  le  nom  dp  Paunieas 
aux  liabitants  de  la  ville  de  Pau.  Il  y  a  là  erreur.  Les  habi- 
tants de  Pau  s'appellent  Palesiens,  du  nom  de  Palo  (pieu), 
qui  forme  une  des  parties  principales  des  armoiries  par- 
lantes de  la  ville.  En  effet,  en  ces  armoiries,  accordées  aux 
jurais  de  Pau,  par  Gaston  XI,  en  148i,  se  trouvent  trois 
pieux  (sur  l'un  desquels,  celui  du  milieu,  se  tient  perché 
un  paon  fesant  la  roue).  Ces  pieux  signifient  qu'au  x*  siècle, 
les  habitants  de  la  vallée  d'Ossau  concédèrent  au  vicomte 
de  Bèarn  un  terrain  situé  à  l'extrémité  occidentale  de  la 
ville  actuelle  pour  s'y  bâtir  un  château,  et  que,  pour  fixer 
les  limites  de  la  concession  qu'ils  prétendaient  faire,  ils 
plantèrent  trois  pieux  (pâli). 

C'est  â  cette  circonstance  que  le  château  doit  le  nom 
de  Pal  ou  pieu  (en  patois  du  pays  Fait).  Dans  la  suite, 
quelques  maisons  vinrent  se  grouper  autour  de  cette 
habitation  princière  et  donnèrent  naissance  à  la  ville  de 
Pau. 

Je  savais  l'origine  du  nom  de  Pmi;  mais  comme  le 
dictionnaire  de  Boissière  donne  Pauniens  pour  celui  des 
habitants  de  cette  ville,  j'avais  cru  qu'il  y  avait  eu  là 
un  changement  de  /en  «,  et  j'avais  adopté  Pauniens. 
La  note  que  je  viens  de  transcrire  prouve  que  je  m'étais 
trompé  :  mes  remerciements  à  l'auteur  anonyme  qui  a 
bien  voulu  me  l'adresser. 


Réponse  à  M.  Fillemin. 

Le  nom  des  habitants  d'une  ville  se  forme  générale- 
ment du  nom  de  cette  ville  en  y  ajoutant  les  terminai- 
sons ois,  «w  (Voir  la  raison  de  cette  double  finale  dans 
le  Courrier  de  Vaugelas,  2«  année,  p.  165)  : 

Lille,  les  Lillois:  Rouen,  les  Roucnnais,  etc. 

D'autres  se  forment  plus  ou  moins  capricieusement 
par  l'addition  de  ain,  in,  éen  ou  ien,  on,  isfe;  ainsi  on 
dit: 

Aigues-Mortes,  les  Aiguës- Mortains:  Belfort,  les  .Be^/'orfnis; 
Annonay,  les  Annonéens:  Arles,  les  Arlésiens;  Saintes,  les 
Saintons;  Landerneau,  les  Landernistes. 

Mais  il  y  en  beaucoup  qui  présentent  un  radical 
différent  de  celui  du  nom  de  la  ville  actuelle,  et  c'est 
cette  difficulté,  dont  la  clef  a  déjà  été  donnée  par 
M.  Fillemin,  que  je  me  propose  de  résoudre  ici  en 
détail. 

Je  prendrai  à  cet  ed'et,  par  ordre  alphabétique,  les 
gentilés  irréguliers  des  deux  listes  que  j'ai  publiées,  en 
faisant  suivre  chacun  du  nom  de  la  ville  à  laquelle  il  se 
rapporte. 

A. 

Les  Auscitains  (Auch)  de  Ausci,  peuple  dont  Auch  était 
jadis  le  chef-lieu;  —  les  Airebales  (Arras),  parce  que  cette 
ville  était  autrefois  la  capitale  des  Atrebates:  —  les  Ange- 
vins (Angers)  de  Andecavi: — les  Angoumoisins  (Angoulême), 
de  l'ancien  nom  Jnculisma:  —  les  AII)igeois[\\by),de  Albigai 
ancien  nom  de  celte  ville;  les  Alréens  (Auray),  al  se  pro- 
nonçait autrefois  au,  et  a  fini  par  s'écrire  de  même;  —  les 
Aplesiens  (Apt),  de  Apia  Julia,  l'ancien  nom. 

B. 

Les  Bituriges  (Bourgps),  de  Bituriges,  ancien  nom  de  cette 
ville;  —  les  Bolonais  (Boulogne),  de  Bolonia,  en  latin  mo- 
derne; —  les  Bordelais  (Bordeaux),  de  Burdigala  devenu 
probablement  Bourdel,  prononcé  Bourdeu;  —  les  Bizonlins 
(Besançon),  de  Visontio,  nom  ancien  de  cette  ville  ;  —  les 
Biterrois  (Béziers),  à  cause  du  Bi'crrx,  dernier  nom  latin 
de  Béziers  ;  —  les  Brivadois  (Brioudo),  de  Brivas,  l'ancien 
nom;  —  les  Briochins  (Saint-Brieuc),  de  Briocum  ou  Fanum 
sancii  Brioci,  en  latin  moderne. 

C. 

Les  Cadurques  (Cahors),  de  Cadurcum,  ancien  nom  de  la 
ville  de  Cahors. 


H46 


LE  COCRRIER  DE  VACGELAS 


E. 
Les  Augiens  (Eu),  de  Alga,  Autjn,  nom  latin  de  cette  ville; 

—  les  Ebrolciens  (Evreux),  de  Ebrolcum,  nom  de  la  ville  au 
moyen  âge. 

G. 
Les   Gapençois  (Gap),  de   l'ancien   nom  Vapincum;  —  les 
Graylois  (Gray),  de  Grael,  mot  celtique  signifiant  passage. 

L. 
Les  Lémovices  (Limoges),  de  Lemovices,  l'ancien  nom  latin; 

—  les  Lexoviens  (Lisieux),  de  Lexovium,  capitale  du  peuple 
de  ce  nom;  —  les  Laclorata  (Lectoure),  parce  que  cette 
ville  fut  jadis  la  capitale  des  Ladoiates;  —  les  Ledoniens 
(Lons-le-Saulnier),  de  Ledo  Salinarius. 

M. 
Les  Monlalbanais  (Montauban),  de  Mons  Atbanus,  l'ancien 
nom;  —  les  Meldois  ou  Metdiens  (Mcaus),  de  Meldi,  nom  des 
anciens  habitants  de  la  Brie;  —  les  Malbodiens  (Maubeugt), 
de  Malbodium,  le  nom  latin;  —  les  Monspessiilaiis  (Mont- 
pellier), de  Mons  Pesiulauus,  le  nom  au  moyen  âge;  —  les 
Monagasques  ou  Monacasques  (Monaco),  de  Hercatis  ilomcci 
portas. 

N. 
Les  Nivernois  (Ne vers),  de  l'ancien  nom  A'eviruum. 

P. 
Les  Pictaviens  (Poitiers),  de  Pictavi,  le  dernier  nom  latin 
de  cette  ville;  —  les  Petrocoriens  (Périgueu.x),  de  Petiocoiii, 
l'ancien  peuple  de  la  contrée;  —  les  Palcsiens  (Pau),  dont 
l'origine  est  donnée  par  la  communication  précédente;  — 
les  Mussipontins  (Pont-â-.\lousson),  de  Mussi  Pons,  le  nom 
latin;  —  les  Pontissatiens  (Pontarlier),  de  l'ancien  nom  Pons 
jEIH. 

R. 
Les  Rutkénes  ou  Butheniens  (Rliodez),  parce  que  cette  ville 
était  la  capitale  des  Rutliènes,    Civilas  Bulhenorum;  —  les 
Rambolitains  (Bambouillet),  de  Ramboleium .  nom  latin. 
S. 
Les  Sagiens  ou  Saiens  (Sèez),  de  l'ancien  nom  de  peuple 
Sagti;  —  les  Saintons  (Saintes),  de   Santones;  —  Saint-Dyo- 
nisiens  (Saint-Denis),  du  nom  latin   Byonisîus;  —  les  Séno- 
nais   (Sens),   de   Senones;  —  les  Aiidoinarcens  (Sainl-Omer), 
de  Audotnarus,  moine  de  Luxeuil  qui  devint  évêque  de  Tlie- 
rouanne,  près  de  la  ville  actuelle;  —  les  Uléphanais  (Sdint- 
Éiienne),  de  Stéphane,  d'où  est  venu  Etienne. 
T. 
Les  TrécoTois  ou  Trégorois  (Tréguier),  de  Trecora  ou  Tre- 
corium;  —  les  Tourangeaux  (Tours),  nom  désignant  le.s  habi- 
tants de  la  Touraine;  —les  Thiernois  (Thiers),  de  Tigernum 
Castrum;—\es  Turquenois  (Tourcoin),  du  celtique  Tour-Ken, 
fort  sur  une  hauteur. 

V. 
Les  Vannetni.<i  ou  Vanèles  (Vannes),  du  nom  latin  Veneti; 
—  les  Vèsuliens  (Vesoul),  de  Vesulium,  l'ancien  nom. 

X 
Première  Question. 
Pourriez-volts  me  donner  l'étymologie  du  verbe  fla- 
GORNEK?  Le  diclionnaire  étipnokxjique  de  Brucliet  dé- 
clare quelle  est  inconnue. 

Ce  verbe  a  été  ex|)liqué  de  deux  manières  : 
\°  D'après  Le  Duclial,  dont  l'opinion  est  approuvée 
par  le  cclèhre  Diez,  Flagorner  est  un  mot  de  fantaisie 
composi-  des  éléments  /latlcr  et  corner  atix  oreilles). 

2°  M.  Liltré  y  voit  une  altération  de  flageoler,  jouer 
du  flageolet,  au  figuré,  piper,  attendu  que  le  sens  an- 
ci<'n  de //(((/0/7W7' est  Icivardcr,  dire  à  roreille,  et  que 
c'est  aussi  lo  sens  de  /lar/eoler;  mais  la  sjllaln!  /la,  qui 
semble  se  rattacher  à  /laflrr,  a  été  peut-être  une  des 
causes  qui  lui  ont  fait  prendre  le  sens  actuel. 


Laquelle  de  ces  étymologies  est  la  bonne? 

Supposons  que  ce  soit  la  première.  Sans  doute  que 
('  =  g;  mais  corner,  dont  j'ai  parcouru  l'historique  dans 
le  dictionnaire  de  Littré,  n'a  jamais  signifié  bavarder, 
ni  dire  bas  à  l'oreille;  le  sens  de  corner  me  semble 
repousser  l'élymologie  en  question. 

Suivant  la  seconde,  on  aurait  fait  flagornerai  flageo- 
ler, ou,  en  d'autres  termes,  la  partie  geoler  se  serait 
corrompue  en  gorner.  Mais  si  j'ai  vu  maintes  fois  / 
changée  en  «,je  ne  l'ai  jamais  vue  transformée  en  r«, 
ce  qui,  à  mes  yeux,  rend  cette  seconde  étymologie 
complètement  impossible. 

L'origine  du  terme  flagorner  était  donc  encore  à 
découvrir.  Je  lai  cherchée,  et  je  suis  arrivé  à  un  résul- 
tat qui  vous  paraîtra,  je  l'espère,  assez  satisfaisant. 

J'ai  trouvé  ce  qui  suit  dans  le  Dictionnaire  étymolo- 
gique de  MM.  Noël  et  Charpentier  : 

Flagorner,  dans  la  Farce  de  Patliclin,  est  pris  dans  le  sens 
de  dire  des  riens,de  conter  des  sornettes.  GuUlemelte,  jouant 
l'affligée,  dit  au  drapier: 

Hêlas!  sire, 

Chacun  n'a  pas  si  faim  de  rire 
Comme  vous,  ne  de  flagorner. 

Et  cela  m'a  suggéré  l'idée  que  gorner,  la  dernière 
partie  du  mot  qui  nous  occupe,  pourrait  bien  venir  de 
sorne,  ancien  mot  français  qui  a  donné  pour  diminutif 
sornette,  qui  avait  pour  verbe  correspondant  sorner, 
dire  des  sornettes,  et  que  Diez  dérive  du  kimry  swrn, 
bagatelle. 

Quant  à  fla,  il  pourrait  venir  du  grec  çXaÇw,  dont 
un  composé  r.i^'kxc[j.x  voulait  dire,  au  figuré,  parole 
emphatique,  style  boursoufflé;  ce  serait  la  syllabe  qui, 
par  redoublement,  aurait  fait  flafla,  mot  populaire  chez 
nous,  signifiant  «  étalage  pompeux  en  paroles  ou  en 
actions  »,  si  le  Dictionnaire  de  la  langue  verte  nous 
renseigne  bien  à  ce  sujet. 

Après  avoir  été  réunis  comme  tu  et  toi  dans  tutoyer, 
les  deux  éléments  fla  et  sorne,  suivis  d'une  r,  seraient 
arrivés  par  le  changement  assez  naturel,  je  crois,  de  s 
en  :;,  de  -  en  j,  et  de  J  en  g  k  former  ainsi  qu'il  suit  le 
verbe  flagorner  : 

Fia— sorner 

Fia— lorner 

Fia— jorner 

Fia— fforner. 

Du  reste,  si  flagorner  a  bien  été  formé  comme  je 
viens  de  le  dire,  son  élymologie  doit  expliquer  les 
diverses  significations  qu'il  a  ou  qu'il  a  pu  avoir.  Voyons 
ce  qu'il  en  est. 

4°  Avec  fla  signifiant  étalage  pompeux  de  paroles,  et 
sorne,  qui  rappelle  l'idée  de  bagatelle,  le  mot  flagorner 
doit  signifier  conter  pompeusement  des  sornettes,  dire 
des  inutilités,  bavarder.  Or,  n'est-ce  pas  le  sens  qu'il  a 
eu  dans  l'origine,  celui  qu'on  lui  voit  dans  les  vers  de 
Palhelin? 

i"  Pourquoi  conte-l-on  des  sornettes  en  empruntant 
la  poiii|)e  du  discours'?  Pour  l;iclier  d'arriver  à  plaire, 
d'en  liror  un  avantage.  (Jr,  flagorner  est  devenu  synO' 
nyiiie  de  flatter,  faire  sa  coin'  aux  dépens  des  autres; 
mais  avec  cotte  différence  qu'il  contient  une  idée  de 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


147 


bassesse  qui  n'est   pas  dans  ce  dernier,  ce  qui  ressort 
pleinement  de  ces  exemples  : 

J'appris  par  ce  succès  de  mon  tardif  coup  d'essai  ^  ne 
plus  me  mêler  de  vouloir  fla/jonier  et  flatter  maigre 
Minerve. 

(J.-J.  Rousseau.  Con/ess.,  X[.} 

Après  que  ledit  Paul  sera  d('tenu  è.';  prisons  de  Paris  aussi 
longtemps  qu'il  conviendra  pour  l'entière  satisfartion  des 
dits  courtisans,  gens  de  cour,  flatteurs,  flagorneurs  flagor- 
nant par  tout  le  roj'aume. 

{P.-L.  Courier,  Aux  âmes  dévoles.) 

3»  Le  verbe  flatter,  dont  on  a  cru  apercevoir  le  radi- 
cal dans  /Ingonier,  s'est  employé  à  l'origine  (comme  il 
le  fait  eucore  maintenant  parmi  les  écoliers  dans 
quelques  parties  du  département  d'Eure-et-Loir)  pour 
signifier  rapporter.  Or,  ce  sens,  donné  à  la  syllabe 
initiale  de  flayorner,  a  fini,  grâce  probablement  à  l'igno- 
rance de  l'étymologie  de  ce  mot,  par  absorber  entière- 
ment le  sens  de  l'autre  élément,  et,  depuis  le  com- 
mencement du  XVII*  siècle  jusqu'au-delà  de  la  première 
moitié  du  xviii',  flagorner  s'est  dit,  comme  synonyme 
de  rapporter,  particulièrement  en  parlant  d'un  domes- 
tique qui  chercbe,  aux  dépens  des  autres,  à  obtenir  les 
faveurs  de  son  maître.  On  trouve  en  eiTet  dans  Furetière 
(<727),  et  dans  Trévoux  (1771),  l'explication  suivante 
de  ce  verbe  : 

Vieux  mot  populaire  qui  signifie  faire  de  mauvais  rap- 
ports à  son  maiire  des  autres  domestiques  pour  faire  le 
bon  valet  ;  Il  va  flagorner  aux  oreilles  de  son  maître. 

L'étymologie  que  je  pro[)Ose  s'appuie  sur  des  permu- 
tations qui  ne  semblent  point  impossibles;  elle  explique 
toutes  les  significations  qu'a  eues  ou  que  peut  avoir 
encore  le  verbe  flagorner.  Y  aurait-il  témérité  a  croire 
que  cette  étymologie  est  la  vraie? 

X 

Seconde  Question. 
Pourquoi  le  participe  pa.sac  ayant  pour  seul  régime 
le  mot  EN  ne  varie-t-il  pas  comme  tout  autre  participe 
précédé  de  son  régime  direct  ? 

Appliquant  la  règle  générale,  les  écrivains  du  xvu'et 
du  xviii'  siècle  faisaient  accorder  le  participe  ayant 
pour  régime  en  aveclesubslantif  dont  ce  pronom  tenait 
la  place  : 

L'usage  des  cloches  est,  chez  les  Chinois,  de  la  plus  haute 
antiquité,  nous  n'en  avons  eues  en  France  qu'au  vr  siècle 
de  DOtr,e  ère. 

(Voltaire,  dans  la  Gram.  nat.,  p.  703.) 

■Vous  critiquez  nos  pièces  de  théâtre  avec  l'avantage  non- 
seulement  d'e»  avoir  eues,  mais  encore  A'en  avOir  faites. 

(D'Alembert.  idem.) 

J'avais  cherché  un  moyen  de  donner  â  rries  observations 
sur  ces  lois  un  air  de  nouveauté.  Comme  je  viens  de  le 
dire,  à  plusieurs  époques  on  en  a  proposées  et  accepiée'.. 

{Benjamin  Constant,  idem.) 

Mais  les  grammairiens  ne  goûtèrent  pas  tous  cette 
simplicité;  il  y  en  eut  qui  virent  dans  le  pronom  en  un 
régime  indirect  à  cause  du  de  qui  procède  le  substantif 
pour  lequel  il  est  mis  'ce  qui  est  une  erreur,  puisque 
ce  substantif  se  mettrait  à  l'accusatif  en  latin  :  nous 
avons  du  pain,  des  amis,  habrmus  panem,  amicos  ,  et 


comme  ils  se  trouvèrent  plus  nombreux  ou  plus  auto- 
risés que  ceux  qui  y  voyaient  avec  raison  un  régime 
direct,  leur  opinion  prévalut,  et  l'on  finit  par  toujours 
écrire,  dans  ce  cas,  le  participe  invariable. 

Je  ne  saclie  pas  qu'il  y  ait  à  expliquer  autrement 
l'exception  relativement  moderne  qui  a  condamné  en 
que'que  sorte  à  l'invariabilité  tout  participe  ayant  pour 
seul  régime  le  pronom  en. 

X 

Troisième  Question. 

Dans  votre  numéro  du  I"  décembre,  vous  partes 
d'une  variante  de  l'explication  du  mot  tartcffe ^jf?r 
liret.  Ne  vous  serait-il  pas  possible  d'en  donner  le 
texte?  Pour  mon  compte,  je  vous  en  serais  bien  recon- 
naissant. 

Voici  cette  pièce,  publiée  par  le  îVational  du  2  sep- 
tembre 1873,  et  que  j'ai  pu  recueillir,  un  heureux 
hasard  m'ayant  fait  prendre  ce  jour-là  le  journal  de 
M.  Roussel  pour  y  chercher  des  phrases  fautives  : 

Une  curieuse  anecdote  sur  Tartuffe,  trouvée  par  un  de 
nos  confrères  dans  les  lettres  peu  connues  de  Barilli,  chan- 
teur italien  qui,  en  1808,  faisait  partie  de  la  musique  par- 
ticulière de  I  Empereur,  et  qu'il  quitta  ensuite  pour  entrer 
au  Théâtre-Italien,  en  qualité  de  primo  buffe.  Le  grand- 
pere  de  Barilli  avait  été  secrétaire  du  nonce  du  pape 
à  Paris,  et  c'est  dans  ses  papiers  que  Barilli  prétend  avoir 
trouvé  son  historiette.  Quoi  qu'il  en  soit,  voici  ce  qu'il 
raconte  : 

«  .\umomentoù  Molière  travaillait  à  son  immortelle  comé- 
die, il  se  trouva  à  dîner  un  jour  chez  un  grand  person- 
nage, en  compagnie  de  deux  ecclésiastiques  italiens,  dont 
l'un,  avec  son  air  mortifié,  mais  faux,  rendait  assez  bien 
l'idée  du  caractère  que  le  poète  comique  était  en  train  de 
mettre  en  scène. 

(i  On  servit  une  oie  rOtie,  entièrement  bondée  de  ces  suc- 
culents tubercules  si  vantés  par  Brillat-Savann;  à  cet  aspect, 
l'un  des  ecclésiastiques  sembla  sortir  tout  à  coup  du  dévot 
silence  qu'il  s'était  imposé,  et  quand  le  plat  vint  à  lui,  il 
choisit  saintement  les  plus  belles  truffes,  en  murmurant 
d'un  ton  béat  :  Tartuffoli,  signor,  tartuffoli! 

5  Molière,  dont  l'esprit  était  toujours  en  éveil,  fut  frappé 
par  les  allures  papelardes  de  cet  homme  qui  réalisait,  sous 
plusieurs  rapports,  le  type  de  son  imposteur,  et  c'est  à 
cause  de  cette  exclamation  Tarlujfoli,  tartuffoli,  qu'il  adopta 
pour  son  personnage  le  nom  de  Tartuffe.  » 


ÉTRANGER 


Première  Question. 

Voici  une  plirase  oii  le  mot  le,  suivi  du  verbe  étiie, 
est  mis  pour  le  participe  d'un  verbe  passif  quand  il  nij 
a  auparavant  que  ce  même  verbe  sous  forme  active  : 
«  J'espérerai  mus  faire  ATTiiiBrER  cette  Imur.'ie  tant 
qu'elle  ne  le  sera  pas  à  un  autre.  »  Est -il  permis  de 
construire  le  pronom  le  de  cette  façon  ? 

On  est  loin  d'être  d'accord  à  ce  sujet. 

Ré-'nierDesmarais,  dont  la  grammaire  exprime  en 
quelque  sorte  l'opinion  de  l'Académie,  est  d'avis  'p.  3)31 
qile  /''  peut  très-bien  remplacer  un  |iarlicipe  passé  après 


us 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


être,  à  quelque  temps  que  ce  soit.  Ce  serait,  selon  lui, 
o  une  espèce  d'affeclation  vicieuse  »  de  construire  avec 
le  participe,  parce  que  Vêlre  dit  la  même  chose  et  «  d'une 
façon  plus  abbregée  >'. 

D'après  De  Waiily  (p.  336),  il  vaut  mieux  employer  le 
participe  que  de  le  remplacer  par  le. 

M.  Bescherelle  [Grain.  ?iat.,  p.  367)  pense  aussi  que 
la  construction  qui  consiste  à  maintenir  le  participe  est 
préférable  comme  «  plus  claire  »  et  «  plus  conforme  »  à 
l'usage  des  meilleurs  écrivains. 

Enfin,  M.  Littré  vient  proscrire  à  son  tour  l'emploi 
de  l'être,  et  déclare  que  les  phrases  suivantes  offrent 
une  mauvaise  construction  : 

Je  ie  traiterai  comme  il  mérite  de  l'être. 
Il  corrigerait  ces  abus  s'ils  pouvaient  l'être. 

Il  y  faudrait  :  comme  il  mérite  d'être  traité,  s'ils 
pouvaient  être  corrigés;  c'est  une  règle  «  absolue  ». 

Cependant  que  d'écrivains,  et  de  ceux  qui  ne  comp- 
tent pas  au  dernier  rang  dans  notre  littérature,  n'ont 
tenu  aucun  compte  de  la  règle  en  question!  Qu'on  en 
juge  plutôt  par  ces  exemples  : 

(xvn'  siècle) 

Celte  femme  est  belle,  et  j'aurais  un  grand  penchant  à 
l'aime'",  si  ce  qu'on  m'a  dit  de  son  inconstance  ne  la  ren- 
dait indigne  de  l'être. 

(Corneille,  dans  la  Gram.  nat.,  p.  367.) 

Les  autres  suent  dans  leurs  cabinets  pour  montrer  aux 
savans  qu'ils  ont  résolu  une  question  d'algèbre  qui  n'avait 
pu  l'être  jusqu'ici. 

tPascal,  dans  Âubertin,  p.  35l  ) 

(xvin=  siècle) 

Le  bœuf  remplit  ses  premiers  estomacs  tout  autant  qu'ils 
peuvent  l'être. 

(Buffon,  dans  la  Gram.  nat.,  p.  367-) 

On  ne  peut  vous  estimer  et  vous  aimer  plus  que  vous  ne 
l'êtes  du  vieux  solitaire. 

(Voltaire,  idem.) 

(xix"  siècle) 

J'ai  la  conscience  d'avoir  servi  la  légitimité  comme  elle 
devait  l'être. 

(Chateaubriand,  dans  Aubertin,  p.  aSi.) 
11  faut  vous  décider,  car  moi  je  le  suis. 

(Alphonse  Karr,  idem.) 

Qui  donc  croire  ici?  Les  auteurs,  qui  dans  cette  ma- 
tière ont  certainement  voix  au  chapitre,  puisqu'ils  repré- 
sentent l'autorité  de  l'usage,  ou  les  grammairiens,  qui 
ont  tout  autant  le  droit  de  se  faire  entendre'? 

Je  vais  vous  donner  une  solution  propre,  il  me  semble, 
à  terminer  ce  grave  dilferend. 

Si  je  ne  me  trompe,  voici  comment  s'est  successive- 
ment étendu  l'emploi  du  pronom  /«dans  le  sens  neutre  : 

D'abord,  ce  mot  s'est  mis  à  la  place  d'un  adjectif  ou 
d'un  participe  passé  qui,  suns  lui,  aurait  dû  être  répété, 
ce  qui  a  permis  à  Mme  George  Sand  de  dire  : 

Olil  que  (le  mal  vous  m'avez  fait,  cruelle  mamita!  Vous 
m'avez  aimée  comme  je  ne  le  serai  jamais  de  personne. 

au  lieu  de  : 

Vous  m'aie;  aimée  comme  je  ne  serai  jamais  aimée  de 

pei  sonne. 

En.sMilo,  quand  après  le  verbe  rire  se  trouva  un  par- 
ticipe identique  de  prononciation  avec  une  forme  active 


à  laquelle  le  même  verbe  était  employé  précédemment, 
on  substitua  encore  le  à  ce  participe  : 

Il  la  regarda  et  lut  dans  ses  yeux.  Il  la  servit  comme  elle 
voulait  l'être  [servie]. 

(Michelet,  dans  Âubertin,  p.  a5i.} 

On  ne  peut  bien  déclamer  que  ce  qui  mérite  de  l'être 
[déclamé]. 

(Voltaire,  .Siècfe  de  Louis  XIV ,  Lulli.) 

La  masse  des  spectateurs  court  risque  de  s'entre-égorger, 
chacun  codant  à  la  crainte  de  l'être  [égorgé]. 

(Georges  Sand.) 

Enfin,  l'analogie  finit  par  faire  remplacer,  au  moyen 
de  le,  tout  participe  se  rapportant  à  un  verbe  actif  em- 
ployé à  une  personne  qui  différait  de  son  avec  ledit  par- 
ticipe, comme  dans  ces  exemples  : 

On  paya  alors  avec  cet  argent  tous  ceux  qui  voulurent 
l'être  [payés]. 

(Voltaire,  dans  Aubertin,  p.  a5l.) 

11  les  traite  comme  il  l'a  été  [traite]  tout  à  l'heure. 

(Michelet,  id«m,) 
Il  est  difficile  à'embellir  ce  qui  ne  doit  Teïre  [embelli]  que 
jusqu'à  un  certain  degré. 

(Thomas,  dans  la  Gram.  nat.,  p.  367.) 

Je  Vaimerois  si  son  inconstance  ne  la  rendoit  indigne  de 
l'être  [aimée]. 

(Régnier-Desmarais,  Gram.') 

Or,  dans  ces  dernières  phrases,  on  a  été  évidemment 
trop  loin;  c^v paya  eipaijé,  traite  et  traité,  embellir  et 
embelli,  aimerais  et  aimée  ne  se  prononçant  pas  de  la 
même  manière,  il  n'y  avait  pas  lieu  d'appliquer  le  prin- 
cipe tout  d'euphonie  sur  lequel  repose  la  substitution 
de  le  à  un  adjectif  ou  à  un  participe. 

D'oîi  je  conclus  que,  excepté  dans  le  cas  où  il  n'y  a 
pas  identité  de  son,  on  peut  toujours  remplacer  avanta- 
geusement par  le  un  verbe  mis  à  l'actif,  si  ce  pronom  le 
fait  sous-entendre  dans  un  sens  passif,  et  qu'en  consé- 
quence, la  phrase  que  vous  me  proposez  est  irrépro- 
chable de  construction,  puisque  le  participe  attribuée, 
qui  s'y  rencontre,  sonne  comme  l'infinitif  attribuer. 

X 

Seconde  Question. 

Puisqu'on  dit  sorcier,  pourquoi  dit-on  sorcellerie? 
Voilà  une  de  ces  bizarres  dérivations  qu'on  ne  trouve 
que  dans  votre  langue,  que  je  n'en  étudie  pas  moins 
toutefois  avec  ardeur. 

Les  noms  en  ier  donnés  à  des  hommes  exerçant  une 
certaine  profession  forment   généralement  le  nom  de 
cette  profession  eu  changeant  le  son  ié  en  e  muet,  et     j 
en  s'allongeant  de  la  finale  ie  : 

'  Bijoutier  —  Bijouterie 
Chapelier—  Chapellerie 
Epicier     —  Epicerie. 

Un  seul  dérivé  de  cette  espèce,  sorcellerie,  fait  excep- 
tion. Comment  expliquer  celte  anomalie?  Je  crois  que 
c'est  ainsi  (]u'il  suit  : 

Nous  avons  également  des  noms  en  ie  qui  se  sont 
formés,  non  pas  du  nom  de  la  personne  qui  fait  l'action, 
mais  du  verbe  par  lequel  on  désigne  cette  action  elle- 
même;  tels  sont  : 

fiadauder/e  de  Badauder 
Escroquerie  —  Escroquer 
Marqueterie    —   Marqueter. 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


449 


Or,  notre  vieille  langue  possédait  le  verbe  sorcrler 
(venu  de  sorcier  par  le  changement  si  commun  à  une 
certaine  époque  de  r  en  ^),  verbe  qui  avait  donné  sorce- 
lage.  N'est-il  pas  à  croire  que  l'on  a  tiré  aussi  du  même 
verbe  le  nom  désignant  l'art  du  sorcier,  et  que,  plus 
tard,  abandonnant  peu  à  peu  sorcerie  (car  dans  l'ori- 
gine, sorcier  avait  eu  ce  dérivé),  on  l'a  finalement  rem- 
placé par  sorcellerie,  qui  diffère  des  autres  noms  de  pro- 
fession en  ie,  parce  que  ce  n'est,  en  quelque  sorte,  qu'un 
descendant  de  sorcier  au  second  degré? 

L'anglais  sorcery  est  évidemment  le  vieux  mot  fran- 
çais sorcerie,  porté  en  Angleterre  par  les  soldats  de 
Guillaume-le-Gonquéranl(l066).Or,  deux  siècles  après, 
on  ne  trouve  plus  que  sorcellerie,  dont  voici  le  plus 
ancien  exemple,  cité  par  M.  Littré  : 

DacieDS  voit  son  frère,  moult  docement  11  prie; 
Amis,  car  croi  en  Dieu  le  fil  sainte  Marie, 
fit  relenquis  Malion  et  sa  sorcelerie. 

(Chanson  d'Antioche.) 

On  peut  en  inférer,  il  me  semble,  que  le  mot  sorcel- 
lerie a  pris  naissance  à  peu  près  vers  le  xn=  siècle. 


PASSE-TEMPS  GRAMMATICAL. 


Corrections  du  numéro  précédent. 

f  ...  parce  qu'elle  est  morte  avant  de  naître  (pas  de  que);  — 
2°  ...  moins  grandes  que  ne  le  répètent;  —  S"  ...  les  explications 
qu'e/ie  rrojait  (se  rapporte  à  Tribune  et  non  à  journal);  — 
4°  ...  dans  tout  le  monde  civilisé,  non-seulement  guérit...  mais 
encore  elle  montre  son  effet;  —  5"  ...  à  jeter  de  simples  ana- 
thèmes  et  à  fulminer;  —  6'  ...  excitant  des  citoyens  à  se  me'pri- 
ser  et  à  se  haïr  les  uns  les  autres;  —  7°  ...  avec  indifférence, 
voire  avec  satisfaction  (pas  de  même,  expliqué  par  le  Courrier  de 
Vaugelas,  l'  année,  p.  185);  —  8°...  ne  laissent  pas  de  (il  faut 
supprimer  que);  —  9°  ...  à  74  ans,  paraît  en  avoir  trente. 

Phrases  à  corriger 
trouvées  pour  la  plupart  dans  la  presse  périodique. 

!•  Il  serait  temps  que  le  corps  enseignant  soit  débarrassé 
de  l'élément  révolutionnaire  et  libre-penseur  qui  l'a  envahi 
et  qui  l'a  corrompu. 

ï'  On  dirait  qu'il  prévoit  que  la  roue  de  la  fortune 
pourrait  bien  cesser  de  tourner  pour  l'Allemagne,  et  que, 
tout  homme  de  génie  qu'il  soit,  M.  de  Bismark  n'est  pas 
infaillible. 

3*  Le  prince  Louis-Napoléon  Bonaparte,  s'inspirant  de  la 
gravité  des  circonstances,  avait  demandé  et  obtfnu  du 
peuple  français  de  transformer  une  légalité  précaire  et 
limitée  en  un  droit  définitif  et  indéfini. 

4*  Il  en  sera  temps,  lorsque  cette  assemblée,  qui  s'est  ima- 
ginée que  la  France  tie  89  s'était  abîmée  dans  un  offondre- 
ment  définitif,  aura  fait  place  à  une  autre  assemblée. 

5*  Il  s'en  trouvait  qui  songeaient,  en  les  poussant  ainsi, 
à  d'autres  intérêts  qu'à  ceux  de  la  République. 

6"  Un  témoin  oculaire  a  vu  cent  jonques  environ  se  heur- 
ter les  unes  contre  les  autres,  sombrer  ensemble  et  repa- 
raître quelques  minutes  après,  sur  les  flots,  hachées  me- 
nues comme  des  allumettes. 

7"  11  dépendrait  donc  de  la  partie  jeune  que  nous  ayons 
bientôt  un  ministère  de  détente.  Ne  nous  berçons  pas  d'il- 
lusions, cependant,  et  attendons  la  rentrée. 

8'  Mais  si  la  douleur  déchirait  notre  âme,  notre  espérance 


en  la  vitalité  de  la  France  ne  nous  abandonna  jamais.  Plus 
ses  malheurs  étainnt  grands,  plus  grande  aussi  était  notre 
confiance  en  son  étoile. 

9"  Ainsi  les  journaux  bonapartistes  se  plaignent  de  ce 
que  nous  ayons  usé  contre  eux  des  paroles  prononcées  par 
le  ministre  de  l'intérieur  devant  la  commission  de  perma- 
nence. 

[Les  corrections  à  quinzaine.) 

FEUILLETON 


BIOGRAPHIE  DES  GRAMMAIRIENS 

PREMIÈRE  MOITIE  UU  XVII'  SIECLE. 

VAUGELAS. 

'Suite.) 

Ait  demeurant.  —  Ceux  qui  écrivent  purement  ne  se 
servent  plus  de  ce  terme  pour  dire  au  reste  ;  il  a  cepen- 
dant été  en  grand  usage  parmi  les  bons  auteurs. 

Bigearre,  bizarre.  —  Tous  deux  sont  bons  (1647;  ; 
mais  bizarre  est  tout-à-falt  de  la  Cour,  en  quelque  sens 
qu'on  le  prenne. 

DES  remplacé  par  de. —  Au  nominatif  et  à  l'accusatif, 
de  se  met  devant  l'adjectif,  et  des  devant  le  substantif; 
il  faut  dire  il  y  a  d'excellens  hommes,  et  ;/  y  a  des 
hommes  excellens.  Cette  règle,  qui  est  essentielle  eH 
notre  langue,  est  enfreinte  dans  la  plupart  des  pro- 
vinces et  par  un  nombre  infini  d'écrivains  français. 

Encliiier. —  Quelques-uns,  et  même  à  la  Cour,  disent 
ce  mot  au  lieu  de  incliner,  se  fondant  sur  ce  que  l'on 
dit  enclin;  c'est  une  faute. 

Accueillir.  —  Plusieurs  bons  auteurs  ainsi  que  les 
habitants  des  bords  de  la  Loire  emploient  ce  verbe  en 
mauvaise  part  :  accueilli  de  lu  teinpcle,  de  la  famine, 
etc.  Mais  à  la  Cour,  on  s'en  sert  plutôt  en  bonne  part  : 
il  a  été  accueilli  favorablement. 

Après.  —  Devant  un  infinitif,  et  pour  dénoter  une 
action  continue,  ce  mot  est  français,  mais  bas;  j'e  suis 
après  de  les  achever  n'est  pas  du  beau  style. 

Comme,  comment,  comme  quoi.  ■ —  Ce  dernier  est  un 
terme  nouveau  (1647),  qui  n'a  cours  que  depuis  quel- 
ques années,  mais  qui  est  tellement  usité  qu'on  l'a  à 
tout  propos  à  la  bouche.  Vaugelas  aimerait  mieux  que 
l'on  dit  comment.  Quant  aux  deux  autres,  il  y  a  bien 
peu  d'endroits  où  l'on  puisse  les  employer  l'un  pour 
l'autre,  .\insi,  par  exemple,  quand  on  se  sert  du  verbe 
demander  pour  interroger,  nul  doute  qu'on  ne  puisse 
dire  comme;  la  phrase  demandez-lui  comme  cela  se 
peut  faire  est  fort  mauvaise. 

Guère,  r/ueres.  —  On   met  à  volonté  une  s  à  ce  mot. 

Coinpagnée,  compagnie.  —  Le  premier  est  un  terme 
barbare  s'il  en  fut  jamais,  ce  qui  n'empêche  pas  qu'il 
soit  dans  la  bouche  et  dans  les  écrits  d'une  quantité  de 
gens  qui  font  profession  de  bien  parler  et  de  bien  écrire. 
Il  faut  toujours  dire  compagnie. 

Bienfaiteur,  bienfaicteur,  bienfacteur.  —  C'est  le 
premier  qui  est  le  meilleur  pour  la  prononciation  et 
pour  l'orthographe.  Bienfacleur  ne  vaut  rien. 

Bétail,  bestial.  —  Tous  deux  sont  bons;  mais  bétail 
est  beaucoup  meilleur.  Il  semble  que  bestial  est  plus 


450 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


dans  l'usage  de  la  campagne,  et  que  Fautre  est  plus  de 
la  Ville  et  de  la  Cour. 

IL  EST  pour  IL  ri.  —  C'est  une  expression  qui  est 
très-familière  à  Malherbe;  mais  il  n'est  pour  il  n'y  a 
est  beaucoup  meilleur  et  plus  en  usage  que  il  est  pour 
il  y  a.  Du  reste,  il  y  a  trois  cas,  donnés  par  Vaugelas, 
où  cette  substitution  est  seule  possible. 

Parricide,  fratricide.  —  Le  premier  s'applique  aussi 
bien  à  celui  qui  a  tué  sa  mère,  son  prince  ou  trahi  sa 
patrie  qu'à  celui  qui  a  tué  son  père.  Ceux  qui  disent 
fratricide  composent  un  mot  qui  n'est  pas  français. 

Cupidité.  —  Aujourd'hui  (Ifi47l,  aucun  de  nos  bons 
écrivains  n'emploie  ce  mol,  tous  disent  convoitise. 

Portrait,  pourtrait.  — •  Il  faut  dire  portrait  et  non 
pourtrait  avec  un  u,  comme  la  plupart  ont  accoutumé 
de  le  prononcer  et  de  l'écrire.  Depuis  dix  ou  douze  ans, 
certains  o  prononcés  par  ou,  comme  dans  chôme,  se 
prononcent  o. 

Filleul,  fillol.  —  Toute  la  Cour  dit  filleul,  filleule, 
et  toute  la  ville  fillol,  filiale.  L'usage  de  la  Cour  doit 
prévaloir,  parce  que  la  diphlhongue  e«  est  incompara- 
blement plus  douce  que  la  voyelle  o. 

Etre  pour.  —  Façon  de  parler  française,  mais  basse 
quand  elle  est  employée  comme  dans  celte  phrase  :  ils 
étaient  pour  avoir  encore  pis. 

Date.  —  Beaucoup  de  gens  disent  le  date  d'une 
lettre;  il  faut  dire  la  date,  et  ne  mettre  qu'un  t;  c'est 
à  datte,  fruit  du  palmier,  qu'il  en  faut  deux. 
Sûreté,  sûrté.  —  Toujours  sûreté  et  jamais  sûrté. 
Dont. —  Quelques-uns  disent  encore  dont  pour  d'où, 
comme  le  lieu  dont  Je  viens;  mais  c'est  très-mal  parler, 
il  faut  dire  d'oii  je  viens,  quoique  réellement  dont 
vienne  de  undè. 

Ambitionner.  —  Il  y  a  longtemps  que  Ton  se  sert  de 
ce  mot,  mais  ce  n'est  pas  dans  le  bel  usage;  ceux  qui 
font  profession  de  parler  et  d'écrire  purement  l'ont  tou- 
jours condamné,  et  quoi  que  l'on  ait  fait  pour  l'intro- 
duire, ça  été  avec  si  peu  de  succès,  qu'il  y  a  peu  d'ap- 
parence qu'il  s'établisse  à  l'avenir. 

Fond,  fonds.  —  Fo7id,  sans  s,  est  la  partie  la  plus 
basse  de  ce  qui  contient  ou  qui  peut  contenir  quelque 
chose,  c'est  le  latin  fundum;  fonds,  avec  une  s,  c'est  le 
latin  fundus. 

Il  a  fait  tant  et  de  si  belles  actions.  —  Cette  façon  de 
parler  a  été  fort  usitée  autrefois;  mais  aujourd'hui  elle 
a  quelque  chose  de  vieux  et  de  rude,  et  ceux  qui  écri- 
vent bien  purement  ne  s'en  servent  plus.  Ils  se  conten- 
tent de  dire  il  a  fait  tant  de  belle.':  actions. 

Quoi  que  l'on  die,  quoi  qu'ils  dient .  —  Au  singulier, 
quoi  qu'il  die  est  fort  en  usage,  et  en  parlant  et  en  écri- 
vant, bien  que  quoique  l'on  dise  ne  soit  pas  mal  dit; 
mais  (juoi  qu'ils  dient,  au  pluriel,  ne  semble  pas  si  bon 
à  jjlusieurs  que  quoi  qu'ils  disent . 

Bailler,  donner. — Sauf  en  quelques  endroits,  comme 
dans  bailler  à  ferme,  on  dit  toujours  donner. 

Mes  obéissances.  —  Une  infinité  de  gens  disent  et 
écrivent  7e  vous  irai  assurer  de  mes  obéissances.  Celte 
façon  de  parler  n'est  pas  française;  elle  vient  de  la  Gas- 
cogne; il  faut  dire  obéissance  au  singulier. 


Le  voilà  qui  vient.  —  C'est  ainsi  qu'il  faut  dire,  et 
non  le  voilà  qu'il  vient. 

Comme  je  suis.  — On  a  repris,  plusieurs  le  savent, 
celle  façon  de  parler  qxiand  je  ne  serais  pas  votre  servi- 
teur comme  je  suis,  et  cela,  en  disant  que  ces  derniers 
mots  sont  inutiles.  Selon  Vaugelas,  cette  allégation  est 
entièrement  fausse. 

Vers  où.  —  Employée  comme  dans  cette  phrase,  il  se 
rendit  à  un  tel  lieu,  vers  ait  l'armée  s'avançait,  celte 
expression,  introduite  depuis  peu,  n'est  pas  bonne, 
attendu  que  la  préposition  vers  ne  régit  jamais  un 
adverbe,  mais  bien  un  nom,  avec  ou  sans  article.  Nous 
avons  pris  ce  vers  oii  des  Italiens,  qui  disent  verso  dove. 

Plaire.  —  Ce  verbe  se  construit  quelquefois  avec  de 
et  quelquefois  sans  de,  et,  dans  certains  endroits,  il  est 
comme  indifférent  de  l'accompagner  ou  de  ne  pas  l'ac- 
compagner de  celle  préposition.  Il  vaut  mieux  dire  la 
faveur  qu'il  vous  a  plu  me  faire;  mais  ce  serait  une 
faute  que  de  ne  pas  mettre  de  dans  les  phrases  suivantes  : 
il  me  plaît  de  faire  cela,  il  me  plaît  d'y  aller,  etc. 

Il  s'est  brillé,  et  tous  ceux  qui  étaient  auprès  de  lui. 

—  Quoique  familière  à  nos  meilleurs  écrivains,  cette 
construction  n'est  pas  bonne;  il  faudrait  dire  :  il  s'est 
brûlé,  et  a  brûlé  tous  ceux  qui  étaient  auprès  de  lui. 
Rien  ne  peut  dispenser  ici  de  répéter  un  mol;  il  est 
impossible  que  la  construction  du  verbe  passif  puisse 
«  compatir  »  avec  celle  du  verbe  actif. 

Demi-heure,  demi-douzaine.  ■ —  C'est  ainsi  qu'il  faut 
dire  et  écrire,  et  non  demie  heure,  demie  douzaine; 
mais  on  écrit  une  heure  et  demie,  etc. 

Quelque  riches  qu'ils  soient.  —  Comme  ici  quelque 
est  adverbe,  il  ne  faut  pas  l'écrire  avec  uneA-;caril 
signifie  encore  que.  Néanmoins,  on  doit  remarquer  qu'il 
n'est  adverbe  qu'avec  les  adjectifs,  car  on  écrit  quelques 
perfections  qu'il  ait,  etc. 

Valant,  Vaillant.  —  Entre  le  substantif  et  le  prix 
qu'on  adjuge  à  l'objet  qu'il  représente,  on  met  valant, 
comme  dans  :  je  lui  ai  donné  vingt  tableaux  valans 
cent  pistoles  la  pièce,  et  non  pas  vaillans. 

A  moins  de  faire  cela.  —  Phrase  aussi  mauvaise  que 
à  moins  que  faire  cela.  Il  faut  à  moins  que  de  faire  cela. 

Loin  de  m' avoir  récompensé,  il  m'a  fait  mille  maux. 

—  Encore  une  mauvaise  phrase;  il  faut  mettre  ô/e»  de- 
vant loin,  et  dire  bien  loin  de  m'avoir  récompensé,  etc. 

Jours  caniculaires.  —  On  dit  a.nss\  jours  caniculiers, 
mais  la  première  expression  est  beaucoup  meilleure,  car, 
à  la  Cour,  on  ne  peut  souffrir  l'autre. 

Gancjreine.  — 11  faut  écrire  ce  mot  avec  un  «7  au  com- 
mencement, mais  on  prononce  cangrène,  avec  un  c, 
pour  éviter  la  répétition  des  deux  g. 

Un  mien  frère.  —  Aujourd'hui,  on  ne  se  sert  plus 
ainsi  des  pronoms  possessifs,  fort  usités  autrefois;  il 
faut  dire  :  un  de  mes  frères,  et  s'il  n'y  en  a  qu'un,  mon 
frère. 

Notamment.  —  Gel  adverbe  n'est  plus  du  bel  usage  ; 
il  vaut  mieux  dire  nommément. 

[La  suite  au  prochain  numéro.) 


Le  Rkdacteor-Gkkant  :  Emam  .MARTIN. 


LE   COURRIER  DE  VAUGELAS 


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BIBLIOGRAPHIE 


OUVRAGES     DE     GRAMMAIRE     ET     DE     LITTÉRATURE 

Publications  de  la  quinzaine  : 


Une  parente  pauvre;  par  M"""  Bourbon  iMathilde 
Froniont).  6°  édition.  In-18  Jésus,  275  p.  l'aris,  lib.  Bray 
et  Retaux. 

Œuvres  politiques  de  Benjamin  Constant,  avec 
introduction,  notes  et  index,  par  Charles  Louandre.  In-18 
Jésus,  xxviii-i36  p.  Paris,  lib.  Cliarpentier  l'X  C'".  3  fr.  50. 

Froment  jeune  et  Risler  aine.  Mœurs  parisiennes; 
par  Alphonse  Daudet.  2'  édition,  in-18  Jésus,  394  p.  Paris, 
lib.  Charpentier  et  C".  3  fr.  50. 

Les  Pensées  de  tout  le  monde;  par  Arnould  Frémy. 
In-18  Jésus,  iv-281  p.  l'aris,  lib.  IVlichel  Lévy  frères.  3  fr. 
50. 

Les  filles  d'Enfer;  par  Charles  Joliet.  In-18  Jésus, 
293  p.  Paris,  lib.  Deutu.  3  fr. 

Contes  et  Nouvelles  envers;  par  M.  de  La  Fontaine. 
Édition  des  Fermiers  généraux.  T.  2.  Avec  42  fig.  à  part, 
39  têtes  de  page,  fleurons  et  culs-de-lampe.  In-8",  xi-320  p. 
Paris,  lib.  Barraud.  kO  fr. 

Le  Mari  de  Ctiarlotte;  par  Hector  .Malot.  In-18  Jésus, 
439  p.  Paris,  lib.  Micliel  Lévy  frères.  3  fr.  50. 

Chronique  du  règne  de  Charles  IX,  suivie  de  la 
Double  méprise  et  de  la  Guzla  ;  par  Prosper  Mérimée, 
de  l'Académie  française.  In-18  Jésus.  Uû  p.  Paris,  lib. 
Charpentier  et  G'«.  3  fr.  50. 

Les  Boutiques  de  Paris.  La  Boutique  du  mar- 
chand de  nouveautés;  par  Eugène  Muller.  2«  édition. 
In-18  Jésus,  247  p.  Paris,  lib.  Hachette  et  C"^  1  fr.  25. 

Correspondance  de  P.  J.  Proudhon;  précédée 
d'une  notice  sur  P.  J.  Proudhon;  par  J.  A.  Langlois. 
T.  1.  In-8',  XLviii-36/i  p.  Paris,  lib.  InternatioDale.  5  fr. 

Œuvres  complètes  de  Rutebeuf,  trouvère  du  XIII» 
siècle;  recueillies  et  mise  au  jour  pour  la  première  fois 
par  Achille  Jubinal,  ex-professeur  de  faculté.  Nouvelle 
édition,  revue  et  corrigée.  T.  2.  ln-16,  396  p.  Paris,  lib. 
Daffls.  5  fr. 


L'Ancien  Orient.  Études  historiques,  religieuses  et 
philosophiques  sur  l'Egypte,  la  Chine,  l'Inde,  la  Perse,  la 
Chaldée  et  la  Palestine;  par  Léon  Carre.  T.  I.  Egypte- 
Chine.  T.  2.  Inde-Perse-Chaldée.  In-8',  xvi-1016  p.  Paris, 
lib.  Nouvelle.  6  fr.  le  vol. 

Souvenirs  de  guerre  et  de  captivité  (France  et 
Prusse)  ;  par  le  H.  P.  de  Damas,  de  la  compagnie  de  Jésus. 
In-12,  3'24  p.  Paris,  lib.  Téqui. 

Théâtre  complet  d'Alexandre  Dumas.  Nouvelle  édi- 
tion. 25  vol.  In-18  Jésus,  7,463  p.  Paris,  lib.  Michel  Lévy 
frères.  Chaque  vol.  1  fr.  25. 

Souvenirs  militaires  du  colonel  de  Gonneville; 
publiés  par  la  comtesse  de  Mirabeau,  sa  fille,  et  précédés 
d'une  étude  par  le  général  baron  Ambert.  In-S-,  lxx-399  pi. 
Paris,  lib.  Didier  et  C'«.  7  fr. 

Maine  de  Biran,  sa  vie  et  ses  pensées;  publiées 
par  Ernest  Naville.  2"  édition,  revue  et  augmentée.  la-S", 
xi-459  p.  Paris,  lib.  Didier  et  C'". 

La  Marquise  de  Barol,  sa  vie  et  ses  œuvres,  sui- 
vies d'une  notice  sur  Silvio  Pellico  ;  par  M.  le  v''"  de 
Meluu.  i'  édition.  Ia-12,  358  p.  Paris,  lib.  Poussielgue 
frères. 

Tragédies  de  Paris.  III.  La  Femme  du  baron 
■Worms  ;  par  Xavier  de  .Montépin.  In-18  Jésus,  288  p.  et 
gr.  Paris,  lib.  Satorius.  3  fr.  50. 

Les  Nouveaux  Samedis  ;  par  A.  de  Pontmartin. 
10*  série.  Gr.  in-18,  3S4  p.  Paris,  lib.  IMichel  Lévy  frères. 
3  fr.  50. 

Œuvres  complètes  de  Régnier,  revues  sur  les  édi- 
tions originales,  avec  préface,  notes  et  glossaire; 
par  M.  Pierre  Jannet.  In-16,  xxiv-264  p.  Paris,  lib.  Le- 
merre.  Sur  papier  glacé,  2  fr.  50;  papier  vélin  (fil)  5  fr.  ; 
papier  de  Chine,  15  fr. 

Ma  sœur  Jeanne;  par  Georges  Sand.  5°  édition.  In-18 
Jésus,  363  p.  Paris,  lib.  Michel  Lévy  frères.  3  fr.  50. 


Publications   antérieures 


NOUVELLE  GRAMMAIRE  FRANÇAISE  fondée  sur 
l'histoire  de  la  L.\NGUE,à  l'usagc  des  établissements  d'ins- 
truction secondaire.  —  Par  Auguste  Br.vchet,  professeur  à 
.  l'Ecole  polytechnique.—  In-12,  xix-248  p.—  Paris,  librairie 
Hachette  et  Cie,  97,  boulevard  St-Cermain.—  Pri.x  :  1  fr.  50. 


LES  DIALOGUES  DE  JACQUES  TAHUREAU,  gen- 
tilhomme du  Mans,  avec  notice  et  index.  —  Par  F.  Cons- 
cience. —  Paris,  Alphonse  Lemerre,  éditeur,  47,  Passage 
Choiseul.  —  Prix  :  7  fr.  50. 


ŒUVRES  COMPLÈTES  DE  MELIN  DE  SAINCT- 
GELAYS,  avec  un  commentaire  inédit  de  B.  de  la  Mon- 
noye,  des  remarques  de  MM.  Emm.  l'hilippes-Beaulieux, 
R.  Dezeimeris,  etc.  Edition  revue,  annotée  et  publiée  par 
Prosper  Blanchemain.  —  T.  2.  —  In-16,  365  p.  —  Paris, 
librairie  Ûa/'/î.v,  9,  rue  des  Beaux-Arts. 


LE  GRAND  TESTAMENT  DE  VILLON  ET  LE  PE- 
TIT. Son  Codicille.   Le  Jargon  et  ses  ballades^  aussi  le 


rondeau  que  ledit  Villon  fist  quand  il  fust  jugé  à  mort,  et 
la  requeste  qu'il  bailla  k  Messeigneurs  de  Parlement  et  à 
Monseigneur  de  Bourbon.—  III.  —  In-16,  120  p.  —  Lille, 
imprimerie  Six-Hormans. 


CHRONIQUES  DE  J.  FROISSARD,  publiées  par  la 
Société  de  l'histoire  de  France,  par  Siméon  Luce.  T.  5.. 
1356-1360.  Depuis  les  préliminaires  de  la  paix  de  Poitiers 
jusqu'à  l'expédition  d'Edouard  UI  en  Champagne  et  dans 
l'Ile-de-France.  —  In-8%  lxxi-436  p.  —  Paris,  librairie 
V"  J.  Renouard.  —  Prix  :  9  francs. 


L'INTERMEDIAIRE  DES  CHERCHEURS  ET  DES 
CURIEUX.  —  En  vente  à  la  librairie  Sandoz  et  Fischba- 
cher,  33,  rue  de  Seine,  à  Paris.  —  Prix  :  1«  année,  15  fr.; 
2'-  année,  10  fr.;  3"  année,  12  fr.;  4=  année,  8  fr.;  5°  année, 
12  fr.  —  Chaque  année  se  vend  séparément.  —  Envoi 
franco  pour  la  France. 

CHANSONS  POPULAIRES  DE  LA  FRANCE,  AN- 
CIENNES ET  MODERNES,  classées  par  ordre  chrono- 


452  LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


logique  et  par  noms  d'auteurs,  avec  biographie  et  notices. 
—  Par  Louis  Montjoie.  —  In-32.  —  Paris,  librairie  Gar- 
nier  frères,  6,  rue  des  Saints-Pères. 


LE  CYMBALUM  MUNDI,  précédé  des  Nouvelles  re- 
créations et  joyeux  devis  de  Bonaventuhe  des  Perters.  — 
Nouvelle  édition,  revue  et  corrigée  sur  les  éditions  origi- 
nales avec  des  notes  et  une  notice.  —  Par  P.-L.  Jacob, 
bibliophile.  —  Paris,  Adolphe  Delihays,  éditeur,  û-6,  rue 
Voltaire.  —  Prix;  in-16  :  5  fr.  ;  in  8»  :  2  fr.  50. 


Adolphe  Delahays,  éditeur,  It-G,  rue  Voltaire.  —  In-16 
5fr.;  in-18  Jésus,  2  fr.  50. 


LA  VRAIE  HISTOIRE  DE  FRANCION,  composée  par 
Charles SoREL,sieurdeSouvigny.  — Nouvelle  édition,  avec 
avant-propos   et  notes  par   Emile   Colombay.    —    Paris, 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS  (première,  seconde, 
troisième  et  quatrième  année).  —  En  vente  au  bureau  du 
Courrier  de  Vaugelas,  26,  boulevard  des  Italiens.  —  Prix 
de  chaque  année,  broché,  6  fr.  —  Envoi  franco  pour  la 
France,  l'Algérie  et  l'Alsace-Lorraine. 


PROPOS  RUSTIQUES,  BALIVERNES,  CONTES  ET 
DISCOURS  D'EUTRAPEL.  —  Par  Noël  du  Fail,  seigneur 
de  la  Ilérissaye,  gentilhomme  breton.  —  Edition  annotée, 
précédée  d'un  essai  sur  Noël  du  Fail  et  ses  écrits.  —  Par 
Marie  Guichard.  —  Paris,  librairie  Charpentier,  19,  rue  de 
Lille. 


RENSEIGNEMENTS 
Pour  les  Français  qui  désirent  aller  professer  leur  langue  â  l'étranger. 


I. 

Les  Professeurs  de  français  désirant  trouver  des  places  en  Angleterre  peuvent  s'adresser  en  toute  confiance  au 
Secrétaire  du  Collège  des  Précepteurs,  /i2,  Queen  Square,  à  Londres,  W.  C,  qui  leur  indiquera  les  formalités  à  remplir 
pour  se  faire  inscrire  sur  le  registre  des  demandes  d'emploi  ouvert  dans  cet  établissement. 

II. 

Sous  le  titre  de  Revue  anglo-française,  il  paraît  à  Brigthon  une  publication  mensuelle  dont  le  directeur,  le  Révérend 
César  Pascal,  se  charge  de  procurer  gratis,  pour  I'Angleterre  ou  le  Continent,  des  places  de  professeur  et  d'institutrice  à 
ceux  de  ses  abonnés  qui  se  trouvent  munis  des  recommandations  nécessaires.  —  L'abonnement  est  de  10  fr.  pour  la 
France,  et  il  se  prend  à  Paris  chez  MM.  Sandoz  et  Fischbacher,  libraires,  33,  rue  de  Seine,  ou  à  la  librairie  Grassart, 
2,  rue  de  la  Paix. 


CONCOURS    LITTERAIRES. 


Appel  aux  Prosateurs. 
L'Académie  françaisf.  propose  pour  le  prix  d'éloquence  à  décerner  en  1876  un  Discours  sur  le  génie  de  Rabelais, 
sur  le  caractère  et  la  portée  de  son  œuvre.  —  Les  ouvrages  adressés  au  Concours  seront  reçus  au  secrétariat  de 
l'Institut  jusqu'au  15  février  1876,  terme  de  rigueur,  et  ils  doivent  parvenir  francs  de  port.  —  Les  manuscrits 
porteront  chacun  une  épigraphe  ou  devise  qui  sera  répétée  dans  un  billet  cacheté  joint  à  l'ouvrage  ;  ce  billet  contiendra 
le  nom  et  l'adresse  de  l'auteur,  qui  ne  doit  pas  se  faire  connaître.  —  On  ne  rendra  aucun  des  ouvrages  envoyés  au 
Concours,  mais  les  auteurs  pourront  en  faire  prendre  copie  s'ils  en  ont  besoin. 


Appel  aux  Poètes. 


Le  prix  de  poésie  fondé  par  M.  le  docteur  Andrevetan,  avec  l'aide  de  la  ville  d'Annecy  (200  francs),  sera  décerné  par 
la  Société  Florimontane  en  juillet  1875.  —  Les  auteurs  devront  déclarer  par  écrit  que  leurs  envois  sont  inédits  et 
n'ont  été  présentés  à  aucun  autre  concours.  —  Tout  auteur  qui  se  ferait  connaître  serait  exclu  :  les  envois  porteront 
une  épigraphe  qui  sera  répétée  à  l'extérieur  d'un  billet  cacheté,  indiquant  le  nom  et  le  domicile  de  l'auteur.  — 
Sont  seuls  admis  à  concourir:  l-les  Français,  excepté  les  membres  effectifs  de  la  Société  Florimontane;  2°  les 
étrangers,  membres  effectifs  ou  correspondants  de  cette  Société.  —  Les  manuscrits  devront  être  adressés  au  Secrétaire 
de  la  Société  Florimontane,  avant  le  1"  juillet  1875.  —  Ils  resteront  déposés  aux  archives  de  ladite  Société,  où  les 
auteurs  pourront  en  prendre  connaissance.  —  Le  sujet,  laissé  au  choix  des  concurrents,  ne  peut  être  traité  en  moins 
de  cent  vers. 

L'Aradémiiî  française  donne  pour  sujet  du  prix  de  poésie  à  décerner  en  1875  :  Livingstone.  —  Le  nombre  des  vers 
ne  doit  pas  excéder  celui  de  deux  cents.  —  Les  pièces  de  vers  destinées  à  concourir  devront  être  envoyées  au  secré- 
tariat de  l'Institut,  franches  de  port,  avant  le  15  février  1875,  terme  de  rigueur.  —  Les  manuscrits  porteront  chacun 
une  épigraphe  ou  devise  qui  sera  répétée  dans  un  billet  cacheté  joint  ;i  l'ouvrage;  ce  billet  contiendra  le  nom  et 
l'adresse  do  l'auteur,  qui  ne  doit  pas  se  faire  connaître.  —  On  ne  rendra  aucun  des  ouvrages  envoyés  au  concours, 
mais  les  auteurs  pourront  on  faire  prendre  copie. 


Le,  rcil.irlpiir  du  Caurricr  de  Viuit/r/as  csl  visible  à  son  bureau  de  midi  à  une  heure  et  demie. 


Imprimerie  Gouverneur,  G.  Daupeley  à  Nogent-le-Uolrou. 


6*  Année. 


N'   20. 


15  Janvier  1875. 


QUESTIONS 
GRAMMATICALES 


LE 


QUESTIONS 

PHILOLOGIQUES 


^^^ 


\<\\S  Journal  Semi-Mensuel  "W/     // 

S^     CONSACRÉ    A    L*    PROPAGATION     UNIVERSELLE     DE    LA   LANGUE     FRANÇAISE       "^>(   J 


Paraissant   la    1"  ot   la   IS    da   ehaana  moia 


PRIX  ; 

Rédacteur:  Eman  MARTIN 

ON  S'.\BONNE 

Aboanement  pour  la  France.    6  f. 

ANCIEN     PROFESSEIR      SPÉCUL      POUR      LES      ÉTB.AXGERS 

En  envoyant  un  mandat  sur  la  poste 

Wera        pour  l'Étranger   10  f. 

Ofiicier  d'Académie 

soit  au  Rédacteur,  soit  à  r.\dra' 

Annonces,  la  ligne  .     .     .    .  50  c. 

26,  boulevard  des  ItaMens,  Paris. 

M.  FiscHBACHEH,  33,  TUtt  de  Seine. 

SOM.M.\IRE. 

Réponse  à  une  communication;  —  Pourquoi  la  qualification  Armes 
de  Bourges  est  appliquée  à  un  ignorant;  —  Si  c'est  une  faute 
que  de  dire  :  Vous  que  j'appris  à  pleurer.  \\  Quand  Pourquoi 
en  un  mot,  et  quand  en  deux  mots;  —  Ce  qu'on  entend  par 
Cercle  de  Popilius.  ||  Passe-temps  grammatical.  ||  Suite  de  la 
biographie  de  Vaugelas.  ||  Ouvrages  de  grammaire  et  de  litté- 
rature. Il  Renseignements  pour  les  professeurs  français.  ||  Con- 
cours littéraires.  ||  Avis  aux  abonnés  de  la  province. 


FRANCE 


Réponse  à  M.  Charles  Deiilin. 

Les  points  sur  lesquels  la  letlre  de  M.  Charles  Deulin 
appelle  mon  attention  sont  au  nombre  de  quatre  ;  je  vais 
les  examiner  successivement  dans  Tordre  oii  ils  se  pré- 
sentent. 

I. 

M.  Charles  Deulin  m'avait  adressé  cette  question  : 

Dans  la  phrase  suivant?,  où  il  s'agit  dp  princesses:  t  II 
y  en  a  dP  brunes,  de  blondes,  de  chàtain-clair,  etc.  «  faut- 
il  de  ou  des  ? 

Je  croyais  ayoir  suffisamment  prouvé  qu'il  faut  de,  et 
non  des,  dans  cette  phrase;  mais  .M.  Charles  Deulin 
n'ayant  pas  été  «  entièrement  satisfait  »  de  mon  expli- 
cation, je  me  vois  obligé  de  lui  en  donner  une  autre, 
espérant  être  cette  fois  plus  heureux. 

Voici  cette  seconde  explication  : 

En  français,  c'est  une  règle  générale,  si  l'on  ellipse 
les  mots  qui  est,  (/ni  sont,  qui  étaient,  etc.,  suivis  d'un 
adjectif  ou  d'un  participe,  de  remplacer  ces  mots  par 
de,  lorsque  le  substantif  en  relation  avec  qui  a  été 
lui-même  remplacé  par  le  mot  en,  comme  dans  ces 
exemples  ; 

La  terre  commence  à  verdir,  les  arbres  à  bourgeonner, 
leB  fleurs  à  s'épanouir  :  il  y  en  a  déjà  de  passées. 

',Bern.  de  Saint-Pierre.) 

On  peut  dire  que  parmi  les  anecdotes,  les  discours,  les 


mots  rélèbres  rapportés  par  les  historiens,  il  n'y  en  a  pas 
un  de  rigoureusement  authentique. 

(Renan,  Vie  de  Jésus,  p.  47-1 

Mais  parmi  les  traits  lancés  de  toutes  parts,  ne  s'en  trou- 
vera-t-il  aucun  d'empoisonné? 

(Em.  Souvestre,  Phil.,  p.  m.) 

Or,  comme  dans  la  phrase  que  m'a  envoyée  .M.  Charles 
Deulin,  e«  a  été  mis  à  la  place  de  princesses,  il  faut 
nécessairement  de,  et  non  des,  avant  brunes,  blondes, 
etc.,  puisque  l'expression  qui  étaient,  répétée,  a  été 
ellipsée  avant  ces  adjectifs. 

.M.  Charles  Deulin  me  dit  qu'il  préfère  à  la  mienne  la 
solution  de  M.  Baudry,  pour  qui  la  «  suppression  »  de 
l'article  dans  ce  cas  tient  «  surtout  «  à  ce  que  de  précède 
immédiatement  un  adjectif. 

Oi;i  voit-on  donc  qu'il  y  ait  ici  suppression  d'article? 

Quand  la  phrase  est  complète,  des  princesses  se  trouve 
bien,  à  la  vérité,  après  le  verbe,  et  qui  étaient  sépare 
des  princesses  d\i  qualificatif;  mais,  par  suite  de  l'ellipse 
des  mois  des  princesses,  l'article  que  renferme  des  va 
s'absorber  dans  le  pronon  en,  et  il  ne  reste  avant 
l'adjectif  que  les  mots  qui  étaient,  dont  le  remplacement 
par  de  ne  peut  donner  lieu  au  rejet  d'aucun  article. 

Du  reste,  ce  n'est  pas  le  seul  cas  où  de  s'emploie  de 
cette  manière.  Ainsi,  il  est  évident  qu'on  ne  substitue 
pas  ce  mot  à  l'article  quand,  par  exemple,  on  dit,  en 
parlant  d'un  combat  : 

Nous  avons  eu  quarante  hommes  de  tués  et  deux  cents 
de  blessés. 

Si,  après  ce  qui  précède,  il  restait  encore  quelques 
doutes  à. M.  Charles  Deulin,  relativement  à  la  question 
qu'il  m'a  adressée,  il  lui  suffirait,  pour  les  dissiper,  de 
lire  la  phrase  suivante,  de  Bernardin  de  Saint-Pierre 
parlant  des  mouches  de  son  rosier  : 

Il  y  en  avait  dedoréps,  d'argpntops,  de  bronzées,  de  tigrées, 
de  bleues,  de  vertes,  de  rembrunies,  de  chatoyantes. 

IL 

Dans  le  numéro  7  de  la  présente  année,  j'ai  eu  à 
examiner  la  question  de  savoir  si  une  phrase  interjetée 
peut-renfermer  un  verbe  qui  tienne  lieu  de  son  participe 


434 


LE  COURRIER  DE  VAUGELAS 


présent  précédé  de  en  et  du  verbe  dire,  ou,  en  d'autres 
termes,  si  les  phrases  comme  les  suivantes  sont  bonnes  : 

Ah,  ab!  ricane  Idit  en  ricanant]  VVnivers,  le  bon  billet 
qu'a  M.  Thirrs. 

Je  \'ous  répète  que  vous  déplacez  la  question,  gronda  [dit 
en  grondant]  Brisemberg. 

Cet  impôt  est  immoral,  tonnait  [disait  en  tonnant] 
M.  Poiiyer. 

Ajoutons,  insista  [dit  en  insistant]  le  docteur,  qu'éveillé, 
il  est  difficile  d'être  surpris. 

C'est  bien,  interrompit  [dit  en  interrompant]  Jersey  d'un 
ton  bourru. 

Parlez,  soupira  [dit  en  soupirant|  M.  Arthur  Dimanche. 

Ce  n'est  pis  la  Commission  qui  a  dit  cela,  s'excusa  [dit  en 
s'excusant]  M.  de  Sugny,  c'est  Nicolas. 

J'ai  répondu  que,  selon  moi,  toutes  ces  phrases  sont 
mauvaises,  et  cela,  pour  les  raisons  suivantes  : 

^°  Parce  qu'étant  des  phrases  interjetées,  leur  verbe 
doit  avoir  pour  complément  direct  les  mots  prononcés 
par  la  personne  que  désigne  le  sujet,  ce  qui  n'a  lieu 
pour  aucune  d'elles  ; 

2°  Parce  que  leurs  verbes,  tout  transposés  qu'ils 
sont  pour  former  des  phrases  interjetées,  ne  peuvent, 
par  ce  simple  changement  de  place,  acquérir  le  sens  de 
dire,  qu'ils  n'ont  pas  naturellement; 

3°  Enfin,  parce  que,  dans  aucun  auteur  classique, 
on  ne  rencontre  de  phrases  interjetées  avec  un  verbe 
ayant  ainsi  deux  sens  difTérents  à  la  fois. 

Mais  ces  raisons  n'ajant  pas  convaincu  .M.  Charles 
Deulin,  qui  trouve  que  la  nécessité  de  créer  des  syno- 
nymes à  dire  suivi  d'un  participe  présent  est  sentie 
surtout  par  ceux  qui  écrivent  des  romans,  je  vais  lui 
en  donner  une  autre  qui,  peut-être,  le  rangera  enfin  de 
mon  avis. 

Supposons,  pour  un  instant,  que  l'innovation  synta- 
xique en  question  soit  admise;  elle  autoriserait  certai- 
nement les  phrases  que  voici  : 

Viens  donc,  sauta-t-il,  si  tu  l'oses! 

En  avant!  courut  notre  chef,  l'ennemi  est  là! 

J'ai  mangé  de  bon  appétit,  se  lera-i-il. 

Eh  bifn!  but-il  un  coup,  êtes- vous  satisfait? 

.M.  Charles  Deulin  consentirait- il  à  les  signer? 
Evidemment  non  :  il  faut  donc  que  son  principe  soit 
erroné  pour  impliquer  une  telle  conséquence. 

Quant  à  s'rxclamer,  autre  synonyme  de  dirr  que 
M.  Charles  Deulin  affectionne  tout  pariiculièremenl,  je 
ne  suis  guère  mieux  disposé  en  sa  faveur,  quoiqu'il  ail 
l'avantage  cependant  d'avoir  été  employé  par  .Saint- 
Simon  ;  je  le  re|)Ousse  : 

D'abord,  parce  que  i'ccrier  nous  a  parfaitement  suffi 
jusqu'ici,  et  preuve,  c'est  que  la  plupart  des  lexico- 
graphes n'enregistrent  même  pas. •^'exclamer; 

Etisuile,  parce  que  la  répétition  de  s'écrier  n'est  pas 
tellement  fréquente  que  le  besoin  d'un  synonyme  pour 
lui  m'apparaisse  comme  évident; 

Enfin,  parce  que  j'eslime  que  s'écrier,  qui  est  une 
vieille  forme  pronominale  dont  l'analyse  ne  peut  rendre 
compte,  n'est  nullement  propre  à  servir  de  patron  pour 
un  néologisme. 


III. 

Sans  oser  les  employer,  .M.  Charles  Deulin  préfère  les 
gallicismes  que  nous  disions  qui  vous  ressemblait,  que 
l'ous  espériez  qui  ne  serait  pas  connue,  à  la  construction 
moderne  qu